Pour les néophytes, il n’est pas superflu de vous refaire un peu l’historique de cette formation. Cranes a été fondé par Alison Shawn et son frère Jim. Au beau milieu des eighties. Le choix de leur nom a été guidé par leur environnement ; c’est-à-dire les affreuses grues qui se dressaient à l’époque dans le port de Portsmouth, ville dont le groupe est originaire. Le succès n’apparaîtra cependant qu’en 1992, lorsque The Cure, séduit par leur rock gothique, va les inviter à assurer la première partie de leur ‘Wish Tour’. C’est à cette époque que la formation va commettre ce qui constitue encore aujourd’hui le meilleur elpee du groupe : « Forever ». Deux ans plus tard, « Loved » reçoit également des échos favorables de la critique. Mais dès le début de notre nouveau siècle, les problèmes commencent à s’accumuler. Plusieurs membres de groupe tirent leur révérence. Et pour corser le tout, le combo entre en conflit avec sa maison de disques, Dedicated. Un désaccord qui va forcer les Cranes à créer leur propre label, Dadaphonic…
Le précédent opus, « Particles and waves » remonte à 2004 ; et on ne peut pas dire qu’il ait frappé les esprits. Et comme leurs prestations scéniques se révélaient de plus en plus inégales, leurs fans les plus fidèles avaient vraiment le droit de se plaindre. Pourtant, en octobre dernier (voir la review du concert), le combo était parvenu à ranimer quelque peu la flamme du feu sacré. Dès lors on était en droit d’espérer une confirmation de ces excellentes dispositions. Sur ce nouvel elpee sobrement intitulé « Cranes », par exemple.
On ne peut cependant pas dire que le début de l’opus soit particulièrement rassurant. Intitulé « Diorama », l’intro est plutôt répétitif et sans grand intérêt. Et la suite n’apporte guère de surprises, hormis la présence plus marquée de l’électro. Notamment tout au long d’« Invisible ». Maintenant, il faut reconnaître que cet aspect plus synthétique parvient à se fondre naturellement dans l’électricité éternellement grinçante des guitares.
Heureusement, les Cranes peuvent toujours compter sur l’organe vocal d’Alison. Ce timbre fragile, angélique, juvénile, qui communique un charme inégalable à leur musique. Une raison et peut-être encore la seule raison pour aimer ce groupe, contre vents et marées. Et pour la circonstance, elle se pose délicatement sur l’électro minimaliste ou les riffs sombres. De quoi continuer à énerver les détracteurs et à ravir les aficionados, soit-dit en passant.
Paru dans le plus strict anonymat, cet album risque cependant de ne rencontrer de succès qu’auprès des fans de la première heure (NDR : ce qui n’est déjà pas si mal me direz-vous). Quant aux futurs concerts des Cranes, ils continueront à attirer les fidèles trentenaires… dans des salles intimistes à-moitié vide…

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