L’aurore de Lathe of Heaven…

Issu de Brooklyn, Lathe of Heaven sortira son nouvel elpee « Aurora », le 29 août. Né d’un processus d'improvisation, cet opus est propulsif, captivant et structuré, abordant des thèmes lourds et incorporant des influences littéraires. En attendant, la…

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Le jeu d’échecs de Vera Daisies

Margaux Jaudinaud, illustratrice multi-casquettes et binôme du groupe Ottis Cœur, se lance en solo sous le nom de Vera Daisies. Après avoir ouvert pour The Libertines, Tess Parks ou encore le band londonien Sorry, elle dévoile un premier titre incisif, "Chess…

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Darwin Deez

Darwin Deez

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Derrière son look de baba cool et ses petites boucles qu’un porte-parole de Babyliss ne pourrait qu’approuver, Darwin Deez est loin d’être le néo-hippie dont il a l’air. Musicalement, du moins. Car Mister Deez n’est pas homme à puiser dans le passé, un héritage déjà surexploité. Darwin Deez est dans l’air du temps. Pas novateur pour un sou mais d’une fraîcheur et d’une vivacité sans faille. Une plaque immédiate, qui vous colle la banane pour la semaine. « Constellations », le single introductif de l’œuvre furète du côté des Strokes mais également Beck, circa « Mutations ». Deux influences qui poursuivent le New-yorkais tout au long d’un premier labeur parsemé de handclaps irrésistibles et de riffs de guitares aussi élémentaires et nerveux qu’efficaces.

Deez est le mec qui a bien compris comment ça marche. Tu t’amènes avec tes petites crolles, tu balances une dizaine de morceaux entêtants engendrés sur ton vieux PC. Tu les accompagnes de quelques pas de danse bien sentis (voir la vidéo de sa « Spring Dance » pour le moins originale, dispo sur Youtube), et le tour est joué. Pas besoin d’en faire des tonnes. C’est ça la théorie de la contre-évolution. Tout le génie des titres comme « Radar Detector », le faussement enjoué « Bad Day » ou l’insolant « The Suicide Song » découle d’une production terriblement cheap. Un premier effort discographique low-budget spontané, à contre-courant des grosses machines industrielles qui surpeuplent la scène indie.

 

Here We Go Magic

Pigeons

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Il n’a pas fallu longtemps à Luke Temple et sa troupe pour livrer un successeur à leur premier album éponyme, sorti en mai dernier. Juste le temps d’accomplir une brève tournée en compagnie de Grizzly Bear et de The Walkmen, et les New-Yorkais rentraient au bercail pour enregistrer ce nouvel opus. Un disque dont l’écriture n’a nécessité que quatre mois. Manifestement, Mr. Temple se plait beaucoup à la tête de sa nouvelle formation. Une dynamique qui lui permet d’embrasser de nouveaux horizons sonores. Bien différents que celui du folk, au sein duquel il se confinait, en solitaire.

Tout au long de ce second elpee, synthétisme et psychédélisme semblent faire bon ménage. La ligne de basse est hypnotique, caoutchouteuse et l’orgue insidieux. Un peu dans l’esprit d’Of Montreal. Et pas seulement à cause de certains dérapages (NDR : susceptibles, à force, d’agacer) dans le disco. D’ailleurs la voix androgyne de Luke Temple campe un timbre fort proche de celui de Kevin Barnes. A contrario du long playing précédent, « Pigeons » n’accorde aucune place aux plages instrumentales. Les mélodies font systématiquement mouche. Le tracklisting inclut une majorité de morceaux allègres. A l’instar de « Hibernation », « Collector » ou encore « Old World United ». Ce qui n’empêche pas Here We Go Magic de s’aventurer dans l’univers atmosphérique d’un Flaming Lips (« F.F.A.P. », « Casual », « Land Of Feeling »). Seul « Bottom Feeder », en revient à une forme plus minimaliste, proche du Temple en solo.

Here We Go Magic se produira en première partie de The New Pornographers, ce 25 mai, au Botanique.

 

Robyn Hitchcock

I often dream of trains in New York (Cd + Dvd)

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En 1984, Robyn Hitchcock publiait “I often dream of trains”, son troisième elpee studio. Juste avant d’entamer sa première aventure, en compagnie de ses Egyptians. Pour une certaine presse spécialisée, il s’agit d’un album de référence. En 2008, il a accompli une tournée, au cours de laquelle, son répertoire était essentiellement consacré aux compos de cet opus. Le 22 novembre, un des sets issu de ce périple, a été immortalisé ‘live’, au Symphony Space de New York City. C’est ce concert qui est reproduit sur cette œuvre. En intégralité sur le Dvd.

La partie audio souffre d’une approche un peu trop minimaliste de la plupart des compos. Difficile dans ces conditions, de faire passer son message psychédélique. Sauf peut-être, parfois dans la voix sinusoïdale. Ce n’est que sur la partie Dvd qu’on prend vraiment plaisir à apprécier sa prestation. L’humour de Robyn Hitchcock et de ses deux acolytes (Terry Edwards aux claviers, aux cuivres, à la basse et au piano ainsi que Captain ‘Tim’ Keagan à la seconde gratte) passe mieux la rampe, surtout lorsqu’il est souligné par les mimiques et les attitudes (NDR : pensez à Mr. Bean). L’interprétation a cappella d’« Unconnected prersonality trails » est d’ailleurs aussi bien splendide qu’hilarante. Bien sûr, une connaissance minimale de la langue de Shakespeare est une aide précieuse, pour mieux saisir les remarques spirituelles de Robyn. Et on entre plus facilement dans l’univers excentrique du Britannique. En outre, les chansons se traînent alors bien moins en longueur. Il y a bien ces quelques interludes (NDR : des interviews accordées dans le train, des images filmées il y a un peu plus de 25 ans et quelques paysages balayés par une caméra, à travers la vitre d’un wagon réservé aux voyageurs), mais l’ensemble tient en haleine. D’autant plus que c’est à mi-parcours que les meilleures compos sont proposées. Peut-être aussi parce que Hitchcock a décidé d’empoigner sa six cordes électrique. Il y a d’abord ce superbe « Winter love », au cours duquel Gaida Hinnawi vient poser ses vocalises yiddish. A vous flanquer des frissons partout. Le ‘sydbarretien’ « This could be the day » (NDR : une référence incontestable pour notre Robyn). Et puis en rappel deux morceaux extraits du dernier album, « Goodbye Oslo ». Dont « Goodnight », au cours duquel Gaida est de retour. Et Amir El Saffar vient joindre sa trompette à celle de Terry. Une compo dont la mélodie évoque curieusement James.

A voir donc plus qu’à écouter !

Josiah

Procession

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Dire que je n’attendais pas grand-chose de cet album de Josiah est un doux euphémisme. Que pouvais-je espérer de cette collection d’inédits et de titres live d’un obscur combo stoner anglais ayant splitté il y a deux ans déjà ? Personnellement, je n’avais même jamais écouté ce groupe. Et, la seule fois que j’avais lu son nom, c’était en lisant la biographie de Cherry Choke, un groupe garage rock fondé par Mat Bethancourt (NDR : le leader de Josiah). Fallait-il voir dans ce « Procession » une ultime tentative de la part du label Electrohash de se faire un peu d’argent sur le dos d’un groupe disparu ? Cette situation, en tout cas, ne laissait rien entrevoir de bon.

« Procession » est la preuve, qu’en matière de musique, il faut se méfier des idées préconçues. Car je dois bien l’avouer maintenant, ce disque est un petit joyau et je remercie Electrohash de l’avoir édité.

Josiah est un trio, formé en 2000 par le guitariste Mat Bethancourt et le bassiste Sie Beasley. Ils se partagent les vocaux. Leur line up ne s’est stabilisé qu’en 2004. Après l’arrivée, derrière les fûts, de Keith Beacom. De 2000 à 2008, Josiah a publié 3 albums et deux Eps. Il tourne également un peu partout en Europe.

« Procession » est partagé entre cinq plages enregistrées en studio et autant ‘live’, en Suède (NDR : c’était en mars 2007). Les cinq titres studios sont de véritables petites bombes mêlant classic rock à l’anglaise et stoner plombé. Si les premiers opus de Black Sabbath semblent être l’influence principale du groupe (NDR : certains des riffs semblent avoir été directement inspirés par les pierres angulaires du heavy rock qu’étaient « Paranoïd » et « Sabbath Bloody Sabbath ») il ne faut pas réduire Josiah à une pâle copie du patriarche de Birmingham. Le trio anglais est loin d’être un groupe doom métal. Certes, ses guitares sont lourdes, mais elles sont aussi très rock. A l’influence du grand Sabbath, il faut certainement aussi ajouter celle de Led Zeppelin (dans ce qu’il a fait de plus rock) et peut-être même de Motörhead. Le son ‘brut de décoffrage’ des cinq titres live apporte à la seconde partie de la galette un côté authentique tout à fait envoûtant. Sur ces cinq compos, les riffs groovys et l’abus de pédale wah-wah nous transportent carrément à une autre époque. Difficile de croire que ces titres ont été enregistrés en 2007 et pas en 1974.

Pour un disque dont on n’attendait rien, « Procession » est une véritable excellente surprise qui donne envie de découvrir plus en détail la discographie de ce groupe malheureusement disparu.

 

La Maison Tellier

L’art de la fugue

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Si vous n’avez pas encore entendu « Suite Royale », abondamment diffusé ces derniers temps par France Inter et Radio Nova, c’est que vous n’écoutez pratiquement jamais la radio. Fondée en 2004, La Maison Tellier est en passe de crever l’écran. Fondé en Normandie par les frangins Helmut et Raoul Tellier, ce collectif est rapidement rejoint par le reste de la famille : Léopold, Alexandre et Alphonse Tellier. Le patronyme du groupe renvoie aussi à une nouvelle de Maupassant, où la tenancière d’une maison close (la Maison Tellier) ferme le bordel pour la première communion de sa nièce.

Mais si le groupe chante en français (autant qu’en anglais), c’est plutôt dans le far-West que se situe leur terrain de jeu, leur pays imaginaire. La guitare, le dobro (guitare à résonateur métallique), le banjo et la batterie forgent une ambiance de western, le côté spaghetti étant assuré par l’humour transpirant des textes. Les frères Tellier jouent à l’amour, à la guerre, comme au poker.

Le rock lancinant et puissant du disque évoque Calexico et Noir Désir, mais parfois les voix empruntent à David Bowie ou Dominique A. Sur « Five years blues », la trompette et le trombone renforcent les accents rageurs du chant pour un blues transperçant. L’ombre de Johnny Cash rôde dans le superbe « Mexico city blues », sorte de gospel résonnant d’un chœur puissant, auréolé de mariachis mexicains, se terminant a capella.

C’est parfois poignant, comme lors du superbe « Il n’est point de sot métier », où intervient la chanteuse Lippie. Sa voix fatiguée, frêle comme celle de Charlotte Gainsbourg, est une note féminine bienvenue dans ce monde de cow-boys.

Les textes jouent habilement avec les mots et les références, citent la Bible de manière décalée, comme un vieux gaucho méfiant réciterait un ‘Je vous salue Marie’ avant d’aller trouer la peau de son rival. Chaque titre est une histoire riche et haletante, souvent drôle voire totalement délirante, soutenue par une musique épaisse comme du sang. Un disque que l’on apprivoise comme un chien famélique, qui nous transmet la rage et devient notre compagnon de route.

Mink DeVille

Live at Montreux (Dvd + Cd)

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William Boray, alias Willy DeVille, nous a donc quittés ce 6 août 2009. Il était né le 27 août du même mois. En 1953. A New York. Il était d’origine portoricaine. Sa musique ne pouvait que transpirer des influences latines. Mais aussi, r’n’b et rock’n’roll. Paradoxalement, il va participer à l’éclosion du mouvement punk américain, à l’instar de Richard Hell & The Voivods, Blondie, Ramones, New York Dolls, Dead Boys, Patti Smith, Talking Heads ou encore Television. Plus artistique et intello, cette scène était aussi beaucoup moins exclusive qu’en Grande-Bretagne. De 1974 à 1986, Willy va se produire au sein de son propre groupe, baptisé Mink DeVille, avant d’embrasser une carrière solo.

Le 13 juillet 1982, Mink Deville se produit dans le cadre du festival de Montreux, en Suisse. Le groupe est alors au sommet de sa forme. Outre le latin lover exotique (NDR : ses compos parlent d’amour, de passion et de femmes fatales), le line up implique alors le saxophoniste Louis Cortlezzi, le claviériste Kenny Margolis, le guitariste Paul James, le bassiste Joey Vasta et le drummer Tommy Price. Le Dvd et le Cd immortalisent ce concert. Les compos sont identiques sur les deux plaques. Deux fois 18 titres trempés dans la soul, dont les remarquables « Cadillac Walk », « Savoir faire », « Love & emotion », son succès planétaire « Spanish Stroll » et en finale une cover bouleversante du « Stand by me » (NDR : signée Ben E. King, cette chanson a fait l’objet de multiples versions, dont les plus populaires sont probablement celles d’Elvis Presley et de John Lennon). Et le reste des compos est de la même trempe. J’accorderai quand même mon coup de cœur au Dvd qui reflète parfaitement l’intensité émotionnelle dispensée lors d’un set dispensé par Mink DeVille, à l’époque. En outre, le son est excellent (sauf en tout début de parcours).

 

Motorpsycho

Heavy Metal Fruit

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Ne vous fiez pas au titre de l’album “Heavy Metal Fruit”. Motorpsycho, bien qu’il soit parfois assez heavy, n’a pas grand-chose de métal. Fondé il y a un peu plus de vingt ans à Tronheim, sur la côte ouest de la Norvège, Motorpsycho distille une musique plutôt inclassable. Stoner ? Rock progressif vintage ? Revival seventies ? Jazz rock ? Rock psychédélique ? Choisissez l’appellation qui vous convient. Ou plutôt non, prenez les toutes ensemble puisque, dans le fond, Motorpsycho, c’est exactement un cocktail de toutes ces références : de longs titres épiques aux structures progressives, des guitares aussi lourdes que celles du Black Sabbath original, de longs passages instrumentaux planants et hypnotiques ainsi qu’une bonne dose d’expérimentations instrumentales.

La grande force du combo norvégien procède de la façon imprévisible dont il arrange tous ces styles. Difficile par exemple de deviner qu’un titre ultra-heavy comme « Starhammer » se terminera en une jam jazz-rock instrumentale débridée et envoûtante. Même chose pour « X-3 (Knuckleheads In Space) / The Getaway Special » qui débute comme un titre ‘classic rock’, que n’aurait probablement pas renié Steppenwolf, pour s’achever dans le ‘free jazz’, moment au cours duquel une trompette déroutante se taille la part du lion. Surprenante et inattendue aussi cette ballade très seventies intitulée « Close Your Eyes » qui se situe un peu dans l’esprit du « Only Women Bleed » d’Alice Cooper. Caractérisé par ses guitares débridées, ses percussions déroutantes et sa section basse/batterie très démonstrative, l’instrumental « W.B.A.T. » est à nouveau contaminé par le free jazz. « Gullible's Travails (pt I-IV) » constitue la pièce la plus impressionnante de l’album. Un titre indéniablement progressif, d’une durée proche des vingt minutes, sur lequel le trio norvégien se livre à une véritable recherche sonore, cherchant à innover tout en gardant un esprit très seventies.

« Heavy Metal Fruit » est un album envoûtant et magique. Un must pour les amateurs de rock progressif teinté de fortes influences seventies.

The New Pornographers

Together Out

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« Together Out » constitue le 5ème album des New Pornographers, un ‘supergroupe’ canadien réunissant des membres de Destroyer, Swan Lake, A.C. Newman et Maow dont les figures les plus connues sont assurément Daniel Béjar, Neko Case et Carl Newman. Après avoir fait étape à Toronto, à l’occasion de la sortie du fabuleux nouvel elpee de Broken Social Scene, direction Vancouver ! The New Pornographers (NDR : leur patronyme s’inspirerait d’une citation de Jimmy Swagart qui avait qualifié la musique moderne de ‘nouvelle pornographie’), est également un collectif. Moins expérimental que celui de BSS, il cherche à rendre à la pop, la power pop très exactement, ses lettres de noblesses ! Et manifestement, il ne s’en sort pas trop mal… 

Pourtant, à première écoute, les compos de ce « Together Out » semblent quelque peu pompeuses, formatées, destinées à la bande FM, même. Ce n’est qu’au fil des écoutes, qu’on se rend compte de leur richesse et de leur créativité. Et pour cause, audacieux, le sens mélodique n’est pas toujours très évident. Ce qui n’exclut pas la présence de titres tubesques, aux refrains survitaminés et à reprendre en chœur. « Move » et « Up In The Dark » en sont probablement les plus belles illustrations. Neko Case, Daniel Béjar et Carl Newman se réservent les vocaux à tour de rôle. Ce qui confère davantage de nuances aux différentes plages. Celle de Béjar baigne même au cœur d’une certaine folie sur « Daughters Of Sorrow ». Il y a, en outre, une forme de lyrisme suranné chez The New Pornographers. Des réminiscences peut-être héritées d’Electric Orchestra. L’éclectisme de cette œuvre transparaît encore sur « Valkyrie In the Roller Disco », une ballade minimaliste parfaite, « Crash Years », caractérisé par ses sifflements étonnants ou encore « Bite Out My Bed », parcouru par les interventions judicieuses de Zach Condon (Beirut), à la trompette. Lors des sessions d’enregistrement, la formation a notamment bénéficié du concours de Will Shelf (Okkervil River) ainsi que de St.Vincent. Une constante quand même tout au long de ce long playing : les chansons communiquent naturellement un sentiment de bonne humeur. Elles seraient même susceptibles de regonfler le moral à un Grec !

Victime d’un coup de mou, lors de la sortie de leur précédent elpee, « Challenger », The New Pornographers a manifestement retrouvé la pêche. Et ce « Together Out » en est la plus belle démonstration. Bien sûr le combo ne réinvente pas la pop, mais il cherche constamment à la magnifier, et tout en finesse !

En concert ce 25 mai au Botanique ! Et à ne louper sous aucun prétexte !

Paperweight

Snails of April

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Lancé par deux ex-membres du groupe Alisse, Paperweight naît en 2005 de l’envie de délaisser certaines influences trop rock pour mettre en exergue d’autres facettes issues des influences de ses fondateurs. François Millet (voix, guitare…) et Sébastien Flémal (guitare, basse, claviers…) sont rejoints par Kevin P. à la batterie et, en 2006, sortent leur première production, « All Star Ep », sur leur Label Paperheart Music (www.paperheartmusic.net) créé pour l’occasion. S’en suivent plusieurs prix : concours Pure Demo en janvier 2007, Wolurock festival (second prix), soutien du programme « Ca balance » par la Province de Liège, et un écho favorable dans la presse spécialisée ainsi que sur les sites ‘indie-omanes’.

Une bonne série de concerts plus tard, la formation nivello-bruxelloise se quatuorise en accueillant Cédric Van Mol (basse, guitare, claviers…) afin de conférer un son plus abouti à leur musique. Pour leur premier album, « Snails of April », le groupe a bénéficié des ingénieux services de Loïc Bodson (Flexa Lyndo, Loïc BO…) et de Gaëtan Streels (Me & My Machines, Jeronimo…) Le résultat trempe dans un style indie d’une sombre fraîcheur. Pour continuer dans les paradoxes salutaires dont il regorge, on avancera que ce 12 titres aux  distorsions ‘propres’ est intelligemment pop, sagement post-rock, résolument moderne dans ses influences 90s, et bordéliquement structuré. Ses harmonies sont riches mais subtiles, sa sensibilité mélancolique mais énergique… Les bonnes idées sont intangibles et pourtant le tout est bien solide. On sent qu’on sort des chemins battus mais on a du mal à définir pourquoi. En effet, si les influences sont indéniables (Nada Surf, Pavement, Dinosaur Jr., Lemonheads, Pixies, Chokebore, dont on en retire le meilleur), le groupe, qui se définit comme étant ‘postpop électro-bricolo issu de la vague shoegazer’, n’est aucunement formaté.

Que ce soit par ses riffs accrocheurs (« Oh, My Owa »), ses chœurs et dialogues vocaux singuliers (« Snails of April », « Amy Knows »), sa voix vulnérablement intense sur fond de rythmes ‘ronds’ (« Failure »), la musique semble avancer par bridges noisy et incisifs. A l’instar de « You and I », « Scared » (au diable les couplets et les refrains, ils seront transcendés) tout en axant sa profondeur sur l’intensité de la mélodie. Quoiqu’il arrive, toutes les surprises qu’offre cet elpee sont bonnes. Et, même si l’opus fait preuve de maturité et d’aboutissement, on attend impatiemment la suite…

Bien que partageant la scène belge avec leurs comparses My Little cheap Dictaphone et Girls in Hawaii, Paperweight ne vise pas la tête d’affiche, mais a pour ambition unique de faire de son mieux dans son autodidactisme. Modestie n’empêche pas perfectionnisme.

 

Les Nuits Botanique 2010 : mardi 11 mai

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Un Botanique noir de monde accueillait les désormais incontournables ‘Nuits belges’, ce mardi 11 mai. Une foule dense venue également fêter le 15ème anniversaire du label bruxellois 62TV Records. Excepté les Français de Syd Matters flanqué de quelques Guests, tous les groupes programmés ce mardi soir font d’ailleurs partie des écuries 62TV et 30 février. Un cru 2010 qui prétend s’ouvrir sur l’étendue et la diversité des artistes de notre plat pays. Et c’est précisément là que le bât blesse. La programmation illustre férocement la fragilité actuelle de notre paysage musical national. Un désert créatif où l’on peine à apercevoir le moindre oasis. Période de sécheresse durant laquelle la scène belge souffre cruellement d’un déficit chronique d’imagination créatrice et promène oisivement ses guêtres dans le doux confort du déjà vu.

L’édition 2010 présentait 11 groupes belges et un groupe français : expression singulière d’un line-up représentatif de la scène belge 2010 bousculant la curiosité du public : le retour brutal de Malibu Stacy, réveillé de son stand-by pour venir nous (re)présenter son album « Marathon », sorti en 2008. Prestation agrémentée de quelques compos du nouvel album en construction, dont la sortie est prévue dans le courant de l’année 2011, la visite inattendue de The Tellers recomposé après un split et trois ans d’absence, supposé nous donner un avant-goût d’un album en préparation, le résident David Bartholomé (NDR : déjà au programme, mais en compagnie de Sharko, lors de la Nuit Belge 2009, pour nous balancer « Dance On The Beast ») en mode stand-up comedy, le come-back inespéré de Lucy Lucy (NDR : eux aussi à l’affiche de l’édition 2009) de passage pour (re)rejouer son Ep six titres sorti en 2009… Que du neuf ! Le problème fondamental de cette Nuit Belge 2010 devait cependant découler du nombre : douze groupes belges de qualité à dénicher. Les Français de Syd Matters pallieront soigneusement cette insuffisance.

Trois salles et un chapiteau aux saveurs distinctes exigeant un don aigu d’ubiquité  et une certaine souplesse pour se tailler une place au milieu du public des 4 scènes combles où 3 groupes jouent simultanément : le confort mélodieux du grand salon (Guy Van Nueten, Syd Matters et Dez Mona), le nid acoustique de la Rotonde (Stéphanie Crayencour, Loïc & The Frantic Lovers et David Barthlomé), la plus fougueuse Orangerie (Hallo Kosmo, Lucy Lucy et The Tellers) et l’humidité sibérienne du Chapiteau (Nele, Malibu Stacy et Été 67).

L’indétrônable pianiste et compositeur Guy Van Nueten ouvre délicatement cette soirée dans le cosy salon de concert. Paré de son costume noir, son air un peu absent et son humour délicieusement maladroit, l’ancien claviériste des Sands pose délicatement les doigts sur son piano noir pour nous faire partager ses rêveries minimalistes dignes d’un toucher pianistique épuré à la Satie. Souvent reconnu pour sa collaboration avec Tom Barman lors d’un somptueux disque ‘live’ paru en 2004, on en oublierait presque les talents de ce musicien à multiples facettes. Un arrangeur couru tant dans le monde de la pop (Daan, Tom Barman…) que du classique (Orchestre philharmonique de Flandre), du cinéma (Alex Stockman), de la danse, du théâtre… C’est d’ailleurs la tête pleine d’images qu’il interprète, dès le deuxième morceau, ses musiques de film empreintes d’un minimalisme à l’américaine. Un concert coloré d’images habité principalement de son dernier opus « Merg » paru en septembre 2009. Un moment doux pour l’âme.

A peine le temps de souffler pour rejoindre une Orangerie déjà surchauffée par les vapeurs électriques de Hallo Kosmo. Une scène drapée de toiles multicolores habitée du psychédélisme électronique de Daniel Offerman (ancien bassiste des Girls In Hawaii. Quelques minutes de décrassage auditif pour découvrir un rock coloré et festif qui ne laisse pas les guitares au placard et l’auditeur indifférent.

Singulièrement, la découverte la plus intéressante de cette édition 2010 des Nuits Belges nous viendra, sans l’ombre d’un doute, de France. Syd Matters (NDR : contraction entre Syd Barrett et Roger Waters des Pink Floyd) est un groupe porté par le Parisien Jonathan Morali qui affiche clairement ses couleurs entre Pink Floyd et Nick Drake. Bien déterminé à nous envoûter par les nouveaux morceaux de son prochain opus (« Brotherocean »), cet ensemble de cinq musiciens, sublimé de deux excellents backing vocalists, inonde le Grand Salon d’un hippie pop-folk hautement émotif. Un concert qui brille d’un travail soigné orienté vers l’ambiance, l’onirisme et l’émotion. Une musique née de la rencontre entre folk antique et pop moderne. Les voix magistrales, les discrets arpèges de guitare, les sonorités de claviers vintage, les atmosphères planantes aux vertus panoramiques, tout converge pour tisser un univers cotonneux que l’on souhaiterait ne plus devoir quitter. Syd Matters ou le pouvoir d’une simplicité et d’une naïveté ingénieusement contrôlées.

Cette soirée sans vagues s’achèvera par les histoires tragi-comiques de David Bartholomé qui nous attendaient tout naturellement sous les charpentes métalliques de la Rotonde. Exercice de style entre le songwriting et le stand-up comedy où le leader de Sharko s’improvise acteur de théâtre pour nous raconter ses (més)aventures à travers son livre ‘Sharko Journal 2003-2009 ou comment en voulant grimper, j’ai construit une échelle en abattant un arbre au lieu de monter à l’arbre’, publié en septembre 2009. Le préambule de cet ouvrage loufoque résume parfaitement la prestation scénique du musicien bruxellois : ‘Tour à tour cynique, honnête, aigre, enthousiaste, hypocondriaque, anxieux, il se livre à nous avec beaucoup d'humour’. Guitare acoustique et récits de vie déclamés ou chantés nous offrent un moment doux-amer où se mélangent tristesse et esprit cynique. Un David Bartholomé troubadour qui jongle merveilleusement avec le récit sonore et l’autodérision. Un dernier cadeau surréaliste qui nous mènera à nos chaumières un sourire doux-moqueur aux lèvres.

Été 67 + Malibu Stacy + Nele + The Tellers + Lucy Lucy + Halo Kosmo + David Bartholomé + Stéphanie Crayencour Loïc B.O. & The Frantic Lovers + Dez Mona + Guy Van Nueten + Syd Matters & Guests (Fr)

(Organisation Botanique)

Les Nuits Botanique 2010 : dimanche 9 mai

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Troisième soirée. Les Nuits battent leur plein. Tandis que le chapiteau se prépare à vibrer au son des complaintes de Scout Niblett et Jean-Louis Murat, un casting presque entièrement féminin attend les festivaliers qui ont jeté leur dévolu sur le line-up de l’Orangerie. Au programme : Selah Sue, la petite Belge qui monte, Errors et leur bidouillages entêtants, ainsi que Rox et Ellie Goulding, deux espoirs féminins plébiscitées par la critique britannique. Et plus particulièrement par la BBC qui a gentiment apposé un cachet ‘The Sound Of 2010’ sur leurs premiers travaux.

Programme chargé à l’Orangerie. Pas de moins de quatre artistes vont se donner le relais sur les planches de la salle. Une quadruple affiche qui n’a pas pour autant déplacé les foules. En guise d’ouverture, Selah Sue, de son vrai nom Sanne Putseys. Malgré son jeune âge (elle vient de souffler sa 21ème bougie), la demoiselle originaire de Louvain affiche une détermination admirable. Sa discographie a beau ne compter encore aujourd’hui qu’un seul Ep (« Black Part Love », paru en 2008), Miss Sue ne cesse de gagner du terrain dans sa quête de notoriété. Il faut dire que du haut son mètre soixante et des poussières, la jeune femme manifeste une énergie sans faille. Après deux concerts sold-out à l’ABClub et à la Rotonde, la folk teintée de soul et reggae de Selah Sue a conquis sans trop de difficulté le public présent, notamment grâce à une sympathique version de son « Raggamuffin », en clôture de son set.

Errors prend place sur les planches vers 21h10. Le trio originaire de Glasgow propose, dans la bonne humeur, « Come Down With Me », son nouvel LP, devant une Orangerie à moitié remplie. Les petits protégés de Mogwai (NDR : ils ont signé sur leur label Rock Action) se distinguent de la plupart des formations surfant sur la vague post-rock, par leurs synthés omniprésents. Techniquement, ils n’arrivent pas à la cheville d’une formation telle que 65daysofstatic, mais les trois joyeux lurons assènent à leurs compositions une dose électro beaucoup plus présente et assumée que chez leurs aînés. Du post-rock taillé pour les dance-floors. Il fallait oser. Et Errors s’en sort particulièrement bien dans l’exercice.

Rox, accompagnée de son full band, présente quant à elle son premier album, « Memoirs », à paraître au cours du mois de juin prochain. La Londonienne entame son set par « My Baby Left Me », un premier single aussi solaire que son interprète. La demoiselle enchaîne ses futurs tubes, un sourire gravé aux lèvres. « Rocksteady » procure au public un pur moment de bonheur grâce au déhanché fiévreux de la chanteuse et de ses choristes. Rox est sans nul doute un nom à retenir et une artiste qui aurait bien sa place à l’affiche d’un festival tel que Couleur Café.

Vers 23h10, place à la tête d’affiche de la soirée. Sans se presser, Ellie Goulding et ses trois musiciens entament leur prestation sur une nouvelle compo. A 24 ans, la blonde à la coiffe négligée (déjà adoptée par les ados du premier rang) a réalisé un coup de maître, au cours du mois de mars, en plaçant son premier essai « Lights », directement en pôle position des charts britanniques. Sa pop électronique sucrée n’est certainement pas susceptible de lui faire gagner le respect des ‘hipsters’, mais n’en est pas moins un petit plaisir coupable qui fait du bien par où elle passe. La chanteuse parcourt la quasi-intégralité de son œuvre, depuis « Guns and Horses » à « Salt Skin », en passant par une version acoustique de « Wish I Stayed ». Avant de quitter la scène sur les dernières notes de son hit « Starry Eyed », la Londonienne a également effectué un arrêt sur les terres de Midlake pour une reprise de « Roscoe », sans grand intérêt. Le genre même d’appropriation qui ferait certainement grincer des dents les fans de la formation. Petite faute de parcours sans conséquence qui clôture une soirée un brin 'gentillette'. Mais, parfois, il n'en faut pas beaucoup plus pour être heureux...

Selah Sue + Errors + Rox + Ellie Goulding

(Organisation : Botanique)

General Bye Bye

Girouette

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Suivant la bio, General Bye Bye serait un haut gradé de la musique alternative d’origine franco-allemande ! Et pour cause, il réunit trois Français et une Allemande établie à Paris. En l’occurrence Philippe Beer-Gabel (guitare, voix, mélodica et ‘kantélé’), Jana Klein (voix), Emmanuel Quirié (claviers) et Etienne Gillet (batterie, bugle).

« Girouette » constitue leur premier elpee. Un opus dont les compos sont sculptées dans des riffs de guitare bien yankees. Réminiscents des 90’s. Curieux que leur dossier de presse mentionne, parmi leurs influences majeures, Blonde Redhead, The Shins ou encore Death Cab for Cutie. Car le combo n’affiche ni la classe, la puissance mélodique et encore moins la mise en forme de leurs références. Ce qui n’empêche pas le band de montrer des compétences certaines. Simplement, leur style indie lorgne davantage vers Pavement (pour les guitares) et surtout Imperial Teen (pour les claviers bubble-gum nonchalants). Surtout lorsque l’intensité des six-cordes se conjugue à la perfection des claviers très pop. Mais l’originalité de leur musique procède de l’utilisation d’un kantalé, un instrument traditionnel à cordes finnois, pincé à la manière de la cithare. 

Bien sûr, certaines plages passent complètement à travers. Et je pense tout particulièrement au dissonant « French Cancan » ou à l’ennuyeux « Girouette ». Mais le disque recèle quelques petites perles. A l’instar du très cool « When It’s Gonna Rain » ou encore du très inspiré « Maniac Mansion », le meilleur titre de l’œuvre. Même que l’accent franchouillard, susceptible d’agacer, passe curieusement ici bien la rampe. J’épinglerai encore le tendre « Time Is On y Side », un morceau destiné à panser nos blessures (NDR : de guerre ?).

Pour un coup d’essai, General Bye Bye ne s’en tire pas trop mal. Mais pour gagner du galon, notre général aurait tout intérêt à soigner davantage son sens mélodique. L’anglais de son vocaliste, également. Et puis de mieux cibler ses objectifs. Car tout au long de cette plaque, les morceaux tirent un peu trop dans toutes les directions.

General Bye Bye se produira ce 15 mai à L’Escalier à Liège.

The Inspector Cluzo

The French Bastards

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On nous martèle à l’envi qu’à cause de l’avènement d’internet et du téléchargement illégal, les groupes n’arrivent plus à vendre leurs disques. Le duo français The Inspector Cluzo a pourtant réussi à écouler plus de 20 000 copies de son premier album éponyme ; et ce, sans le soutien d’une major. Ces Français auraient-ils un secret ?

En fait, ils en ont trois. Premièrement, leur disque est bon (NDR : si, je vous l’assure, ça aide pour vendre !) Secundo, ces Landais n’hésitent pas à accomplir des milliers de kilomètres hors des frontières de l’Hexagone, pour défendre leur musique. Troisièmement, ils bénéficient du soutien d’un ami célèbre : Angelo Moore, l’un des membres fondateurs de Fishbones. Certes, l’amitié ne suffit pas pour écouler des disques ; mais le soutien d’une telle icône leur assure sans conteste une certaine aura. Et si Monsieur Moore est un pote (NDR : il offre d’ailleurs au groupe un ‘spoken words’ pas piqué des vers, en fin d’album), il constitue surtout une source d’inspiration. Comme les Red Hot Chili Peppers d’ailleurs. Car, vous l’aurez sans doute compris, le créneau musical de l’Inspecteur, c’est le funk’n’roll. Et, si les RHCP sont devenus ramollos et bougons à force d’engranger du pognon, les 20 000 albums vendus par nos amis n’ont pas encore eu raison de leur hargne ni de leur sens du fun.

Nous pouvons déjà vous l’affirmer, « The French Bastards », cette deuxième galette signée par The Inspector Cluzo, fera bientôt bouger vos petits popotins de rockers. Les rythmes chaloupés du funk rock, boostés par une dose massive de hard rock risquent fort d’alimenter l’ambiance de vos soirées d’été. Il n’y a rien à jeter sur cette galette : depuis la fusion/funk rock groovy (« Tic Theme », « The French Bastards #1 », « Zombie DJ Killers ») au hard blues ‘aérosmithien’ d’« Empathy Blues » en passant par l’hommage à peine déguisé à AC/DC (« Terminator is Black in his Back ») ou encore le clin d’œil corrosif adressé au roi du pop (« F*** Michael Jackson ») que l’on croirait tiré d’un vieux vinyle de la ‘Motown’. Bref, tout ici fleure bon le fun et l’authenticité.

Signalons pour terminer, qu’afin de rendre son œuvre plus attrayante aux yeux de ceux qui achètent encore des Cds, ces ‘Salopards de Français’ (French Bastards) ont mis le paquet question packaging. La galette digitale est emballée dans un box sympathique et très original ; et les lyrics des chansons sont imprimés sur une douzaine de cartons illustrés, en noir et blanc, par l’artiste taïwanais Chaos. Du grand art !

 

Mother-Unit

Brain Massage

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Y a-t-il vraiment de la place pour un long playing tel que celui-ci dans notre monde rongé par la crise financière ? Les labels ont-ils encore les moyens de sortir un cd aussi peu excitant alors que le marché du disque est en perte de vitesse ? Comment pourrais-je vous donner l’envie de découvrir un opus dont l’écoute m’a profondément ennuyé ? Car vous avez beau dire, mais, pour moi, un disque rock qui débute par une minute et demie de sons inaudibles, continue par le ‘crin-crin’ larmoyant d’un violon ou de je ne sais quel autre instrument à cordes et n’accouche de son premier riff de guitare que plus de cinq minutes après avoir commencé, ça me gonfle au plus haut point.

Cet album que son géniteur hollandais Mother-Unit a très justement intitulé « Brain Massage » est constitué de quatre longs titres instrumentaux qui s’étalent sur une dizaine de minutes chacun. Sur une rythmique plutôt béton, viennent se greffer une longue déclinaison de riffs hypnotiques, psychédéliques et mêmes parfois blues ainsi que d’irritants bruitages électroniques. Cette musique lourde, robotique et obsédante, qui tient à la fois du massage cervical et du lavage de cerveau, semble plus s’apparenter à une jam improvisée qu’à un véritable travail de composition structuré.

Réservé à celles et ceux qui ont les moyens d’acheter des disques moyens.

Teenage Fanclub

Shadows

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C’est une anecdote qui vaut son poids de grain. Après la sortie de leur nouvel elpee, enregistré au sein des studios Soma (Chicago) de John McEntire (Stereolab, Kaki King, The Ex, Wilco…), Norman Blake a avoué : ‘J'ai une gueule de bois terrible !’ Pas parce qu’il a forcé les mots ou essayé d’arrêter les sons coléreux qui frappent encore les murs du studio qu’il vient tout juste de quitter pour la réalisation du huitième opus de Teenage Fanclub ; mais parce qu’il est sorti boire un verre avec un ami, pour fêter la sortie de son nouvel elpee ; et qu’il est rentré tard la nuit dernière, après avoir bu du whiskey. ‘C'est une chose terrible !’, ajoute-t-il. 

C’est, en effet, le 31 mars dernier qu’est paru le très attendu (NDR : par une poignée de fans nostalgiques avouons-le !) « Shadows », un disque publié chez PeMa en Europe (le label du groupe) et Merge en Amérique du Nord. Cinq années de mutisme où les pionniers de la scène indie pop glaswégienne se sont confortés dans l’inaction. Ayant commis l’un des grands opus de la pop britannique des années 1990 (NDR : « Bandwagonesque » avait été élu album de l'année par le magazine Spin devant des elpees tels que « Loveless » de « My Bloody Valentine, « Out of time » de « R.E.M. » ou encore « Nevermind » de « Nirvana »), le retour des Bellshill Beach Boys (NDR : Bellshill : ville natale du groupe située près de Glasgow) était forcément attendu par les critiques.

Ce dernier long playing été entièrement pensé et enregistré loin des rumeurs des villes ; les trois auteurs-compositeurs (Norman Blake, Gerard Love et Raymond McGinley) ayant décidé de se retirer dans les profondeurs des paysages ruraux du Nortfolk (Angleterre) pour tenter de rompre la remarquable linéarité et fidélité artistique qui leur collent à la peau et transmuer la substance volatile de l’intuition en réflexion tangible. Gerard Love a d’ailleurs décrit leur travail comme : ‘un de nos albums les plus travaillés et réfléchis’.

Si l’empreinte bucolique s’imprime incontestablement sur la plaque, celle-ci se griffe cependant de quelques aspérités. Ainsi, « Shadows » se démarque de l’esthétique estivale et du power pop propre au trio écossais par un supplément d’harmonies qui noircit les mélodies de nuages sombres. Mélodies souvent soulignées par les notes obscures du piano de Gorki (musicien invité sur l’album). Une musique qui s’inscrit dans le milieu qui a suscité sa création et épouse les formes d’une pop pastorale.

Rassurons tout de même les fidèles : pas de grande révolution dans le monde tranquille de Teenage Fanclub. Excepté ce léger supplément d’âme plus douloureux dans les lyrics et les compos que par le passé, TFC conserve sa marque de fabrique, ses mélodies en avant et ses rythmiques astucieusement basiques. Un album qui, finalement, préserverait la spontanéité de « Bandwagonesque » et aurait le poli et l’intelligence de « Grand Prix ».

Paru peu de temps après la mort prématurée du prince du power pop, Alex Chilton, « Shadows » pouvait difficilement surgir à un meilleur moment pour permettre au public de redécouvrir le genre.

Rufus Wainwright

The Show Must Go On

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En naissant au sein d’une famille comme la sienne, Rufus Wainwright était voué à devenir l’artiste qu’il est aujourd’hui. Fils de Loundon Wainwright III et de feue Kate McGarrigle, le singer-songwriter, aujourd’hui âgé de 36 ans, publie son sixième album studio, « All Days Are Nights : Songs For Lulu » dont la grande majorité des morceaux est dédiée aux membres d’une famille pour le moins artistique. De passage à Bruxelles, le Canadien a jeté son dévolu sur la superbe salle Henry LeBoeuf, l’âme musicale du Palais des Beaux-Arts, pour y présenter un spectacle particulièrement surprenant.

A quelques sièges près, la salle est comble. Vers 20h30 un collaborateur du Bozar s’avance sur le podium pour annoncer le programme. Plus qu’un simple concert, le public apprend que la représentation de Rufus Wainwright sera scindée en deux parties distinctes. La première est constituée d’un récital d’une heure. Pendant celui-ci, il est demandé au parterre de ne prendre aucune photo et de ne pas applaudir entre le moment où l’artiste apparaît sur scène jusqu’au moment où celui-ci l’a quitté. De quoi attiser la curiosité. La seconde partie, elle, est consacrée à la partie concert ‘standard’.

Seul un piano trône sur les planches. Lorsque les lumières s’éteignent, un silence de mort règne dans la salle. Rufus Wainwright s’avance à pas lents vers l’instrument, vêtu d’une sorte de toge bleue dotée d’une traîne interminable. L’ambiance dans la pièce est unique. A la fois intense et apaisante. Le chanteur s’installe délicatement sur son siège et entame son répertoire, centré essentiellement sur les compositions extraites de « All Days Are Nights : Songs For Lulu ». « Martha », dédié à sa talentueuse frangine, le trio de « Sonnet », « What Would I Ever Do With A Rose ? » ou « Les feux d’artifices t’appellent » s’enchaînent tandis que l’auditoire écoute, dans un respect le plus total. Et, pourtant, ce n’est pas l’envie d’applaudir cette superbe prestation qui manque. Une heure plus tard, Wainwright se retire de la scène. Sa démarche fantomatique communique une atmosphère toute théâtrale à la prestation sans faille de l’artiste.

Après un court entracte d’une vingtaine de minutes, le chanteur est de retour sur scène, souriant, décontracté. Il remercie le public pour le respect qu’il lui a témoigné pendant la première partie et entame une seconde partie de spectacle qui parcourt un large pan de sa discographie. Pas avare en paroles, il évoque son opéra « Prima Donna », son père, ses sœurs, son petit ami et, surtout, sa mère décédée en janvier dernier. Il reprend d’ailleurs « Walking Song », un morceau des sœurs McGarrigle. Le Canadien en profite également pour manifester sa colère, suite à l’attentat déjoué deux jours auparavant, qui s’est produit en plein Manhattan, et rend un vibrant hommage à New York au son de son tube « Going To A Town ». Le deuxième volet du set s’achève au bout d’une heure vingt par une ‘standing ovation’ tout à fait méritée. Wainwright est sans nul doute ce que l’on appelle un artiste accompli.

(Organisation : Live Nation)

Field Music

Nous sommes producteurs avant d’être musiciens…

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Ne pas confondre The Field et Field Music. Le premier est le pseudo d’un artiste techno suédois, répondant au nom d’Axel Willner. Le second, un quatuor insulaire drivé par les frangins Brewis, Peter et David. C’est cette formation issue de Sunderland qui nous intéresse ici. Et pour cause, elle vient de sortir un nouvel album. Un disque très riche. Et pas seulement parce qu’il est double ! Leur tournée transitait par la Belgique. Le combo en a profité pour accorder quelques interviews. David s’est prêté à cet exercice de style, en toute sincérité, pour Musiczine. Et à l’instar de la musique dispensée, tout au long de leur elpee éponyme, les réponses ont fusé dans tous les sens…

Je présume que vous ne débarquez pas pour la première fois en Belgique. Heureux de revenir dans notre pays ?

En fait, nous ne nous sommes produits, qu’une seule fois en Belgique. Au Pukkelpop, en 2006, si mes souvenirs sont bons. Une très belle expérience même si elle a été de courte durée ; car nous devions accorder un show à Sunderland, le lendemain. C’est donc avec grand plaisir que nous retrouvons la Belgique ! C’est une chance de pouvoir y jouer à nouveau (NDR : les Anglais avaient accordé deux concerts, chez nous, à Ostende et Anvers, respectivement ces 22 et 23 avril).

Vous avez êtes accordé un break de 3 ans, à l’issue de la publication de votre album précédent (NDR : l’excellent « Tones of Town »). Certaines rumeurs de split ont forcément circulé. Etaient-elles fondées ?

Nous ne prenions plus beaucoup de plaisir au sein du groupe, à l’époque. La décision la plus logique a donc été de se séparer et de nous consacrer à nos projets solos (The Week That Wasn’t pour Peter et School Of Language pour David). Nous ne savions pas si nous allions un jour nous remettre à composer sous le nom de Field Music. Mais comme nous sommes frères ; nous ne pourrons de toute façon, jamais réellement nous séparer !

Aviez-vous besoin de ces expériences en solo ? Y avait-il certaines idées qui ne convenaient tout simplement pas à l’univers de Field Music ?

Il existait pas mal de choses que nous pensions à l’époque ne pas convenir à Field Music. Comme, par exemple, des chansons construites autour de samples de batterie de The Week That Wasn’t ou des morceaux sans claviers pour School Of Languages. Mais en tournant pour ces albums, nous nous sommes rendu compte que nous devions élargir la palette de Field Music et cesser de nous imposer des barrières et des règles. Bon nombre de nouvelles compos de « Field Music » découlent donc de nos expériences vécues en solo.

Ce nouvel elpee regorge d’influences. Lesquelles aviez-vous en tête lors des sessions d’enregistrement ?

Difficile à dire… j’écoutais en tout cas David Bowie. Et puis nous étions en pleine phase de redécouverte de la musique qui avait bercé notre enfance. Comme celle du Led Zeppelin, qui était le premier groupe que nous avons réellement aimé. Et puis également, d’autres artistes, que nous avions repérés dans la collection de disques de nos parents, comme ceux de 10CC ou The Cream.

Quelle direction désiriez-vous explorer, lors de la confection de ce nouvel elpee ? Certaines de vos nouvelles découvertes vous ont-elles influencées?

Nous voulions créer une œuvre longue et variée, afin de donner une image plus complète de ce que nous sommes et aimons réellement. Nous refusions de nous engager dans une seule direction de bout en bout. Nous souhaitions emprunter toutes les directions à la fois, sans aucune limite !

Vous produisez toujours vos albums. Ne pensez-vous pas que vous pourriez puiser de nouvelles idées, en confiant ce rôle à quelqu’un d’extérieur au groupe ? Ou estimez-vous que vous en développez suffisamment ?

Il est très difficile pour nous de séparer les arrangements de la composition. Nous avons de plus des idées très précises du son que nous voulons recréer ; donc je ne vois pas comment nous pourrions travailler sous la houlette d’un producteur. En studio, Peter et moi sommes producteurs, avant d’être musiciens d’ailleurs…

Quels sont vos rôles en studio?

Nous écrivons chacun de notre côté et nous occupons tous les deux d’un peu de tout. Une véritable équipe !

Vous disputez-vous comme de véritables frères lors des sessions d’enregistrement ?

Pas vraiment. Nous avons une règle d’or : celui qui a composé la chanson prend les décisions finales quant à sa réalisation. Nous sommes dictateurs chacun à notre tour ; donc pas de disputes possible !

L’opus contient 20 chansons et s’étale sur plus de 70 minutes. Avez-vous réussi à inclure toutes les chansons composées ou certaines ont-elles été éliminées ?

Pratiquement toutes nos compositions s’y trouvent. Nous en avions, en fait, écrites 23 ! Mais les 3 qui ne se figurent pas sur l’album n’étaient pas terminées…

Ce disque est très éclectique. On a parfois l’impression que ce sont des groupes différents qui ont concocté des morceaux comme « Let’s Write A Book », « Choosing Numbers » ou « You And I ». Ne craigniez-vous pas un manque de cohérence ?

Nous étions au contraire très excités par cette absence de cohérence ! Les changements de style faisaient partie de notre nouvelle philosophie. Mais comme Peter et moi chantons à notre tour, je pense que notre musique sonne tout de même toujours comme du Field Music.

Il recèle aussi quelques chansons quasiment pop, comme « Them That Do Nothing » ou encore « You And I » ; mais elles figurent parmi les 18 autres, plus riches et complexes. Vous ne semblez pas particulièrement obnubilés par la recherche d’un succès populaire.

Notre seul but est de créer la meilleure musique possible et le seul moyen pour y parvenir est de tenter de composer celle que nous aimerions écouter. C’est aussi simple que ça. Je n’écrirai jamais une chanson pour qu’elle rencontre un succès commercial. J’aime beaucoup trop la musique pour ça.

Quels sont vos groupes favoris du moment ?        

Ils sont principalement américains : Deerhof, The Fiery Furnaces et Joanna Newsom. Mais je vous conseille également de tendre l’oreille à Frankie and The Heartstrings. Ce sont nos amis. Ils sont issus de la scène de Sunderland et composent des hymnes indie-pop très sexy.

Habitez-vous toujours Sunderland? Pourriez-vous décrire cette ville à nos lecteurs ?

Et oui ! J’habite toujours cette ville du Nord-est de l’Angleterre de plus ou moins 250 000 habitants. Elle se situe non loin de Newcastle, à plus ou moins 6 heures de route de Londres. Hormis son glorieux passé, illustré par l’essor de l’industrie maritime et charbonnière, Sunderland ne jouit pas d’une grande notoriété. En outre, les habitants ont été particulièrement touchés par la disparition de ces secteurs d’activité économique. Aujourd’hui, elle est pauvre et souffre d’un taux de chômage très élevé. Sunderland n’est pas une ville très culturelle ; sauf si l’on considère le foot comme de la culture. Une situation parfois fort déprimante. Mais c’est chez moi et je n’ai aucune intention de la quitter, car je l’aime, malgré tout…

 

 

Les Nuits Botanique 2010 : samedi 8 mai

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Mosaïques d'art !

Lors de cette deuxième soirée des Nuits Botanique, le Cirque Royal nous régalait de deux talentueux groupes aux rumeurs musicales distinctes mais aux projets parallèlement excentriques : The Irrepressibles et MLCD. Espace artistique où chacun d’eux nous propose une vision kaléidoscopique de l’art qui se sert de la musique pour nous emmener dans les mondes du théâtre, du cinéma, de l’opéra… Pas de première partie ce soir mais deux réelles têtes d’affiche qui chevauchent des champs musicaux éloignés sans jamais se télescoper.  

The Irrepessibles. Après avoir chambardé les salles du Roundhouse de Londres, l’amphithéâtre romain de Barcelone et la Cigale à Paris, l’orchestre britannique composé de neuf musiciens classiques déverse le flot torrentueux de ses élucubrations ‘rockocoesque’ sur les planches du Cirque royal. Illuminations puisées aux sources de leur deuxième opus, « Mirror Mirror », produit par l’excellent Dimitri Tikovoi (Placebo, The Horrors, Sharko, John Cale…)

Tout d’abord, un décor. Une scène minutieusement architecturée de huit miroirs, de néons blancs et d’une énorme boule à facettes. Lieu planté, côté jardin, d’un clavier, d’un violoncelle, de deux flûtes traversières et, côté cour, d’un percussionniste et de trois violons. Au centre, le chef d’orchestre, Jamie McDermott. Un ensemble qui magnifie de sa belle synchronisation chaque note émise par la guitare acoustique du leader charismatique. Un travail de concordance stupéfiant ! Un univers extraterrestre construisant un pop orchestral baroque et classique grimé de gestuelle théâtrale, de poses statuaires, de fanfreluches décadentes, de maquillage fantaisiste, de costumes intemporels… Jamie McDermott définit d’ailleurs lui-même son concept : ‘Je me suis intéressé aux liens entre la mode et la musique, à la façon dont la musique et les arts peuvent ouvrir sur un autre monde.’ Un spectacle atypique qui synchroniserait dans le maintenant pur de cet espace sans rivages la musique classique baroque, la pop spatiale de Bowie, le rock pompier de Queen. Non lieu sonore où les symphonies pop de Scott Walker converseraient avec le chant sophistiqué d’Anthony Hegarty (Anthony and The Johnson). Un spectacle qui habiterait le décor cinéma de « The Rocky Horror Picture Show ».

Un cabaret pop précieux qui assume et cultive une certaine forme visuelle du kitsch et de l’excentricité sur "My Friend Joe" ou "Splish! Splash! Sploo!" alternant cependant avec des morceaux plus classiques ("Forget The Past", "In This Shirt" ou "Nuclear Skies"). D’autres, enfin, surprennent par leur sérénité. Ainsi, "The Tide", chanson poignante, bouscule les âmes par ses envolées finales de cordes. Lyrique, glam, précieuse, la musique de The Irrepressibles ne sombre jamais dans l’ultra-sulfureux et se fond souvent dans le timbre élégiaque du contre-ténor britannique.

Et le concert de s’achever tendrement sur un rappel orné d’un visuel drapé d’un fond de scène rouge vif où seuls la claviériste et le chanteur anglais apparaîtront en ombres chinoises. Touché ou non par cette représentation surréaliste, le spectateur ne sort pas indemne de cette expérience.

21h30. MLCD monte sur les planches du Cirque Royal pour livrer le concert belge le plus attendu de cette année musicale 2010. Deuxième représentation seulement (NDR : le premier concert s’était déroulé la veille à la Caserne Fonck de Liège) pour exposer les trames singulières de son opéra pop. Ceux qui d’ailleurs ont eu la chance d’assister au concert livré en bord de Meuse, en rêvent encore. Vidéos, animations, orchestre, costumes… MLCD conjugue avec une aisance remarquable la musique et la magie du cinéma, mais aussi du théâtre.

Trois années de travail intensif qui prennent enfin corps au milieu d’une scène minutieusement meublée. Une fiction accompagnée de metteurs en scène, de vidéastes, de scénographes narrant la vie torturée de Brian Wilson (leader charismatique des Beach Boys) et prêtant un supplément d’âme aux symphonies ‘dictaphoniennes’. Symphonies sublimées par l’orchestre du conservatoire de Liège. Un travail minutieux où tous les acteurs artistiques font merveilleusement corps et observent une synchronisation digne d’un horloger suisse entre musique et projections. Musique qui donne astucieusement vie aux images (NDR : vidéo projetée sur 47 cubes érigés en pyramides) habitées par Redboy. Lieu fantasmagorique où le chanteur-guitariste devient acteur de sa propre narration et incarne le fantôme de Brian Wilson. Un exercice schizophrénique merveilleusement réussi.                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

Alternant le rouge et le blanc, cet espace visuel est habilement organisé et habité, côté jardin, d’un orchestre sous la direction d’Hélène Cambier, de la basse hyperactive de Xavier Guinotte et, côté cour, du clavier de Louis Leback ainsi que de la batterie de Jérôme Compère. Au centre, la remarquable présence scénique de Redboy déchire radicalement la ‘toile’.

Entre rêve et réalité, les quatre de bord de Meuse feuillettent les pages de la vie passionnante du musicien californien, en empruntant le talent narratif d’un Tom Waits. Neuf morceaux savoureux au sein desquels ils injectent une énergie brute et communicative et qui ne peuvent laisser indifférents. “He’s not there”, “What are you waiting for », “Shine on”… joués avec plus d’intensité et de puissance que sur l’album n’accorde aucune seconde de répit à vos tympans. Un visuel et une musique qui flirtent avec la perfection !

Ce spectacle-concert froisse le confort des certitudes lisses et vous tourmente l’âme. Il vous convie dans l’œil même du cyclone d’un destin que disloquent tous les vents en furie de la schizophrénie, où se déchaînent des démons qui fracassent la conscience et l’attirent sans pitié dans les abysses les plus sombres d’un océan cauchemardesque. Mais tout n’est pas vents et furie, il est des crêtes du destin où l’on aime surfer indéfiniment…

Une performance impressionnante qui, espérons-le, encouragera d’autres groupes nationaux à se lancer dans des projets aussi ambitieux…

Organisation Botanique

My Little Cheap Dictaphone (BE) + The Irrepressibles (GB)

 

Dum Dum Girls

I Will Be

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A l’origine, Dum Dum Girls était le projet solo de Kristin Gundred, alias Dee Dee (NDR : un clin d’œil aux Ramones ?) Penny. Un patronyme qu’elle a créé en contractant une compo d’Iggy Pop et une autre des Vaselines. Respectivement « Dum Dum Boys » et « Dum-Dum ». Puis elle a décidé de fonder un groupe. Exclusivement féminin. Et à l’attitude fondamentalement rock’n’roll : cuir, rouge à lèvres et tutti quanti. Frankie Rose, une ex-Vivian Girls et Crystal Stilts, Jules et Bambi Rose, vont ainsi compléter le line up.

Pour enregistrer leur premier album, le quatuor a reçu le concours du célèbre producteur Richard Gottehrer. Pas un illustre inconnu, puisque sa carte de visite mentionne la mise en forme d’œuvres de Richard Hell, Blondie, The Go-Go’s, The Fleshtones, Dr Feelgood et The Raveonettes). Ce qui devrait quand même vous donner une petite idée du style musical proposé par les filles. Des références ? Le garage, la noisy, le punk et la pop sixties, mais également lo-fi. Des noms ? Shangri-Las, Ronettes, Jesus & Mary Chain, Times New Viking, Vivian Girls et un zeste de Cramps. Et en imaginant une Katy Perry sous un déluge de fuzz, vous ne faites pas tout à fait fausse route.

Conjuguées à l’unisson, les harmonies vocales sont délicieuses. Et puis il y a la voix un peu mystérieuse de Dee Dee qui confère un charme particulier à ces petites bombes pop impétueuses, instinctives, d’à peine 2 minutes 30, qui se succèdent en une trentaine de minutes. Les mélodies sont contagieuses (NDR : tout particulièrement « Everybody’s Out » et « Oh Mein M », ce dernier morceau interprété dans la langue de Goethe) et la rythmique est infernale. Enfin, il fallait s’y attendre, la production n’est pas très lisse. Et pour que votre info soit complète, sachez Nick Zimmer, des Yeah Yeah Yeahs, est venu donner un petit coup de guitare sur « Yours Alone ».

En live, lors des Nuits Botanique, ce 12 mai, à la Rotonde, en compagnie de Male Bonding.

 

Trans Am

Thing (1)

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‘C’est toujours pareil. Trans Am était là avant (…) Il est tellement incroyable d’être toujours en activité, 15 ans plus tard. Mais, rien n’a vraiment changé sur ce disque’. Ce sont les déclarations du groupe issu de Bethesda (Maryland), à l’issue de la sortie de leur nouvel opus.  Trois années après avoir publié « Sex Change », Nathan Means, Philip Manley et Sebastian Thomson sont de retour. Leur style ? Toujours aussi anticonformiste. Faut dire que depuis le début des années 90, les Américains pratiquent un cocktail de post/math/kraut/etc./rock singulier. Leur MySpace nous éclaire quelque peu sur cet etc., puisqu’il mentionne d’autres critères référentiels, comme le funk, le metal et la pop germanique. Tout un programme !!!

Cet album a failli ne jamais paraître. Et pour cause, il était destiné à la B.O. d’un film qui n’a jamais vu le jour. Pas de révolution chez « Thing ». Les rythmiques sont toujours aussi précises et véloces. Elles constituent d’ailleurs la marque de fabrique de Trans Am. Synthés bien présents ainsi que cordes de guitares sauvages et tonitruantes, complètent le décor sonore, caractérisé par une maîtrise instrumentale impressionnante. Mais c’est lorsque le climat se fait menaçant que le combo devient le plus performant. A l’instar de l’excellent « Black Matter ». Ou du morceau, final « Space Duck ». Car sur les autres plages, le suspense est tellement tiré en longueur, qu’il finit par ne plus produire le moindre effet. A conseiller exclusivement aux inconditionnels.

En concert ce 8 mai à Bruxelles, dans le cadre des Nuits Botanique.

Benjamin Biolay

Benjamin, LE Superbe !

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‘Benjamin Biolay ne fait rien comme les autres et pas grand-chose pour qu’on l’aime’ ! J’avais lu cette phrase au sein d’un article, mais je ne me souviens plus de sa source. N’ayant que ma curiosité à opposer à ces paroles pas très ‘sympathiques’, je me demandais qui donc et surtout pourquoi on pouvait bien véhiculer ce genre d’affirmation gratuite… N’étant jamais si bien servi que par soi-même je décidai donc de vérifier la véracité ( ?) de ces propos.

Bien avant son entrée en scène, Biolay avait convié un duo bruxellois plutôt insignifiant pour ouvrir l’appétit d’un public éclectique où jeunes, moins jeunes et pas jeunes du tout même se pressaient afin d’entendre ce ‘mutant’ de la chanson française. Ses géniteurs seraient tous deux… masculins, le premier pourrait être Gainsbourg dont il aurait hérité le don des mélodies, le sens de l’orchestration et… la clope souvent suspendue aux lèvres. Le second pourrait être Bashung à qui il aurait hérité de la voix à la fois chaude et rocailleuse ainsi que la facilité d’écrire des textes d’une beauté et d’une justesse incomparables. Et puis, n’aurait-il pas eu comme ‘nounou’ Etienne Daho qui lui aurait laissé comme bagage le sens du rythme pop des eighties ?

Encore tout auréolé de son trophée aux victoires de la musique et à peine sorti d’un scandale médiatisé à souhait par la presse people, le plus mélancolique des sombres chanteurs français avait mis les petits plats dans les grands jeudi soir à Lille. Devant une salle comble (NDR : deux mille personnes entièrement dévouées à sa cause), l’ex-mari de Chiara Mastroianni, en compagnie de laquelle il avait signé un elpee de duos piquants et amoureux, nous l’a joué dandy, tendre et sensuel à souhait.

Benjamin sait que le public sera chaud/bouillant dès les premières notes et mots qui émergeront de l’obscurité. Et il se fait désirer pendant près de 40 minutes. Après les petits zakouskis sans saveur servis par le supporting act, de quoi encore faire monter la pression. Et inévitablement, dès les premiers accords de « Pour écrire un seul vers », c’est le délire dans les travées de l’Aéronef. Pari gagné pour ce beau brun un peu timide, réservé, qui remercie gauchement, et dix fois plutôt qu’une, ses admirateurs.

Un piano à queue noir trône au milieu de la scène devant un décor romantico-baroque, dont les pans de murs aux hauteurs différentes sont recouverts de feuilles d’aluminium qui scintillent aux rythmes des ballades chaloupées du ‘quintet biolesque’. Cinq, ils sont cinq pour donner vie au monde musical de Benjamin.

Une harpiste/violoncelliste/choriste, deux guitaristes, un batteur et un claviériste/touche à tout (utilisant le theremin, espèce de scie musicale) démontrent par cette richesse instrumentale, toute l’étendue du talent affiché par le beau Lyonnais. Le sixième c’est lui, seul au piano pour quelques morceaux plus intimes dont le sublime « Ton héritage » et une fois, une seule à la trompette, dos au public comme gêné de souffler, peut-être, dans un instrument un peu ringard aux yeux de ses fans…

Il faudra cependant plus d’une demi-heure pour que la tension, espèce de vernis dont est recouvert Benjamin, se craquelle. Enveloppé dans une timidité, une gêne quasi palpable, le trentenaire ténébreux lâchera enfin les chevaux à partir de « Lyon presqu’île » mais surtout « Prenons le large », repris en chœur par une salle en ébullition. 

Jouant à saute-mouton dans son répertoire, alternant le piano-voix (« Nuage Noir », « Novembre toute l’année », « Négatif »), les ambiances vaporeuses (« Même si tu pars »), la pop eighties (« Si tu suis mon regard », « Qu'est-ce que ça peut faire ? »), le déchirement glacé (« Night shop »), les boucles électro (« L'espoir fait vivre ») ou la nostalgie dansante (« Lyon Presqu'île »), Benjamin se remue, complètement décomplexé à présent, levant le poing plus souvent, et sur « A l'origine », finit même par se rouler par terre en vociférant, dans un tonnerre de guitares-batterie très réussi.

Deux heures passent hélas très (trop) vite et au vu du catalogue musical de Benjamin Biolay, on aurait volontiers écouté une dizaine de morceaux en plus ; car c’est réellement un très grand compositeur, un musicien hors pair et un arrangeur exceptionnel qui nous fait face ce soir.

Quatre rappels seront accordés dont le splendide « Padam », mais en guise de clôture, définitive cette fois, en duo avec sa complice harpiste, il nous délivre le déjà mythique « Brandt Rapsodhy » évoquant une liaison par post-it interposés ; et il met le doigt là où ça souffre, passant des éclaboussures d’un grand amour à une déchirure brutale.

Une fin dramatique pour un spectacle tout en nuances, sombre et lumineux, mélancolique et mélodique.

Quel est le con qui a dit : ‘Benjamin Biolay ne fait rien comme les autres et pas grand-chose pour qu’on l’aime’ ?

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