La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Bénabar les regarde danser…

Bénabar est de retour et nous propose un nouveau single intitulé « Elles dansent », un titre fondamentalement pop, joyeux et émouvant, qui raconte une histoire de famille ou d’amis dans laquelle chacun pourrait se reconnaître : un moment de joie et de liberté…

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Fireside

On écoute vraiment de tout : d Aphex Twin à Tchaikovsky?

En Suède, Fireside est un groupe de rock plutôt connu, qui arpente les scènes en compagnie des Hives et des Hellacopters, des amis d'enfance et de tournée. Ici, la réputation du quatuor est encore à faire : si on parle souvent de " feu " pour les décrire, c'est de feu d'allumettes, d'un incendie qui peine encore à s'embraser… Mais " Get Shot ", un sixième album bourré de chansons faciles à chanter et de refrains malins, devrait changer la donne. " Allô, les pompiers ! Y a la maison qui brûle ! " : avec son rock énervé mais pas minet, Fireside met le feu à nos tympans. Les jeux de mots faciles, ça nous connaît… Encore un : " Il n'y a pas de fumée sans feu ". Autrement dit : derrière ce rock enlevé se cachent sûrement des types bien, qui ne demandent qu'à mieux se faire connaître. Nous avons voulu en avoir le cœur net, direction… Leuven, pour une interview-vérité. Juste avant un concert furibard, le bassiste Frans Johansson a répondu à nos questions. Et révélé que malgré cette violence qui sourd de leur musique, ils sont d'adorables personnes. Et de sacrés buveurs de bières.

Votre nouvel album est fort différent des précédents : il sonne davantage comme un mélange de pop, d'EMO, de folk et de rock psychédélique… Qu'en penses-tu ?

Oui, je suis d'accord… Sauf en ce qui concerne l'EMO ! Je pense qu'il est le résultat d'un bon mélange de pop songs et d'éléments plus rock… Tu sais, on écoute autant les Beatles que les Stones, même si les gens pensent qu'on écoute des trucs plus violents…

C'est clair qu'il y a toujours une tension dans votre musique, entre calme et violence, mélodies pop et passages plus colériques. Comment faites-vous pour garder cet équilibre ?

Je ne sais pas… On écrit juste des chansons : c'est assez simple, en fait… L'un d'entre nous vient avec un riff, par exemple, et on essaie de créer une chanson autour, de développer une idée. Le principal, c'est que la chanson soit bonne. On ne pense pas à cet équilibre dont tu parles… Si elle sonne bien, c'est OK : on garde le titre… Suivant ! On ne se dit jamais avant de se lancer dans l'écriture d'une chanson : " Essayons de faire sonner ce morceau comme ceci ou comme cela ", on vient chacun avec son truc, et puis tout le monde y va de son commentaire, on rajoute une ligne de basse, un couplet, de la voix par-ci par-là, … Rien de très révolutionnaire !

Il n'empêche que cet album marque une cassure, non ? Vous étiez plus " hardcore " dans les années 90…

C'est vrai que de 1992 à 1995-96, on nous rattachait à cette scène hardcore… Mais ce n'est pas de notre faute ! Il s'agit d'un amalgame : en Suède cette scène était très vivace, et comme on jouait dans le même circuit de salles, on nous a rapidement catalogués " hardcore "… Même si cette étiquette ne nous a jamais collés à la peau : on n'a jamais été un groupe " en colère ", ce genre, on voulait juste être considéré comme un groupe de rock ordinaire… Mais le fait de jouer fort, et voilà vous êtes hardcore !

Fireside existe donc depuis plus de dix ans…

En 1992, Kristofer (ndr : Astrom, le chanteur) et Pelle (Gunnerfeldt, le guitariste) ont fondé le groupe, et m'ont demandé de les rejoindre, tout comme Frederic (drummer à l'époque et remplacé depuis par Per Nordmark). C'était juste un hobby : on jouait ensemble pour le fun… Mais dès nos premières répétitions, la musique sonnait vraiment bien ! N'empêche, c'était juste pour se marrer : quand t'as 17/18 ans, que tu joues dans un groupe de rock, c'est vraiment le pied ! Que demander de plus ? (Il sourit comme un enfant)

Qui a produit ce sixième album ?

Kalle Gustafsson Jerneholm des Soundtrack of Our Lives. Jusque là, on produisait nous-mêmes nos albums, mais pour celui-ci on a voulu un vrai producteur, de manière à pouvoir davantage déléguer. Passer plus de temps à se relaxer et à essayer de nouveaux trucs… Kalle est un peu le cinquième membre du groupe, il vient avec des idées, et tout le toutim… Et puis c'est un bon ami, donc c'était vraiment sympa de travailler avec lui.

Vous êtes connus en Suède, mais beaucoup moins ici…

Oui, c'est exact : ici on joue en général devant 300/400 personnes… Mais j'espère que cet album va changer le cours des événements ! Mais ce qui est cool, c'est qu'ici les gens se lâchent beaucoup plus en concert. En Suède, c'est moins chaud, les gens ne bougent pas, sauf dans les festivals.

Pensez-vous profiter du garage-punk revival, et de la notoriété de vos voisins de palier, The Hives, The Hellacopters, Turbonegro,… ?

Je pense que c'est une bonne chose, même si je ne sais pas si on fait partie d'une quelconque " scène rock suédoise "… Il y a toujours eu des bons groupes rock en Suède. La seule différence aujourd'hui, c'est qu'ils sont maintenant en couverture des magazines anglais ! Ce revival a commencé en Suède en 1995/96, mais c'est seulement aujourd'hui qu'on en parle en dehors de nos frontières ! Les groupes que tu mentionnes sont nos amis. Je les aime bien. Certains sont meilleurs que d'autres, certains sont franchement mauvais… Turbonegro, par exemple, est un sacré bon groupe.

Pelle a produit The Hives, tu as joué avec The Soundtrack of Our Lives, et Kalle de ce même groupe a produit votre album… C'est clair qu'il y a une réelle entente entre vous ! C'est valable aussi pour les autres groupes ?

Oui, parce que la Suède est un si petit pays : tu finis par rencontrer tous les autres groupes… Evidemment tu t'entends plus avec certains qu'avec d'autres. Soundtrack of Our Lives, The Hellacopters : ce sont des groupes qui jouent depuis tellement longtemps… C'est normal qu'on les connaisse ! Bon, maintenant il y a toute une flopée de nouveaux groupes qu'on connaît un peu moins, mais il suffit en Suède de jouer dans un festival, et tu sais vite qui est qui ! (rires)

Et pas seulement en rock, mais aussi en country-folk, en électro, en nu-jazz…

Ouais, il y a beaucoup de ces songwriters folk-americana… Un peu trop à mon avis ! (rires)

Justement : Kristofer a sorti des albums solos beaucoup plus folk que ce qu'il écrit au sein de Fireside… Est-ce important pour lui de garder cette indépendance, d'avoir ce projet plus personnel ?

Il s'agit de deux choses complètement différentes. Il fait des trucs de son côté, et ça ne nous regarde pas. Fireside n'a rien à voir avec ses projets personnels. Nous sommes un groupe. Kristofer, c'est Kristofer, point barre.

De quand date cette carrière solo ?

1996/97. A cette époque on tournait tellement qu'il en a eu vraiment marre… C'est la raison pour laquelle il a entamé une carrière solo en compagnie de Hidden Truck (NDR : le nom du groupe qui l'accompagne). Pour faire un break. Je pense que ça lui a fait du bien… Il faisait ses trucs de son côté, et nous du nôtre.

Comment composez-vous au sein du groupe ?

Pelle et moi composons la musique, et Kristofer écrit les paroles.

Et Kalle, le producteur : avait-il vraiment un rôle primordial ?

Oui. Il était vraiment le cinquième membre du groupe. Il nous a vraiment secondés, en nous poussant à écrire les meilleures chansons possibles… Avec lui on les écoutait 500 fois, on y rajoutait des instruments, de nouveaux éléments, de nouveaux sons, etc. Et puis c'est toujours bien d'avoir un point de vue extérieur, et de pouvoir se concentrer uniquement sur ton boulot d'écriture. Ce qui n'était pas possible quand on produisait et enregistrait tout, nous-mêmes.

La chanson centrale de " Get Shot ", " I'm Coming Home ", surprend par sa mélancolie : voilà une chanson triste et lente au milieu de neufs hymnes pop rock bien enlevés. C'est délibéré ?

Oui. On voulait qu'il y ait une pause au milieu de l'album, sinon il aurait été trop rentre-dedans, constamment rentre-dedans… Un petit break, c'est bien : tu te relaxes, et puis ça repart ! (rires)

Cette chanson est assez proche des travaux solos de Kristofer…

Oui, je sais. Mais c'est Pelle qui l'a composée. Kristofer a juste écrit les paroles.

Ces textes semblent plus dépressifs quand il écrit pour lui, et parlent davantage d'amour. On a l'impression qu'il ne privilégie pas les mêmes thèmes selon qu'il écrit pour ses albums solos ou pour Fireside.

Chez Fireside, ce sont davantage des chansons punk-rock : les textes doivent être plus immédiats. Pour ses Hidden Truck, c'est plus passionné, désespéré. Mais je ne pense pas qu'il se dise " Je dois écrire comme ceci pour Fireside, et comme cela pour mes chansons solos "… Je pense qu'il écrit ses textes, et s'il les trouve bons pour Fireside, il les garde pour Fireside… De toutes façons, ce ne sont que des paroles !

La musique est bien plus importante ?

Non, mais les textes ne sont pas aussi importants.

Idem pour les titres ? Par exemple, " Swinging Sid's Chain Around " ne veut rien dire ?

Si, bien sûr ! C'est un hommage à Sid Vicious. Un jour il est entré dans une discothèque avec une chaîne, qu'il s'est mis à faire tourner au-dessus de sa tête, sur le dance-floor. Cela nous fait marrer ! Mais ce ne sont que des mots. On ne veut pas que les titres de nos chansons aient un rapport avec la musique. Du moment que le titre sonne bien, ça nous convient.

Et " Get Shot ", le titre de l'album ?

C'est une référence aux Happy Mondays.

Vous aimez les citations ?

Tu sais, on écoute vraiment de tout : d'Aphex Twin à Tchaikovsky…

En parlant d'électro, c'est un peu un des parents faibles de votre musique… Une option pour le futur ?

Pourquoi pas ? Même s'il y aura toujours de la basse, de la guitare et de la batterie ! Mais à l'aide de ce canevas, on peut faire ce qu'on veut, rajouter plein de trucs. En studio, on a l'habitude d'aller dans toutes les directions, d'expérimenter à tout va… Du moment que ça sonne bien, c'est tout ce qui compte.

La confection de cet album a nécessité beaucoup de temps ?

Un an rien que pour l'enregistrement ! Mais bon, c'est parce qu'on a fait pas mal de pauses ! (rires) Le seul problème qu'on a eu, c'est quand Kalle a dû nous abandonner pour partir en tournée avec The Soundtrack of Our Lives… On ne pouvait plus travailler sans lui ! (rires)

Les concerts, justement, c'est important ?

(redevenant sérieux) Absolument. C'est même la chose la plus importante. Tu rencontres tes fans, tu vois…

D'où vient l'idée de la pochette ?

Sympa, non ? On voulait qu'elle ressemble à ces pubs d'Absolute Vodka. La photo a été faite en une seule prise, sans retouches ni rien ! Et puis on voulait voir nos tronches chez les disquaires, parce qu'on ne s'était encore jamais montré en couverture de nos albums…

Merci Frans pour toutes ces précisions.

Y a pas de quoi.

Hollywood P$$$ Stars

Du porno, de l emo et Apollo : une vision de l'Amérique

Non, il ne s'agit pas du titre du nouvel essai de Norman Mailer. Ici, on a plutôt l'habitude de parler musique. Chez Hollywood P$$$ Stars, on est servi, d'autant qu'on n'a pas l'habitude d'entendre du vrai bon rock'n'roll en Belgique, à la sauce EMO (mais pas trop). En plus, Redboy et Anthony Sinatra ne sont pas nés de la dernière pluie garage revival : My Little Dictaphone pour l'un, Piano Club pour l'autre ; ces gars-là ne sont pas des novices. Mais cette fois, c'est donc du côté du rock le plus burné qu'on les retrouve. Hollywood P$$$ Stars qu'ils s'appellent : " ça claque ", comme dirait Anthony. Leur son aussi. Rares sont les groupes belges qui sonnent ainsi dans le rouge (leur couleur préférée), guitares en avant et tout le toutim. Ca fait du bien, comme s'envoyer un rail de coke la main au cul d'une starlette X… C'est une image, comme celle qu'affectionnent ces quatre Liégeois dont le premier EP, " All on the six ", vient de sortir. Entretien.

Quelle est l'histoire d'Hollywood P$$$ Stars ?

Redboy : Anthony (Sinatra, voix/guitare) et moi on se connaissait un peu de vue, parce qu'il organisait un festival à Liège, le 'Liège Rock', et qu'on se rencontrait régulièrement lors des concerts. Puis un jour, on est tombé sur une annonce pour participer au Concours Circuit. Mais il fallait rendre les démos deux jours plus tard… On s'est dit en rigolant qu'on ferait bien un truc pour le gagner, et voilà.

Anthony : Au départ on jouait déjà tous de la musique : lui dans My Little Cheap Dictaphone, moi dans Piano Club… Mais on écoutait aussi de la musique plus dure, et on avait envie de faire quelque chose qui aille plus dans ce sens.

R. : On a enregistré des morceaux en une après-midi puis on a rendu la démo et on a été sélectionné. Quinze jours plus tard, on accordait déjà notre premier concert pour le Concours, ce qui nous a obligé à trouver un bassiste et un batteur. Puis on a passé les éliminatoires jusqu'à la finale, qu'on a gagnée. Alors, tout s'est enchaîné super vite, et Hollywood a un peu pris le pas sur nos autres projets… Maintenant que c'est un vrai groupe, il constitue pour l'instant notre priorité.

Il n'empêche qu'au départ, c'était plus un défi entre potes.

R. : C'était un peu ça, mais on avait quand même la volonté et l'envie de faire un groupe plus rock à côté de nos groupes respectifs, avec des guitares électriques et tout le reste.

C'est vrai que vous sonnez résolument rock, et c'est finalement assez rare en Belgique pour le souligner… Il y a très peu de groupes en Wallonie et en Flandre qui sonnent ainsi " toutes guitares dehors ".

A. : C'est ce qu'on nous dit souvent. C'est vrai que lorsqu'on nous demande de nous comparer avec d'autres groupes en Wallonie, il y a clairement une séparation entre les groupes pop et tout ce qui est musique plus dure, genre hardcore/metal… Mais il n'y a pas de groupe rock, qui enchaîne mélodie et énergie. Pour trouver des groupes de ce style, il faut se tourner davantage vers l'étranger, les USA. Mais en Belgique, ouais !… Bon.

Vous parlez des Etats-Unis… Le rock US est une de vos principales influences ?

R. : En rock, on écoute quasiment que des groupes américains.

Anthony : On est très fan de la scène EMO, mais on n'a absolument pas envie de suivre ce chemin-là dans le sens où c'est vraiment un carcan duquel tu ne sors pas. On a toujours ces influences pop qui nous disent de mettre de la mélodie là derrière, même s'il y a beaucoup d'énergie. C'est très " guitares en avant ", mais on aime que ça reste des chansons avant tout, et que ça soit écoutable.

Quels groupes américains écoutez-vous ?

R. : Notre bassiste est un grand fan de Fugazi. Sinon Blonde Redhead, At the Drive In, Van Pelt, … Mais notre côté pop nous rattrape aussi ; et notamment des groupes comme les Strokes ou les Pixies. On n'est pas braqué : si on a envie de faire des morceaux plus calmes, on le fait. Comme les violoncelles sur " Apollo ". On n'a pas envie que les morceaux se ressemblent trop comme dans l'EMO : on essaie de se diversifier tout en gardant une ligne de conduite, une cohérence.

L'imagerie, le nom, les titres des chansons, … Ca va dans le sens de cette cohérence ?

A. : En fait, quand on a commencé le groupe, on avait deux idées en tête : la première, c'était le style musical, la deuxième, c'était le concept de l'image. On voulait un nom très fort parce qu'on savait qu'en Wallonie, si tu veux qu'on fasse attention à toi, il faut des choses qui claquent. Et on a voulu que ça claque dès le départ. Donc le nom " Hollywood Porn Stars ", qui semble un peu gros comme ça, c'est un peu un cliché du rock… Mais on aime utiliser les clichés du rock : les gros solos à plusieurs guitares, les cordes,… Même si on garde cet esprit de faire des chansons " sérieuses " : on n'est pas The Darkness.

R. : Ca peut être pris pour du second degré, mais on avait vraiment envie d'avoir un concept et une imagerie qui soient cohérents aussi bien au niveau du style que de l'attitude : les T-shirts, les morceaux, les pochettes,… On avait vraiment envie d'un tout homogène qui dégage une image forte et dont on se sent proche.

A. : Ce qui ne veut pas dire qu'on est à plat ventre devant les Etats-Unis, en suppliant d'y aller un jour. On n'est pas du tout dans ce trip-là. On aime juste une certaine idée de l'image et de l'esthétique américaines, sans pour autant en partager les idées politiques.

R. : Les textes, comme celui d'" Apollo ", parlent d'une façon désabusée de l'industrie musicale, du star system. " Betty " parle de Betty Page, la pin up un peu trash des années 50… Tout est un peu lié à ça… Mais c'est ainsi qu'on ressent le groupe depuis le début.

Vous êtes signés sur Soundstation, un label basé à Liège. Etait-ce un choix évident pour vous, vu que vous venez de la région ?

A. : Les affinités qu'on a avec la Soundstation, c'est surtout au niveau de nos choix musicaux.

Redboy : Et puis tous les gens dans le milieu rock indé à Liège se connaissent. Fabrice (NDR : Lamproye, boss du label), on le connaît bien via l'Escalier et la Soundstation, les deux principales salles de concert rock à Liège.

A. : Ca nous plaisait bien de travailler avec lui. Au niveau de la proximité et de la communication, c'est beaucoup plus facile de discuter avec des gens qu'on voit tous les jours que de venir à Bruxelles et essayer d'y organiser une réunion… Enregistrer près de chez nous, c'était une idée qui nous plaisait.

Depuis quelques années se développe à Liège une nouvelle scène rock, vivace et prometteuse, dont vous faites partie. D'où vient le fait selon vous qu'il y ait tant de (bons) groupes à Liège ?

R. : On est tous des passionnés de musique. On se voit souvent, on sympathise, et c'est ainsi qu'on a envie de faire de la musique ensemble, parce qu'on partage des points de vue, on va aux mêmes concerts,…

A. : Il y a aussi cette idée de collectif (NDR : le collectif Jaune Orange), où les groupes travaillent l'un pour l'autre, dans le sens où chacun se pousse. Il n'y a pas de jalousie. On essaie de faire en sorte que les groupes évoluent, s'entraident.

Peut-on parler d'une " nébuleuse " rock à Liège, au niveau des groupes, des associations, des médias, du public ?

R. : Notre bassiste écrit dans Nameless. Le gars qui fait nos lights aussi. Tout est lié : ce sont toujours les mêmes personnes, les fans de rock indé à Liège.

Anthony : En fin de compte, c'est la proximité des gens et des affinités musicales qui fait qu'à Liège ça bouge.

Marcel et son Orchestre

Les sept samouraïs de la musique divergente

Écrit par

Les Marcel et son Orchestre revendiquent " le droit à être multiple, la sympathie pour le débile, l'antipathie pour le stérile " ! Le ton est donné. Mais sous leurs airs de " mauvais garçons ", les sept musiciens ne sont pas aussi " légers " qu'ils n'y paraissent. Rencontre avec un groupe généreux…

Comment définiriez-vous un collectif de divergence ?

D'être curieux de tout, et spécialiste en rien. Pour nous, un collectif est synonyme de famille, et tous les musiciens qui ont joué avec nous depuis la fin des années 80 font toujours partie de cette famille. Disons que notre idée est d'afficher nos divergences, d'être capables de se moquer des ennemis de la liberté, et de faire du rire une arme. Même si cette année, peu d'événements nous ont fait sourire, il fallait montrer, coûte que coûte, que nous pouvions en rire, et que les conflits, quels qu'ils soient n'auraient pas raison de notre bonne humeur. En l'occurrence, nous avons été marqués par ce nouveau gouvernement ( " demain pour payer ses P.V / faudra la paye d'un député / et pour éviter la prison / avoir un statut d'exception " ), en particulier par le conflit des intermittents. Il n'y a pas beaucoup de subvention en musique, et pour résumer on nous annonce la mort des groupes. Comment font les groupes qui débutent sachant qu'il n'existe aucun statut de musicien amateur ? Autrement dit, un groupe qui joue dans un café est considéré comme un travail au noir. Il y a donc un vrai problème. Mais heureusement, le rire tue la peur…

Que vous inspire Nolwenn qui était invitée à chanter sur le plateau de la braderie, juste avant votre concert ?

En soi, la variété ne nous gêne pas. Par contre, il est très difficile pour les groupes de faire des concerts et monter sur scène. Alors qu'on nous laisse au moins la rue ou des occasions comme la braderie pour faire monter sur scène des groupes, et mieux encore, des groupes régionaux. Mais nous avons rencontré Martine Aubry, à qui nous avons exposé cela. Elle s'est engagée à faire une charte culturelle, ce qui est plutôt bien. Mais il est temps que la politique cesse d'être une opération de séduction. Nous attendons des actions. Sinon, nous reprenons comme Coluche, l'idée que nous préférons la grossièreté à la vulgarité. Et il n'y a rien de plus vulgaire que de faire chanter des Lolita de 9-10 ans déguisées en femme ; il n'y a rien de plus vulgaire que ce culte de l'artificiel, et de cette loterie musicale télévisuelle. On ne tient plus compte du travail, et on nous fait croire qu'en trois mois, on peut devenir chanteur. C'est d'ailleurs un thème que nous évoquons dans la chanson " Minimum requis " ( " Les gagnants du jeu fascinant / pondent des hits si croustillants / que quand ils nous chantent " je t'aime " / on en regrette Stone et Charden ") de notre nouvel album " Un pour tous…chacun ma gueule ".

Le déguisement est devenu un rite pour les Marcel et son Orchestre. A chaque tournée un nouveau déguisement ?

Oui et non. En réalité, nous portons ce que nous trouvons, et parfois, nous mettons des déguisements qui datent ! Mais le déguisement nous permet de rentrer dans la peau de personnages et peut-être d'être encore plus extravertis sur scène. Cela s'explique aussi par le fait que nous sommes dans une région où le carnaval est très important, et nous pourrions nous définir comme un " carnaval itinérant ". Enfin, nous étions fascinés par un groupe qui s'appelait " Au Bonheur des dames ", et qui faisaient du twist en " costard cravate " ! Nous aimons le décalage, et pour toutes ces raisons, nous aimons le déguisement, qui enlève aussi l'identité, et par conséquent amène à une certaine égalité.

Quels thèmes n'aviez vous pas encore abordé et que l'on retrouve dans " Un pour tous…chacun ma gueule " ?

L'acné, les vieux garçons, et plus généralement, tous ces gens ordinaires qui sont vraiment extraordinaires car ils ont le courage d'être eux-mêmes ! Nous abordons évidemment des sujets plus profonds et politiques, qui nous tiennent à cœur, notamment dans " Blasphème ", sur la religion dans ce qu'elle a de plus fanatique. Et puis entres toutes les dédicaces, nous avons voulu souligner aussi un triste événement : " Jean Yanne est mort, Brigitte Bardot est toujours vivante : quelle injustice ! "

 

 

 

 

Guided By Voices

La bonne musique se fait rare aujourd'hui.

Écrit par

‘Earthquake glue’ constitue le quinzième album de Guided By Voices. Une formation dont le leader, Robert Pollard, demeure le seul membre originel. Il en est aussi le leader, le compositeur et le chanteur. Avant de se lancer dans l'aventure GBV, Bob était instituteur. Au départ, c'est à dire en 1993, ce n'était d'ailleurs qu'un hobby. Mais progressivement, le public a commencé à s'intéresser à leur musique. Qui sera ultérieurement décrétée lo fi. Pourtant, GBV n'imaginait même pas pratiquer de la lo fi. Simplement, faute de moyens, ils enregistraient sur un quatre pistes. D'ailleurs, l'histoire a failli s'arrêter au bout du sixième elpee. A cause d'une situation financière que la formation va sauver en dessinant ses propres pochettes, à la main…

Robert revient sur cet épisode : " Ce disque devait être notre dernier. On en a enregistré 500 copies. Et on a dessiné les pochettes. Les 150 premières étaient élaborées. Parfois agrémentées de timbres. Puis on s'est un peu essoufflé. Et je regrette de ne pas en avoir conservé davantage. Il doit m'en rester quatre ou cinq exemplaires. Certaines personnes m'ont proposé de leur revendre à 1000 $ US pièce. Peut-être que dans le futur on recommencera l'opération. Je ne sais pas… " Les aventures insolites, le groupe les a cumulées à ses débuts. Pour le fun. Ainsi, afin de se créer un press book, le groupe n'avait rien trouvé de mieux que d'inventer ses propres interviews et d'organiser ses propres sessions de photos. " On pensait que c'était la meilleure manière de se faire connaître. On espérait ainsi que quelqu'un aurait pris la peine de nous écouter. En fait, on n'imaginait pas que nous avions du talent. Avec le recul, je me rends compte que les questions n'étaient pas bonnes. Et les réponses non plus ".

La lo fi, Robert reconnaît que le groupe en pratiquait à ses débuts. A une époque où le groupe était inconnu. D'ailleurs lorsque le public a découvert Pavement, il y a belle lurette que GBV en avait fait son pain quotidien. Et par la force des choses, le groupe a été intégré au circuit. Robert acquiesce : " Oui, nous avons fait partie du mouvement, mais nous n'en sommes pas les précurseurs. Je crois qu'il faut en attribuer la paternité à Robert Johnson. Je n'ai cependant jamais considéré GBV comme un lo fi band. En fait, nous n'avions pas suffisamment d'argent pour enregistrer en studio. Personnellement, j'estime que la lo fi est l'extension ultime du punk. Pas besoin d'être un virtuose du manche ni d'être un grand technicien de l'enregistrement pour le pratiquer. Il y a un bon bout de temps que nous ne pratiquons plus ce style musical. Je ne dis pas que nous n'y reviendrons pas un jour, mais je me vois mal retravailler avec un quatre pistes ". Propos confirmés par la mise en forme des derniers opus du groupe. Et en particulier 'Isolation Drills', produit par Rob Schnapf (Beck, Elliott Smith) en 2001, et surtout 'Do the Collapse', par Ric Ocasek, en 1999. Depuis 'Universal Truths & Cycles', paru l'an dernier, la production est assurée par le groupe et Tim Tobias, le frère du nouveau bassiste. Dans leurs studios Cro-Magnon, à Dayton (Ohia). Bob précise : " Sur le test pressing que tu as reçu ne figure pas notre single US 'My kind of soldier'. Nous l'avons ajouté. Il s'agit de la seule chanson que nous n'avons pas produite. Elle l'a été à Chicago, dans les studios de Steve Albini ". Mais pourquoi ne plus avoir fait appel à Ric Ocasek ? " Parce que nous souhaitions avoir le contrôle de notre musique. Pour travailler avec Ric, nous avons dû nous rendre dans ses studios dans le Tennessee. Le son y est trop fini, trop uniforme. Et nous préférons que chacune de nos chansons soit un peu différente. Qu'elle ait du relief ! D'autre part, Ric est une rock star. Il a la classe et mène un certain train de vie. Il bosse en col blanc. Le second en bleu de travail. Avec Ric, le climat était austère ; il ne nous aurait jamais suggéré de boire un coup. Au contraire, il nous en aurait empêchés. Etait-ce dû aux injonctions du label ? Je n'en sais rien ! Toujours est-il qu'en compagnie de Tim, c'est l'inverse, il nous arrive de s'arrêter pour décompresser et de prendre un verre. C'est plus cool ".

Malgré son départ en 1997, soit après l'enregistrement de 'Mag Earwhig!', Tobin Sprout et Robert sont toujours en bons termes. D'ailleurs, ils continuent à travailler sur un projet commun : Airport 5. Simplement, la méthode est un peu différente, puisque Tobin qui habite aujourd'hui dans le nord du Michigan, à neuf heures de Dayton, compose la musique dans son studio 'Fading Captain Series'. " Lorsqu'il a terminé, il me transmet les maquettes pour que j'y ajoute les lyrics. Puis nous travaillons les mélodies. Ce système fonctionne bien. J'ai utilisé la même méthode, l'an dernier, pour concocter un album en compagnie de Mac Mc Caughan de Superchunk, 'Go back snowball'. J'aime ce type de collaboration. Tobin est un chic type. C'est bien de rester en contact. Il manque à nos fans… "

En général, les artistes détestent qu'on leur attribue des influences, qu'on cause de leurs références. Pour Robert, ce n'est pas un sujet tabou. Au contraire. Il est même flatté qu'on trouve à son dernier opus, 'Earthquake glue', des affinités avec le Who voire avec le Genesis de Peter Gabriel. Le Who ? Parce que c'était un groupe à hymnes. Et Bob d'ajouter : " 'Who's next' et 'Quadrophenia' sont les albums que je préfère chez le Who. Nous reprenons même 'Baba O' Riley', sur scène. J'ai toujours été fasciné par la puissance de leurs cordes. Sur scène, je balance le micro, un peu comme Roger Daltrey. Oui, définitivement, le Who est une influence majeure. Et puis, nous avons encore besoin d'eux, n'est ce pas ? Genesis ? Leurs quatre premiers elpees sont excellents. Tout le monde est étonné que j'en parle. Parce que leur influence n'est pas très évidente. C'est vrai, qu'elle se limite aux lyrics et aux mélodies. Parce qu'à l'époque, ce type de prog rock accouchait de très longues compositions. On avait même l'impression qu'un seul morceau était découpé en plusieurs chansons. J'apprécie moins le travail de Peter en solo. De cette scène prog, j'ai beaucoup aimé le King Crimson, et puis aussi Vandergraaf Generator. Enfin, je n'ai pas peur de dire que j'aime le Queen ". Une chose est sûre, Bob prend plus son pied à l'écoute de vieux albums qu'à travers la scène contemporaine. " Aujourd'hui, les musiciens pensent plus à la technologie et au recyclage. A mon avis, ces concepts ne correspondent plus à l'esprit du rock. Leur vision est trop à court terme. J'ai même parfois l'impression d'avoir déjà entendu les mélodies. Leur progression de cordes est fatigante. Evidemment, je dois reconnaître qu'il est plus difficile de faire preuve de créativité, aujourd'hui. De se renouveler. Pour l'instant, j'entends trop rarement de bonnes chansons. Il y en a certainement, mais je n'ai plus la patience de fouiller dans les bacs des disquaires. La bonne musique se fait rare aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle je préfère écrire des chansons moi-même. Je ne prétends pas qu'elles sont toutes bonnes. Mais je m'efforce d'y parvenir. Je suis peut-être resté coincé dans l'univers des années 60 et 70 ". Paradoxal, mais les mélodies des nouvelles compositions d' 'Earthquake glue' ne sont pas immédiatement contagieuses. Robert s'explique : " Lorsqu'on accroche instantanément, l'effet à tendance à disparaître assez rapidement. Un bon album nécessite plusieurs écoutes pour se l'approprier. A l'instar de tous les grands elpees que j'ai pu écouter. Ce qui signifie que j'ai peut-être gagné en maturité, en tant que parolier. Aujourd'hui, j'attends que la chanson soit terminée avant de la présenter au groupe. Aussi bien sur le plan de la structure qu'au niveau des textes. Je n'écris plus aussi rapidement qu'auparavant. C'est vrai que les idées me viennent tout de suite. Mais j'ai appris à prendre le temps de la façonner, à devenir plus patient afin que de m'assurer que le produit soit bien fini. Ce qui explique que je prends plus de temps pour écrire, qu'auparavant. Et puis mes chansons ont tendance à devenir plus longues. Pas trop longues, quand même. Pas de 20 minutes comme dans les 70's. Trois à quatre minutes suffisent. Pas davantage. "

Pour compléter le tableau, sachez que Robert apprécie beaucoup Lou Barlow et Colin Newman. Le premier, parce que c'est un bon songwriter qui possède une voix fort intéressante. En pleine phase lo fi, ils ont partagé la même scène. " Mais on ne savait pas toujours qui devait ouvrir le concert pur l'autre. A l'époque, nous avons rencontré de sérieux problèmes de communication ". Il aime le travail solo de Colin Newman. Wire aussi, évidemment. " Je suis content que le groupe se soit reformé avec de nouvelles idées. Ce n'est pas parce que le groupe s'était séparé que je ne m'intéressais plus à leur sort. Personnellement, j'estime qu'il s'agit d'un des groupes les plus intègres sur la scène rock. C'est le genre de groupe qui ne commet pas d'erreurs, même s'il a accompli des choses que j'aime moins. Je les apprécie à leur juste valeur. L'intelligence du groupe est d'être parvenu à se ressourcer sans trop de bouleversement. Le changement dans la continuité, quoi ! "

Les musiciens de GBV ont participé au tournage d'une vidéo des Strokes. " Parce que ce sont des bons amis " rétorque Robert. " Ce sont des fans de GBV. Et nous sommes fans des Strokes. Au départ, je n'étais pas chaud pour y participer. Mais le management nous y a forcés, sans quoi, ils l'auraient refilé à Weezer. Nous ne voulions pas que ce soit Weezer qui nous dame le pion. Et on a collaboré à cette vidéo… "

Merci à Vincent Devos

 

TTC

Pour nous le rap, c est de la musique électronique.

" Ceci n'est pas un disque " était un des albums rap de 2002 : rarement aura-t-on pu entendre telle 'déconnade' intelligente, parce que oui, ça existe. Teki Latex, Tido et Cuiziner, secondés par Orgazmik aux platines, nous ont redonné une bonne raison d'écouter du rap français, sans clichés ni foutage de gueule. Bénéficiant d'une production détonante (DJ Vadim, Tacteel,…) et d'invités triés sur le volet (Dose One, La Caution,…), " Ceci n'est pas un disque " nous changeait enfin du commun exercice de gangsta rap parigo singeant son cousin d'Amérique. En plus, c'est drôle (les paroles, pleines de cadavres - vraiment - exquis), futé et affûté (les beats, inventifs). A l'occasion de leur passage aux Nuits Botanique (le mercredi 24, avec Detroit Grand Pubahs), nous les avons rencontrés. Attention : ceci n'est pas une interview.

" Ceci n'est pas un disque ", un hommage à Magritte ?

Teki Latex : La peinture flamande et nous, c'est une longue histoire… En fait, c'est flamand ou wallon ?

Il est de la Wallonie profonde.

T.L. : " Il est de la Wallonie profonde " ! Alors arrête un petit peu de dire des conneries sinon ils vont te casser la gueule ! (Il désigne ses amis) Euh ! Matisse… non : Magritte, on l'aime bien. Même si on le confond avec Matisse.

Parce que Magritte, à l'époque, incarnait un peu la révolution picturale… Est-ce que TTC est une révolution au niveau du rap français ?

T.L. : C'est la Révolution française. On a pris les baïonnettes et on est allé buter de l'aristo, et…

Orgazmik : Et ils m'ont récupéré à Versailles au passage.

T.L. : Non, sérieusement… Ce n'est pas vraiment la révolution. On n'a rien inventé. On essaie juste de faire de la bonne musique.

N'empêche qu'il y a beaucoup de jeux de mots dans votre musique, qui…

T.L. : (nous interrompant) On doit tout à Dr. Dre. Et à Death Row Records. Et à Suge Knight. On leur doit tout. C'est du gangsta rap, ce qu'on fait.

Alors, quoi ! ? TTC : rap français ou hip hop international ?

T.K. : C'est du hip hop de chambre.

Pourquoi ? Parce que " (Je n'arrive pas à) danser ", c'est un hit dans ta chambre ?

T.K. : Voilà, exactement. Et parce que c'est dans la chambre qu'on se reproduit, et c'est important de se reproduire pour la survie de l'espèce humaine. Euh ! Donc, voilà : hip hop pour faire l'amour. Vous pouvez faire l'amour à votre copine en écoutant TTC, ça marche.

C'est un concept qui a déjà été pris, 'tention !

T.K. : Ben oui, mais… A partir du moment où on peut contribuer à cette grande chose qu'est la reproduction humaine, et ben on le fait.

Certes, mais là on s'égare. Que pensez-vous de la scène hip hop américaine, de labels comme Anticon, Def Jux, qui expérimentent à tout va ? Vous avez collaboré avec Dose One sur " Pas d'armure "…

T.K. : J'aime beaucoup.

O. : (crachant une fumée à l'odeur de chanvre, et sur un ton nébuleux) Oui, moi aussi.

T.K. : On trouve que ce sont des gens qui font de la très bonne musique et qui mériteraient d'être encore plus écoutés. Et découverts.

Qu'est-ce que ça vous apporte d'être signés sur un label anglais, Big Dada, par rapport au fait d'être un groupe de rap français ?

T.K. : Ca nous apporte des prostituées, des jeunes filles en rut qui viennent à la sortie des concerts avec des minis T-shirts " Big Dada ". On les avait pas avant, mais depuis qu'on a signé, elles sont folles de nous ! (Redevenant sérieux) Non, ça nous apporte la gloire. Ca nous apporte le fait d'être distribué dans 30 pays. Et ça, c'est génial ! Des rencontres, des opportunités. Des gens qui s'intéressent à nous parce qu'ils s'intéressent à toutes les sorties du label et qui vont tendre plus facilement l'oreille que si nous avions été signés sur un label indépendant ou sur un label plus commun avec moins d'identité. Ca nous apporte beaucoup de satisfaction.

Comment vous positionnez-vous par rapport à la scène rap française, et qu'est-ce que vous pensez de ce genre de grande messe hip hop au Stade de France, etc. ?

T.K. : Les grandes messes au Stade de France, c'est très bien. C'est pour la paix urbaine, et nous on se sent vraiment concerné, parce qu'on est urbain.

C'est marrant, parce que les artistes alternatifs ont un point de vue différent du public : ils pensent que musique alternative et musique commerciale peuvent cohabiter.

T.K. : Oui, je pense que c'est de plus en plus le cas.

O. : (cassé) Oui, tout à fait.

T.K. : Justement, on parlait tout à l'heure de Def Jux et d'Anticon, des labels auxquels la presse porte un intérêt croissant. C'est bien ! Ca prouve que ça peut exister aussi. Je pense que tout peut coexister. Après c'est vrai que parfois ça fait un peu mal au cœur de voir certaines personnes sauter certaines étapes et s'autoproclamer " MC's " alors qu'ils se sont un peu moins creusés le cerveau que d'autres… Et ils y arrivent parce que c'est un emballage et toute une stratégie marketing qui sont dus aux majors… Mais ça ne sert à rien de se lamenter là-dessus : on préfère faire notre musique dans notre coin.

Sur quel genre de radios êtes-vous diffusés en France ?

T.L. : Sur Radio Nova, et les radios associatives.

O. : Oui, en province, y a plus de radios qui passent TTC.

On vous sent fan de culture populaire : d'où vous vient cette admiration pour les super héros de la TV, genre Leguman ?

O. : C'est l'époque où on est né qui fait que voilà, on a été bercé par cette culture. Donc c'est logique après que cela se retranscrive dans ce qu'ils disent… Et puis en plus, toute la musique électronique a été créée à cette époque-là.

T.L. : Les jeux vidéo…

O. : Finalement, ce qu'on fait, c'est qu'une évolution de ça.

T.L. : On a été très traumatisé par les années 80.

A côté de ça, vous construisez vos chansons comme certains réalisateurs leurs films. " Pas d'armure ", c'est confus, sans véritable linéarité, comme du David Lynch, et " Reconstitution ", ça ressemble à " Memento "…

T.L. : Ouais ! Ca nous influence. Comme les discussions qu'on peut avoir avec les gens. L'art pictural. La bande dessinée. Tout est musique. Tout est idée. Tout nous inspire.

D'où le fait que vous utilisiez toute une panoplie de techniques d'écriture, comme de production.

T.K. : On accorde beaucoup d'importance au style. Tout doit être fait avec style, sinon ça n'a aucun intérêt. Peu importe la musique ! Comme je dis toujours, on ne condamne pas tel ou tel artiste pictural parce qu'il a dessiné un arbre plutôt qu'une maison. Nous, on essaie d'expérimenter à tous les niveaux, son, écriture, flow, attitude, image, … Pourquoi se limiter ?

Cuizinier : (qui déboule enfin) Bonjour ! Je suis Cuizinier, du groupe TTC !

Enchanté… Le fait de rapper avec une voix suraiguë, ça va dans ce sens-là ?

T.K. : Aussi. Cette recherche d'originalité. Quand j'ai commencé à avoir ce style-là, c'est parce que je cherchais à avoir mon truc à moi, mon terrain à moi. Emmener les gens sur mon terrain.

Et ça rejoint cette idée de passion pour la culture populaire, qui vient de l'enfance.

T.K. : Oui, aussi. Ca peut être les marionnettes de mon enfance qui me faisaient peur. Finalement, la ligne est fine entre cette voix-là (il prend sa voix de scène, tel un gros Titi) et l'autre.

Quel a été l'apport de DJ Vadim sur " De Pauvres Riches ", et celui des autres producteurs ?

T.K. : C'est tout le temps différent, avec chacun d'entre eux.

Pourquoi DJ Vadim par exemple ?

T.K. : Parce qu'on admire son travail, parce que…

C. : (qui l'interrompt) Avant que l'on arrive chez Dj Vadim dans sa gente demeure, nous n'avions aucune idée de ce que nous allions fournir à l'auditeur (ça rime, c'est magnifique en plus). Donc figure-toi qu'on a pratiquement écrit sur place, on avait une très vague, mais lointaine (!), idée de ce qu'on allait produire chez lui. C'est inhérent à TTC, dans la continuité de la création de l'album… Et alors Vadim, pourquoi lui ? On a fait appel à 7 producteurs différents pour essayer de varier un maximum, que l'auditeur ne se lasse pas, et avant tout que (avec Teki Latex) nous-mêmes…

T.K. : … ne nous lassions pas.

Ce qui est très fort chez TTC, c'est quand la musique et le flow se superposent parfaitement, comme sur " Montée d'adrénaline " au niveau des coupures.

T.K. : C'est vrai ! J'aime beaucoup ce morceau : il y a une recherche constante du rythme dans le flow chez TTC, qui est très influencée par la scène californienne, des gens comme Freestyle Fellowship qui ont tout de suite traité le hip hop comme une forme de jazz. Jouer avec les rythmes impliquant des instruments comme la trompette, ce genre… Jouer à se compliquer les choses finalement, pour donner quelque chose de vivant.

C. : C'est la même démarche que Q-Bert peut avoir avec les scratches.

T.L. : Et qu'Orgazmik, notamment sur " Leguman ", où il fait parler Leguman à l'aide de scratches.

Finalement, les frontières entre rap et musique électronique sont de plus en plus floues (même si au départ le rap est de la musique électronique). On pense à Warp et Lex, par exemple.

T.K. : Pour nous le rap, c'est de la musique électronique. Les deux se rejoignent. On est de plus en plus influencé par la musique électronique, et on collabore de plus en plus avec des gens de la scène électronique. On apprécie énormément ce que font les gens de Warp, et par extension les gens de Lex. On a fait un morceau avec Tes, et Tacteel, qui a produit " En soulevant le couvercle " sur notre album, figure sur la dernière compilation de Lex, " Lexoleum 3 ".

Ca fait de vous un groupe unique en son genre, en tout cas en France. Sans parler de vos textes… C'est pas de la pierre poncée comme on peut en avoir dans la variété. Qu'est-ce que vous pensez par exemple de types comme Manu Chao, au discours un peu " cheap " ?

C. : Il faut savoir que Manu Chao, il n'y a pas très longtemps, nous a refilé 100.000 euros pour qu'on ne dise aucun mal de lui.

T.K. : En tout cas, Manu : Chao à toi. C'est une blague facile, mais il fallait la faire. Non : pour finir, je dirais que peut-être la meilleure manière de revendiquer, c'est de le faire de manière déguisée et pas vraiment immédiate. C'est peut-être ce qui marque le plus les gens.

 

Robert Wyatt

L'impressionnisme musical de Robert Wyatt...

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Six longues années après la sortie de " Shleep ", Robert Wyatt nous revient avec un nouvel album, ' Cuckoland ', un disque enregistré à Londres, dans les studios de Phil Manzanera, pour lequel il a reçu le concours d'une belle brochette de collaborateurs : et en particulier le guitariste du Pink Floyd, David Gilmour, Paul Weller, Phil (NDR : bien sûr) ainsi que Brian Eno, deux musiciens qui ont sévi au sein du mythique Roxy Music. N'ayant pas encore reçu le nouvel opus au moment de réaliser cette interview, il me semblait donc judicieux de la tramer sur un fil semi-biographique. D'autant plus que cet entretien s'est penché à la fois sur le passé, le présent et l'avenir de l'artiste…

Fils de l'écrivain Honor Wyatt, Robert est né à Bristol, en 1945. Eveillé très jeune à l'art, et en particulier à la musique (à la maison, son père interprétait notamment des œuvres de Bartök ou encore de Hindesmith), Robert tombe paradoxalement sous le charme du jazz… Aussi bien celui de Thelonious Monk, Ornette Coleman que de John Coltrane. Le jazz, c'est d'ailleurs toujours son credo. Davantage que l'avant-gardisme. Pas pour rien que pour enregistrer son dernier elpee, il a également reçu le concours de la tromboniste Annie Whitehead, du saxophoniste Gilad Atzmon, et puis de Karen Mantler, la fille de Michael et de Carla Bley. Si, si, souvenez-vous de ' The Hapless child ', œuvre du couple, devenu depuis des amis, pour laquelle Robert avait également participé. Il travaille d'ailleurs encore régulièrement avec Michael. " Il vit maintenant au Danemark, et a écrit un opéra subventionné par le ministère de la culture de ce pays. J'y chante une chanson, 'Understanding' et tourné la vidéo de cette composition ". Mais le plus troublant procède de la présence de la fille, trente années après celle de la mère. " Karen possède le même type de voix que celle de Carla. En outre, elle joue de l'harmonica et a repris deux de ses titres, qui figuraient sur son album ' Farewell '. Mais c'est vrai que la situation est assez surprenante. On pourra l'écouter live le 8 novembre prochain à Charles-Mézières, dans le cadre de variations opérées sur certaines de mes compositions. Un projet dirigé par Patrice Boyer, qui va impliquer d'autres musiciens comme John Greaves, que je connais depuis fort longtemps, Sylvain Kassap, etc. Ils se sont déjà rencontrés, mais n'ont jamais joué ensemble. " Ce fameux ' The Hapless child ', Kevin Coyne y avait également contribué. Robert et Kevin s'apprécient beaucoup. Ils partagent d'ailleurs des goûts communs pour la peinture et la poésie. Ils ne se voient plus très souvent. Même très rarement. Surtout depuis que Kevin vit en Allemagne La dernière fois, c'était à Londres, il y a quelques années. Mais leur dernière collaboration remonte à 1980, pour l'album de Coyne, intitulé 'Sanity stomp'.

Les peintres et les poètes ont toujours davantage influencé Robert que les musiciens. Ses héros répondent au nom de Picasso et de Miro. Son épouse, Alfreda Benge est d'ailleurs peintre. C'est elle qui réalise les illustrations de ses pochettes. " Mon nouvel album est surtout instrumental. Il comporte des tas de textures et de tangentes, comme dans leur peinture. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire pour un peintre d'inventer les choses qu'il peint. Si tu peins quelque chose, c'est ta vision de cette chose que tu peins. " On entre ici dans le domaine de l'impressionnisme que Robert a toujours voulu traduire dans sa musique… D'ailleurs, lorsqu'il est entré à l'université, c'était pour y suivre des études de peinture. A Canterbury. Il y fait la connaissance des frères Hooper, de Mike Ratledge et de David Sinclair. Tout ce petit monde, rejoint début des années soixante par Daevid Allen et Kevin Ayers, décide de fonder un groupe : les Wilde Flowers. Des rencontres déterminantes qui déboucheront sur la naissance de ce qu'on va appeler la 'Canterbury school' : Soft Machine, Caravan, Hatfield & The North, etc. La Canterbury school ? Pas moyen de savoir si Robert a encore des contacts avec Daevid Allen ou Kevin Ayers. Ce type de question débouche sur un silence lourd d'interrogations. Les interviews de ses anciens acolytes avaient entraîné la même réaction. Quant à l'influence que cette scène a pu avoir aujourd'hui sur des groupes comme Sea & Cake ou Tortoise, il en est flatté. Mais il n'a jamais entendu parler de ces groupes…

Robert joue alors de la batterie et participe au chant. Mais il apprend aussi à jouer du piano du violon et de la trompette. Après avoir enregistré quatre albums, Robert quitte le Soft Machine, qui à ses yeux a pris une trop forte coloration froide et technique. Après avoir commis un premier elpee solo ('The end of an ear') en 1970, travaillé sur ceux de Syd Barrett, Daevid Allen ou encore Kevin Ayers, mis un nouveau groupe sur rails en 1972, Matching Mole, responsable de deux opus, il tombe accidentellement du troisième étage d'un immeuble. Il devient alors paraplégique. Au cours de sa convalescence, il conçoit son deuxième album solo, 'Rock bottom'. Une œuvre qui paraît en 1974. Littéraire et incisive, elle sera consacrée en France par l'Académie Charles Cros. Un disque produit par le drummer du Floyd, Nick Mason, mais dont la sortie a été permise par l'organisation d'un benefit concert. Cet accident va surtout donner une nouvelle orientation à la carrière de Wyatt. A partir de ce moment sa voix va devenir son principal instrument. Un falsetto clair, fragile, bouleversant, qu'il souligne le plus souvent d'un clavier fluide. " A l'origine j'étais un drummer qui chantait un peu ; puis, par la force des choses, je suis devenu un chanteur qui joue un peu de drums ". Et puis sa carrière, qui jusqu'alors s'articulait autour du groupe, va devenir individuelle. Un artiste solo qui va le plus souvent apporter sa contribution aux autres. Et les autres vont bien lui rendre. En plus de trente années, Robert Wyatt a participé à l'enregistrement de tellement de disques, qu'il serait fastidieux de tous les énumérer. Et, encore, en tentant de réaliser cette discographie, on finirait par oublier l'un ou l'autre détail. " Presque toutes les collaborations que j'ai reçues m'ont été proposées. Je ne demande pas non plus à mon entourage. Je suis trop timide pour solliciter les autres. Et même si je trouve génial d'avoir pu participer à autant d'expérience, j'en ai toujours été très surpris. J'essaie simplement de faire ce qu'on me demande. Parce que, par nature, je suis un solitaire. Un peu comme les peintres et les poètes. Ce n'est ni délibéré, ni un plan de carrière… "

En 1974, Robert se retrouve dans les charts britanniques avec l'interprétation retravaillée d'une composition de Neil Diamond, ' Im a believer''. Ce sera le début du conflit avec Virgin. " En fait, je n'imaginais pas ce que le label allait faire une utilisation commerciale de cette chanson. J'aimais beaucoup Virgin lorsqu'il était à l'échelle humaine. Mais manifestement, c'était devenu leur nouvelle ligne de conduite. Je n'ai jamais été dans le monde commercial. Je n'ai jamais considéré le business comme une fin en soi. J'ai toujours éprouvé des difficultés à communiquer avec l'industrie musicale. Ma conception de la culture est totalement étrangère à ce concept. Il est éprouvant de constamment devoir face aux pressions de managers qui veulent un hit ou quelque chose comme cela. Du moment que j'ai assez pour vivre décemment et accueillir mes amis, ça me suffit ".

En 1975, Robert participe également à un projet consacré à la musique contemporaine : ' Voices & instruments ' de Ian Steele et John Cage. Puis enregistre un post-scriptum à ' Rock Bottom ', ' Ruth is stranger than Richard '. C'est aussi à cette époque qu'il commence à se passionner par la politique et qu'il s'inscrit au parti communiste. Il considère ce mouvement comme la seule réelle alternative au changement. Dans le même temps, Wyatt passe par un état de doute généralisé. Il a l'impression que ses chansons, quels que soient les sujets qu'il aborde, ne changeront jamais la vie des personnes, et qu'elles servent uniquement à flatter son ego, voire à lui faire passer le temps. Il ne faut pas non plus oublier qu'au cours de la seconde moitié des seventies, le mouvement punk est en pleine explosion. Et la prog en plein marasme. Enfin, son état de santé semble de moins en moins compatible avec le côté harassant de la vie en tournée. Tout ceci explique le quasi silence de quatre années qui vont suivre. Et c'est paradoxalement la new wave qui va lui rendre des couleurs. La new wave intellectuelle et engagée, bien sûr. Celle des Raincoats (NDR : il participe à un titre de l'elpee ' Odyscape '. Sans oublier d'Elvis Costello qui lui écrit les lyrics de ' Shipbuilding ' (NDR : un pamphlet contre la guerre des Malouines). Wyatt commence alors à changer de fusil d'épaule, en manifestant davantage de sympathie pour la chanson pop. " Depuis que j'ai découvert la beauté de cette musique à la fois simple et populaire, j'ai une admiration pour les bons musiciens pop ". On le retrouve ainsi chez Working Week ou Scritti Politti, mais c'est aux côtés de Ben Watt, le futur leader d'Everything But The Girl, qu'il va se monter le plus actif. Dans le même registre, il reprend même en 1984, le célèbre ' Biko ' de Peter Gabriel, hymne à la gloire d'un martyr de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud.

Une constatation s'impose cependant, au cours de cette période, Robert n'en rate pas une pour crier tout haut ce que tout le monde pense tout bas, tout en affichant ses convictions politiques. Le plus bel exemple viendra de ce coffret de quatre singles, réunissant notamment des adaptations d' ' Auroco ', chant chilien dénonçant l'extermination des Indiens par les latino-américains, de ' Cainamera ', l'hymne national cubain, ' Strange fruit ', qui pleure les lynchages racistes perpétrés dans le sud de l'Amérique, ' Stalin wasn't Stallin ', chant de propagande pro stalinien, et une version très émouvante du ' At last I'm free ' de Chic. Des titres qui vont se retrouver sur l'album rouge, ' Nothing can stop us '. Le tout ponctué de la bande originale du film ' The Animals ', une œuvre cinématographique qui dénonce la cruauté envers les animaux, notamment dans le domaine de la recherche médicale. Paradoxe, Robert déclare ne pas être un 'protest singer', même si d'une certaine manière, il proteste. " Quand vous écrivez des chansons, ce qui se trouve dans les journaux au moment même me vient directement à l'esprit. C'est instinctif. Je ne suis pas rebelle, mais si les politiciens faisaient correctement leur job, les artistes ne devraient pas défendre le droit des peuples à la dignité. Je ne crois pas que les artistes puissent changer quoique ce soit au monde, mais quand on est conscient de certaines choses, on écrit des textes et le sujet vient naturellement ". Oui mais comment comprendre que des covers puissent refléter un sentiment personnel ? " Tout ce que je fais est personnel. Même mes reprises. Je pense que tout dépend de l'interprétation qu'on leur donne. Je pense qu'on peut tomber amoureux de certaines idées ou de certaines personnes. C'est une expérience très subjective. Et je reste fidèle à cette expérience ". Cette phase aboutit à l'enregistrement de ' Old Rottenhat ', un album minimaliste et douloureux, partagé entre chroniques acerbes et politiques, et plages limpides et aériennes. Un nouveau chef d'œuvre qui va pourtant passer inaperçu. Et six ans plus tard, c'est à dire en 1991, il remet le couvert avec ' Dondestan ', un disque sans doute plus abstrait et oppressant, mais toujours aussi bouleversant. Au cours de cette nouvelle pause, on n'avait cependant retrouvé sa trace que lors d'une rencontre avec Ryûichi Sakamoto et Brian Wilson des Beach Boys. Et en 1992, il atteint le paroxysme de sa période minimaliste sur l'EP 4 titres ' A short break ', dont il a réalisé l'enregistrement à la maison. Faut dire que Robert n'a jamais roulé sur l'or. " J'ai longtemps vécu dans la pauvreté. La pauvreté financière, pas de l'esprit. Mais aujourd'hui, je suis un peu moins pauvre (rires) ".

Au milieu des nineties, Robert commence à être de plus en plus attiré par les expérimentations technologiques. On le retrouve ainsi sur l'album d'Ultramarine (' United Kingdoms ') et de Millenium (' A civilized world '), un disque enregistré en Belgique, sous la houlette du maître ès techno, Jo Bogart, alias Technotronic. Fin 95, il chante trois titres du très beau ' Songs ' de John Greaves, avant de concocter ' Schleep ', un long flirt entre le jazz et la musique contemporaine, auquel participe Philip Catherine, dans des conditions forts similaires à son nouvel opus. Détail, mais il de l'importance, les sessions d'enregistrement de ' Cuckooland ' ont été opérées en deux fois. " Je me suis basé sur le timing des elpees. Les Cds sont trop longs ". (NDR : à mon humble avis, il devait parler d'un double elpee, puisque ce nouveau CD dépasse allègrement les 75'). Au même moment, une compilation consacrée à Wyatt vient également de paraître : ' Solar burn for you '. " Si ces deux disques sortent en même temps, c'est une pure coïncidence. Hormis une démo et deux nouvelles chansons enregistrées en compagnie de Hugh Hopper (NDR : un ancien Soft Machine !), le reste réunit des archives qui datent de plus de 30 ans : des sessions réalisées pour l'émission Top Gear de la BBC, la bande sonore d'un film expérimental, et un film tourné à la même époque… 

Pour Wyatt, le rock ne représente pas un véritable véhicule de l'expression personnelle. Bien sûr, il porte un intérêt évident à la musique, mais craint le narcissisme contraint de l'industrie. Il se considère simplement comme un chanteur, affectionnant emballer convenablement une chanson en fonction d'une qualité dépendante de la sélection et du contrôle de ses ressources ; et s'il a parfois choisi de s'exprimer avec une attitude politique consistante, il refuse d'entrer dans une catégorie, préférant se mêler à la foule, tel un guetteur anonyme. Pourtant, aucun autre artiste que lui n'est capable d'aborder l'abstraction avec autant d'humilité et de charme. C'est sans doute ce qui le rend aussi intemporel.

Evanescence

Evanescence, quand le métal se fait aérien

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Le phénomène Evanescence a gagné la Belgique. Propulsé par la B.O. du film Daredevil, l'élégant " Fallen " est disque d'or chez nous, fait relativement rare pour un groupe de métal. Comment définir la musique d'Evanescence et surtout expliquer son succès en ces jours où la majorité des groupes américains pour teen-agers se la joue punk en voiture de luxe? Présenté comme le premier album fusionnant rock gothique et néo métal, " Fallen " s'apparente davantage à la scène européenne des groupes à chanteuses (Within Temptation, Portishead, Lacuna Coil...) qu'à la mouvance des Sum 41 et autre Good Charlotte. Superbement ficelée, et gonflée par une grosse production, la musique hybride d'Evanescence est enrichie par des cordes judicieusement posées, de belles mélodies au piano, et une voix aérienne, celle de l'envoûtante Amy Lee.

De passage à Tilburg le 18 octobre dernier pour l'unique date, au Benelux, de sa tournée européenne, la nouvelle sensation américaine a enflammé la confortable salle 013. L'occasion de s'entretenir avec le leader Ben Moody peu avant son entrée en scène. (NDR : depuis, Ben a quitté le groupe)

Comment est née ta rencontre avec Amy Lee?

C'était en 1996. A cette époque, j'avais quatorze ans et je fréquentais un camp de vacances d'été, comme le font beaucoup de jeunes américains. Un soir j'ai entendu une magnifique mélodie au piano et une voix superbe. C'était une fille qui jouait, et après avoir attendu la fin du morceau, je suis allé la féliciter et me présenter. Nous avons longuement discuté de musique, je lui ai demandé si elle voulait faire partie de mon groupe car je cherchais une chanteuse. Elle fut tout de suite emballée. Pendant plusieurs années, nous avons composé ensemble, enregistré des démos. Il y a finalement de vieux titres sur notre album " Fallen " qui n'est dans les bacs que depuis mai 2003.

Votre succès a été fulgurant. N'est-ce pas une ascension un peu trop rapide?

C'est possible, mais cela fait tellement longtemps que nous attendons d'avoir cette reconnaissance. Nous avons créé notre propre identité, un son personnel, et c'est cela qui fait toute la différence entre Evanescence et tous ces groupes préfabriqués.

Le style d'Evanescence évoque une certaine scène européenne. Quelles sont vos influences?

Il est vrai que nous écoutons pas mal de musique européenne et nous admirons beaucoup des gens comme Björk ou Portishead. Mais j'ai grandi en dévorant les albums de Motley Crue, de Ratt et de Bon Jovi. Puis il y a eu la vague de Seattle avec Pearl Jam, Nirvana, Soundgarden. Il m'arrive même d'écouter Michaël Jackson, mais si vous achetez notre album, vous pourrez constater que ce n'est pas une influence pour nous.

Estimes-tu qu'Amy Lee soit votre meilleur atout?

Amy représente 50% d'Evanescence. Elle possède une magnifique voix et un charisme indéniable. Elle nous aide à nous faire remarquer, car aux USA, les groupes de rock avec une chanteuse ne sont pas monnaie courante. De plus elle a participé à l'écriture de la plupart des titres de l'album.

Comment se passe votre première tournée européenne et pourquoi avoir boudé la Belgique?

Le monde est si grand! Nous n'arrivons pas à répondre à toutes les sollicitations, mais c'est promis, nous passerons bientôt chez vous. Quant au public européen, il est bien plus réceptif que le public américain. Chez nous, les concerts sont banalisés, tandis qu'ici on sent que les gens n'attendent que ça. Dès que nous entrons en scène nous percevons cette poussée d'adrénaline dans la foule. Quelle motivation pour nous! C'est une sensation nouvelle qui génère une grande force pour chaque membre du groupe.

Merci à Vincent Devos

Wire

Interaction...

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Considéré comme un des groupes les plus déroutants et les plus novateurs apparus à l'époque du punk, Wire vient donc de se reformer pour la deuxième fois. Et d'enregistrer deux Eps et un nouvel album : " Send. Un elpee qui a la pêche. Le groupe a retrouvé toute l'énergie de ses débuts. Mais avec un groove plus contemporain ; un peu comme si le quartet avait décidé de flirter avec le heavy metal dansant. Pas du nu métal, mais du rock puissant et qui remue les tripes. Colin Newman, le chanteur guitariste, avait donc beaucoup de choses à raconter. Il ne s'en est pas privé, tout au long de cet entretien, ma foi, riche en enseignements.

Avant de sortir leur nouvel album, le groupe avait commis deux Eps : 'Read and Burn 1 et 2'. Nonobstant le sigle, ces deux disques ne font aucune allusion au rythm'n blues ; ou alors elle est vraiment involontaire. Trois titres de chaque EP se retrouvent sur " Send ", une situation inédite chez le quatuor insulaire, qui avait toujours pris le soin de ne jamais graver le même morceau sur des supports distincts. Colin s'explique : " Ils sont légèrement différents. On a élargi le concept via ces 'R&B'. Imagine que sur l'album ils symbolisent une couleur ; et bien sur les 'R&B' ils en reflètent une et demie. C'est différent, mais cette différence est minime. " Mais pourquoi cette distribution des Eps est-elle exclusivement réservée au net ? " Au départ, nous voulions mettre un 'six track' sur le web, afin que les fans puissent le télécharger. Pendant quelques jours. Mais le concept a remporté un tel succès, qu'on a été un peu dépassé par les événements. On s'est ainsi rendu compte que ces disques pouvaient être commercialisés Mais nous avions déjà établi le tracklisting de l'album, et nous ne souhaitions pas mettre tous les œufs dans le même panier. Nous voulions préserver notre patrimoine ; et en particulier conserver les morceaux que les gens n'avaient jamais entendus. Nous avons ainsi dû batailler ferme pour que les distributeurs ne puissent pas en disposer. Nous en avons écoulé lors de nos concerts et via internet. Si les gens avaient pu se procurer les deux Eps sur le marché, ils n'auraient pas acheté l'album. Seuls les fans purs et durs qui commanderont ou qui ont commandé les deux maxis via le web (http://www.posteverything.com/pinkflag) recevront ‘Send’ et un 'live' en prime. Nous sommes autant consommateurs que musiciens. Il faut penser à ceux qui achètent. Qu'est ce qu'ils vont avoir en main ? Les inconditionnels achèteraient l'opus, même s'il n'y avait que 4 nouvelles chansons. Mais nous voulions leur offrir un peu plus. Certains ont acquis le premier, d'autres le second, d'autres encore rien du tout. Et je ne pense pas que ceux qui ont acheté le 'R&B 1' et le 'R&B 2' voudront délier les cordons de la bourse pour se procurer l'album. " Colin s'exprime maintenant en tant que boss de firme de disques et artiste : " Personne ne nous dicte notre ligne de conduite. Nous sommes seuls maîtres à bord. Si nous nous étions adressés à un label, il aurait voulu sortir d'abord l'album, alors que nous voulions un Ep. Nous aurions alors dû prévoir un budget marketing conséquent et dépenser beaucoup d'argent. Ensuite lancer le disque sur le marché. Il aurait alors fallu vendre une tonne d'elpees pour récupérer notre mise. Ce n'est pas la seule manière de procéder. C'est la raison pour laquelle nous avons travaillé autrement".

Qu'est ce qui pousse Wire à se reformer périodiquement ? Un coup de fil ? Un calendrier de rencontres ? Une envie instinctive de réactiver la machine. Colin rectifie : " C'est beaucoup plus formel que tu l'imagines. Nous avions été invités à participer à une réception organisée pour la remise de distinctions. Elle doit s'être déroulée début 2000. Nous nous sommes rencontrés. On s'est revu. Et le groupe s'est reformé naturellement. Puis on s'est remis à la création. Mais au départ, on n'imaginait pas encore que nous allions revenir avec quelque chose d'aussi neuf en aussi peu de temps. Nous craignions que ce soit la galère. D'autant plus que nous ne voulions pas d'approche traditionnelle de la composition. Pour nous, c'était un mauvais plan ; et nous n'aurions pas bien fonctionné sous cette optique. Nous sommes donc passés d'abord à l'écriture. Puis on a laissé macérer. La plupart du temps, nous avons travaillé dans mon studio. Et on y a concocté tout ce qui a permis d'enregistrer les Eps et l'album. " Wire est donc toujours aussi inventif. Aussi bien dans la forme que dans le fond. Colin précise : " On nous reproche souvent de vivre dans l'abstrait. Mais il faut bien faire la différence entre ce qu'on veut dire par concret et abstrait. Par littéral et non littéral. Par premier degré et second degré. Notre objectif est de faire autrement que les autres. Il est de plus en plus difficile d'être différent de manière flagrante ; donc nous essayons d'apporter des petites touches différentes à notre création ; même si globalement, aujourd'hui, tout le monde joue de la même manière. Nous avons tendance à être réducteur. Si quelqu'un décide de couper un morceau en trois parties, nous n'en concéderons que deux. S'il a recours à trois accords, on s'en contentera d'un seul. Si sa chanson compte un refrain, nous en écrirons deux. L'analogie est subtile, mais nous nous engageons volontairement dans ce processus réducteur. Ce qui est une bonne façon de gagner de l'argent. Mais tu sais, nous pensons à autre chose qu'à la rentabilité… " Maintenant, combien de temps la nouvelle aventure de Wire va-t-elle durer ? Colin est confiant pour l'avenir. Il existe une structure formelle autour du groupe. Bruce et lui se rencontrent deux fois par semaine. Au studio de Colin. Ils accumulent les démos. Le travail ne se limite pas à écrire 'x' chansons et puis de mettre la clef sous le paillasson. Il est constant. Organique. Et comme ils bossent de manière continue, ils ont le loisir d'opérer des choix. D'élaborer de nouveaux projets (concerts, etc.) et d'expérimenter tout ce qui peut les influencer dans la création : " Il existe beaucoup de choses qui m'intéressent. Notre vision n'est pas unique. J'aime voir le résultat de l'interaction entre plusieurs composants. Voir comment ils se rencontrent. Observer le fruit de ces rencontres. C'est comme le monde, il n'est qu'interaction. Ce ne sont donc pas uniquement des choses simples, mais comment les choses communiquent entre elles. "

Cependant, que sont devenus les projets parallèles des musiciens de Wire ? Et en particulier ceux de Bruce Gilbert et de Graham Lewis ? C'est à dire Dome et He Said ? Les deux premiers appartiennent à l'histoire. Bruce travaille cependant sur un nouveau projet, en Suède. Duet Emmo, celui de Bruce et de Daniel Miller ? Il est au frigo. Colin rencontre encore le boss de Mute, de temps à autre, lors de l'un ou l'autre concert. Il ajoute : " Lorsqu'il me téléphone, c'est pour me demander quelque chose de spécifique. Bruce n'envisage pas de reprendre la collaboration pour l'instant. Peut-être l'année prochaine. Ils disposent encore de démos qui doivent être remodelées, car elles sont toujours à l'état brut. Mais il y aura une suite. "

Minimal Compact, vous vous souvenez ? C'était le groupe au sein duquel figurait l'excellente chanteuse Malka Spiegel, l'épouse de Colin. Un groupe cosmopolite que j'appréciais beaucoup, et qui a disparu comme par un mauvais enchantement. Je n'ai pu m'empêcher de demander à Colin des nouvelles de cette formation. Et il semble ravi que je lui pose cette question. " Ah, tu savais que j'étais l'époux de Malka ! Elle a enregistré trois albums solos. Un avec moi. Puis deux 12 inches sous le nom d'Emotion. Sans oublier son projet destiné à mêler art et musique. Concernant Minimal Compact, un réalisateur israélien a tourné un film sur l'histoire du groupe. Un documentaire fort intéressant. Il y a eu une première à Tel Aviv, voici 2 semaines. Ils ont parlé de refaire quelque chose ensemble. Enfin Samy, surtout. Les deux guitaristes sont de grandes stars en Israël. Et Berry (NDR : Sokhoroff), probablement une super star. Mais pas ailleurs. Ils ont accordé un concert prestigieux à Tel Aviv. Et ils vont probablement se produire aux Transmusicales de Rennes, à la fin de l'année. Mais j'ignore s'ils vont enregistrer quelque chose de neuf…"

Pour les références et les influences, il faut un peu poser la question à l'envers. En fait, fondé en 1976, Wire est une référence ou une influence pour de nombreux groupes. Lors de la sortie de sa trilogie indispensable ('Pink Flag', 'Chairs Missing', '154'), il a été taxé de Pink Floyd du punk. A cause de son approche psychédélique vaguement réminiscente de Syd Barrett. Pour Colin, le psychédélisme n'a rien à voir avec Wire. Il s'agit, pour lui, de musique sous l'influence de drogues. " La dernière fois que j'ai entendu parler de groupes pratiquant ce style, c'était à l'époque de l'acid house et du baggy. Depuis lors, je ne pense pas que l'on puisse encore parler de psychédélisme. En tout cas, je ne l'ai pas remarqué. " Et pourtant… Concernant Syd Barrett, Colin reconnaît que Wire a peut-être quelque chose de commun avec lui dans la tonalité, mais pas dans l'intention. Pour lui, Barrett était l'esprit, l'essence même du Floyd…

Mais que ressent-il lorsqu'un groupe ou un artiste se réclame de Wire ? La réponse fuse : " Tout est relatif. REM ? Il ne faut pas exagérer. Je ne voudrais pas que la responsabilité de ce qu'ils font nous soit attribuée. Je serais mal à l'aise. Nous ne le revendiquons certainement pas. Même si certaines personnes le clament. Peut-être à une certaine époque. Mais s'ils avaient persisté, ils n'auraient jamais eu de succès. Les Pixies ? Je ne les connais pas suffisamment. Mais j'ai lu que nous les aurions influencés. Certaines personnes seraient fières de cette situation. Nous en sommes conscients, mais nous n'en tirons aucune vanité. "

 Merci à Vincent Devos.

Nada Surf

Un très long mais beau voyage...

Nada Surf vient de sortir un live, enregistré à l'AB le 31 mars 2003. Nous y étions (voir notre rubrique " reviews "), et nous avions même interviewé Matthew Caws (chanteur/guitariste) lors de leur passage à Dour, en été dernier. L'occasion de revenir sur la genèse de " Let Go ", un des albums pop rock de 2002, et sur la carrière de Nada Surf, un des groupes les plus mésestimés de sa génération.

Votre album est sorti maintenant il y a quelques mois… Il marche plutôt bien, non ?

Matthew Caws : On est très content et très surpris ! Et très occupé aussi : on n'a pas arrêté de tourner depuis le 1er septembre (2002)… Ca n'arrête pas ! En tout ça fera 15 mois. C'est l'année la plus chargée de notre carrière. Ce qui est bizarre parce que les gens nous voient comme le groupe d'un seul tube… Mais en ce moment tout marche très bien : le public vient nous voir en masse. Nous sommes enfin acceptés pour ce que nous sommes vraiment : un groupe de plusieurs chansons, pas d'une seule.

Vous êtes donc en train de vivre votre période la plus active… Mais que s'est-il exactement passé avec " The Proximity Effect " ?

C'est une histoire très classique, à savoir que cet album est sorti au moment où c'était la fin d'un genre. " Popular " était tombé au bon endroit au bon moment, et notre maison de disque - une major - voulait un deuxième " Popular "… Il faut savoir qu'en 1998, toute cette ère de richesse alternative prenait fin. D'où la panique de notre maison de disque. 'Il nous faut un tube énorme', et bla bla bla : tu vois le genre… Quand on leur a fait écouter " The Proximity Effect " - un disque dont on était très fier et qui aurait bien marché, je crois -, ils l'ont mis au placard. On aurait pu faire semblant de rien et continuer notre chemin… Mais on voulait que ce disque sorte ! Donc on a attendu pour le sortir nous-mêmes. Et il nous a fallu un an et demi pour racheter les droits…

Ce fut une période d'intense frustration, je suppose ?

Absolument. Mais cet épisode nous a rendus aussi plus forts. Il nous a même permis reprendre une vie normale. Pendant deux ans, j'ai travaillé chez le disquaire du coin, tout en sortant tous les soirs avec des amis. Une période de ma vie assez relax et sans ambition, que je n'aurais jamais pu avoir avant. Parce que si je n'avais pas joué dans un groupe, il m'aurait fallu choisir une carrière et la suivre… Or, comme il y avait Nada Surf, je préférais ne pas être trop occupé au cas où… Il me fallait juste tuer le temps ! Et même si d'un côté cette transition peut être rapidement déprimante, elle était aussi une manière d'un peu ralentir les choses. Ce qui explique pourquoi " Let Go " est écrit du point de vue du type qui a une vie normale. Mais maintenant nous sommes repartis pour la vie surréaliste ! Nous habitons dans des autobus et des hôtels… Mon appartement et mon job de disquaire me manquent un peu !

Est-ce que cette période de ta vie a eu une incidence sur la manière de composer " Let Go " ? On vous sent plus unis que jamais…

C'est exact ! Tu connais l'expression : " Ce qui ne te tue pas te rend plus fort ". On prend un plus grand plaisir à jouer. Et puis c'était mieux que personne n'attende ce disque. Tu sais, moi, le matin, j'avais l'habitude de consulter mes mails pendant cinq minutes, pour me rappeler que j'avais un groupe : " Ah oui ! Il y a des gens qui nous adorent et attendent qu'on fasse un disque ! ". Puis je devais aller boulotter… Mais à part ça, il n'y avait pas grand monde qui se souciait encore de nous… Et c'est la raison pour laquelle on a pu faire ce disque si naturellement. Pour " The Proximity Effect " il y avait pas mal de pression, mais pas pour celui-ci. Maintenant par contre…

Pourquoi avez-vous choisi d'ouvrir l'album par une ballade toute simple, sans batterie ni basse (" Blizzard of 77 ") ? Pour marquer le coup, comme un nouveau départ ?

Tout à fait. Et aussi parce ce qu'elle ne dure seulement que deux minutes, et qu'on ne savait pas comment débuter l'album ! Et puis j'aime bien le fait que ce soit juste une guitare, parce que dès le deuxième morceau la basse et la batterie arrivent … C'est comme une ascension.

Et la chanson " Là pour ça " ? C'est la première de Nada Surf en français.

C'est Daniel (Lorca, le bassiste) qui l'a écrite. On avait accompli une très longue tournée en France, en compagnie de deux membres d'AS Dragon, et comme Daniel est plus francophone que moi, il a écrit cette chanson d'une traite, de manière très naturelle… On l'a repris sur le disque parce qu'on aime bien une certaine variété. Elle figure même sur les versions US et anglaise.

Ce qui surprend à l'écoute de ce titre, c'est qu'il semble couler de source : comme si le fait de ne pas être des francophones d'origine vous sauvait des tics du langage. D'où cette spontanéité qui fait plaisir à entendre… Et qu'on ne retrouve plus forcément dans la chanson ou le rock français d'aujourd'hui.

Ah ben c'est cool ça, je suis content ! Personnellement, je suis intimidé par la langue française. J'aime bien Gainsbourg, mais il est bien trop fort pour qu'on tente de s'y mesurer ! Comment veux-tu écrire en français après ce qu'il a fait ? Mais merci pour le compliment !

Quand Daniel chante " Vive la marée haute et vive la marée basse mais surtout vive la différence ", qu'est-ce qu'il veut dire exactement ?

Ben c'est la vie, quoi. Et le voyage entre les deux, c'est ce qu'on fait tous les jours.

C'est vrai que du premier album à celui-ci, ce fût un long voyage…

Un très long voyage, mais un beau voyage. Je crois en fait qu'on collectionne les clichés à la Spinal Tap : les camions qui tombent en panne, les managers de gros bizness, le tube, la chute, le come-back,… Ira (Elliot, batteur) et moi on a même fait de la taule au Texas pour détention de drogues ! Portant des uniformes à lignes noires et blanches, comme dans " O Brother Where Are Thou ? " (rires)

Comment t'es venue l'idée de la chanson " Blonde On Blonde " ? Comme tu le chantes : t'étais dans la rue, t'écoutais Dylan… et voilà ?

Oui, exactement : c'est une chanson très simple. Il pleuvait, je marchais, les autres gens marchaient plus vite… Mais ce que je ne dis pas dans la chanson, c'est que je traversais une période difficile dans ma vie. Mais j'avais un bon imperméable, et un de mes disques favoris dans mon discman, et tout à coup j'étais heureux. Ce n'est même pas un hommage à Dylan. C'est juste une berceuse. Même si j'adore " Blonde On Blonde " de Dylan, et que je l'adorerai toujours. Et chaque fois que je l'écoute, je ressens quelque chose de nouveau.

Lors de votre dernier concert à l'AB (dont est tiré le disque live qui vient de sortir), il était difficile de ne pas ressentir un certain décalage entre vos fans et votre musique (cfr review du concert). On dirait que vos fans ne grandissent pas en même temps que vous, comme si Nada Surf souffrait encore du malentendu " Popular ". D'autant que cette chanson est très ironique ! Il s'agit d'un double malentendu, en fait ?

Mouais, c'est vrai… Mais ça ne nous gêne pas. Le malentendu avec " Popular " au départ, c'était que les gens critiqués dans la chanson l'adoraient ! Les footballeurs, les cheerleaders, tous ces gens étaient présents dans le public lors de notre première tournée ! C'était marrant, mais en même temps assez flippant. Mais heureusement ils ne sont jamais revenus après ça ! Quant au fait que notre public soit jeune, c'est un fait… Mais il vient pour entendre les chansons de " The Proximity Effect " et de " Let Go ".

Vous pourriez pourtant aisément toucher un public plus mature ?

J'admets, mais ça vient. Lentement mais sûrement. Tu sais, notre nom sonne un peu californien, jeune. Même si sa signification est toute autre : " Nada ", c'est le rien. " Surfer sur le rien ". Sur le vide. Cela dire… (un temps) qu'on est des rêveurs. Comme si on n'était pas là, parfois. Au pire. Nous sommes plutôt déconnectés. Surtout quand on est en studio et qu'on écoute de la musique. L'explication est un peu embarrassante, mais en même temps elle nous fait passer pour des gens qui restent secrets, et j'aime ça. Tu peux continuer à découvrir des trucs en écoutant Nada Surf. C'est un peu le côté " culte " des choses. Mais le public plus âgé commence à venir, et c'est tant mieux.

The Kills

Les Bonnie & Clyde de la musique.

Alors que le concert des Kills du 11 juin prochain, à l'AB, est déjà complet, nous avons décidé de nous pencher encore une fois sur ce duo terriblement sexy, sorte de " Bonnie & Clyde " de la cause rock'n'roll, dont le premier album, " Keep on your mean side ", se révèle l'une des claques les plus jouissives de ces derniers mois. Violentes et primitives, hypnotiques et électriques, les chansons des Kills boutent le feu aux bonnes manières rock, faisant la nique à tous ces groupes qui croient que le rock n'est qu'affaire d'attitude. Pas de ça chez les Kills : VV (Alison Mosshart) et Hotel (Jamie Hince) n'ont d'autre arme que leur sincérité, plus quelques morceaux sauvages et rageurs, sans pathos ni paillettes. Et une rage impressionnante, face à la médiocrité, face à ce système qui détruit et humilie. Ce qui frappe chez ce couple, punk dans l'âme mais humble et sympathique, c'est ce dégoût de la société, qu'il tente d'exorciser dans ce rock serré, furieux et authentique. VV et Hotel vivent pour leur musique, d'une manière presque effrayante. Comme si leur vie en dépendait. Comme s'ils se sentaient investis d'une mission. Sauver le rock ? Bien sûr que non. Juste s'abandonner corps et âme dans ce qu'ils font le mieux : jouer une musique écorchée et diabolique, dompter l'électricité, lui faire subir les pires outrages, jusqu'au cri libérateur, cette explosion finale qui crame nos neurones et nous laisse, lessivés mais comblés, sur le tapis. Nous les avons rencontrés à Bruxelles, après leur excellent concert au Botanique.

Parlez-nous de vous… Quelle est votre histoire ?

Hotel : VV vient de Floride. La première fois que je l'ai vue, c'était à Londres : elle jouait dans un groupe (NDR : Discount), qui accomplissait alors en tournée en Angleterre… Mais je l'ai vraiment rencontrée dans un bar. Elle était assez timide, on ne se parlait pas… Quand j'ai vu son groupe sur scène, même si ce n'était pas vraiment mon genre de musique, j'ai été très impressionné : je n'avais jamais vu quelqu'un jouer comme ça. Le changement était incroyable : au niveau social elle était très timide et bizarre, mais une fois sur scène, on aurait dit qu'elle y était née. J'ai alors pris mon courage à deux mains et je suis allé lui parler. Nous avons alors fait une sorte de pacte : devenir les Bonnie & Clyde de la musique.

De quand date cette rencontre ?

H. : C'était en 1998-99… J'étais vraiment sous le charme de sa performance. Ce n'était pas la musique, genre disco-pop, qui m'avait touchée, mais elle seule. D'ailleurs elle n'en était pas l'auteur. Elle était un peu la mauvaise personne dans le groupe. La cinquième roue du carrosse

Pourquoi ces pseudonymes?

VV : Quand nous avons commencé à faire de la musique ensemble, on s'est dit " oublions ce que nous avons fait avant ", " faisons table rase du passé ". Nous avons décidé de nous appeler VV et Hotel dans cette optique, comme si nous étions de petits enfants… Ca n'a pas vraiment de signification, mais ça faisait partie de notre mentalité à ce moment-là.

H. : Lorsque nous avons démarré nous n'avions rien, nous étions enfermés dans une cave à jouer de la musique, nous n'avions aucune idée qu'un jour on pourrait s'intéresser à ce que nous faisions… Nous avions de réelles ambitions quant au groupe, mais nous n'avions jamais pensé que tout ceci pourrait se réaliser un jour… Ce n'est que maintenant, avec les interviews notamment, qu'on commence à y donner un sens. Mais à l'époque nous n'y pensions pas. Ce nom, cela symbolisait ce que nous voulions représenter… Maintenant nous devons le justifier, mais à l'époque c'était sans grande arrière-pensée.

Est-ce délibéré de jouer en duo, et cette manière de composer sans batterie a-t-elle une signification particulière ?

H. : Quand nous écrivons, nous jouons l'un pour l'autre, et nous tapons du pied pour donner le beat. On n'a pas besoin de batterie (un temps). Je n'aime pas la batterie.

Vous n'avez jamais pensé à engager un batteur ?

H. : Oui mais personne n'a rejoint le groupe. La batterie peut vraiment influencer le groupe et sa manière de sonner, et nous ne voulions pas de çà. Nous voulions juste une sorte de métronome, un beat basique, qui donne le rythme, à la Jesus & Mary Chain, ou comme chez Bobbie Gillepsie et Moe Tucker.

Votre musique est très brutale et très simple à la fois, ce qui crée un sentiment d'hypnose. Est-ce important pour vous d'arriver à ce son hypnotique, à cet état de transe ?

H. : C'est ainsi qu'on a fini par écrire. VV a une véritable envie d'écrire mais elle n'a pas de background : ce qu'elle fait avant tout, c'est frapper sa guitare. Aucune mélodie ne sort de sa guitare, mais c'est la façon dont nous composons la plupart de nos chansons, parce que cela reflète notre manière de jouer ensemble. On aime la répétition, la simplicité. C'est ce qui nous touche. VV aime par exemple le " 4-Track Demos " de PJ Harvey, Spacemen 3 et les trucs solo de John Cale… C'est le genre de trucs qu'on écoute souvent, à la fois binaires et puissants. Comme on n'est que deux, c'est tout naturellement vers cela qu'on s'est orienté.

Les paroles vont aussi dans ce sens…

H. : Les paroles sont très spontanées : je ne me souviens pas d'une chanson où nous nous serions assis en pensant à ce que nous allions écrire. Nous jouons et nous chantons à l'arraché, ce qui explique la simplicité de nos textes… Et aussi pourquoi la plupart d'entre eux sont stupides ! (rires). Je ne sais pas… Quand nous avons commencé à jouer à deux, nous ne pensions pas à écrire des paroles, à faire des enregistrements : nous aimions juste jouer. Après avoir joué pendant 2 heures la même chose, on finit par perdre toute son inhibition, et alors on chante des trucs auxquels on pense vraiment plutôt que de chanter des trucs qu'on pense qu'on devrait chanter. C'est le genre de limites qu'on a toujours voulu dépasser.

Quand on vous voit en live, on ressent bien cette perte d'inhibition. C'est un peu comme un trip.

VV : Je suis d'accord : c'est comme un road trip… Ca n'a rien à voir avec ce que nous étions en train de faire avant le concert, et pas davantage avec ce qui se passera après. Quand on est sur scène on ne pense à rien, on oublie ce qui s'est passé ce jour-là… Je ne sais pas vraiment l'expliquer mais c'est cool. J'attends ce moment toute la journée…

On a vraiment l'impression qu'en jouant vous vous libérez.

H. : Oui nous sommes très différents sur scène et dans la vie quotidienne. Mais ce n'est pas une performance. Plutôt une hibernation : pendant toute la journée on " hiberne ", on rassemble toute notre énergie jusqu'à notre montée sur scène. Certaines personnes savent pourquoi ils sont là, d'autres pas… Ceux-là cherchent toute leur vie la raison pour laquelle ils ont été mis sur terre. Moi je ne me suis jamais posé cette question : je sais pourquoi. C'est pour ces moments sur scène, quand on peut devenir à demi-fou, laisser sortir toutes ses inhibitions…

VV. : C'est incroyable cette sensation. Les jours où on ne joue pas, on devient presque fou. C'est comme une sorte de drogue…

On ressent aujourd'hui un nouveau regain pour le rock'n'roll. Avez-vous l'impression que ce revival n'est ressenti qu'ici, parce qu'aux USA on n'a jamais arrêté d'en jouer ?

VV. : Je n'ai jamais entendu parler des Strokes ou des White Stripes quand j'étais encore aux USA, mais bon ça fait déjà 3 ans que je vis en Angleterre. En même temps c'est super facile de jouer dans un groupe aux States : avec mon ancien groupe j'ai fait des tournées pendant 7 ans, sans que personne n'ait jamais entendu parler de nous… En fait, on peut facilement s'y cacher.

Ne pensez-vous pas que ce revival vous sert pourtant d'une certaine manière, grâce à la médiatisation ?

H. : (s'énervant) Je m'en fous ! Qu'est ce que ça veut dire le garage ? ! Plus personne aujourd'hui ne répète dans un garage ! Personne ne sait vraiment ce qu'est le rock'n'roll… L'idée qu'il y a une nouvelle révolution, c'est une blague, c'est de la foutaise… Nous jouons de la guitare depuis l'école, alors que tout le monde s'en foutait, car nous n'avions pas envie de faire ça pour l'argent, pour vendre, pour le succès. Pour nous, il n'y avait pas d'autre alternative : c'était notre seule façon de nous exprimer, d'évacuer nos frustrations. J'ai eu un autre groupe (NDR : Scarfo) avant The Kills, et on n'a presque rien vendu. Mais j'ai continué. Je n'avais pas de boulot pendant des années, j'étais au fond du trou et j'avais honte, mais je continuais. C'est peut-être devenu à la mode, mais j'en ai rien à foutre. On n'a pas sauté sur l'occasion, on n'est pas des opportunistes, on n'a pas triché, parce qu'on le faisait déjà depuis longtemps. Et dans l'indifférence la plus totale.

Vous semblez accorder beaucoup d'importance à votre liberté, à votre indépendance. Vous refusez tout compromis. Est-ce que des groupes comme Fugazi vous ont influencé dans ce sens ?

VV : C'était le premier groupe que j'ai écouté et je les écoute toujours. La liberté artistique et la liberté en général sont des notions très importantes. Ne pas devoir écouter ce que les autres disent, c'est important, car ça peut vous détruire… Nous avons été signés sur un petit label (NDR : Domino) pour presque rien, et donc on peut faire ce qu'on veut. C'était notre souhait… On voulait travailler avec des gens qui ont envie qu'on fasse ce qu'on a envie de faire, et qui ne nous disent pas ce qu'ils veulent qu'on fasse. Sinon, on ne parle plus de musique.

H. : Ce n'est pas comme si on s'était assis pour réfléchir sur notre façon d'agir… Si vous êtes végétarien, vous n'entrez pas dans une boucherie… On sait ce qui est juste pour nous et ce qui ne l'est pas. On n'est jamais allé voir chez les majors pour voir ce qu'on ratait… On savait quel label aurait un sens pour nous, lequel nous conviendrait. On voulait un label qui nous donne autant de liberté possible, un label qui soit aussi proche de nous que si on avait notre propre label, point barre. Maintenant, que certaines personnes nous prennent pour des idiots, on s'en contrefout. Si l'argent m'intéressait vraiment, je n'aurais pas perdu mon temps à faire de la musique… J'aurais fait quelque chose d'autre dont mes parents auraient pu être vraiment fiers…

Cette photo de Florence Rey sur la couverture de votre EP (" Black Rooster "), c'est symbolique de cet état d'esprit ?

H. : J'ai été touché par ce qu'ils ont fait (VV acquiesce), même si c'est affreux… (NDR : le couple Rey est à l'origine d'une sanglante virée ayant défrayé la chronique il y a quelques années en France). Ils sont le symbole d'un certain nihilisme…

Cela rejoint votre idée d'être les " Bonnie & Clyde du rock'n'roll "…

H. : Je lisais, il y a peu, l'autobiographie d'Eddie Sedgwick. Elle était une sorte de produit de son temps, formatée par la société, qui voulait une célébrité dans son genre. Elle a accepté d'endosser ce rôle, et ça l'a finalement détruit… C'est la même chose concernant Florence Rey. Elle est l'incroyable reflet de notre époque. Aujourd'hui, la société ne peut maîtriser les gens qu'avec des cartes de crédit… On peut toujours rabaisser les gens mais certains finiront toujours par réagir, parce qu'ils sont trop intelligents pour se laisser entuber (VV hoche la tête, l'air amoureuse)… Et çà c'est admirable. C'est pour ça que j'estime qu'il est difficile de condamner cette affaire. Je pense qu'elle représente bien notre société.

Ces prises de position, on ne les ressent pourtant pas dans vos textes.

H. : En effet, mais ça ne m'inspire pas d'écrire des textes dans ce sens… Il n'y a pas l'amour d'un côté, et la politique de l'autre. On ne passe pas de l'un à l'autre, c'est lié. Il y a de la politique, et de l'amour, dans chaque chose, dans chacune de nos discussions. C'est pour cela que je n'aimerais pas écrire des chansons exclusivement politiques : en fait, si on veut, il y a des chansons d'amour et des " protest songs " dans tout ce qu'on écrit…

VV, tu viens des USA, et Hotel de Grande-Bretagne : une union, en ces temps de guerre, qui peut prêter à sourire (ou plutôt le contraire). Qu'est-ce que vous pensez de tous ces artistes, justement, qui font de la politique via leur musique, comme dernièrement les Beastie Boys ? Saul Williams ou encore R.E.M. ?

VV : Je n'écoute pas ce genre de musique, et je ne regarde pas la TV ni n'écoute les infos.

H. : Quand Bob Dylan écrivait des protests songs, c'était nouveau. Maintenant c'est bourré de clichés… quant à le faire, autant que ce soit bon. Ca ne sert à rien de faire sa grande gueule, ça ne veut plus rien dire aujourd'hui, ce n'est plus radical. Il faut essayer de faire autre chose. La seule chose que ça veut dire, c'est que je fais partie de la société, et donc que je fais partie de la majorité.

Est-ce que la musique, le rock peut quand même encore, selon vous, jouer un rôle politique ?

H. : Elle peut jouer un rôle, mais ce n'est plus comme dans les années 60, quand la culture jeune pouvait faire passer un message par la musique, comme lors de la guerre du Vietnam. Mais ça n'arriverait plus aujourd'hui. Maintenant les temps ont changé : c'est le capitalisme, et tout le monde est d'accord pour amasser du blé, de quoi vivre confortablement et acheter des bières. C'est cela qui unit aujourd'hui les gens : ils ne sont plus unis par une protestation contre la guerre.. Il faudrait trouver des choses plus radicales, qui créeront un choc… Les choses sur lesquelles on s'appuyait dans les années 60 ne signifient plus rien aujourd'hui.

Pensez-vous pouvoir créer un tel choc, comme dans les années 60 ?

H. : Ce qui est intéressant à notre époque, c'est qu'on ne peut rien prévoir, tout est incontrôlable. Le seul départ confortable pour moi, c'est le nihilisme. Tout le monde est d'accord pour dire que la démocratie est quelque chose pour laquelle il faut lutter. En ce qui me concerne, je pense que c'est de la merde, mais bon… Si on est d'accord pour dire que la liberté est synonyme de démocratie et qu'il faut lutter pour ça, pour finalement se rendre compte que le genre de société qu'on veut est celle qui promeut un haut standard de vie, alors il faut vraiment accepter beaucoup de choses… Et c'est la merde. Nous devenons avides et peu scrupuleux, alors que c'est ce que nous avons construit. Si on y est opposé, il faut se mettre sur le coté. Et c'est ce qu'on fait. On joue de la musique, point barre. En regardant le monde voguer à sa perte.

Electric Six

Le sexe, c est plus de la suggestion que de l exhibition

Danger, danger ! High Voltage : les six malades d'Electric Six sortent enfin leur premier album, un concentré jubilatoire de rock'n'roll, de disco, de garage et de funk. Yeah ! Leurs riffs éjaculatoires, leur dégaine de rockeurs insomniaques, leurs textes hilarants : ça pète dans tous les sens, pour le plaisir des yeux et des oreilles ! Leurs 13 chansons boutent le feu au dance-floor, c'est l'apocalypse électrique, c'est Electric Six ! Ces phrases sonnent comme des slogans publicitaires, mais pour une fois c'est vrai : le produit est de qualité. Les journées promo doivent être exténuantes pour ces jeunes stars montantes du show business, qui voient défiler devant eux des journalistes à la chaîne, comme les bières dans leur gosier. A 18h, au Falstaff de Bruxelles, c'était le tour de Musiczine : après avoir cuvé leur blanche pendant des heures, Dick Valentine et Surge Joebot auraient pu lâcher l'affaire, envoyer paître ce petit con et ces questions débiles. Mais non : Dick, le frontman extraverti aux faux airs de méchant, et Surge, le guitariste chauve à la voix graveleuse, se sont prêtés au jeu avec joie, buvant leur blanche cul-sec et se tenant la barbichette, " le premier qui rira aura une tapette ". Action !

Alors les gars, dites-moi, qui sont vraiment les Electrix Six ?

Surge Joebot : Juste six types de Detroit qui tentent de survivre, de se battre, de faire leur trou…

Dick Valentine : … d'inscrire leur musique sur la grande tapisserie du rock.

?… Et cette histoire de complot sur votre site, de ‘sélection naturelle’ dont le groupe serait à l'origine ! ?

S.J. : Tout le monde est impliqué dans une sorte de complot géant sans vraiment savoir ce que c'est… Il n'existe pas de preuves ! Ce n'est pas inscrit dans la réalité, pour autant qu'on le sache. C'est un des webmasters qui nous l'a dit. Entre-temps, il a été viré.

D.V. : Nous avons beaucoup trop de webmasters qui s'occupent de notre site : on ne sait jamais ce qu'ils vont écrire… On ne contrôle rien, mec ! Les gens pensent maintenant qu'on est des gens tarés, qu'on dit des trucs cools, mais ce n'est pas vrai ! Une fois que la tournée sera finie, on s'occupera de ces types… Ils n'auraient pas dû dire ça.

Comment vous connaissez-vous ?

S.J. : Nous sommes allés au même lycée, mais ce n'est qu'après qu'on a commencé à travailler ensemble. Au départ, on s'appelait The Wild Bunch, mais on a dû changer de nom à cause d'une sombre histoire de copyright. Un Dj nous a menacés de poursuite judiciaire…

Un Dj trip hop de Bristol (NDR : les futurs Massive Attack) ?

S.J. : Ouais : un Dj, c'est quand même la dernière personne par qui on a envie d'être poursuivi… Et donc on a changé de nom ! C'était aussi l'occasion pour nous de faire table rase du passé, ce qu'on a fait, et voilà : bingo !

Comment définiriez-vous votre musique ?

D.V. : On essaie à tout prix de ne pas définir notre musique. Si tu cherches à vouloir décrire ce que tu fais, la meilleure chose à faire est de ne pas employer de mots… Parce que si on commence à parler de punk, de dance, de rock, alors c'est ce qu'on finit par être, et nous on veut être un tas de choses différentes ! Quand on s'assied pour écrire une chanson par exemple, on ne se dit pas " Voilà comment ça doit sonner " ou " On va faire un album comme ça "… Conneries ! On écrit toutes sortes de morceaux très différents, mais susceptibles d'être reliées sur un album par des thèmes communs : à la fin, tu te retrouves avec un album intéressant… " Fire " est le résultat de ce genre de réflexion.

S.J. : Si on planifie trop, il n'y a plus de place pour les surprises : on voit ce qui se profile à l'horizon, on réfléchit trop… Or il faut réfléchir le moins possible ! A dire vrai, nous ne sommes pas un groupe de grands penseurs !

Et si je vous disais ‘disco-punk’, ‘drunk garage’, ‘clit rock’ ?

D.V. : Clit rock ? !

Ouais ! ! ! C'est un terme inventé par votre amie Peaches pour décrire sa musique !

S.J. : Yeah, j'aime ça ! Parce que tout tourne autour de ça, du clitoris… " Rock the clit while you still can ! "

D.V. : C'est vrai : dès qu'on voit Peaches, la première chose à laquelle on pense, c'est le clitoris.

Vous avez collaboré avec elle…

D.V. : Elle a repris " Gay Bar ", et nous son " Rock Show ", c'était très sympa. Elle a fait du bon boulot.

Je dis ça parce qu'écouter votre musique, c'est un peu comme tirer son coup.

S.J. : C'est fantastique ! Vraiment, je pense qu'aucun groupe ne pourrait entendre plus beau compliment… C'est la meilleure chose à laquelle ta musique puisse être comparée ! (Dick acquiesce)

Y a pas de quoi, les gars… Mais changeons de sujet : vous venez de Detroit… A-t-elle une influence sur la musique que vous faites ?

D.V. : La ville peut-être, mais pas vraiment la scène ou tous ces groupes qui en ont fait l'histoire… On aime la plupart des groupes de Detroit, mais on ne sonne pas comme eux. Vivre à Detroit, c'est pas la joie : c'est froid, désolé et pluvieux, il n'y a pas de magasins ni de supermarchés, c'est pour cela qu'il faut créer son propre amusement, parce qu'il n'y a rien à faire et à acheter. C'est la raison pour laquelle il y a beaucoup de bons groupes à Detroit, parce qu'à la fin de la journée, il faut bien s'amuser : il n'y a pas d'endroits pour acheter des jeux vidéo, ce genre de trucs… Alors on fait de la musique.

Et ces noms ridicules, c'est aussi pour se marrer ?

D.V. : Tu sais, ce sont des choses qui arrivent : ta maman et ton papa se rencontrent, ils font un bébé et à un moment, ils décident de lui donner un nom. C'est comme ça que ça marche…

Sans rire, c'est ton Vrai nom : Dick Valentine ?

D.V. : Yep, aussi surprenant que cela puisse paraître…

S.J. : Je ne pense pas que les noms de scène soient nuls : je me suis toujours imaginé avec un nom de scène… Je le sentais comme ça. Et puis c'est une tradition dans le monde du divertissement, un paquet d'artistes ont des noms de scène : Jack White est un nom de scène, sans vouloir décevoir personne… John Wayne… Gene Simmons… Vin Diesel… Tous ces noms sont fabriqués. Ca arrive souvent dans le show business.

Johnny Hallyday ! ! !

D.V. : " John Weedee " ? ! ?

Johnny, quoi ! ! ! La plus grande star de l'histoire du rock'n'roll français !

D.V. : Me dis rien… Nous sommes américains ! Jamais entendu parler…

S.J. : Mon nom de scène vient en fait de Serge Gainsbourg. C'est un hommage.

Et concernant les titres de vos chansons ? 1/ " Dance Commander "… C'est un ordre ? Est-ce important pour vous de composer de la musique sur laquelle les gens peuvent danser ?

D.V. : Nous ne sommes pas sûrs de l'identité de celui qui donne cet ordre. Voilà de quoi parle cette chanson ! C'est un mystère : qui est vraiment ce " Dance Commander " ? On ne sait pas trop. Mais c'est très important de danser. On veut être reconnu comme un groupe dance, en plus d'être reconnu comme un groupe rock. Donc, danser, c'est primordial : on y pense tout le temps. Mais de là à savoir qui est le " Dance Commander "… On n'a pas encore trouvé ! Ca nous permet en tout cas d'envisager une suite : " Dance Commander : Part II ".

Tu pourrais être le ‘Dance Commander’ !

D.V. : Toi aussi ! Je n'en sais rien… L'un de nous doit être le " Dance Commander ", et un autre la taupe.

La taupe ?

D.V. : L'espion. Quelqu'un sait qui est le " Dance Commander ". Quelqu'un est le " Dance Commander ". Yeah.

2/ " Electric Demons " : l'un d'entre vous est peut-être le " Dance Commander ", mais qui sont ces " Electric Demons " ?

D.V. : Ce n'est pas nous : c'est une chanson sur le vaudou, en fait. Sur ces gens qui sont bons de cœur, mais qui se rendent compte que le mal est peut-être la voie à suivre. Ils ont une petite vie clean et confortable, mais à un moment ils se disent " Merde ! La vie est trop courte ! ", et ils se mettent au vaudou et à la sorcellerie pour obtenir ce qu'ils veulent. Voilà le concept.

Et " Electric Six ", " Electric Demons " : c'est quoi cette obsession de l'électricité ?

S.J. : Well, c'est partout autour de nous. Regarde autour de toi, tout fonctionne à l'électricité !

D.V. : Tu vois, quand t'es dans une pièce et que les plombs sautent… Quelle est ta première réaction ? " Putain ! ! ! Qu'est-ce que je vais faire ? ! "… Qu'est-ce que tu vas faire ? Ton webzine, sans électricité, personne ne peut le lire…

C'est vrai !

D.V. : Yep. La moindre des choses qu'on pouvait faire, c'était d'écrire quelques chansons à ce sujet…

Mais vous pourriez aussi composer des chansons acoustiques.

S.J. : Je ne sais pas comment jouer de la guitare acoustique… Jamais été bon à ça…

3/ " Naked Pictures (of Your Mother) " : encore du cul. Ca vous inspire ?

D.V. : C'est évident. C'est ce qui nous fait carburer. Cette chanson parle de chantage. Un mec fait du chantage pour baiser une fille, en utilisant des photos nues de sa mère. Yeah !

Bande de pervers… C'est une histoire vraie ?

D.V. : Non, c'est purement fictionnel. Cela ne nous concerne pas ! C'est juste une histoire… On est des amuseurs publics : on enfile nos costumes pour raconter des histoires… Nous sommes…

S.J. : … Des raconteurs d'histoires en costumes.

D.V. : C'est ça. C'est ce que nous sommes !

N'empêche, vous avez l'air de vouloir communiquer à vos auditeurs une sorte d'adrénaline… sexuelle.

S.J. : J'espère bien ! C'est notre boulot. C'est la raison pour laquelle on est là. On est content de faire partager cette idée, surtout si elle peut servir à quelqu'un...

Pourquoi ne jouez-vous pas à poils, alors ?

S.J. : Aaaah, je ne pense pas que quelqu'un veuille vraiment nous voir ainsi… Et puis si on le faisait, les filles ne voudraient plus nous raccompagner… Cela n'aurait aucun sens !

D.V. : Le sexe, c'est plus de la suggestion que de l'exhibition.

C'est vrai. 4/ " Danger ! High Voltage " : est-ce qu'Electric Six est un groupe dangereux pour la musique, pour le bon goût ?

D.V. : Je ne pense pas que nous soyons dangereux : on est des gentils. C'est juste une chanson à propos…

S.T. : … de faire du blé !

D.V. : Yeah… Qui parle d'un braquage : celui des charts ! On l'a écrit avec l'objectif d'en faire un hit, et on a réussi. C'est aussi simple que ça.

De quand date-t-elle ?

D.V. : De dix ans, environ. Le riff date de cette époque, et les paroles de trois ans, puis on l'a enregistrée. On aurait pu la sortir directement, mais on voulait qu'elle mûrisse lentement ; c'est pour cette raison qu'on l'a d'abord refilée en vinyle à des DJ's. La sauce a pris assez vite ; et cela nous a permis de signer un contrat avec une maison de disques, qui l'a poussée pour qu'elle devienne un hit. C'était bien planifié !

Je vous ai découvert, comme beaucoup de gens, sur la compile des 2Many DJ's… On peut donc affirmer que c'est la Belgique qui a lancé votre carrière !

S.T. : Tu sais quoi ? C'est tout à fait vrai ! Je réfléchissais l'autre jour à notre liste de remerciements, et je me suis dit qu'on aurait dû remercier ces deux types pour nous avoir réservé une place sur leur compile ! Donc, merci à eux, et merci à la Belgique !

Ce John S. O'Leary crédité aux chœurs, c'est Jack White ?

D.V. : Le véritable nom de John S. O'Leary est John S. O'Leary. Un mécanicien de Cleveland qui a remporté notre concours sur Internet pour chanter sur " Danger ! High Voltage ", point barre. Je sais que beaucoup de gens pensent qu'il s'agit de Jack White, et tant mieux pour nous : on vendra plus de disques.

Un mécanicien ? !

D.V. : Yeah. Il a une femme, des enfants… Il ne nous parle plus.

Pourquoi donc ?

D.V. : Après avoir enregistré le morceau, on est tous allés manger, mais aucun d'entre nous n'avait de l'argent, alors on l'a obligé à payer l'addition… Il est un peu en colère… Pourtant, il aurait dû nous remercier pour l'honneur que nous lui avons fait !

Il ne reçoit aucunes royalties pour cette chanson ? Il chante dessus quand même !

D.V. : On a brûlé toutes les preuves. Nous ne sommes pas toujours fiers de ce que nous faisons, mais bon…

5/ " She's White " : " I was born a dancer in your disco fire " ? ! ? C'est une métaphore sexuelle ?

D.V. : Non : juste un hommage à nous-mêmes. Ce " Disco Fire ", c'est nous. Tu connais Steve Miller, " Some people call me the space cowboy " ? C'est la même idée : si on peut de temps en temps s'autocongratuler, pourquoi rater cette occasion ?

6/ " I Invented the Night " : êtes-vous les seigneurs de la nuit à Detroit ?

D.V. : Plutôt les " juges de la nuit " : on s'assied, on cogite et on évalue chaque nuit.

Euh… 7/ " Gay Bar " : " I've got something to put in you at the Gay Bar ", " Let's start a nuclear war at the Gay Bar "… Vous êtes homophiles ou quoi ?

D.V. : Nous sommes totalement homophiles. Je ne chante pas " Start a nuclear war " au sens propre, parce que si tu lâches une vraie bombe dans un bar gay, tu souffles avec toute la ville. Soyons sérieux : une guerre nucléaire ne pourrait se limiter au bar… C'est plutôt une chanson sur la confiance en soi, genre " Ce soir, je vais faire péter le dance-floor comme une bombe nucléaire ". Ca n'a rien à voir avec le fait de tuer des gens, mais avec le fait d'être le centre d'attraction de la soirée. Dans un bar gay.

8/ " Nuclear War ", " Fire ", " Electric ",… Tous ces termes vous ont posé problème pour la sortie de l'album ?

D.V. : On a dû postposer la sortie du single " Gay Bar " à cause des références à la guerre nucléaire. L'atmosphère générale, surtout en Amérique, était trop tendue, parano. Mais nous ne sommes pas les seuls à avoir été victimes de la censure…

C'est ridicule ! Que pensez-vous de votre président et de sa façon d'agir ?

S.J. : Kill Bush ! ! !

D.V. : Ici on peut le dire. Si on gueulait ça chez nous, on irait directement en prison !

J'ai lu que votre premier concert date de 1996, précisément le jour de l'anniversaire des bombardements à Hiroshima et Nagasaki. C'était délibéré ?

D.V. : Non. On s'en est rendu compte après.

Est-ce que par la suite, cet événement a eu une influence sur votre manière d'écrire vos textes ?

D.V. : C'est juste une affaire de coïncidences. On ne s'est pas assis en se disant : " Et si on faisait une chanson sur la guerre nucléaire ? ". Je pense que ça fait partie de l'" infini cosmique ", tu vois, c'est astrologique. Moi-même je suis verseau.

D'accord, mais cette question du nucléaire… Seriez-vous la réponse atomique à tous ces groupes minables qui squattent aujourd'hui nos ondes et nos écrans ?

S.J. : Je pense qu'il y a pas mal de bons groupes en ce moment, à l'exception de Good Charlotte… Mais on n'a rien à prouver, à personne. On essaie juste de faire du bon rock, sans vraiment se soucier des autres. La seule chose qu'on puisse essayer de changer, c'est nous-mêmes.

9/ " I'm the Bomb " : encore cette obsession pour ce qui pète ?

D.V. : Ici encore, c'est une chanson à propos de la confiance en soi. C'est une expression populaire en Amérique : " I'm the Bomb ! ". Ce n'est pas un commentaire politique ou quoi que ce soit. Le protagoniste de cette chanson dit juste : " Voilà mes qualités, ce que j'ai à vous offrir ", même si le type est un beau parleur.

10/ " Improper Dancing " : une référence à la politique sécuritaire de l'ex-maire de New York, Giuliani ?

D.V. : Non. C'est à la fois de la fiction et la réalité. L'idée nous est venue lorsqu'un ami à nous s'est fait jeter d'un night club miteux de Michigan pour " danse inappropriée ". Il était en train d'effrayer les gens sur le dance-floor… On a juste transposé cette histoire à New York, parce que c'est plus chaud, avec toutes ces jolies pépettes qui se trémoussent… Si à New York la moitié de la population dansait de manière " inappropriée ", imagine le délire ! Mais il n'y a rien de politique dans cette chanson.

Alors, Electric Six, c'est le groupe dont vous rêviez ?

D.V. : On fait la musique qu'on a envie de faire, mais je ne dirais pas qu'Electric Six est le groupe de nos rêves… Nous sommes tellement tarés que pour être dans le groupe de nos rêves, il faudrait qu'il incorpore plein de trucs qui n'existent même pas ! N'empêche, on est super heureux de pouvoir faire ce qu'on veut. Certaines de nos chansons ont plus de cinq ans d'âge, et souvent on nous demande si on n'en a pas marre de tout le temps les jouer, et la réponse est " non ". Là on a deux semaines de break promo, et je n'attends que de pouvoir remonter sur scène.

S.T. : Parfois on joue " Gay Bar ", et c'est comme si c'était la première fois ! C'est génial, parce que pris sous cet angle, on n'est pas prêt de s'emmerder !

Un dernier mot pour nos lecteurs ?

En chœur : Yeah, Kill Bush ! ! ! (rires)

 

P.S. : Surge Joebot ne fait plus partie du groupe, tout comme Rock and Roll Indian et Disco. Ils ont été remplacés par Johnny Na$hinal, The Colonel et Frank Lloyd Bonaventure. Les raisons de ces démissions restent obscures : Dick aurait-il un ego démesuré, serait-ce une opération marketing pour attirer l'attention des médias et du public, Surge en aurait eu-t-il marre de jouer " Gay Bar ", se serait-il mis à la guitare acoustique, John S. O'Leary lui aurait-il pété la gueule après cette sombre histoire d'arnaque au resto ? Nous ne le serons sans doute jamais, c'est la loi du show-biz. Bon vent à toi Surge, et surtout, " Rock the clit while you still can " !

Paul Wood

Pirate Radio

Écrit par

Ce vétéran du blues est né à Oakland, en Californie. Il est le dernier survivant du backing band originel de John Lee Hooker ; en l’occurrence le Coast to Coast Blues Band. A cette époque, il avait alors à peine 20 ans. Il a ainsi participé à la confection de trois albums de John Lee, dont le fameux « Never get out of these blues alive », enregistré en compagnie d’Elvin Bishop, Van Morrison et Charlie Musselwhite. Ses premiers héros répondent cependant aux noms d’Eric Clapton, de Jeff Beck et de Michael Bloomfield. Depuis 1997, Paul vit à Memphis, dans le Tennessee. Il y avait même fondé son groupe : les Bridgerunners. Ensemble, ils ont alors écumé les bars de Beale Street.

Ce « Pirate radio » a été immortalisé non loin du Mississippi. Au sein des studios ‘Sounds Unreel’. Le drummer de Little Feat, Richie Hayward, est de la partie. Les cuivres sont bien présents : Jim Spake aux saxophones et Scott Thompson à la trompette. Paul ouvre l’opus par une reprise de Doug Sahm : « You never get to big ». Une compo que le Texan avait enregistrée au cours des 60’s, flanqué du Sir Douglas Quintet. Les cordes sont bien amplifiées. « Blue world » est une plage que j’apprécie tout particulièrement. L’impact de ce titre est direct. L’instrumentation paradoxalement simple et complexe. Hayward brille aux percussions. Les parties de guitares échangées entre Paul et Jack Holder sont percutantes. Les parties vocales me rappellent le style laidback de JJ Cale qu’on aurait lié à la sauce southern rock. Ce côté sudiste, Wood l’injecte dans son blues pour lui donner de la couleur. Sa voix fatiguée évoque parfois celle de Billy Gibbons du ZZ Top, mais le ZZ de naguère, celui des années blues. Le son des cordes est largement amplifié. La sonorité très grasse de la Gibson Les Paul est aisément identifiable. Son « Good day 4 bad whiskey » en est une parfaite illustration. La slide imprime un tempo impitoyable tout au long de « Black dog », un rock pur et dur. Memphis rock classique, « What have I done » est enrichi de cuivres ; mais également par les interventions d’orgue Hammond d’Al Gamble, un des meilleurs claviéristes locaux (il est impliqué au sein du Gamble Brothers Band). Caractérisé par ses accès de funk et ses envolées de cordes, « Sleepin’ with the TV on » replonge dans le rock sudiste. Paul reprend deux titres de Jim Gaines, un des regrettés guitaristes de Lynyrd Skynyrd. Tout d’abord « Take my time », une adaptation empreinte de douceur au cours de laquelle on assiste à une des plus jolies parties de guitare de cet opus. Ensuite, le funkysant « Nothin’ is new ». Sa manière de jouer de la slide nous rappelle un autre illustre disparu : Duane Allman. Paul reprend alors, mais de manière classique, « She put the whammy on me », un slow blues issu de la plume de Freddie King ; et achève l’elpee par « Nickel pie », une ballade acoustique abordée à la manière des Stones circa « Exile on main street ». Un très bon album !

 

Hamilton Loomis

Kickin´ it (a)

Écrit par

Hamilton Loomis est un jeune musicien de bien moins de 30 ans. Et sa fée porte pour nom : Bo Diddley en personne. Enfant, il jouait de la batterie, du piano, de la guitare et puis de l'harmonica. Ce texan a enregistré son premier album à 18 ans : "Hamilton". Depuis, il en a encore commis trois ("Just gimme one night", "All fired up" en 1999 et "Live : Highlights" en 2002) avant ce " Kickin´ it ". Hamilton a composé l'essentiel du répertoire de cet album.

Il attaque "Workin' real hard" sur un rythme soutenu. La voix trahit sa jeunesse. Elle est même proche de celle de Monster Mike Welsh. L'orgue Hammond de Brant Leeper lui emboîte le pas et se pose instantanément comme une des pierres de base de l'édifice. Lorsque la guitare opère sa première sortie, le feeling coule de source dans nos oreilles. Je ne pouvais mieux imaginer le son moderne, bien électrique, sans tomber dans le hard, du blues… "No no no" ralentit le tempo. Brant passe au Fender Rhodes. D'une voix très soul et mélodique, Hamilton chante plutôt bien cette mélodie agréable. Le rythme ne change guère pour "Be mine anywhere". Les cuivres des Primal Funk Horns sont venus renforcer le tempo funky. Les cordes se rassurent. Son "Just your fool" permet à la voix et l'instrument acoustique de Mr Loomis de s'exprimer dans un registre très roots. Juste avant que l'étincelle électrique ne crache ses décibels. Pas bien méchants, il est vrai ; même si la slide parvient à émerger d'un ensemble dominé par une bonne section rythmique. Cet excellent titre bénéficie, en outre, de l'excellente mise en forme opérée par Michael Hodge. La mélodie soul de "Get my blues on " est toujours aussi séduisante et le travail exercé par Leeper, le claviériste du Nouveau Mexique, ne manque pas d'intérêt. Il s'est forgé son expérience sur la route, aux côtés de WC Clark. Il a composé la ballade lente "Better man". Hamilton la chante d'une voix claire. Loomis empoigne l'harmonica sur "99 blues", une autre composition bien rythmée. Et poursuit sa prestation sur une autre ballade soul intitulée "Something's gonna come my way". La voie R&B reste grande ouverte à "Take a number". Les cuivres invitent à la danse et la guitare devient plus pressante et surtout fort intéressante. Dommage que le leader ne se libère pas plus souvent de cette manière, ce " Kickin´ it " n'aurait pas été un album de bonne facture, mais une véritable claque. Néanmoins, ce Loomis est à suivre. Et de très près !

Hell Is For Heroes

You drove me to it (MCD)

Écrit par

Etonnant ! Signé d'emblée par EMI, ce tout jeune groupe américain se permet (déjà !) d'enregistrer un double MCD constitué d'" inédits ". Pour la première fois ce procédé suscite en mon for intérieur un sentiment de gène, de malaise. A l'instar de ces films tournés en prévision d'une commercialisation " édition spéciale DVD " vide de tout réel intérêt cinématographique (extraits de pures promo passe crème des intervenants, bandes annonces pré-calibrées, fins alternatives ou scènes coupées, non par choix ou nécessité du réalisateur, mais parce que prévues, etc.). La machine marketing s'est déjà mise en branle pour un album annoncé, en créant une espèce de fausse rareté, d'événement. A mon humble avis, la major doit craindre que les ventes dudit album n'atteignent pas le résultat escompté pour espérer, au final, une mini spéculation sur celles de ces deux maxis. La musique maintenant. Bin là, j'écoute Tool et eux me font battre du pied au moins. Fermons la parenthèse. Bizarrement HIFH, eux, non plus, ne semblent pas dupes et mesurent l'espèce de risque qu'ils viennent de prendre (waow, ils ont quitté leurs jobs…) en essayant, par exemple, de valoriser leur démarche et en bombardant leur site de noms " fameux ", emblématiques, d'une démarche artistique crédible, le tout ponctué d'un " the struggle continues " des plus anachroniques. Car si eux combattent en plagiant Placebo, où allons-nous je vous le demande ? Je parle peu de musique : normal, il n'y en a pas ici.

 

The Herbaliser

Herbal Blend

Voici le troisième tome de la série des mixes Solid Steel, une spécialité Ninja Tune concoctée il y a quelques années par Coldcut. Cette fois-ci, c'est au tour de The Herbaliser de s'y coller, et on peut dire que c'est une sacrée réussite ! Alors qu'on aurait pu s'attendre de la part des Anglais à un mix downtempo et jazzy un peu trop poli, à l'image de leur musique parfois très écolière, on est surpris des choix audacieux et sacrément groovy du collectif briton : soul, rap, pop, rock, funk,… The Herbaliser ratisse large sans oublier l'essentiel : faire monter la sauce jusqu'au climax libérateur, tout en préservant une cohérence et un bon goût sans failles. Le meilleur : le milieu du mix, avec Jay Dee, The Quantic Soul Orchestra et Carol Kaye comme parfait condensé du beat le plus festif et moite. Cet " Herbal Blend " est aussi l'occasion de (re)découvrir des titres d'anthologie de Peter Thomas (" Stars and Rockets "), Chicago Gangsters (" Gangster Boogie ") et Timezone (" World Destruction "), avec en supplément auto promotionnel quelques pépites égarées du gang d'Ollie Teeba. Tout bon !

The Hidden Cameras

The Smell of Our Own

Les chorales sont de rigueur dans la pop, cette année : après Polyphonic Spree, voire The Coral, voici The Hidden Cameras, un collectif canadien composé de quatorze ( !) membres, gays et fiers de l'être. Des paroles (" Ban Marriage ", " Boys of Melody ", " The Man That I Am With My Am ") à la pochette (pleine de culs nus), Joel Gibb et son armée arc-en-ciel revendiquent leur homosexualité avec vigueur et gaieté, sans détours. Leur musique, elle aussi, se pare des plus beaux costumes, ici pop-folk, voire orchestraux : ainsi, sur " The Smell of Our Own ", on entend des flûtes célestes, des cuivres dodus, des violons joyeux, des mandolines hilares et des guitares extatiques. Remarquable de beauté, cet album ne contient que des perles, entre gospel élégiaque et contemplations 'brianwilsoniennes'. Sans rire : écoutez " Golden Streams ", " Boys of Melody ", " Smells Like Happiness ", au hasard. De l'or en barre, d'une délicatesse inouïe. Le genre de musique qui vous élève, dans l'insouciance la plus reposante. Tel un escalier vers le paradis, " The Smell of Our Own " nous conduit au septième ciel. Une véritable bouffée d'oxygène, à respirer à pleins poumons. Splendide.

 

Hollywood P$$$ Stars

All On The Six

Rêver d'Hollywood, c'est normal : les stars de cinéma, les pin-up, Playboy, les happy ends, le blé, le cul, les grosses cylindrées,… C'est ça, le rêve américain ! A Liège, à part l'Escalier et la Soundstation, les gauf' et Tchantchè, on ne navigue pas trop en plein délire. " Tox City ", qu'on l'appelle même, si on s'en réfère aux textes de Starflam… Sauf qu'Hollywood P$$$ Stars, eux, ne font pas du rap, mais du rock'n'roll. Un truc bizarre en Wallonie, plutôt branchée pop, chanson française. Pourtant, le rock, ça a du bon, surtout quand c'est bien fait : Redboy (My Little Cheap Dictaphone) et Anthony Sinatra (Piano Club) l'ont bien compris. Au lieu de miser sur le machin pop qui plaît aux masses, sur les couplets-refrains taillés dans le marbre FM, les deux compères ont choisi, pour une fois, de dégainer leurs grosses guitares et de balancer la sauce. Et la recette, pourtant facile mais jamais développée dans un périmètre de 200 kms, ne tourne pas au vinaigre : v'là du rock qui tâche, plein de riffs habiles et d'émotions dans le rouge ! Bizarre qu'en Wallonie et même en Flandre, il n'y ait pas un seul groupe de " rock " pur et dur… Est-ce un mot qui fâche ? " Que nenni ! ", dirait-on dans la cité ardente : il suffit de jeter une oreille aux groupes à la mode en Angleterre et aux Etats-Unis… Que des types bourrés d'attitude (" DIY ? ", " No Future ? ", " CBGB ? ") qui empoignent leur manche et gueulent leur colère avec (plus ou moins) de classe ! Les Hollywood P$$$ Stars ont le mérite, sinon d'être originaux (vu le contexte belgo-belge), d'au moins faire ce qu'ils aiment, et de le revendiquer. Qu'on appelle ça de l'EMO, du rock, de la power pop, peu importe : c'est l'intention qui compte. A cet égard, les HPS sont bien les seuls, et c'est ça qui rend leur musique plus précieuse. Et diablement rock'n'roll. Pas de calcul chez ces quatre fans des Pixies, de Blonde Redhead et d'At The Drive-In : juste l'envie et la volonté de jouer ce qui leur plaît, sans tirer de plans sur la comète. Au petit jeu des sept familles, certains s'amuseront sans doute à les classer vite fait du côté des rockeurs juvéniles qui veulent s'attirer tous les regards (cette imagerie, ce nom, ces titres). Que les Hollywood P$$$ Stars se rassurent : leur musique n'a rien d'opportuniste. On est même prêt à prendre les paris. " All On The Six "… et " All on The Hollywood P$$$ Stars " !

Hulk

Party Time

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Affublé d'un nom qui évoque le célèbre et incroyable géant vert, Hulk évolue forcément dans la catégorie des poids lourds. Fan de Nashville Pussy et d'AC/DC, le trio bruxellois dévoile sa personnalité sur un premier album qui fait suite à une démo quatre titres enregistrée au Magasin 4, haut lieu de la culture rock du pays. Accro aux seventies, Hulk possède une patte bien à lui, même si sa musique respire le Stoner et le Rock n' roll graisseux à plein nez. Si certains les comparent déjà à La Muerte, soulignons néanmoins que la production de ce premier effort est signée Marc François, un rat de studio réputé pour son travail opéré chez quelques pointures de la pop "made in Belgium" telles que Vaya Con Dios ou Ozark Henry. Inspiré tant par le hard rock que par la soul music ou le blues, Hulk s'autorise même une reprise bien sentie du "Life Kills" de Human League, un des groupes phares de la scène electro pop british des années "new wave". Les riffs se succèdent sans défaillir et l'énergie est ici au service d'un indéniable sens de la mélodie. Hulk pourrait sans rougir assurer la première partie d'un Monster Magnet ou des White Stripes.

Ben Harper

Diamonds on the inside

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Ben Harper n'est pas trop branché sur la musique contemporaine. Pas qu'il soit revivaliste (NDR : quoique !), mais plutôt défenseur des valeurs traditionnelles de l'histoire du rock'n roll. Depuis le blues au gospel, en passant par le reggae, le rock, le folk, le métal, la soul, le funk et le jazz. Une attitude qu'il affiche depuis maintenant cinq albums. Pas qu'il soit baba cool (NDR : quoique !), mais plutôt défenseur d'une philosophie prônée au cours des seventies ; c'est à dire l'engagement politique (NDR : à gauche !), la spiritualité (NDR : sous son aspect mystique plutôt que religieux) et l'amour (NDR : sous toutes ses formes, vous vous en doutez !). Pourtant, depuis deux albums, il s'est quelque peu détourné de la politique. Faut dire qu'au States, depuis l'élection de Bush, elle n'est plus l'opium, mais le cancer du peuple. Produit par Ben Harper en personne, " Diamonds on the inside " manifeste un éclectisme particulièrement ample. Il ne néglige ainsi aucun de ses héritages principaux : Bob Marley (" Why my own two hands "), Stevie Wonder (" Brown eyed blues "), George Clinton (Bring the funk ") ou encore Jimi Hendrix (" Temporary remedy "). Revisite le blues grassroots chez " When it's good ", la ballade country rock classique (Eagles ?) sur le titre maître, le rock/blues chargé de groove avec " So high so low " (Mountain ?) ou encore le folk hymnique tout au long de " She's only happy in the sun ", qu'il chante un peu à la manière de Cat Stevens. Mais se prend aussi pour Lenny Kravitz sur le torturé et dense " Touch from your lust " ou aborde le cabaret/music hall sur le " When she believes ", constamment balayé entre orchestrations luxuriantes et un accordéon musette. Plus surprenant, il se penche sur la world, à travers un " Blessed to be a witness ", que n'aurait pas désavoué Peter Gabriel, et puis nous délivre un presque a cappella " Picture of Jesus ", pour lequel il bénéficie du concours de Ladysmith Black Mambazo (NDR : une chanteuse découverte 20 ans plus tôt par Paul Simon), aux backing vocaux. Reste donc à vous faire à l'idée que si Ben Harper est un musicien très talentueux, il n'est décidément pas dans l'air du temps…

 

Hamilton Loomis

Kickin’ It (b)

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La proportion de guitaristes au mètre carré est si importante au Texas qu’un tri minutieux s’impose bien souvent. Sans doute une des raisons pour lesquelles ce second album studio de Hamilton Loomis, paru en 2003, nous arrive seulement.

Première bonne surprise chez ce talentueux guitariste : on ne se trouve pas face un énième clone du regretté Stevie Ray Vaughan. Son timbre chaleureux et son jeu tranchant mais jamais démonstratif l’imposent d’emblée comme un excellent représentant de la scène blues-rock. Efficace dans le blues carré –voir l’excellent « Workin’ Real Hard »– il n’hésite pas à sortir du cliché des douze mesures, osant même coller quelques sons de batteries aux rythmes plus contemporains de part et d’autre de ses morceaux les plus funky, à l’image du final de « Get My Blues On » ou des breaks de « 99 Miles » (où l’homme fait également preuve de ses talents d’harmoniciste). « Take A Number », caractérisé par son riff ‘jamesbrownien’, est enrichi d’un solo jazzy de toute beauté, tandis que l’irrésistible « Just Your Fool » mêle efficacement intro acoustique et slide électrique. Les morceaux les plus atmosphériques (« No No No », « Better Man ») passent somme toute plutôt bien la rampe, et le délirant « Who Dat ? », qui clôture cet elpee, constituent finalement la meilleur définition de ce disque : un joyeux patchwork où s’entrechoquent rythmes funk, harmonica, wah wah et guitares acoustiques. Les puristes n’apprécieront peut-être que modérément mais ce serait de la mauvaise foi de nier le grand talent de ce musicien dont l’immense mérite est de ne jamais céder à la tentation de la démonstration instrumentale. Une qualité assez rare pour être signalée.

Phillip Walker

Live at Biscuits & Blues

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Phillip Walker est aujourd'hui âgé de 65 ans. Ce bluesman texan a entamé sa carrière en 1954. Auprès de Clifton Chenier. Comme guitariste. Il monte ensuite sa propre formation : les Blue Eagles, qui jouent alors régulièrement à El Paso. Son premier elpee, "Bottom of the top", date de 1973. Ses deux derniers ont été commis en 95 et en 1999. Intitulés respectivement "Working girl blues" et "I got a sweet tooth", ils sont parus chez Black Top.

Ce nouvel opus a été enregistré 'live'. En juin 2002. Au Biscuits & Blues de San Francisco. Il est entouré de son band au grand complet et d'un quatuor de cuivres : Bobby Lester au sax ténor, Joe Campbell à la trompette, Earl Mallory au sax baryton et Carl Vickers qui se partage sax alto, ténor et trompette.

"Think" est une version tonique et diablement intéressante d'un classique de Jimmy McCracklin. Phillip la chante en duo avec une autre représentante du blues texan, Miss Angela Strehli. Une plage marquée par le solo imparable de Charlie Musselwhite à l'harmonica. "Crying for my baby" est une plage tout aussi stimulante. La section rythmique est bien soudée. Aaron Tucker aux drums et James Thomas à la basse soutiennent le front des cuivres qui déménage dans toutes les directions, permettant même au sax alto et à la trompette de s'évader successivement. "Respirator blues" est un slow blues signé Luther Tucker. Phillip le chante d'une voix chaude, plutôt râpeuse. Le piano d'Alvee Ventura suit ses inflexions à la trace. La guitare est bien sentie. La version de "Mary Ann" de Ray Charles est superbe. Un R&B d'excellente facture, caractérisé par ses changements de rythme, au cours duquel les cuivres s'emballent à la première occasion. "Reconsider baby" de Lowell Fulsom est un blues on ne peut plus classique. Rick Estrin de Little Charlie & the Nightcats y souffle dans son harmonica comme un possédé. Le concert est de très haut niveau. La guitare se déplace au cœur des cuivres. A l'instar de "Breaking up somebody's home" et de "90 proof", sans doute le blues le plus brûlant de l'album. Mais aussi le meilleur ! Et pas seulement parce que Alvee est passé à l'orgue. R&B très dansant "I've got a problem" épanche ses riffs cuivrés. Walker chante divinement pendant que Ventura pianote dans les aigus sur "Along about midnight". Un nouveau slow blues composé par Little Willie Littlefield, dont la nouvelle version, nonobstant sa longueur, est vraiment superbe et jamais ennuyeuse. Cet excellent set s'achève par "Linda Lu" de Ray Sharpe. Un festin sonore au cours duquel Phillip ne peut plus retenir ses cordes. Un superbe album pour ce bluesman de première force!