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Philippe Blackmarquis

Philippe Blackmarquis

 

 

Le groupe britannique And Also The Trees compte depuis longtemps parmi les favoris de la rédaction. Originaire d’Inkberrow, paisible village de la campagne anglaise, la formation façonne depuis 1979 une œuvre singulière, affranchie des classifications convenues. Nourrie de post-punk, sa musique se teinte d’accents néo-classiques et de réminiscences néo-folk, plongée dans une atmosphère tellurique, romantique et presque mystique.

Au cœur de cet univers se détache Simon Huw Jones, figure charismatique et profondément sincère, dont l’authenticité suscite immédiatement l’attachement. Musiczine l’a rencontré à l’occasion du concert exceptionnel accordé par les ‘Trees’ dans l’écrin intimiste de l’église ‘La Nef’, à Namur. Nous lui avons proposé un blind-test : reconnaître des extraits, puis les commenter.

Bonjour Simon. Nous nous sommes à La Nef, à Namur, pour le premier concert de votre nouvelle tournée.

SJ : Exactement.

Vous présentez donc un nouvel opus, « The Devil’s Door ».

SJ : Oui. Je crois que six titres de ce disque figurent dans notre setlist. Les répéter en si peu de temps a représenté un vrai défi, car nous vivons tous aux quatre coins de l’Europe. Finalement, nous nous sommes retrouvés à Londres pour les dernières répétitions.

Je t’ai préparé un blind-test.

SJ : D’accord.

Extrait n° 1

SJ : And Also The Trees : « I Lit A Light ». C’est l’une de ces chansons pour lesquelles nous nous sommes demandé : « Comment allons-nous l’intituler ? » Nous avons cherché pendant des heures, sans trouver. Finalement, nous avons repris le premier vers, un peu comme le font les poètes.

Ce nouvel elpee constitue donc le troisième volet d’une trilogie entamée par « The Bone Carver », puis prolongée par « Mother of Pearl Moon ».

SJ : Oui.

Et « The Devil’s Door » en signe le troisième et dernier chapitre ?

SJ : Le dernier, oui, normalement.

Si je comprends bien, les trois disques se répondent par leur esthétique musicale et par les instruments mobilisés ?

SJ : Oui, et par les musiciens également. C’est le premier album auquel les cinq musiciens ont tous contribué au niveau des compositions : mon frère Justin, Paul Hill à la batterie, Grant Gordon à la basse, Colin Ozanne et moi-même. La clarinette de Colin joue un rôle essentiel ; elle forme un fil conducteur qui traverse les trois opus et les relie entre eux.

Ce dernier elpee accueille aussi des invités de marque.

SJ : Absolument, notamment Catherine Graindorge, la merveilleuse violoniste et altiste belge.

Cette fois, tu ne l’as pas rebaptisée Catherine Gainsbourg, comme lors de notre précédente interview (rires) !

SJ : Ai-je vraiment dit ça ? Et pourtant, je n’avais rien bu (rires) !

À mes yeux, ce nouveau long playing incarne parfaitement And Also The Trees. J’ai choisi « I Lit A Light » précisément pour cette raison : ce titre sonne comme un classique d’AATT.

SJ : Ce morceau a mis du temps à se dessiner. Certaines compositions s’assemblent naturellement ; d’autres exigent davantage de travail et de réflexion. Celui-ci appartient à la deuxième catégorie.

Pour « Mother of Pearl Moon », vous aviez envisagé une parution sous le patronyme de ‘Brothers of The Trees’, votre projet acoustique. La même question s’est-elle posée pour « The Devil’s Door » ?

SJ : Non, dès le départ, il s’agissait d’un disque d’And Also The Trees.

D’accord, passons au deuxième extrait.

Extrait n° 2

SJ : Oh, je l’ai reconnu. C’est « Interstellar Overdrive », de Pink Floyd.

C’est l’un des morceaux qui a tout déclenché pour vous…

SJ : Tu l’as sans doute choisi parce que c’est l’un des tout premiers morceaux que Justin a réussi à jouer à la guitare, à ses débuts, quand il avait 14 ou 15 ans. Il le jouait sur une seule corde de sa guitare acoustique. Je me suis alors dit : « Tiens, mon frère sait jouer de la guitare ! »

L’autre morceau qu’il interprétait, c’était « ESP », des Buzzcocks.

SJ : Exactement.

À propos de Pink Floyd, Justin a confié que les Trees pratiquaient, selon lui, une forme de psychédélisme sombre.

SJ : Oui, dans un sens, c’est vrai. À l’époque, nous écoutions surtout « Relics », une compilation parue en cassette préenregistrée. Nous possédions aussi la compilation bleue des Beatles.

Et « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » ?

SJ : C’est notre grand frère qui possédait « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ».

Extrait n° 3

SJ : Oh, c’est The Cure !

C’est « Warsong », extrait de leur dernier disque.

SJ : Mon Dieu, il m’a fallu longtemps pour le reconnaître ! J’ai beaucoup écouté leur dernier opus, « Songs of A Lost World », mais pas assez attentivement pour en retenir tous les détails. J’aime beaucoup la guitare. Robert Smith reste un guitariste vraiment sous-estimé. Justin l’a toujours affirmé, et je partage son avis.

Vous assurerez d’ailleurs leur première partie à Nîmes !

SJ : Oui. Ils nous ont choisis pour ouvrir leurs trois concerts dans les arènes, en juillet prochain. Je me réjouis de rejouer auprès d’eux. La dernière fois remontait à douze ans, à l’Apollo de Londres. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, car je n’avais plus vraiment écouté The Cure depuis longtemps, ni assisté à l’un de leurs concerts depuis des années. Justin, lui, était resté en contact par e-mail. L’expérience s’est révélée formidable. Alors, quand Justin m’a parlé de Nîmes, je me suis dit : « C’est magnifique de les revoir et de rejouer auprès d’eux, surtout que j’adore le nouvel opus. » Et quel lieu splendide pour jouer !

Pour ceux qui l’ignorent, The Cure a joué un rôle crucial au début de votre carrière : ils ont produit votre première cassette et votre premier long playing.

SJ : Et le premier single… Robert nous avait également demandé d’ouvrir pour eux à l’époque. C’était notre troisième concert ; nous manquions vraiment d’expérience.

En quelque sorte, la boucle se referme aujourd’hui…

SJ : Oui. Le plus incroyable, c’est que nos carrières ont suivi des trajectoires radicalement différentes. Nous partageons toutefois un point commun : aucun de nos deux groupes ne s’est séparé avant de se reformer. Nous avons continué, chacun sur notre propre chemin. De temps à autre, nos routes se croisent. Et c’est formidable qu’elles se rejoignent de nouveau, 45 ans plus tard.

 Je me souviens qu’à l’époque, Robert aurait déclaré qu’And Also The Trees surpassait The Cure !

SJ : Je crois que c’est une légende.

Cela dit, cette formule lui ressemble assez.

SJ : C’est possible. Il se montre très humble et très généreux.

Il aurait confié à Wire que The Cure arrêterait dès qu’il atteindrait le même succès. Plus tard, lorsque le groupe a explosé, les membres de Wire seraient allés trouver la bande à Robert en backstage, à Bruxelles, pour leur demander : « Alors, vous arrêtez quand » (rires) ?

SJ : C’est fou, ça !

Oui, les frères Pauly, de Parade Ground, m’ont raconté cette anecdote. Elle illustre assez bien l’humour de Robert.

SJ : Oui, c’est vrai.

Extrait n° 4

SJ : « My Lady d’Arbanville », de Cat Stevens !

Si je ne me trompe pas, il s’agit de la seule reprise jamais enregistrée par AATT, non ?

SJ : Oui. Elle figurait sur « Farewell To The Shade ».

J’ai toujours pensé que cette chanson annonçait très bien l’esthétique d’AATT. Non pas que vous l’ayez copiée, mais elle semble préfigurer votre univers musical.

SJ : Intéressant.

En 1970, Cat Stevens a écrit cette chanson. Plus de dix ans plus tard, And Also The Trees a, d’une certaine manière, développé ce climat pour en créer un langage à part entière : le romantisme, l’anglicité, la fibre folk, mais aussi l’ombre, le ‘dark’ et la présence de la mort.

SJ : Je vois ce que tu veux dire.

Sais-tu que cette chanson évoque sa petite amie, Patti d’Arbanville ?

SJ : Je l’ignorais.

C’était un mannequin très demandé. Un jour, elle est partie à New York. Déçu, il a composé cette chanson où il la décrit comme un cadavre, parce qu’à ses yeux, son départ équivalait à une mort symbolique.

SJ : Ah, je vois. Je ne connaissais pas l’histoire de cette chanson.

Elle est ensuite devenue une actrice connue, notamment dans le cinéma érotique.

SJ : Vraiment ?

Oui, comme dans « Bilitis », en France.

SJ : En tout cas, nous avons repris cette chanson et, franchement, nous le regrettons aujourd’hui. Le résultat ne nous semble pas très réussi. À l’époque, The Cure s’orientait vers une veine plus mainstream, confortée par des tubes comme « Lovecats ». En France, notre maison de disques, New Rose, estimait qu’un espace se libérait et que nous pouvions occuper la place de The Cure comme groupe underground ou plutôt de rock alternatif. Mais pour y parvenir, ils nous ont lancé : « Il vous faut un tube. » Nous nous sommes dit : « Nous n’écrivons pas vraiment de tubes. Prenons une chanson de quelqu’un d’autre et voyons ce que cela donne. » Finalement, nous avons retiré tous les éléments commerciaux et accrocheurs du morceau. Quand le label a entendu notre version, ils ont réagi : « Mais qu’est-ce qu’ils ont fait ? » De toute évidence, cela ne deviendrait pas un tube. Ce fut un tournant dans notre carrière, car dans le monde de la musique, un succès change tout : il permet d’enchaîner les tournées et de gagner beaucoup d’argent.

C’est dommage…

SJ : Avec le recul, je pense que c’était une bonne chose de ne pas avoir décroché de hit. Cela aurait changé notre parcours, et nous aurait aussi transformés en tant que personnes.

Extrait n° 5

SJ : C’est l’incroyable version de Scott Walker du classique de Jacques Brel, « Ne Me Quitte Pas ». Magnifique. Mais je crois préférer l’originale.

En revanche, pour « My Death », les versions de Scott Walker et de David Bowie surpassent l’originale, non ?

SJ : Oh, absolument, sans aucun doute. Je dirais même que Bowie l’emporte peut-être, simplement parce que la version live est grandiose.

Oui, celle interprétée lors du dernier concert de la tournée « Ziggy Stardust », au moment où il a mis à mort son personnage.

SJ : C’est vraiment un classique.

Scott Walker incarne, à mes yeux (NDLR : oreilles ?), le chanteur baryton par excellence.

SJ : Oui, je suis d’accord.

Lui et Jim Morrison.

SJ : N’oublions pas Frank Sinatra.

Oui, Frank Sinatra, bien sûr !

Extrait n° 6

SJ : Les Doors ! Et « Crystal Ship » !

Je l’aime particulièrement, parce qu’elle reste moins connue.

SJ : C’est l’une de leurs meilleures chansons. Les paroles sont également superbes. Au début d’And Also The Trees, Jim Morrison me fascinait. J’avais lu « No One Gets Out Of Here Alive ».

Ah oui, le livre !

SJ : Je voulais devenir comme Jim. Plus récemment, j’ai lu l’excellente autobiographie de Robbie Krieger, le guitariste des Doors. Il y déconstruit en quelque sorte le mythe de Jim, et c’est salutaire, car Jim ne correspondait pas à l’image que les gens imaginaient.

En tant qu’être humain, tu veux dire ?

SJ : En tant qu’être humain, bien sûr. On découvre aussi qu’en réalité, travailler à ses côtés relevait du cauchemar. Il échappait à tout contrôle. Il s’agissait probablement d’un homme magnifique au départ, mais la célébrité l’a entraîné sous l’emprise de la drogue et de l’alcool.

C’est triste, en effet…

Extrait n° 7

SJ : C’est nous. C’est « The Legend of Mucklow ».

La chanson évoque des fantômes, non ?

SJ : Oui. Une histoire de fantôme circulait dans le hameau du Worcestershire où nous avons grandi. Un certain Mucklow aurait été pendu pour avoir volé du bétail. Les gens racontaient avoir aperçu son spectre rôder dans le hameau, sous la silhouette d’un cavalier. Un soir, ma copine, qui ne croyait pas aux fantômes, s’est retrouvée nez à nez avec lui en voiture, au détour d’une allée. Il l’a suivie sur la route, et cette rencontre l’a profondément troublée.

Crois-tu aux fantômes ?

SJ : Je crois que j’y crois et que je n’y crois pas en même temps. J’ai toutefois vécu des expériences qu’aucune explication rationnelle ne permet d’éclairer. Et je connais des personnes qui ont traversé des situations tout aussi inexplicables.

Tout repose finalement sur la perception.

SJ : Bien sûr.

Extrait n° 8

SJ : On dirait la voix de Brendan Perry.

Oui, c’est bien lui ! Il s’agit de Dead Can Dance. Le morceau s’intitule « Fortune Presents Gifts Not According To The Book ».

SJ : Bizarrement, je n’ai jamais vraiment accroché à Dead Can Dance. J’ai essayé, mais cela n’a pas fonctionné pour moi. Ici, j’ai reconnu la voix de Brendan Perry grâce à sa collaboration auprès d’Olivier Mellano.

J’ai choisi Dead Can Dance parce que, à mon avis, leur univers dégage une atmosphère comparable à celle d’And Also The Trees.

SJ : Beaucoup de gens qui aiment And Also The Trees apprécient aussi Dead Can Dance. Je ne dirais pas que je ne les aime pas ; disons plutôt que je n’ai jamais vraiment accroché. Peut-être n’ai-je pas écouté les bons disques. De quel opus est-il extrait ?

Il provient du disque « Aion ».

SJ : D’accord.

C’était leur période médiévale, néo-folk, sombre, presque mystique. À leurs débuts, pourtant, ils venaient du post-punk, comme vous. Ils ont ensuite évolué vers le gothique, le médiéval, puis la world music, nourrie d’influences orientales.

Extrait n° 9

SJ : Oui, je vois ce que c’est. An Pierlé !

Elle vit à Gand, comme tu le sais, puisque tu y as enregistré auprès de Catherine Graindorge.

SJ : Oui ! Je ne me souviens pas du titre de cette chanson.

Elle s’intitule « Cold Winter » et figure sur l’album « An Pierlé & White Velvet ».

SJ : C’est un disque que j’adore.

La dernière fois que nous nous sommes vus, je t’avais conseillé d’écouter « Arches ».

SJ : J’ai écouté « Arches ». J’aime bien, mais pas autant que celui-ci. Je trouve que « Arches » rappelle pas mal Anna von Hausswolff. Je ne sais pas si elle a subi son influence.

C’est vraiment étrange, car je pense exactement la même chose. La preuve : l’extrait suivant est…

Extrait n° 10

SJ : Voilà : c’est Anna von Hausswolff.

Un morceau complètement fou : « The Mysterious Vanishing of Electra ».

SJ : Tu vois, j’adore ce morceau. C’est aussi l’un de ses meilleurs.

L’as-tu déjà vue en concert ?

SJ : Je l’ai vue trois fois sur scène. La première, je n’avais jamais entendu parler d’elle. Un ami m’a dit : « Tu devrais aller la voir. » C’était à Genève. J’y suis allé sans grandes attentes, car les derniers concerts auxquels j’avais assisté m’avaient beaucoup déçu. Je me demandais même si le problème ne venait pas de moi : je baigne dans la musique depuis si longtemps que je me croyais peut-être en burn-out vis-à-vis des concerts. Puis je suis allé voir Anna, et elle m’a complètement bouleversé. C’était incroyable. Ce concert reste l’un des meilleurs auxquels j’ai assisté.

C’était à quelle période ? Celle de « Dead Magic » ?

SJ : Oui. Je ne connaissais aucun de ses disques. C’était dans un tout petit théâtre, devant peut-être 150 ou 200 personnes, ce qui paraît incroyable. Ensuite, je l’ai vue en première partie de Nick Cave au Festival de Montreux. J’ai trouvé cela bien, mais moins puissant que la première fois. Enfin, je l’ai revue l’année dernière au festival Nox Orae, au bord du lac Léman, en Suisse romande. Franchement, j’ai été déçu. Je n’aime pas ses nouveaux morceaux. Elle a perdu un guitariste et engagé une saxophoniste.

Oui. J’estime que la saxophoniste (NDR : Lisen Rylander Löve) prend trop de place.

SJ : Clairement !

Et elle assure aussi la première partie. Résultat : trop de saxo. Or, trop de saxo, ce n’est pas bon (rires).

SJ : Non, non, il faut vraiment manier le saxo avec prudence.

En tout cas, la tournée de « Dead Magic » était tout simplement magique !

SJ : Je lui voue toujours un immense respect, mais, au final, elle m’a épaté la première fois, satisfait la seconde et déçu la dernière.

Extrait n° 11

SJ : Facile : c’est à nouveau AATT, dans « Macbeth’s Head ».

J’adore cette chanson. Tu as expliqué un jour qu’elle était trop difficile à interpréter en live. Pourquoi ?

SJ : C’est vraiment difficile. Nous avons essayé, mais cela ne fonctionne pas.

Est-ce parce que ta ligne vocale descend trop dans les graves ?

SJ : En partie. Mais nous n’avons jamais réussi à obtenir la fluidité recherchée. Nous nous montrons très exigeants envers nous-mêmes. Espérons que le son sera bon ce soir !

Dernier extrait

SJ : Ce titre me dit quelque chose. Est-ce AATT ? Non, c’est November !

Bingo !

SJ : C’est le projet que je partage en compagnie de Bernard Trontin…

… des Young Gods, qui vit à Genève. Préparez-vous un nouvel opus ?

SJ : Oui. Il est presque prêt ! La chanson, ici, s’intitule « Run With The Deer ». D’ailleurs, c’est amusant, car j’ai repris les paroles de cette composition pour le projet mené auprès de Catherine Graindorge. Pendant la préparation de la tournée « Songs for the Dead », elle m’a déclaré : « J’ai ce morceau intitulé “Animal”, que je joue en rappel. » Elle m’a demandé si j’avais des paroles à y ajouter. J’ai essayé d’y placer celles de « Run With The Deer », et cela a merveilleusement fonctionné. Le plus difficile pour moi, lorsque je joue auprès de Catherine, c’est que le violon porte une charge émotionnelle immense. J’éprouve des difficultés à garder ma voix sous contrôle. Je dois éviter de me laisser submerger.

Vraiment ? À ce point-là ?

SJ : Oui, absolument. Quand je quitte la scène après l’avoir interprétée, je suis vraiment dans un état second.

Ah, maintenant je comprends mieux : après le concert donné auprès de Catherine, à Tervuren, tu semblais évoluer dans un autre monde.

SJ : Son violon m’emmène très loin.

Peut-on dès lors espérer une nouvelle collaboration entre vous ?

SJ : Je ne sais pas. Je serais très heureux qu’elle m’invite à nouveau pour travailler à ses côtés.

Elle participe d’ailleurs à votre dernier opus, non ?

SJ : Oui ! Elle assure quelques chœurs dans « The Return of The Reapers » et à la fin de « The Trickster ». Elle joue aussi du violon dans « The Rifleman’s Wedding » ; c’est vraiment magnifique. Elle est incroyable, je l’aime beaucoup.

Nous l’aimons tous. Elle ouvrira d’ailleurs la soirée avant vous. Je suis certain que cette église accueillera un concert merveilleux.

SJ : Tu nous mets la pression, là (rires).

L’église vous transmettra de bonnes vibrations. Tu le sais, elles se dressent toujours sur…

SJ : Oui, sur des hauts lieux énergétiques.

Voilà. Merci beaucoup, Simon.

SJ : Merci, Phil.

(Photo : Christophe dehousse)

Pour écouter et commander l’opus « The Devil’s Door », rendez-vous ici

Pour écouter la version audio de cette interview, rendez-vous dans l’émission « WAVES »,

(Merci à And Also The Trees, Simon Jones, La Nef et l’émission « WAVES »).

AVELINE est une artiste bruxelloise en pleine ascension! Issue du Conservatoire classique, elle compose des morceaux synth-pop envoûtants à l'aide de synthétiseurs analogiques et de boîtes à rythmes des années 80. Son tout nouveau vinyle, intitulé “Amours Noires”, offre une atmosphère minimaliste, éthérée et mélancolique, mais par moments, on passe dans un registre plus electro/acid, comme, par exemple, sur le remix du track “Laudanum” par Legowelt.

Notons qu'une “Release Party” du nouveau vinyle aura lieu ce vendredi 19 juin à 20h à LaVallée (Bruxelles). Au programme, un live d'Aveline, accompagnée par Docteur Lo, et des DJ sets de HIV+ (Unknown Pleasures Records / Adan & Ilse), Fernando Wax (Red Maze Records / WAVES), DJ PuteAcier et DJ Mandrak (Kunik). C'est organisé dans le cadre des fêtes de la Musique par Red Maze Records, KUNIK collectif et LaVallée et l'entrée est gratuite!

Pour plus d'infos sur la Release Party, c'est ici

Pour commander le vinyle, c'est

Pour écouter l'émission qui annonce la Release Party, c'est dans WAVES ou sur le site de Radio Panik.

Artwork by Laurent Debraz & Yeti Popstar.

Cette journée des Nuits du samedi 23 mai est consacrée au style rock indie / post-punk et au programme, figurent quelques véritables brûlots, parfaitement en phase avec la chaleur étouffante qui inonde le site du centre culturel.

Neuf ans après leur premier passage aux Nuits, avant Sleaford Mods, Shame revient à Bruxelles et l'énergie est intacte. Le groupe de post-punk londonien n’a rien perdu de sa fougue scénique. Le chanteur et frontman, Charlie Steen, torse nu et habité, a une nouvelle fois dirigé le public en faisant preuve d'une autorité presque animale, transformant l'espace de la Fountain Stage en une fosse à pogo.

Dès le premier titre, « Concrete », le ton est donné : urgence, sueur et rage. Les morceaux plus récents issus de “Cutthroat”, “Cowards Around”, “Nothing Better”, “Quiet Life” et “Lampião“ tiennent magnifiquement la route. Le son, cependant, est assez brouillon, mais n'est-ce pas là une des caractéristiques du punk ? ‘On va vous jouer du folk allemand !’, ironise Steen et la formation se lance dans un dernier galop effréné ponctué par “One Rizla” et “Cutthroat”.

A peine remis de ce déferlement d'énergie brute, les festivaliers sont ensuite invités à se déplacer vers l'Orangerie. ’Here comes the Suuns’, pourrait-on chanter, en paraphrasant les Beatles ! Depuis leur formation, en 2007, à Montréal, les Canadiens de Suuns construisent un univers sonore hypnotique et ce, en affichant une maîtrise impressionnante. Ils laissent s'entremêler indie-rock, krautrock, shoegaze et neo-psychedelia, révélant un style unique et novateur. Emmenés par Ben Shemie, Ils assurent une prestation remarquable, principalement axée sur leurs nouvelles compositions, tout en offrant, en clôture, une superbe interprétation de leur classique « 2020 », sorti en 2013. Un vrai régal!

Retour vers la Fountain Stage pour découvrir la sensation post-punk de ces dernières années : Molchat Doma. Le trio biélorusse est un véritable OVNI. Il est passé du statut de groupe obscur à celui de stars internationales, grâce à "Судно" (’Sudno’, qui signifie ‘Vaisseau’), un morceau qui est devenu viral suite aux vidéos sur Tik-Tok, capitalisant des centaines de millions de vues sur les différentes plates-formes.. Au cours des dernières années, leur son a évolué pour incorporer des sonorités électro.

Sur les planches, c'est le chanteur, Egor Shkutko, qui est le point focal de l'attention. Vêtu d’une longue robe noire et arborant une barbe fournie, il offre un spectacle visuel pour le moins singulier. On pourrait le comparer à un Raspoutine postapocalyptique. Ses déhanchements sont saccadés et sa voix caverneuse donne à l'ensemble une tonalité mélancolique typiquement slave. La setlist s'articule autour de leur dernier album, l'excellent ’Belaya Polosa’ (’White Stripe’), paru en 2024 sur le label américain Sacred Bones Records. Epinglons la magnifique compo “III”, rehaussée de sonorités de synthés hypnotiques, empruntés à la new-wave mais aussi au krautrock. Le public, présent en nombre, réserve un accueil triomphal à la formation biélorusse, qui a prouvé qu'elle était bien davantage qu'un phénomène TikTok!

Signalons qu'en lever de rideau, Sword II, le band d’Atlanta, avait séduit les festivaliers grâce à ses sonorités très 90’s, bien présentes sur leur album « Electric Hour ». Cameron Picton, ex-bassiste de Black Midi, avait, quant à lui, présenté son nouveau projet My New Band Believe, dont le premier opus éponyme est paru il y a peu. On avait pu découvrir une musique ambitieuse, à la croisée du folk baroque et de la pop intimiste, sublimée en ‘live’ par une instrumentation riche et théâtrale.

L’affiche proposait également Maria Somerville • Horse Lords • Ugly • Stonks • Rafael Toral • Sergeant • Truthpaste • The Family Men • Yamila • Alice George Perez • Amanda Mur.

Molchat Doma + Shame + Suuns

(Organisation : Botanique)

Requin Chagrin, c'est le projet de la chanteuse et multi-instrumentiste française Marion Brunetto. Cerveau de l’opération depuis ses débuts, en 2014, elle propose une dream pop où la new-wave, la shoegaze, la surf music, et une touche 'garage', se mélangent à merveille.

C'est un peu l'histoire d'un énorme coup de cœur, au moment où son titre “Sémaphore” a envahi les ondes et les réseaux. L'artiste y capturait parfaitement un certain zeitgeist, un esprit de l'époque que l'on traverse, une certaine idée de ce que c'est de vivre aujourd'hui, un peu comme Indochine l'avait fait, un peu comme Fauve l'avait fait également. D'ailleurs, à propos d'Indochine, Marion a vite été repérée par Nicolas Sirkis, qui l'a signée sur son label, KMS Disques. Cette collaboration a permis à Marion de réaliser plusieurs rêves, comme assurer la première partie de la tournée d’Indochine et, il y a 2 ans, composer un titre avec Nicolas Sirkis, “Girlfriend', paru sur l'album “Babel Babel”.

En février dernier, Marion est venue présenter son nouvel opus, “Décollage”, au Botanique, à Bruxelles. L'occasion idéale pour la rencontrer ! Dans sa loge, elle affiche un look discret et élégant, les mèches blondes tombant négligemment sur une simple chemise kaki. Elle apparaît comme une jeune femme réservée, sensible, un peu farouche mais tellement attachante.

Alors, Marion, on est au Botanique où tu vas te produire. Ton nouvel elpee marque un retour aux sources, si je ne me trompe, vu que tu t'es retirée dans le pays de ton enfance pour le composer ?

Marion Brunetto (MB) : Oui, c'est ça. Je suis allée m'isoler, entre guillemets, entourée de ma famille, là où j'ai grandi, à Ramatuelle. J'y ai installé un studio éphémère. J'ai ramené les instruments que j'avais à Paris pour recréer un laboratoire de création musicale. En plus, j'ai pu y installer une batterie, ce qui n'est pas possible à Paris.

C'est le premier instrument dont tu as appris à jouer, je crois.

MB : Oui, j'adore jouer de la batterie. Et, donc, je me suis un peu coupée de tout, sauf de ma famille, et de mes instruments. L'objectif était d'expérimenter et de voir ce que ça pouvait donner. Je ne savais pas trop où j'allais...

Tu avais acquis de nouveaux instruments ?

MB : Oui, un synthé, un Juno 60 de marque Roland.

Un instrument légendaire ! De quoi ouvrir des voies pour l'inspiration.

MB : Oui. Sur l'album précédent, Gaël Etienne, mon claviériste, m'avait prêté un Juno 106. C'était la première fois que je disposais d’un synthétiseur sur lequel je pouvais créer des sons. J'avais déjà travaillé avec des 'plug-ins' sur ordinateur mais là, sur l'instrument physique, c'est différent. Tu as accès aux paramètres, comme le VCA, par simple pression d'un bouton. Dès lors, j'avais l'impression de retrouver tous les sons que j'avais déjà entendus. Et je me suis dit : Mais c'est...

C'est la caverne d'Ali Baba.

MB : Absolument ! Et le Juno 60, en plus, dispose d'un arpégiateur (NDR : un module permettant d'exécuter automatiquement un arpège à partir d'un accord plaqué sur le clavier).

Dans 'Rêveries', c'est donc un arpège créé à l'aide du Juno ?

MB : Oui. Et quand je suis entrée en studio, je suis tombée sur un Yamaha CS80. Donc, j'en ai aussi profité pour l'utiliser au moment du mixage.

Notons au passage que c'est ici, à Bruxelles, au studio ICP, que tu as finalisé le disque.

MB : Effectivement ! La première étape, chez moi, à Ramatuelle, c'était pour la création, pour élaborer les démos. Ensuite, je suis passée à l'étape 'studio' pour refaire les enregistrements définitifs.

Il y a des choses que tu as conservées des maquettes ?

MB : En fait, j'ai quand même gardé pas mal de choses.

Chez toi, tu enregistrais sur un 4 pistes ?

MB : Oui, c'est un quatre pistes Yamaha, qui n'est pas très connu, mais qui fait très bien le job. Je m'en suis servi, par exemple, sur le titre « Parachute ». Et j'ai gardé des prises de guitare et de synthé. J'ai aussi conservé des enregistrements de boîtes à rythmes.

Composer la majorité de l’album dans le sud a communiqué à l'ensemble un côté plus lumineux, non ?

MB : Absolument ! Je ne m'en suis pas rendu compte au début, parce que j'étais dans une espèce de brouillard. J'avais élaboré des maquettes, qui allaient un peu dans tous les sens. Puis, j'ai réalisé un tri. Et, finalement, il est vrai que la musique est plus solaire, peut-être plus lumineuse, et c'est tant mieux ! Quand j'étais en studio, l'ingénieur du son, Antoine (NDR : Antoine Barbe), avec qui j'ai passé beaucoup de temps, m'a confié : ‘C'est cool, il y a une belle lumière dans ta musique’. Dès lors, on a maintenu cette couleur comme orientation pour l'album et tant mieux si ça s'entend, c'est cool.

Tu as l'impression qu'auparavant, ta musique était plus tourmentée ou plus brute ?

MB : Oui, je pense que clairement, le premier album était plus brut, 100% roots. Le deuxième était différent, plus mélancolique, je pense. Et le troisième, il était plus en mode 'nuit'. Pas forcément triste, juste plongé dans une ambiance nocturne. La pochette dépeint parfaitement cette atmosphère. On y voit une voiture et un crépuscule au loin. Pour « Décollage », on se retrouve en pleine journée, sous un ciel très bleu. C'est comme une grande bouffée d'air frais.

C'est ce qu'on voit dans le clip de « Parachute ».

MB : Exactement. Il a été tourné dans le sud.

Sur le morceau « Rêveries », tu termines par un solo de guitare complètement dingue. Que s’est-il passé (rires) ?

MB : C'est vrai que quand je l'ai enregistré, je me suis dit : Pourquoi ?

Pourquoi pas ?

MB : Ben oui ! Pourquoi pas ! Autrefois, on ne se privait pas de solos. Il y avait deux couplets, deux refrains et puis un solo. Et là, je me suis laissé guider par mon instinct...

Tu vas voir, tout à l'heure, on va parler d'une de tes collègues, qui a eu exactement le même feeling.

MB : OK.

C'est, entre autres, la raison pour laquelle j'aime qualifier ta musique de 'rétrofuturiste'. La 'dream-pop rétrofuturiste'.

MB : Oui, c'est quelque chose comme ça. Je vois ce que tu veux dire.

Maintenant, je te propose de répondre à un petit 'blind-test'.

MB : Allez, let's go.

Rassure-toi : il est taillé sur mesure, donc normalement, ça devrait aller.

Extrait n° 1

MB : C'est Indochine ! ‘‘Girlfriend'' ! J'ai eu l'immense plaisir de coécrire cette chanson avec Nicolas. Vraiment, je suis hyper contente de ce duo, dont je n'avais même pas osé rêver.

Ça s'est passé comment ?

MB : De manière assez simple. Nicolas m'avait demandé de lui envoyer des maquettes de morceaux. Et donc, je lui avais transmis une ébauche de musique. Et quelques mois plus tard, il me répond : ‘C'était quoi le morceau que tu m'avais envoyé ? C'était bien !’ Conséquence : grosse panique. De quel morceau parle-t-il ? Où est cette maquette ?  

Imagine, si tu ne l'avais pas retrouvée...

MB : L'angoisse. Heureusement, je la retrouve et je lui envoie. Plus tard, il réagit : ‘Tiens, il faudrait se voir pour travailler sur cette chanson’. A ce moment-là, il n'y avait que la musique, pas de voix. Donc, on s'est retrouvés à Paris pour bosser sur les voix. Et quand il est venu enregistrer l'album « Babel Babel »' ici, à Bruxelles, il m'a invité à passer une après-midi pour enregistrera les voix. Et lorsque j'ai écouté la maquette finale, c'était une belle surprise. Les idées musicales de ma maquette bénéficiaient d’un son énorme. Enfin bref, un super souvenir et je suis très contente du résultat final, en tout cas.

Ce qui est bien, c'est qu'on reconnaît bien le côté 'Requin Chagrin' dans le morceau. Une belle combinaison des deux univers.

MB : Oui, c'est marrant.

Extrait n° 2

MB : C'est les Cure ! « Boys Don't Cry » !

Il s’agit du premier morceau sur lequel tu as joué, quand tu étais jeune, non ?

MB : Oui ! Mon frère m'avait permis de découvrir le « Best of » des Cure, le disque dont la pochette en noir et blanc représente un vieux monsieur. (NDR : « Standing on a Beach ») Je l'ai écouté d'une traite et j'ai essayé d'accompagner le morceau en jouant des percussions.

Extrait n° 3

MB : Facile. Les Beach Boys, et « Surfin' USA ».

C'est pour le côté 'surf' de ta musique. On indique toujours wave, post-punk. Mais existe aussi un côté 'surf' et un côté 'garage'.

MB : Oui, j'adore le garage.

Pour le garage, quelle référence citerais-tu ?

MB : Des trucs pas connus. Pour moi, le groupe que j'associe à ce style, c'est les Sonics.

Ah oui, dans les années '60.

MB : Je me suis retrouvée, un jour dans un groupe de garage, à jouer de la batterie. C'est un peu ainsi que j'ai découvert ce style. Ils m'ont demandé ce que j’écoutais.  J’ai répondu : ‘Les Pixies et Indochine’. Ils m'ont conseillé d’écouter les « Nuggets ». J’ignore si tu connais.

Oui, je connais de nom.

MB : C'est une compilation de chansons garage, des classiques mais aussi des morceaux obscurs des années '60 (NDLR : parmi les compilations essentielles consacrées au garage des sixties, il y a les « Nuggets » et les « Pebbles »).

Extrait n° 4

MB : Ça, je les ai écoutés 1 000 fois. Qui est-ce ?

C'est le début de la pop française new-wave. Fin des années '70, début des années '80. C'est la base.

MB : C'est horrible. Je connais mais je ne reviens pas sur le nom.

Il s’agit d’« Attitudes » de Marie et les Garçons.

MB : Ah oui ! Il y en a une autre qui est vachement plus connue, c'est « Re-Bop' ». Là, si tu m'avais passé ça, j'aurais trouvé sans hésiter. Je suis hyper contente. Ça me rappelle trop souvenirs. Mais je m'en veux de n’avoir pas réussi à deviner...

Extrait n° 5

MB : Ah, je ne connais pas.

C'est la chanteuse de Cocteau Twins, Elisabeth Fraser, mais au sein d’un autre projet, This Mortal Coil. La compo s’intitule « Song To The Siren », une reprise d'un morceau de Tim Buckley, le père de Jeff Buckley.

MB : Ah ok. Tu vois, je suis contente de faire des découvertes. Trop bien.

Extrait n° 6

MB : John Maus !

Le titre : « Maniac ».

MB : Bon, ça c'était facile. Et c'est une de mes chansons préférées.

Extrait n° 7

MB : Fishbach ?

Bingo ! Il s’agit de « Mortel ».

MB : C'est d'elle dont tu parlais tout à l'heure ? J'en étais sûre.

La dernière fois que je l'ai interviewée, je lui ai passé un extrait de « Sémaphore » et elle a deviné tout de suite. Elle a ajouté : ‘Requin Chagrin, j'adore’. Elle m'a aussi raconté que tu l'avais dépannée d'un médiator.

MB : Oui, c’était drôle. C’était il y a longtemps, sans doute lors de l’un de nos premiers concerts communs. On jouait au même endroit et, juste avant de monter sur scène, elle m’a dit : ‘Mince, je n’ai plus de médiator’. Et je lui en ai refilé un exemplaire. C’était un médiator Frank Zappa qui était joint au magazine Guitar Part. J’en ai alors conclu que je ne le reverrais peut-être jamais. Puis, plus tard, on s’est recroisées, je lui ai demandé si elle s’en souvenait, et on a éclaté de rire.

Comme je le racontais tout à l'heure, elle aussi est partie dans un délire avec des solos de guitares électriques, dans son avant-dernier album. C'était carrément du Scorpions.

MB : Oui, je ne suis pas étonnée. Elle s'est fait plaisir.

Il est vrai qu'on voit le lien entre vous deux. Au niveau musical, bien sûr, pour le côté un peu rétrofuturiste mais aussi dans la personnalité. La discrétion, la gentillesse et également, on va dire, le contraire de l'ambition. Tu vois ce que je veux dire ?

MB : Oui, faire des trucs qu'on aime.

Oui, le contraire de ceux dont les dents raclent le plancher. Vous, vous êtes plutôt du style : ‘Je fais ce que j'ai envie de faire’.

MB : Oui, voilà. J'essaie de faire ainsi, c'est sûr, et je pense que c'est le cas pour elle aussi. Sinon, on ne ferait pas des solos à la fin des morceaux comme ça... (rires)

Merci, Marion.

MB : Merci à toi ! Je m'en veux de ne pas avoir deviner Marie et les Garçons.

C'est normal. Personne n'est parfait... (rires)

MB : Mais trop contente, en tout cas.

 

Pour écouter l'interview en version audio, diffusée dans l'émission WAVES, c’est ici 

Pour lire le compte-rendu du concert de Requin Chagrin au Botanique, rendez-vous sur la page ‘Artistes’, en cliquant sur le nom ‘Requin Chagrin’, en vert, dans le cadre ‘Informations complémentaires’, ci-dessous, puis cliquez sur l'onglet 'Concerts'.

Après plus de vingt ans de silence, 16 Horsepower est enfin de retour, et revient sur scène auréolé d'une image presque mystique. Grâce à son univers sombre et envoûtant mêlant rock, folk et alt-country, le groupe américain légendaire a marqué toute une génération.

Les musiciens originaux, David Eugene Edwards, Jean-Yves Tola et Pascal Humbert, sont accompagnés par Chuck French (Wovenhand) à la guitare. Bien que basée à Denver, dans le Colorado, la formation compte deux musiciens français dans son line up : singulier ! Pour la petite histoire, auparavant, ils militaient tous deux au sein de Passion Fodder. Il y a deux ans, Edwards avait déjà prouvé, en solo, dans cette même salle, sa capacité à toucher le public au plus profond de son âme. Rien d'étonnant, dès lors, que les tickets des deux dates du 31 mai et du 1er juin aient été vendues en un temps record.

Pour être bref : ce concert restera gravé dans les mémoires. L’atmosphère est lourde, presque suffocante. On se croirait dans le désert du Great Sand Dunes. Sur l’écran, le logo du groupe et un message de bienvenue s’affichent sobrement. Dès les premières notes de « I Seen What I Saw », l’ambiance s'installe : celle d’une Amérique crépusculaire, où Edwards se bat contre ses démons intérieurs et invoque le Tout-Puissant. On le sait, ses concerts sont beaucoup plus que des concerts, ce sont des rituels. Une voix unique, incantatoire, aux accents quasi mystiques. ‘The Voice of God’, serait-on tenté de dire. Sa musique est tribale, teintée de sonorités amérindiennes. Pas étonnant, puisque du sang cherokee coule dans ses veines. Assis sur son tabouret, coiffé de son inséparable chapeau Fedora, il semble habité. « Brimstone Rock » et « Straw Foot » prennent une dimension encore plus inquiétante en live, soutenus par la contrebasse de Pascal Humbert. Sur l’écran, des images de serpents, de chevaux et d’oiseaux blancs défilent, comme des apparitions dans un rêve chamanique.

La formation alterne les instruments avec une précision chirurgicale, passant de la 'lap steel' à l’accordéon, du banjo à la guitare 'solid body'. Les paysages sonores créés sont aussi beaux qu'ensorcelants. Les classiques « American Wheeze », « Black Soul Choir », « Haw », « Heel On The Shovel » et surtout « Splinters », font vibrer la salle. On est frappé par le son. Il est énorme, puissant et d'une clarté éblouissante. Par moments, Edwards chante des intros mêlant anglais et langues amérindiennes. Il captive totalement l’attention du public, qui semble envoûté par ses gestes et sa voix.

Les rappels, « Hutterite Mile » et « Blessed Persistence », maintiennent cette tension gothique jusqu’au coup de grâce final, asséné par « For Heaven’s Sake ».

Vingt ans plus tard, 16 Horsepower reste un phénomène unique. On aura à nouveau vécu un moment inoubliable, comme une cérémonie lumineuse, chargée d’une rare intensité...

(Photos ici)

 

Setlist :

I Seen What I Saw

Haw

Dead Run

Brimstone Rock

Straw Foot

Splinters

American Wheeze

Heel on the Shovel

Horse Head

South Pennsylvania Waltz

Sac of Religion

Strong Man

Black Soul Choir

Black Bush

Phyllis Ruth

Harm’s Way

Clogger

Poor Mouth

Rappel :

Hutterite Mile

Blessed Persistence

For Heaven’s Sake

 

Organisation :  De Roma

Après plus de quatre décennies passées à (re)définir la musique EBM (Electronic Body Music), FRONT 242 a, on le sait, mis un terme à sa carrière en janvier 2025. Aujourd'hui, le groupe livre son testament scénique avec « Black Out », l’enregistrement live ultime de sa tournée d’adieu. Enregistré à l’Ancienne Belgique en janvier 2025, cet album capture l’intensité, la précision et l’énergie brute qui ont caractérisé les performances live de FRONT 242 depuis des générations.

« C’est avec une profonde émotion que nous clôturons cette formidable aventure, fruit de près de 40 ans de travail. Nous sommes impatients de partager ces derniers concerts mémorables avec nos fans, qui nous ont accompagnés tout au long de ce parcours », a communiqué le groupe.

Marquant un moment historique, cet album inclut également les premières sorties officielles des nouveaux titres que le groupe avait présentés en concert ces dernières années (« Generator », « Fix It », « Hide & Seek »).

Pour « Black Out », les membres de FRONT 242, Patrick Codenys, Jean-Luc De Meyer et Richard23, sont rejoints sur scène par Tim Kroker à la batterie. Le mixage et la production en studio ont été assurés par David Baboulis (ex-SOLDOUT).

Couvrant l'intégralité du répertoire de FRONT 242 – des premiers morceaux fondateurs aux hymnes emblématiques du genre – « Black Out » constitue à la fois un adieu poignant et un ultime témoignage de l'esthétique innovante et intransigeante du groupe.

Un nouveau coffret collector de « Black Out » est également disponible, l'édition vinyle transparent violet étant épuisée. Ce coffret mis à jour comprend le double vinyle transparent ainsi qu'une sélection d'articles supplémentaires.

Pour plus d'infos et pour pré-commander, rendez-vous sur le site du label Alpha-Matrix. https://store.alfa-matrix-store.com/product/front-242-black-out-essential-pack/

L’album « Black Out » sera disponible dans les formats suivants :

FRONT 242 – Black Out (+ 3 titres bonus) Digipak 2 CD

FRONT 242 – Black Out (vinyle transparent) Double vinyle

V/A – Recovery for You 2 – Tribute to FRONT 242 (2 CD)

V/A – Sounds From The Matrix 26 CD

V/A – Sounds From The Matrix 27 CD

CD track list

CD1

W.Y.H.I.W.Y.G.

Moldavia

Body to Body

Don’t Crash

Operating Tracks

U-Men

Funkhadafi

Quite Unusual

Generator

Commando Mix

MasterHit*

 

CD2

Gripped by Fear

Take One

Red Team

Fix It

Punish your Machine

Tragedy for You

Soul Manager*

Hide and Seek

No Shuffle*

Welcome to Paradise

Happiness

HeadHunter

* exclusive on double- CD edition

 

Vinyl track list

 

A SIDE

A1. W.Y.H.I.W.Y.G.

A2. Moldavia

A3. Body to Body

A4. Don’t Crash

A5. Operating Tracks

 

B SIDE

B1. U-Men

B2. Funkhadafi

B3. Quite Unusual

B4. Generator

B5. Commando Mix

 

C SIDE

C1. Gripped by Fear

C2. Take One

C3. Red Team

C4. Fix It

C5. Punish your Machine

 

D SIDE

D1. Tragedy for You

D2. Hide and Seek

D3. Welcome to Paradise

D4. Happiness

D5. HeadHunter

 

Various Artists – Recovery 2 For You (Tribute to Front 242) 2CD track list

CD1

Implant . Until Death (Implanted)

Aesthetische . Neurobashing

Kant Kino . Operating Tracks

Krystal System . Headhunter

Nigra Nebula . Welcome To Paradise

Neikka Rpm . Gvdt

Cubic . With Your Cries

Frontal Boundary . U-Men

To Avoid . Controversy Between

Diffuzion . Masterhit (2.0)

Aiboforcen Feat. Jean-Luc De Meyer . Loud

Llumen . Gripped By Fear

Lovelorn Dolls . Quite Unusual

Cut.Rate.Box . Matrix Megahertz

Circumpolar . Kampfbereit

Armageddon Dildos . Tragedy For You (Joy After Cancer)

 

CD2

The Breath Of Life . No Shuffle

The Names . Sacrifice

Komor Kommando Feat. The True Union . Religion

Acylum . Serial Killers Don’t Kill Their Boyfriend

Aiboforcen . Don’t Crash

Star Industry. Headhunter

Kant Kino . With Your Cries

The Psychic Force . Special Forces

Alien Vampires . Body To Body

Darkness On Demand . Tragedy For You

C-Lekktor . No Shuffle

First Aid Tech Feat. Stahlgeist . Happiness (Club)

Ad:Key . Never Stop

Technoir . Rhythm Of Time

Digital Factor . U-Men

Elektroklänge . Take One (S S S Science)

 

 

Les Francofolies de Spa prennent un nouveau départ en 2026. Lors de la conférence de presse à Bruxelles, le président Cédric Théate et le directeur Yoann Frédéric ont présenté cette 32e édition, qui se déroulera du 20 au 26 juillet 2026.

Le festival sera désormais déployé sur sept jours, articulé en deux tempos complémentaires. Une premiére séquence en salle, plus intime, suivie d’une seconde en plein air, plus ouverte et plus festive. Autre évolution: les sites ont été entièrement repensés pour offrir davantage de confort et de fluidité, au profit d’une expérience plus qualitative.

Au niveau de la billetterie, un effort a également été fourni afin de permettre des parcours et des expériences multiples et de rendre le festival plus accessible encore. Et bien sûr, au cœur du projet, la programmation se veut plus ouverte tout en étant en prise avec les dynamiques actuelles de la scène francophone et internationale.

En lever de rideau, du lundi 20 au jeudi 23 juillet, la Grande Salle du Casino rouvrira ses portes pour 4 concerts exceptionnels: LORIE (en première partie: BILAL HASSANI), LAURENT VOULZY (+ NICOLAS B.), MICHEL JONASZ et ALAIN CHAMFORT et, enfin, JULIEN CLERC (+ la Liégeoise ZOE JOSEPHINE).

Le vendredi 24 juillet, le volet “plein air” du festival sera lancé sur la Place Royale grâce à la tête d'affiche GIMS. Il sera précédé par SOOLKING, l'artiste nord-africain le plus streamé en France, et par JOK'AIR.

Dans un Village Francofou réaménagé pour plus de fluidité, le festival accueillera le Bruxellois PEET et ses accents urbains, jazz, soul et funk, BEKAR, ASFAR SHAMSI, JEREMIE MAKIESE, le Liégeois ABSOLEM et, enfin, LVDV. Pour compléter cette affiche, un groupe qui fait danser toutes les générations: MAGIC SYSTEM et l'incontournable ALICE ON THE ROOF.

Autre nouveauté de cette 32e édition: le “Club Galerie”, une boîte de nuit installée au centre du Village, où les festivaliers pourront danser de 14h à 02h sur la musique des plus grands DJ internationaux. On y retrouvera DADDY K., 30 ans de carriére et toujours le feu sacré, OLI SOQUETTE et, enfin, TRAGEDIE, NADIYA et KAMINI.

Le samedi 25 juillet, la scène Pierre Rapsat fera honneur à STING, qui sera accompagné par son guitariste et collaborateur de longue date Dominic Miller. L'ancien leader de THE POLICE présentera ses plus grands tubes et quelques perles rares de sa discographie dans le cadre sa tournée mondiale « Sting 3.0»! Un concert en exclusivité en Belgique, sold-out en quelques semaines.

Avant lui, on pourra (re)découvrir le Belge THOMAS FRANK HOPPER, connu pour son blues rock puissant et RAZORLIGHT, révélés par leur méga tube mondial “America”. Le Village sera toutes guitares devant grâce à PUGGY, à HOOVERPHONIC, RORI, JERONIMO et ROSCOE. Sans oublier Thomas Medard au sein de son projet THE FEATHER, et une révélation de la nouvelle génération: TEDDYBEAR. A 24 ans, le Montois possède une voix habitée qui explore les émotions humaines les plus intenses. Un interprète puissant déjà considéré comme doute l'une des révélations belges de l'année.

Notons aussi la présence du collectif LES REMARQUABLES, un groupe d'artistes en situation de handicap, un projet soutenu par BJ SCOTT et la RTBF.

En fin de soirée, on fêtera comme il se doit les 50 ans (!) de carrière de STTELLLA avec sa Tournée Royale !

Le Club Galerie proposera le duo liégeois CALUMNY, MEGANE BRESCICH, Hubert « Boombass » Blanc-Francart, qui fait renaître les hits de CASSIUS sur les dancefloors du monde entier, et ETIENNE DE CRECY, autre pionnier de la “French Touch”.

Epinglons également le “Labo des Francos”, qui succède aux Franc'Off en tant que dispositif de détection et d'accompagnement des artistes émergents. Après une sélection en plusieurs étapes, quatre artistes seront accompagnés et préparés à une expérience unique : monter sur la scène Pierre Rapsat, pour jouer en format acoustique pendant les changements de plateau. Un fameux tremplin!

Le dimanche 26 juillet, place aux pointures MATT POKORA, HELENA et MOSIMANN, qui enflammeront la Place Royale. Au Village, l'affiche comprendra KYO, AXELLE RED, MARINE, CAMILLE YEMBE, LEMAN, MPL, CYELLE et les GAUFF'.

Rappelons enfin la scène KONEXION, qui fera à nouveau chanter le centre-ville, gratuitement, trois jours durant, dans le piétonnier de la ville thermale.

Pour plus d'informations et pour acheter vos tickets, c'est ici.

 

Musiczine, le festival BIFFF et le podcast WAVES vous offrent l’occasion de gagner 15 x 2 places pour la séance nocturne de projection du film japonais “Incomplete chairs”, le jeudi 16 avril à 00h30 (dans la nuit du jeudi au vendredi) au BIFFF, précédée par un DJ set du duo Pornographie Exclusive.

C'est ce duo belge, composé de Séverine Cayron et Jérôme Vandewattyne, qui a composé la musique hypnotique du film réalisé par Kenichi Ugana. “Incomplete Chairs” est une satire noire dans la veine d'American Psycho qui changera votre regard sur les meubles!

Synopsis: Avec un portfolio à faire pleurer Marcel Breuer et Le Corbusier, Shinsuke Kujo est en passe de devenir le designer de chaises le plus demandé du Japon. Alors qu’il enchaîne les entretiens d’embauche dans son studio, il est approché par une certaine Natsuko Kato, courtière en mobilier bauhaus qui pourrait vendre un pouf Ikea au prix d’une Rolex. Kujo lui propose alors le graal des chaises, son oeuvre ultime dont la matière première est encore un secret bien gardé. Mais qui commence doucement à refouler dans son studio, à cause de tous les postulants qu’il démembre systématiquement pour bien travailler l’os et le cuir humain… Avec cette satire très sanglante de l’élitisme culturel, Kenichi Ugana nous prouve qu’il n’y a pas d’âge pour jouer aux Lego (humains).

Avant la séance nocturne, Séverine et Jérôme accorderont un DJ set incandescent, qui tranformera la salle de cinéma en dancefloor psychédélique. A noter que la BO du film, auto-produite par le duo, sortira officiellement en vinyl ce soir-là.

Pour gagner l’un des 15 lots de 2 places mis en jeu pour cet événement, rien de plus simple ! Envoyez un email à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. en mentionnant “CHAIRS” et en donnant vos coordonnées. Le tirage au sort aura lieu le 13 avril. Les gagnant(e)s seront averti(e)s par email. Concours accessible jusqu’au 12/4/26 à 23h59. Les résultats seront communiqués par email aux gagnants le 13/04/26 (pensez à vérifier vos spams!). Bonne chance !

Toutes les infos concernant ce film se trouvent ici: INCOMPLETE CHAIRS – BIFFF.

 Pour commander la BO du film, composée par Pornographie Exclusive, c'est ici.

Pour écouter les interviews de Pornographie Exclusive dans le podcast WAVES:

 

Parade Ground a été formé en 1981 par les frères Jean-Marc et Pierre Pauly. Pionniers de la cold wave et de l'EBM, ils ont gravé leur premier single, « Moan On The Sly », en 1983 et sont restés actifs jusqu'à aujourd'hui. Notons qu'entre 1988 et 2007, le duo a disparu des radars pour se consacrer à d'autres projets artistiques comme l'écriture et les arts plastiques, ainsi qu'à la composition pour deux opus de Front 242 (“Evil” et “Off”). Leur style combine une cold-wave glaciale et radicale à une synth-pop dansante, caractérisée par des rythmes incisifs et des mélodies synthétiques, le tout soutenu par une esthétique visuelle dadaïste teintée d’industrial. Outre Front 242, ils ont régulièrement fréquenté Colin Newman (de Wire). A trois reprises, leur compo “Moans” a servi de B.O. pour des films hollywoodiens, et notamment “Little Sister” (2016). Musiczine a pu rencontrer Pierre et Jean-Marc à l'occasion des 45 ans de carrière que le duo fête cette année.  

Merci d'avoir accepté cette interview ! Parlons de “Moans”, votre plus grand hit. Il date de quelle année, encore ?

Jean-Marc Pauly (JM) : “Moans”, c'était en 1987.
Pierre Pauly (P) : Le morceau a connu un regain de popularité spectaculaire ces dernières années. Il y a cinq ans, il a été intégré dans la B.O. du film américain “Little Sister”, ce qui nous a valu des retours incroyables. Sans oublier un beau chèque de la SABAM (rires) !
JM : Au total, le morceau a été repris dans trois films hollywoodiens. Et les gens viennent souvent me voir pour me dire : ‘Tu sais, moi, je vis avec cette chanson : elle m'a même aidé à consolider mon couple’.
P :
Nous nous sommes produits à Stockholm récemment et les gens nous disaient : ‘J'attends depuis 1987 de vous voir en concert’ ! Et à chaque fois, c'est de ce morceau que l'on nous parle.

Et ce qui est fascinant, c’est que, sur ce titre, il y a une profusion d'invités de marque, dont, je crois, Colin Newman, de Wire.

P : Oui, il a participé aux chœurs.

Et Daniel Bressanutti, de Front 242, y a également collaboré.

P : Oui, bien sûr.

Je suppose que l'enregistrement a été réalisé à Aarschot, dans le studio de Daniel ?

P : Oui, oui.

Et il y a aussi Patrick Codenys, également de Front 242.

JM : C'est ça.
P : Daniel et Patrick étaient impliqués dans chacun de nos disques. Et Colin Newman a tenu à assurer les backings et à jouer de la guitare ! Le solo de guitare, à la fin, c'est lui...
JM : C'est amusant d'ailleurs parce qu'à l'époque, j'avais un accord de guitare qui était particulier, en 'open tuning' et j'ai dû montrer à Colin comment le jouer.
P : Et Colin a gentiment adapté sa manière de jouer. Il avait emporté sa guitare blanche mythique (NDR : une Airline Map). Et aussi deux grandes valises, remplies d'anciennes pédales d'effets. Il a réalisé des tests pendant une heure et il a trouvé ce qui lui convenait.

Je propose qu'on évoque les débuts. Si je me souviens bien, vous avez commencé à écouter de la musique très tôt.

JM : En 1972.

A l'époque du glam ?

P : C'était surtout Slade ! 

Alors, on a ça en commun ! Je me souviens encore de “Coz I Luv you” au moment où il est sorti. Et que je suis allé acheter le 45 tours.

JM : Pierre adore encore ce morceau à ce jour.
P : Oui, surtout la partie au violon !

Donc Slade, on est d'accord, un groupe fondamental. Quoi d'autre ? T. Rex, Bowie ?

P : Bowie, en effet. Et Kraftwerk, c'était la première étape électronique pour nous.

Et puis le punk et le post-punk ?

JM : La période punk a ouvert toutes les portes. Des albums comme celui de Wire, “154”, n'auraient jamais pu trouver leur place à l'époque où les dinosaures occupaient le terrain.

P : C'était une période incroyable. J'étais encore à l'athénée. On échangeait les premiers 45 tours des Buzzcocks. Il y avait “Metal Box“, de PIL. Je séchais les cours pour aller acheter des disques chez Caroline, près de la Grand Place. 

Je vous ai demandé de sélectionner des coups de cœur de cette époque-là et, chronologiquement, je crois que le premier, c'était sans doute “Hong Kong Garden”, de Siouxsie & The Banshees, en '78, non ?

JM : Oui, on l'a vue sur scène à l'époque.
P : Mais notre tout premier concert à l'étranger, c'était à Londres.

C'était Wire ?

P : C'était Wire, lors d'un festival Et quelques années plus tard, on a pu côtoyer Colin Newman. Incroyable !

Ce qui est marrant, c'est que le papa de Siouxsie était Belge.

P : Ah bon ? Je ne savais pas.

Elle s'appelle Susan Ballion. Son père était Wallon. Et alors, “Hong Kong Garden”, c'était un restaurant chinois à Londres, souvent attaqué par des skinheads. Elle a écrit la chanson en réaction à cette situation.

P : Elle aimait beaucoup choquer. Récemment, sur Facebook, les gens se plaignaient du fait que, sur une photo de l'époque, elle portait un brassard représentant une croix gammée. C'était uniquement pour choquer. Colin Newman nous disait toujours qu'il faisait de la musique pour choquer et pour combattre les vieux dinosaures. Mais, dans les commentaires, sur Facebook, les gens postaient : ‘C'est la dernière fois que j'écoute Siouxsie’, ce qui est débile.

A côté de Siouxsie, vous avez choisi Public Image Limited et le titre “Public Image”, extrait de leur premier album. D'après ce que j'ai compris, la chanson était en fait une diatribe contre Malcolm McLaren.

JM : Pourtant, il les a bien aidés.

Oui, mais ils se sont quittés en mauvais termes, on va dire.

JM : Lydon a été fort influencé par Malcolm McLaren.

Pour ne pas dire façonné par...

P : Oui, c'était sa ‘chose’.

Et le riff de basse emblématique de Jah Wobble.

P : On avait vu PIL, en concert, à cette époque. Ils avaient joué derrière un rideau. Et personne n'avait osé aller arracher la tenture ou prendre une initiative.
JM : Autre anecdote : Pierre a défait le lacet de John McGeogh.

Donc, cet épisode s’est produit lorsque John jouait dans Magazine. Mais ça, il ne faut jamais faire. Mais John est resté très calme, je crois ?

P : Oui, très calme. Il a juste reposé son pied devant quelqu'un d'autre, qui lui a relacé la chaussure. Plus tard, nous avons retrouvé John, qui était dans...

The Armory Show ?

P : Oui. C'était lors d'un festival. On a discuté dans les coulisses et je lui ai dit : ‘C'est moi qui avais défait tes lacets’. Il m'a répondu : ’J'aurais dû te foutre ma guitare dans la gueule’ !

Tu aurais alors une cicatrice en plus sur le front (rires) !

P : Voilà, exactement. J'en ai déjà pas mal.

Je le dis pour les gens qui ne connaissent bien Pierre. En concert, il a l'habitude de se brutaliser le front.

P : On m'a d'ailleurs conseillé de ne plus le reproduire, parce que je risque d'attraper un cancer de la peau.
JM : Si on ne peut même plus se marteler le crâne... (rires)
P : On ne peut rien faire dans ce monde, c'est terrible.

Votre carrière a commencé en 1981, dans le magasin d'instruments de musique Hill's Music, à Bruxelles, il me semble…

P : Mais oui, parce que Daniel (NDR : Bressanutti) y régnait comme un monarque. Beaucoup de gens venaient le consulter parce qu'il était très au courant des nouveaux appareils électroniques. Nous, on était un peu les enfants de la maison. On pouvait s'asseoir sur l'escalier et y rester pendant des heures. Il nous montrait le fonctionnement des premiers synthétiseurs. Donc, on a appris sur le tas grâce à lui, chez Hill's.

C'est marrant parce que c'est aussi chez Hill's Music que Patrick Codenys et Jean-Luc De Meyer ont rencontré Daniel B. Rappelons que Front 242, c'était d'abord Daniel et Dirk Bergen. Et Jean-Luc et Patrick ont rejoint le projet un peu plus tard.

P : Oui, et par la suite, ils ont eu un succès inouï. Ils le méritaient vraiment, car ils ont beaucoup travaillé.

C'est à ce moment-là que vous avez commencé à composer et que vous avez sorti “Moan on the Sly” ?

JM : En fait, l'histoire, c'est que Patrick Codenys nous a repérés lors d'un concert au Cool Gate, chez Serge Nicolas. Il a eu un coup de foudre parce que nous étions un peu atypiques, et très en colère. Il cherchait des groupes impressionnants sur scène.

P : Il nous a dit par après que ce qui lui avait plu chez nous, c'est qu'on tapait du pied, mais on tapait vraiment très fort.

“Stomp your feet”, comme demandait le chanteur de Slade (rires) ?

P : Noddy Holder ! Oui, c'est la même chose : ‘Clap your hands, stomp your feet’ !

Et alors, il vous a proposé de sortir un disque ?

P : Oui. Ils étaient sur New Dance Records à l'époque et il nous a proposé : ‘Venez, on va enregistrer à Aarschot et vous allez sortir un disque sur notre label’. Et le label a accepté. Mais huit jours avant la sortie du premier 45 tours, Philippe Sion nous a déclaré : ‘Non, je ne le sens pas, je n'ai pas envie’.
JM :
C'est surtout qu'il était tombé en faillite. Il rencontrait des problèmes d'argent, comme d'habitude.
P : Donc, on a dû racheter le pressage du disque et payer tous les autres frais. On a réglé le montant en plusieurs fois.

C'était “Moan on the Sly” ?

P : Oui. On a pu l'enregistrer dans un bon studio. La manager des Names nous aimait bien. Elle nous avait conseillé d'aller dans le studio où les Names enregistraient.

Ce n'était pas à Aarschot ?

P : Pour ce morceau-là, non. Ce sont les vinyles suivants qu'on a enregistrés à Aarschot.

Mais alors, où a été enregistré “Moan On The Sly” ?

P : Au Studio Livingstone, à Bruxelles. Mais souvent, on enregistrait dans différents studios. On avait aussi gagné un prix lors d'un festival ; et ce prix, c'était un enregistrement gratuit.
JM : C'était lors du ‘National Rock Meeting’ à Saint-Nicolas.

Il existe toute une flopée d'anecdotes de ce type dans le livre que vous venez de sortir, qui s'intitule “Words, Swords, Words”.

P : Oui, on peut le commander auprès de votre label : VUZ Records.

Je recommande ce bouquin pour son contenu, mais aussi pour les anecdotes complètement dingues. Spontanément, je pense à la Jaguar rouge. Racontez-nous l'histoire de cette voiture.

JM : Ma mère avait commencé à travailler comme dame de compagnie chez un baron, ici à Bruxelles et ce dernier est devenu un peu notre mécène. Nous recevions chaque mois 2 500 €. Et il nous a permis de rouler dans sa Jaguar.
P : Il était propriétaire de plusieurs voitures, et il nous a cédé sa vieille Jaguar rouge décapotable.

Comment faisiez-vous pour mettre le matos là-dedans ?

JM : Ce n'était pas pour le matos, c'était pour reconduire Daniel, le plus souvent, jusqu'à Aarschot.
P : On conduisait aussi les amis de Front 242, pour aller acheter des vêtements à l'étranger.

Des vêtements militaires ?

P : Exactement ! Des vêtements militaires. Et ils ont été critiqués pour ce choix...

On va quand même rappeler l'histoire parce certains ne sont pas au courant et pourraient mal comprendre. Comme tu expliquais tout à l'heure, ils avaient surtout envie de provoquer et de faire du second degré, voire du troisième. Ils voulaient dénoncer justement les idées qu'ils ne soutenaient pas en les projetant au visage des gens, d'une certaine manière.

P : C'était pour choquer. Ils portaient des habits militaires et des brassards, sur lesquels était inscrit ‘Front 242’. Il n'y avait pas de croix gammée ou de trucs de ce genre. C'était vraiment plus visuel qu'autre chose. Pourtant, ils ont été mal perçus, surtout au Pukklepop. Une bagarre a éclaté entre la direction du festival et le groupe, parce que Richard avait harangué le public en criant ‘move your body !’ Des spectateurs ont essayé de monter sur scène et la sécurité n'a pas apprécié. Donc, ils ont traité Richard de ‘pea brain’ (Trad : idiot). 
JM : Nous, nous avons choisi le nom ‘Parade Ground’ justement en réaction contre le service militaire. Pierre a été obligé de l’accomplir. Je me suis fait réformer.

Et puis, on arrive tout doucement à la période Play It Again Sam (PiaS). Vous avez été signé par ce label belge dans la foulée de Front 242 ?

JM : C'est plus compliqué que ça. On a d'abord suivi Front chez Himalaya. Ensuite, Himalaya est devenu Another Side. Et puis seulement Played Again Sam. Il y a une anecdote à ce propos :  à l'origine, ils nous avaient refusés.

En première écoute ?

P : On avait filé une démo à Kenny Gates et Michel Lambot, les fondateurs du label, et ils avaient refusé de nous signer.
JM : Ensuite Richard, de Front 242, monte dans la voiture de Kenny Gates, il insère une cassette et déclare: ‘Écoute, j'ai quelque chose de bien à te faire découvrir’.

Et c'était ça ?

JM : Oui. Et il a trouvé ça très bien. Et il a demandé : ‘Qu'est-ce que c'est ?’

Eh bien, c'est ce que tu viens juste de refuser (rires) !

P : C'est le groupe que tu as refusé il y a une heure.

Kenny, si tu nous lis.

JM : Merci à Richard.

Merci à Richard, en effet !

P : Richard nous aimait beaucoup. Il venait voir tous nos concerts à nos débuts. Il voulait absolument devenir notre manager.

Avant même de rejoindre Front ?

P : Absolument ! Il venait régulièrement nous voir. Il connaissait les paroles des chansons par cœur. Il s’était proposé : ‘Je veux être votre manager, il faut absolument que vous explosiez!’.
JM :
Mais, une semaine après, il intégrait Front 242.

Tu vois à quoi ça tient ! Ne s’est-il pas produit sur scène une fois en votre compagnie ?

P : Oui, mais c'est plus tard. C'était encore une histoire impliquant la Jaguar rouge. On était allés été chercher Daniel à Bruxelles. Le concert de Front était programmé dans le Limbourg. Il y avait des embouteillages. Quand on est arrivés là-bas, Richard a déclaré : ‘Non, tu es en retard. Moi, je ne veux pas jouer.’ Pour emmerder Daniel, il a ajouté : ‘Je vais me joindre à Parade Ground sur scène’. Et il l'a fait. Ensuite, Daniel a trouvé les bons arguments afin que Richard rejoigne quand même Front pour le concert suivant.
JM : Nous étions des futuristes. Il faut rouler très vite en voiture pour s'envoler jusqu'à la lune.

Et donc, on arrive au disque “Dual Perspective”, qui contient vos deux plus grands hits. On a déjà parlé de “Moans”. Il y a aussi “Gold Rush”, sur ce 12 pouces. C'est bien un 12 pouces ?

P : Oui, tout à fait. Il est paru sur Play It Again Sam.

Maintenant, parlons des autres sélections. Vous avez aussi choisi Joy Division, ce qui est parfaitement logique. Le morceau “A Means to an End”, extrait de l'album “Closer”, paru en 1980.’

JM : C'est un ami journaliste, Philippe Carlot, qui nous l’avait conseillé, en ces termes : ‘Il faut absolument que vous voyiez ce groupe, il est formidable.’ Nous sommes allés les découvrir au Plan K, à Bruxelles, et le concert était très froid. Et puis, le son n'était pas au point. Pourtant, en rentrant chez moi, j’ai revu mon jugement et j'en ai conclu : ‘C'est le concert le plus génial que j'ai jamais vu’.

C'était le concert où Cabaret Voltaire était également à l’affiche ?

JM : Non, c'était l'autre concert au Plan K, aux côtés de Digital Dance.
P : Digital Dance, et l'excellent Stephan Barbery ! Très important pour nous. Il a réalisé toutes nos pochettes par la suite.

Et donc, le concert était génial ?

JM : C'est toujours le meilleur concert que j'ai jamais vu.
P : Nous avons pu écouter Joy Division au moment où ils amorçaient un virage électro.

Il y avait de plus en plus de synthés. Sur “Closer”, la moitié est post-punk et l'autre, c'est déjà de la wave synthétique.

P : C’est exact !
JM : On sentait bien qu'ils voulaient évoluer.

Et Jean-Marc, quels sont tes souvenirs de ce concert ? Tu te remémores encore de l’attitude de Ian Curtis ?

JM : Il était extraordinaire, effervescent. Je dis toujours, c'était une aspirine effervescente dans de l'eau. Il était vivant, émouvant, il sortait de lui-même. C'était extraordinaire.
P : On se souvient aussi que c'est là que nous avons rencontré Annick.

On parle ici d'Annick Honoré, la compagne ‘extra-conjugale’, du chanteur de Joy Division, Ian Curtis. Elle travaillait à l'ambassade ? Ou déjà au sein du label à ce moment-là ?

JM : Oui, elle bossait chez Another Side.
P : Je la vois encore, il y avait des grandes tables et elle se chargeait des entrées.
JM : Il y avait une ambiance incroyable dans cette salle. Par la suite, nous avons été très proches d'Annick, qui était pour nous comme un ange.

On la regrette encore aujourd'hui.

P : Oui, vraiment.

Je l'ai connue plus tard. Un jour, je l'ai rencontrée au Botanique et je lui ai dit : ‘Il n'y a pas à dire, mais elle me botte, Annick’ (rires).

P : Bravo, ha ha ha !

Et après Joy Division, vous avez choisi Section 25 et le morceau “Haunted”.

P : C'est mon groupe préféré. Les frères Cassidy, c'était quelque chose !

“Haunted” est extrait de leur premier album, paru sur Factory Records et produit par Martin Hannett.

JM : Le même producteur que Joy Division.

Passons maintenant à votre période “Rosary”. Ainsi, on respecte la chronologie. Car après Play It Again Sam et l'album “Cut Up”, il y a eu, je crois, un hiatus dans la carrière de Parade Ground. Et ce, jusqu'en 2007. Est-ce bien exact ?

P : Oui, mais concernant cette période, on doit évoquer des albums de Front 242, “Up Evil” (NDR : “06 :21 :03 :11 Up Evil”) et “Off” (NDR : “05 :22 :09 :12 Off”), auxquels nous avons participé, en 1993.
JM : En fait, nous étions un peu fâchés contre PiaS, parce que nos ‘grands frères’, Front 242, nous avaient laissés tomber. Nous n'avions plus de label.

En outre, le problème de PiaS, c'est qu'ils ne distribuent pas assez de Pias-tres... (rires)

P : Oui, Phil (rires). Quelques années plus tard, Daniel nous a appelés pour nous demander de concevoir les paroles et les mélodies vocales des albums “Up Evil” et “Off”, de Front. C'était un travail considérable parce que Jean-Marc, quand il commence quelque chose, il y va à fond !
JM : Oui, et puis surtout, Daniel, de Front, était derrière moi pour me dire : ‘Plus dur, encore plus dur !’.
P : Daniel taillait dans les paroles. Je me souviens d'un mot, c'était : ‘I confess’. Il justifiait : ‘Non, ça fait trop penser à 'fesses' ! Tu enlèves’ (rires).
JM : Donc, on a travaillé énormément.

Il est dur, Daniel.

JM : Il est exigeant avec les autres comme il l'est avec lui-même.

P : Ils étaient aussi en bisbille au sein de Front. Richard et Jean-Luc étaient fâchés à mort parce qu'on nous avait demandé d’effectuer leur travail. C'est vrai qu'ils n'y parvenaient pas. Mais, si on leur avait donné un peu plus de temps, à mon avis, ils y seraient parvenus. A la fin du processus, il y eu une scène incroyable. Il fallait entériner officiellement les paroles que Jean-Marc avait écrites. On les a donc reçus chez nous, autour d'une grande table, et Patrick Codenys était assis au bout de cette table. Il tenait un marteau. Et, à chaque fois, il prononçait le titre d'une chanson et, ensuite, criait : ‘sold !’. Et il tapait du marteau sur la table (rires).

Si je comprends bien, dans les titres dont vous avez partagé la composition, il y a ‘Religion’ ?

P : Bien sûr.

Ça, c'est énorme ! C'est quand même un titre très connu.

P : Oui, c'est le plus connu de cette époque-là.

Qui a fait quoi dans la composition de “Religion” ?

JM : ‘Let me burn you, let me burn you, let me burn you down’.
P : Jean-Marc a composé les mélodies vocales et a écrit le texte. Et le reste, la musique, c'est Daniel.

Uniquement Daniel ?

P : Oui, en général, c'était exclusivement Daniel et Patrick ajoutait des sons.

Il intervenait un peu comme un architecte sonore ?

P : Oui, principalement.

Mais le musicien, c'était Daniel. Les autres ne connaissaient pas vraiment la musique, les harmonies.

P : Non, et puis, je te dis, pour cet album, les autres n'étaient pas très impliqués.
JM : On a prétendu que nous étions riches, car nous avions travaillé sur deux albums de Front.

Les paroles et les mélodies du chant, représentent au moins 50% des droits, non ?

P : Normalement, on avait droit à 50%, mais finalement, on n'a obtenu que 3% ! Ils avaient des accords et comme les patrons du label étaient leurs amis, ils se sont arrangés entre eux.

Et en parlant de “Religion”, puis-je vous questionner sur votre séjour au monastère ?

JM : Bien sûr. Après tous ces événements, nous étions dégoûtés du milieu de la musique; on ne voulait plus rien entendre. Et j'ai ressenti un appel. Donc, nous avons intégré une communauté religieuse en France, en Haute-Marne, où nous sommes restés pendant deux ans. On y a passé des moments formidables. On devait suivre le mode de vie des moines.

Le régime devait être spartiate.

P : Effectivement ! On assistait à la messe, aux aurores. Mais le plus chouette pour nous, c'est que mon neveu connaissait une dame qui possédait les clés d'une petite église de village. On a donc eu la possibilité d'y enregistrer.
JM : Le père abbé était très, très gentil et très ouvert. Il nous laissait vraiment faire ce qu'on voulait. On composait de la musique gothique dans ce lieu magique, qui date du XIVᵉ siècle.
P : Je jouais de la guitare et du synthé, en bénéficiant d'une acoustique inouïe. On y a enregistré les prémices de l'album “Rosary”. Pour moi, c'était la perfection. Vraiment, il n'y a pas un défaut dans cet album. Peut-être le son, qui aurait pu être meilleur, mais c'est tellement riche. Il y a des trouvailles partout, des préludes, des intros, des outros. Voilà. C'est pour notre retour. On aura pris une pause d'environ 10 ans.
JM : Et là, nous sommes très loin de “Gold Rush”.

C’est ce que j'allais dire.

JM : C'est carrément de la musique industrielle.

Le changement de style musical est, en effet, assez significatif. Il part d'une cold wave EBM, même synth-pop pour se diriger vers quelque chose d'industriel. On vous compare souvent à Front, mais perso, j’estime que votre première période est plutôt proche du style de Trisomie 21, voire de Joy Division. C'est un patchwork. Il y a même du Tears for Fears dans la voix.

P : Oui, tout à fait.

On y décèle également des traces d’Eyeless In Gaza.

P : Wow ! C'est un compliment !

La voix affiche ce côté 'high pitch voice', très synth-pop quelque part, combiné à une cold-wave très profonde et des éléments EBM, c'est unique. Il n'y a personne d'autre qui offre ce spectre-là.

P : On nous a souvent comparé à The Cure mais...

Non, ça n'a rien à voir avec The Cure.

P : Et donc, nous étions encore au monastère lorsque nous avons reçu un coup de téléphone de Dirk Ivens, qui nous a proposé de revenir et de jouer au BIM Festival.

Organisé par son acolyte, Peter Mastboom.

JM : Des Juggernauts.

Dès lors, vous avez aussi enregistré pour son label, Minimal Maximal.

P : Pour l'album “The 15th Floor”.
JM : Dirk a toujours été un grand fan du groupe. Et au début, il avait assisté au premier festival où nous avions gagné un prix et il nous avait transmis du courrier de fans. Des véritables lettres enflammées. Nous les avons conservées et quand il est venu manger à la maison, de nombreuses années plus tard, on lui a donné les lettres.

Il a dû être content. On a une pensée pour lui parce que sa santé n'est pas au top pour l'instant, mais apparemment, ça va.

P : Croisons les doigts !

On en vient aux prochains concerts, qui se dérouleront en Belgique pour l’anniversaire de la formation, car vous fêtez, cette année, les 45 ans d'existence de Parade Ground !

JM : Ben oui !

Vous serez tête d'affiche du Festival ‘TwoFourThree : the next generation’, à Bruxelles.

P : Oui, l'affiche programme aussi Krieg-B, Extra Bleu Ciel...

Extra Bleu Ciel qui est un projet soutenu par Fernando Wax, de Red Maze Records ! Ils sont présents sur la dernière compilation du label de notre émission WAVES. 

P : Extra Bleu Ciel, c'est de la minimal synth ; c'est vraiment superbe. Très mélodique, très beau.

Les voix sont superbes.

Fernando Wax (WAVES) : C'est un duo : Sadie et Nora.
P : Il y aura aussi Camy Huot, Bad Time et Mi6. Il se déroulera au Drink Drink le 11 avril.

Là où se produisent les soirées So New Wave.

P : Effectivement. On va écouter et regarder ces concerts ! Krieg-B, c'est vraiment de l'EBM pur.

Mi6, c'est le groupe d'un des membres de Factheory ? Dominique Nuydt ?

P : Absolument ! Dominique. C'est le bassiste de Factheory. La musique est davantage orientée Kraftwerk.

Et il y a l'autre concert du côté de Mons, à Hautrage, organisé par Olivier, d'Alterprod. Au Canal 10.

P : De nouveau en compagnie de Krieg-B.
JM : The boys are back in town...

Un morceau de Thin Lizzy ! Datant de 1976 ! Chanté par Phil Lynott, la tête de linotte (rires) !

P : Oui, la tête de Linotte.

Et donc, si on respecte la chronologie, après 2007, après Dirk Ivens ?

P : Vu que nous avions énormément composé lors de notre séjour dans le monastère, la suite de “Rosary” était prête à être publiée. C'est notre nouveau label, VUZ Records, qui a sorti “Sanctuary”.

JM : Et ensuite « Ora et Labora ».

Et là, on arrive à 2025, où vous avez sorti deux releases.

P : Exactement. D'abord, “The Hidden Side”, paru chez Dark Entries.

Et “Heaven With Care” !

P : Dark Entries est très important pour nous. On aime tellement Josh Cheon (NDR : le fondateur du label).
JM : Malheureusement, nous avons été refusés aux États-Unis, à cause des problèmes mentaux dont j’ai souffert dans le passé.
P : Oui, c'est une histoire de dingue. Nous devions accomplir une tournée, il y a 3 ans. Les Américains étaient prêts à payer les avions, les hôtels, tout. Il s'agissait de 10 dates, tu imagines, des têtes d'affiche de festivals et tout ça. Mais on a été bloqués à l'entrée.
JM : Ils se sont renseignés. Je ne sais pas comment ils sont parvenus à savoir.

Les fédéraux ont accès à tout, via la NSA et le FBI. Tu es vraiment screené dans tous les détails. C'est la procédure depuis 2001, depuis le Terrorist Act.

P : On avait dû remplir des documents. Parmi les questions, il y avait : ‘Venez-vous aux États-Unis pour tuer le président (rires) ?’
JM :
Bien sûr, on ne vient rien que pour ça.
P : L'Ambassade des États-Unis à Bruxelles a contacté le psychiatre de Jean Marc.

Big Brother is watching you ! Mais vous avez quand même réussi à sortir quelque chose chez Dark Entries finalement...

P : Oui, deux albums. D'abord “The Golden Years” est paru il y a quelques années.

Une compilation !

P : Oui, une compilation comprenant tous les morceaux les plus connus. La spécificité de ce label-là, c'est vraiment d'aller chercher des vieilles démos, des bandes en mauvais état et de les ressortir. Et pour les 20 ans du label, il nous avait aussi demandé un morceau pour sa ‘compile’. L’an dernier, il a sorti “The Hidden Side”.

Et ensuite, “Heaven With Care”, paru chez VUZ.

P : Qui réunit les premières démos de tous nos morceaux les plus connus.

Ainsi que des inédits.

P : Notamment “A message to Europe (for the dreamers)”.

De quand date cette démo ?

P : De 1982.

45 ans plus tard, cet inédit de Parade Ground est disponible sur Bandcamp. C’est fou, non ?

P : Oui, tout à fait.

Concernant Wire, vous avez sélectionné “I Should've Known Better”. Pourquoi avoir choisi un titre composé et chanté par Graham Lewis ? Et pas par Colin Newman ?

P : Parce qu’i s’agit de notre morceau préféré de Wire.

On cite souvent “The 15th”.

P : Il passe trop souvent à la radio. En fait, tout le catalogue de Wire pourrait y être diffusé (rires) !
JM : Il existe une interview de Robert Smith, dans laquelle il déclarait que, le jour où The Cure serait plus grand que Wire, ils arrêteraient. Et quelques années après, les gars de Wire sont allés à la rencontre des musiciens de The Cure pour leur demander quand ils arrêteraient (rires) ?
P : C'était lors d'un concert de The Cure - je pense - accordé à Forest National, qu’on était allé conduire les membres de Wire, dans la Jaguar rouge. Et, sur place, on est allé dans les loges et c'était impressionnant de voir les gars de The Cure et Wire parler et rigoler ensemble. Un moment fou !

Si on s’attarde sur la remarque de Robert Smith : je crois qu'il a souvent tendance à livrer de telles déclarations.

P : Ah bon ?

Oui. Il avait aussi eu ce type de discours pour And Also The Trees. Vous savez sans doute que c'est grâce à The Cure qu’AATT a pu sortir son premier disque ?

P : Non, je l’ignorais.

Eh bien, à ce moment-là, Robert s’était fendu de propos du style : ‘Vous êtes nettement meilleurs que nous!’ Je crois qu'il pratique très bien l'understatement, en toute modestie.

Fernando Wax : Nous qui vivons la wave aussi depuis plus de 40 ans, on a constaté que Bruxelles était, à une certaine époque, carrément une sorte d'épicentre de la scène. Et, pour les jeunes générations, il est important de rappeler que des groupes comme Front 242 et Parade Ground ont transformé la musique. L'EBM et la musique bruxelloise ont permis l'éclosion d'autres types de musique électronique dans le monde, qui ont toujours un impact aujourd'hui. Alors, comment vivez-vous cet impact que vous avez exercé sr autant de générations ?

JM : Nous donnons tout comme si c'était la dernière fois, que ce soit sur scène ou en studio.

Mais êtes-vous conscients de cet impact ?

P : Oui, bien sûr. Mais il nous surprend et nous émeut toujours énormément. A Stockholm, récemment, des gens témoignaient : ‘“Moans”, a une réelle importance pour nous’. On comprend difficilement, car ce morceau est très abstrait. Et, à Stockholm, on a vraiment apprécié, car le public était jeune.
JM : A Paris, aussi, il y a énormément de jeunes de 15 ou 16 ans qui assistent à nos concerts. Ils se comportent comme de nouveaux convertis, très enthousiastes. Ils connaissent toutes les paroles.

P : Pour nous, les deux meilleurs publics, on les rencontre à Paris et Barcelone.

FW : À l’Ombra Festival ?

P : Oui. Nous étions en tête d'affiche le premier jour. Et le public était incroyable. Vraiment, j'avais presque la chair de poule. J'amène le matériel sur scène, je branche le tout et les gens viennent me toucher.

Il faut quand même informer les gens qui ne vous connaissent pas bien que vos concerts sont extraordinaires. Je me souviens du festival Summer Darkness, en 2012. Je ne vais pas tout déflorer parce que c'est bien de découvrir et d'avoir la surprise, mais ce sont des shows uniques et complètement... dada (rires) !

P : Merci.

Dada, comme le Dadaïsme ! C'est un chaos organisé. Mais je n'en dis pas plus. Allez les voir en concert !

P : On essaie de surprendre le public à chaque fois. J’imagine d'autres chorégraphies. On essaye de faire évoluer les morceaux, d’amener des 'backings' différents et de dénicher des nouvelles idées. C'est ce qui nous permet de continuer dans la durée, je crois. Nous essayons de faire évoluer le groupe malgré tout.

Merci à vous pour cette interview ! C’était vraiment un honneur de vous recevoir. Et on encourage les gens à acheter vos albums, où que ce soit, et à aller assister à vos concerts. Et acheter le livre. Oui, n'oublions pas le bouquin. On peut le commander chez VUZ Records. Thank you, guys.

P : Split up.

JM : Cut up.

Pour célébrer ses 45 ans, Parade Ground se produira :

- le 11 avril au festival 243 au Drink Drink à BXL - organisé par Inclassablevents & So New-Wave

- le 2 mai au Canal 10 à Hautrage - organisé par Alterprod

Pour écouter l'interview de Parade Ground diffusée dans l'émission de radio WAVES, c'est  (part 1) et (part 2).

 

L'édition 2026 du festival “Les Nuits” se tiendra au Botanique à Bruxelles du 14 au 31 mai prochains. Plus de 100 groupes ou artistes se succèdront sur les 3 scènes prévues, confirmant la place majeure occupée par cet événement du centre culturel de la communauté française.

Fred Maréchal, le directeur général, a confirmé, lors d'une conférence de presse, que, fidèle à son ADN, “le Bota misera plus que jamais sur les sons émergents, tout en appliquant sa philosophie basée sur l'artisanat”. Priorité, donc, à la découverte de nouveaux talents avec un accent sur les artistes locaux au travers de créations exclusives et de résidences. La formule tarifaire de type 'festival', testée l'année passée, est reconduite, ce qui signifie que les festivaliers auront accès, grâce à un ticket unique, à toutes les activités de la journée en question.

En lever de rideau, le 14 mai, la Garden Party, fête printanière annuelle en plein air, proposera des rythmes venus du monde entier, en collaboration avec les labels Club Romantico et Nyege Nyege.

Le volet metal des Nuits, appelé Obsidian Dust, pour sa 2e édition, d'étendra sur deux jours en mélangeant sludge, stoner, noise, psyché et doom et ce, en symbiose avec Metadrone. Red Fang et YOB mèneront la danse funèbre.

Le 21 mai, la soirée hip-hop francophone proposera la révélation Ino Casablanca, Jeune Morty, Mandyspie, LinLin, et Angie. Le lendemain, la pop sera à la fête avec, entre autres, Swordes, la nouvelle Grimes, Mura Masa et Danny L Harle.

Place ensuite au “coeur de métier” du Bota: l'indie-rock / postpunk, teinté d'expérimental. Epinglons les wavers biélorusses de Molchat Doma, la tête d'affiche shame, les krautrockers Suuns et Stonks. Ces derniers, originaires de Bruxelles, ont livré un mini-set puissant, progressif et très 'noisy' lors de la conférence de presse. A suivre!

Le 24 mai sera consacré à la crème de la crème de la pop hexagonale et braquera les projecteurs sur Solann, prix de la révélation de l'année aux Victoires de la Musique, la Bruxelloise Camille Yembe et, surtout, Flora Fishbach, une fidèle du Bota, qui proposera un spectacle centré sur l'aspect visuel avec des danseurs et une bande-son remixée façon clubbing.

Cap vers le Brésil, ensuite, avec l'artiste brésilienne du moment, Liniker, flanquée de Mari Froes. Au programme: soul exquise, jazz raffiné et sons captivants. Le lendemain, Les Nuits célèbreront les 50 ans du punk, en mettant à l'honneur Model/Actriz, Maria Iskariot et, en tête de gondole, The Garden, le duo américain qui mélange punk et théâtre, des basses et une attitude débridée.

Retour à l'indie-pop le 18 mai grâce à la star bruxelloise Iliona, la régionale de l'étape, qui jouera pour la première fois au Bota. Ce même jour, Gala Dragot ravira les mélomanes grâce à son jazz pop intemporel, qui fit sensation lors du showcase accordé pendant la conférence de presse et ce, en dépit de cordes vocales diminuées par la maladie.

Après une journée orientée électro et jazz expérimental, la programmation du dernier jour fera la part belle à l'électro-avant-garde-pop. Le duo norvégien visionnaire Smerz apportera une touche scandinave et tant Nick Léon qu'Oli XL feront danser les fans sur les rythmes les plus avant-gardistes du moment. Une “mégateuf” pour clôturer le festival en beauté.

Comme chaque année, Les Nuits proposeront des créations exclusives, développées grâce au soutien du Bota et de la Sabam. Citons Cazaar, un projet ponctuel reposant sur la collaboration entre Amaury Louis (marcel) et Pierre Leroy (Pierres). On peut s'attendre à un spectacle complètement “barré” et à une musique mêlant mélodies sucrées, dissonances surprenantes et influences ultra variées — des Beatles à Brigitte Fontaine, des Choeurs de l’Armée Rouge à Bertrand Belin. A découvrir!

Rappelons enfin les résidences que le Bota offre à une série d'artistes ou groupes. Cette année, il s'agit d'Alice George Perez, cheapjewels, Camille Keller, Gala Dragot, Forsissies, Lipstick Music, Stonks, Margaret Hermant, ANJEES G.G, Sura Sol et Tuesday Violence.

Pour consulter le programme complet et acheter ses tickets, c'est ici: https://www.lesnuits.be/

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