Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de son nouvel album, « Adult Romantix », prévue pour le 22 août via son nouveau label Winspear. Cet elpee, inspiré par des textes de la période romantique comme…

logo_musiczine

La vérité selon RORI

Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au festival Rock en Seine, devant 40 000 spectateurs, RORI poursuit son ascension. Cet été, elle s'invite sur les scènes de plusieurs festivals dont Les Francos à Esch/Alzette, Les…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

dEUS - 19/03/2026
giaa_kavka_zappa_05
Bernard Dagnies

Bernard Dagnies

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Shivering king and others

Si on ne tient pas compte du 'live' "Got live if you want it", "Shivering king and others" constitue le troisième album de ce trio issu de Washington DC. Hormis l'instrumental "Wayfarers all", un fragment de heavy folk inspiré par le 3ème elpee de Led Zeppelin, les deux premiers tiers de l'opus baignent dans un rock soixante-huitard, ténébreux, aux relents de psychédélisme primaire. Une solution sonore plutôt revivaliste qui évoque tour à tour Hawkwind, Free, le Cream, Blue Cheer, Robin Thrower, et sous sa forme la plus blues, Ten Years After. Electricité distordue, sale, bourdonnante et tempo répétitif, monotone, noient la plupart du temps les vocaux trafiqués de Jason Simon. Vous voyez le topo. Mais en fin de parcours, Dead Meadow prend un virage à 180°. Pour trois compositions sculptées dans les cordes de guitare acoustique. Le titre maître, " She's mine " et " Heaven ". Trois fragments remarquables qui nous replongent dans l'univers du défunt Swans, trois plages qui déferlent, telles des vagues tempétueuses, sur les récifs de la mélancolie. Et si le final, " Raise the fall ", renoue avec l'électricité, c'est dans le même esprit. Près de 7 minutes sanctifiées par des harmonies vocales mystiques, et dont la texture crescendo est tramée sur un mode post rock digne de Mogwai.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Un monde ailleurs

Avant d'embrasser une carrière musicale, Mayane Delem trempait dans le monde du spectacle. Suite à une formation théâtrale, elle avait même joué dans une grosse quarantaine de courts et de longs métrages, décrochant même un rôle auprès de Bernard Giraudeau. Fin de l'année dernière elle s'était fait remarquer en commettant un premier single (" Comme ci comme ça "), qui lui avait valu une excellente critique de la presse d'outre-Quiévrain ; et puis d'assurer des premières parties pour Renaud ou encore Jonasz. Agée de 24 ans à peine, cette jeune française écrit ses propres textes, la musique relevant de deux de ses proches collaborateurs : Marc Maggiori et Pierre Guimard. Deux excellents musiciens responsables, tout au long de ce premier opus, d'une expression sonore à la fois soignée et efficace. Malheureusement, nonobstant ses incessantes ondulations, le timbre vocal de Mayane manque de naturel et finit par lasser (NDR : pour ne pas dire tout gâcher !). Le syndrome de 'Star Academy' finit même par vous traverser l'esprit. Certains médias n'ont ainsi pas hésité à coller sur cet opus, l'étiquette de pop/rock dans la lignée d'Avril Lavigne. Ce qui n'est pas nécessairement un compliment. Pour votre information, sachez que ses hits peuvent même être téléchargés sur votre mobile. Je doute que ce soit la meilleure méthode pour se forger une crédibilité.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Fünfzehn Neue Daf Liede

Dans le domaine de la musique contemporaine, lorsqu'un style musical recommence son cycle, on voit régulièrement réapparaître des compiles consacrées aux pionniers. Mais parfois, certains de ces pionniers, en profitent pour refaire surface (NDR : pas toujours de manière très convaincante, il faut l'avouer). Dans le domaine de la musique électronique, c'est plutôt rare. Surtout lorsque ce retour implique une reformation. Il y a bien Suicide et Cabaret Voltaire. Mais je n'en connais guère d'autres. Car il y a aussi ceux dont on entend pratiquement plus parler, mais qui ne se sont jamais vraiment séparés et vivotent aujourd'hui dans la zone crépusculaire de l'underground : Front 242 en est le plus bel exemple. Et puis, il y a les maîtres Kraftwerk, qui se rappellent à notre bon souvenir, une ou deux fois par décennie. Séparé en 1983, puis réuni le temps de l'enregistrement d'un elpee en 1986, DAF avait complètement disparu de la circulation. Faut dire que les projets en solo de Gabi Delgado Lopez et de Robert Görl étaient loin d'être concluants. J'ai donc été très surpris d'apprendre la réunion du duo. Considéré à la fin des seventies et au début des eighties, comme un des groupes les plus novateurs de son époque, DAF utilisait le langage rudimentaire du disco synthétique réduit à des rythmes robotiques et agressifs, en plaquant sur cette solution sonore une voix mi-chantée mi-parlée dans la langue de Goethe. Violente, malsaine, martiale, glaciale et sensuelle, leur musique va accoucher de hits improbables tels que " Tanz Der Mussolini " et " Alles ist Gust ". Que nous proposent-ils donc vingt ans plus tard ? Rien de neuf. Si vous avez aimé leur électro spasmodique et hypnotique, il n'y a pas de raison pour que ne pas aimer ce " Fünfzehn Neue Daf Lieder ". Mais fallait-il vraiment se réunir pour refaire la même chose ?

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Julie Doiron / Okkervil River

Julie Doiron est une femme d'intérieur : pour ce split-cd avec les Texans d'Okkervil River, elle a enregistré 5 chansons chez elle, à l'aide d'un minidisc, seule avec sa guitare et ses vieux démons. Elle y parle d'amour, de son mari, de ses enfants, de la neige qui tombe dehors… Finies les guitares crépitantes de son ancien groupe Eric's Trip : autour d'elle, juste le silence d'une matinée hivernale, et le souffle de sa famille qui dort. Lo-fi sans être malingres, les chansons intimistes de la Canadienne touchent presque au mystique, tant on y ressent un (aban)don de soi d'une simplicité désarmante. Ni pessimiste comme Chan Marshall, ni hystérique comme Scout Niblett, Julie Doiron nous émeut, et son folk nous apaise. Lui reprocher son minimalisme serait déplacé. Parce que la songwriter nous donne le maximum d'elle-même, sans fausse pudeur. Idem pour ses copains d'Okkervil River, qui alternent sauvagement country déglinguée et pop déchaînée, en y réservant parfois des envolées rock et soul qui les rapprochent de leurs cousins Lambchop, Sparklehorse et Songs : Ohia. Rarement l'équilibre des forces (Mal/Bien, déprime/délivrance, obscurité/lumière) n'aura été si savamment interprété, et avec une grâce qui elle aussi touche presque au sublime. Merde, que c'est beau… Un truc pareil vous arracherait presque une larme.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Bad blood

Avant de fonder son groupe, Peter Dolving a sévi successivement chez Haunted et Mary Beats Jane, deux formations suédoises de métal pour lesquelles il s'impliquait beaucoup dans l'écriture des compositions. Après sept années, il a décidé de tourner la page pour embrasser un style musical plus contemporain, sis quelque part entre rock alternatif et pop indé. Flanqué de son propre combo, il enregistre "Just 'cause You Can Talk, Don't Mean I Have to Listen" en 2000 ; puis en solo, "One Of Us", l'année suivante.

A l'instar d'un Billy Bragg, Peter Dolving a beaucoup de choses à dire. Notamment dans le domaine politique. Il fait ainsi le procès du néo-libéralisme à travers ses lyrics, même s'il se proclame anarchiste. Musicalement, ce " Bad blood " offre de multiples facettes, dont trois prédominantes. Sous sa forme la plus acoustique, la plus minimaliste, les chansons évoquent tantôt Bragg (" Red Camino "), tantôt Connor Oberst alias Bright Eyes (" When you leave me "). Sous sa forme la plus luxuriante, la plus hymnique, elles libèrent une forme de 'big music' proche des Waterboys. Les contagieux " Be kind ", " Should have been you " et " Brake or bust " en sont les plus belles illustrations. Peter y épouse même les intonations chantées/parlées de Mike Scott. Sous sa forme la plus énigmatique, la plus tourmentée, elles sont hantées par le spectre du défunt Afghan Whigs. Et je pense tout particulièrement aux superbes " Fourteen " et " Soapoperaboxeduptoxic ", ainsi qu'au tout aussi excellent, mais davantage incantatoire " 45 and six ". Peter n'a pas oublié qu'il est passé par le métal, en nous gratifiant d'un solo de guitare sur le morceau de garage échevelé " New beauty queens ", et puis adresse un clin d'œil au " Love cats " de Cure, à travers " Water over bones ". Mais les meilleurs tracks de l'opus demeurent cependant, à mes oreilles, " On and on " et " Hey ! ", deux plages qui font un peu la fusion de toutes les influences susvisées. Je serais cependant ingrat, en ne soulignant pas la qualité du drumming dont l'efficacité et la souplesse me rappellent Jon Brookes, le drummer des Charlatans. Excellent !

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Somenone else´s party

Si mes calculs sont exacts, The Durutti Column doit compter une vingtaine d'albums à son actif Etonnant pour cet artiste mancunien qui végète dans la zone crépusculaire de l'underground depuis plus de 20 ans. Artiste, car Durutti Column est le projet de Vini Reily. De groupe, il n'en a eu seulement été question qu'en 1978. C'est à dire lors de l'enregistrement de l'EP " A factory sampler " ; même si Martin Hannett, Peter Crooks et Toby avaient collaboré à la confection de l'indispensable " The return of… ", en 1980. Sur pratiquement tous les elpees de D.C., on reconnaît la signature de Reily à la sonorité minimaliste, chargée de reverb, de sa six cordes. Sa voix monocorde n'a jamais été exceptionnelle ; mais peu ou pas utilisée, elle a toujours bien collé à sa musique mélancolique, introspective, propice aux paysages sonores les plus intimistes. A une certaine époque, l'aspect technologique avait cependant pris le dessus dans sa composition ; Vini avait même osé échantillonner les voix dOtis Redding, de Tracy Chapman et d'Annie Lennox sur un elpee éponyme, paru en 1989. Par la suite, il a tenté de multiples expérimentations. Notamment dans le domaine du funk. Sans grand résultat. Et ce ne sont pas les trop rares collaborations, menées notamment en compagnie de Blaine L. Reininger et de Morrissey, qui lui ont permis de revenir sur le devant de la scène. J'ai donc été très agréablement surpris en écoutant ce " Someone else's party ". Le thème n'est pas à la joie, puisque cet opus est sensé rendre un dernier hommage à sa mère décédée, suite à une maladie. Mais cet immense chagrin a véritablement transcendé Reily. Auteur pour la circonstance de véritables petites perles. Et je pense tout particulièrement à " Love is a friend ". Déchirée entre samples fuyants, brisures de rythmes et cette fameuse guitare reverb, cette plage aurait pu naître de la rencontre entre Cocteau Twins et Happy Mondays. Au funky " Somewhere ", sorte de Kitchens of Distinction light et estival, Vini ayant pris le soin d'overdubber ses lignes de guitare. A la prière " Requiem for my mother ", combinaison de percussions clairsemées et de cordes de guitare chatoyantes, fleuries, hispaniques. Beau à pleurer ! A " Vigil " également ; un fragment tapissé par une chorale en boucle, dynamisé par un rythme de danse pulsant et irradié par des cordes acoustiques divines. Et des compos telles que " Spanish lament ", dont le sample du chant est issu de " Mullholland drive " de David Lynch, " Somebody's party ", éclairé par une passion morbide, le floydien (NDR : circa " Dark side of the moon " !) " Blue ", nonobstant ses accents hispaniques, " No more hurt ", qui croustille au tempo de la house mancunienne, et la finale " Goodbye ", ponctuée d'une réponse téléphonique imaginaire donnée par sa mère depuis l'Eden, sont loin de déparer l'ensemble. L'opus recèle, bien sûr quelques morceaux plus expérimentaux. L'hypnotique " Woman ", qui me rappelle à la fois Captain Sensible et Moby, constitue certainement la plus intéressante. Un seul reproche, les titres ont parfois tendance à tirer en longueur. Mais plongé au sein de cette beauté fragile, intemporelle, on ne peut résister à l'addiction…

Pour fêter ses 6 années d’existence, le label français indépendant Roy Music vous offre une compilation MP3 de ses artistes (Vismets, Mademoiselle K, Hangar,…). Elle est disponible sur son nouveau site Internet.

http://www.roymusic.com

 

lundi, 24 janvier 2011 13:32

Du contenu, pas du tape-à-l’œil

Fondé à Leeds, en 1977, Gang of Four (NDR: la ‘Bande des Quatre’, patronyme inspiré d'un groupe de dirigeants chinois, parmi lesquels figuraient l’épouse de Mao Zedong, Jiang Qing, dont les membres avaient été arrêtés et démis de leurs fonctions en 1976, peu de temps après la mort de Mao) est considéré comme une référence majeure, dans l’histoire de la musique pop/rock. Une multitude d’artistes se réclament ou se sont réclamés de cette formation insulaire, parmi lesquels figurent Red Hot Chili Peppers, INXS, REM, Nirvana et même U2. Sans oublier le mouvement punk funk, au sein duquel on épinglera The Rapture, Radio 4, Bloc Party, !!! et Futureheads. Fin des seventies, début des eighties, on qualifiait alors leur style de funk blanc, un mouvement auquel relevait également A Certain Ratio. De leur histoire, on retiendra un engagement sociopolitique très marqué, des prestations scéniques explosives, quelques singles incontournables (‘Damaged Goods’, ‘What we all want’, ‘To hell with poverty’ et ‘I love a man in a uniform’), un album culte (‘Entertainment’, publié en 1979) ainsi que plusieurs séparations, réunions et changements de line up. Seuls John King le chanteur et Andy Gill, le guitariste, sont toujours au poste. Leur dernière reformation remonte à 2004. Un album était paru en 2005, ‘Return the Gift’, mais il ne s’agissait que d’une nouvelle mouture d’anciennes compos. Si bien que leur dernier opus studio, ‘Shrinkwrapped’ datait de 1995. Un nouvel elpee sort donc ce 25 janvier, ‘Content’. Ce qui explique la présence d’Andy Gill, en Belgique, pour accorder quelques interviews. Et le guitariste nous a accordé un très long entretien. Très intéressant, par ailleurs. Musiczine vous en livre l’essentiel…

Mais attaquons directement un sujet qui doit interpeller notre interlocuteur. Alors que Gang of Four n’a jamais récolté qu’un succès d’(e) (grande) estime, quel est son sentiment profond vis-à-vis d’un mouvement (NDR : le punk funk) que le groupe a engendré et qui a permis à des formations contemporaines de récolter un succès certain. Andy concède : « J’en suis relativement heureux. Et pour cause, ce sont eux qui nous ont permis de conquérir un nouveau public. Des mélomanes qui n’auraient jamais connu Gang of Four autrement. Ce courant nous a été favorable. Lorsque Franz Ferdinand est devenu énorme, la critique a dit qu’il y avait Gang of Four derrière. C’est ainsi qu’on s’est fait connaître. Et lorsqu’on se produit en concert, on se rend compte qu’une partie du public a moins de 20 ans. Et l’autre réunit des quinquas. C’est superbe ! J’aime beaucoup ce mix démographique. Je suis enchanté que notre musique plaise aussi à la jeune génération. Finalement, ce qui se produit aujourd’hui confirme nos prévisions. Et c’est un juste retour des événements. Des événements que nous avons vécus il y a 30 ans. » Mais pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’enregistrer un nouvel album ? Andy argumente : « Les nineties n’ont pas été très favorables pour nous. Au cours de cette période, John voulais faire autre chose, mais je ne souhaitais pas le suivre dans ses projets. Il a mené une carrière solo pendant 2 ou 3 ans. Fin des années 90, Futureheads est né. Et je me suis investi pour eux, à la production. Donc, je n’avais plus beaucoup de temps pour faire autre chose. Début des années 2000, des gens du milieu nous ont suggéré de nous réunir. En 2005, on a publié un cd consacré à d’anciens morceaux retravaillés. A partir de ce moment, on a retrouvé un certain plaisir dans l’écriture et on s’est remis à bosser… » Le line up initial s’est même mis à tourner, mais le drummer Hugo Burnham, puis le bassiste Dave Allen se sont essoufflés, cédant alors le relais à une nouvelle section rythmique composée de Mark Heaney et Thomas McNeice. Et enfin, le quatuor a enregistré un nouvel elpee…  

Intitulé ‘Content’, il proposera une édition limitée luxueuse, incluant un tas de bonus, dont une BD imaginée et dessinée par Andy, racontant notamment les 40 années de leur carrière, un livret consacré à leurs lyrics et des fioles contenant leur sang. Une invitation à collecter pour la Croix-Rouge ou une grosse blague ? Et pourquoi ce titre ? Satisfait du résultat ? Andy réagit : « Il est exact que le don du sang et très important aujourd’hui. Et l’idée de cet échantillon de sang constitue la traduction extrême du don de soi, l’idée de ce qu’on peut offrir de soi-même. En fait, c’est encore la manifestation des faces de Gang of Four qui peuvent se révéler à la fois sérieuses et comiques. On a vécu des tas de discussions au sujet du titre de l’album, il y a un an et demi. Et finalement on s’est accordé à le baptiser ‘Content’. En fait, il se réfère au mot ‘contenu’ de ce qu’on peut trouver dans le hardware. Tout ce qui est l’emballage. Le ‘blabla’, c’est pour faire de la pub. Dans la société, il n’y en a plus que pour Google et Internet. Pour vendre leur marchandise, les fabricants d’ordinateurs, de téléphones et autres privilégient le tape-à-l’œil. C’est un peu la garniture du sandwiche. Donc, la pub, c’est le sandwiche et le contenu, la garniture. C’est la raison pour laquelle on a choisi ce titre. On fabrique d’abord la boîte, et puis on y met le contenu. Et donc, on a inséré du contenu dans notre box : musique, paroles, des photos du groupe, des odeurs d’activités humaines, notre sang et l’histoire des quatre décennies de l’histoire du groupe à travers une bande-dessinée (NDR : il montre les maquettes, en épinglant celle de Berlusconi face à une prostituée). On y a inséré des choses importantes, mais également stupides. Le tout sera glissé dans un box métallique. C’est la coloration externe qu’on attribue à notre travail. Comme nous avions déjà fait pour ‘Entertainment’. On voulait aller plus loin dans ce qu’il y avait à offrir ; et des choses qu’on ne peut pas télécharger, comme notre sang… »

Penchons-nous, maintenant sur le contenu de l’album. Tant au niveau des textes que de la musique. ‘It was never gonna turn out too good for me’ est une compo qui parle de l’histoire d’un immigrant débarquant d’Europe de l’Est. On lui reproche d’avoir piqué le travail des autochtones. Explications : « J’ai écrit cette chanson à la première personne du singulier, pour la rendre autobiographique. Je suis né à Manchester. La population s’inquiète parce qu’elle ne trouve pas d’emploi et colporte que ces jobs leur sont piqués par les immigrés, alors que la plupart de ces demandeurs d’emploi n’accepteraient pas de faire ce boulot. On manifeste de la sympathie vis-à-vis des gens qui se plaignent, parce qu’on a l’impression qu’ils ont perdu leur propre dignité. Et cette chanson parle justement de quelqu’un qui perd son amour-propre. J’utilise un vocodeur, sans quoi cette compo serait trop sentimentale. C’est un peu comme si c’était un robot qui parlait ». Dans sa chanson ‘You don’t have to be mad’, on y parle du nouvel esclavage dans le travail. La conséquence du néo-libéralisme qui s’est imposé en Europe, faute de plate-forme sociale commune ? Andy nuance : « Oui, mais l’Europe est beaucoup plus sociale que les Etats-Unis. Là-bas le marché est beaucoup plus libre que chez nous. Sur le Vieux Continent, il y a encore un équilibre entre le privé et le public. Est-ce que le retour à un plus grand socialisme est envisageable ? Ce n’est pas nécessairement une utopie. Les événements évoluent. On devrait davantage s’inspirer du modèle scandinave… » Sur ‘A party all the time’ on entend des chœurs féminins. Les choristes de Chic sont-elles revenues leur filer un coup de main ? Eclaircissements : « Non, en fait, c’est Eddie Reader qui a participé aux sessions. Au début des années 80, elle nous avait accompagnés en tournée comme choriste. A cette époque, nous étions parvenus à la sortir de Glasgow, et surtout de son Ecosse natale. On l’avait d’abord invitée à Londres. C’est une excellente chanteuse, mais très timide. Il y a deux ans on a fait un périple en Ecosse, et elle a téléphoné pour nous demander si elle pouvait venir nous accompagner sur les planches. On a renoué nos relations et elle est revenue à Londres pour participer à la confection de notre album. C’est une vielle copine. »

Andy a un jour déclaré que dans la musique, il aimait la rencontre entre le passé et le futur. Ce qui méritait une explication. « Davantage le passé que le futur. En réalité, il s’agit de la rencontre entre le passé et le présent. Le sens premier a tendance à faire penser que le temps s’arrête au moment présent. Comme si le moment présent était la fin de l’histoire. Bien, sûr, d’un point de vue abstrait, on sait bien qu’il existe un futur. Et on doit se rendre compte, même si on sait que les conditions actuelles pourraient être meilleures, qu’on se trouve au point suprême de notre développement. Nous sommes cultivés. Notre espérance de vie est bien plus conséquente. On dispose de GSM et de l’Internet. Et quand on regarde dans le passé, on se dit que les gens devaient être bizarres. Etaient-ils vraiment comme nous ? Je pense que quel que soit le moment de l’histoire, les événements sont en constante évolution. Imagine les Victoriens des années 1890, ce qu’ils devraient penser de nous. Parce qu’on est au sommet de la civilisation. Et quand on observe leur organisation, on se dit qu’ils avaient des idées singulières. Notamment au niveau se la sexualité. Vous savez, les pays occidentaux ont toujours tendance à se considérer comme les plus civilisés, alors que lorsqu’on analyse les tranches d’histoire, elles sont émaillées d’actes de sauvagerie. Sur ‘Do I say’, une chanson de l’album, je joue le rôle de l’exécuteur et John de l’exécuté. Attaché à un pieu, il va être brûlé pour des raisons idéologiques. Il y a un dialogue entre nous deux. L’exécuteur dit que le coupable a tort ; et ce dernier lui répond qu’il n’est pas un mauvais type, qu’il est semblable à son bourreau. C’est comme si cette histoire se déroulait au XVIIème siècle et soudain, elle rebondit, au XXIème… En fait, on crée un lien entre ces deux époques. Au cours de la première, il y avait les sorciers et aujourd’hui, les terroristes… »

Punk funk ou funk blanc ? Quelle est la réaction de Gang of Four par rapport à toutes ces étiquettes collées par les journalistes ? « Il existe beaucoup d’influences chez Gang Of Four. Chacun d’entre nous a grandi en écoutant des choses différentes. Depuis James Brown à la Motown en passant par Bob Dylan et le reggae primaire de Desmond Dekker. Pourtant, aucun d’entre eux n’a été une influence majeure pour notre musique. Et si cela a été le cas, c’était de manière très subtile. A nos débuts, on a essayé de créer notre propre langage musical. On n’a pas voulu reprendre un rythme de batterie conventionnel, mais créer un rythme typique, qu’on ne retrouve pas ailleurs. On est parti de zéro. On a créé le beat sur lequel on a greffé la basse. A vrai dire, j’ai toujours été davantage fasciné par le rythme que par la mélodie. Pour le rock’n roll. Alors que notre culture occidentale a été, pendant des siècles, bien plus branchée sur la mélodie que le rythme. C’est ce qu’on appelle le groove. Ce qui fait bouger les gens. C’est ce que je cherche. Et certainement pas plagier James Brown. Simplement développer un concept qui rend le métier plus excitant. Et au final, il reste à poser des mots sur ce rythme. Des mots qui ont du sens. Des mots qui collent au rythme. Ce qui contribue à créer un univers fascinant… » Le blues opère un retour en force. Des formations comme White Stripes ou Jim Jones Revue en sont les plus belles illustrations. Andy a toujours admiré Dr Feelgood. Mais qu’aime-t-il chez cette formation de pub rock ? Andy s’explique : « Il sont arrivés au beau milieu des années 70. Bien avant le punk. C’était un groupe dont la musique était rafraîchissante et excitante en même temps. Il véhiculait une image menaçante et fascinante. Il était aux antipodes de Grateful Dead. Leurs sets étaient efficaces, mécaniques, bourrés d’énergie et recelaient une petite dose de sexualité. Une alternative à Muddy Waters. Mais interprétée d’une manière magistrale, puissante. Il faut les avoir vus en public (NDR : je partage son avis…) Ils m’avaient impressionnés. Probablement un des meilleurs sets auxquels j’ai pu assister. C’était une célébration de l’artificiel. Ils s’amusaient sur scène. Les Sex Pistols sont également importants, mais ils étaient négligés. Dr Feelgood aimait la précision. Il me faisait penser à une voie de chemin de fer. Linéaire. Tout était en place. Les Sex Pistols, c’était du barbouillage. L’influence que nous avons retirée de Dr Feelgood, c’est son sens de la dramatisation sur scène et la rythmique… »

L’album ‘Content’ sort ce 25 janvier 2010 !

Merci à Vincent Devos

mercredi, 19 janvier 2011 22:44

The torture never stops (Dvd)

Frank Zappa est décédé en 1993, des suites d’un cancer. Il avait 53 ans. De son vivant, il a publié 57 albums. En 27 années de carrière, excusez du peu ! Une carrière au cours de laquelle il a goûté un peu à tous les styles. Et surtout expérimenté. Si Stravinsky, Boulez, Satie ou Mozart étaient des maîtres pour le natif de Baltimore, Frank est considéré comme une référence incontournable pour une foule d’artistes issus de la scène musicale contemporaine. Rock, pop, prog, métal, funk, psychédélique, jazz rock et j’en passe. Son toucher de guitare unique en son genre et son sens de l’autodérision lui ont conféré un statut d’artiste à la fois hyperdoué et iconoclaste.

Ce Dvd immortalise un concert accordé au Palladium de New York en 1981, pour fêter Halloween. Un rituel pour Zappa, puisqu’il s’était déjà produit à 4 reprises auparavant, dans cette enceinte. Sur les planches, Frank Zappa est vêtu d’une combinaison rose. Il est soutenu par des instrumentistes triés sur le volet : les guitaristes Steve Vai et Ray White, le claviériste Tommy Mars, le bassiste Scott Thunes, le drummer Chad Wackerman, le percussionniste Ed Mann et le claviériste/saxophoniste Bobby Martin. Si la plupart des collaborateurs participent aux backing vocaux, Steve et Scott s’investissent davantage au chant, et se réservent même le lead vocal sur l’une ou l’autre compo. Outre sa six cordes et sa voix ténébreuse, mais bien timbrée, Zappa mène tout son équipe à la baguette, mais de chef d’orchestre… Les 24 titres sélectionnés sur ce Dvd sont, pour la plupart, issus de « You are what you is » (1981), « Tinseltown rebellion » (1981), « Sheik Yerbouti » (1979) et « Zoot allures » (1976).

Contrairement aux idées reçues, sa musique est loin de provoquer la prise de tête. Elle est même très agréable à écouter. Le sens mélodique est très soigné, la performance des musiciens impressionnante et les images rendent parfaitement l’atmosphère du set. Au cours duquel il s’autorise même quelques incursions dans le cabaret, le reggae, le tango et même le hip hop (« Bamboozled by love »). Sans oublier de nous balancer un pastiche du « Money » du Floyd. Le tout est saupoudré par l’humour au second degré manifesté par Zappa. Enfin, petite impression personnelle, mais les compos les plus prog et éthérés, me font parfois penser à Todd Rungren. Plus de deux heures de bon temps, puisque le Dvd est enrichi de deux titres supplémentaires ainsi que du clip délirant de "You Are What You Is".

 

mercredi, 19 janvier 2011 22:23

Burning your house down

Ex-Thee Hypnotics, Jim Jones a donné le nom à son groupe, en y ajoutant le terme de Revue. Un quintet qui compte à ce jour deux opus studios ainsi qu’une compile de singles et de flip sides. « Burning your house down » constitue donc le second elpee. Un disque mis en forme par Jim Sclavunos, le drummer des Bad Seeds de Nick Cave et de Grinderman. Et première constatation, la production est nettement plus léchée que celle dont avait bénéficié leur long playing éponyme.

Dans la musique de The Jim Jones Revue, il y a une constante, presque une trame : le piano. Des ivoires jouées le plus souvent frénétiquement, à la manière de Little Richard. C’est d’ailleurs une des références du groupe. Qui pratique, le plus souvent un rock’n roll/blues/garage hanté également par des légendes comme Jerry Lee Lewis ou Chuck Berry. Le fantôme d’Eddy Cochran plane même tout au long du titre d’ouverture, « Dishonest John ». Et celui de Lux Interior (The Cramps) sur le boogie woogie « High horse ». Du boogie woogie qu’on retrouve sur le titre final, « Stop the people ». Quelques plages adoptent un profil plus hard’n blues. Puisé au beau milieu des seventies. Dans l’esprit de Humble Pie. Et je pense tout particulièrement à « Big len » et le titre maître, une nouvelle version d’une compo qui figurait sur la compile. « Elemental » est également une plage incluse sur « Here To Save Your Soul », mais revisitée pour la circonstance. Un rockabilly excentrique et paradoxalement très riche : « Killin’ Spree ». Et puis une piste réminiscente de l’album « Rock 'n' Roll » de John Lennon : « Shoot first ». Pour le reste, on a droit à du punk’ roll sauvage, survolté et bourré de charme ; même la plage mid tempo « Righteous wrong » arrache. Un peu comme la voix de Jim Jones, d’ailleurs. Bref, un disque qui vous donne la banane pour toute la journée : ‘Rock 'n' Rolllllllllllllllllllllllllllllllllllll…’