Johnny ‘Tutu’ Jones Jr nous vient du Texas. De Dallas très exactement. Un bluesman, ma foi, encore fort jeune, puisqu’il n’a pas encore quarante ans. Un personnage qui s’est déjà forgé une solide réputation dans l’univers du blues ; il était d’ailleurs à l’affiche de l’édition 2005 du festival Spring Blues d'Ecaussinnes. Dès sa tendre jeunesse, il baignait déjà dans le blues. Faut dire qu’au sein de son milieu familial, son oncle jouait du piano, son père de la guitare et sa mère de la batterie. Et lorsque le clan organisait des jams à la maison, il n’était pas rare de retrouver parmi les invités Little Joe Blue ou encore Freddie King Jr (NDR : le fils du géant !) Et puis son père, Johnny B Jones, avait sévi dans le backing band de Freddie King.
Tutu débute sa carrière comme drummer. Il accompagne alors des stars du R&B comme Z.Z Hill ou Johnnie Taylor ; mais également Al T.N.T Braggs et même RL Burnside. Il passe progressivement à la guitare et au chant. C'est John Stedman, du label JSP, qui lui permet de concocter son premier elpee : "I'm for real". En 1994. Son deuxième paraît chez Bullseye : "Blue Texas soul". En 96. Et le suivant, en 1998 : "Staying power". Nous attendions donc impatiemment son nouvel opus. Qui vient de sortir sur le label d'Austin, Doc Blues records. Et c'est un live ! Une manière idéale de savourer le blues de Tutu Jones. Il est soutenu par son band : Don Landry aux drums, Wes Stephenson à la basse et Ronnie Bramhall à l’orgue. Et si Tutu est encore un jeune bluesman, il faut lui reconnaître des talents de vieux routier, car si une bonne partie de son répertoire est empruntée aux maîtres du style, il parvient à s’approprier leurs compos, tant il vit ses chansons. Il les vit en y mettant tout son cœur, toute son âme, tout son corps. Il les transpire par tous les pores.
Son set s’ouvre par un blues lent qu'il affectionne tout particulièrement : le "Sunday morning love" de Bobby Bland. Sa voix puissante possède déjà pas mal de vécu. Elle est idéale pour cet exercice de style. Sa guitare produit des phrases qui épousent parfaitement le chant. Déjà à la recherche de son dieu Freddie, il reprend un de ses classiques : le fameux "Goin' down" de Don Nix, bien sûr. La section rythmique libère tout le groove nécessaire et indispensable pour communiquer les vibrations de la scène. Il s'attaque alors au célèbre "Have you ever loved a woman" qu'il avait déjà mis en boîte pour l'album "Blue Texas Soul". L’adaptation est superbe. L'orgue Hammond bien présent. La voix dominatrice. Tutu laisse éclater tout son feeling sur les cordes, la supplication d'amour dans la voix. "Sweet woman" ouvrait son premier elpee. Une plage tout en rythme, funky, saturée de R&B. Mr Jones replonge aussitôt au cœur du blues. A travers "The milkman game (NDR : issu de "Staying power") ; un slow blues brûlant, envoûtant, empreint de désir et de sensibilité. Dans un style qui évoque parfois un Buddy Guy au sommet de son art. Sans le moindre artifice : juste ce qui émane du plus profond de lui-même. Un ‘smoking blues’ au cours duquel l’intervention de Ronnie Bramhall à l’orgue particulièrement brillante. Tutu adore le R&B. Le vrai : celui de Memphis, époque Stax. Et tout d’abord Otis Redding. Sa version de "My girl" en est la plus belle illustration. Il enfile alors le manteau de Freddie King pour exécuter "Shake what your Mama gave you", un instrumental qu’il interprète avec puissance et détermination. Il vit tellement son blues, que sa voix peut éclater en sanglots. A l’instar de "Little blue bird". Un slow blues à vous flanquer des frissons partout. A cet instant, sa guitare libère un maximum d’émotion. Passion et douceur font même ici bon ménage. En fin de concert, Tutu donne un bon coup de manivelle et insuffle le maximum de rythme au "Teenie Weenie" de Little Milton. Cet opus nous propose, en bonus track, une reprise de "The sky is crying" commise lors d’un précédent show. Pour la circonstance, Tutu est entouré d’autres musiciens ; mais la prise de son est incontestablement de moins bonne qualité. Nonobstant ce titre dispensable, je vous recommande chaudement cet opus…