Les idoles de Yungblud…

Sur « Idols », Yungblud franchit un cap et affirme son identité musicale avec force. Toujours porté par une énergie brute et une notoriété en pleine ascension, le chanteur britannique livre un troisième album studio aussi puissant que varié. Dès « Hello,…

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Hindi Zahra

Un moment de grâce…

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Hindi Zahra était déjà passée par l'AB Club en mars dernier. Elle est revenue ce mercredi 3 novembre, pour un concert, dans la grande salle, bondée. Le public bruxellois, informé grâce à de très bons articles saluant son premier album "Hand Made", l'attend impatiemment. Si l'essentiel de l'assistance se compose de jeunes, le panel est large, puisque, juste au pied de la scène, on peut voir une fille d'une douzaine d'années et, dans les fauteuils, plusieurs personnes âgées, dont un couple qui a certainement passé la barre des 80 ans!

Heureusement pour ce charmant couple, le groupe assurant la première partie, Root n'est pas –comme l'annonçait le site de l'AB– le groupe de dark heavy métal tchèque (qui porte le même nom). Il s'agit d'un trio de jazz rock réunissant Dominique Vantomme aux claviers, Mirko Banovic à la basse, et Geert Roelofs à la batterie. Leur musique est plutôt lente et déconstruite. Elle ressemble aux jams dans lesquelles chaque musicien prend son pied, et où le lien avec le public n'est pas ce qui importe le plus. Les mélomanes dans la salle sont suffisamment avertis pour applaudir le groupe, qui s’achève par un morceau magnifique où le piano prend toute son ampleur.

Etablir un lien entre le supporting act et la suite du programme n’est pas évident. Car la première partie explore un jazz plutôt cérébral, tandis que Hindi Zahra et son groupe optent pour une forme plus chaude de cette musique, à l'instar de chanteuses telles qu’Ella Fitzgerald ou Nina Simone. Hindi fait une entrée sobre, précédée de ses musiciens. Deux guitaristes qui entament le concert à la guitare sèche, une choriste, un batteur et un pianiste. C'est "Try" qui ouvre la séance, titre doux laissant la place aux chœurs. Les voix sont sensuelles et mutines, le rythme reggae est mêlé à des inflexions orientales. La voix de Zahra coule, sans effort, comme une évidence. Puis c'est le fameux "Beautiful Tango", magnifiquement interprété. Des pizz de guitare introduisent la mélodie obsédante que je garderai toute la soirée dans la tête. La voix se pose à contretemps, la ligne mélodique est variée, ne suit pas les schémas classiques. Des sortes de vocalises interrompent le refrain. Le groupe continue par "Imik Simik", chanté en berbère, et son jazz dansant. L'un des guitaristes saisit la basse tandis qu'Hindi accompagne son chant de ses mains, en dessinant dans l'espace. "Fascination" commence doucement, fredonné, puis les guitares électriques montent et l'on pense à Laurin Hill car les gestes de la chanteuse rappellent les groupes de hip-hop et la voix a le même grésillement voilé. Quelques titres plus calmes laissent place à un solo du percussionniste sur lequel Zahra danse en tous sens, le diable au corps, la tête renversée, pour le plus grand plaisir du public, fasciné. Il y a un air de Catherine Ringer dans les gestes saccadés, dans les mimiques hyper-expressives. "Set me free" est suivi par l'autre ‘tube’ : "Oursoul", qui débute sur un enregistrement de cour d'école, puis est chanté en berbère, "Ursul" se référant aux rêves d'enfants déchus. Le rythme est reggae, les youyous dans la salle s'en accommodent très bien, l'ambiance chauffe.

C'est l'heure de s’accorder une petite pause et, le verre de vin à la main, Hindi trinque à la santé des Wallons et des Flamands, puis, corrigée par le public, à celle des Bruxellois. L'ambiance est bonne, l'atmosphère se détend car le public de la ‘grande AB’ est vraiment très accueillant. Un morceau d'une grande beauté est alors interprété par Zahra seule, à la guitare et à la voix, émouvante dans ce silence religieux. "Don't forget about me when you sleep", chanson d'amour, comme presque toutes les autres. Superbe ! "Ahiawa", "Voices" et "Stand up" s'enchaînent, évoluant entre jazz, rock et reggae, sans oublier des mélodies flamencos qui sont l'occasion pour Zahra de s'improviser danseuse espagnole. Et de démontrer, s'il le fallait, le talent des guitaristes. Charmeuse, elle envoie des baisers à son public. Les yeux rieurs, elle termine en l’incitant à répéter ‘stand up, stand up baby’ !

Le concert semble terminé mais l'assistance en redemande. Avant d'entamer le rappel, la chanteuse voudrait bien en placer une mais le public ne lui en laisse pas l'occasion, tant il applaudit ! Emue, elle se marre, et nous livre encore plusieurs titres avant le deuxième rappel. 

Pour "Broken ones", en solo, elle s'y reprend à trois fois et chambre Hervé, son mari et ingé son, sur lequel tout le monde se retourne pour lui chanter joyeux anniversaire. L'ambiance est à son apogée, le public est conquis. Pour un début de carrière, cela commence vraiment bien, et Hindi Zahra a un bel avenir devant elle. Si son disque est très beau, ce n'est rien comparé au live !

Mark Ronson

Record Collection

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En 3 ans, Mark Ronson a réussi à s’imposer comme l’un des producteurs les plus en vue de Grande-Bretagne, notamment grâce à « Version », recueil de reprises publié en 2007 et à son travail impeccable sur le « Back To Black » d’Amy Winehouse. Presque aussi bien entouré qu’au sein de « Version », qui recelait les collaborations vocales d’entre autres Kasabian, Lily Allen, Santigold et Robbie Williams, le Londonien délivre une troisième œuvre à des années lumière de la qualité du précédent elpee.

Dans le souci de ne pas produire un deuxième « Version », Ronson s’est perdu dans une espèce de pop électronique facile et sans saveur. « Record Collection » ennuie ferme et peut parfois même s’avérer insupportable (les chronophages « The Bike Song », « The Night Last Night », « Circuit Breaker » et « Hey Boy »). Entrecoupé d’intermèdes instrumentaux tout à fait inutiles, « Record Collection » est de ces disques oubliés aussi vite qu’ils sont parcourus. Et la présence de Boy George, D’Angelo, Q-Tip, MNDR, Wiley et autres Simon LeBon n’y change absolument rien…

Röyksopp

Senior

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En 2009 paraissait « Junior », premier volet d’un projet en deux actes imaginé par le duo norvégien Röyksopp. Les deux trublions, rois de la déconne, nous déroutaient par leurs sonorités cheap FM et par cette jouissance juvénile qu’ils éprouvent depuis très longtemps. Mais comme le combo aime brouiller les pistes, on ne savait pas trop à quoi s’attendre pour ce second volume. « Senior », pour rappel, rend hommage,  à un autre groupe scandinave, Junior Senior.

Si vous vous êtes extasiés en savourant les beats et les rythmiques enjoués de « Junior », vous risquez fort de ne pas rencontrer les mêmes sensations à l’écoute de ce « Senior ». A contrario si vous considériez le précédent elpee comme un échec, vous pourriez ouvrir une voie vers la réconciliation.  Et pour cause, le tandem y dévoile une toute autre face de sa création. Plus sobre, sombre, adulte même ; bref, tout à fait différente de ce que Röyksopp nous avait montré à ce jour.

Dès l’entame, la métamorphose est flagrante. Pas de paroles, mais des instruments analogiques. Trêve de plaisanteries, place à la maturité et à la sobriété des rythmiques. Une ligne de conduite tracée par des synthés et des beats minimalistes, à l’instar du splendide single « Drug », dont la vidéo est visible sur la toile. « Tricky Two » adresse un clin d’œil au « Tricky Tricky » de l’album « Junior ». Et nonobstant les sonorités réminiscentes de ‘K2000’ voire de ‘Supercopter’, le climat de l’opus baigne au sein d’un esprit nihiliste, que le tandem norvégien semble vouloir cultiver…

En publiant « Senior », Röyksopp vient de frapper fort ; et surtout démontrer qu’il n’était pas uniquement un projet électro mainstream. Manifestement Svein Berge et Torbjørn Brundtland ont plus d’un tour dans leur sac !

Jason Steel

Fire Begot Ash

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Un triste jour d’hiver. Votre serviteur est seul. Dans une cabane, perdue au sein des montagnes nord-américaines. Au beau milieu des Appalaches, très exactement. Il fait froid et il neige. Heureusement, le poêle fonctionne. Foutue saison! Je regrette déjà mon voyage en terres américaines. Soudain quelqu’un frappe à la porte. Un inconnu demande s’il peut partager mon gîte. Pour me remercier de mon hospitalité, il sort un banjo et me gratifie d’un récital dont l’épure réchauffe le cœur. Des chansons intemporelles écrites pour les hommes des bois ou des steppes. Un goût de l’Ouest américain que j’étais venu chercher. Je lui avoue mon origine belge… et que si j’avais su qu’il suffisait d’écouter ce genre de musique pour voyager à travers les terres américaines, je serais bien resté au chaud chez moi ! Il me répond alors qu’il est Anglais et que cette authenticité bluegrass, il l’a puisée dans son Yorkshire natal… Vous avez ainsi un bref aperçu du climat au sein duquel baignent les douze morceaux de « Fire Begot Ash ». Des compos trempées dans le folk blues traditionnel, voire dans l’americana le plus pur.

Jason Steel est guitariste chez Owl Service. Et « Fire Begot Ash » constitue son deuxième opus solo. Pendant un peu plus de 30 minutes, le Britannique nous plonge au sein d’une époque qu’il a découverte en regardant les westerns rehaussés par la présence de Clint Eastwood, lorsque le banjo et les guitares acoustiques servaient de bande sonore à la Conquête de l’Ouest cinématographique. Une belle aventure, en quelque sorte. Au sein du tracklisting, figurent quelques titres instrumentaux. Qui ne dénaturent jamais l’ensemble. Cependant, c’est lorsque l’artiste parvient à habiter ses chansons qu’il devient le plus performant. A l’instar de la ballade paisible « The Black House » ou encore la plus poignante « Cling & Klaw », au cours de laquelle un frisson vous parcourt l’échine. Mais le plus beau challenge accompli par Jason Steel, c’est d’être parvenu à éviter de sombrer dans la monotonie, en n’utilisant qu’un seul micro et en se limitant à un strict minimum de moyens. Un disque simple et beau à la fois,  concocté dans l’esprit d’Iron & Wine voire de John Fahey.

Stereo Grand

I’m Coming Home (Ep)

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Premier Ep pour ce groupe belge réunissant des musiciens qui ont déjà de la bouteille. Stereo Grand voit le jour en 2003, lorsque Jean-Philippe Risse, vivant alors à Glasgow, rencontre Rodger Hugues. Rapidement, le courant passe entre les deux hommes. Ils bossent ensemble pendant cinq longues années sur leur projet, mais se rendent compte, après cette longue période, qu’un élargissement de leur line up s’impose. Ils recrutent alors des musicos issus d’horizons divers : Yves Daloze (guitare), Lionel Walrant (basse) et Stefan ‘Butch’ Boucher (batterie). Stereo Grand est alors au complet. Progressivement, le combo s’illustre en Belgique. Il a ainsi l’opportunité de participer, entre autres, au Concours-Circuit, au Festival Nouvelle Vague ainsi qu’au Verdur Rock. Il n’en fallait pas plus à Stereo Grand pour attirer l’attention du label belge Fatko (Pixel Race, Rhinestone Lives) qui lui permet d’enregistrer son premier Ep, sous la houlette du producteur De Schutter (Ghinzu, Ozark Henry mais aussi Kyo, …).

« I’m Coming Home » s’ouvre par le single « Yeah Yeah », morceau entraînant à la mélodie facilement mémorisable. Dans les grandes lignes, la pop de Stereo Grand s’inscrit dans la lignée de formations bien de chez nous comme Girls In Hawaii ou Sharko, y injectant même certains éléments plus dansants, qui rappellent davantage Zita Swoon, à l’instar de « Dance Floor ». En outre, la voix du chanteur, évoque parfois celle de Stef Kamil Carlens.

Ce disque ne risque pas de révolutionner la scène belge, mais les 6 morceaux qui le composent demeurent fort agréables à écouter. Que demander de plus ? Maintenant on attend une suite plus conséquente à ce premier essai ; et donc un véritable album, pour se faire une idée plus exacte de leur potentiel…

The Superbees

Top Of The Rocks (Ep)

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Ces ‘super abeilles’ ne sont pas très travailleuses. Il leur aura fallu huit ans pour se décider à donner une suite à leur « High volume », publié en 2002. Huit années c’est long ! Surtout que la nouvelle galette n’est pas très consistante : six titres seulement (dont une reprise) pour un total de dix-huit minutes de musique, à peine. Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser. Sauf que, les abeilles qui nous concernent ne produisent pas un miel ordinaire, mais une gelée royale à la saveur inégalable.

Formé en 1998, ce quatuor basé à Los Angeles incarne la quintessence du rock’n’roll. Imaginez un condensé sauvage de garage rock interprété avec la classe aristocratique d’un dinosaure du classic rock. Il aurait probablement été difficile de trouver un nom plus approprié que « Top Of The Rocks » pour décrire cet Ep époustouflant. Les Superbees y allient avantageusement la rage primaire des Stooges, de Johnny Thunders et du MC5 au savoir faire des Rolling Stones et d’Aerosmith.

Du début sleaze rock décapant de « Silverjet », la plage d’ouverture à la cover finale du « S.O.S. » (Too Bad) d’Aerosmith (NDR : enregistré originellement par Tyler, Perry & Co pour l’album « Get Your Wings » de 1974), chaque plage est conçue comme une déflagration de bonheur rock’n’roll. A consommer sans modération.

Various Artists

BUGGEDOut ! Presents Suck My Deck Mixed By Friendly Fires

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Friendly Fires a le vent en poupe ! Après avoir publié un excellent album éponyme en 2008, chez XL, le trio britannique a enchaîné concerts dignes du carnaval de Rio, DJ sets, et collaboré en compagnie de Holly Ghost ! (DFA) pour graver un split Ep. Dès que la musique du combo pénètre dans vos conduits auditifs, les fronts se mettent à perler et c’est le corps tout entier qui remue telle une furieuse machine à danser. C’est cool et on les aime bien pour cette raison. N’empêche qu’on attend toujours impatiemment la suite de leur première plaque ! Alors pour patienter, Friendly Fires vient de pondre un petit DJ set pour l’écurie teutonne !K7. « BUGGEDOut ! Presents Suck My Deck Mixed By Friendly Fires » c’est la compile essentielle pour ne pas déprimer lorsque la lumière naturelle commence à manquer. Après Hot Chip, Brodinski, Boys Noize ou encore Simian Mobile Disco, c’est au tour de nos trois gais lurons de faire flamber les platines. Et autant vous dire que ça déménage sec dès que « Freak-A-Holic » de The Egyptian Lover retentit. En outre, on danse et l’humour est bien présent. Et entre quelques titres funky bien solides, on épinglera les tracks rebondissants « Bearded Lady Motorcycle Show » de Bot’Ox ou encore l’excellent « Baby Can’t Stop (Aeroplane Remix) » de Lindstrom & Christabelle. Et puis, on ne se lasse toujours pas de savourer la tuerie « Din Daa Daa » de Georges Kranz qui nous communique définitivement la bougeotte ! Encore une compile essentielle signée par l’un des groupes les plus prometteurs de l’univers dance/rock ! En compagnie de Friendly Fires, c’est toujours chaud ! Et ça j’aime !

Verone

La fiancée du crocodile

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Coupable d’un premier album intitulé « Retour au zoo », en 2005, le trio Verone s’est mué en un duo cinq années plus tard. Lors de la sortie de ce premier ouvrage, la critique avait été unanimement… partagée ! Elle portait le groupe aux nues ou la précipitait aux enfers, c’est selon. Style nouveau, inventif à souhait, nouvelle révélation de la chanson française, pour les uns ; exercice de style hypnotique, sans énergie, irritant, pour les autres.

Pour « La fiancée du crocodile », ne restent plus à la barre que le chanteur/auteur/compositeur Fabien Guidollet et sa comparse Delphine Passant. Les deux rescapés de la première heure apprécieront toutefois l’aide précieuse apportée par une flopée de collaborateurs ; et notamment Yann Arnaud (Air, Syd Matters, Jeanne Cherhal, Camille...) et Paul Kendall (Depeche Mode, Nitzer Ebb, Recoil, NIN...) au mixage. Plusieurs musiciens et amis sont venus ajouter circonstanciellement leur grain de sel aux sessions d’enregistrement : Jeanne Balibar, qui a accepté d’être l’interprète féminine de « Transparent », Frédéric Lo (Daniel Darc), Dominique Mahut (l’homme de l’ombre derrière Jacques Higelin), Sammy Decoster, Mark Kerr (le batteur écossais des Rita Mitsouko et de Joakim), Jérôme Bensoussan (Dominique A), et quelques autres encore… Chaque invité apporte sa pierre à l’édifice comme si on invitait différents corps de métier pour la construction d’une habitation. Le tout se transformant en une maison difforme et bigarrée à souhait. Des musiques pop, entraînantes et variées. Une instrumentation très riche et originale, dont un banjo, une trompette, une clarinette par-ci, de nombreux bruitages ménagers par-là, apportent aux compositions un son vraiment particulier mais tellement nouveau et amusant. A ce stade, on parlera d’une réussite totale. Quelle inventivité, quelle richesse !

Tout au long de cet opus, Verone nous entraîne dans une farandole de format pop, pimpant, et pointu, mais les paroles laissent poindre la fantaisie et un peu de noirceur. ‘J’sais bien que quand je casserai ma pipe / Elle versera pas une larme pour moi / L’enterrement il sera pas utile / Avant de m’bouffer elle m’noiera...’ Le reste est à la hauteur, on oscille de la bonne humeur et de l’humour à la tristesse, en passant par la dérision, le loufoque ou le saugrenu.

Bref ? Dix morceaux qui se succèdent sans lien logique entre eux si ce n’est qu’on a l’impression (excellente d’ailleurs) d’être entré dans un cirque où les numéros se suivent pour le plus grand plaisir des grands et des petits (dont je suis !) Il suffit d’écouter en finale « Le concours d’imitation », de fermer les yeux et… c’est comme si on se retrouvait sur un champ de foire foraine !

Enfin, observez bien la pochette. Elle a été imaginée par Olaf Hajek, peintre et illustrateur berlinois, reconnu internationalement pour son travail d’orfèvre, et qui compte parmi ses clients Dior ou Givenchy, un artwork réalisé entièrement à la main, surréaliste et riche en couleurs. On croirait y apercevoir Alice du pays des merveilles, le serpent qui a corrompu Eve, des oiseaux, un crocodile, une petite rivière et d’autres images paradisiaques, féériques ou complètement décalées. « La fiancée du crocodile » est un album riche, sensible, comique même, original et tellement pop. Mais ne nous focalisons pas seulement sur cette pochette sublime, car la musique de Verone est tellement colorée, inventive ; et puis, elle véhicule des textes ironiques exquis.

Du pur plaisir. Vivement conseillé !

!!!

Strange Weather, Isn’t It ?

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Ceux qui me connaissent le savent, il m’est quasi impossible d’être impartial lorsque l’on parle de !!!. Seulement, bien des choses ont changé entre la sortie de l’indispensable « Myth Takes » et de ce « Strange Weather, Isn’t It ? ». D’abord le départ de John Pugh. Une mauvaise surprise qui laissera Nic Offer sans l’essentiel binôme. Suivi d’autres désertions ; mais surtout la mort de Jerry Fuchs. Toute une série d’événements très susceptibles d’achever le moral de la troupe. !!! compte aujourd’hui 5 membres dont les indécrottables Nic Offer et Allan Wilson ainsi que Shannon Funchess qui remplace Pugh sur scène comme en studio sans jamais l’égaler. Le quatrième recueil de la formation est donc indiscutablement celui du changement. Et de prime abord, dur dur de s’y faire… Mais !!! a plus d’un tour dans son sac.

Enregistré  à Berlin, « Strange Weather, Isn’t It » est le disque le plus pop de !!! concocté à ce jour. Offer et ses collègues ont opté pour plus de légèreté tant dans les textes que les arrangements. Souvent, la pilule passe sans effort (« Wannagain Wannagain » et son irrésistible ascension finale, « Steady As The Sidewalk Cracks » et son saxo obsédant, « The Most Certain Sure » et son ‘bridge’ tripant ou encore le délirant  « Jamie, My Intentions Are Bass »). Parfois, elle coince (le refrain mollasson de la version studio de « AM/FM », l’inutile « Hollow »). Reste que !!! ne serait pas !!! sans une large dose de riffs funkys et de beats orgasmiques. S’il ne convainc pas instantanément, « Strange Weather, Isn’t It » est de ces disques qui tracent leur chemin vers les neurones à leur rythme et, une fois atteints, s’y installent confortablement. D’autant plus que ce quatrième essai contient le Tube, T majuscule, de !!!. « The Hammer », l’hommage suprême à Jerry Fuchs, construit tout crescendo, sera rapidement reconnu par les fans comme incarnant ce rouleau compresseur qui te retourne le public comme une crêpe, à chacune des prestations du quintet depuis quelques années déjà. Et ne serait-ce que pour ce morceau, l’un des derniers coécrit par Fuchs et accueilli en version studio comme le messie, il serait honteux de ne pas compter « Stranger Weather Isn’t It ? » dans sa discographie !(!!)

B.B. & The Blues Shacks

London days

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B.B. & the Blues Shacks est plus que probablement le meilleur groupe de blues sur la scène allemande. Dirigé par les frères Michael et Adreas Alt, respectivement harmoniciste/vocaliste et guitariste, cette formation implique également Denis Koeckstadt au piano, Henning Hauerken à la basse et Bernahrd Egger aux drums. Leurs débuts remontent à 1994, année au cours de laquelle, ils publient "Feelin' fine today". Quatre elpees paraîtront ensuite chez Stumble. Puis, ils signent pour Crosscut, le label blues de référence en Allemagne. Ils y ont aligné "Midnite diner" en 2001, "Blue Avenue" en 2003, Live at Vier Linden" en 2005 et "Unique taste" en 2008.

Le titre de ce nouvel opus ne laisse planer aucun doute : l'album a été enregistré à Londres. Au studio Toe Rag, très exactement, sous la houlette de Liam Watson, un producteur qui a notamment travaillé pour les White Stripes et Hugh Cornwell (ex-Stranglers).

L'album s’ouvre par "Real good times", une compo qui nous entraîne dans l'ambiance Stax des années 60. Du R&B entraînant et dansant imprégné par l’orgue d’un prestigieux invité teuton, Raphael Wressnig ; et enrichi par une section de cuivres. Percutant, "This time baby" embraie dans le même style. Les cuivres et l'orgue sont toujours bien présents. La voix autoritaire de Michael est renforcée par des chœurs masculins. Dennis signe une brillante sortie au piano. Les Blues Shacks reviennent dans un style qui correspond davantage à leur identité, en injectant une énorme dose de swing dans "High class lonely", un morceau au cours duquel Andreas sort un bijou de solo, sur le fil du rasoir, digne de Jimmie Vaughan. Michael en souffle de bonheur dans l'harmonica qu'il est enfin parvenu à extraire de sa poche. En toile de fond, Wressning soigne l’expression sonore de ses interventions à l’Hammond B3. Ballade soul, "Just you" est finement ciselée. Chicago blues puissant, "Between the lines" est imprimé sur un tempo élevé. Les styles de Little Walter et Billy Boy Arnold ont adopté un traitement moderne. La cohésion des musiciens est remarquable. Michael chante "It hurts so good", sur un tempo relax, balayé de chœurs doo wop. Sillonnant ces routes du Sud, Andreas se sent inspiré et libère ses cordes face aux cuivres médusés! Cette utilisation du doo wop si populaire dans les fifties hante cet elpee. Et se révèle remarquable tout au long de "My baby's alright", une compo proche d'un shuffle texan à l’intensité dévastatrice, au cours de laquelle l'harmo nous transperce l’âme. Manifestement, ce sont les parties vocales qui ont surtout bénéficié du travail opéré dans ce studio londonien. Ce qui explique pourquoi Mr Alt chante aussi majestueusement les indolents "How long can you go" et "Once in a while". Deux plages absolument remarquables. Retour à Memphis pour défier "Fools getting stronger", un morceau qui sonne plus BB King que nature ; et pour cause Andreas parvient à faire revivre Lucille, sur le Vieux Continent. "Miss wrong" nous traîne vers la Nouvelle Orléans, une compo agitée par des percus si caractéristiques, et balisée par les accords de piano syncopés dispensés par Koeckstadt, dans l’esprit de Professor Longhair. "Turnaround" marque le dernier retour au style Stax. L’opus recèle un bonus track : "Autumn sunset". Un swing blues tout en délicatesse et subtilité que Michael conduit à la manière de Toots Thielemans. Excellent!

Louis Chedid

On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime

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Louis Chédid est un auteur/compositeur/interprète assez prolifique. De ses débuts remontant à 1973, illustrés par la sortie d’un premier album intitulé « Balbutiements », à ce jour, 27 années se sont écoulées. Et en cet automne maudit pour nos voisins français (voir l’actualité politique…) l’ami Louis nous propose, non pas un, mais onze magnifiques rayons de soleil pour faire oublier la dure réalité des choses.

« On ne dit jamais aux gens qu’on aime qu’on les aime » est à ce jour la seizième galette du papa de qui vous savez… Depuis ses ‘balbutiements’, on aura donc eu droit au minimum à un nouveau disque tous les deux ans. Qui dit mieux ? Deux albums live viennent s’ajouter à cette panoplie bien fournie, le premier publié en 1994 et l’indispensable « Botanique et Vieilles Charrues », en 2003.

Après avoir édité une comédie musicale baptisée « Le soldat Rose », en 2006, puis offert sa collaboration pour le mixage de « Mister Mystère » de sa progéniture, Louis revient donc aux affaires. C’est évidemment en bénéficiant de la complicité de son génie de fils que Louis a enregistré ce nouvel opus. Tour de force assez singulier de la part de cette entité bucéphale, il n’aura fallu que dix jours pour mettre en boîte ces onze nouveaux titres. Tous écrits et composés par l’artiste, même s’il a bénéficié du concours de Pierre-Dominique Burgaud, l’auteur du Soldat Rose, pour « Chat Noir » et « Tu peux compter sur moi ».

Affichant un look à la ‘Brassens’ (grosse moustache et guitare) et affichant 62 balais, Louis nous apporte une nouvelle fois un éventail d’émotions, « Tu peux compter sur moi », « Maman maman », « Au secours », un regard tout personnel sur les problèmes de notre société tout au long de « A force », une petite dose de mélancolie sur « Blues du dimanche soir » et un certain cynisme sur « Chat noir » ou « Croque mort ». La palme revient toutefois au titre phare de l’album « On ne dit… », hymne à la vie, aux relations amicales, familiales ou amoureuses ; en un mot, au bonheur…

Au final, un morceau, « Quelle belle histoire », résume à lui seul cette seizième réalisation, œuvre d’un des papys de la chanson française, le seul qui ait réussi dans les années 70, à dépoussiérer la ‘variété franchouillarde’ pour en faire une chanson française de qualité.

Indispensable pour les amoureux des belles ballades et des mots doux…

 

Crash Test Dummies

Oooh La La

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Il semble qu’on n’ait plus entendu parler de Crash Test Dummies depuis 1993. Le succès de « Mmm Mmm Mmm », devenu un classique du rock de sa décennie, a lancé la notoriété du groupe, mais a aussi évincé le reste de sa production. Entre-temps, pourtant, ils ont discrètement sorti 6 albums, sous la coupe du noyau formé par Brad Roberts et Ellen Reid. En plus de quelques projets solo, les Canadiens sont passés par un son plus métal, plus funk et plus électronique, définitivement pop, alternant le lead vocal entre Roberts et Reid, sans jamais atteindre de nouveau le succès de leur premier single. Les membres originaux de la formation se retrouvent aujourd’hui après un silence de six ans pour revenir à leurs influences plus intrinsèques : un océan de rock, blues, folk.

Les Crash Test Dummies ne réactualisent pas leur son ‘1990s’, et utilisent au contraire expressément, je cite, des ‘jouets musicaux analogues vintage’ (les années 1970, pour être précise, ère que l’album embrasse dans son aspect le plus conforme). En effet, produit par Stewart Lerman (Antony & the Johnsons, The Roches), l’album a recours à un optigan (contraction entre ‘optique’ et ‘organ’), afin de projeter le son d’autres instruments. Comment ? A l’aide de disques en celluloïd et à travers des claviers. Objectif ? Offrir différents éventails de sonorités qui communiquent un effet ‘big band’ à l’enregistrement analogue.

On retrouve également –et c’est un rand plaisir– la voix chaude et aqueuse de Roberts, qui reste fidèle à elle-même tout en mixant les styles. L’elpee remonte dans le temps et les genres : l’envoûtant  « And It’s Beautiful » pour cette dernière décennie, « What I’m Famour For » pour la petite touche country, le « Not Today Baby », tout droit sorti d’une BO des années 1970, voire un bon vieux doo-wop intitulé « Now You See Her ».

« Oooh La La ! » semble serein, voire un peu mou (NDR : au cours de cet hiatus de six années, Roberts a survécu a un accident fatal, et s’est, après avoir observé une convalescence en Nouvelle-Écosse, converti au yoga et à la méditation), mais il demeure de bonne facture, solide, riche en styles et aux arrangements pros, même si on est loin du succès mainstream du légendaire « Mmm Mmm Mmm ». La voix chaleureusement grave de Roberts devrait se charger de réchauffer les dimanches gris dans les chaumières.

Dorleac

Dorleac

Écrit par

Depuis qu’elle a quitté Hooverphonic, Geike Arnaert, ex-chanteuse du band, vivote entre deux eaux. Après avoir collaboré à l’écriture de la musique du film ‘Oxygen’, d’Hans Van Huffel, la jeune femme pousse l’expérience du duo un peu plus loin. D’où, dans la foulée de la B.O. précitée, cet album éponyme aux relents atmosphériques et apaisants. De ce mariage avec l’artiste néerlandais Spinvis, alias Erik de Jong, vont naître 10 compositions sur lesquelles sa jolie voix se balade nonchalamment. Aériennes, détachées, ces chansons sont à l’opposé de ce que Geike nous proposait il n’y a pas si longtemps au sein du combo dont elle était la leader en compagnie d’Alex Callier, principale source d’inspiration de la grande époque…

C’est donc au sein d’une ambiance tristounette que nous revient la trentenaire blonde qui nous avait, il faut bien l’avouer, habitués à des choses bien plus rythmées, plus entraînantes…

Même si l’ensemble se laisse nonchalamment écouter, il manque quelque peu de relief, de variation à ce long playing. De la première à la dernière plage, on a l’impression d’être toujours dans un même rythme, lent et emprunté.

Sachez encore que le patronyme de ce duo a été choisi en hommage à Françoise Dorléac, sœur de Catherine Deneuve, décédée accidentellement en 1967, dans un accident de voiture, à l’âge de 25 ans. On ne voit d’ailleurs pas le rapport dans ce choix…

Bref, on est toujours dans l’attente d’un véritable album solo de la belle blonde. A quand une véritable envolée, une vraie émancipation ? Il est temps de voler de tes propres ailes, Geike…

The Duke & The King

Long Live to the Duke and the King

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‘Longue vie au Duc et à son Roi’! C’est assurément ce à quoi on pense après avoir écouté les dix titres du second album de cette formation américaine. Il faut dire que le noyau central du groupe, Simone Felice et Bobbie ‘Bird’ Burke avaient tout pour s’imposer dans le monde musical. Le premier cité est né dans les montagnes des Catskills, non loin de Woodstock ; tandis que le second, originaire de Brooklyn, a notamment bossé en compagnie de George Clinton ! Connu en tant que poète et maître du ‘spoken word’, l’amateur de musique aura peut-être également entendu parler de Simone Felice à travers ses compositions au sein de son ancien groupe de folk-rock, The Felice Brothers, ou derrière les fûts du dernier album des Avett Brothers. Soutenus par le batteur et vocaliste Nowell ‘The Deacon’ Haskins (fils du co-créateur de Parliament/Funkadelic) et du chanteur/violoniste de The Sensational, Simi Stone, The Duke & the King propose un mélange subtil et entraînant de folk, pop, rock et soul. Quelque part à la croisée des chemins d’un Ben Harper qui ne serait plus en crise d’inspiration (« Shine On You »), Simon & Garfunkel (« Shaky ») et la soul romantique et classieuse d’Otis Redding voire de Marvin Gaye (« Right Now »). Douce et suave, la voix de Simone Felice colle parfaitement aux climats empreints d’émotion des chansons de l’album. Les harmonies vocales sont superbes, à l’instar du très R&B « Hudson River », soutenu par la voix gospel d’Haskins. Et on a même droit à une incursion dans la soul blanche, sur « No Easy Way Out », plus proche des Rolling Stones que jamais. Manifestement The Duke & The King est une formation particulièrement douée. Injustement méconnue de ce côté de l’Atlantique, elle vient de commettre un superbe album…

Forget The Heroes

Atomized

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‘Un autre jour’ est un label d'autoproduction créé par Corinne Carré & Virginie Bocher, diffusant déjà leurs deux précédentes formations musicales : Womb Bomb et Ratel Road, duos pop rock mêlant guitare, piano et voix. Pour Forget the Heroes, elles se sont entourées d'un bassiste et d'un batteur, et nous livrent "Atomized", le second album du groupe, après avoir publié "We don't need guitar".

Les quatre Parisiens commencent à bien tourner entre festivals et petits concerts. Sur le net, on peut lire, à de nombreuses reprises, la même présentation vantant : ‘L’Hendrix du violon, une pianiste à la voix sexy, ample, rock et aux pieds frénétiques, des guitares audacieuses, une section rythmique jouissive et intense pour une fusion sonique et scénique Acid Pop’. Si le violon semble assez à l'aise (on y retrouve Virginie Bocher dans une autre formation plus classique, Coma Comma, au sein de laquelle elle se défend plutôt bien), comparer ses interventions à celles d’Hendrix est exagéré. La rythmique, quant à elle, est trop répétitive. La voix de Corinne Carré est sans doute intense dans les décibels et dans sa façon de chanter, mais elle devient, à la longue, agaçante plus qu'énergisante. Les effets sont multipliés et c'est dommage car son timbre de voix est effectivement plutôt dense et chaleureux.

Les effets sont également de mise pour l'instrumentation, riche en réverbérations. Peut-être que ce disque paraît original aux amateurs de pop, à cause de ses emprunts aux sonorités groove et funk, mais pour ceux qui aiment que ça swingue vraiment, la galette s'avère être plutôt ennuyeuse... Techniquement, l’ensemble tient la route, mais il manque un peu d'âme, de goût, d'audace. Et d'air, aussi, car aucun instrument ne se tait pour laisser parler l'autre. En résumé, un disque qui ne risque pas de défrayer la chronique… 

 

Goose

Synrise

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Après avoir fait trembler les dancefloors des salles de concerts et des festivals, à l’aide de leur excellent premier opus « Bring It On », paru en 2006, les Courtraisiens de Goose ressortent la grosse artillerie. Il aura néanmoins fallu attendre quatre années avant que le combo ne décide enfin de sortir un nouvel elpee. Faut dire qu’au cours de cette longue période, leurs périples, accomplis à travers le monde, se sont essentiellement concentrés sur leurs DJ sets. On se demandait même si le groupe belge n’avait pas tiré, définitivement, un trait sur ses propres compos. Donc, pour rétablir une certaine crédibilité, il était donc temps de concocter une nouvelle plaque. Sauf que question crédibilité, Goose devra repasser. Si on avait le droit légitime d’espérer des tubes ‘hype’ tels que « British Mode » ou même « Bring It On », il semble que ce soit la ‘hype’ qui ait dépassé les nordistes. Cet elpee était tellement attendu (surtout en Flandre) que la déception n’en est que plus grande. Forcément, lorsqu’une œuvre puise ses influences majeures, chez Moroder, Vangelis ou même Philip Glass, on est en droit d’espérer des morceaux qui tiennent la route. Malheureusement, dès l’entame, on a droit aux synthés et aux beats massifs qui font saigner les oreilles. Et dès que la voix peu glorieuse de Mickael Karkousse s’aventure sur « Can’t Stop Me Now », on a surtout l’envie de lui répondre ‘Yes ! You can stop now !’ Goose n’y est pas. Même son duo échangé en compagnie de Peaches, sur le titre d’ouverture, passe complètement à travers. Et il laisse présager le pire… Un bon point quand même : la pochette. Très belle, elle est signée Storm Thorgerson, photographe qui a également consacré son art pour illustrer celles de The Mars Volta et même du Pink Floyd. Excusez du peu !

En général, chez les ‘hypes’, le second opus se solde souvent par un échec. Et « Synrise” en est une parfaite illustration. En espérant que Goose puisse s’en relever dignement…

Halford

Halford IV - Made Of Metal

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Un chroniqueur ne devrait jamais consulter la prose de ses collègues avant de se forger une opinion personnelle. Quelques avis glanés au hasard de la grande toile m’avaient convaincu : le nouvel album du ‘Métal God’ était décevant, mollasson, bourré à craquer de ballades et de titres commerciaux sans intérêt. Affaire classée. Et j’en serais probablement resté à ce stade si ‘Rough Trade’ (NDR : qui à pris en charge la distribution du label de Rob Halford, ‘Metal God Records’) n’avait pas jugé opportun de faire parvenir un exemplaire de l’objet décrié à la rédaction de Musiczine. Surprise totale : « Halford IV – Made Of Metal » est excellent et votre serviteur a bien failli passer à côté d’un très bon disque.

Je ne vous ferai pas l’affront de vous présenter Rob Halford. Et si, par le plus improbable des hasards, vous n’avez jamais entendu parler du gaillard, sachez simplement que Monsieur Halford est le hurleur de Judas Priest, depuis 1973. Son influence sur le développement de la communauté métallique a été si importante que celle-ci le désigne désormais sous le sobriquet respectueux de ‘Metal God’.

Contrairement à certains de mes éminents collègues chroniqueurs, je n’ai que deux reproches à formuler à ce nouvel opus. Premièrement, j’abonderai dans le sens des autres scribouilleurs en affirmant que « Made Of Metal », n’est pas un titre judicieux, car il induit le fan en erreur. Bien qu’incontestablement métal, la nouvelle offrande du légendaire vocaliste est loin d’être aussi rageuse que « Resurrection », publié en 2000 et « Crucible », en 2002. Ce qui pourrait décevoir les amateurs des riffs brutaux et du chant haut perché des deux premiers efforts du groupe (NDR : c’est volontairement que je ne cite pas ici l’album « Winter song », paru en 2009, qui n’était, après tout, qu’une collection de chansons de Noël cuisinées à la sauce métal). La seconde erreur stratégique commise par Halford est probablement son choix d’ouvrir les hostilités par l’un des titres les plus faibles de l’album. Car si « Undisputed » recèle un bon riff métal classique, il est terriblement difficile d’adhérer à ce refrain peu chantant : ‘He Is The Heavyweight Champion Of The World’.

Pour le reste, il apparaît que toutes les critiques dont souffre la galette soient largement injustifiées. Certes, « Halford IV - Made Of Metal » présente Halford sous un jour beaucoup plus mélodique que ses deux premiers opus. Cependant, nous sommes bien loin de la succession de ballades et de titres pop-métal décrits sur le net. Et, si l’on serait probablement en droit de réprouver un tel abus de mélodies et de titres accrocheurs sur un album de Judas Priest (NDR : un constat vérifié en long et en large lors de la sortie de « Turbo », en 1986), il faut bien admettre qu’après plus de trente-cinq années passées à défendre la cause du métal pur et dur, le père Rob a le droit de faire ce qu’il veut au sein du groupe qui porte son nom !

On ne rencontre d’ailleurs qu’une seule véritable ballade (« Twenty-Five Years ») sur « Halford IV ». Un slow, pour quatorze plages, avouez que ce n’est pas exagéré. Pour le reste, les compositions oscillent entre un métal mélodique qui rappelle le Judas Priest des eighties (« Speed Of Sound », « Undisputed », « We Own The Night », « Hell Razor », « Matador ») et un hard rock relativement plus commercial (« Heartless », « Thunder And Lightning », « We Own The Night »). Le titre le plus surprenant (et sans doute aussi le plus réussi) est sans conteste « Till The Day I Die », un hard rock bluesy au cours duquel la guitare slide nous entraîne dans les marécages de la Louisiane. « The Mower », le power métal au chant haut perché qui clôture l’album en puissance, réconciliera Halford avec les fans de ses deux premiers opus.

« Halford IV - Made Of Metal » est une réussite. Vous pouvez me croire sur parole. Ou plutôt non ! Ecoutez-le et faites vous votre propre opinion.

I, The Phoenix

ITP

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Le livret du Cd et le site internet du groupe ne nous apprennent pas grand-chose sur I, The Phoenix. Tout au plus peut on y découvrir, que ce duo bruxellois (quatuor sur scène) n’est pas seulement un projet musical, mais aussi une ‘plateforme organique conçue pour explorer, concevoir, brûler et reconstruire’. ‘Un concept mécanique qui nourrit le processus créatif de Jean-Paul Frenay (guitare, voix, claviers) et Vincent Depuydt (guitare, claviers) et les invite à se réinventer au travers de différentes formes artistiques : installations, expositions, films, photographies ainsi que lors d’événements visuels et interactifs’.

N’ayant, à titre personnel, jamais été impressionné par l’art moderne sous quelque forme qu’elle soit proposée (NDR : une visite de la ‘Tate Gallery’ de Londres reste d’ailleurs, à ce jour, l’un des souvenirs les plus médiocres de mon existence) ni par les discours pédants d’artistes autoproclamés, j’avoue que ce descriptif (librement et modestement traduit de la version anglaise trouvée sur le site internet http://ithephoenix.com/ ) m’a laissé de marbre, voir même rebuté.

Même chose pour l’artwork du digipack, flou (au premier abord) et dont le contenu ne révèle  pas vraiment les clés du groupe et de son concept. Vous vous en doutez, ce flou est purement artistique. Il s’agit en fait d’un artwork 3D nécessitant des lunettes appropriées.

Néanmoins, bien que semblant cracher mon venin sur l’emballage et la présentation à la fois pompeuse et minimaliste du cd (mais qu’attendre d’autre de la part d’un gougnafier de métalleux tel que votre serviteur), j’avoue en apprécier grandement le contenu musical.

Ici, la recherche sonore est évidente. Elle vous explose à la face dès l’ouverture d’« Enter The Storm ». Son intensité ne retombe qu’en bout de parcours. C’est-à-dire lors d’« Unseen & Gone », la dernière plage de cette ‘manifestation artistique auditive du talent manifesté par Depuytd et Frenay’. Le son est carrément puissant. Organique et électronique à la fois, la musique de I, The Phoenix semble vouloir mêler rock/métal indus et new wave des eighties aux atmosphères éthérées des seventies. Les ambiances sont rock et sauvages, mais aussi hypnotiques. Elles invitent autant à la danse et au défoulement qu’a la méditation transcendantale. Ecouter I, The Phoenix, c’est se retrouver coincé quelque part entre Nine Inch Nails, les Young Gods, Depeche Mode et les Doors. Décoiffant et bien plus excitant que ce que l’esquisse peinte sur la grande toile ne le laisse deviner. De l’art ? Je ne sais pas. Mais de la bonne musique en tout cas !

Katel

Decorum

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Katel est originaire de Caen. Le répertoire de cette jeune auteur/compositrice/guitariste française est alimenté par des chansons à textes sur fond rock. Son univers est sans concession, plutôt sombre. Sa voix dure et cassante. Elle insuffle l’énergie du rock à ses compositions et son écriture poétique. Las, son album « Raides à la ville » paru en 2008, après avoir publié un Ep six titres, en 2006, n’a pas reçu le succès escompté. Qu’à cela ne tienne, Katel, de son vrai nom Karen Lohier, révélée au grand public par un titre interprété en duo avec Yann Tiersen, « La Rade », remet son ouvrage sur le métier deux ans plus tard.

Pour développer ses arguments, Katel n’est pas seule. Si elle se réserve le chant et quelques parties de guitares, elle est également bien entourée, par un backing group. En l’occurrence Charles-Antoine Hurel à la batterie, Julien Grasset à la basse et Nicolas Marsanne aux six cordes.

Tout au long de « Decorum », Katel nous promène au cœur d’un labyrinthe musical enchanteur, un univers sonore et poétique étourdissant. A la fois rock (plutôt progressif) ou pop-rock, laissant filtrer épisodiquement des mélodies qui ont un petit air de déjà entendu, les onze compos de l’opus se révèlent créatives, dans un style bien propre. Katel possède un certain savoir-faire et le met en œuvre dans des ‘litanies mortuaires’ (« Mon Vieil Ami », « Vacante », « Tombée dans l’Escalier »), des ballades pop-rock victoriennes (« Hurlevent », « Decorum ») voire de vraies incursions du côté de chez Elista ou Autour de Lucie (« Quelque Chose Qui Nous Suit », « Vue sur le Ring »). Qu’elle joue sur l’énergie (« Le Chant du Cygne », caractérisé par des chœurs détraqués signés Nosfell) ou sur les ambiances (l’électro vaporeuse de « La Bouche »), Katel ne cède en tout cas jamais à la facilité.

Malgré toutes ses qualités, l’album n’est pas facile à dompter et plusieurs écoutes vous seront nécessaires afin d’apprivoiser ce bel animal.

Maximum Balloon

Maximum Balloon

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David Sitek pourrait facilement se contenter de son train-train quotidien. Tant comme guitariste/compositeur chez TV On The Radio, que producteur. Un job pour lequel il est presque considéré comme une référence sur la scène indie yankee ; pas pour rien qu’il a mis en forme des disques pour Yeah Yeah Yeahs, Liars, Scarlett Johansson ou encore The Oh Shees. Mais l’artiste n’est pas du style à se reposer sur ses lauriers. Faut croire qu’il avait emmagasiné une foule de compos, inutilisables au sein de TV On the Radio, pour imaginer se lancer sur un nouveau projet. Baptisé Maximum Balloon. Pas vraiment solo. Au cours duquel le nouvel Angelino a eu recours aux voix préférées du moment, pour concocter des compos électro dansantes particulièrement efficaces. Un caprice de star ? Pas du tout ; car ce premier essai regorge de titres simples, mais inventifs et surtout très convaincants.

Bénéficiant du concours de Theophilius London, la star montante du hip-hop US, « Groove Me » ouvre le bal. Et ne manque pas de classe. Karen O miaule lascivement, et de fort belle manière, sur le plus lancinant « Communion » : mais c’est néanmoins son compère du TVOTR qui tire son épingle du jeu sur le très efficace et sensuel « Absence of Light ». Mention spéciale à David Byrne pour « Appartement Wrestling », un morceau que Talking Heads aurait pu dispenser, s’il était encore actif, en 2010 ! Hormis l’une ou l’autre ballade, moins intéressante et surtout moins enthousiasmante (NDR : et notamment « Pin Bricks », une compo caractérisée par le concours d’Ambrosia Parsley de Shivaree), le reste ne manque pas d’allure. Que ce soit les morceaux au cours desquels participent Holly Miranda, Little Dragon ou Kip Malone. Pas grand-chose à jeter donc sur cet elpee éponyme, dont l’univers sonore semble à la fois hanté par Depeche Mode et Throbbing Gristle. Et même un beau ballon ( ?!?!) d’air frais insufflé dans l’univers de l’électro pop. Respect, Mr. Sitek !

Allison Moorer

Crows

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Allison Moorer est une jolie rousse issue du Sud de l’Alabama. Son style,  la country. Un genre qui a décidément bien du mal à paver son chemin jusque nos terres. Relativement inconnue de ce côté de l’Atlantique, Allison est la frangine d’une autre figure de proue du genre, Shelby Lynne. « Crows » constitue déjà le septième disque de l’Américaine. Un recueil qui se veut plus pop-folk que les précédents essais mais qui ne risque pas de faire beaucoup plus de vagues en dehors des frontières nord-américaines. Il faut dire que même aux Etats-Unis, Moorer a bien du mal à se faire un nom, sa discographie peinant à se frayer un passage jusqu’aux oreilles du public. Quelques morceaux sortent du lot (les jolis « Should I be Concerned », « Still This Side Of Gone », « Easy In The Summertime » et « The Stars & I (Mama’s Song) ») mais l’ensemble reste bien trop typé pour un public international et bien trop mielleux pour susciter l’envie d’écouter la plaque jusqu’au bout. A moins d’un gros coup de blues...