‘De la destruction naît la création’ (Johnny Rotten)… Et Jarvis Cocker aime tremper sa plume créatrice et sarcastique dans l’acide corrosif du chaos.
C’est en 2006 que « Jarvis », premier album solo du chanteur britannique, met un terme définitif à l’aventure tourmentée et sinueuse de Pulp. Trois ans plus tard, « Further Complications » naît des cendres du divorce entre le prince de la britpop Jarvis Branson Cocker et la styliste Camille Bidault Waddington.
La vie sentimentale du dandy britannique, émaillée de ses 8 ans de glamour parisien, ne nous intéresserait que très modérément si elle n’avait marqué de stigmates profonds, le second opus. A l’image d’un journal intime, les textes écrits en une année ombragent la plume drôle et caustique du songwriter et la teintent d’amertume (« Leftovers ») et de nostalgie (« I Never Said I Was Deep » ou « Hold Still »). L’impulsion créative n’est cependant pas toujours un gage de qualité artistique surtout lorsqu’on désire changer de registre et s’aventurer sur d’autres sentiers musicaux. Et il précise sous le couvert d’excuse : ‘Je n’ai pas vraiment changé depuis l’enfance, le noyau dur est toujours le même, mais on évolue. On peut même empirer’. Sarcastique ou réaliste ? Reste à « Further Complications » à s’exprimer.
Plus de 30 ans après la naissance de Pulp, l’enfant de Sheffield renie sa muse et se métamorphose. L’espace d’un album, il descend, condescend aux accents garage-rock. Il explique ce changement de ton comme un désir profond d’abandonner cette image de leader charismatique et narcissique pour se mettre davantage au service et à l’écoute du groupe. Paradoxalement, aucun projet solo n’a jamais été à ce point tourné vers ses musiciens : ‘[…] Dans le bus, alors qu’on était en tournée pour mon disque précédent, ils me montraient ce qu’ils savaient jouer et ont fait mon éducation en matière rock, moi qui avais toujours un peu méprisé cette musique. Il ne faut pas oublier que quand j’étais très jeune en Angleterre, il fallait choisir son camp entre le rock et le punk. J’avais choisi le punk’.
En y ajoutant la collaboration du producteur californien Steve Albini (Nirvana, PJ Harvey, Pixies, Mogwai…), on obtient un rock brut qui n’oublie jamais d’envoyer le bois (« Fuckingsong » ou « Caucasian Blues ») !
L’opus peut se scinder en deux prismes basiques : rock puissant et rock épuisant ! Les titres d’introduction s’ouvrent à des pistes au rock ‘testostéroné’ et conventionnel. Une rythmique simple et répétitive (« Further Complications » et « Angela »), des guitares lourdes aux solos prévisibles (« Pilchards ») viennent meubler les trois premières plages. Univers qui ressemble davantage à celui d’Elvis Costello qu’à celui du talentueux leader charismatique de Pulp. La voix et l’interprétation, magnifiques, de Jarvis viennent fort heureusement sauver les meubles. Tessiture caméléonne qui épouse à merveille tous les genres qu’elle effleure.
Le second prisme ne nous bouscule pas plus que le premier. Overdose de miel ! Il coule, il en découle d’abondantes compos mélodieuses et sirupeuses. Le genre de chanson qu’on a l’impression de connaître depuis toujours et… que l’on sait depuis longtemps. Entre les slows assommants (« I Never Said I Was Deep ») et les lettres de rupture (« Hold Still »). Là, la voix de Jarvis Cocker ne peut plus rien y faire surtout lorsqu’elle mue en celle de Bowie (« Leftovers », « Slush »…).
Si l’on insère le spectre d’Iggy Pop qui plane sur une grande partie de l’elpee, l’exercice ressemble davantage à l’œuvre d’un grand enfant gâté qui aurait décidé de s’amuser à imiter ses idoles. Plagiat astucieux ou influences savamment orchestrées ? « Further Complications » souffre cruellement d’identité.
Seule ombre d’originalité, une ‘discosong’ en clôture de l’album. « You’re In My Eyes » déstabilise, détonne et nous sert un curieux cocktail plutôt réussi entre Issac Hayes, Barry White et Pulp. Surprenant !
Finalement, un Jarvis en pantoufles qui nous lance quelques bombes rock facilement exploitables sur scène, lieu où le dandy pop excelle ! Quant à « Further Complications », voilà certainement un disque qui ne fera pas date !

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