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Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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La fresque de Vincent Delerm

Six ans après « Panorama », le chanteur cinéaste au cœur battant Vincent Delerm élargit encore son travelling sentimental en gravant « La Fresque ». Un huitième album dont la chanson-titre parlée, sur un arrangement tout en palpitations électroniques et…

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Attaque 77

Caña !

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Afin d'être concise mais précise, la critique de cet album pourrait se résumer en une phrase : les chants espagnols s'exportent assez mal, surtout enrobés dans un style punk rock… L'emploi du terme " espagnol " ne signifie pas que le groupe vient d'Espagne mais d'Argentine (NDR : attention les yeux !). Selon la bio, cet album est le couronnement de 14 ans de carrière et de 11 albums à succès (???). Donc, " Caña ! " est en fait un 'best of' et celui du plus grand groupe de punk-rock………argentin. Si cet album est leur 'best of', il ne vaut mieux pas écouter le reste, alors… Formé en 1987, Attaque 77 doit s'être forgé un nom en Argentine et même en Amérique du Sud (NDR : sinon je suppose qu'on ne les aurait pas laissé commettre 11 albums.). Honnêtement, je dois avouer ne jamais avoir entendu parler de cet ensemble. Mon système auditif ne possède peut-être pas une grande tolérance aux chants accordés dans la langue de Cervantès, mais j'ai rencontré d'énormes difficultés pour écouter ce disque d'une seule traite. Les arrangements musicaux sont brouillons ; on dirait même qu'ils ont été réalisés dans la précipitation. Le registre vocal est saccadé, haché, bref dérangeant. A contrario de Yesterday's Kids, Attaque 77 massacre le genre musical au sein duquel il cherche à évoluer. La mondialisation offre de bons côtés, c'est indéniable ; mais elle débouche également sur de mauvaises surprises…

Natacha Atlas

Foretold in the language of dreams

Écrit par

Après avoir rendu hommage à la musique du Moyen-Orient, et ne particulier à la culture égyptienne, à travers " Gedida " et " Ayeshteni ", Natacha a décidé d'explorer de nouveaux horizons sonores. Enregistré sous la houlette de Mark Eagleton, " Foretold in the language of dreams " se tourne ainsi vers la new age. Peu ou pas de rythmes sur ce disque, mais de l'ambient brumeuse, chatoyante, presque mystique, destinée à nous plonger dans un univers visionnaire, empreint de quiétude, parfumé d'ésotérisme et propice à la méditation. D'autant plus que les lyrics véhiculent, pour la plupart des messages philosophiques. Des messages chargés de poésie, inspirés par un livre de Gurdjieff, qui trait de la recherche de la connaissance et de la sagesse. Un bouquin qui avait d'ailleurs inspiré un film de Peter Brooks, tourné à la mi-seventies, et auquel Natacha fait également référence. Concept album, " Foretold in the lanquage of dreams " fait également allusion à l'écrivain brésilien Paolo Colho. Ce qui amplifie encore davantage l'esprit méditatif de cette œuvre. Qui émarge pourtant toujours bien à la world music. Car, Natacha chante en arabe, toujours de cette voix de rossignol, sur une musique ici davantage inspirée par l'Orient, voire l'Inde, que le Moyen-Orient. Pour enregistrer ce disque, elle a bien sûr reçu le concours de toute une panoplie de musiciens dont plusieurs émargent à ce courant " world ". Pour y jouer des instruments aussi insolites que le qanum (Abdullah Chdaleh), le zither, le fujura et le va-wu (Andrew Cronshaw), le sitar (Shima Muckerjee) ; sans oublier la collaboration de l'ensemble grec Avaton sur deux fragments. Quelques instrumentistes plus conventionnels ainsi que des computers, des samples et autres gadgets technologiques complétant le décor. Jamais, au cours de son existence, Natacha Atlas n'a autant frôlé l'univers du défunt Dead Can Dance. " Foretold in the language of dreams ": vous venez d'ouvrir un livre de songes…

Kristofer Astrom

Northern Blues

Au pays des songwriters qui font mouche, la Scandinavie fait partie désormais des valeurs sûres : Kings of Convenience, St Thomas, voire Royksopp (pour son électro plus proche des formats " chanson " que de Biosphere) et Lee Hazlewood (un Américain jadis en villégiature en Suède, comme en témoigne son " Cowboy in Sweden ")… Autant de jeunes (et moins jeunes) compositeurs qui allient le flegme nordique aux sonorités les plus sereines. Pensez à ce " Quiet is the new loud " érigé en manifeste par les Kings il y a plus d'un an, et que l'Angleterre s'est empressée de récupérer sous l'appellation moins poétique de " new acoustic movement "… Un retour aux sources de la guitare folk et country dont Kristofer Astrom semble être le nouvel ambassadeur (un de plus). Son " Northern Blues " fait en effet la part belle aux ambiances tristounettes, le spleen comme nouvelle arme de séduction et la libido scandinave sacrifiée au profit d'une langueur toute hivernale. Pas qu'il fasse froid chez Astrom : ses chansons parlent quand même d'amour (" All Lovers Hell ", " You Don't Know How Good You Are ", " She Loves Me ", " Connected "), mais d'amour déchu, raté, fini. " I hope you'll burn in hell ", lance-t-il par exemple à sa belle dans " How Can You Live With Yourself ? ". Astrom, bourreau des cœurs ? Sur " You Don't Know How Good You Are ", il tente pendant dix minutes de se faire pardonner… Peine perdue : la belle est partie. " I've been the lonely one since you've been gone " (" Years Since Yesterday ") : t'en fais pas, mon vieux, elle reviendra… La preuve avec " She Loves Me " et " Summer Version " en final de ce beau disque. L'été en Scandinavie, ça existe donc bel et bien ? Ouaip, et il paraît même que ça dure six mois. D'ici là, on espère qu'Astrom n'aura plus trop le " Northern Blues ", et que son disque continuera à rythmer nos saisons.

Aston Villa

Strange

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Le nouvel opus d'Aston Villa célèbre le retour de Renaud Létang et de Franck Pilant (Manu Chao, Alain Souchon, Sergent Garcia), à la production. Un disque qui a reçu le concours de quelques collaborateurs réputés. Tout d'abord le percussionniste argentin Eduardo Tomassi. Hawkley Workman, ensuite. Préposé aux backing vocaux sur "Wah up my soul". Jean Fauque, le parolier de Bashung, également. Il signe le très beau " Prière ", une plage agitée par un tempo rumba et enrobée d'arrangements symphoniques somptueux. Des arrangements qui privilégient les cordes sur le titre maître, nonobstant son tempo new wave. Aston Villa ne néglige pas pour autant la technologie moderne. Evoluant constamment sur une boucle hypnotique, le vibrant " Distok " en est le plus bel exemple. Des éléments électroniques 'strange' parfaitement intégrés tout au long de l'opus. Les lyrics sont toujours aussi humoristiques et ironiques. Jeux de mots et collages de phrases continuent de s'articuler autour d'un véritable message. Et certains refrains, entonnés sous forme de slogans, en deviennent même hymniques. A l'instar du contagieux et allègre " Voiture française ". Mmais le groupe est également parvenu à élargir sa palette de chansons ; s'autorisant un rock canin, à travers le hit potentiel " Le chien " ( ?!?!?). Edictant une ballade à résonance métallique à travers " L'accident ". Et en final rendant hommage au cuisinier Pierre Gagnaire, chez " Slowfood ". Une lecture à plusieurs voix d'un de ses menus, à laquelle ont participé Jean-Louis Aubert, Zazie, Bashung, Reuno (chanteur de Lofofora), les Robins des Bois et l'inévitable Jean-Pierre Coffe. Excellent !

Antimatter

Saviour

Écrit par

Nouvel outil d'expression pour Duncan Patterson, ex-bassiste de Anathema, Antimatter célèbre le mariage, heureux et fécond, du gothique et du trip-hop. Du même coup, le groupe nous lègue ce 'Saviour', une des pépites de l'année, à l'esthétique très réussie. Préconisant l'économie des moyens autant que leur optimisation, le groupe génère des plages dépouillées, dont on peut idéalement savourer les ingrédients grâce à une production attentive et nuancée. Aucun exhibitionnisme donc, mais des plages plus séduisantes les unes que les autres, mélancoliques pour la plupart, toujours très élégantes, d'une beauté glacée et envoûtante à la fois. Les chanteuses (idéales, l'une d'elles évoquant celle d'Everything but the Girl) font office de maîtresses de cérémonie, échangeant parfois un dialogue avec une voix masculine. L'album s'écoute volontiers d'une traite, jusqu'à cette longue finale, très simple mais obsédante, qui étale sa langueur puis s'éteint lentement. Un CD hybride, original et succulent, comme un marron glacé qui fond dans la bouche.

Dick Annegarn

Un´ ombre

Écrit par

Tout plaquer en pleine gloire par refus des contraintes commerciales. Et revenir de longues années plus tard, toujours sans aucun souci des modes et du marketing. La démarche suscite la sympathie, l'a priori favorable. Mais ce n'est pas pour cela qu'il faut applaudir les disques de Dick Annegarn sans les écouter. Le plus Lillois des Hollandais n'est pas facile d'accès. A cause de sa voix et de sa prononciation si particulière. De ses penchants pour le jazz, la fanfare et, plus largement, toutes les instrumentations hors-normes. Pour pénétrer dans son univers, il faut donc des clés d'accès. La plus facile est l'humour : " Dans le puit du Puy de Dôme ". La plus partisane est l'engagement politique : dans " Patera ", Dick Annegarn fait une dénonciation poétique et piquante des passeurs de clandestins entre le Maroc et Gibraltar. La plus patiente, c'est tout simplement l'écoute de l'album, qui permet de s'habituer progressivement à ses étranges constructions, de découvrir leurs saveurs cachées…

Horace Andy

Mek It Burn

Son vibrato suave et rieur en fait jalouser plus d'un (quel chanteur rasta peut se targuer d'avoir une voix si singulière ?), son sourire enfumé et son ouverture d'esprit lui ont permis de côtoyer les as du trip-hop : Massive Attack et leur Wild Bunch (à qui il doit une partie de sa renommée). Horace Andy est prophète en son pays, et grand ambassadeur de la ganja-attitude partout ailleurs. Son nouvel album, d'ailleurs, s'appelle " Mek It Burn ". Tout un programme qui sent le chanvre à des kilomètres (sur la pochette, Horace fume une grosse pipe fourrée à la " sensemilia " faite maison). On ne change pas une recette qui rapporte : chroniques urbaines sur basse rutilante de Robbie Shakespeare (" Johnny Awful "), odes chaloupées dans un bain d'effluves herbeuses (" Mek It Burn ", et tout le reste), reprises décontractées de standards reggae (" Horse With No Name " de Dewey Bunnell, " Night Nurse " de Gregory Isaacs, le plus célèbre des crooners jamaïcains),… Horace Andy ballade (en zig-zag) sa voix unique dans les méandres planants du ragga de Kingston (" Dancing Shoes ", bondissant). Depuis l'excellent " Skylarking " sorti en 1996 sur Melankolic (label de… Massive Attack), le rastaman continue son p'tit bout de chemin. Tranquille. Sans embûches (et sans surprises). Eh mec, t'as pas une dépanne ?

Arno

Charles Ernest

Écrit par

A quoi peut bien servir un nouveau disque d'Arno ? A nous faire plaisir tout simplement. Impossible de dire si " Charles Ernest " est meilleur ou moins bon que ses prédécesseurs. Mais c'est du Arno pur jus, jalonné de fanfares mélancoliques (Lola), de refrains à brailler dans les bars (" je veux nager ") et de rythmes maintenant le lien avec la période TC Matic. Arno reste le roi incontesté des mélanges les plus improbables entre le rock, le blues et la fête foraine ; entre le français, l'anglais et l'ostendais. S'il faut attribuer une touche négative à cet opus, disons que le bonhomme nous avait déjà paru plus inspiré dans ses reprises. Autant, il nous avait charmé en mettant au goût du jour Adamo, Caussimon ou Nougaro, autant cette fois sa version d'Elisa (Gainsbourg), même en duo avec Jane Birkin, n'apporte pas grand chose. Enfin, le pas grand chose d'Arno, beaucoup en ferait volontiers leur ordinaire…

Arid

All is quiet now

Écrit par

Pour enregistrer son deuxième opus, Arid a reçu le concours de Mark Howard (U2, Bob Dylan, Daniel Lanois) à la production. Et première constatation, piano et arrangements de cordes viennent enrichir certains fragments. Et je pense tout particulièrement au symphonique " I wish I was all of that ", balayé en outre par un mellotron, à la ballade atmosphérique " Million lights " ou encore à " Silent reproach ", trois titres presque prog rock, réminiscents du Genesis de l'Archange Gabriel et surtout des débuts du Barclay James Harvest. Faut dire que la voix de ténor de Jasper Steverlink, dont les inflexions sont capables de passer d'un Freddie Mercury à un Jeff Buckley, colle bien à ce style musical. Ce qui n'est pas le cas pour " Everlasting change ", un fragment au tempo new wave et aux envolées instrumentales puisées chez le Sound. On peut même dire que sous cette forme, son timbre coince. Deuxième constatation, la formation gantoise a misé sur l'éclectisme. Et elle le démontre à travers le single hymnique et luxuriant " You are ", le 'zeppelinesque' " Move your head ", l'aride ( ?!?!?), presque funk blanc " All I did (was get close to you), un " Winter time " dont l'intensité progressive s'achève dans un flux d'électricité torturée, et les ballades. Bringuebalante pour " The body of you " et noisy chez " I wonder how come ".

Archive

You all look the same to me

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Depuis le départ du rappeur Rosko et de la vocaliste Roya Arab, le line-up d'Archive a été réduit à un trio. Il est ainsi aujourd'hui composé des membres fondateurs Darius Keeler et Danny Griffiths, ainsi que d'un nouveau chanteur. En l'occurrence l'ex Power Of Dreams, Craig Walker. Pour enregistrer son troisième opus, le groupe s'est quand même entouré d'une bonne dizaine de collaborateurs, dont trois guitaristes, une violoncelliste/violoniste, un claviériste, deux drummers, un bassiste, un trompettiste et deux harmonicistes. Ce qui peut vous donner une petite idée de la richesse instrumentale des compositions. Et de fait, dès le premier titre, " Again ", on est plongé au cœur même d'une atmosphère planante, pulsante, fruit de la rencontre entre la britpop, le trip hop et le psychédélisme cosmique. En termes plus concrets, un fragment de plus de seize minutes qui célèbre une rencontre hypothétique entre le Radiohead de " Bends ", le Floyd circa " Meddle " et le Massive Attack de " Blue Lines ". L'influence de Radiohead est également très présente sur le deuxième morceau majeur de l'opus : " Fiding it so hard " (15'33). Mais celui de " Kid A " et d'" Amnesiac ". Et pas seulement à cause de la boîte à rythmes métronomique. Pourtant, progressivement ( !?!?), les nappes de claviers nous entraînent successivement dans la new wave d'Ultravox (" Vienna " ?), le space rock électro de Tangerine Dream et le krautrock hypnotique de Can. De krautrock, il en est d'ailleurs toujours question sur l'obsessionnel et sauvagement électrique " Numb " ; alors que les lancinants " Fool " et " Meon " laissent à nouveau transparaître leur héritage floydien. Nonobstant un ou deux fragments plus dispensables, cet opus est véritablement superbe. Mais vu que ce disque comptabilise plus de 66 minutes, il n'y a vraiment pas de quoi faire la fine bouche…

Appendix Out

A Warm and Yeasty Corner

Cet Ep réunit cinq covers dans la plus pure tradition du country-rock à la Will Oldham. A la voix, Alasdair Roberts, au piano, Lindsay Anderson du groupe L'Altra, aux manches Bill Lowman et Brad Gallagher de Bosco and Jorge. En 18 minutes, tout y passe : Palace, Saint Thomas, Songs : Ohia, Uncle Tupelo, Sparklehorse. Enregistré en un soir, les quatre amis s'amusent à reprendre du Magnetic Fields en traînant leurs cordes, vocales et autres. Pas folichon pour les soirées entre amis, mais parfait en cas de déprime.

Aphrodite (DJ)

Aftershock

Le deuxième album d'Aphrodite regorge d'hymnes drum'n'bass, de rengaines two-step implacables et de hip hop revendicateur. Pourtant, dieu sait si la drum'n'bass connaît une sérieuse perte de vitesse ces derniers temps, partagé entre le sur-place de ses meilleurs ambassadeurs (Bad Company, Millenium Krew,…) et le désintérêt croissant du public. C'est sans doute pour cela qu'Aphro a eu l'envie de placer la barre plus haute, n'hésitant pas à diversifier ses breakbeats pour rallier davantage de suffrages. De l'asian sound de " Calcutta " au ragga de " All Over Me " en passant par le downtempo de " Be With Me ", " Aftershock " joue la carte de la diversité, tout en évitant l'écueil du CD compile ou du tour de force un peu vain ("Regardez, je sais jouer tous les styles ! "). Toujours efficace, jamais ennuyeux (même si un peu trop long), cet album ravira les amateurs de drum'n'bass décomplexée. Pour les autres, c'est l'album de rattrapage idéal.

Antipop Consortium

Arrhythmia

Pareil disque devrait laisser des traces indélébiles dans le paysage aseptisé du hip hop. Avec ses beats assassins, ses samples rugueux, ses voix surhumaines, ses ambiances post-11 septembre, " Arrhythmia " se dégage nettement des productions habituelles, bien pâlichonnes à côté de ce feu d'artifice de rythmes et de technique. Dévastateur, intelligent, en avance de bien des coudées sur tous ses contemporains, cet album apparaît comme l'ultime antidote au rap à papa de P. Diddy. Pourtant, cela fait cinq ans (et deux albums) que ça dure : sans doute que le passage du groupe sur Warp, label-mère de tous les défricheurs d'aujourd'hui et de demain (Aphex Twin, Tortoise, Boards of Canada,…), leur a permis de se lâcher encore davantage… Dès le premier morceau, l'artillerie électro est lâchée, pour ne plus jamais nous quitter : en truffant ses raps de bleeps avant-gardistes (" Dead In Motion ", " Conspiracy Of Myth ",…) et de samples étonnants (les chœurs d'opéra et les barrissements sur " Mega ", les cigales et le scat sur " Silver Heat "), Antipop Consortium prouve que le hip-hop sait innover et expérimenter, empruntant aussi bien à l'électro la plus pointue qu'à la musique concrète. Véritable électro-chocs d'influences hétéroclites, de sons triturés et de lyrics à double sens, cet " Arrhythmia " rejoint au rang des chefs-d'œuvre de l'avant-hop (ce hip hop brut et novateur, totalement marginal et résolument underground) les albums de cLOUDDEAD, EL-P et Cannibal Ox. Indispensable !

Gene Allison & Roscoe Shelton

You can make it if you try

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Dans le passé, le label hollandais Black Magic nous a souvent plongés au sein de l'univers du blues de Nashville, la capitale du Tennessee. Earl Gaines, Al Garner, Johnny Jones, Freddie Waters et James Nixon ont ainsi et notamment pu bénéficier d'une attention toute particulière. Roscoe Shelton et Gene Allison on joué ensemble chez les Skylarks, et commis leur premier disque au sein de cette formation gospel.

Roscoe était né à Lynchburg, dans le Tennessee. En 1931. A l'origine, il reconnaissait pour influences majeures Amos Milburn et Ivory Joe Hunter. En 1958, il change de style et devient chanteur de R&B. A l'instar de son ami d'alors, Sam Cooke. Dans la foulée, il enregistre pour Excello. Début des 60s, il travaille pour différents labels. "Strain on my heart" obtient un succès national en 63. Fin des années 60, il signe chez un petit label qui appartient à Ted Jarrett (Ref-O-Ree).

Les neuf premières plages de cet album qui lui sont consacrées procèdent essentiellement de cette période. Du R&B d'excellente facture qui tombe au beau milieu d'une époque où Stax dominait le monde depuis la ville voisine de Memphis. Toutes les compositions sont signées Ted Jarrett. Elles mettent bien en évidence la voix chantante et forte de Roscoe, appuyée par des chœurs féminins. Enregistrées entre 1968 et 73, "I can't love nobody but you" et "Realty" sont à souligner. Elles bénéficient du concours des guitaristes Johnny Jones et Mac Gayden. Paru chez T-Jay, à la fin des 70s "It's almost sundown" est un superbe blues. Roscoe est réapparu au cours des années 90, en commettant plusieurs albums chez Appaloosa, Black Top et Cannonball. Il nous a malheureusement quittés voici quelques mois à peine.

Gene Allison est né en 1934, à Nashville. Après avoir transité chez les Skylarks, il a aussi enregistré pour le producteur Ted Jarrett. Tout comme Larry Birdsong, par ailleurs, et à la même époque. Son "You can make it if you try", qui figure sur cet elpee, emportera un énorme succès en 1957, atteignant la 3ème place des charts R&B. Ce titre obtiendra une consécration mondiale, quelques années plus tard, à travers l'adaptation réalisées par les Rolling Stones. Gene chante aussi le blues "It's almost sundown", en s'appuyant sur la même orchestration. Deux reprises différentes lui sont consacrées. Si on pouvait m'expliquer ! J'aime beaucoup le très électrique "How long's the train been gone", un fragment mené à la manière d'un Rod Stewart devant ses Faces. Allison chante encore "Having a party", de Sam Cooke, à la manière de… Sam Cooke.

Les dernières plages sont consacrées à des enregistrements antérieurs, qui remontent à 1956. En particulier celui du Jimmy Black Orchestra, commis à l'époque sur Calvert et Champion. Entre autres, le bluesy "You're gonna be sorry", le rythmé "Now we're together" et le swinguant "If things don't change".

 

Dot Allison

We Are Science

Elle chante (en toute logique) sur le prochain Massive Attack, elle a flirté avec Richard Fearless de Death In Vegas, elle est la protégée d'Andy Weatherall (rappelez-vous Dose One), son album est produit par l'autre Two Lone Swordsmen Keith Tenniswood et par Dave Fridmann de Mercury Rev… En plus elle est jolie, tout comme sa voix, vraiment charmante. Quel est son nom ? Dot Allison. Au rayon des influences : la techno de Detroit, l'electro de Miss Kittin, le disco-punk de Blondie, la cold-wave de This Mortal Coil et le folk-rock de Beth Orton. Question brassage des genres, l'Ecossaise est donc balaise ; et cet album en est la preuve. " We're Only Science ", proclame-t-elle en ouverture sur un beat à la Moroder : pourtant, loin de nous l'idée de comparer la musique d'Allison à des formules mathématiques dénuées de toute humanité. Ici, les sentiments surgissent à fleur de peau, au détour de chaque nappe de synthèse, de chaque bpm programmé, comme chez Gus Gus ou Goldfrapp. Parfaite à la fois comme chill out de fin de soirée et comme mise en jambe pour le dance-floor, l'electro vaporeuse de Dot Allison ravira tous les amateurs d'ambiances millénaristes. Une sacrée découverte !

Jon Amor

Even after that

Écrit par

Après avoir commis un premier elpee éponyme, cette formation nous revient avec " Even after that ". Jon Amor en est toujours le leader. Un chanteur/guitariste qui a sévi, autrefois, chez les célèbres Hoax. Jon est entouré de Wayne Proctor aux drums et aux percussions ainsi que de Matt Beable à la basse. Il a également reçu le concours de Stephen Evans ; un invité qui se réserve les claviers, mais partage également la production avec Jon. Ce dernier a signé toutes les chansons de cet opus.

L'album s'ouvre par le puissant "Superhero". Un titre explosif, archétype des trios rock'n'roll du passé et du présent. Tout est parfaitement en place. Très solide, la section rythmique supporte tout le poids accumulé sur le devant de la scène. Le jeu de guitare s'inspire très fort très fort de Jeff Beck. Il tire parti de tous les artifices ; une technique qui fait mouche à chaque fois. A l'instar de "Roughride". Remplissant tous les espaces, grâce aux vertus du re-recording. Et prend place également au centre du foyer rythmique. Très dense, cette flamme est gorgée de petits motifs extrêmement riches. Dans le genre, ce "Roughride" est une petite perle. La montée en puissance ne s'arrête pas en si bon chemin et culmine sur "Can't stand up". Une plage dont le tempo plutôt paresseux baigne au sein d'un climat assez dramatique, nonobstant la rythmique de nouveau percutante. Lorsqu'en fin de parcours Jon reprend le refrain, imité en chœur par ses acolytes, la guitare emporte tout sur son passage. Impressionnant ! Une guitare très réverb introduit "Lowdown". Un riff puissant embraie assez rapidement, avant que les quatre cordes graves de la basse ne talonnent à l'unisson celles qui en comptent six. Dévastateur ! Un accès de folie qui vaut celui de tous les trios rock de cette terre. "Body freezing" développe une mélodie aux arrangements accrocheurs. La construction du titre maître procède d'une recette imaginée par les Beatles sur leur hit "Come together". Un exercice de style très réussi, délicatement bluesy, empreint d'une touche de modernisme, qui multiplie les clins d'œil au quartet mythique de Liverpool. Et le doute n'est même pas permis ! Cette référence aux Beatles revient régulièrement à la surface. A l'instar du plus complexe "Bring my baby back". La puissante assise rythmique d'Amor élargit constamment l'horizon sonore. A cause des climats funky qu'elle libère. Et il faut féliciter la production qui est parvenue à mettre en exergue ces vertus. Ce mariage du funk, du rock et de la pop atteint même des moments particulièrement intenses, à l'instar d'"Any day now" ; ou complètement ravageurs (NDR : "No problems" en est le plus bel exemple). Nous sommes ici assez loin du blues, il faut le reconnaître, mais cet opus bien ficelé libère énormément de groove. Une formation à suivre, dont le line up vient de s'adjoindre un second guitariste, qui répond au nom de Mark Evans…

 

AM60

Always Music Sixty

En vacances des Fun Lovin' Criminals, l'occasion était trop belle pour Mackie (le batteur à la coule) de fonder un p'tit groupe avec quelques potes, de quoi passer l'été " tranquilleee ! ! ! " sous le soleil de la Grosse Pomme. Sans crier gare, le voilà donc qu'il déboule avec Chris Root (Black Beans) et Leon de Bretagne en pleine fournaise estivale, prêt à nous rafraîchir avec sa pop candide vraiment au poil. " Always Music Sixty ", le titre de l'album, donne le ton : c'est du côté des Beach Boys qu'il faut tendre l'oreille, ces rois de la plage dont la musique rythme toujours nos escapades vers le sud, là où il fait chaud. Car la pop d'AM60 sent bon le sable brûlant, et ses harmonies vocales rappellent bien celles des frères Wilson, le bide en moins. Chez AM60, pas question donc de se prendre la tête : on est là pour passer un bon moment, avec quelques chansons bien sympas et beaucoup de fantaisie. Pas la peine d'ailleurs d'expliquer tous les titres en détail : ils sont tous " cool, juicy and catchy ", un peu dans la lignée des perles fines de Papas Fritas et de Fountains of Wayne. Quel truc de ‘ouf’, ces AM60… Le meilleur de tous les après-soleils !

 

Alpha Jet

Luxe Out

Écrit par

Une voix d'hôtesse de l'air nous invite à voyager en compagnie de ce jeune équipage français. Un voyage agréable, aux tempos bien enlevés. Le son compact d'un trio soudé séduit toujours. Bénéficiant du concours de Daniel Presley à la production (NDR : il a notamment travaillé pour les Breeders et Faith No More), Alpha Jet atteint rapidement sa vitesse de croisière. Mais il ne franchit pas le mur du son. Rien à redire à la compagnie aérienne, le service est nickel. Mais quelques turbulences pendant le vol secoueraient le voyageur, lui apporteraient quelques surprises au cours de cette escapade trop conventionnelle, dans le registre power-pop (NDR : ils citent les Dandy Warhols et les Undertones pour références majeures). C'est d'autant plus vrai qu'Alpha Jet adopte en quelque sorte l'idée du " concept album ", à travers ces multiples références aux voyages aériens, intersidéraux, ou tout simplement auto-routiers. En soi, c'est plutôt sympa ; mais en l'occurrence, cela accentue le caractère répétitif de l'album. Que ces réticences ne nous fassent pas oublier l'essentiel : Alpha Jet a fait un décollage très prometteur. Au fil des vols, l'équipage gagnera certainement à avoir l'audace de s'éloigner de temps à autre des lignes trop bien tracées.

Aloha Spirit

Aloha Spirit

‘Aloha’ : bienvenue en hawaïen. Sortez les colliers à fleurs et les planches de surf, voici un groupe de skate-pop français fan d'" Alerte à Malibu ", de Blink 182 et d'Everclear, rêvant des plages de Californie, de ses belles grosses vagues et de ses blondes siliconées. En direct de Carcassonne, Aloha Spirit nous refait donc le plan du groupe de punk-rock sympa et frimeur, le sable entre les orteils et les lunettes Oakley sur le front pelé par le sel de mer. Sauf que Carcassonne, c'est pas San Francisco : on y mange avant tout du saucisson. Les franchouillards d'Aloha Spirit s'improvisent dès lors comme ils peuvent en groupe de maîtres nageurs punks sous influence américaine, à défaut d'autre chose. Et pour bien marquer leur appartenance au terroir, les trois gaillards (ex-Hot Wax) chantent en français, des histoires de vagues, de filles et d'aliens - forcément. Parfois, l'anglais pointe son nez, l'accent du Sud de la France en supplément : c'est touchant, rarement pertinent. La nuit, ces gars-là rêvent sans doute de Pamela Anderson. Pas de bol : elle se fait Kid Rock. C'est qu'le gros rap heavy metal de Floride, ça paie cash, au moins.

Luther Allison

Hand me down my moonshine

Écrit par

Luther est assurément le plus grand bluesman de ces dix dernières années. Pourtant, il y a presque cinq années qu'il nous a quittés. Le 12 août 1997, très exactement. A Madison, dans le Wisconsin. Atteint d'un cancer, il allait seulement fêter ses 57 ans. S'il vivait en France depuis le début des années 80, il était enfin reconnu chez lui. Aux USA, et à Chicago en particulier. Mais cruellement, au cours des dernières années de son existence. Album acoustique, unplugged pour être dans l'air du temps, "Hand me down my moonshine" a été immortalisé à Los Angeles. Un disque intimiste qui semble avoir été enregistré dans son living room. Il était paru en 1992, sur le label allemand In-Akustik. Luther chante et joue de la guitare acoustique. Sur la plupart des compositions, il est accompagné par le remarquable bassiste Zox. Il est à la fois passionnant et fort intéressant de voir Luther opérer dans un registre aussi inhabituel. Car Allison est réputé pour son blues très électrique, puissamment amplifié, parfois même jusqu'à la saturation.

Si l'album manifeste une certaine homogénéité, je voudrais surtout mettre en exergue plusieurs plages qui sont réellement superbes. Très longue, "Lithning bolt" est ma préférée. Elle se tourne, sans surprise, vers Houston, au Texas, pour nous faire revivre toute la sensibilité du remarquable Sam "Lightnin" Hopkins. "Stay with me" est un autre blues lent, très prenant. Allison se laisse aller sur les cordes. Une approche magique qui frise la perfection. Elle devient même très personnelle et sensible sur "Don't burn my bread". Sa voix monte d'un cran. Il tire ses cordes acoustiques avec la puissance de ses apparitions électriques. Un grand moment en vérité ! "You're the one" épouse le même principe. Il crie sa colère, étale sa misère, pendant que Patrick Verbeke s'acquitte avec bonheur de la partie de steel guitar. La plage titulaire s'étale sur plus de 9'. Un espèce de raga très atmosphérique. L'album s'achève par une plage enregistrée à Paris, au cours de laquelle la famille Allison est réunie pour le bonheur des oreilles. Armé d'une slide acoustique Bernard Allison répond au chant de son père, tandis que Thierry Menesclou souffle dans l'harmonica. Merci de nous avoir fait à nouveau goûter le talent de cet extraordinaire bluesman…

 

Luther Allison

Pay it forward

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Luther Allison a dû attendre les dernières années de sa vie pour devenir le numéro un du blues sur le terrain. Une heure de gloire patiemment attendue, mais qu'il n'a pu goûter que trop modestement! So, Luther is back in town again. Par la grâce de Thomas Ruf qui est parvenu à rassembler des témoignages qui nous feront tous chaud au cœur et à l'âme.

En ouverture, "I wanna be with you" manifeste une touche reggae. Soulignée de chœurs féminins, cette ballade soul blue date des sessions de l'album "Blue streak". C'est à dire en 1995. Elle avait été enregistrée en compagnie du Memphis Band de James Solberg, Ernest Williams, Dave Smith et Steve Potts. Deux mois à peine après la disparition de Luther, Solberg avait écrit "Still called the blues" à la mémoire de Luther, un fragment que ce fidèle guitariste avait pris le soin d'insérer sur son album "The hand you're dealt". Luther a toujours été un grand fan d'Otis Redding. A un tel point que parfois, on a l'impression que leurs voix se ressemblent. En 1985, lors de l'édition du festival jazz de Montreux, Mr Allison adapte avec talent sa version du hit posthume d'Otis Redding, "Dock of the bay", épaulé par la Muscle Shoals Rhythm Section (Barry Beckett, Jimmy Johnson, David Hood et Roger Hawkins). Ballade très lente, "Just as I am" est partagée en duo avec la chanteuse Marla Glen, une vocaliste qui avait participé à la version européenne de l'album "Reckless", parue en 1996. Inédit bouleversant, "Nobody but you" épingle un duo acoustique enregistré pour Europe 1, lors du nouvel an 94. Luther et le Français Patrick Verbeke chantent et grattent avec une réelle complicité. "Perfume and Grime" est un long échange musical entre deux princes des six cordes : Otis Grand introduit la plage en acoustique, avant de laisser Luther donner une leçon de Chicago West Side blues, puis reprend son souffle pour apporter une brillante conclusion à cet instrumental de haut vol. Cette plage, qui date de 1996, correspondait au titre maître d'un opus d'Otis Grand. "Cherry red wine" constitue le blues de Luther que je préfère. 'Song of the year' des Handy Awards de 96, la version originale fut, faute de temps, privée de section de cuivres. Thomas Ruf l'a donc adaptée en conséquence, en compagnie des Jay Horns, considérés comme les Memphis Horns of Holland. Cette version est un bonheur ; mais c'est toujours la présence de cette voix extraordinaire qui galvanise la chanson. Titre funky, "Idols in mind" relevait d'un album de Bernard Allison paru en 92 et intitulé "Hang on". Père et fils s'y partageaient le chant et les guitares. Allison, le sourire aux lèvres, se faisait des amis partout. Il avait ainsi participé au Jazz & Blues Festival de Stockholm, en 1991. Il y avait joué flanqué du groupe de Kenn Lending, le 1er bluesman danois. Une longue version du classique "Hoochie Coochie man" témoigne de cette rencontre. "Slipping away" immortalise une collaboration entre Luther et la chanteuse noire Joanna Connor. Cette chanson lente et délicate, caractérisée par une très belle mélodie, était parue sur l'album de Miss Connor, "Rock'n'roll gypsy". "Love is free" est une autre superbe ballade lente. Une prise 'live' opérée à Berlin en 1991, en compagnie de la formation française de Luther. La voix est absolument remarquable et la manière de chanter extraordinaire. Près de 6' susceptibles de vous arracher les larmes des yeux ! Bonus track, "I know" bénéficie du concours du duo acoustique Friend 'n' Fellow, autrement dit Constance Friend au chant et Thomas Fellow à la guitare. Un morceau exécuté en 1996. Un album admirable !