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Tom McRae

Just Like Blood

On avait quitté Tom McRae avec abattement : ce type, avec ses chansons tristes et dépressives, n'était décidément pas un joyeux luron. Ce " Tom McRae ", d'une beauté certes indubitable, n'était pas notre compagnon le plus cher lors de nos matinées ensoleillées : plutôt à écouter tard le soir, quand la nuit étouffante recouvrait de son manteau noir nos espoirs les plus secrets. Tom McRae, le nouveau héraut de nos doutes et de nos errances, avec sa voix haut perchée et ses hantises qui frôlaient souvent l'emphase, nous mettait presque mal à l'aise. Avec ce " Just Like Blood " d'une pesanteur certes encore marquée, l'Anglais semble s'être un peu assagi et détendu ; en témoigne le morceau d'ouverture et ses samples… africains ! " Welcome back… " : tels sont les premiers mots de ce " A Day Like Today " lumineux et reposé, à des lieues déjà de ses anciennes compos. Tom McRae donne ainsi le ton : finies les introspections larmoyantes, et en route pour la joie ! Peine perdue, déjà, à la fin de ce titre en trompe-l'œil : si l'Anglais nous accueillait avec une gentillesse étonnante, voilà qu'il nous gratifie, en toute fin, d'un " I love you to death " de triste mémoire. Triste, en effet : c'est avec ces deux mots qu'il composa la bonne moitié de son premier album… " La mort, l'amour, c'est du pareil au même ", semble nous dire Tom McRae : et de fait, il remet ça tout au long de ce " Just Like Blood ", avec plus ou moins de bonheur (ou plutôt malheur). C'est qu'on ne change pas un homme en une chanson, fut-elle imprévisible : Tom McRae continue donc, dans une veine rouge sang, à graver des chansons sombres et pas drôles, à écouter les larmes aux yeux et les dents serrées. Parfois, l'étau se desserre (" Karaoke Soul " et ses envolées de cordes), mais la couleur de l'album reste noire de chez noir. Il n'empêche que des chansons comme " " Overthrown ", " Walking 2 Hawaii " et " Mermaid Blues ", trio gagnant du milieu de l'album, confirment le talent de Tom McRae pour transcrire à merveille ce sentiment de détresse qui nous tenaille tous, un jour ou l'autre, au lendemain d'une rupture. Tom McRae : à la fois bourreau (des cœurs) et victime (consentante) de ses propres faiblesses ? Tout juste. De la pop SM, en somme.

 

M83

Dead Cities, Red Seas & Lost Ghosts

D'abord des piaillements d'oiseaux, puis une voix au vocodeur, froide, impersonnelle, mécanique, avant qu'une déflagration sonore pleine d'échos ambient (Eno ? My Bloody Valentine ? Tangerine Dream ?) achève de nous surprendre. M83 ? Un duo français d'Antibes qui s'invente une musique vaporeuse, presque abstraite, construite à base de synthés pénétrants, de rythmes martiens et de riffs étouffés par la calotte glaciaire. Dans cette ambiance de fin du monde, Anthony Gonzalez et Nicolas Fromageau sculptent la matière sonore à coups de scalpel électronique. Parfois, une voix-fossile s'égare dans ces paysages crépusculaires. Peut-être un vestige d'une époque révolue, d'avant les " cités mortes " (le titre) ? Sur " In Church ", un orgue hanté rappelle pourtant à l'ordre tous les fidèles. En vain : il ne reste plus personne, que des fantômes dont on entend à peine les murmures. La musique électro-noisy de M83 semble figée dans le temps et dans l'espace : à l'auditeur d'oser y plonger, même si l'apnée peut s'avérer dangereuse. A la surface, pas une âme qui vive : juste ces bruits blancs et ces réverbs abrasives, derniers reflets d'une quelconque présence humaine… Serions-nous en plein rêve ou victimes d'une expérience hallucinatoire ? Ce disque, c'est un peu comme le monolithe noir de " 2001, l'Odyssée de l'Espace " : on ignore ce que c'est, et ça nous obnubile. SOS Terre : nous voilà pris au piège comme des couillons !

-M-

Qui de nous deux

Écrit par

Le fils de Louis Chédid vient de frapper fort, très fort même. En commettant un opus brillant, très billant même. Pas à cause du strass, même si M a toujours reconnu pour influence majeure le Bowie circa " Ziggy Stardust ". Qu'il répercute toujours à travers une image excentrique ! Pour la circonstance teintée principalement de rose. Enfin sur la pochette. Un costume rose, une guitare rose, des cœurs roses, etc. Mais le plus important, c'est qu'il y décline enfin sa propre identité. Celle d'un artiste qui a choisi d'être plutôt que de paraître. De créer plutôt que d'imiter. Et je dois avouer être tombé sous le charme de cet elpee qui oscille entre rock, pop, funk, électro, soul, disco, latino, glam, world et jazz. Le tout régulièrement traversé d'arrangements de cordes. Tout en accordant une place très importante à l'instinct et au baroque. Sans oublier les textes poétiques qui reflètent son univers enfantin et ironique, parlent de la mort, mais surtout abordent pour l'essentiel le thème de l'amour. Pas l'amour béat et formaté 'starac', mais les déséquilibres affectifs de l'éternel ado, ses faiblesses, ses conflits, son inaccessibilité. Et pourtant, M a l'air heureux. C'est ce qu'on ressent dans ses chansons. Et pour cause, vu son talent, il peut voir la vie en rose. Alors dites : j'M…

Timo Maas

Music for the Maases 2

Depuis la sortie de son premier album (" Loud "), Timo Maas est devenu une star des platines, écumant les clubs du monde entier et remixant à tours de bras, de Madonna à Fatboy Slim. Pour sa deuxième compilation " Music for the Maases ", Timo a donc choisi de faire d'une pierre deux coup : proposer un mix dance-floor de ces derniers meilleurs remixes, de quoi sustenter à la fois les clubbers et les collectionneurs. C'est Kelis, déjà entendue sur " Loud ", qui met le feu aux poudres, suivie d'une Shirley Manson (Garbage) plus docile qu'à l'accoutumée. Efficace à défaut d'être surprenant. Mais il faut attendre le quatrième morceau (" Unite "), un tube bombastic signé Timo Mass himself, pour que la machine s'emballe vraiment… Jusqu'à l'arrivée impromptue d'une Roisin Murphy terre-à-terre (le remix épuré de " Familiar Feeling " de Moloko), qui casse un peu l'ambiance et fait retomber la sauce. Après cette pause slow, Timo n'aura de cesse d'appuyer sur l'accélérateur et de rouler des mécaniques, en vain : on s'ennuie ferme, dans l'attente que les lumières se rallument et que tout le monde rentre chez soi… Surtout quand Moby et Brian Molko, les deux plus belles têtes à claques du music business, voient leur musique déjà pas terrible encore plus défigurée (le vocoder pour le premier, la trance goa pour le second). Ca suffit ! A force de vouloir remixer à tout va, Timo Maas nous pompe l'air. Espérons qu'il se rattrape à Werchter, en oubliant ses tics de production et sa vanité de DJ-star bien trop suffisant.

 

Machiavel

Welcome to Paradise

Écrit par

Machiavel n'est probablement plus à sa place dans les colonnes métalliques de Muziczine, mais force est de constater que le combo demeure toujours, après plus de 25 ans de carrière, une sérieuse référence du rock en noir/jaune/rouge. Expérimentés, et toujours capables de créer des arrangements raffinés sans excès faciles, les cinq de Machiavel offrent aujourd'hui une large palette d'envolées sonores sur ce nouveau "Paradis musical". Ils se promènent ainsi travers différents styles, alliant pop, rock et ballades émouvantes. Flanqués d'un nouveau membre à part entière, le claviériste Hervé Borbé (ex Now), Mario Guccio, Thierry Plas, Roland Degreef et Marc Ysaye se sont laissé emporter par le plaisir de jouer ensemble, sans calcul ni barrière, jouant la carte de la diversité avec cette maîtrise qui leur est propre. Les riffs nerveux alternent avec de belles mélodies, les titres lents sont majoritaires, mais la plage 4 du CD, pièce maîtresse de l'album selon mon humble avis, lorgne vers un hard fm des plus subtils. Le refrain de "Dreams and fascination" est imparable, davantage peut-être que le single "Wild as the wind". "So long", titre de 7 minutes dédié à Pierre Rapsat, clôt un album qui aidera sans nul doute l'ancienne icône du rock progressif belge à renouveler son public.

 

Magenta

Démo

Écrit par

Ce Magenta n'a rien à voir avec la défunte formation alsacienne, ni avec le groupe de néo prog rock insulaire, mais nous vient de la région parisienne. Un quintette qui depuis sa formation en octobre 2000, est parvenu à décrocher plusieurs prix lors de différents tremplins organisés en Ile de France. Sa musique est manifestement influencée par la culture musicale pop rock anglo-saxonne, et en particulier par Muse, Radiohead et Mansun. A cause de cette approche un peu prog de leur pop. Enfin, c'est l'impression que m'ont laissée les trois titres de cette démo. Encore que le chanteur semble éprouver certaines difficultés à poser la voix lors des périodes les plus calmes. A contrario, lorsqu'il passe au registre supérieur ; il épouse alors les inflexions du regretté Pierre Rapsat. Et avec beaucoup de bonheur.

The Majesticons

Beauty Party

Il y a plus de trois ans, un album de hip hop frappait les esprits par son énergie débordante et ses innovations dans le domaine du (gros) son et des lyrics : ce disque fantasque, branleur et casse-cou, c'était " Gun Hill Road ", signé d'un " posse " jusque-là inconnu, les Infesticons. Très vite, on apprit qui se cachait derrière cette nouvelle bannière rap érigée en nouvelle tendance (moins gangsta, plus sympa, les bleeps de l'électro en cadeau) : un certain Mike Ladd, déjà croisé dans le milieu hip hop… Mais dans ses bas-fonds les moins pailletés, en direct de l'underground, en tout cas loin des spots d'MTV et de ses stars sapées comme des guirlandes de Noël. Depuis lors, bien des choses ont changé : la bête techno s'est emparée des chaînes en or et des bimbos en chaleur. Bref le rap le plus mainstream s'est acoquiné avec les beats les plus malins (une aubaine). The Neptunes, Timbaland, Dr. Dre sont devenus les nouveaux boss : pas un type qui ne veut sa mélodie estampillée N.E.R.D. ou Missy Elliott (les kings du genre), sans parler de l'avant-hop, cet hybride génial entre electronica délirante, rap malade et conscience alter-mondialiste. The Majesticons arrivent donc à point nommé pour rappeler qu'il y a trois ans déjà, alors sous le nom d'Infesticons, leur rap osait sans fard mélanger les genres et braver tous les dangers, en narguant les rentiers du business hip hop. Avec ce " Beauty Party " ravageur, la bataille continue : deuxième volet d'une trilogie géniale, cet album sonne donc un peu comme " L'Empire contre-attaque " du lot, avec Mike Ladd en Luke Skywalker venant sauver le rap, et ses potes (dont El-P, boss de Def Jux, et Vast Aire, de Cannibal Ox) en Han Solo, R2D2 (RJD2 ?) et Princesse Leia (beaucoup de ‘soul woman’ en guest de cette fête non-stop). Le concept derrière cet album est tout aussi fumeux que le premier : la seule chose à retenir, c'est qu'il s'agit donc d'une attaque en règle du music business sauvage et d'une ode à la liberté et à l'indépendance (tous les titres, d'ailleurs, finissent par " Party "). Entre les bombes racées à la Neptunes (le diptyque Piranha Party/Fader Party, Suburb Party), la drum'n'bass, les chip tunes (" Prom Night Party ") et le r'n'b le plus fiévreux (" Prom Night Party ", " Luv Thief Party ", " San Trope Party "), " Beauty Party " porte bien son nom… 2003 ne vient que commencer, et voilà déjà un album à retenir pour les tops de fin d'année. Vivement le troisième épisode.

Malevolent Creation

The will to kill

Écrit par

Ce n'est pas un album, c'est une course contre la montre ! Onze bolides d'un death trash furieux composent ce huitième opus de Malevolent Creation. Basé en Floride, comme bon nombre de formations qui pratiquent le métal de la mort, le groupe a connu depuis sa création d’incessants changements de line up. Phil Fasciana, son fondateur a recruté récemment deux nouveaux membres : Kyle Simons au chant et Ariel Alvarado à la batterie. En outre, le guitariste Rob Barrett a réintégré les rangs du groupe dont il avait pris congé en 2001. La formation s'en retrouve surboostée et nous livre son premier album sur un "gros" label. ‘Son meilleur album’, titrent déjà les chroniqueurs de la presse spécialisée ! Un disque puissant, violent, mais aussi très varié. A cause des éléments trash qui se mêlent à ce death ultra technique et aux solos démentiels. Question voix gutturale, on peut dire que le sieur Kyle Simons n'a rien à envier à son prédécesseur et que les fans de Morbid Angel vont le porter aux nues. Soulignons enfin que la production a été confiée au guitariste de Kataklysm, spécialiste du genre ; et que James Murphy de Testament appose un solo de gratte tueur sur..."Assassin squad". Un nouvel album culte pour la scène death de Floride!

Stephen Malkmus

Pig Lib

Comme il est loin le temps où Pavement déchaînait les passions juvéniles, avec ses mélodies bancales et ses refrains en équilibre précaire. Aujourd'hui, Stephen Malkmus tente de continuer l'aventure en solo, avec plus ou moins de bonheur. Mais comme tout ex-leader de groupe influent, Malkmus se promène désormais au-dessus du vide avec trop de prudence, sans oser les acrobaties d'antan. Car il n'y a plus de filet pour amortir sa chute (les Jicks ne sont qu'une couverture). Voilà pourquoi ce " Pig Lib " n'a plus rien de funambule, en témoignent ces 11 morceaux bien arrimés au plancher, qui ont beaucoup de mal à (nous faire) décoller. Malkmus aurait-il troqué sa dégaine d'éternel adolescent nonchalant contre une grosse bedaine flasque et pleine de graisses, à l'instar d'un Frank Black en panne des Pixies ? Parce que ces morceaux, loin d'évoquer le Pavement grande époque (" Slanted and Enchanted ", " Crooked Rain Crooked Rain "), nous font plutôt penser au rock lourdingue des Eagles qu'à la pop lo-fi de " Wowee Zowee "… " 1% of One " déroule ainsi des solis pompiers pendant neuf minutes, comme si Malkmus voulait prouver au monde qu'il sait lui aussi jouer de la guitare. Cette technicité pêche par excès, surtout chez un type dont on aimait le jeu enfantin mais distingué, plus bourré que bourru. Restent quelques reliques branques et lunatiques rappelant la grande époque (" (Do Not Feed The) Oyster ", " Dark Wave "), mais pas de quoi nous rassasier et nous rassurer quant au revirement balourd de l'ex-chanteur de l'ex-groupe le plus sympa de la planète.

Lady & Bird

Lady & Bird

Fin de la saga Keren Ann/Bardi Johannsson, placée sous le signe de l'humour. Si les albums de Bang Gang et de la copine à Salvador (cfr chroniques) émouvaient par leur fragilité et leur spleen diaphanes, celui-ci, le plus dual des trois (les 10 chansons, à part deux reprises, sont signées à quatre mains), pêche par… joliesse. Eh oui ! Quand c'est trop mignon, ça tanne : on a même l'impression que les deux compères se foutent un peu de nous, comme s'ils s'amusaient tous seuls dans leur jardin d'enfants sans se soucier du reste. Bardi joue avec ses instruments comme s'il s'agissait de Playmobils (" Ooooh ! ! ! Un synthé ! Un xylophone ! Une guitare en plastique !), et Keren se shoote à l'hélium pour chanter comme Casimir (l'inénarrable " La Ballade of Lady & Bird ")… Certes, on retrouve ces ambiances douces et feutrées entendues chez Bang Gang, ces mélodies légères et limpides dont le duo semble friand. Il n'empêche que pour une fois, cette apesanteur ne nous donne plus le vertige, mais la nausée. Pas assez polisson mais trop poli pour être honnête, cet album s'écoute avec le sourire de celui qui n'est pas dupe.

Lac Placide

Away

Écrit par

Assistons-nous à l'éclosion d'une nouvelle école musicale en France ? La scène Prog hexagonale semble en tout cas en pleine ébullition. Et après Taal, qui a acquis ses lettres de noblesse en deux elpees, voici venir Lac Placide, dont le présent essai est tout bonnement passionnant. L'album est structuré en sept plages encadrées d'interludes, qui font office de fil rouge, étant autant de déclinaisons du titre " Away ". La musique est riche, dense et audacieuse tout en restant très accessible et enjouée. Impossible de la définir brièvement, tant le résultat final, très personnel et original, naît d'assemblages hétéroclites mais magnifiquement intégrés dans une alchimie futée. La guitare tout d'abord : le plus souvent métal, toujours très judicieuse, elle peut évoquer aussi bien U2 (l'intro de 'A.E.O.') que Pain of Salvation. Le chant, autre atout majeur, mélange en permanence deux très bonnes voix (féminine et masculine) tandis que les textes mêlent avec bonheur les langues de Shakespeare et Voltaire. Les multiples claviers apportent la touche prog la plus conventionnelle, tout en s'accordant quelques échappées espiègles. Quant à la section rythmique, elle assure avec brio, s'avérant souvent changeante et inventive. Tout ce petit monde nous offre une œuvre très cohérente, contrastée et nuancée, puissante et délicate à la fois. C'est parfois très carré, à d'autres moments fort aérien ou bucolique, et on passe sans transition d'ambiances métal, jazzy ou folk à des climats beaucoup plus atypiques, évoquant par exemple les Norvégiens de White Willow ou ces bons vieux Popol Vuh , avec même une légère touche zeuhl (traduisez: influence de Magma, mais sans les outrances du patriarche kobaïen). L'artisanat résolu et brillant de Lac Placide met tout en œuvre pour se démarquer de toute 'conformité' et y réussit pleinement. Et comme en prime, tout cela sent bon le second degré, le groupe acquiert d'emblée un confortable capital sympathie. Il y a bien sûr çà et là quelques petits défauts (comme cet interminable huitième interlude qui mène au morceau caché), mais ils pèsent si peu dans un bilan global très positif. Un CD curatif et indispensable!

 

Toni Lynn Washington

Been so long

Écrit par

Originaire de la Caroline du Nord, Toni Lynn a passé sa jeunesse à Boston. La vie sentimentale et professionnelle le conduira successivement à New Orleans, Pensacola, en Floride et à Hollywood, avant un retour à Boston opéré voici une vingtaine d'années. Elle et aujourd'hui âgée de 66 ans. Après avoir commis trois albums pour le label Tone-Cool ("Good things" en 2000, "It's my turn now" en 97 et "Blues at midnight" en 95), elle vient de sortir ce nouvel opus chez NorthernBlues Music.

 L'elpee démarre très fort par "Don't want nobody". Les saxes au swing cuivré de Gordon Beadle et de Doug James soutenus par le piano de Bruce Bears emmènent le rythme. La voix suave de Toni Lynn se fond dans l'espace sonore. Sax Beadle s'autorise déjà un sérieux solo sur le ténor. "It's love baby (24 hours a day)" est un superbe blues lent. La guitare rythmique de Duke Robillard épouse la section rythmique assurée par Jesse Williams à la basse et Mark Texeira aux drums. Les deux saxes et la trompette de Scott Aruda sont bien plantés dans le décor. Duke y signe un solo de classe, dans un registre proche de celui de T Bone Walker. Toni Lynn chante merveilleusement ce blues. Il rend ainsi hommage à Ruth Brown qui interprétait naguère ce titre signé Ted Jarrett. Plage générique, "It's been a long time" est un boogie woogie galopant entretenu par Bruce Bears au piano. Ce dernier partage, en outre, la production avec Duke Robillard. Le registre vocal de Miss Washington est très ample. La clarté de son timbre est impressionnante. Elle affiche même une incroyable réserve de puissance sur la reprise du superbe "Backwater blues" de Bessie Smith. Faut dire que Bessie est une source d'inspiration incontestable pour elle. Les racines du Mississippi ne sont guère loin. Bruce et Duke assurent le backing idéal. Les accents du Delta se reproduisent sur "Shake me". Duke y joue du bottleneck acoustique. A une certaine époque, on aurait pu imaginer un Rod Stewart le chanter de la même manière. Une touche louisianaise colore "Are you happy now?" Une plage rythmée signée par les Cate Brothers. Le guitariste Kevin Belz y apporte une tonalité rock. Tout au long de la superbe ballade Stax R&B "Everybody will be like a holiday", elle chante comme une Otis Redding au féminin. La touche d'émotion est déterminante. Gordon Beadle opère une sortie remarquable. Issu de la plume d'Earl King, "Three can play the game" est R&B subtilement funky que balaie cette voix toujours aussi expressive. Toni Lynn s'aventure au cœur des swamps pour chanter "I don't hurt anymore". Duke est particulièrement sensible à cette atmosphère relaxante. Elle rend aussi un hommage vibrant à la regrettée Nina Simone sur "Willow weep for me". Les accents jazz cabaret sont évidents. "Angel eyes" poursuit l'aventure jazz. Le swing est omniprésent. Un climat accentué par les musiciens ; et en particulier par la guitare de Kevin Belz et le piano de Bruce Bears. Cet excellent album s'achève par une reprise personnelle, imprimée sur une rythmique funk, du "Down in the basement" de Ma Rainey. TL Washinton nous démontre tout au long de cet opus, sa capacité à évoluer au sein d'une large palette de styles ; et elle s'acquitte de cette tâche avec un rare bonheur.

The Lotus Eaters

Mind Control For Infants

Comme Tribes of Neurot (dont le dernier CD se composait de bruits infects d'insectes, à donner le bourdon), Lotus Eaters propose une musique " for the mind ", traduisez " pour l'esprit ". Après avoir écouté ce premier album, je dirais plutôt " pour la cuvette ", ou " pour les oubliettes ". C'est que ce " Mind Control For Infants " s'avère difficilement écoutable, à moins d'être fan de clapotis et de bruits de pets. " An excursion into the conscious/subconscious/unconscious states of its principal creators… and, most of all, yours " : notre inconscient nous dicte que ce disque n'est rien que du foutage de gueule, fait par des types qui se la pètent (encore des prouts) en écoutant Stockhausen, bien qu'ils n'y comprennent rien. " We hope that these tracks will take the listener out of their usual head " : en ce qui nous concerne, ce disque nous aura surtout donné envie d'aller acheter des boules Quiès. Et merci pour la tête, elle va très bien, merci. Allez, vite, tirons la chasse, et qu'on n'en parle plus.

The Long Winters

When I Pretend To Fall

John Roderick est un des plus fidèles destriers de la pop gracile et champêtre. De très bon augure, ce " When I Pretend To Fall " recevra sans doute tous les honneurs, des amateurs de chansons folk-pop-country à la Wilco aux " College Radios " qui passent REM et les Counting Crows. De fait, The Long Winters sonne un peu comme la bande à Michael Stipe. Même Peter Buck a mis la main à l'ouvrage (la mandoline sur le merveilleux " Cinnamon "). C'est sympa, sautillant, charmant : " When I Pretend To Fall " possède une veine mélodique qui fait mouche à tous les coups, malgré la production de Ken Stringfellow (Posies, Big Star) un poil trop lisse. Le meilleur : ce " Blanket Hog " en forme de symphonie de poche (riffs costauds, violons, trompettes) suivi d'une ballade contrastée (" It'll Be A Breeze "), toute en simplicité et finesse (une guitare acoustique, une voix). En deux chansons, Roderick montre l'étendue de son talent de songwriter. Ne lui reste plus qu'à piquer la vedette au grand chauve efféminé pour faire péter la tirelire.

Loisirs

Glamoroso

Loisirs : ‘Occupations, distractions, pendant le temps de liberté’ (Le Robert). De l'accessoire, si on se fie aux valeurs établies par notre société du travail, centrée sur le profit et la productivité. Pourtant, comme le dit si bien Robert Louis Stevenson dans son " Apologie des Oisifs ", " l'oisiveté, qui ne consiste pas à ne rien faire, mais à faire beaucoup de choses qui échappent aux dogmes de la classe dominante, a tout autant voix au chapitre que le travail ". Bifi, La Machine, Tiger et P'tit Greg, les quatre types qui se cachent derrière Loisirs, ont sans doute lu Stevenson, du moins ce genre d'essais situs qui fustigent notre civilisation pourrie jusqu'au trognon. Pendant leur temps libre, ils ont donc enregistré un disque, " Glamoroso ", furieux recueils de 11 titres emocore qui font mal aux tympans et aux tripes. Voilà de jeunes gens qui ne supportent pas qu'on leur fasse la morale, encore moins qu'on les traite de petits branleurs juste bons à faire de la musique. De l'EMO en plus, tendance Fugazi, At The Drive In, Q and Not U, bref un truc inaudible de skinheads, qui fait peur à grand-mère. Il n'empêche que " Glamoroso " est un des rares disques de rock français actuel (France Loisirs ?) à contenir une telle rage, une telle violence : des années qu'on n'avait plus entendu de telles décharges électriques, de tels cris stridents comme autant de coups (de rasoir) portés à la jugulaire. Loisirs ne cherche pas à faire peur, il est juste le reflet d'une certaine vision de notre civilisation. Une vision noire, sans espoir, d'une génération qui fulmine d'être prise avec condescendance par des aînés en pleine déroute intellectuelle, politique et sentimentale. Et c'est la gorge nouée et le poing serré qu'elle écoute ce disque, un peu rassurée d'y trouver des murs de guitares sur lesquels se jeter, parce que c'est toujours mieux que le vide du monde qui l'entoure.

 

Lilium

Short stories

Écrit par

A l'origine, Lilium était le projet de Pascal Humblet, guitariste de Sixteen Horsepower et ex guitariste de Passion Fodder. Sous cette formule, il a commis deux albums, " The Rain Has Forgotten Us " ainsi que l'instrumental "Transmission of All the Goodbyes". Depuis l'enregistrement de " Short stories ", le projet implique le drummer de 16 Horsepower et l'ex drummer de Denver Gentlemen, Jean-Yves Tola. Un disque pour lequel, ils ont reçu le concours de toute une série de collaborateurs. Des vocalistes tout d'abord. David E Edwards, le chanteur de 16 Horsepower, sur l'excellent et incantatoire " Whitewashed ", un fragment qui me rappelle " It's a man's man's man's world " de James Brown, mais épuré de sa soul. Le baryton de Daniel Mc Mahon (Woven Hand) pour les bouleversants "Locked in tight" et "Sense and grief". Deux morceaux crépusculaires, de mauvais augure. Mais si le premier épouse un profil fort proche de Swans, le second nous replonge dans l'univers angoissant d'un Peter Hammill circa " Over ". Même le piano y transperce l'âme. Tom Barman (dEus) et Kal Cahoone (Tanrantella) pour le nonchalant, l'envoûtant, nappé religieusement d'orgue, " Sorry ", une plage que Mazzy Star aurait pu inclure à son répertoire. Kal se réserve également le chant sur le très cabaret, nonobstant la présence d'une slide, " If they cheered ". John Grant (The Czars) pour l'atmosphérique "The trap". Faut dire que le timbre de John confine celui de Perry Blake. Autre Czars, Jim Kalin apporte sa contribution au remarquable " Lover ". A la guitare. Pour un blues qui passe de l'acoustique à l'électrique avant de réaliser la fusion des deux styles. Parmi les invités de marque on relèvera également la présence des deux anciens musiciens de Morphine, Dana Colley (saxophone) et Billy Conway (drums). Colley tirant son épingle du jeu sur l'instrumental " Cavalcade ", morceau évidemment très cuivré, mais fruit d'un curieux et habile mélange de jazz et de rythm'n blues à coloration 'stax'. Les deux autres instrumentaux sont beaucoup moins transcendants et auraient pu passer à la trappe. Mais que font Humblet et Tola alors, tout au long de cet opus ? Tout le reste. Ce qui n'est déjà pas si mal…

 

Jeffrey Lewis

It´s The One Who´ve Cracked That The Light Shines Through

Au sein de la famille antifolk new-yorkaise, Jeffrey Lewis tient un peu le rôle du petit frère déjanté, les doigts pleins de taches de marqueurs et les cheveux en bataille. Son premier album sorti l'année dernière, " The Last Time I Did Acid I Was Insane And Other Favorites ", méritait déjà son pesant de cacahuètes : en gueulant d'une voix cassée des histoires décalées à la Ghost World sur un fond musical 100% lo-fi, Jeffrey Lewis fut très vite catalogué bête de foire du grand cirque rock'n'roll, voire foireux tout court. Avec ce second album sous le bras, notre troubadour à la masse continue de brosser avec nonchalance de joyeux portraits en total décalage, comme si son crayon de songwriter (et de dessinateur) tremblait ou ne craignait pas les ratures. Il s'agit toujours d'antifolk, bref de textes délirants, tendance " ligne claire ", sur fond d'Amérique " nerd " et " white trash " (" Back When I Was 4 " : du Lewis régressif, de 124 à 4 ans ; " No LSD Tonight " : du Lewis désintox ; " I Saw A Hippie Girl On 8th Avenue " : du Lewis amoureux ; " Dont't Let The Record Label Take You Out To Lunch " : du Lewis pigeon, qui paie l'addition). La nouveauté, c'est cette étincelle punk qui fait varier nos plaisirs, et qui nous rappelle Violent Femmes et The Thermals, en plus squelettique. La guitare, quand elle se fâche (" No LSD Tonight ", " Arrow ", " If You Shoot The Head You Kill The Ghoul ",…), crache ses riffs comme dans un dernier râle. Sans doute que le vrai punk, celui qui fait peur et sait de quoi il parle, se trouve chez ces artistes aux nerfs à vif, seuls avec leur guitare (on n'entend presque rien d'autre) et leur conscience. Mais Jeffrey Lewis aime aussi les ballades douce-amères, l'ampli débranché et la rage consommée (le très beau " Sea Song "). Dans ces moments de piété acoustique, on se félicite d'avoir trouvé en Lewis un nouveau compagnon de jeu, en même temps qu'un confident. C'est drôle, comme on s'attache…

Les Gauff´ Au Suc´

Vamos à… Las-Végus

Écrit par

Selon la légende, ce serait à Liège que l'on fabrique les Gauff' au Suc' les plus croustillantes. A moins que ce ne soit les Gauff' Au Suc' qui fabriquent les histoires les plus croustillantes, à Liège. Ce quintet liégeois concocte sa propre pâtisserie sonore depuis plus de dix ans. Avec pour principal ingrédient des textes hyperréalistes de notre société contemporaine, que Guss chante sur un ton humoristique, parfois même avec des relents scatologiques. Des textes destinés à faire réagir, parce qu'ils décrivent le quotidien des gens qu'on côtoie, rencontre ou croise en rue. Leur look pas possible ne traduit, en fait, qu'un désir de se moquer du star-system. Maintenant, il faut reconnaître que leur musique est bourrée de clichés pompés aux seventies. Chez Kiss, Kayak et Kansas, notamment. M'enfin, paraît que ça fait partie de leur scénario. " Vamos à Las-Végus " constitue leur nouvel album. 12 titres qui oscillent de " Millionnaire " à " Zoo Ligans ", en passant par " Régime ", " J'm'emmerde ", " Les blondes ", " Odeurs et déceptions ", " Ah les bouchons ! " et " Staraca ". Du vécu, quoi !

 

Ted Leo

Tell Balgeary, Balgury is dead

Écrit par

Ted Leo & The Pharmacists

En 1993, Ted avait commis un elpee fort intéressant, « Hearts of oak ». Un disque enregistré en compagnie de son groupe : les Pharmacists. Sur ce mini album, son backing group n’intervient plus que sur un seul fragment : le titre maître. Et encore, ce titre de punk pop qui trahit de nombreuses affinités avec Joe Jacskon, figurait déjà sur l’opus. Découpé en neuf fragments, ce mini album recèle trois covers. Tout d’abord « Dirty old town », une compo d’Ewen Mc Coll popularisée par les Pogues. Une version soul punk du « Ghosts » de Jam. Et enfin la reprise du « Six months in a leaky boat » de Split Enz. Trois fragments que Ted reprend ‘live’ et qui constituent autant d’hommages à des légendes qu’il appréciait et apprécie toujours autant. L’elpee recèle cependant quatre inédits dont le dispensable et pseudo expérimental « (Decaying artifact) », “The sword in the stone”, compo sculptée dans le punk alternatif, et puis deux morceaux qui démontrent bien qu’il incarne la réplique américaine à Billy Bragg (NDR : Ted est issu du New Jersey). Soit l’échevelé et punkysant « Bleeding powers », et puis la protest song hymnique « Loyal to my sorrowful country ». Le disque inclut enfin une version solo, minimaliste, de « The high party », digne du meilleur Elvis Costello. En mélangeant humour teinté d’ironie, perspicacité intérieure et conscience sociale, Ted ne se contente pas de prendre un chemin parallèle à Bragg, mais il marche aussi sur les traces de Springsteen, de Paul Westerberg, d’un Paul Weller des débuts et puis surtout de Woodie Guthrie. Et ça, c’est une référence !

 

Les Hurlements d´Léo

Ouest terne

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Groupe de scène avant tout, Les Hurlements d’Léo nous viennent de la région de Bordeaux. Un ensemble constitué de huit musiciens responsable d’une musique qui mêle allègrement swing, punk, java, musette, jazz, ska et musique tzigane sur des textes contestataires, mais tellement réalistes et contemporains. Dans un style qui rappelle, sous sa forme la plus énergique, Noir Désir et surtout Les Négresses Vertes. Et la conjugaison des voix rauques de Laulo et de Rl Wallace, n’y est pas étrangère ( ?!?!?). « Ouest terne » constitue son troisième opus. Un disque qui laisse également la place à l’une ou l’autre chanson sentimentale. Un choix qui fait un peu tâche d’huile dans un ensemble qui exige énergie et enthousiasme pour atteindre son objectif : faire la fête !

Didier Lockwood

Globe Trotter

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« Globe Trotter » est le genre d’albums qui sied autant aux initiés qu’aux amateurs. La partie solo est vraiment très agréable à écouter car on voyage virtuellement de la Russie à l’Andalousie en passant par Venise. Et pour ajouter à ces ambiances de villégiatures pour le moins dépaysantes, le fond électro, les enchaînements très subtils prouvent que cette première partie du double album n’est pas si ‘grand public’ qu’on aurait pu l’imaginer. Autrement dit, on perçoit la finesse du violoniste, héritier digne de Stéphane Grapelli, son langage si particulier, qui nous surprend vraiment, et que nous écoutons avec beaucoup d’attention. Les puristes préfèreront sans doute le deuxième album, concocté avec ‘le new quartet’, dont on retrouve aussi l’intérêt pour les voyages. Chaâbi algérien, ou maloya réunionnais, voilà de quoi se sont inspirés les quatre jazzmen de talent, Benoît Sourisse, André Charlier, Stéphane Guillaume, et bien sûr, Didier Lockwood. Et ne soyez pas freinés par l’idée que le jazz est réservé à une élite. Suivez plutôt les conseils de Didier Lockwood » : « il faut écouter la musique sans se soucier du langage ; c’est juste une question de ressenti et d’appréciation ».