Amateur de bric-à-brac sonore et de fourre-tout ingénieux, cet album est pour toi. "9 Songs" (qui n'en contient que 8) est l' oeuvre de deux petits gars de 19 ans originaires d'Agoura Hills, patelin de la banlieue de Los Angeles, renommé entre autres pour ses festivals et les nombreux artistes qui y résident. Le duo, qui confesse être bien plus fan de Can que de ses concitoyens de Linkin Park, a eu le bonheur de séduire un prestigieux voisin. En effet, Ewan Rando, le leader des Foxygens s'est entiché de leurs compos et a absolument voulu jouer le rôle du grand frère. Il a donc loué une petite maison dans l'Indiana afin d'enregistrer les premiers pas de Dub Thompson et s'est chargé de la production. On ne s'étonnera donc pas du son un peu crasseux, des relents de psychédélisme et de l'impression de grand collage désordonné qui nous est livré ici.
Max Pulos et Evan Laffer puisent leur inspiration chez des groupes qui ne disent sans doute pas grand-chose à leurs potes de lycée. Il doit en effet être plutôt rare de trouver dans les discothèques d'ados californiens des formations comme This Heat, The Fall, Big Black, Captain Beefheart ou Père Ubu.
Résumer Dub Thompson à un style est donc bien difficile. Proto-Punk, Garage, Hardcore, Kraut, Indie 80's et Post-Punk se succèdent ou fusionnent dans une atmosphère de radio pirate. Et ce ne sont pas les petites touches post-disco, dub ou muzak qui vont aider à les définir.
Le plus étonnant est donc que le tout demeure finalement assez digeste. On se sent en effet plutôt bien dans la cave des Dub Thompson à les regarder délirer. Ce foisonnement pourrait provoquer l'écoeurement ou une rapide lassitude. Au contraire, l'album est attachant voire fascinant grâce à cette variété des climats, cette multitude de brèves propositions.
Au fil des écoutes, ce qui paraissait un brouillon bouillon devient une succession d'histoires courtes dont les détails ne sont pas sans intérêt. Chaque morceau affiche son identité et laisse découvrir de réelles qualités d'écriture. Cette impression est d'ailleurs confirmée en live où leur sens de la mélodie accrocheuse est étrangement plus palpable que derrière la production de Rando. Tout comme le côté dub d'ailleurs. On y découvre aussi une dimension punk hip hop proche des Beastie Boys des débuts. Et l'on peut s'amuser à essayer de compléter les rayonnages de leurs armoires à disques : Joy Division, ESG, LCD Soundsystem, Gary Numan, Kraftwerk, les compiles Nuggets...
Comme tout premier disque, "9 Songs" concède évidemment des faiblesses et affiche un condensé d'influences ; mais on a hâte de découvrir les prochaines compositions du duo. Et pourquoi ne pas suivre les pas de Foxygen en trouvant une large audience sans faire trop de concessions? Certes, leur style est moins consensuel, quoique, mais le potentiel est présent. Les Dub Thompson sont en tout cas des gamins doués avec toute la fraîcheur inhérente à leur âge. Ils canaliseront leur musique au fil du temps. Mais qu'ils ne se pressent surtout pas.

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