Ruben est néerlandais. Il est surtout le fils d'une figure légendaire du blues et du boogie batave, le pianiste Rob Hoeke. Préposé à guitare, le fiston a manifestement hérité du goût de son père pour le blues. Il est encore très jeune lorsqu’il sévit déjà au sein de Blues on the Road, puis de Pepping Express. En 96, il se rend aux States. Un périple qui va durer 6 semaines. Il visite le pays de l’oncle Sam, mais surtout se produit en live. Notamment à Chicago et dans le Sud profond. Lorsqu’il revient c’est pour militer chez The Hurricane Blues Band et Stone Freak. Il a fondé son propre groupe début 2004. Un quartet qui implique le vocaliste Frank Van Pardo, le bassiste Dave Besse et le drummer Remco Van der Sluis.
"Backdoor blues" ouvre le feu. Une plage bien rythmée. Le blues de Ruben Hoeke évolue dans un registre assez pub rock. Dans le style, la voix de Frank passe bien la rampe. Solistes, Van Pardo à l'harmonica et Ruben à la guitare, obtiennent déjà leur billet de sortie. Cette plage aurait pu figurer au répertoire de Dr Feelgood. La guitare emprunte des accents à John Lee Hooker pour attaquer entamer "Swamp" ; mais la suite tourne à un festival de guitares, au cours duquel on assiste à un tournoi entre Ruben et son invité, David Hollestelle Jr (NDR : il a milité de nombreuses années au sein du Wild Romance d'Herman Brood). L'ouverture de "Enough of that stuff" est royale. Très BB King, ce titre bénéficie de la participation de Tineke Schoemaker (la chanteuse de Barrelhouse), du pianiste Gergren Deves (en compagnie duquel il a animé une émission radio pendant quatre ans) et de l'un des plus célèbres gratteurs des Pays-Bas, l’ex Brainbox et Focus : Jan Akkerman. Un excellent morceau au cours duquel les cordes sonnent comme le Peter Green des bons jours. Blues lent, "Midnight prayer" ne suscite guère d’intérêt, mais la voix de Frank ne manque pas de charme ; alors que Ruben se réserve un solo bien senti, pas très blues mais bourré de feeling. Nos doigts de pieds se mettent à frétiller pour le boogie "Dirty little women". Toue l’équipe du RHB y libère un maximum d'énergie. Le "Cherry Red" d'Ivory Joe Hunter est un nouvel exercice du blues lent. Wouter Planteidt (leader du trio Sjako!) chante cette version très dépouillée tout en se réservant la seconde guitare. Jan Peter Bast siège derrière les claviers. Mais pour la circonstance, Ruben se montre très avare de ses notes ; il ne concède d’ailleurs que l'essentiel. Excellent ! Et le reste de l’opus ne manque pas d’allure. Très tonique, "Soul on fire" me rappelle un ancien groupe du British blues boom qui impliquait Mick Clarke à la guitare : Killing Floor. Plus atmosphérique, "Misty morning" est caractérisé par ses changements de rythme. Et ne passons pas sous silence le titre maître, une compo particulièrement puissante. Ballade empreinte d’une grande tristesse, "Drinking on my bed" nous plonge dans un univers glauque, proche de Tom Waits. Thé Lau (NDR : il a été pendant vingt ans le leader d'un groupe particulièrement populaire chez nos voisins du Nord, The Scene) s’y réserve les vocaux. Kaz Lux (ex-Brainbox) chante admirablement "Lord I feel tired", une autre ballade tendre. Elle est soutenue par les cordes de Ruben et l'harmonica de Hans Mulder. De bonne facture, cet opus s’achève par le "Rip this joint" des Rolling Stones. Une solide dose de rock'n'roll primaire entretenue par le piano de Deves et le saxophone hurlant de Boris Vander Lek…

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