Il n’existe pas de ligne droite pour The Beths…

The Beths, un groupe néo-zélandais composé de la chanteuse Elizabeth Stokes, du guitariste Jonathan Pearce, du bassiste Benjamin Sinclair et du batteur Tristan Deck, annonce la sortie de son nouvel elpee "Straight Line Was A Lie", le 29 août 2025. En avril,…

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Le parfum de vie de Goudi

Pierre Goudesone, alias Goudi, trace son chemin musical depuis la fin des années 80. Après s’être fait connaître en compagnie des groupes Flesh & Fell et Speaking T, il poursuit aujourd’hui une carrière solo. Son univers musical riche et profond l’a conduit à…

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At The Close Of Every Day

Zalig Zijn de Armen van Geest

Minco Eggersman et Axel Kabboord nous viennent de Hollande, pays d'Anouk et de Brainpower, mais surtout de Spinvis, dont ils sont d'ailleurs un peu les cousins germains : même amour pour le tout-acoustique, mêmes ambiances intimistes, mêmes idées de textes (amour et désillusions). Un point, pourtant, les sépare : At The Close of Every Day ne chante pas en flamand (sauf sur la chanson-titre), ce qui nous évite d'effroyables maux de tête (d'autant que l'accent hollandais est d'une laideur incomparable). Dommage pour Spinvis dont la qualité des compositions sont pourtant irréprochables ; et tant mieux pour nos deux amis fans d'Arid (" At The Close of Every Day " sont les premiers mots de la première chanson du premier album des Gantois)… Arid ? A l'écoute des superbes " Hallways " et " Rain or Shine ", on pencherait plutôt pour Pinback, voire Songs : Ohia (ce côté un peu monolithique) ou à la tribu de Will Oldham. Jasper, certes un copain, n'est pas ici (et heureusement) le modèle à suivre : le coup des gargarises et des cours de chant avec une Armande flamande, c'est pas trop la ‘kopje koffie’ de Minco et Axel. C'est que les chansons de ces deux lascars ne respirent pas la joie de vivre : romances déchues marmonnées sur un ton parfois monocorde (" The Drive-way "), batterie qui traîne et guitares qui trébuchent, ce premier disque semble avoir été composé le lendemain de la veille, dans le brouillard (la pochette) et sans l'électricité. Pas drôle, mais d'une gravité prenante.

Athlete

Vehicles & Animals

Mélodies débonnaires, chansons en escaliers (ou à tiroirs), délires savamment dosés : les quatre Anglais d'Athlete pourraient bien devenir les nouveaux Eels, à condition de lâcher du lest, que cette pop-rock juteuse enfin se libère et vraiment se défoule. Attention : " Vehicles & Animals " n'est pas un coup dans l'eau, bien au contraire. Sauf que ces Athlete doivent encore faire un peu d'altères, pour que leurs chansons gonflent, prennent de l'ampleur, du charisme. Ces gars-là sont encore jeunes : ils ont tout leur temps pour cultiver leurs biceps (plus de peps, d'énergie, moins d'hésitations), de quoi passer le cap du deuxième album avec les honneurs et les médailles qui vont avec. Le signe de cette prochaine " révélation " ? Les singles (" El Salvador ", " You Got The Style ", plus " New Project " et la chanson-titre), plutôt ravageurs, comme quoi Athlete se révèle doué pour le 100 mètres, mais moins pour le 10.000. A leurs côtés, sur les starting-blocks, on retrouve Pavement, The Beta Band, Guided by Voices, Super Furry Animals, Gomez. Une chose est sûre : lors de la prochaine course, on pariera sur ces quatre gamins. Pour eux, le podium n'est plus très loin.

Athome Project

Athome Project

Ca commence plutôt bien avec deux morceaux rappelant avec joie combien Roni Size, et surtout Massive Attack, ont été des précurseurs de la chose trip hop. Après, ça se gâte un peu, quand un type genre Seal claironne des trucs ineptes sur un fond nu-jazz downtempo qui lorgne méchamment du côté obscur de la lounge… Heureusement, après ces quelques minutes de déroute, Stian Jacobsen sort de sa léthargie et rétablit le cap, en osant l'instrumental façon Compost et (feu) Nuphonic. Avec " Analogue Acoustics ", il se prend pour Red Snapper à lui tout seul (la contrebasse et la trompette), tout en lorgnant gentiment vers une drum'n'bass sympathique, quoiqu'un peu paresseuse. C'est en fait là que le bât blesse : Jacobsen manque de suite dans les idées, ce qui l'oblige à rallonger ses morceaux de longues improvisations sans fin pour feindre d'être un gars inspiré et mélomane. Le titre suivant le confirme : d'abord agréable à l'écoute, le morceau s'enlise ensuite dans une purée indigeste à base de synthés aigrelets du plus mauvais goût. Pour finir, Jacobsen essaie une dernière fois d'accrocher notre oreille, avec du dub et de la house downtempo pépères, mais sans aucun orgueil. Ce type n'aurait-il pas la mononucléose ?

Audio Bullys

Ego War

Il paraît que Simon Franks et Tom Dinsdale, les deux teigneux qui se cachent derrière Audio Bullys, n'aiment pas qu'on décrive leur musique comme de la " house pour hooligans ". Quitte à se prendre des claques, nous on trouve qu'" Ego War " réunit pourtant tous les éléments basiques de cette purée " lad " qui fait la joie des supporters de David Beckham : gros big beat viril, argot des banlieues, refrains crétins, poumtchak qui mousse,… Ne manque plus que l'odeur des vestiaires ! N'empêche, pour foutre le feu aux " kop ", y a pas mieux qu'un petit " We Don't Care ", tube bâtard mais à l'addiction dangereuse… De ses grands frères baggy (Happy Mondays, Lo-Fidelity Allstars, voire EMF et KLF), Audio Bullys n'a gardé que le pire : du gros son qui tâche mais qui fait danser, surtout après dix à-fond. Parfois, ça se calme du côté de la buvette (" The Things "), mais jamais pour longtemps : il reste la deuxième mi-temps. En face, un noyau dur (Stereo MC's, Basement Jaxx, The Streets) semble difficile à battre. Carton rouge ! Le tournoi vient de commencer, et les voilà déjà sur le banc de touche ! Faites gaffe, les gars : en deuxième division, on rigole moins avec les branleurs.

Audioslave

Audioslave

Écrit par

Comment ne pas avoir salivé, mais surtout frôler le fou rire, en prenant connaissance de la formation d'Audioslave ? Et comment aujourd'hui regretter d'avoir eu à la vivre ? Pour la première question, la réponse est tellement simple : Audioslave, c'est Chris Cornell, chanteur de feu Soundgarden, groupe remarqué et parfois remarquable, découvert pour la plupart d'entre nous lors de l'explosion du grunge. Toujours au micro, il est ici épaulé par les ¾ de cet autre phénomène que fut Rage Against The Machine, à pareille époque. La carrière des uns a sombré dans le grand univers de l'anecdotique, alors que celle des autres était encore d'actualité, jusqu'il y a peu, notamment en matière de diffusion de la bonne parole. Une bonne parole empreinte de dénonciation et d'activisme politique, balancée sur fond d'incandescence sonore. Sans Zach De La Rocha, RATM est en quelque sorte décapité de sa figure de proue, de son porte parole. Quant à le remplacer par Cornell… Franchement, je n'aurais jamais imaginé qu'ils puissent être copains. M'enfin, pourquoi pas. La réponse à la deuxième question maintenant : je l'avoue humblement, j'ai toujours plutôt eu un faible pour RATM. Morello rassemble de sa gratte de sons incroyables, Tim Bob libère des grooves imparables de sa basse et Brad Wilk fracasse toujours ses fûts avec la même détermination. Puissant. Comme d'habitude, me rétorquera-t-on. Mais il existe des habitudes à ne pas perdre. Le problème, finalement, ne vient pas de Cornell. Non, sa voix collait à merveille à l'univers sonore de Soundgarden. Or, dès l'intro de " Cochise ", on imagine que le temps ne s'est pas arrêté. Que De La Rocha va nous balancer une de ces phrases assassines en pleine tronche. Et bien non. Cornell n'arrive que très rarement à s'envoler ; même si sa bonne volonté transparaît à de (très) rares (mais bonnes) occasions. Bouh… Il faudra s'y résoudre. En ces temps où l'on nous sert continuellement cette soupe fadasse estampillée rock, néo truc ou néo truc rock, le consensus fait les yeux doux à son plus farouche ennemi. Resist.

Reneé Austin

Sweet talk

Écrit par

Reneé possède un registre vocal qui s'étale sur près de cinq octaves. Ce qui est pour le moins inhabituel dans le chef d'une vocaliste. Elle est née à San Diego, mais a passé toute sa jeunesse au Texas. Elle a grandi au sein d'une famille musicale et a très tôt chanté à l'église. Ses héroïnes ont pour nom Aretha Franklin, Tina Turner, Janis Joplin, Etta James, Gladys Knight ; mais aussi Marcia Ball, Lou Ann Barton et Angela Strehli. En puisant dans le R&B, la soul, le rock et la pop, elle est parvenue à créer son propre style.

Depuis 1986, elle s'est établie à Minneapolis où elle fait depuis partie de la scène locale. Elle a commis son premier elpee en 1997 : "Dancing with Mr Blue". Chez Rainbow. Elle y apparaît déjà comme une chanteuse hors de l'ordinaire. Son deuxième album a été enregistré à Nashville, dans le Tennessee.

La belle voix sauvage de Reneé est introduite par l'harmonica de Joe T. Cook, un des meilleurs souffleurs du Minnesota. "Pretend we never met" est une excellente chanson composée par Bruce McCabe. Elle l'interprète dans un style rockin' R&B qu'affectionne tout particulièrement Mick Jagger et Rod Stewart. Elle partage ici un savoureux duo avec le Texan Delbert McClinton. Les deux voix complices se complètent à merveille devant les riffs de Kevin Bowe et l'orgue de Jeff Victor. Le répertoire privilégie les plages R&B imprimées sur un rythme funky. A l'instar de "Pour the sugar slowly". Ou très rock. Découpé dans une bonne slide, "Bitter water" en est la plus belle démonstration. "When something is wrong" est une ballade soul. Les musiciens sont essentiellement issus du Jonny Lang Band : les guitaristes Kevin Bowe et Paul Diethelm, le pianiste Bruce McCabe et le drummer Billy Thomnes. Rock endiablé, "Bottom of a heart" est guidé par cette voix si aisément modulable et le piano boogie de McCabe. "Fool moon" évolue dans un registre cabaret. Nous pouvons y humer les effluves de tabac et d'alcool qui s'emmêlent. Renee peut étaler toutes les capacités de son organe. "Bury the hatchet" débute d'une manière très roots avant d'éclater en boogie speedé duquel se détachent les ivoires de Bruce. McCabe est un des meilleurs pianistes contemporains (NDR : attention, il ne faut pas le confondre avec Matt McCabe, qui a longtemps milité chez Roomful of Blues). Originaire de l'Iowa, Bruce est depuis longtemps un des fers de lance de la scène blues de Minneapolis. Au cours des 60's, il a sévi successivement chez les Aces, Straights and Shuffles (NDR : en compagnie de Kim Wilson, un an avant qu'il n'émigre à Austin pour former les Fabulous Thunderbirds, Bob Bingham et Luther Tucker), ensuite les Lamont Cranston Band et les Hoopsnakes. Aujourd'hui, il bosse aux côtés de Jonni Lang. "Unraveling" est une ballade inoffensive caressée par la trompette de Dave Jensen. La fin d'album est de très bonne facture. "Ain't nobody", tout d'abord. Qu'elle chante devant un piano solitaire. "Black pearl", ensuite. S'ouvrant par les accents du Delta, il est sobrement accompagné par la slide d'Andy Dee. Probablement un des meilleurs moments de cet opus. Car si ce disque reste agréable à écouter, je trouve que Renee Austin manque encore de présence et surtout de charisme. Elle possède une belle voix, mais il existe tellement tant de concurrence dans le domaine. A suivre, donc…

Autechre

Draft 7.30

Le cas Autechre est un cas à part dans l'univers de la musique électronique. Depuis leur début il y a plus de dix ans, Sean Booth et Rob Brown n'ont cessé d'emprunter les chemins les plus escarpés, les virages les plus dangereux, les tunnels les plus obscurs. A chaque album, le duo se renouvèle, risque sa peau, tente de nouvelles acrobaties bruitistes, se dérobe à la moindre tentative extérieure de classification. Leurs modulations crépitantes, leurs cliquetis postindustriels, leurs déflagrations arythmiques n'ont pas d'égal en musique populaire : au mieux pourrions-nous comparer leurs travaux les plus récents aux œuvres expérimentales des " metteurs en sons " savants des années 1950 et 1960, de Stockhausen à Xenakis. L'électronica d'Autechre, puisqu'il faut bien lui donner un nom, se rapprocherait donc avant tout des musiques sérielles et concrètes, ces terrains minés où la recherche sonore primait sur le sens et l'émotion. Parce qu'il ne sert à rien de trouver une signification aux circonvolutions terrifiantes du duo britannique. La musique d'Autechre se suffit à elle-même, point barre. Sans équivalent dans la scène électro actuelle, et ce depuis le milieu des années 90, Autechre navigue seul, se fichant comme d'une guigne du quand-dira-t-on et des pisse-vinaigre qui taxent leurs compositions d'hermétisme janséniste. La preuve : avec ce nouvel album, Sean Booth et Rob Brown délaissent un peu leurs laptops (trop présents sur leur précédent " Confield ") pour revenir à leurs vieux séquenceurs et leurs boîtes à rythmes. Et de rythme, ce " Draft 7.30 " n'en manque pas : chaque morceau est ainsi construit selon une structure complexe de beats qui s'entrechoquent et de fragmentations qui se renvoient la balle. Sur " V-PROC " par exemple, des breakbeats atomisés jouent au ping-pong avec des loops anarchiques, créant une sorte de funk squelettique sur lequel on oserait presque danser. De ces constructions en spirales, à la tridimensionnalité effarante, on ressort exténué mais ravi. Une fois encore, Autechre nous aura pris au dépourvu : on pensait ne plus trop connaître cette sensation de perpétuelle découverte, persuadé que la musique électronique était déjà dans l'impasse. Raté : ce " Draft 7.30 " en est l'impressionnante contradiction. En un mot : essentiel.

 

16 Horsepower

Olden

Écrit par

" Olen " n'est pas un nouvel elpee de 16 Horsepower, mais un recueil partagé en trois volets que séparent deux interviews totalement inutiles. La première (NDR : le rôle de la religion dans l'œuvre de David Eugene Edwards) aurait pu être intéressante, mais elle cesse au bout de 20 secondes. La seconde ne nous apprend rien d'autre que nous ne sachions déjà. Mais venons-en au contenu de l'œuvre. Les deux premiers tiers de l'opus réunissent dix démos (dont deux versions d' « American wheeze ») enregistrées entre 1993 et 1994 à Denver, démos qui serviront ensuite à la confection de l'EP éponyme (NDR : aujourd'hui quasi introuvable !) ainsi qu'aux albums " Sackcloth 'n' ashes " et " Low estate ". Le plus souvent très différentes du produit fini, elles surprennent par leur climat intimiste. Ce qui accentue l'intensité dramatique des chansons. Un inédit : " Train serenade ", un morceau écrit et chanté par le bassiste originel, Kevin Soll. Les six derniers titres datent d'octobre 1994. Il s'agit des meilleures prises immortalisées 'live' au Mercury Café de Denver. Et elles reflètent parfaitement le climat au sein duquel baigne leur musique unique, ténébreuse, fruit d'un mélange hantant, spirituel, de country, de blues, de punk et de swamp. On y trouve une rareté : " Slow guilt trot ". Apparemment la flip side d'un single paru exclusivement en vinyle.

 

A Perfect Circle

Thirteenth Step

Écrit par

La présence de Maynard Keenan, chanteur de Tool et de James Iha, ex Smashing Pumpkins pourrait à elle seule justifier l'achat de ce second opus. Dérangeant pour ceux qui voyaient dans le groupe une alternative plus pop à la musique heavy-intello de Tool ! Les privilégiés qui ont eu la chance de les découvrir live en première partie de Deftones à Louvain auront vite fait la part des choses; A Perfect Circle fait dans le metal moderne, mais joue davantage sur les atmosphères sonores que sur la puissance des riffs de guitare. Sans s'éloigner de manière radicale de ce qui a fait le succès de son premier album, le combo ose prendre des risques en flirtant avec les huit minutes dès le titre d'intro. Si la musique est plus sombre que par le passé, si l'album semble plus difficile à digérer, les douze titres de "Thirteenth Step" ne s'éloignent finalement pas tellement de la construction complexe de "Lateralus", chef-d’œuvre incontestable du metal contemporain. Destiné à un public large d'esprit et amateur de substances psychotropes, ce deuxième essai est une invitation à la rêverie et au voyage dans les méandres d'une musique mélancolique et torturée.

Absynthe Minded

History make science fiction

Écrit par

A l'origine (NDR: c'est à dire en 1999), Absynthe Minded était le projet du seul chanteur/compositeur/multi-instumentiste, Bert Ostijn. Un projet fatalement lo-fi puisqu'il était partagé entre un huit pistes et l'artiste, dans son appartement à Gand, qu'il avait aménagé en studio. Au bout de quelques démos, Bert se décide à s'entourer de quelques collaborateurs. Quatre musiciens en compagnie desquels il concocte une nouvelle démo (" Sweet oblivion ") avant de partir en tournée. Nous sommes alors en 2002. " History make science fiction " constitue son premier EP. Six titres qui oscillent du jazz au folk en passant par le blues et la pop. Faut dire que la formule instrumentale (guitare acoustique, contrebasse, piano, chant et violon) se prête bien à ce style qui évoque tour à tour à Zita Swoon, Tom Waits ou à Hawkley Workman. Avec même un zeste de Howlin' Wolf sur le blues " John Lee Hooker ", de Dutronc tout au long du cool " Pretty horny flow " et d'Ozark Henry pour le final " From nowhere to return ". Excellente surprise, au sein du line up, figure Renaud Ghilbert, l'excellent violoniste qui épaule régulièrement Sioen. Renaud est un grand admirateur de Django Reinhardt, et ses excellentes interventions au violon, tout au long de ce six titres, communiquent une fameuse dose de swing aux compositions. On devrait y voir plus clair lors de la sortie de l'album. Mais à première vue, les choses se présentent plutôt bien.

Salvatore Adamo

C´est ma vie - Les plus grand succès

Adamo, c'est un peu le crooner préféré de nos grands-parents, un homme qu'on connaît pour sa gentillesse et sa modestie, l'idole de nos parents quand ils avaient 20 ans… La Reine Paola est une de ses premières fans. Même Arno a repris ses " Filles du bord de mer ". Dans les années 60, il vendait autant de disques que les Beatles. Les Japonaises en sont folles. Burgalat aurait aimé produire son dernier disque. Cette double compile retrace, en 40 titres, 40 ans de carrière au service de la variété italo-belge. A 60 ans, Adamo ne fait certes plus battre le cœur des midinettes, mais son talent de chanteur un peu guimauve parvient encore à nous séduire. Sans blagues. Ecouter " La Nuit " en regardant tomber la neige, " N'est-ce pas merveilleux " ? Tu cries son nom : " Sans toi, ma mie ", et les violons pleurent, " A vot' bon cœur "… " Elle… ", " F… comme femme ", l'amour lui ressemble. Mais voilà, la fille s'est barrée. " Elle était belle pourtant "… Et comment. " Une mèche de cheveux " brillant sous un néon, un roman de Verlaine, une " Valse d'été "… Viens là, ma brune, laisse tes mains sur mes hanches. Ne pars pas. Au bord de la mer, nous nous baladerons sous la pluie. Sèche tes larmes, regarde les nuages : demain, la lune. C'est déjà ça, le bonheur. Oui, c'est vrai, " la mer a bercé tant d'amour dans le creux de ses vagues ". Rappelle-toi " Notre roman ", tous ces rêves dans nos bagages, le ruisseau partagé de notre adolescence. J'ai beau crier ton nom, mais l'amour est perdu… Tu permets, Adamo ? Sans elle, ma tête explose. J'ai oublié que les roses sont roses. Si jamais… Je crie son nom. " La nuit/Je deviens fou ". C'est sa vie. La nôtre aussi, en quelque sorte.

Adrian Bouldt

Presents

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Il était une fois un personnage étrange qui répondait au nom d'Adrian Bouldt. Un troubadour très actif au cours des sixties et des seventies. Enfin davantage pour ses aventures adultérines que pour l'immortalisation d'une quelconque chanson. Décédé en 1979, sa seule et unique réussite ( ?!?!) procédait de sa progéniture illégitime. Parmi laquelle figure Jojo, David, Delphine, Mitch, Fran et Roux. Des enfants qui ne connurent jamais leur père et qui décidèrent, une fois réunis, de reprendre pour nom d'artiste, le nom de famille de leur géniteur. En voilà une belle comptine des temps modernes. C'est en tout cas ce que nous raconte la biographie consacrée au groupe. Personnellement, je pense qu'elle est aussi crédible que l'histoire des frères Ramones…

Maintenant, revenons un peu à la réalité. Adrian Bouldt est un sextuor, probablement issu de la région de Liège, qui vient de commettre son premier album. Double de surcroît ! La deuxième plaque recèle une vidéo de " Sweet babe ", ainsi que six fragments dont trois remixes. S'il fallait uniquement se baser sur ce second morceau de plastique, la notion de trip hop serait omniprésente. Celle de Beth Gibbons, de Hooverphonic et de Dream City Film Club (NDR : pour ceux qui l'ignoreraient, il s'agit de l'ancien groupe de Michael J Sheehy ), en particulier. De toute beauté, le remix de " Sunday morning " y est même supérieur à la version originale. Et celui de " Sweet babe " nettement plus torride et sensuel que sous son format conventionnel. Faut dire que le morceau originel trahit certaines affinités avec Mazzy Star. Même la voix de Delphine s'y montre aussi fantomatique. La voix de Delphine ! Un élément important dans l'expression sonore d'Adrian Bouldt. Tantôt claire, tantôt vibrante, souvent overdubbée, elle laisse régulièrement transparaître des inflexions proches de Tanya Donnelly. Throwing Muses, c'est d'ailleurs un groupe auquel on pense, après avoir écouté les premiers morceaux de " Presents ". A l'instar de " The wet grass ", de " Sunday morning " et surtout du complexe " Bethléem ". Mais avec des guitares moins envahissantes. Un début d'album susceptible, suivant les sensibilités, de rappeler tantôt Pollen, les Sugarcubes ou encore les Cranes. Enigmatique, incantatoire, " Playboy " évoluant plutôt sur un mode 'Pjharveyesque'. L'elpee recèle quelques moments moins intenses (NDR : plus faibles, pour les mauvaises langues). Et je pense plus particulièrement aux fragments instrumentaux. Faut dire que lorsqu'un groupe possède une vocaliste de la trempe de Delphine… Mais aussi des chansons plus romantiques, alimentées tantôt par un piano sonore (parfois électrique), des claviers fluides, un violon volatil, une guitare reverb, une basse cold, des drums souples ou des cuivres ténébreux (Morphine ?) Une excellente surprise !

Aereogramme

Sleep and Release

Il y a un peu plus d'un an, on avait écrit à propos d'Aereogramme qu'‘entre popsongs gentillettes et finals métalleux gargantuesques, le groupe avait du mal à choisir son camp’. Avec ce deuxième album, le constat reste le même, sauf que les quatre Anglais ont mis de l'eau dans leur vin et affiné leur plume. Résultat : " Sleep and Release " sonne toujours comme du Sigur Ros et du Sonic Youth, du Radiohead et du Deftones, mais les transitions entre les genres se font davantage en nuance. Finies l'impatience et l'incontinence ! A cet égard, le diptyque " A Simple Process of Elimination "/" Older " fait figure de véritable révélation : alors que tout commence dans la douceur, entre électronique raffinée et lyrisme à fleur de peau, de brèves interférences annoncent un virement doux mais marqué vers l'explosion imminente, sans que l'on ne sursaute plus de sa chaise, comme lors de l'écoute de ce premier album de triste mémoire. Leur style unique, fait de sursauts spontanés et d'accalmies bienvenues, se traduit d'ailleurs à merveille dans le titre : " Sleep and Release ", le calme puis la tempête, et ainsi de suite. En évitant de trancher entre leur désir de faire du bruit et celui de nous bercer, les quatre d'Aereogramme n'ont donc toujours pas choisi " de quel côté de la force ils se pencheront "... A la différence qu'ici, on est sans cesse surpris, dans le bon sens du terme… N'avions-nous pas dit, il y a un an, qu'il fallait juste leur laisser le temps d'un peu mûrir et de peaufiner leur démarche ? C'est chose faite, et ça en valait largement la peine.

Stinky Lou & The Goon Mat With Lord Bernardo

Fat sausage for dinner

Écrit par
« Fat sausage for dinner » constitue (NDR : enfin !) le premier album officiel de Mathias Dalle (The Goon Mat) et Laurent Gossens (Stinky Lou). Pour la circonstance, nos amis français ont reçu le concours de l'harmoniciste Lord Bernado. Fin 2003, il avaient commis une excellent démo, "A roots blues and boogie night". Sur cet elpee, ils en reprennent trois titres. A l’époque, ils nous avaient séduits par leur blues poisseux. Celui qui s’inspire des juke joints poussiéreux produits au cœur du Delta du Mississippi. Ils persistent et signent !
 
En ouverture, "One more time" nous plonge immédiatement dans ce Delta. Un avant-goût de l’aventure que nous allons vivre. Fermez les yeux et imaginez que vous êtes à un jet de pierre des collines sises au nord du Mississippi. Au bord des rives. Près de Clarksdale voire de Vicksburgh, très exactement. Naturelle, la slide est très roots. Lord Bernado souffle nerveusement et en rythme. La voix chevrotante de Matt est lumineuse. L'esprit local est parfaitement respecté. L’assimilation de ce patrimoine est une réussite totale. Il est d’ailleurs conseillé d’écouter plusieurs fois de suite cette entrée en matière, pour se rendre compte de l’exploit. Le profil rots est nettement accentué tout au long d’"I wonder". Matt donne de l’impulsion dans la voix. Il caresse son bass drum. Le washtub de Stinky Lou entre dans la danse. Le rythme prend son envol. La complicité opérée entre la voix et les cordes est saisissante. Elle fait même merveille tout au long d’"Its 'a shame". Marc T ne résiste plus. Il s'assied derrière les drums et secoue le shaker. L'harmonica de Lord Bernado fait son apparition sur un rythme proche des meilleurs moments de Jimmy Reed ; ceux qu’il célébrait à ses débuts. Tout un contexte qui permet de communiquer ce petit grain de folie à "You drive me crazy". La production de Marc Tee met la voix de Matt à l'avant-plan. Elle la rend percutante, puissante et tellement présente. "Somebody else" est imprimé sur un tempo immédiatement reconnaissable. Nous sommes dans l’univers du géant "Howlin' Wolf". Matt hausse la voix comme s’il était hanté par le loup mythique. L'harmo souligne chaque ligne vocale. Cet instrument enrichit la solution sonore, c’est une certitude. En outre, Bernardo dispose d’un tel registre, qu’il est capable de s’adapter à toutes les situations. Ce qui ne l’empêche pas de bien se mettre en évidence. A l’instar de "Tell me", une plage minimaliste, réminiscente de Ligthnin' Hopkins voire de John Lee Hooker. La fusion du réalisme, de l’authenticité et du magnétisme ! "Cha cha cha" manifeste des accents exotiques. Une invitation à vous remuer. Très musicale, la slide rayonne. Un fragment de courte durée particulièrement relaxant. Une pause qui prélude un nouveau plongeon dans le grand fleuve aux berges boueuses. La ligne du chemin de fer est toute proche. Elle mène au Grand Ouest. Le rêve d'une vie meilleure. La guitare menace, écrase comme si elle voulait exacerber ce songe qui tourmente l'âme avant que la folie nous rejoigne. C’est la "San fransissy line"… Les percussions au pied de Marc T passent à l'avant-plan pour imprimer une marque Fat Possum à "I don't want you". Le rythme est envoûtant et hypnotique. L'harmo répète son motif en soulignant la slide. Nous sommes dans le Haut Mississippi, un moment privilégié propice à la reprise furieuse du "Poor black Mattie" de R.L Burnside. Le climat est saturé d'humidité. Tous les regards sont orientés vers la vallée, où le grand fleuve s'étire. La guitare invite les convives à chanter en chœur "Moanin' and tumblin". Le bonheur est dans l'âme. Marc T et Elmore D rejoignent bientôt Matt, Lou et Benardo. La finale est très expérimentale. Mais dans l’esprit de Fat Possum. Marc T a créé de toutes pièces cet univers hypnotique qui enveloppe "I don't treat you right". Les sonorités fluctuent. Les voix et instruments sont trafiqués. Nous quittons ce monde du mal vivre dans une folie surréaliste. Les esprits de Stinky Lou & the Goon Mat sont en pleine ébullition. Bien que chez eux dans le monde des juke joints, ils ne restent pas en place et veulent bousculer leurs propres traditions. Ils nous réservent probablement de nouvelles surprises dans futur. Mais passeront-ils des arrières salles poussiéreuses et enfumées vers le garage débridé et sauvage?

Wire

Send

Écrit par

L'an dernier, Wire avait célébré sa reformation en signant, coup sur coup, deux Eps répondant au nom de " Read & Burn ". Le premier avait d'ailleurs recueilli une excellente critique au sein de cette rubrique. Leur nouvel album réunit trois titres issus de ce disque, dont le punk irrésistible et métronomique " In the art of stopping ", l'impétueux et hybride " Comet " et " The Agfers of Kodack ", un hymne post punk déchiré par les tonalités élégantes et décapantes des deux guitares. Trois titres du second Ep (NDR : uniquement disponible via le web) ont également été retenus. En l'occurrence l'implacable et mécanique " Read and burn ", le furieux et tempétueux " Spent ", qui donne également le titre à cet opus, ainsi que le fascinant et très élaboré " 99.9 ", un fragment de 7'42 dont la texture glisse progressivement de l'ambient quasi religieuse au post industriel. Post industriel, c'est d'ailleurs le maître mot de cet elpee. Mais un post industriel le plus souvent dansant, minimaliste, hypnotique, parfois même robotique. A l'instar de " Nice streets above ", composition qui figurait sur le " Read & burn 2 ", mais sous une version différente. Reste donc 4 inédits, dont " Mr Marx's table ", une pop song qui aurait pu figurer sur " A bell is a cup (until it is struck) ", le mid tempo pulsant " Being watched ", le funèbre " You can't leave now ", un morceau dont le chant de Newman oscille entre inquiétude et sérénité, alors que le tempo semble tourner à la vitesse d'un 33 au lieu d'un 45 tours, et enfin le technoïde " Half eaten ", un titre au cours duquel vocaux possédés, électricité vivifiante et bpm s'agitent au sein d'un même espace sonore. Le tout dispensé avec un raffinement à couper au rasoir et sur un ton sombre, agressif, contemporain si vous préférez. Un must !

 

Super Furry Animals

Phantom power

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Une chose est sûre, cette formation galloise voue un culte aux Beach Boys et aux Byrds. En observant la pochette de ce " Phantom Power ", on ne peut d'ailleurs s'empêcher de penser à la bande à Brian Wilson et à celle de Roger Mc Guinn. Et après avoir écouté leur sixième album, c'est encore plus flagrant. Maintenant n'allez surtout pas conclure que SFA se contente de s'inspirer de ces deux légendes. Ce serait beaucoup trop réducteur. En dix années d'existence, cette formation galloise est toujours parvenue à se renouveler. Et donc à surprendre. Mais le plus étonnant procède de leur faculté à passer à l'échelon supérieur. Ce qui peut paraître invraisemblable, lorsqu'on connaît la qualité de " Rings around the world ", leur précédent opus. Et à l'instar de ce cette œuvre incontournable, la formation a le bon goût de continuer à mettre tout son talent au service d'un éclectisme très inspiré. Capable même de s'aventurer dans la bossa nova filmique (" Valet parking "), le folklore des Caraïbes (le ska cuivré " The undefeated "), le glam (" Golden rethriever "), la britpop 'blurienne' (" Hello sunshine " et " Bleed forever ") et, même de rendre un hommage aux Beatles, à travers le jazzyfiant " Father father # 1 ". Découpé en 14 fragments, " Phantom power " a bénéficié du concours de Mario Caldaro Jr, le producteur des Beastie Boys, au mixing. Des plages, pour la plupart, enrichies d'orchestrations lumineuses, dignes des Flaming Lips. Des chansons dont les mélodies vaporeuses sont régulièrement teintées d'un psychédélisme subtil; un psychédélisme qui se mue pourtant en acid punk garage sur le 'stoogien' " Out of control ". Et on n'est pas au bout de nos surprises ! Les complexes " The piccolo snare " (NDR : un compromis entre les Mama's & The Papa's, les Doors et Love), le baroque " Cityscape skybaby " (NDR : entre le Floyd, ELO et Brian Eno) et " Slow life " (NDR : imaginez Plaid converti au blues !) incarnant autant de Zombies qui peuplent cette remarquable " Phantom power ". Un must !

 

Bob Sinclar

III

Le maquereau de la French Touch Bob Sinclar est de retour pour un troisième méfait disco(graphique). D'entrée " The Beat Goes On ", qu'on croirait composé pour le générique de Nice People, sent l'eurodance … " Kiss My Eyes ", dont l'accordéon semble avoir été piqué à Jeunet et son Amélie - cette France rance - nous fait le coup de l'Yvette Horner pétée à l'ecsta : bad trip. " If I was the best fucker in this world, would you come ? ", susurre une voix mâle sur le titre suivant (" If I Was ") : ce dont on est sûr, c'est que Bob n'est pas le meilleur des compositeurs, juste un peine-à-jouir du music business. Même Cerrone, son mentor et de trente ans son aîné, bande plus fort ; c'est dire ! Après cette déconfiture, voilà qu'il tente de rattraper le coup pendant une demi-heure d'elektroklash (" La Music Is Fantastique ") : l'opportuniste ! La house filtrée n'ayant plus la cote sur les Champs Elysées, Bob n'avait plus d'autre choix que de ressortir ces vieux disques de Moroder et de Mantronix. Ben tiens ! Sacré Bob : la prochaine fois, trouves-toi d'autres couillons. Allô Mirwais ?

Hank Harry

Far From Clever

L'écoute de ce disque nous plonge dans un univers décalé et mélancolique qui rappelle un peu celui de notre enfance : cette époque bénie où on rêvait tout haut en s'imaginant la fille de ses rêves. Hank Harry n'a pas encore trouvé l'amour, mais son album pétille d'une allégresse qui fait chaud au cœur et aux oreilles. Face aux désillusions sentimentales que la vie nous réserve, " Far From Clever " se veut le parfait antidote. Un concentré fragile mais enthousiaste de douces ritournelles pour mieux passer l'hiver, et tous ces caps larmoyants de l'existence. D'amour, cet album en regorge, parce que c'est " notre Graal à tous " (cfr l'interview), et qu'il est censé nous rendre heureux, " comme un enfant " (" Little Love "). L'enfance, encore : de l'introduction tirée de " La Nuit du Chasseur " aux chœurs angéliques qui rappellent les BOs de Danny Elfman (Tim Burton), " Far From Clever " exhale un doux parfum d'innocence et de candeur. Une aubaine pour qui déplore les résignations de l'âge adulte, ses joies consumées et ses routines désastreuses. Mais si l'univers enchanteur d'Hank Harry semble prendre sa source (de jouvence) à ce stade de la vie où l'on voit le monde avec de grands yeux naïfs et purs, il n'en reste pas moins d'une lucidité somme toute rassurante. Sous les enluminures pop se cache en fin de compte une réalité qu'il est parfois difficile d'admettre (la rupture, l'incompréhension, la solitude), mais qu'Hank Harry défie à bras-le-corps avec une sincérité et un allant sans pudeur. Derrière ces cuivres rutilants, ces vocalises parfois tapageuses, ces mélodies fantasques, se cache un homme en lutte avec ses démons, la tête parfois dans les étoiles mais les pieds bien sur terre. Hank Harry n'est pas un artisan lunatique qui se réfugierait dans ses chansons pour fuir ce monde où tout n'est pas toujours rose : juste un type qui se sert de son talent d'artiste pour mettre en musique ses doutes et ses rancœurs, bref les transcender pour atteindre - un jour - au bonheur, celui (vital) de l'amour. Et quel talent ! Bénéficiant de l'aide musicale précieuse d'Aurélie Muller (Melon Galia) et de Thomas Van Cottom (ex-Venus), Hank Harry a réussi un album d'une envergure insoupçonnée, un véritable petit joyau de " pop sentimentale " où se bousculent des mélodies qui touchent droit au cœur. Du tube festif (" Turnaround, " Hot Summer ") à la ballade tire-larmes (" My Clock (10:30am) ", " Little Love ", " Lily of the Valley ", " So Long "), Hank Harry décline avec panache les sentiments qui nous tenaillent lorsqu'on est amoureux : du désespoir de la rupture à l'euphorie magique du coup de foudre. Tour à tour crooner vulnérable (" So Long ", son " Eté indien " à lui ?), Mr Loyal déguisé en Cupidon (" Hot Summer "), grand romantique sur l'édredon (" My Clock (10:30am) " et ses notes sibyllines comme suspendues dans l'éther), noceur en pleine ébullition de tendresse (" My Clock (10:30pm) "), cocu magnifique se réveillant d'une cuite d'amour veule enfin consommée (" Anyway "), Hank Harry se montre sans fards, et tel quel nous tend généreusement le miroir… Parce que dans ses chansons se retrouvent en fin de compte nos propres histoires. Pour tout cela, " Far From Clever " est un disque à chérir, dans lequel on se love parce qu'il nous réconforte mais aussi nous ravive. Comme quoi la musique, quand elle est belle, peut à la fois nous réjouir et nous guérir, et quand le cœur sursaute de joie ou de tristesse, s'avérer des plus indispensables.

Black Rebel Motorcycle Club

Il y a toujours un message à faire passer...

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Lors de la sortie de leur premier opus éponyme, j'en avais conclu que si vous aimez ou avez aimé Jesus & Mary Chain, Le Velvet Underground, My Bloody Valentine et Joy Division, vous adorerez la musique de BRMC. A cause de leur musique sauvage, ténébreuse et bruitiste, dont les ballades lancinantes, fiévreuses et soniques s'impriment sur un tempo implacable. Mais le Black Rebel Motorcycle Club (NDR : patronyme choisi en hommage au nom du gang de motards emmené par Marlon Brando dans 'L'équipée sauvage', un film qui remonte à 1952) se veut avant tout authentique, reprenant le flambeau de ses illustres prédécesseurs pour perpétuer la tradition du rock'n roll. Et leur second opus, " Take them on, on your own ", en est la plus belle illustration. Rencontre avec Robert Levon Been, chanteur/bassiste et co-compositeur du trio californien…

Alors Black Rebel Motorcycle Club ou BRMC ? A l'instar des formations qui ont réduit leur nom par les initiales, la formation californienne ne risque-t-elle pas, un jour, d'être tentée de suivre le même chemin. "C'est étrange, car à l'origine nous nous appelions BRMC. Mais lorsque nos Cds sont arrivés dans les bacs des disquaires, personne ne parvenait à mettre la main dessus. En fait, ils étaient classés dans le répertoire 'BR' au lieu de 'BL'. Donc, on a dû se résoudre à reprendre le patronyme dans son intégralité. Ce qui est amusant, c'est qu'aujourd'hui tu me demandes si un jour nous pourrions faire le chemin inverse. Franchement, je n'en sais trop rien..."

Black Rebel s'est forgé une réputation de groupe réservé, parlant peu. C'est un peu leur modus vivendi. " Nous avons toujours voulu mettre notre musique en avant plutôt que le groupe. Mais il est exact que depuis quelque temps, on se pose des questions. Notamment depuis que nous avons été invités aux MTV awards. Nous y avions joué 'live'. Et les journalistes, les médias, s'intéressaient plus à notre prestation qu'à la raison pour laquelle nous avions décroché ce prix. J'avais le sentiment que pour eux la musique était devenue accessoire. Qu'ils ne comprenaient pas notre langage. Pourtant, il y a toujours un message à faire passer, même si personne ne prend la peine de l'écouter. Mais il est vrai que pour l'instant, nous sommes un peu à la croisée des chemins… " Etonnant, lorsqu'on sait qu'un jour, un des musiciens du combo a déclaré 'Notre musique signifie plus pour le public, qu'elle signifie pour nous !' Ce qui méritait une explication. Robert reconnaît que cette phrase possède un poids énorme. " Tout dépend de l'interprétation qu'on lui donne. Je ne me souviens plus de l'endroit où on a tenu ce discours, mais nous l'assumons. Lorsque je vois l'étincelle dans les yeux de nos fans, j'y lis le bonheur. Et ils le manifestent plus spontanément que nous. Mais composer, enregistrer, se produire en public et assumer du bonheur en même temps, c'est un peu beaucoup. J'admets que nous produisions un certain effet sur les gens, mais je veux garder mes distances par rapport à ce phénomène…"

" Mais de là à ce que 'Stop !' la première chanson du nouvel opus confesse 'Nous ne vous aimons pas, nous essayons seulement de vous juger', il y a manifestement un pas difficile à franchir. Robert s'explique : " Si je me souviens bien, cette chanson a été écrite à Londres, lors de notre premier périple sur le Vieux Continent. A cette époque, nous étions un peu paranos. Nous nous posions beaucoup de questions. L'intérêt que nous portaient les gens nous paraissait un peu trop soudain. Ils nous considéraient comme le groupe dans le vent. Un hype ! Et nous n'aimions pas beaucoup nous retrouver dans cette position. Lors d'un set accordé dans un petit club à Londres, j'ai eu l'impression que c'était le message que le public nous adressait. Il n'aimait pas vraiment le groupe. Il était venu, non pas pour nous voir, mais pour être vu. Alors, lors d'une jam, sur laquelle reposaient une ligne de basse et le jeu de batterie, j'ai commencé à improviser ces paroles. Je ne pense pas qu'une telle situation pourrait encore se reproduire aujourd'hui, mais si elle survenait encore, je réagirais différemment. En chantant pour eux plutôt que de les haïr. Plutôt que de leur dire d'aller se faire foutre. C'est dans ce contexte qu'il faut replacer ces mots… 'Stop !' est une chanson qui a été composée sur scène. Nous jouions ce morceau à la fin de chaque spectacle, parce que nous ne voulions pas terminer notre set sur une note calme. Nous voulions qu'elle s'achève sur un mode rock. Avec du volume. Quatre titres sont issus de prestations 'live'. 'Heart & soul', par exemple. Nous avons réalisé les prises à quatre endroits différents : Paris, Tokyo, Londres et… (NDR : à cet instant quelqu'un est entré dans le local pour aller prendre une bière dans le frigidaire. Et j'ai cru comprendre… Los Angeles). Les versions étaient bien sûr différentes ; mais ensuite on a essayé de mettre toutes les pièces du puzzle ensemble en n'en sélectionnant que les meilleures. Pour atteindre une forme d'apogée au niveau du son. On en a fait en quelque sorte, un 'best of'… "

Sur leur nouvel album figure une composition à caractère politique, 'US governement'. A ma connaissance, elle constitue leur seule concession dans ce domaine. Alors, engagement ou accident ? " Tout est accident ! Même se retrouver au sein d'un groupe. En fait, cette chanson a été écrite à nos débuts. Il y a longtemps. A l'époque, nous la jouions déjà 'live'. Très, très fort ! Et nous la réservions à la 'b side' de notre premier disque. Mais au moment où nous allions le sortir, le 11 septembre est arrivé ; et face au désarroi des victimes, nous pensions qu'il était inutile d'en rajouter une couche. Mais au fil du temps, nous avons commencé à la maîtriser de mieux en mieux sur scène ; et, pour ne pas désavouer nos fans, nous en avons conclu qu'il serait ridicule de la cacher sur une flip side… " Paradoxal, lorsqu'on sait qu'à leurs débuts, la formation avait déclaré qu'ils n'avaient pas uniquement l'intention de s'adresser à un public bien ciblé. Aux cool kids, en particulier. Et que s'ils se rendaient compte que c'était le cas, ils changeraient de fusil d'épaule. " Cet épisode remonte également aux débuts du groupe. Nous vivions à San Francisco. Nous étions dans le trou. Mais on essayait d'en sortir. On cherchait à gagner les faveurs du public. Nous n'appartenions à aucune scène. Nous étions considérés comme un groupe local. Bien sûr, je n'ai rien contre les groupes locaux. Mais si à SF il existe de nombreuses scènes impliquant de nombreux groupes, nous avons eu un mal de chien à y trouver notre place. Encore que je me demande si nous l'avons un jour trouvée ou si nous la trouverons un jour. Et je pense que ce n'est pas plus mal. Regarde la 'New York revolution' ! Ou si tu préfères, la musique de la nouvelle génération. Les médias veulent absolument enfermer tous les groupes qui y émargent dans le même sac. Du formatage ! Nous ne voulons surtout pas y être associés. Et encore moins récupérés. C'est une campagne de marketing, à laquelle nous refusons de souscrire ! Nous voulons créer de la musique qui plaise à tout le monde. Depuis la jeune fille au vieillard, plutôt que de cibler un public particulier. 'Cool kids f*****g !'

En parlant de formatage, aurait-il un œuf à peler avec les Strokes, les White Stripes, Interpol, les Warlocks et les Kills ? " Je ne mettrai pas les Kills dans le même sac. Ce sont des groupes qui possèdent d'indéniables qualités artistiques. Mais ils sont différents. Et on n'a pas le même feeling. J'apprécie plus particulièrement les White Stripes, Interpol et les Warlocks. On a joué avec ces derniers à Los Angeles. Devant 20 personnes. Ils sont authentiques et véhiculent un esprit bien personnel. C'est la raison pour laquelle je pense qu'ils sont respectables ; mais on ne peut pas dire que tout ces groupes soient rock'n'roll. Ils font de la pop. Seul leur déguisement est rock'n roll. Ils n'écrivent pas des chansons hymniques qui portent les gens, mais cherchent un mode d'évasion. Pour nous, notre devise est 'Stay awake !' (Restons éveillés !). Maintenant, je suis conscient qu'aujourd'hui, il faut plaire aux jeunes. Et que pour y parvenir, il faut soigner les pochettes, accorder des interviews, remplir les pages des magazines. Mais nous, on veut aller au-delà de tout ce strass. Avoir une démarche plus profonde… " Peut-être dans l'esprit des Stones. A cet égard, 'We're all in love' me semble tellement hanté par l'esprit des Stones ? Et en particulier par la composition 'Gimme shelter'… " C'est la meilleure chanson que les Stones ont écrite depuis 1970 ! On ne nie pas l'évidence. Et il est vrai que nous essayons de faire revivre l'esprit de cette époque. Dans le domaine de l'amour, tu peux être en compagnie de quelqu'un, mais en même temps très éloigné de cette personne. Et cette tension est terrible. Mais dans le même ordre d'idées, lorsque tu es éloigné de cette personne, tu ressens de l'espoir, de l'optimisme, au plus profond de toi-même. Il existe en nous cette idée d'euphorie de l'amour, lorsque vous êtes éloigné de l'autre. Comme si vous viviez une profonde angoisse. Du 'non dit' ! Car vous pouvez côtoyer l'autre, sans déclarer votre flamme. Cette situation existe. Vous ne pouvez pas la voir, l'entendre ou la toucher, mais vous savez que ce sentiment brûle au plus profond de votre âme… "

Lorsqu'on écoute la musique de BRMC, on ne peut s'empêcher de penser au Velvet Underground, à Joy Division et surtout à Jesus & Mary Chain. Les prestations 'live' baignent même dans un nuage de fumée, comme chez le défunt J&MC. Des comparaisons qui reviennent régulièrement chez la plupart des journalistes. Mais qu'en pense notre interlocuteur ? " Je ne sais pas. Contrairement aux apparences, les comparaisons, ce n'est pas mon fort. Chacune de ces formations pratique de la bonne musique. Ce sont, quelque part, des légendes. Et être comparés à ces légendes, c'est un compliment. D'autre part, il y a sans doute une certaine paresse de la part des médias qui se contentent de telles analogies. Car, il existe autre chose derrière tout cela. Maintenant, il est exact que tous les groupes passent par le stade des comparaisons ; c'est la transition nécessaire avant de parvenir à acquérir sa propre identité…" 

Par contre, Robert voue une grande admiration au défunt groupe britannique The Verve. " Un groupe génial, expérimental. Qui était parvenu à pousser le son dans ses limites. Un concentré d'énergie. Aussi bien à travers la musique que les lyrics. Mais lorsque Nick McCabe est parti, tout s'est écroulé. A ce moment là, je me suis rendu compte que l'univers de la musique avait perdu quelque chose de vital. Tout ce qui a suivi 'Nothern soul' n'a plus jamais eu la même dimension. Triste ! Ce groupe était fantastique, parce que sa musique évoluait sans cesse. J'ai assisté à trois de leurs sets 'live', dont un à San Francisco. C'est ce que j'ai vu de meilleur sur scène à ce jour. Tout comme le Primal Scream… " Ah, bon ! (NDR : le seul concert de Primal Scream, auquel votre serviteur a assisté fût tout bonnement catastrophique. Il y a presque 20 ans. A l'AB de Bruxelles. Je lui ai donc fait part de mon étonnement. Et il s'est simplement mis à rire. Faut croire que la bande à Bobby Gillepsie a fait d'énormes progrès sur les planches. Enfin, au bout de deux décennies, ce serait quand même dommage de ne pas être parvenu à s'améliorer. Attention, je parle bien de prestation scénique ! Les albums de Primal Scream sont, pour la plupart, de petits bijoux. Dont acte !)

Petit détail amusant, le père de Robert, n'est autre que Michaël Been, le leader du défunt Call, une formation fondée en 1979, dont le premier opus est une petite merveille. Ce qui avait d'ailleurs, à l'époque, poussé Peter Gabriel à les soutenir. J'avais même lu, dans un article, que Michaël était devenu le manager de BRMC. Bob rectifie. " Non, pas du tout. Il est le responsable du mixing lors de nos tournées " Donc, quelque part, il apporte son expérience au groupe. Robert semble assez gêné d'en parler. " J'ai beaucoup de mal à expliquer sa contribution. Je savais qu'il était capable de faire du rock'n'roll. Mais il est âgé de 47 ans. Il est difficile de parler de son père quand il ne fait pas un métier comme Monsieur tout le monde. Qu'il n'est pas garagiste ! Je me mets à sa place. On attend que je confesse qu'il m'a procuré des conseils, mais non, ce n'est pas le cas. Il mixe, et puis c'est tout. Le monde de la musique est tellement chaotique. Il change constamment. Dans ce domaine, il n'existe pas de règle d'or. Ce n'est déjà pas facile de parler de nous. D'expliquer les raisons pour lesquelles vous prenez telle décision, signez sur tel label. Alors, parler de son père… Je pense que du moment que vous fonctionnez à l'instinct, le reste… "

Merci à Vincent Devos

 

The Raveonettes

Nous ne sommes pas des copi(ll)eurs

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Bien que vivant à Londres, les Raveonettes nous viennent du Danemark. Un duo partagé entre Sune Rose Garner (NDR : le mec) et Sharin Foo (NDR : la fille, et quelle belle fille !) qui voue un véritable culte à l'imagerie des 50's et des 60's ; mais dont la musique semble à la fois influencée par la noisy de Jesus & Mary Chain, la surf music des Beach Boys, le rock'n roll de Buddy Holy et les groupe féminins qui ont sévi au cours des sixties, tels que les Crystals ou les Ronettes. Pas pour rien que Richard Gottehrer (Blondie, Go-Go's) a accepté de produire leur dernier album, alors qu'il avait déclaré, il y a belle lurette, avoir mis un terme définitif à sa carrière. Encore que sa volte-face méritait une explication…

Mais tout d'abord plantons le décor. L'interview se déroule en compagnie de deux correspondants d'un autre website. Je fais face à Sharin. Qui va mener les trois quarts de l'interview. Mes genoux pratiquement collés contre les siens. Impressionné par sa beauté toute scandinave, j'affiche une fébrilité inhabituelle. Ce qui n'empêchera pas la conversation d'être émaillée de grands éclats de rires… Oui, justement, comment expliquer la présence de Richard Gottheherer à la mise en forme de 'Chain gang of love' ? " Nous avons rencontré Richard à Berlin. Nous y avons fait connaissance. Et au fil de la conversation, il s'est épanché. Il a abondamment parlé des sixties, et puis du bon temps qu'il avait passé en compagnie de Richard Hell & The Voivoids. Fatalement, je lui ai parlé de notre musique. Précisant qu'elle était inspirée par les 50's, et en particulier par les groupes de filles de cette époque. Et qu'en outre, nous aimions ce qu'il avait réalisé en leur compagnie. Nous avons gardé le contact, et nous lui avons transmis une démo. Il nous a répondu qu'elle lui plaisait et nous a suggéré de travailler ensemble sur ce projet. Ainsi, nous sommes donc parvenus à le sortir de sa retraite… "

Lorsqu'on écoute la musique des Raveonettes, on ne peut s'empêcher de penser à celle de Jesus & Mary Chain. A cause de leur art à rendre leur noisy mélodique. A Suicide aussi. Enfin, à la musique des eighties, en général. Et puis aux groupes féminins qui ont émaillé les sixties, tels que les Go Go's, les Cookies et les Angels. Des influences que revendique d'ailleurs le duo. " Nous en sommes mêmes fiers, parce qu'elles sont évidentes à l'écoute. Nous n'avons pas peur de le proclamer. Et on peut même y ajouter Buddy Holy, les Everly Brothers et Television. Toutes ces références s'y retrouvent. En mélangeant toutes ces sonorités qu'on aime, on est parvenu à créer notre propre style, quelque chose d'original. Par contre, nous ne supportons pas qu'on nous dise que fassions du copi(ll)age. Nous ne sommes pas des copi(ll)eurs, nous écrivons nos chansons… " Pourtant, dans le futur, le duo n'envisage pas de confier la production à un des frères Reid (NDR : les deux, ce serait un peu difficile, puisque les frangins sont en bisbille depuis un bon bout de temps). " Nous rêvons de pouvoir travailler un jour sous la houlette de à Phil Spector. Ce serait beaucoup plus intéressant, je pense "

Chez les Raveonettes, l'imagerie a une grande importance. Suffit d'analyser la pochette de ‘Chain gang of love’, pour s'en rendre compte. L'imagerie influencée, à l'instar des Cramps, par les films d'épouvante et de série b ; mais aussi les thrillers d'Alfred Hitchcock et de Roger Corman. " Oui, nous sommes des fans de ces films. Surtout ceux des fifties. Ces vibrations cinématographiques correspondent très bien à notre musique. Nous aimons, en outre, restituer cette iconographie, comme des affiches de cinéma. Elle donne également un sens à notre musique… " Mais alors, quel est le duo qui mérite le titre de Bonnie & Clyde du rock'n roll ? Les White Stripes ? Les Kills? Ou les Raveonettes? Une question qui déclenche l'hilarité générale. " Les Kills! Parce que leur musique transpire la plus forte connotation sexuelle… " Un groupe que les Raveonettes apprécient beaucoup. Mais aussi Interpol et les Warlocks. Certains médias ont même écrit que le duo avait confessé que tous ces groupes avaient de nombreux points communs avec eux. Ce qui surprend très fort Sharin. " Qui a dit ça ? Moi ? Je ne pense pas avoir un jour effectué une telle déclaration. Ce que nous avons en commun ? Rien avec Interpol. Nous les apprécions beaucoup, et c'est réciproque. Nous avons tourné et fait la fête ensemble. Les Warlocks ? Le mur de son ! Un son sonique et très intense. Mais notre sensibilité est davantage pop, davantage noisy, davantage bruyante. Les Kills ? C'est un duo comme nous qui essaie de trouver la chanson simple, efficace et immédiate. Composé d'un garçon et d'une fille. Qui chantent. Dont l'attitude est sexy. Notre approche du retour aux roots est similaire. Mais nous évoluons à quatre sur les planches…"

Paradoxalement, les Raveonettes ont dû attendre de s'imposer sur la scène internationale avant d'être reconnus dans leur pays. Sharin confirme. " Il est très difficile de mener une carrière au Danemark lorsqu'on pratique une musique alternative. En fait, les Danois éprouvent toutes les peines à faire le premier pas lorsqu'ils sont confrontés à la nouveauté. Ils attendent toujours la reconnaissance dans les pays anglo-saxons pour leur emboîter le pas. Maintenant nous y sommes également populaires. Nos chansons passent enfin à la radio et le public achète nos disques. "

Pour composer leurs chansons, les Raveonettes se sont imposé des règles : pas plus de 3 minutes pour une chanson (ou exceptionnellement) et un maximum de trois accords. Pourquoi ? Sharin nuance : " Nous préférons parler de canevas plutôt que de règles. Nous avons imposé cette trame sur notre premier mini elpee ('Whip it on'). A l'époque, Sune en avait un peu marre de la musique. Surtout celle qui était surproduite. Et puis il traversait une période de déprime. Il a donc voulu revenir à quelque chose de plus basique, de plus simple. Finalement, en imposant des contraintes, on a tendance à devenir plus créatif. A se fixer des défis. Et à parvenir à repousser nos limites. C'est un peu comme chez les écrivains ou les journalistes. A qui on impose un nombre de lignes. Ou un peintre. Qui décide de n'utiliser que certaines couleurs… Toutes nos chansons sont écrites avec la même clef. En si bémol pour le mini elpee et en si bémol majeur pour le dernier opus. D'une durée de maximale de trois minutes. Et avec un maximum de trois accords. Enfin, sur 'Chain gang of love', on a un peu cassé le canevas. Certaines plages comptent plus de trois minutes et débordent jusqu'à quatre accords. Ces lignes de conduites n'ont pas été élaborées comme des contraintes, mais des outils pour explorer… " Et en 'live' alors ? " Nos sets sont régis par des règles très strictes. Nous essayons de recréer le même son que sur le disque. Un peu comme si c'était une bande qui défilait… " Ah bon !… Dune Rose Wagner est entré dans la loge depuis quelques minutes, et tout en se tenant en retrait, il reste attentif à la conservation. Et justement, lorsque la conversation se porte sur Jack Kerouac, auquel on lui prête une manière similaire de composer, il se manifeste. " Ce n'est pas vraiment au niveau des lyrics, mais de la façon dont il écrivait. A cause de la spontanéité du genre 'stream of consciousness', si vos préférez. La voie mouvante et insaisissable de la conscience. Et donc, j'écris très vite, sous une forme qu'on pourrait qualifier d'écriture automatique…"

Merci à Vincent Devos.

 

 

 

 

Hot Hot Heat

Un certain feeling new wave...

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‘Bandages’ est un hit que vous avez sans aucun doute déjà entendu sur l'une ou l'autre station radiophonique. Un tube dont les lyrics ont suscité la controverse. Cette chanson a même été interdite à la BBC. Une aubaine pour le groupe canadien qui n'en demandait pas tant pour se faire de la pub. Pourtant, on ne peut pas dire que les débuts du groupe ont baigné dans l'huile. Il a même fallu attendre le départ du chanteur, Matthew Marnik, et son remplacement par le claviériste Steve Bays, pour que la mayonnaise commence à prendre. Dustin Hawthorne, le bassiste, s'est volontiers proposé comme porte-parole de cette formation qui devrait bientôt sortir son deuxième album…

Le puritanisme britannique s'est encore distingué. Une cerise sur le gâteau dont se délectent les musiciens de Hot Hot Heat depuis des mois. Et pour cause ! Cette publicité gratuite a même fait le tour du monde. Dustin en rit encore : " Partout où on est allés, les médias sont revenus sur le sujet. Même en Australie et au Japon. Même à l'époque où on n'était pas encore connus. Sur les plateaux de TV, ils se disaient : 'On la passe ou on ne la passe pas ? Une heure avant le journal ou une heure après ?' Finalement tout ce toutim nous a procuré une pub fantastique. Nous n'en demandions pas autant. Et finalement, la chanson a décroché un numéro un en Grande Bretagne ". Une chanson dont la formation est particulièrement fière. " Lorsque nous la jouons 'live', nous entrons en osmose avec le public. Une espèce d'hymne qui accroche instantanément… Et il n'est pas rare que le public monte sur les planches lorsqu'on l'interprète sur scène… " Pour s'adonner au stagediving ? " Non, non, pas le stagediving ! Lors de spectacles accordés à LA et à Melbourne, une partie du public est montée sur scène et a commencé à danser. Imaginez-vous 60 personnes sur les planches ! C'était vraiment la fête. A la fin, il ne restait plus que la batterie. Mais cette situation fait partie du show. Par contre, nous n'aimons pas trop que les spectateurs se jettent dans la foule. Une jeune fille a ainsi failli, un jour, se rompre le cou. Et nous avons eu très peur. Tu comprends mieux maintenant pourquoi il existe des gardes du corps et des barrières de sécurité, lors d'un concert. Toute cette organisation est destinée à empêcher les spectateurs de monter sur scène. Et surtout d'éviter le risque de blessures. Enfin, je reconnais que je commence à vieillir ; et je deviens dès lors moins téméraire… "

Le premier album a donc été enregistré au sein de deux studios différents : à Vancouver et à Seattle. Drôle d'idée de concocter un elpee dans deux studios différents, alors qu'il ne fait que 33 minutes. " Sur notre premier EP figurait 5 titres. Et au départ, on avait l'intention d'en réinterpréter deux pour les intégrer au nouvel opus. Mais on s'est rendu compte, que de toutes manières, il aurait encore été trop court. En fait, nous n'avions pas assez de matière première. Deux semaines avant d'entrer en studio, nous étions encore occupés de composer... La brièveté de cette plaque n'est pas délibérée. Elle a été conditionnée par le manque de temps. Le recours aux deux studios nous a, par contre, permis de donner des colorations différentes aux chansons. A Seattle, nous avons travaillé dans un espace réduit. On se sentait vraiment à l'étroit. Mais les prises étaient très basiques ; en outre, nous avons bénéficié du concours de l'ingénieur du son maison. A Vancouver, nous disposions de davantage d'espace. Nous avions tout le confort : la TV, à bouffer, etc. "

Dans une interview accordée à un magazine britannique, la formation a déclaré que dans le futur, elle pourrait réaliser un concept album. Alors, est-ce une blague ou le groupe a-t-il cherché à lever un coin du voile qui dissimule la face prog rock chez Hot Hot Heat ? " Une blague ! Nous n'avons pas l'intention de reconduire un quelconque 'Sergent Pepper' ou 'Dark side Of The Moon'. En fait, les paroles ont sans doute été extraites de leur contexte. Par contre, nous ne sommes pas fermés à l'expérimentation. A donner une nouvelle dimension à notre musique. Une chose est sûre, il ne sera ni conceptuel, ni prog. Lorsque nous atteindrons la quarantaine, il sera peut-être temps d'y penser… "

Les musiciens de Hot Hot Hot Heat aiment la new wave des eighties ; et en particulier des formations ou des artistes tels que XTC, Jam, Cure et Elvis Costello. C'est manifeste ! Pas pour rien que la plupart des médias évoquent ces références lorsqu'ils parlent de 'Make up the breakdown'. Mais qu'en pense Dustin ? Est-ce une réflexion embarrassante ou pertinente ? " Un peu des deux ! Il serait malhonnête de ne pas reconnaître un certain feeling new wave au sein de notre musique. Et que ces groupes ou artistes ne constituent pas des influences majeures. Mais nous ne voulons pas être taxés de revivalistes new wave. Cure, Costello et XTC sont des noms absolument incroyables. Et notre guitariste, Dante, adore XTC. S'il n'existe aucune filiation avec XTC, il faut reconnaître que c'est la formation qui nous a le plus influencés. C'est un des points culminants atteints par la musique entre la mi eighties et 1990. Très jeunes, nous entendions cette musique. Inconsciemment, progressivement, elle nous a imprégnés, influencés… " Si HHH ne connaît pas Supergrass, il voue un grand respect à Blur. " J'apprécie beaucoup leur approche de la composition. Elle est toujours différente. Et quelque part, comparable à la nôtre. A contrario des Strokes, leurs accords, les tempi, sont toujours différents. Leur son est vraiment unique et il est impossible de les cataloguer dans un registre, même si on les considère comme les pères de la britpop…mais je ne connais pas Supergrass… et tout ce que nous écrivons n'entre pas dans le cadre de la new wave… " Encore que pour le look, il y a de quoi se poser des questions. Une certaine presse estime même qu'ils s'habillent et se coiffent comme les Dexy's Midnight Runners… Une réflexion qui fait sourire Dustin. " A ce sujet, je me référerai plutôt à A Flock Of Seagulls. Des types complètement extravagants que j'avais eu l'occasion de voir en concert… Il est vrai que dans le look des Dexy's, il y a des similitudes. Ils étaient bien fringués. Mais je pense qu'on est plus proches d'eux musicalement qu'esthétiquement… "

Dans le domaine de la musique contemporaine, les musiciens avouent quelques coups de cœur. Tout d'abord pour un ensemble mystérieux répond au nom de Badger King. " Un duo qui est issu de Portland, dans l'Oregon. Un garçon et une fille. Il programme des sequencers et joue de la guitare. Elle chante et joue également de la guitare. Leur musique est vraiment novatrice. Ils avaient assuré notre supporting act lors d'une de nos premières tournées, il y a un an et demi. A Salt Lake City, dans l'UTAH. Depuis, on les a quelque peu perdus de vue. Un groupe étrange et passionnant… " Pour les Liars, également. " Un groupe fantastique. Nous avions assisté à un de leurs shows à Seattle. C'était à l'époque où Sub Pop était venu nous voir avant de nous signer. Nous étions à la même affiche. En première partie. Nous étions stressés à mort. Leur show nous a vraiment soufflés… " De Sub Pop, Hot Hot Heat est donc passé chez Warner Music. Une situation qui ne semble pas trop perturber Dustin. Pourtant, il est de notoriété publique que lorsqu'un artiste ne vend pas suffisamment chez Warner, il passe à la trappe… " En fait, Sub Pop est une succursale de Warner. Lorsque Sub Pop s'est rendu compte de notre potentiel, il s'est adressé à Warner pour leur demander si notre produit les intéressait. Ils ont répondu favorablement. Mais tout ce qui relève du domaine artistique appartient toujours à Sub Pop. Warner se charge du volet financier. Donc nous n'avons pas de problème de diktat ni de formatage inhérents aux grosses compagnies. Warner sert ici en quelque sorte de banque… Bon, maintenant j'espère que nous n'allons pas vivre une mésaventure semblable au 'Catch 22' de Joseph Hiller. Ce serait une situation inextricable. Etre un groupe créatif et ne pouvoir sortir sa production nous rendrait fous. On est quand même un peu inquiet à ce propos. Mais pour l'instant, nous regardons les aspects positifs de notre contrat… " Une philosophie qui risque quand même de se retourner contre eux, lorsqu'on sait qu'ils ne s'intéressent guère aux bénéfices tirés de la vente de leurs disques, mais plutôt de leurs tournées. " C'est notre manière de concevoir le business dans le monde de la musique. L'argent gagné par les disques, nous le réinvestissons dans les avions, les tournées ; et en retour ces tournées nous apportent de l'argent. On réinvestit de l'argent pour faire plus d'argent. Nous n'avons pas vendu des cargaisons de disques. L'argent vient des tournées. De la vente des tickets et du merchandising… "

Tous les musiciens du groupe sont multi instrumentistes. Une faculté qu'ils ne mettent pas en exergue, à l'instar d'un Beta Band, lors de leurs concerts. Dustin explique : " J'ai assisté à de nombreux concerts au cours desquels les groupes se plient à cette pratique. Mais j'estime qu'elle nuit à la création. Nous préférons nous concentrer sur l'instrument que nous maîtrisons le mieux. Je joue, par exemple de la batterie, mais pour pouvoir en jouer 'live', j'aurais besoin de 3 mois de répétition. En outre, nous ne voulons pas qu'on nous prenne pour des gens qui savent tout faire. Personnellement, il ne faut pas me demander de jouer du piano. Je ne connais pas suffisamment les accords. Cependant, chaque musicien s'intéresse aux autres instruments. Ce qui est important dans l'écriture d'une chanson. Car nous les écrivons ensemble. Et donc, lorsqu'on commence à la jouer, on est capable de repérer les accords du clavier et la première note de la basse. Enfin, comme je suis bassiste, le suis fort intéressé par tout ce qui touche à la batterie. Ce qui entre dans la logique, à partir du moment où on s'intègre dans une section rythmique… "

Merci à Vincent Devos.