Cet illustre inconnu nous vient de Townsend dans le Delaware, un petit Etat, sis non loin de Washington et Philadelphie. Chanteur/guitariste, Snarky Dave est néanmoins flanqué d’un backing group, notamment sur les planches. Un trio baptisé pour la circonstance, The Prickly Bluesmen (NDR : c’est ce que nous renseigne leur site web). En l’occurrence Ricky Beck à l’orgue Hammond, Chris Foltz aux percussions et Bobby Barr à la basse. Surprise, aucun de ces collaborateurs ne figure parmi les crédits de l’album. En fait, pour enregistrer cet opus, quelques connaissances ont donné un fameux coup de main à Snarky. Et tout particulièrement Joey Fulkerson, qui assure l'essentiel des parties de guitare solo ainsi que la production, sans oublier Edgar Fernandez à l'orgue. La section rythmique réunit le bassiste Don Stein et le drummer Tony Robinson. ‘Snark’ se traduit par râleur et ‘prickly’ par irritable. Place donc à Dave le râleur et ses bluesmen irritables. Dave sait qu'il n'est pas un guitar hero, mais il annonce la couleur : ‘je n'écrirai pas une chanson si elle ne véhicule pas un message cohérent!’ Et notre homme n'interprète que ses propres compositions.
"Caucasian blues" ouvre l’elpee. Un véritable brûlot et une des meilleures plages du long playing. Fulkerson se révèle très en verve sur ses cordes. "Bitchin'" traite de la condition mentale des hommes mariés. Un trio de dames constitué de Tina, Diane et Justine taquinent de leur voix notre Snarky. Les femmes bien enveloppées ont-elles aussi droit à une vie amoureuse ? C'est ce que nous raconte Dave, sur un ton Memphis R&B, tout au long de "Big girl". "Mother and I" évoque le souvenir de sa maman, un sujet qu’il aborde tout en retenue et émotion. Et le sentiment de tristesse est accentué par la tonalité de la guitare l'E-bow de Joel. Titre de funk parodique, "Doggone fool" permet de beaux échanges entre la guitare, le sax et la section rythmique. Rythmée et entraînante, "Pick it up" est une plage dont la sonorité rappelle un passé glorieux. Le chant de Dave est soutenu par des vocalises bien plus féminines, tandis que deux de ses accompagnateurs tirent brillamment leur épingle du jeu. Tout d’abord le brillant organiste Fernandes, puis le saxophoniste Jay Heath. Signé Mark Sullivan, un ami d’enfance, "Mike Sully's boogie" est un boogie allègre au cours duquel l'orgue occupe toujours le premier plan. En intro de "Make no sense", le saxophone de Heath prend la direction des opérations ; néanmoins, c’est encore Fernandes qui se révèle reste le plus performant. Ce type de compo me rappelle beaucoup les expériences menées par de nombreux groupes, au cours des 70’s. Lorsque la liberté d’inspiration était sans limite et que la fusion du rock, du blues et du jazz conduisait au développement d’une musique qui sera qualifiée de progressive. "Caucoustic blues" ponctue cet opus fort intéressant, une relecture ‘unplugged’ de la plage d'ouverture. Armé de sa gratte sèche, Dave chante. Chris Flotz est enfin présent. Il se réserve le cajon, alors que Heath souffle dans son saxophone baryton. Un album que je vous invite réécouter à plusieurs reprises avant de pouvoir l’apprécier à sa juste valeur, et puis surtout pour tenter de décrypter les textes très personnels et humoristiques.

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