Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de son nouvel album, « Adult Romantix », prévue pour le 22 août via son nouveau label Winspear. Cet elpee, inspiré par des textes de la période romantique comme…

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Alexander Perls

Storm

Pour les fans de post-rock déliquescent, Perls n'est pas un inconnu : ses orgies soniques en duo avec Simon Break (sous le nom d'Icebreaker International) en ont déjà fait frémir plus d'un. Beaucoup moins le connaissent en électronicien zen maniant les synthés comme un Vangelis qui aurait vécu le Summer of Love et jerké avec Jean-Michel Jarre (voire Ed Alleyne Johnson !). C'est que ce " Storm " à la légèreté confondante s'amuse à singer le pire de l'électro papier peint, sans pour autant - et c'est là qu'est la surprise - se révéler risible. En invitant une voix cajoleuse - la dénommée Sarah Robbins - sur la plupart de ses morceaux, Perls parvient même à nous émouvoir, tel un Brian Eno qui aurait trop écouté Daft Punk et Air. Pure comme un ciel sans nuages et claire comme de l'eau de roche, sa musique est une vraie caresse. L'ours en peluche dans la pub pour la lessive Robin, ce serait pas lui aussi, par hasard !?!?

Peter Pan Speedrock

Lucky Bastards

Écrit par

L'année écoulée a été une période fastueuse pour le power-trio d'Eindhoven Peter Pan Speedrock. Outre une participation remarquée dans des grands festivals tels que le Dynamo Open Air ou le célèbre Roskilde, ces éternels ados qui refusent de grandir, ont assuré quelque 150 concerts, en tête d'affiche dans les clubs européens les plus mal famés ou en première partie de grosses pointures telles que Motorhead, Nashville Pussy, Rose Tatoo ou The Meteors. Sur " Lucky Bastards ", leur hard rock n' roll punk sent toujours aussi fort le kérosène et la bière tiède. Séduit par le son des derniers albums de Devildogs et de Supersuckers, le combo a fait appel au vétéran de la scène punk de Seattle, Kurt Bloch, pour signer la production de son cinquième album. Toujours inspiré par The Misfits, Turbo Negro, Led Zep et Motorhead, Peter Pan montre une nouvelle facette de son talent en rendant hommage à la scène psychobilly sur le décapant titre d'intro " Surfwrecker ". En l'espace de treize titres bouillonnants, les jeunes Hollandais réussissent, avec brio, à approfondir la recette éprouvée de leur succès, forgé en s'attirant les faveurs tant des fans de metal, de rockabilly, de skate que de punk rock. S'éclatant à grands coups de "fuck" balancés à tout va, et de litres de Jack Daniel's descendus, Peter Pan Speedrock se taille une part de lion dans les sorties d'albums 100% fun et rock n' roll de ces derniers mois. Always Drunk, Always Loud, Always Right !

 

Pistol Grip

Another round

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Comme je le disais en son temps ("The shot from the Kalico rose", paru en 2001), Pistol Grip mérite toute l'attention des fans de punk ‘old school’ (Ramones, Clash, Bad Religion,...). Redoutablement efficace, le groupe ne change pas d'un iota sa formule ; mais qu'importe puisque celle-ci se révèle très bonne. Et comme j'aime me répéter, pas de titres ska sur "Another round". Un bon point donc. Formé en 1997 à Los Angeles, Pistol Grip se fend d'une signature sur BYO, label punk fondé voilà plus de 20 ans. Leurs potes de label ne sont autres que Youth Brigade, Leatherface ou encore Rancid/NOFX le temps d'un split. Les 13 titres défilent sans accro, tous d'une manière ou l'autre suffisamment fédérateurs pour transformer un pit en chorale. Seul bémol des soli parfois un peu gnangnan. Un bon disque pour l'été.

Plaid

Spokes

Un nouvel album de Plaid est toujours une bonne nouvelle : depuis " Not For Threes " en 97, il faut bien avouer qu'Ed Handley et Andy Turner, ex-Black Dog, ne nous ont jamais vraiment déçus. Leur electronica replète vieillit plutôt bien, et il n'est pas rare d'y retourner avec délectation, malgré le temps qui passe, les genres qui s'affadissent et les technologies qui se compliquent. Cette fois pourtant, l'électro de Plaid se pare de couleurs moins chatoyantes et chaleureuses, comme si le duo s'était réveillé la tête endolorie après une nuit agitée à compter les bleeps comme autant de moutons synthétiques. Si " Spokes " débute par une berceuse (le raffiné " Even Spring ", qui rappelle le dernier Leila), il se montre ensuite moins docile à l'écoute : " Upona ", pleins de click'n'cuts en pleine déroute, évoque ainsi davantage les productions de Rephlex que les atmosphères chaleureuses de " Double Figure "… Sont toujours familières ces nappes savoureuses et ces beats un peu kitsch (l'intro japonisante de " B Born Droid "), mais au-dessus planent de gros nuages gorgés de pluie, qui annoncent le déluge. Pour le prochain album de Plaid, il faudra sans doute troquer sa couverture pour un parapluie et des bottes… Après tout, ça n'a guère d'importance : même tout mouillé, on bravera la tempête. La qualité vaut bien ce genre de compromis.

Ian Pooley

Excursions

Depuis " Since Then ", son dernier album sorti en 2000, Ian Pooley semble avoir pris la tangente balearic, n'hésitant pas à saupoudrer ses morceaux tech-house-downtempo de beats ensoleillés et de nappes sucrées, destination Ibiza et ses plages de sable fin. Heureusement, l'Allemand a su éviter de justesse la grosse déferlante latino, bien arrimé à sa table de mixage et à ses principes : boire la tasse en compagnie de Claude Challe et des compiles Ikea. Très peu pour lui ! Son nouveau mix dans la série " Excursions ", pourtant, ne le sauve guère du ressac lounge. Au creux de la vague, Pooley ? L'excursion, certes en terrain hyper-balisé, nous réserve quand même quelques bonnes surprises (Maurizio, Ron Trent, Cloud 9)… A part ça, ce mix semble tout droit sorti d'une version " Cafe Del Mar " de la " Croisière s'amuse ", avec Pooley en DJ de discobar draguant les vieilles rombières à coup de trance-house ‘pouet-pouet’. Un homme à la mer !

 

Post Stardom Depression

Ordinary Miracles

Ce quatuor américain joue du stoner-blues crade à la Masters of Reality : leur premier EP était d'ailleurs produit par Chris Goss, et les QOTSA sont leurs potes… CQFD. N'empêche qu'on ne va pas cracher dans la soupe : comme cercle d'amis, il y a bien pire… Ces riffs bien lourds (tiens, et Monster Magnet ?), ce chant raclé à la Layne Stanley (Alice In Chains), cette pulsation du bayou (" Boom Boom Boom ", un hommage à John Lee Hooker ?), cette ambiance de tripot enfumé du fin fond des Appalaches,… Y a pas à dire : ces types savent y faire question boucan du diable. Qu'ils évitent quand même à l'avenir de trop ramasser les fruits (des autres) tombés à terre : ça ne donne que de la mauvaise compote. Un disque à conseiller d'abord aux amateurs des groupes cités plus hauts, qui ne seront pas déçus… Même si certains n'hésiteront pas à les traiter de vulgaire ersatz (en plus blues) de la bande à Josh Homme. Il n'y a pas de miracle.

The Postal Service

Give Up

Benjamin Gibbard, ex-Death Cab For Cutie (de l'indie pop de Seattle), et Jimmy Tamborello, ex-Dntel (de l'électro gentille) s'associent le temps d'un album sous le nom de The Postal Service. Le résultat dépasse toutes nos espérances : ces splendides vignettes électro-indie-pop ne dépareilleraient pas sur les albums de Notwist, voire sur ceux de Grandaddy. En direct de Californie, Gibbard et Tamborello nous apportent donc le soleil, mais un soleil diffus, voilé par quelques nuages : sous les bleeps accueillants et les quelques guitares amènes se cachent en effet, de temps en temps, de légères aspérités - une certaine tristesse (ou nostalgie), des refrains déprimants (" This Place is a Prison "), une insouciance parfois préjudiciable (voilà un disque qui ne prête pas à conséquence). Mais l'envie de sortir le parapluie ne nous vient jamais à l'esprit : au contraire, c'est avec délectation qu'on se plonge dans ces comptines volatiles et amoureuses, même si sous ce soleil timide, rien de vraiment neuf. Car on a déjà attendu ce mélange de pop élégante et d'électronica furtive ailleurs (ajoutons à la liste Lali Puna, et même Papas Fritas, lorsque Jenny Lewis s'invite aux backing vocals)… Qu'importe, puisque c'est si agréable. Si les nerds transis de The Postal Service étaient arrivés plus tôt au rayon ‘indietronica’, ils feraient sans doute, en ce moment, la une des magazines rock et dance. Cela dit, que cela n'empêche personne de jeter une oreille sur ce disque voluptueux et serein.

Pram

Dark Island

Originaires de Birmingham, les électrons libres de Pram pratiquent une musique de bazar analogique, pleine de vieux synthés aux sons chauds, de rhumatismes cuivrés et de voix diaphanes (Rosie Cuckson). Après une petite dizaine d'albums attachants, les revoici avec ce " Dark Island " brumeux, aux ambiances de films SF des années cinquante. Le morceau d'ouverture, " Track of the Cat " sonne ainsi comme la rencontre improbable entre Milos Rozsa (le theremin), le couple Barron (" Forbidden Planet " et sa BO d'une inquiétante étrangeté), Broadcast et Stereolab, qui boiraient un pot dans un vieux cabaret au bord de la faillite. Bizarre, vous avez dit bizarre : Pram aime les arpèges cafardeux, les airs de funérailles et les ritournelles de cirque. Mais un cirque dont le gérant serait David Lynch. Une brise de fraîcheur souffle pourtant sur certains morceaux (l'arabisant " Sirocco "), avec des clarinettes (" Peepshow ") et xylophones (" Distant Islands ", le clou final du disque) en renfort pop. Entre easy listening de bric et de broc et BO de films à la Browning, " Dark Island " déroule insidieusement ses charmes, jusqu'à nous retenir prisonniers de ses mélodies en trompe-l'œil.

 

Prefuse 73

Extinguished : Outtakes - Alternate Takes and Beats From ‘One Word Extinguisher’

Quelques mois seulement après la sortie de " One Word Extinguisher ", Scott Herren est de retour. On le savait un peu maniaque : le voilà qui pousse le vice jusqu'à nous proposer une version " alternative " de son dernier album, déjà un fameux bric-à-brac d'électro, de hip hop et de funk malades. Mais après tout, rien de plus normal, puisque les collages et la déstructuration se révèlent les moteurs dynamiques de ses méthodes de composition. Sa musique, sans cesse mouvante, ne pouvait donc que se plier à ce genre d'exercice. Au menu, des beats déjà entendus, d'autres pas, auxquels s'ajoutent des extraits radiophoniques, divers cut up et électrochocs qui empêche tout radotage. Du " work in progress ", pourrait-on dire, tant Scott Herren est obnubilé par l'idée de recréation, de recyclage, de mise en perspective, de détournement, d'accident. Et la bonne musique, comme chacun sait, naît toujours de l'inattendu.

Prefuse 73

One Word Extinguisher

Scott Herren aime brouiller les pistes : après ses projets post-rock et purement électro (Savath + Savalas et Delarosa + Asora), voilà qu'il nous revient avec un deuxième album de Prefuse 73, son patronyme hip hop. Mais du hip hop hautement radioactif, qui aurait été victime de la maladie de Parkinson : à peine y décèle-t-on les marques de fabrique du rap telle qu'on le connaît aujourd'hui, écrasées sous une chape de bleeps pervertis et de samples foldingues. Du hip-hop, Scott Herren n'a en fait retenu que l'idée : ces boîtes à rythme qu'on entendait chez Afrika Bambataa, ces déconstructions inventives, bref les origines du mouvement, pas cette soupe infâme qu'MTV nous sert en boucle toute la journée. En ce sens, la musique mutante de cet Américain n'est pas si éloignée de celle d'Anti-Pop Consortium, de Tes et des compagnons d'Anticon : toujours innovante et jamais ennuyeuse, elle prend parti pour l'expérimentation et choisit son camp, celui de l'avant. Chez Scott Herren, tout peut arriver, et ce d'un morceau à l'autre, voire d'une seconde à l'autre : des chip tunes rentrent en collision avec la soul la plus délirante (" The Color of Tempo "), un piano magique joue tout seul LFO et Jimi Tenor (" Uprock and Invigorate "), Mr. Lif se prend un mur de beats concassés en pleine tronche (" Huevos with Jeff and Roni "), des voix se retrouvent hachées par une lame rythmique super aiguisée (" The End of Biters - International ", " Why I Love You "), Boards of Canada et DJ Shadow flirtent comme des cochons sur une plage de Miami (" One Word Extinguisher ", " Invigorate "), Tommy Guerrero se plante en skate et casse sa guitare (" Storm Returns "). C'est chouette : Scott Herren a tellement d'amis (à la production : Dabrye et Daedelus) ; et puis ses morceaux sont tellement différents qu'on n'a aucune peine à les écouter dix ou cinquante fois. Dans sa mission pas si impossible (redéfinir un genre qui tourne en rond), Scott s'amuse, et nous avec. Allez, on y retourne !

Billy Preston

Soul derby

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Organiste extraordinaire, Billy Preston a accompagné un peu tout le monde. Mais surtout les célèbres Beatles et Rollins Stones. Billy est né en 1946. A Houston, au Texas. Très jeune, il émigre à Los Angeles, en compagnie de ses parents. Il y met rapidement son talent au service de l'église. A 10 ans, il dirige un orchestre symphonique local! En 1962, il effectue sa première tournée européenne en compagnie de Sam Cooke et de Little Richard. Son premier elpee paraît à cette époque : "The 16 years old Soul". Il enregistre alors chez Vee Jay les plages qui constituent le présent album, sous-titré pour la circonstance : "The Complete Vee Jay recordings 1964/1965". Il tourne ensuite durant trois années en compagnie de son idole, Ray Charles. Il rencontre les Beatles qui rachètent ses droits chez Vee Jay pour leur propre label Apple. Il collabore même aux derniers enregistrements opérés par les Fab Four. A l’époque, on le considère même comme le cinquième Beatle. Il travaille ensuite pour les Rolling Stones. Et en particulier à la confection des elpees "Sticky fingers", "Exile on main street" et "Gots head's soup". Il tourne même en leur compagnie. Billy Preston est un artiste soul réputé depuis quatre décades.

Cette plaque nous renvoie assez loin dans le passé. Elle réunit des adaptations de certains succès de cette époque destinés aux juke-boxes. Des plages consacrées à la danse, sous une formule réduite, dominées par l'orgue (NDR : bien sûr), parfois balayées d’un piano et soutenues par une section rythmique. Si en ce temps-là, André Brasseur animait nos bals de cette manière ; il faut avouer que Billy Preston possède une toute autre dimension. Cette œuvre épingle notamment "If I had a hammer" (Si j'avais un marteau), "You've lost that lovin' feeling", "Eight days a week" (des Beatles), "Downtown", "Goldfinger", "My girl", "Go now", "Shotgun", "Stop in the name of love" (un fameux hit des Supremes). Plus engageant dans notre registre, "Slippin' and slidin" (de Little Richard), "Drown in my own tears", "Soul meetin", "The masquerade is over" et bien sûr le "Soul Derby medley". Une plaque qui s’adresse d’abord aux mélomanes de l'orgue Hammond!

Pretty Girls Make Graves

The New Romance

On croyait au début que ce groupe de Seattle voulait lui aussi avoir sa part du gâteau post-punk, qu'il allait dire à Radio 4, The Rapture et les Liars d'aller se faire foutre, et que tout ça finirait mal, dans un bain de sang, avec la tête de Karen O (Yeah Yeah Yeahs) plantée sur un bâton. Cette basse vrombissante, ces guitares tournoyantes, cette batterie métronomique : le squelette rythmique des PGMG danserait-il comme à la Saint Glin-Glin, distribuant quelques pains à la ronde à tous ces faiseurs de mode qui lui piquent la vedette ? Non, trois fois non : les PGMG ne sont pas tout à fait " punk funk ", malgré l'étiquette qui leur colle aux fesses depuis qu'il est bon de dire que Gang of Four et Wire étaient les meilleurs groupes du monde… C'est plus pop. Comme Elastica et Magnapop. Même avec cette furie au micro (Andrea Zollo, tantôt candide, tantôt vicieuse) et cet ex-Murder City Devils qui parfois crache son venin (sur " All Medicated Geniuses " et " The Teeth Collector "), les PGMG restent de gentils Amerloques. Pop. D'accord, on y entend aussi les Slits. Et L7. Ce qui prouve que les PGMG ne se laisseront jamais enfermer à double tour dans aucune chapelle… " The New Romance " contient 12 mini-tubes acérés et accrocheurs, dont l'infernal " This Is Our Emergency ", d'une jouissance féroce et libératrice. A écouter, de fait, de toute urgence.

 

John Primer

Blue steel

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" Blue steel " constitue le volume 60 des fameuses Chicago Blues Sessions du label autrichien Wolf. Il est sous-titré "A tribute to Elmore James". Une indication qui devrait vous mettre instantanément au parfum. Elmore James incarne, pour moi, le Dieu de la slide. Le créateur de ce riff répété à l'infini et tellement familier aux oreilles de tous les fanatiques du blues. De Chicago. A coloration Chess, bien entendu! Il était lui aussi, comme tant d'autres, originaire du Delta du Mississippi où il était né en 1918. Dans sa jeunesse, il fut largement inspiré par le style du Delta blues créé par Robert Johnson. Ce merveilleux bluesman nous a quittés voici 40 ans. En 1963. Il n'avait alors que 45 ans.

John Primer est lui aussi originaire du Delta. Il a émigré à Chicago à l'âge de 18 ans. En 1963. C'est à dire l'année de la disparition d'Elmore. John a rejoint le backing band de Muddy Waters, sur recommandation de l'harmoniciste Mojo Buford. Il y restera de 1979 à 83. C'est à dire jusqu'à la mort du créateur de " Rollin' Stone ". Il a ensuite sévi, pendant treize ans, au sein des Teardrops de Magic Slim. John Primer a toujours été réputé pour sa technique de la slide guitare. Je ne suis donc pas trop surpris de le voir participer à un tel hommage, à travers ce qui représente déjà son sixième opus pour Wolf. Il est entouré ici du Real Deal Blues Band : Bo Trisko à la guitare rythmique, Steve Bell, un des fils à Carey, à l'harmo, sans oublier Detroit Junior, l'ancien pianiste de Howlin' Wolf ainsi que Little Bobby Neely, autrefois saxophoniste pour Otis Rush et Buddy Guy.

Nous ne pouvions rêver d'une meilleure ouverture que le célèbre "Shake your moneymaker" ; probablement la composition la plus nerveuse de James. La sonorité est un tantinet réverbérée, éloignant quelque peu la voix de l'avant-plan. Une formule qui démontre son souci de rester le plus proche des versions originales. "It hurts me too" est un canon du blues. La slide est minimaliste et ravageuse. Le piano insolent. Le célèbre riff de slide, à la Elmore, fait son entrée chez "Sunnyland train". Primer a choisi de ne pas reprendre "Dust my blues", qui n'était en fait que le "Dust my broom" de Robert Johnson. James jouait tellement bien le blues lent qu'il est judicieux d'en retrouver sur cet elpee. A l'instar de "Too much". Mais si l'harmo de Steve Bell s'y réserve quelques petites phrases en solitaire, c'est surtout Detroit Junior qui crève l'écran. Les percussions de Mark Diffenderffer émettent un son métallique. Les différents intervenants prennent leur pied! La fête continue tout au long d'"I'm in love". Le sax de Little Bobby est clairement planté dans le décor, avant de produire son solo. Detroit Junior n'en peut plus derrière le piano. La slide se fait gouailleuse, insatiable, sur "I can't stop loving". Dès les 1ères notes d'"I'm a bluesman", il n'y a pas photo : nous sommes projetés dans un autre monde sonore. Celui des Teardrops. Mais de l'époque à laquelle John y était. L'enregistrement date en effet de 1987, et implique Magic Slim, Johnny B Gayden et James Harrington. Dans un registre assez différent, "1839" date de 1992. Magic Slim est toujours au poste, en compagnie de son frère Nick Holt, à la basse. A l'instar d'"I had a dream last night", "I'm worried" constitute un de ces nombreux remakes de "Dust my blues". Une adaptation superbement menée, au cours de laquelle Steve Bell se montre très en verve. Que ce soit sur un tempo rapide ("Fine little mama") ou lent ("I held my baby"), la slide d'acier en remet quelques couches en fin d'album. En finale, "Stranger blues" me rappelle quelque part le "Got my mojo working" de Muddy Waters. Cet album a été présenté officiellement le 9 février dernier. A Chicago, bien entendu. Au Buddy Guy's Legend, un autre haut lieu pour celui qui débuta au Theresa. Je suis venu au blues à cause de ce type de répertoire. C'est une confession. Alors je n'ai pas à rougir de vous avouer que l'écoute de cet album me fait un pincement au cœur…

 

Tom Principato

House on fire

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Ce chanteur/guitariste vit depuis bien longtemps à Washington, DC. Il a cependant effectué ses débuts à Boston. Il y a fondé Powerhouse, pour lequel il a commis l'elpee "Nightlife". Depuis 1981, il s'est fixé à Washington. Après avoir transité par les Assassins en compagnie de Jimmy Thackery des Nighthawks, il monte sa propre formation. Il compte déjà plus de dix albums à son actif dont le premier, "Blazing Telecasters", remonte à 1984. Pour exécuter ce nouveau chapitre musical, il s'est entouré de John Perry à la basse, Joe Wells à la batterie et de Tommy Lepson aux claviers. Tom a écrit la plus grande partie de son répertoire.

Il ouvre l'opus par "Till I get what I came here for", une plage funky qu'il emmène de sa voix passablement éraillée. L'orgue est bien présent ; mais le boss, c'est Tom. D'ailleurs, sa Fender Telecaster sort déjà de sa réserve. Avant de crever l'écran sur "Done your daddy dirty". Il est vrai que cet instrumental est signé Roy Buchanon, un maître pour l'ami Tom. Il accomplit ensuite une excellente version du "Crazy mixed up world" de Willy Dixon. Soutenu par le piano versatile de son ami Kevin McKendree (NDR : un membre du backing band de Delbert McClinton), Tom signe une excellente sortie sur les cordes. Toujours dans son style ; en distillant de nombreuses notes bien senties. L'artiste joue de sa Telecaster en picking sur l'instrumental vivace "Apricot brandy". Elle vibre et crache ses notes devant l'orgue de Lepson. "Voodoo thing" nous entraîne sur les routes louisianaises. Les rythmes sont syncopés, les percussions bien mises en avant. Tom se sent comme un poisson dans l'eau. D'autant plus que ce style met bien en avant ses prouesses guitaristiques. Mr Principato est plus un instrumentiste qu'un chanteur. Brillant technicien, il est également capable de faire passer ses sentiments, ses émotions musicales, à travers de plages instrumentales. "Very blue" en est la plus belle démonstration. Un titre lent, au cours duquel il égrène ses notes une par une, avant de laisser échapper sa verve naturelle. Ses doigts aiment parcourir le manche de sa Fender. Et s'il fait preuve d'une grande maîtrise, parfois il ne peut s'empêcher de libérer quelques flots de notes. Cette plage synthétise parfaitement son énorme potentiel. L'introduction et la finale de ce morceau baignent au sein d'une douceur extrême ; et l'artiste y emporte tous nos suffrages. Il ne faudrait cependant pas enfermer Principato dans un seul style. Car s'il est avant tout un instrumentiste à la technique irréprochable, il est aussi capable de s'adapter à un spectre musical bien plus large. Et il est même brillant dans le domaine swing et jazz. A l'instar de "Break out!". Alternant notes en grappes et accords, son jeu y est finement ciselé. La plage titulaire est très élégante. La section rythmique remplit bien l'espace sonore de ce R&B ; mais la Telecaster ne sait attendre pour se mettre une nouvelle fois en évidence. Sa dextérité naturelle, il la met encore en exergue sur un autre instrumental aux climats jazzyfiants : "Shuffle - 50". Jouant sur les tonalités, alternant une fois encore notes et accords, il y laisse couler son feeling. Il commet une bonne version du classique de Dave Bartholomew, "I hear you knockin". De l'excellent travail qui lui permet d'opérer une envolée de rock'n'roll mesurée dans le rythme. Et son solo en pickin' constitue un des sommets de l'album! Il faut cependant attendre la finale, "Baptised in Muddy Water", pour vivre le premier blues lent. Nonobstant le dialogue échangé entre la guitare et l'orgue Hammond, ce fragment est un peu trop court à mon goût. Manquant probablement de coups d'éclat, " House on fire " n'est pas le meilleur album de ce musicien au talent particulier et singulier ; mais il reste de très bonne facture…

Projet A7

P1

Écrit par

Anorak Supersport est un des derniers labels à avoir fait son apparition dans le paysage musical belge. Suite à une judicieuse politique artistique, il peut déjà se vanter d'avoir signé une série de projets musicaux qui ont déjà rencontré un succès critique et public. On peut citer Showstar (fortement influencé par la pop anglaise), Jéronimo (et ses comptines désabusées) ou encore Starving (baigné dans une électro-pop sur fond d'affres sexuelles féminines).

A l'instar des deux derniers projets cités, Projet A7 a uniquement recours à la langue de Molière. Les sept membres du collectif proposent une dizaine de morceaux teintés d'électro estampillée années 80, sur lesquels plusieurs voix racontent plus qu'elles ne chantent (NDR : habitude fastidieuse et récurrente de la chanson française d'aujourd'hui) leurs vicissitudes. A cheval entre Alain Chamfort et Jean-Louis Murat (en moins inspiré), on a bien du mal à entrer dans l'univers froid de Projet A7 ; et l'abus de vocoder et de vocalpitch utilisés sur les voix n'arrange pas les choses. Musicalement peu inspiré, la multiplication de tics sonores faisant référence aux années 80 (comme par exemple ces guitares funky façon Gainsbourg période " You're under arrest "), même si cette tendance semble être à la mode aujourd'hui, ne rend pas aisée l'écoute de l'album, plongeant l'ensemble dans une désagréable uniformité.

Projet A7

Projet A7 (Ep)

Pour expliquer le concept fumeux de ce maxi 7 titres, reposons-nous sur le dossier de presse : ‘Le Projet A7 est un collectif de 7 personnes ayant un lien étroit avec la musique (…) Chacun des 7 participants crée un son, une mélodie, un événement sonore. C'est le premier tour. Les 7 embryons de morceaux passent ensuite d'un joueur à l'autre, chacun traitant la matière reçue à sa façon, en ajoutant, retirant ou modifiant les éléments qu'il veut’. Et cetera. Si c'est un ‘jeu’, autant dire qu'il n'amuse que ces géniteurs, 7 ‘anonymes’ qu'on pense avoir déjà croisés chez Anoraksupersport sous le nom de Jeronimo, Crystal Palace, Pink Satellite, Starving, Showstar, Nietzsche et Gagarine…. Les sept groupes signés par le label huttois ! Attention : c'est une supposition, en rien une certitude… Les sept zozos qui ont signé ce maxi n'ont en tout cas pas peur du ridicule : voilà de l'électro-pop de basse classe, sans inspiration ni séduction, aux relents snobs nauséabonds. Du foutage de gueule, pas moins : 7 titres dont 5 remixes pour illustrer ce concept à la masse, parfait pour se flatter l'ego entre potes, mais nul pour accrocher l'auditeur. On espère que cette flatulence pleine de suffisances les fera réfléchir quant à l'intérêt de leur démarche collective, peut-être louable sur papier, mais au final d'un nombrilisme affligeant.

Snooky Pryor

And his Mississippi Wrecking Crew

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Le vieux Snooky a reçu le concours d'un sérieux aréopage pour commettre cet album. Une bande d'épaves du Mississippi qui regroupe de fameux clients, d'authentiques vieux limiers du blues : l'indestructible Pinetop Perkins (88 balais, au piano), Willie "Big Eyes" Smith (issu de l'Arkansas) à la batterie, Bob Stroger (du Missouri) à la basse et le redoutable Mel Brown à la guitare (un compagnon d'écurie de Pryor, depuis quelques années). Cet opus a été enregistré pour célébrer le 80ème anniversaire de la légende vivante Mr Pryor. Son souvenir le plus ancien, le plus poussiéreux remonte à 1929. Lorsqu'il a vu Sonny Boy Williamson II jouer au magasin général de Vance, dans le Mississippi. A l'instar de la plupart de ses acolytes, il a émigré plus tard à Chicago, pour y écrire et vivre quelques tranches de blues. Dans les années 40. Sur Maxwell Street. Et plus tard en compagnie de Moody Jones, Homesick James, Johnny Shines et quelques autres.

Après "Rock-a-while", une timide ouverture instrumentale, nos anciens embraient par "School days", un bon vieux blues lent au sein duquel ils puisent dans leurs lointains souvenirs d'écoliers. Dépouillé comme il se doit, ce blues montre Snooky au sommet de son art. De courtes phrases à l'harmo ponctuent son chant usé. Invité de classe, Jeff Healey, le jeune guitariste aveugle canadien, semble bien à l'aise sur ce terrain dégagé à l'extrême. Du Chicago blues de classe ! En hommage au label canadien qui les héberge, le Mississippi Wrecking Crew reste ancré dans ce blues traînard autant que paresseux. Il nous dispense un brûlant "Electro-Fi blues", ne laissant toujours le billet de sortie que pour Mr Healey. Particulièrement cool, Snooky maîtrise parfaitement ce blues authentique à l'humeur sombre. Sa voix de ténor, plaintive, aigrie, peut soudainement se faire chevrotante. Il chante d'abord très calmement, puis hurle ensuite sa douleur sur "Decoration day", un classique composé jadis par John Lee "Sonny Boy" Williamson I. Mel n'y distille que les notes qui vont droit au cœur. Celles qui libèrent un max de feeling introverti. Le rythme s'accélère enfin sur "I ain't seen my baby". Une occasion idéale pour assister à une joute haute en couleur entre les cordes de Brown et celles de Jeff Healey. Derrière le piano, le vieil homme se met à susurrer un blues écrit par un de ses meilleurs collègues côtoyé naguère : Mr Memphis Slim. Perkins interprète "Pinetop's grinder man blues". "Kind lover" hausse de tempo et autorise les sorties, timides chez Pinetop Perkins, plus franches pour Mel et Snooky. Au large chapitre des blues lents, l'elpee recèle encore la reprise d'un autre canon du blues issu de la plume de Sonny Boy I : "Sugar Mama blues". Ce très bon album empreint de classicisme s'éteint sur "After you (There won't be nobody else)", un dernier slow blues mené un peu à la manière de Muddy Waters, au cours duquel Mel Brown peut, en quelques notes, exprimer toute l'excellence de son style…

 

Pulseprogramming

Tulsa For One Second

Signé sur le label Aesthetics, maison d'accueil des électrons les plus libres en matière de rock, d'ambient, de folk et de techno (Windsor For The Derby, Hood, L'Altra,…), Pulseprogramming se décrit lui-même comme un ‘groupe multimedia’. On y retrouve ainsi deux maîtres ès laptops, un vidéaste, deux designers, un poète et une chanteuse. Le fond et la forme sont donc sur pied d'égalité : le digi-pack peut être transformé en cabane, et le CD renferme une plage CD-Rom de toute beauté. La musique, quant à elle, s'avère toute aussi aventureuse, entre Mum, Tarwater et Autechre période " Incunabula "… Le plus bel exemple restant le premier morceau (" Blooms Eventually "), une vraie petite perle d'électro-pop douce-amère, légère comme une bulle de savon. La suite est partagée entre instrumentaux de haute volée (" Don't Swell Up Your Glass Pocket ", genre Eno sur Morr Music, " Largely Long-Distance Loves ", plus rythmé) et comptines fragiles et organiques, susurrées par un couple vraiment épatant (Mark Hellner et Lindsay Anderson, de L'Altra). Imaginez Mark Hollis remixé par Sigur Ros… De l'indietronica mélodieuse et émouvante, qui fait pleurer les machines et donne de la chair (de poule) à Cubase et Pro Tools. Entrez dans la maison (en carton) de ces Américains, leur porte vous est grande ouverte.

Robert Palmer

Drive

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Robert Palmer est décédé le 26 septembre dernier à Paris. Suite à une crise cardiaque. Il était né en Angleterre le 19 janvier 1949. A Batley, très précisément. Cet excellent vocaliste avait élu domicile en Suisse, depuis 16 ans. Sa carrière musicale avait débuté fin des 60's. Chez le groupe de R&B, Alan Bown Set. Il avait ensuite rejoint Vinegar Joe, une formation blues/rythm'n blues. Il y partageait les vocaux avec la pulpeuse Elkie Brooks. Depuis, il menait une carrière personnelle. Un parcours jalonné d'une vingtaine d'albums et de quelques hits, dont le plus célèbre demeurera "Bad case of lovin' you". En 1999, il avait commis "Rhythm & blues" ; un opus pour lequel il avait prévu une suite. Et ce deuxième volume vient enfin de voir le jour.

L'album s'ouvre par le notoire "Mama, talk to your daughter". Signé J.B Lenoir, cette plage évolue sur un tempo hyper rapide. Le son des guitares est véritablement pourri. Les vocaux prolixes. L'harmonica de Franco Limido, sautillant. Une claque vraiment inattendue ! Bien plus roots, "Why getup?" est distinctement tramé sur une guitare, une mandoline, et le piano versatile de l'excellent Dr Gabs. La voix soul très caractéristique de Palmer est bien mise en évidence. Mais la richesse et la profondeur du timbre de ce chanteur de R&B sont encore plus évidentes sur le légèrement funky "Who's fooling who?". "Am I wrong?" baigne au sein d'une ambiance Delta. Seule devant les guitares acoustiques et les percussions minimalistes, cette voix semble idéalement taillée pour chanter le blues. Palmer reprend le "TV dinner" de ZZ Top ; mais sous une forme très dépouillée. Sa voix tout en relief y véhicule énormément d'émotion et de sensibilité. " Stella " nous plonge dans un univers étrange, exotique, proche de la world. Le chant typé est souligné de chœurs féminins. On se croirait dans les Caraïbes. Un climat au sein duquel baigne également "Dr Zhivago's train". Robert revient sur un terrain mieux connu en attaquant une compo issue du répertoire de BB King, "Ain't that just like a woman". La version est puissante et nerveuse. La voix quelque peu ravagée passe le cap avec distinction. Dr Gabs se montre brillant dans son exercice du boogie au piano. Robert embraie par "Hound Dog". Un fragment écrit par Leiber et Stoller, mais popularisé par Elvis Presley. Il chante comme un possédé devant une guitare fuzz aux accents réverb. Une atmosphère mystérieuse plane tout au long de "Crazy cajun cafe walk band". On se croirait presque chez Dr John lorsqu'il implore le voodoo ; surtout lorsque le bruit des swamps louisianais entrent dans la danse. Robert achève son elpee par une adaptation d'"I need your love so bad" de Little Willie John, un morceau popularisé jadis par Ray Charles et par le Fleetwood Mac de Peter Green ; une compo qu'il interprète d'une voix plaintive. Cette nouvelle mouture brille par son originalité, tant Palmer y va de sa personnalité. Mais ce n'est pas tout, car l'opus recèle quatre bonus tracks. Signé Willie Dixon, "29 ways" s'ouvre sur un chant tribal soutenu par force percussions ; mais lorsque le piano décide de changer de registre, c'est pour s'aventurer dans un espace sonore purement jazz et swing. La forme d'"It hurts me too" est bien plus classique. Une composition qu'il chante, avec bonheur, devant un piano très blues. Le piano du docteur envahit "Stupid cupid". Un fragment fortement marqué par le sceau de la New Orleans. Et l'œuvre s'achève dans le roots, par une cover très personnelle du "Milk cow's calf blues" de Robert Johnson. Cet album est très intelligent et fort personnel. C'est une réelle expérience. Dommage qu'il n'y aura jamais de suite…

Panti Will

H-E-L-L

La nouvelle sortie du label français underground Dora Dorovitch (Telefax, Thomas Mery de Purr, etc.) ne dure qu'une demi-heure, et c'est tant mieux. Parce que ce collage de bruits industriels, de cliquetis de bazar, de beats métalliques, de voix broyées par un marteau-piqueur et de hip hop mutant joue trop avec nos nerfs. Ce projet manufacturier entre Michel Cloup (Expérience, Diabologum), Stéphane Bodin et François Marché (les deux affreux de Bosco) aurait pourtant pu donner un drôle de résultat, dans tous les sens du terme : rigolo comme Bosco, bizarre comme la nébuleuse Diabologum. Au final, il s'agit juste d'un patchwork tannant d'influences diverses, de Cassette Boy à Matt Elliott, mais sans la rigueur et le talent. De la musique proche en sa démarche de celle des pionniers de l'IRCAM (en beaucoup moins savant quand même), mais qui n'excite ni nos neurones, ni le reste. Une première déception à mettre sur le compte de Dora Dorovitch, qui pourrait vite se voir catalogué " Label intello " s'il brasse encore trop de matière grise… L'auditeur, lui, se fait chier, et va voir ailleurs.

 

Papas Fritas

Pop Has Freed Us

C'est bien dommage, pour les Papas Fritas, d'en arriver à ce best of (18 titres, huit inédits, 3 clips). Parce qu'on espérait plutôt les voir sortir encore un album, et s'émerveiller devant ces petites cathédrales pop qui bâtirent leur réputation. Une réputation qui, malheureusement, n'a jamais débordé du cercle restreint des amateurs éclairés de pop rock lumineuse et fragile. Pourtant, à écouter ce best of, rien ne semblait prédire aux Papas Fritas une carrière si courte et erratique, étoiles filantes freinées dans leur trajectoire par un music business qui ne tolère que profit et efficacité à court terme. D'efficacité, Papas Fritas n'en manquait pourtant pas : Tony Goddess, Keith Gendel et Shivika Asthana possédaient ce talent si rare de savoir écrire la chanson pop parfaite, qui tenait en trois minutes et plaisait dès la première écoute. " Way You Walk ", " Passion Play ", " Holiday ", " Hey Hey You Say ", " Vertical Lives ",… Qui mieux que les Papas Fritas, en leur temps de déboires commerciaux, pouvaient aligner tels tubes certifiés or, en mixant adroitement les harmonies des Beach Boys (ces chœurs !), l'éclat féroce des Pixies et la tendresse nonchalante de Pavement ? Avec trois fois rien mais beaucoup d'amour et de délicatesse, Papas Fritas ont réussi là où beaucoup se sont cassés les dents : dans l'écriture pop ultime, jamais avare de mélodies limpides et de refrains qui enchantent. En prononçant correctement le nom du groupe, on a le titre de ce best of : " Pop Has Freed Us " (" La pop nous a libérés "), une expression qui résume bien le trio de Boston… Et nous convient bien aussi, tant qu'à faire.