Eddie Hinton n'est plus de ce monde. Il est disparu en 1995, à l’âge de 51 ans. Il était originaire de Tuscaloosa, dans l'Alabama. Au cours de sa jeunesse, il milita au sein de groupes obscurs comme les Spooks ou les Five Minits. Il acquiert une certaine notoriété, fin des 60s, lorsqu’il devient le guitariste des célèbres studios Muscle Shoals. A cette époque, il partageait un appartement en compagnie de Duane Allman, avant que ce dernier ne fonde l’Allman Brothers Band. Entre 1967 et 1971, il apporte sa collaboration à des célébrités comme Wilson Pickett, Arthur Conley, Aretha Franklin, Joe Tex, Percy Sledge, Elvis Presley, les Box Tops et Otis Redding. En 1977, il commet "Very extremely dangerous", sous la houlette de Barry Beckett. La vague du disco le prive cependant de travail ; et il doit se résoudre à élire domicile dans la rue. A Decatur, dans l’Alabama. C'est là qu'un ami, John D Wyker, le retrouve et l’encourage à enregistrer un nouvel elpee : "Letters from Mississippi". Hinton signe ensuite chez Bullseye et y édite deux opus : "Cry and moan" et "Very blue highway". En 1995, il retourne chez lui à Birmingham où il travaillait sur un nouvel album lorsqu'il est emporté par une crise cardiaque. Ces dernières années, le label Zane avait déjà consacré deux collections à des sessions d'Eddie Hinton : "Dear y'all" et "Playin' around".
« Beautiful dreams » constitue donc le troisième volume de ces sessions, immortalisées entre 1966 et 1980. Hinton possédait une voix extraordinaire. Eraillée, graveleuse, elle était taillée pour chanter le R&B. En 1964, Eddie végétait chez les Spooks. L'année suivante, Fred Styles, bassiste des 5 Menits, lui demande de rejoindre son groupe. Il y retrouve alors le drummer Bill Connell et le claviériste Paul Hornsby. L'année suivante Connell quitte cette formation pour les Allman Joys (des frères Allman). Johnny Sandlin le remplace. Si Hornsby se forgera un nom, notamment comme producteur du Marshall Tucker Band et de Charlie Daniels, Sandlin deviendra le producteur des Allman Brothers Band. Des enregistrements du quartet avaient été opérés en 1966. Ce sont les quatre plages qui terminent cette plaque. Vu l'époque, les reprises de R&B sont exécutées de manière assez brute et primaire, mais elles ne manquent ni de dynamisme ni de conviction. L’enthousiasme et la bonne humeur envahissent "Blue blue feeling", "Lay it on me" ainsi que la reprise du notoire "Turn on your love light", un morceau jadis popularisé par Bobby Bland. Les mêmes musiciens allaient se retrouver quelques années plus tard. En 1974. Chez les Tuscaloosa All-Stars. Ils y concocteront quelques démos en studio. L’aventure impliquait également le guitariste Tippy Armstrong et le claviériste Mike Duke (qui joua en compagnie de Delbert McClinton). "Nice girl" ouvre ce disque. Une gentille ballade soul caractérisée par la profondeur du chant. Le jeu sur les cordes est clair et parcimonieux. "You made me sing" est un plage qui vous flanque des frissons partout, tant la voix libère de l'émotion. Pas étonnant qu'on lui ait donné le surnom d'Otis Redding blanc! Plus rythmé et dansant, "Just another wild love affair" est toujours d’aussi bonne facture. Deux plages datent de 1975. Des sessions qui ont alimenté l'album "Dear Y'all". Tout d’abord "You left the water running", une compo qui fut également adaptée par Otis Redding. Hinton est ici uniquement soutenu par la fameuse "Muscle Shoals Rhythm Section" : David Hood à la basse et Roger Hawkins aux drums. Le timbre vocal d’Eddie est très proche de Sam Cooke. Sur "Beautiful dreams", Hinton est seul. Il chante et joue de la guitare acoustique. Cette plaque recèle aussi des prises alternatives de titres gravés auparavant sur support. Et notamment l’énergique "Everybody meets Mr Blue" et le séduisant "Let it roll". Deux morceaux qui bénéficient du concours des Rocking Horses. Ces plages me rappellent quelque part les Box Tops, combo qui faisait régulièrement appel aux Muscle Shoals! Cette œuvre recèle encore quelques plages puisées ça et là, comme l’inédit "Alleyway", un R&B largement cuivré et très funky datant de 1979 ; ou encore des démos à l'accompagnement dépouillé, et en particulier "I won't let you down" et "Same old thang". De bonne facture, cet opus honore la mémoire de cet excellent chanteur, hélas toujours aussi méconnu…

Nederlands
Français 
