Bernard Allison fêtera ses 45 balais, fin de cette année. Le plus jeune des neuf enfants de la famille Luther est parvenu à forger sa propre carrière, après la disparition de son père, en 1997. C’est au sein de sa tribu, qu’il a fait ses armes. Sa première expérience au sein d’un groupe, il la vivra chez le Koko Taylor's Blues Machine. Il va y militer trois années. En 1989, il rejoint Luther en Europe pour intégrer sa formation continentale. L'année suivante, il sort son premier album solo, "The next generation". Et dans la foulée, le fils prodigue aligne les œuvres individuelles. Ce qui va lui permettre de se construire une solide notoriété…
L’elpee s’ouvre par "Send it in", une courte plage instrumentale, abordée un peu à la manière de Freddie King. Le titre fait déjà mouche ! Le tempo imprimé est assez enlevé. Bien posée, la guitare s’impose face au piano de Bruce McCabe. Bien timbrée la voix de Bernard rappelle celle de son père. Il attaque "I wounld'nt treat a dog (the way you treated me)", une cover popularisée par Bobby Bland (NDR : les Nighthawks en avaient réalisé une excellente sur leur elpee, "Trouble"), une ballade R&B bien ficelée au cours de laquelle José Ned James sort déjà de sa réserve et s’autorise un envol au saxophone. "Tired of tryin'" embraie dans le même registre. Bernard en profite pour se libérer sur les cordes, dans son style si caractéristique. "As simple as that " est une plage issue de la plume de Bruce McCabe. Une ballade de toute bonne facture, à la mélodie contagieuse, que chante parfaitement Allison. Tout comme sur "The otherside", une plage un peu plus complexe. Evoluant sur un mid tempo, ce blues secrète quelques bons riffs rythmés. Progressivement, ses cordes –largement amplifiées mais toujours sous contrôle– s’affranchissent et montent en puissance. En toute modestie, Bernard se proclame maître de la slide. Elle est gouailleuse et très présente face à la section rythmique, constituée du bassiste Jassen Wilber et drummer Erick Ballard, qui soigne son groove. Encore qu’on a l’impression qu’elle manque parfois de relief, par rapport aux tandems constitués outre-Atlantique. Bernard confesse une bonne tranche de sa vie sur "Allison way". Il y parle de ses origines, de son enfance et de sa jeunesse à Chicago. Circonspect, il ne concède, de sa six cordes, que des notes parcimonieuses, mais bigrement essentielles. "Still rainin'" emprunte un format plus rock. Une compo signée par le pianiste McCabe. Il se charge également des vocaux, lors de cette plage très rythmée, invitant à la danse, caractérisée par de solides échanges entre le saxophone et les ivoires, une rencontre destinée à chauffer l’ambiance pour permettre aux cordes du maître de s’exprimer à satiété. Invité de marque, Lonnie Brooks chante "Leavin' the bayou", une compo signée Allison. Les deux musiciens s’y partagent guitare et la slide, tout en rendant hommage à leurs maîtres. De son véritable nom Lee Baker Jr, Lonnie est né en Louisiane. En 1933. Il a longtemps côtoyé Clifton Chenier. C’est après avoir émigré à Chicago qu’il se lie d’amitié à Luther Allison. Une affection qui va ensuite déteindre sur Bernard, puis Wayne et enfin Ronnie Baker Brooks. En fin de parcours, l’elpee nous réserve encore "Life goes on", un concentré nerveux de bon Chicago blues, "Clea vision", un superbe shuffle entretenu par le piano de McCabe et "Let's try it again", le blues lent de circonstance. Sans oublier l'hommage à Hendrix, rendu à travers la cover puissante de "Fire", une compo caractérisée par ses éclats d’orgue, les interventions au saxophone et un solo de guitare éblouissant. Manifestement, un des meilleurs albums de Bernard…

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