Originaire de la Caroline du Nord, Toni Lynn a passé sa jeunesse à Boston. La vie sentimentale et professionnelle le conduira successivement à New Orleans, Pensacola, en Floride et à Hollywood, avant un retour à Boston opéré voici une vingtaine d'années. Elle et aujourd'hui âgée de 66 ans. Après avoir commis trois albums pour le label Tone-Cool ("Good things" en 2000, "It's my turn now" en 97 et "Blues at midnight" en 95), elle vient de sortir ce nouvel opus chez NorthernBlues Music.
L'elpee démarre très fort par "Don't want nobody". Les saxes au swing cuivré de Gordon Beadle et de Doug James soutenus par le piano de Bruce Bears emmènent le rythme. La voix suave de Toni Lynn se fond dans l'espace sonore. Sax Beadle s'autorise déjà un sérieux solo sur le ténor. "It's love baby (24 hours a day)" est un superbe blues lent. La guitare rythmique de Duke Robillard épouse la section rythmique assurée par Jesse Williams à la basse et Mark Texeira aux drums. Les deux saxes et la trompette de Scott Aruda sont bien plantés dans le décor. Duke y signe un solo de classe, dans un registre proche de celui de T Bone Walker. Toni Lynn chante merveilleusement ce blues. Il rend ainsi hommage à Ruth Brown qui interprétait naguère ce titre signé Ted Jarrett. Plage générique, "It's been a long time" est un boogie woogie galopant entretenu par Bruce Bears au piano. Ce dernier partage, en outre, la production avec Duke Robillard. Le registre vocal de Miss Washington est très ample. La clarté de son timbre est impressionnante. Elle affiche même une incroyable réserve de puissance sur la reprise du superbe "Backwater blues" de Bessie Smith. Faut dire que Bessie est une source d'inspiration incontestable pour elle. Les racines du Mississippi ne sont guère loin. Bruce et Duke assurent le backing idéal. Les accents du Delta se reproduisent sur "Shake me". Duke y joue du bottleneck acoustique. A une certaine époque, on aurait pu imaginer un Rod Stewart le chanter de la même manière. Une touche louisianaise colore "Are you happy now?" Une plage rythmée signée par les Cate Brothers. Le guitariste Kevin Belz y apporte une tonalité rock. Tout au long de la superbe ballade Stax R&B "Everybody will be like a holiday", elle chante comme une Otis Redding au féminin. La touche d'émotion est déterminante. Gordon Beadle opère une sortie remarquable. Issu de la plume d'Earl King, "Three can play the game" est R&B subtilement funky que balaie cette voix toujours aussi expressive. Toni Lynn s'aventure au cœur des swamps pour chanter "I don't hurt anymore". Duke est particulièrement sensible à cette atmosphère relaxante. Elle rend aussi un hommage vibrant à la regrettée Nina Simone sur "Willow weep for me". Les accents jazz cabaret sont évidents. "Angel eyes" poursuit l'aventure jazz. Le swing est omniprésent. Un climat accentué par les musiciens ; et en particulier par la guitare de Kevin Belz et le piano de Bruce Bears. Cet excellent album s'achève par une reprise personnelle, imprimée sur une rythmique funk, du "Down in the basement" de Ma Rainey. TL Washinton nous démontre tout au long de cet opus, sa capacité à évoluer au sein d'une large palette de styles ; et elle s'acquitte de cette tâche avec un rare bonheur.

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