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Bernard Dagnies

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jeudi, 24 mai 2007 19:08

Une histoire de casquettes...

The Jai Alai (prononcez The hi-a-lie-sa-vant) est un sport populaire mais particulièrement dangereux pratiqué au nord-est des Etats-Unis. Soit dans le Rhode Island, le Connecticut et la Floride. Ce sont d’ailleurs les seuls états où il est autorisé. Les joueurs le plus talentueux sont surnommés Jai Alai Savant. C’est également le patronyme choisi par un trio fondé par Ralph Darden. Préposé à la guitare, au chant, compositeur et lyriciste, ce musicien noir porte, en outre, de multiples casquettes. Il nous en parle au cours de cette interview. Mais tout d’abord, pourquoi avoir choisi un nom aussi difficile à prononcer pour son groupe ?

« Avant de fonder la formation, je savais déjà que j’allais l’appeler The Jai Alai Savant. Cette idée remonte à l’époque où j’étais coursier à Philadelphie. Ce métier fait partie de la liste des 10 activités les plus dangereuses au monde. Parmi les autres, on y trouve plongeur, chauffeur de taxi à New-York et la pratique du Jai Alai. Ce sport puise son origine au Pays Basque (NDR : on suppose qu’il s’agit de la pelote basque revue et corrigée suivant la philosophe yankee ; pensez au soccer devenu aux States le football américain) et a émigré en Floride via Cuba. On y dénombre de nombreux blessés à l’issue des rencontres, parfois graves ; et 3 à 4 personnes y perdent la vie tous les ans. En outre, ce sport suscite des paris clandestins… J’ai réfléchi à cette situation et en choisissant ce patronyme, j’ai voulu souligner ses risques » Tiens quelque part, ce Jai Alai me fait penser au film culte ‘Rollerball’. L’occasion de lui poser la question. « Non, sincèrement, je ne l’ai jamais vu. Mais au vu du scénario que tu me décris, je ne vais pas tarder à essayer de me le procurer pour le visionner… » Avant de s’installer à Chicago, Ralph a donc vécu à Philadelphie. Mais quel est son parcours comme musicien ? « Il y a neuf ans, je jouais au sein d’un groupe qui répondait au nom de Franklin. Lorsque cette aventure s’est terminée, j’ai essayé de développer mes talents comme producteur. J’ai toujours aimé toucher un peu à tout. Comme jouer de différents instruments. Ou écrire des chansons. Finalement, je me suis lancé dans un projet solo. Et j’ai commencé à chercher des collaborateurs pour me produire en ‘live’. J’ai toujours été attiré par la scène. C’était il y a 5 ou 6 ans. Depuis, le line up a subi six changements avant de trouver sa formule définitive. La dernière en date est celle en compagnie de laquelle je tourne actuellement… »

Deuxième casquette, Ralph s’est forgé une réputation de DJ sous le pseudonyme de Major Taylor à Philadelphie, auprès des Diplo et autre Hollertronix. Mais depuis qu’il a émigré à Chicago, enflamme-t-il encore les soirées des dancefloors ? « Plus à Philly ! Mais bien à Chicago. J’aime jouer sur cette dualité de mon identité. Et passer de l’une à l’autre. Avant même de jouer au sein de Franklin, j’assumais déjà ce rôle de DJ. Et personne ne soupçonnait que je jouais aussi dans un groupe. La séparation entre ces deux registres est claire et nette. Très tranchée même. Oui, j’accomplis encore ce double job. Parce que ce sont des expériences à la fois très chouettes et excitantes. » Mais comment s’est-il débrouillé pour signer son groupe chez City Slang ? « C’est une histoire amusante. Un de mes amis était producteur à Chicago. Et il avait invité un de ses potes chez lui. Un Allemand (NDR : Christof Ellinghaus, le boss de City Slang). Il l’a conviée à une soirée, au cours de laquelle Dj Major Taylor se produisait ( ?!?!?) et lors de la soirée, ce Christof a confié à son ami que le DJ était terrible. Et mon ami de lui répondre ‘Et encore, tu ne l’as jamais vu quand il se produit avec son groupe’. Je l’ai rencontré et je lui ai remis une démo. Il est retourné en Allemagne et puis il nous a oubliés. Puis un beau jour, la démo est étrangement réapparue. L’avait-t-il retrouvée ? Toujours est-il qu’il a décidé de sortir l’ep, puis nous a invités à enregistrer l’album. Cependant, on est parti en tournée européenne avant qu’il ne paraisse… » (‘Flight of the bass delegate’ est sorti le 7 avril). Pour enregistrer cet opus, TJAS a reçu le concours de quelques collaborateurs et notamment de cuivres. Ralph précise : « Oui, oui, tout à fait ! Bruce Lemon, tout d’abord. Un saxophoniste qui joue chez Jacuza (orthographe non garantie). Le trompettiste Fred Erskine. Il était chez Hoover. A une certaine époque nous nous sommes côtoyés au sein de Just A fire. Un musicien fantastique ! Il joue aussi du clavier. Damon Locks du groupe The Eternals (mais aussi de Trenchmouth) aux backing vocaux. Damien Thompson des Watchers. Il se charge des percus sur deux ou trois plages. Si jamais ces gars tournent à Chicago, ils mettront un point d’honneur à venir nous voir sur scène. Et ils n’hésiteront pas à monter sur les planches pour nous rejoindre. J’estime que recevoir la collaboration d’invités est une expérience très enrichissante… » Et pour la production ? (sur le ton de la boutade) « Major Taylor (NDR : c’est lui !) Je suis très satisfait de son travail. Il a été très coopératif sous tous les domaines. J’émets les idées, fixe les objectifs et il les met en pratique. En outre, il n’est pas avare de suggestions. Non, vraiment, nous avons eu beaucoup de plaisir à travailler ensemble » (NDR : comme quoi le dédoublement de personnalité…) Troisième casquette ! Le tout premier Ep, ‘Thunderstatement’ était paru sur le label d’Omar Rodriguez (Mars Volta), Gold Stadard Lab. En 2005. A-t-il encore des nouvelles d’Omar. « Il y a un bon moment que je ne lui ai plus parlé. Il possède un appartement à Brooklyn, mais il n’y habite pas. La dernière fois, c’était lors d’un festival musical à New York. Et j’ai séjourné quelques jours chez lui. Dès qu’on aura l’occasion de se revoir, ce sera les grandes retrouvailles… »

Ralph est un grand amateur de BD. Américaine, bien sûr. Et de science fiction en particulier. Pensez à Batman et Spiderman. On lui prête même des talents de dessinateur. Et ce septième art inspire inévitablement les lyrics de ses chansons. « Batman et Spiderman, je les adore. Ils m’inspirent. Hulk également. Sans oublier les personnages qui illustrent Gorillaz. En chacun de nous vit le combat entre le bien et le mal. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, je suis davantage fan d’artistes que de personnages. Personnellement, l’auteur qui m’a le plus marqué est Frank Miller. L’influence de la BD américaine est énorme dans mes textes ; et j’y insère volontiers des messages cachés. Quelque part, il faut être initié pour comprendre leur signification. Dans cet univers, j’ai créé un super héros et mon écriture est guidée comme si c’était le scénario d’un comic book. Un concept album, si tu préfères, mais adapté à la BD. » Quatrième casquette !

Le reggae, le ska, le dub et le punk sont les principales composantes de la musique de The Jai Alai Savant. Les influences majeures sont ainsi partagées entre Bob Marley, Peter Tosh, King Tubby, Jah Wobble, Fugazi, The Specials, Madness et The Clash. Ralph acquiesce : « Tous ces groupes ont manifestement eu une influence majeure sur notre musique. King Tubby, bien sûr. Fugazi ? Tout le monde aime Fugazi. Mais en particulier The Clash. C’est un peu un modèle pour moi. Sa production musicale est énorme et pourtant, il n’avait jamais eu peur d’expérimenter. On y recelait du punk, du reggae, du rockabilly, du rock, mais aussi du disco, n’ayons pas peur des mots. Même du rap. Mais je ne voudrais pas que le public imagine que nous n’incarnons que la somme de toutes ces influences. C’est une erreur. Ecoute attentivement notre album, et tu te rendras compte que note musique possède sa propre personnalité. Quarante ans plus tôt, quand un groupe avait emprunté un créneau, tous les albums subséquents étaient de la même trempe. Du même style. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. D’ailleurs, j’ignore encore comment notre prochain va sonner. » Ralph Darden possède un timbre vocal qui rappelle tantôt Perry Farrell, tantôt Sting. De là à aimer Janes’s Addiction, Porno for Pyros ou The Police… Pirouette, je lui demande s’il s’est procuré un ticket pour un des concerts qu’accordera The Police lors de la tournée mondiale de reformation qui passera par les States. (rires) « J’aimerais bien, effectivement. C’est un groupe énorme. Mais je reste méfiant. Ceux qui ont pu les voir au cours des années 80 risquent d’être déçus. C’est un peu triste. Oui, je compte y aller. Ils sont à l’affiche, à Chicago. Mais les tickets ne sont pas pour rien… » En ce qui concerne Perry Farrell, Ralph est conscient des affinités que son timbre partage avec Perry Farrell. « Tu nous compares à Jane’s Addiction ? C’est bizarre. Lorsque j’avais16 ans, absolument. Et en particulier le groupe Franklin. Un power rock band avec deux guitares. A l’époque, l’objectif était de fonctionner comme groupe. Et mon chant était comparable à celui de Farrell. Mais plus celui de Porno for Pyros que de Jane’s Addiction, parce que je n’y ressentais pas de provocation. Et puis j’ai toujours eu un petit faible pour leur tout dernier album (NDR : ‘Good God's Urge’ paru en 1996). » Certains médias n’ont pas hésité à étiqueter The Jai Alai Savant comme le TV On the Radio du reggae punk. Qu’en pense Ralph ? « Franchement je ne vois vraiment pas de similitude. Ce n’est pas une insulte, mais quand même. Mais il faut être conscient d’un phénomène, une fois que ton disque est sorti, tout t’échappe et on est parti pout les comparaisons en tous genres. Et il faut accepter ce jeu là. Maintenant, si cette analogie te satisfait, alors je peux le considérer comme un compliment. Ce n’est pas un problème. Mais personnellement la seule comparaison valable qui puisse exister, c’est que le chanteur est noir comme moi. Finalement, je préfère qu’on me compare à The Police, les affinités sont plus évidentes… »

Sur la chanson ‘Scarlett Johansson why don’t you love me’ (Née à New-York en 1984, Scarlett Johansson est une actrice de théâtre et surtout de cinéma qui a notamment joué dans ‘L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux’, ‘Lost translation’, ‘Match point’, ‘La jeune fille à la perle’, ‘The Island’ ou encore ‘Scoop’. En 2007, elle s’est lancée dans la musique et a décidé d’enregistrer un album de reprises consacrées à Tom Waits), il y a un riff calqué sur le ‘My Sharona’ de The Knack. Etait-ce délibéré ? « Ah non, pas du tout. Ce n’est pas un problème pour moi d’effectuer l’un ou l’autre emprunt, mais pas le ‘My Sharona’ de The Knack. Je déteste cette chanson ! (je lui mime le riff) Ouais, mais tu n’es pas le seul à me l’avoir fait remarquer. Damon Locks de The Eternals, également. Mais ce n’est pas un emprunt » (il mime à son tour le riff). Et dans le même registre, ‘Arcane theories’ prélève quelques notes à ‘Can you feel it’ des Jackson 5. « Oui, petite canaille. Tu l’as décelé. Mais j’ai écrit cette chanson, il y a quelques années (il chantonne). Elle figure sur le dernier bon album enregistré par les Jackson 5 ; et je me suis dit que ce serait cool de l’utiliser. » Je sors une photo du groupe pour lui demander un autographe et instantanément, il réagit : « Ce n’est pas une bonne photo ; depuis les deux autres musiciens ont été remplacés ». Je lui explique que ce n’est pas grave et que c’était simplement pour immortaliser notre rencontre à travers quelques mots transcrits de sa main sur cette photographie… Ajoutant qu’il ne n’était pas possible de recueillir son seing sur la pochette, car elle était trop noire (il éclate de rire).

Merci à Vincent Devos

 

 

jeudi, 24 mai 2007 18:39

The Air Force

Jamie Stewart, dandy postmoderne à la voix théâtrale, rejeton malade de Mark Hollis et de Michael Gira, exorcise ses démons à chacun de ses disques, ici le cinquième. L’amour, la haine, la foi, déclamées avec l’emphase d’un damné de la terre, qui gigote sur le bûcher des vanités en espérant l’absolution ultime. Intime : onze ‘fioretti’ d’un créateur dément qui hésite sans cesse entre l’ascèse et le courroux, la nudité et la pudeur. Des chansons pop, aux ailes brûlées, à la colonne de travers : s’y entremêlent beats criards et guitares foudres, drones d’amour et folk plaintif. Produit par Greg Saunier, des incroyables Deerhoof, « The Air Force » résonne d’une étrange fureur qui tourmente en même temps qu’elle fascine. Une œuvre qui brave tous les interdits, comme si Scott Walker et Kid 606 dansaient la gigue sur les berges du Styx. Un truc de ouf !

mardi, 17 avril 2007 03:00

Twelve

Le dernier album de Patti Smith est exclusivement consacré à des reprises. 12 standards pop/rock américains qu’elle rêvait depuis très longtemps d’enregistrer. On lui connaissait la cover légendaire du « Gloria » de Them, celle du « My generation » du Who, de « When doves cry » de Pince ou encore de « So you want to be a rock’n roll star » des Byrds. Ici, elle s’attaque brillamment au « Are you experienced, » de Jimi Hendrix, « Helpless » de Neil Young, « Gimme shelter » des Stones, « Within you without you » des Fab Four, « White Rabbits » de Jefferson Airplane, « The boy in the bubble » de Paul Simon, « Soul kitchen » des Doors, « Smell like ten spirit » de Nirvana (essentiellement au banjo, au violon et à la guitare acoustique !) ainsi qu’au « Pastime paradise » de Sevie Wonder. Par contre son adaptation d’« Everybody wants to rule the world » de Tears For Fears manque de punch et celle du “Midnight rider” des Allman Brothers de conviction. Deux titres qu’elle n’est pas parvenue à se réapproprier. Elle a bien reçu le concours de son band habituel ; en l’occurrence Lenny Kaye, Tony Shanahan et bien sûr Jay Dee Daugherty. Et fatalement, ses adaptations prendront encore une autre dimension sur les planches…

 

 

vendredi, 13 avril 2007 03:00

A potion

Ce Gantois est un pianiste très talentueux. Mais sa musique n’est pas toujours facile à assimiler. A cause de sa formation classique, c’est une évidence. Et puis du ton dramatique qu’il imprime à ses compositions. Pour la plupart, des ballades. A travers lesquelles il injecte des émotions très fortes qu'il accentue de son timbre légèrement rocailleux. En outre, il lui arrive régulièrement de tramer ses différentes lignes mélodiques sur une structure complexe, presque prog. C’est la raison pour laquelle il me fait souvent penser à la période de Peter Hammill la plus minimaliste. Et c’est à nouveau le cas sur une bonne moitié des plages de son troisième opus, « A potion ». Encore que sur certaines d’entre elles, le concours d’instruments à cordes (violon et alto) leur confèrent un aspect solennel. Et pourtant, Sioen est capable de concocter des petites perles de pop songs. Et je pense tout particulièrement à « Ready for your love (high) », sorte de croisement improbable entre Coldplay et Travis et du single ‘beatlenesque’ « No contemporary at all ». Enfin, le dernier titre de l’elpee, « I play a song for you », emprunte un style cabaret (Tom Waits ?) qu’on ne lui connaissait pas. Toute une série d’instruments inhabituels pour l’artiste, font d’ailleurs ici leur apparition, dont un harmonium, un glockenspiel, un sax ténor, une contrebasse et un saxophone. Et ma foi, cet exercice de style est particulièrement réussi. Dommage d’ailleurs que Frederik ne se soit pas risqué davantage dans cette voie. Elle lui va comme un gant ( ?!?!?)…

 

Issu du sud de l’Espagne (d’Almeira, très exactement), ce quatuor pratique une musique on ne peut plus revivaliste. Mais son grand mérite est de le reconnaître. Les références ? Sonics, Easybeats, Spencer Davis Group, Standells, Searchers, le Them et surtout la période mi-sixties des Who, Fab Four ainsi que des Kinks. En d’autres termes la pop sous sa forme la plus garage, subtilement teintée de psychédélisme ou alors imprimée sur un ‘mod’ pétillant et musculaire. Refrains contagieux, harmonies vocales limpides, ensoleillées, beatlenesques, riffs de guitare croustillants ou plaqués, basse mélodique, drums explosifs mais arides sans oublier le chouia de hammond rogné : secouez le tout et vous obtiendrez un mélange plutôt homogène qu’on croirait vraiment né il y a quatre décennies. Le combo a même poussé l’audace en restituant le son caractéristique de l’époque. A quand le retour du 45 tours ?

jeudi, 24 mai 2007 17:50

Demo tapes 1965

Mi sixties, un quintet de GI’s américains fonde un quintet : The Five Torquays. Et commence à tourner à travers l’Allemagne. Rapidement, il change son patronyme en Monks et entre en studio pour y enregistrer un premier album : « Black monk time ». Se proclamant l’antithèse des Beatles, la formation pratiquait une sorte de pré-garage/punk caractérisée par un banjo électrique dérangé, des drums sans cymbales, des vocaux frénétiques, une guitare tour à tour surf, chargée de feedback ou triturée par la pédale wah wah (le soliste aurait-il influencé Jimi Hendrix ?), des lyrics dadaïstes ainsi qu’une intro quasi-systématique de leurs compos réservée à l’orgue d’église. Sans oublier le (très) peu d’attention accordé au sens mélodique. Julian Cope leur a réservé un espace dans son livre. Ce qui explique, sans doute, le regain d’intérêt pour cet ensemble dont le drummer est décédé en 2004. L’opus a bien sûr été remis en forme. Et recèle deux compos des Five Torquays ainsi qu’un inédit. 

jeudi, 24 mai 2007 17:13

Art Pop

« Art Pop » constitue le second album de Githead, le nouveau projet de Colin Newman. Un quatuor au sein duquel militent également deux ex-Minimal Compact, en l’occurrence son épouse, Malka Spiegel, et Max Franken ainsi que Robin Rimbaud (Scanner). Bref que du beau monde réunis au sein de cette formation responsable d’une musique inévitablement inspirée par Wire. Mais en moins frénétique. Pas au point de reprendre le flambeau des œuvres concoctées par Colin en solitaire, mais en y puisant l’essence mélodique. Pour ne pas dire mélancolique. Et puis il y a la basse de Malka. Tour à tour reptilienne, viscérale ou ténébreuse. Sans oublier sa contre-voix qui neutralise les inflexions déclamatoires de Colin. Chez Githead, il y a deux guitares. Bringuebalantes, psychédéliques, staccato, ‘mybloodyvalentinesques’, elles s’intègrent parfaitement au sein d’une texture électro ambiant énigmatique, insidieuse, vénéneuse, hypnotique mais aussi parfois aussi complexe. Parmi les onze plages de cet excellent opus, j’épinglerai l’obsessionnel « Drive by », réminiscent de P.I.L., le contagieux « These days », un « Jet ear game » sculpté dans le krautrock robotique (Can ?), « All set up », qui aurait pu figurer sur « 154 » et enfin « Lifeloops », un superbe morceau électro-acoustique imprimé sur un mid tempo. De l’« Art pop » dans toute sa splendeur… 

 

jeudi, 24 mai 2007 14:42

Keren Ann

Je dois avouer que jusqu’à ce jour, les albums de Keren Ann m’étaient complètement passés au-dessus de la tête. Et pourtant, elle compte à son actif cinq opus solo et trois concoctés à travers différents projets. Née le 10 mars 1974, en Israël –à Césarée très exactement– elle possède des ascendances multiples : son père israélien est d’origine russe et sa mère est la fille d’une Javanaise et d’un Néerlandais. En outre, elle a vécu aux Pays-Bas jusque l’âge de 11 ans avant de s’installer à Paris. Aujourd’hui elle partage son existence entre New York, Paris et le nord d’Israël où elle a acheté une maison ; et bien sûr les villes qui accueillent ses tournées ou ses sessions d’enregistrement.

Bref, venons-en à son opus éponyme, dont le premier titre, « It’s all a lie », m’a immédiatement fait flasher. Et pour cause, brumeux, narcotique, il s’inscrit dans la quintessence des œuvres de Mazzy Star et de Cowboy Junkies. Il y a d’ailleurs un petit quelque chose de Hope Sandoval dans le timbre vocal de Keren ; mais aussi d’Ana Domino. Et tout particulièrement les inflexions jazzyfiantes. Pour enregistrer ce disque éponyme, elle n’a plus fait appel à Benjamin Biolay, mais bénéficié du concours de Joe Baresi (Tool, Queens Of The Stone Age) au mixing. Pas de panique, il n’a pas mis des guitares partout. Disons que sur certains titres elles sont plus présentes. Et en particulier tout au long du blues/rock « It ain’t no crime ». En fait, la mise en forme a surtout privilégié le raffinement et l’esthétisme des sonorités (elle avoue avoir beaucoup écouté Philip Glass et Steve Reich, au cours des derniers mois). Ce qui explique la présence régulière d’instruments à cordes : violon, violoncelle, etc. Et puis la nature luxuriante des arrangements. Impliquant également harmonica et claquements de mains, « Lay your head down » en est la plus belle démonstration. Si les lyrics traitent généralement du rapport entre la musique et le voyage ainsi que la mer, aucun titre n’est chanté dans la langue de Voltaire. Huit dans celle de Shakespeare et un instrumental : « Caspia ». Une compo electro/pop/rock dominée par les programmations et les chœurs. Des chœurs que l’on retrouve tout au long de l’elpee. Vaporeux, ils enveloppent « Liberty » d’un véritable voile de mystère, sensation accentuée par les gouttelettes de piano dispensées par Keren. Parmi les collaborateurs studio, on épinglera surtout la présence d’Albin de la Simone. Il partage parfois les ivoires avec Keren. Mais se réserve souvent les claviers. Tout particulièrement sur « Between the flatland and the Caspian sea », au cours duquel son ‘hammond’ nappe littéralement la mélodie à la manière du Band. Et paradoxalement, cette chanson exhale un parfum fort proche de « Blowin’ in the wind », une chanson de Dylan, artiste qu’elle apprécie énormément. En résumé, si cet album ne risque pas de révolutionner l’univers de la musique, il s’avère extrêmement agréable à écouter. Que demande le peuple ?

 

mercredi, 23 mai 2007 22:01

There is nothing

En 2003, cette formation gantoise sortait un premier Ep. Intitulé " History make science fiction ", il m’avait immédiatement interpellé. Auteur de deux albums de bonne facture, « Acquired taste » en 2004 et « New day » l’année suivante, le groupe a démontré tout le bien qu’on pouvait penser de lui lors de ses multiples tournées. Aujourd’hui, son troisième opus devrait lui permettre d’entrer dans la cour des grands. Sur les treize titres qui ont de nouveau bénéficié de la production de l’ex T.C. Matic, Jean-Marie Aerts, deux se révèlent cependant dispensables. Ce qui n’est quand même pas mal ! Tout d’abord la ballade paisible « I’ll be alright » et ensuite « I wanna forget » (il porte bien son titre), un titre de pop rock au format seventies assez conventionnel. La formule instrumentale basique (guitare acoustique, contrebasse, piano, chant et violon) est aujourd’hui enrichie d’une gratte électrique et d’un clavier. Et la musique ne se contente plus uniquement de puiser dans le jazz, le folk, le blues ou la pop. Se frottant au funk/r&b, tout d’abord. Sur « Ask me anything », en cherchant à faire le lien entre Booker T et Parliament. Un spectre de Booker T que l’on retrouve sur « You back door ». A cause des claviers délicieusement rognés. Encore qu’au fil du temps, la plage vire au prog circa Atomic Rooster. Même la voix de Bert épouse ici les inflexions de Vincent Crane. Brrr… Parce que le timbre mélancolique, chaleureux d’Ostyn évoque très souvent un certain Mark Olivier Everett (Eels), mais aussi Henk Hofstede des Nits. Surtout sur deux titres plus raffinés, bien dans la lignée des Amstellodamois. Tout d’abord « It’s all around you » et puis le final « Silent song », un morceau minimaliste qui nous plonge dans une forme de mélancolie douce. Parmi les compos les plus électriques, « There is nothing » mérite la palme. Imprimée sur un tempo très enlevé, presque échevelé, elle réverbère des échos de guitares gémissants comme chez Mud Flow. Plus étonnant encore, le titre d’ouverture, « Plane song » libère un groove irrésistible digne de Foo Fighters. Sans pourtant négliger le sens mélodique. Un sens mélodique, avouons-le que Bert Ostyn cultive à la perfection. S’ébrouant sur les accords d’une sèche, « Stuck in reverse » monte en crescendo, s’enrichit de cordes de guitares geignardes et de claviers ‘vintage’ pour finalement se lover dans un climat proche du célèbre « I’m a man » du Spencer Davis Group ». Epatant ! Le violon de Renaud Ghilbert se met enfin en évidence sur « Nowhere to go », un titre assez rétro mais bourré de swing. Et puis tout au long de « A great height ». Ses interventions à la sensibilité jazz/tzigane illuminent ce titre presque ragtime. Si dEUS est toujours le meilleur groupe du Nord de la Belgique, Absynthe Minded risque fort de devenir, à court terme, son dauphin…

 

18 groupes presque d'affilée, il y a de quoi friser l'indigestion. Surtout que mon collègue Sébastien avait déclaré forfait. Ce qui explique que votre rapporteur, s'est limité à un zapping photo, lorsque l'une ou l'autre prestation lui est parue moins intéressante ou quand la fatigue a commencé à se faire sentir. Un regret ? Oui, la bière. Pas de blanche, mais des pintes (ça donne mal à la tête le lendemain !) ou de la Troll (excellent breuvage, mais après 3 verres, tu peux aller dormir). Ce qui n'a pas empêché les organisateurs de vendre 37 fûts en deux jours. C'est quand la fête de la bière ?

Tout comme l'an dernier, la deuxième journée s'est ouverte par la prestation du dernier lauréat de l'Open stage de Mouscron, c'est-à-dire Crisis Crew. Une formation française qui pratique de la fusion dans l'esprit de Senser. Pas de basse ni de batterie, mais deux gratteurs, un Dj (plutôt habile aux scratches) et un MC. Ce dernier rappe tantôt en français, tantôt en anglais pendant que l'un des deux guitaristes lui répond d'un timbre aussi mélodique que remarquable. Leur mix entre hip hop et metal sur fond de samples tient très bien la route, mais d'une part on a l'impression que le crew se prend un peu trop au sérieux et puis j'avoue ne pas être trop réceptif à ce type de musique. Dommage quand même que ce quatuor s'est produit à 15h30 devant 40 personnes ; car face à un public nombreux et réceptif, il aurait pu mettre le feu.

Trio tournaisien, Sour Puss implique deux Fuckin' Canaries (Gonz aux drums et Troma à la guitare), formation locale anarcho-punk surtout notoire pour son lancer de graines pour volaille, ainsi qu'Erik, également impliqué chez Opao et Koffee. La fantaisie figurative des Fuckin' Canaries laisse ici place à une musique noisy proche de la no wave des débuts de Sonic Youth. Instrumentalement, le set passe bien la rampe et le groupe possède une pêche d'enfer. On est même agréablement surpris des progrès accomplis par les deux F.C.. Un regret : les vocaux. Ben oui, il n'y a pas de Kim Gordon pour contrebalancer l'âpreté du son ; et malgré le recours de deux micros dont un astatique, la permanence de l'intensité électrique finit par nuire à l'intensité de la musique.

Chez Al Dente, on retrouve un certain Joseph Petolillo, un chanteur/compositeur qui a sévi au sein de différents groupes comme Slam to Slam ou Treefoil. Particularité de ce vocaliste, il possède un timbre et même des inflexions très proches de Peter Hammill. Et musicalement, l'univers expérimental, décalé et imaginatif de ce combo ressemble à celui d'un Vandergraaf Generator récréatif s'intéressant au funk robotique de Talking Heads. Le tout traversé d'accès de jazz, de fanfare, de cirque et autres délires en tous genres. Une prog insolite qui n'a pas eu l'heur d'attirer la foule ; mais qui pourtant mérite une attention toute particulière. Parce que non seulement les musiciens sont très talentueux (un bassiste, un drummer, un claviériste et deux cuivres qui jouent un peu le rôle de Dave Jackson), mais parce que leur musique est à la fois élaborée et séduisante. Une écharpe faite de plumes roses autour du cou, Joseph gratte un peu de guitare ; mais surtout drive un groupe qui devrait faire le bonheur de tous les nostalgiques de la prog. Qu'ils se le disent !

Ils portent les cheveux longs comme Black Sabbath, mais s'inspirent davantage de Neurosis. La musique est aussi lourde qu'indigeste. Le chanteur utilise un pupitre pour trafiquer, sampler ou réverbérer sa voix. Un quatuor qui répond au nom d'Ultraphallus. Se sont trompés de patronyme. Ils auraient dû choisir celui d'Ultradyspepsie.

Le post rock de Pillow est de plus en plus sophistiqué. Un peu comme si la formation voulait rendre son expression sonore clinique. La musique est de plus en plus propre, de plus en plus fignolé, notamment au niveau des arrangements et des harmonies. Pas vocales, puisqu'il n'y a toujours pas de chanteur. Pourtant, j'adore leur manière d'enrichir leurs lignes musicales de couches successives, même si parfois le côté répétitif de certains thèmes peut devenir lassant. En fait, à contrario de Mogwai ou d'Explosions in The Sky, leurs compos n'atteignent que trop rarement les pics d'intensité frénétique de leurs maîtres. On a ainsi parfois l'impression que le groupe refuse de se lâcher et en garde sous la pédale. Je l'ai déjà dit et je le répète, l'apport d'une vocaliste leur permettrait sans doute de se démarquer du courant post rock au sein duquel ils semblent vouloir s'enfermer. Mais apparemment, ils préfèrent conserver cette ligne de conduite, quitte à demeurer dans la zone crépusculaire de l'underground. C'est tout à leur honneur. Enfin, dernière remarque, la projection d'images voire de courts métrages sur un écran placé derrière les musiciens, leur permettraient de susciter une dimension avantageusement visionnaire…

Rocket From the Crypt, Blues Explosion et les Cramps constituent probablement les influences majeures de Driving Dead Girl, un quatuor originaire de Mons dont le mélange de garage, de psychobilly et de stoner se révèle bigrement efficace. Le look et l'attitude fifties (au cours de leur jeunesse, il devaient tapisser leurs chambres de posters d'Elvis Presley ou d'Eddie Cochran), cette formation libère une énergie incroyable sur les planches. Leur set speedé, énergique, survitaminé par des riffs de guitare(s)aussi tranchants que poisseux, balisé par une section rythmique implacable et tapissé par ce vocal légèrement reverb, m'a tout à fait convaincu. Rien de révolutionnaire dans leur démarche rock'n rollesque, mais une bonne tranche de groove servie sur un bon lit d'électricité jouissive.

C'est sous la forme d'un quintet que Monsoon monte sur le podium devant un parterre de spectateurs de plus en plus fourni. Apparemment, la violoniste a quitté le groupe, ne laissant plus, pour toute représentation féminine au sein du line up, que la chanteuse Delphine Gardin. Et quelle présence, puisque tout au long du set, tous les regards se focalisent sur elle. Svelte, sexy, jolie, moulée dans une longue robe rouge fendue (laissant apparaître un décolleté profond, lorsqu'elle se débarrassera de son écharpe), les cheveux noirs relevés en chignon, de grands anneaux plantés dans le lobe des oreilles, elle me fait penser à une danseuse de flamenco. Elle tournoie même régulièrement sur elle-même au cours du show. Et puis elle possède une très belle voix, tour à tour angélique ou satanique, saturée ou rageuse, atmosphérique ou glapissante, dont le timbre oscille de PJ Harvey à An Pierlé en passant par Beth Gibbons. Un chant bien mis en valeur par le groupe qui allie efficacité et sobriété. Si les passages électriques libèrent une puissance étonnante, les retombées romantico-tragiques sont de toute beauté. Leur pop/rock écorché, teinté de jazz, n'est d'ailleurs pas dénué de mélodies vaporeuses. Une chouette prestation, même si un meilleur mixing aurait permis de mettre davantage leur chansons en valeur.

Après un moment pareil difficile d'encaisser la musique du duo PHC. Fruit d'un mélange de hard-core, de post-rock, d'expérimental-noisy et d'indus, agité par une boîte à rythmes épileptique, elle répond aux aspirations bruitistes des aficionados de Godflesh, Treponem Pal ou encore de Napalm Death. J'ai tenu la distance un peu moins de cinq minutes. Le temps de prendre deux photos… et puis aux abris !

La salle Jean Notté était bien sûr comble pour accueillir The Tellers. C'est-à-dire Ben Baillieux-Beynon au chant et à la sèche et puis Charles Blistin à la guitare électrique. Un duo soutenu par une section rythmique dont le drummer, souvent caché derrière un écran de fumée, était coiffé d'un superbe melon et arborait un tee-shirt à la gloire des Ramones. Il aurait pu jouer dans « Mary Poppins » ! Mais revenons-en à nos conteurs et leurs compos contagieuses et rafraîchissantes : le single « More », « I lie » et « Jacknife », on n'y a pas échappé. Comme dirait Karine, spontanées, leurs chansons possèdent toute la fraîcheur du groupe débutant passionné. Les rythmes sont soutenus, parfois interrompus, pour reprendre de plus belle, comme sur le disque. Ben présente ses chansons, mais on a parfois l'impression qu'il ne veut pas déranger ; et il parle si vite, qu'on ne comprend pas grand-chose à ce qu'il raconte. Heureusement, il se montre beaucoup plus convainquant au chant et à la six cordes. Qu'importe, l'ambiance est chaleureuse, le set bien ficelé et le public apparemment ravi. Que demander de plus ? Surtout de la part jeunes qui ont à peine 20 ans !

La palme de l'humour reviendra à Interlude (Sans avenir), un trio tournaisien qui se produisait en public pour la deuxième fois. Vêtus d'habits de moine, hyper maquillés, ils arrivent et repartent en agitant des crécelles comme des lépreux. Et sur scène, ils reprennent des standards du punk (« God save the queen », « Should I stay or should I go? » et j'en passe, même dans la langue de Voltaire) à l'aide d'un sousaphone, d'un ukulélé (mais aussi de toute une série de guitares ou de mandolines miniature) et d'une batterie électronique ; le tout entrecoupé d'interludes ( ?!?!?) théâtraux et surtout caricaturaux (une messe, de la cuisine, une dégustation de bières trappistes, etc.). Ah oui, et puis il y a Pierre qui chante avec un accent truculent du terroir. Le nom du groupe est sans équivoque, mais en programmant cet intermède au bar, les organisateurs avaient fait le bon choix…

Bien qu'affichant un look de cow-boys (le drummer est coiffé d'un chapeau semblable à celui que portait Artemus Gordon, dans la série les « Mystères de l'Ouest »), My Little Cheap Dictaphone n'émarge pas du tout à la musique country. Ou alors du bout des orteils, et dans l'esprit d'un Sparklehorse. Drivé par Redboy (il est également impliqué chez Holywood P$$$ Stars), le groupe compte déjà deux albums à son actif. Tour à tour vivifiante et électrique, subtile et lustrée, sa musique évolue entre rage et mélodie, entre allégresse (le single « Upside down ») et tragédie, entre rêve et rage, au sein d'un univers qui aurait pu naître d'une rencontre entre At The Drive In et Bright Eyes. Ou si vous préférez entre de la folk-pop soigneusement orchestrée et un indie rock décapant. Tout a long de son set, MLCD étonne par la maîtrise de son sujet. Sa musique est authentique, belle et envoûtante. Elle engendre même une multitude d'images et de sensations. En fin de parcours, Redboy passe au piano électrique, pour interpréter une compo majestueuse, dans un style me rappelant curieusement un certain Procol Harum (pas celui de « Whiter shade of pale », rassurez-vous !) Le meilleur concert du festival, il fallait s'en douter…

Trio strasbourgeois, The Astro Zombies pratique un psychobilly particulièrement nerveux. Un chanteur guitariste, un contrebassiste et un drummer. Les deux premiers déménagent littéralement sur les planches (et le mot est faible !) Leur look un peu rétro est accentué par le port de casquettes dignes des premiers films de Gabin. En outre, leur patronyme rappelle une vieille série B des 50's. Ils passent tous les styles et toutes leurs influences à la moulinette, même les rares qu'ils reconnaissent : les Meteors et Guanabat. La démarche est assez originale et plutôt sympa, mais après quelques titres on a la sensation qu'en appliquant une même recette aux différentes compos, elles finissent par souffrir d'une uniformité certaine. Dommage, car les musiciens ne manquent pas de talent…

Kofeee est une formation locale impliquant quatre musiciens dont les goûts (même vestimentaires !) sont diamétralement différents. Ce qui explique d'ailleurs pourquoi ils développent des projets parallèles. Le plus étonnant, c'est que la rencontre de toutes leurs influences (qui oscillent du hardcore au folk en passant par le jazz, la no wave, le métal, la prog, le psychédélisme, le post et le math rock, etc.) tient parfaitement la route. Et ne dérape jamais dans l'univers cérébral ou expérimental. Balaise (au propre comme au figuré), Seb joue de la guitare d'une manière très instinctive. Mais manifestement, c'est lui qui donne la voie à suivre, même si les autres musiciens n'hésitent pas à apporter leur coloration personnelle aux compos. Des compos plutôt bien construites, susceptibles de se complaire dans l'introspection avant de prendre du rythme, puis de s'abandonner dans une certaine violence sonore. Ah oui, Kofeee signifie 'Kilometers Of Electric Eclectic Elipses'. Tout un programme !

Bon, ben après ce concert, je me suis éclipsé. La fatigue et l'heure avancée ne me permettant plus de me concentrer, j'ai donc délégué le compte-rendu à Jean-Philippe (que je remercie vivement par ailleurs) pour la prestation de Crooner Mic Action. Et je m'en félicite. Pas pour la prestation du duo, mais simplement parce que l'un des deux était cagoulé. Une situation qui me révulse. A l'instar de toute personne atteinte d'un PTSD. Sans quoi, ces deux types se produisent debout, en costard/cravate et jouent de la guitare, le plus souvent en distorsion. Imprimée sur des rythmes syncopés produits par une boîte à rythmes, leur musique ressemble à une sorte de roots music revue et corrigée dans l'esprit de Bob Log III. Evidemment si leur humour est d'aussi mauvais goût, pas la peine de s'attarder sur leur sort.

En résumé, on peut affirmer que cette 5ème édition du d'Hiver Rock a été un franc succès. Et félicitations aux organisateurs pour ce qu'ils réalisent avec aussi peu de moyens financiers. A l'année prochaine !