La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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Miossec simplifie…

Miossec, le poète du Finistère, reprend la route avec "Simplifier", un album vibrant de sincérité et d’émotions brutes. Entre coups de cœur, coups de gueule et coups de blues, il continue de chanter la vie comme personne, avec cet amour immuable pour sa…

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Ric Ocasek

Troublizing

Pour enregistrer son cinquième album solo, l’ex-chanteur/guitariste du mythique et défunt Cars s’est entouré de quelques musiciens particulièrement huppés. Greg Hawkes aux claviers tout d’abord. Ancien comparse chez les Automobiles. Melissa Auf Der Maur, bassiste de Hole. Ira Elliot, drummer de Nada Surf et Brian Baker, guitariste de Bad Religion. Sans oublier Billy Corgan. Le leader de Smashing Pumpkins. Pour cinq titres seulement. A la guitare, aux backing vocaux et également à la production. De ces cinq fragments, bien entendu. Dans ces conditions, vous vous doutez bien qu’il y a beaucoup d’électricité dans l’air (!) Mais une électricité dominée par un sens mélodique contagieux et dispensée sur un tempo très carré, très soigné. Comme à la belle époque des Cars. Les aficionados du légendaire groupe du Massachussetts savent de quoi il en retourne. Pour les autres, ils risquent peut-être de passer à côté d’un des meilleurs albums de l’année 1997.
 

 

Radiohead

OK Computer

Véritable chef-d'œuvre, " OK Computer " figure parmi les perles de l'année 97, tant la qualité musicale et l'innovation y sont optimales. Radiohead y distille, durant un peu moins d'une heure, un pop/rock saturé d'électricité vivifiante, exaltante, constamment au bord de l'explosion. Un flux électrique de la même trempe qu' " Exit music (for a film) ", extrait de la bande sonore cinématographique " Romeo & Juliet " et " Paranoid android ", Cd single qui a énormément tourné à la radio et à la télévision. Un flux électrique au sein duquel fragilité, sensibilité, mélancolie et agressivité se mêlent et se déchirent avec une passion paroxystique... Eblouissant!

 

Helmet

La face intelligente du heavy metal

Écrit par

Helmet incarnerait la face ‘intelligente’ du heavy-metal. Celle qui véhicule l'énergie généreuse, les riffs meurtriers, les rythmiques emballées, et qui s'est débarrassée des clichés éculés, des poncifs empoussiérés ou des poses débiles.

C'est sans doute vrai, même s’il faut également relativiser l’importance de cette réflexion. D’une part, Helmet n’a certainement pas été le seul à concevoir intelligemment le heavy-rock depuis que ce style existe. D'autre part, il a évolué, progressé  et s’est adapté grâce à l'influence d'autres courants musicaux, à l'immersion dans d'autres contextes et à l'éclosion d'autres groupes. Helmet a participé au mouvement. C'est un de ses mérites ; et il doit être souligné.

Bombardier

A toutes fins utiles, précisons quand même que dans ce genre de sport, Helmet n’est pas un prototype unique. Néanmoins, il faut reconnaitre l'importance et la qualité des œuvres de ce quatuor bombardier réduit pour la circonstance à un trio : des albums comme ‘Meantime’ ou surtout l'indispensable ‘Betty’ (NDR : publié en 95, c’est un must absolu), ont démontré de maîtresse manière l'importance de la bande à Page Hamilton.

‘Aftertaste’, le disque flambant neuf ne fait que renforcer l'impression positive laissée par ces types qui –attitude clairement en relation avec le début de cet article– ne paient pas de mine, mais bien de leur personne.

‘Aftertaste’ pète des flammes. Il déborde de générosité, combinant idéalement agressivité et créativité. Le cd est bon, excellent même, d'un bout à l'autre. Il est dépourvu du moindre temps mort, de la moindre faiblesse. Expédié avec une vigueur impressionnante. Page Hamilton, le leader entérine : « Nous avons privilégié une approche plus directe encore du travail d'écriture. Pour ‘Aftertaste’, nous avons voulu plus de concision, de netteté, mais également de fermeté. En comparaison, ‘Betty’ était sans doute un tantinet plus dissipé qu’‘Aftertaste’. Lequel nous a permis de resserrer les rangs au maximum afin de recueillir le meilleur de notre musique, quitte à laisser un membre en chemin. »

Par rapport aux elpees précédents, il fallu davantage de temps pour concocter ‘Aftertaste’. La simplicité est-elle inversement proportionnelle au temps qu’il faut pour élaborer un disque ? Réaction : « Non, rien à voir. Enfin, pas vraiment. En fait, nous l’avons mixé deux fois. Le second mix s'explique parce que la première version ne nous satisfaisait pas du tout, au bout du compte. On voulait vraiment sortir du tout bon, et gommer les quelques imperfections commises sur ‘Betty’. Bon, il ne faut pas toujours chercher à comparer ce qui ne doit pas nécessairement l'être, mais nous voulions impérativement que ce nouvel essai soit plus fort. Nous sentions que le potentiel était présent, que la matière était bonne. Aucune raison, dès lors, de se faire coincer par un mix imparfait ».

Courbe De Vente

La  notoriété d’Helmet est en progression constante. Cette situation a-t-elle poussé le groupe à devenir plus exigeant vis-à-vis de lui-même ? Page admet : « Sans doute d'une certaine manière. Nous ne sommes pas du genre à surveiller sans cesse la courbe de nos ventes –faut pas rigoler– mais il faut être honnête, et oser avouer que quand tes disques se vendent de mieux en mieux, tu as envie de tout faire pour que cette progression continue! Cette situation démontre que de plus en plus de gens écoutent ta musique et l'apprécient. Mais pour y arriver, nous n'avons pas accepté de compromission fondamentale, attention! Notre volonté de faire mieux constitue juste un élément de motivation supplémentaire qui nous pousse à être très rigoureux. ‘Aftertaste’ en a bénéficié, même si je pense que l'album était bon dès le départ... »

Dave Sardy, le furieux guitariste de Barkmarket a produit l'album. Les membres d’Helmet n’ont jamais caché être des fans de Barkmarket. Mais est-ce l’unique raison pour laquelle ils l’ont choisi ? Hamilton se défend : « Pas la seule, non. C'était un paramètre déterminant, c’est clair, mais il y a aussi le reste et notamment le fait que nous nous sentons sur la même longueur d'ondes. Nous savons qui nous sommes et ce que nous voulons faire... Et là, nous étions sûrs que bosser en compagnie de Dave ne poserait aucun problème, dans la mesure où il nous respecterait certainement pour ce que nous sommes. Ce qui est très important à la base. Nous étions à la recherche d'un son, pas d'une identité... Je pense que Helmet est un groupe immédiatement reconnaissable, c'est la preuve qu'il a une identité très forte. La priorité était donc d'optimiser notre son. »

Mais qu’est ce qui pousse Page à composer ? « A la fois tout et rien. Il me vient des trucs en tête... En fait, je prends beaucoup de plaisir à écrire des chansons ! Surtout quand je les trouve bonnes... Ce qui me motive à en créer d'autres. Mais il peut arriver que je me sente galvanisé, parfois, par la qualité de chansons écrites par quelqu'un d’autre. Il se produit alors une émulation. Ainsi, après avoir écouté de bonnes chansons écrites par un autre, je me suis déjà senti pousser des ailes dans le dos pour faire aussi bien ! »

Article paru dans le n°53 du magazine Mofo de mai 97

 

Elysian Fields

Fuck rock'n’roll !

Coiffée d’un chapeau de fourrure, la fille est jolie. Elle est troublante et sulfureuse, la chanteuse d'Elysian Fields. Les musiciens du groupe new-yorkais ne se sont pas rencontrés aux Champs-élysées mais à la célèbre Knitting Factory, un club où l'avant-garde côtoie le jazz, l'expérimental et le rock. C'est aussi un peu ce que « Bleed your cedar » laisse transparaître, un remarquable premier album, sensuel et libertin, sorte de réponse coquine à la mollesse psychédélique de Mazzy Star. Interview en deux parties : la première en compagnie de la lascive Jennifer Charles, chanteuse et figure de proue ; la seconde avec Oren Bloedow, guitariste et figure de l'ombre....

On vous dit influencée par le jazz, c'est vrai ?

Jennifer : J'aime beaucoup Archie Shepp, John Coltrane, Charlie Mingus, Miles Davis, Charlie Parker... J'ai en quelque sorte grandi avec eux. Mes parents avaient beaucoup vinyles de jazz. Mon frère était animateur d'une émission du style à la radio. J'ai été baignée dans cette atmosphère. J'ai écouté les disques qui étaient à ma portée dans les collections familiales.

Vu ce background très jazz, comment expliques-tu qu'Elysian Fields soit un groupe de rock?

J. : C’est que je ne me suis jamais cantonné au jazz. J'ai toujours cherché à découvrir plein de choses. J'ai aussi écouté du pop/rock comme les Beatles, Nick Cave ainsi que de Captain Beefheart. Et puis le blues de Muddy Waters, John Lee Hooker ou Little Walter Jacobs. Même la musique classique de Messiaen me séduit.

L’influence du blues, on la ressent surtout dans les paroles, non?

J. : J'ignore comment ce qu'on a pu écouter se retrouve dans notre musique. C’est un grand mystère. Mais peu ou prou, c’est quand même un constat. C’est un peu comme quand on me demande : ‘Tiens, pourquoi es-tu ainsi ?’. Et je réponds : ‘J'ai grandi dans cette partie du monde. A 6 ans, je suis allé là-bas. Mes parents étaient ainsi... » Mais en fait, je ne sais pas comment tout ce que j'explique se manifeste dans ma personnalité. Les éléments s'entrechoquent, mais où est l'influence ? Difficile à dire…

Ce que je voulais dire, c’est que les paroles de vos chansons regorgent de sous-entendus, de références au sexe, à la sexualité, comme dans le blues.

J. : J'ai peut-être un rapport avec la tradition blues, une ouverture à la sexualité, à l'émotion pure, effectivement... La sexualité est un terrain en friche et il est intéressant pour pas mal de monde. C’est aussi un sujet de conversation dynamique. Disons que pour éviter l'hypocrisie, j'aime beaucoup aborder le sexe en chanson ; c'est un terrain où je m'exprime convenablement. Et puis, briser un tabou, c'est amusant. Mais, j'ai d'autres sujets de préoccupations : la solitude, l'isolement, le désespoir, l'abandon, la libération, l'exploration, l'égoïsme, le rêve, les planètes, le cosmos aussi...  

Votre enfance a-t-elle été facile?

J. : Pas conventionnelle, en tout cas. J'ai été élevée par ma mère. Quand mes parents ont divorcé, j'étais encore très jeune. Après une autre femme a vécu à la maison, un peu comme si j'avais deux mamans. On disposait chacun de nos espaces à la maison, mais une partie de l’appartement était sous-louée à des locataires. Résultat : il y avait toujours du monde à la maison. On vivait dans une sorte de communauté. Pour une enfant, c'est une expérience enrichissante de pouvoir fréquenter des adultes, hors cellule familiale ou presque.

Une tribu plutôt qu’un groupe

Votre disque marche beaucoup mieux en Europe –et particulièrement en France– que chez vous aux States. Vous vous expliquez ce phénomène ?

Oren : A mon avis, c'est parce que les sensibilités sont différentes entre l'Europe et les Etats-Unis.

Une question de culture?

O. : Difficile à dire. Ma connaissance de la culture européenne est insuffisante ; surtout celle de la France dont je ne connais pas la langue. Mais en une semaine, on y a vendu autant qu'aux Etats-Unis, depuis la sortie du disque. Sans que notre musique parle plus aux Français?

Sur le Vieux Continent, les cinéastes notamment craignent une américanisation de la culture…

O. : Leur crainte est légitime. Si j’avais les moyens de m’opposer à l'américanisation aux Etats-Unis, je le ferais... Mais finalement, ce n'est que le retour de bâton de l'européanisation de l'Amérique, non ? Les pionniers blancs qui sont arrivés là-bas ont créé l'ultime société européenne! Maintenant il y a l'effet boomerang... De toute façon, nos racines sont européennes. Ma famille vit en Amérique depuis moins d'un siècle. Elle y est arrivée dans les années 20/30, de Vienne, d'Ukraine et de Prusse. Il y a ainsi dans ma famille une tradition de pensée engagée politiquement et culturellement. Ce qui influence inévitablement ma façon de vivre et de voir le monde.

Considérez-vous Elysian Fields comme un groupe intello ?

O. : On ne peut nier que notre travail fasse appel à l’intellect, mais ça veut dire quoi ‘intello’? Il serait impossible de sortir un disque sans avoir recours à des composantes intellectuelles. Ce n'est pas honteux.

Disons que le terme est péjoratif, surtout dans le rock'n'roll...

O. : Alors: ‘Fuck rock'n’roll !’ On ne pourrait pas être des rockers parce qu'on réfléchit ? Belle blague! On ne va pas prétendre qu’on a jamais lu un bouquin, vu un film d’auteur ou écouté Messiaen. Ce serait mentir. Il n'y a donc aucune raison de l’occulter. Le rock direct, sans background intellectuel, c'est un mythe perpétré par la bourgeoisie snob. Perso, je pense  qu’il est fondamental d'avoir le plus de culture possible et d'être le plus intello possible. Et l’humanité a besoin d'intellectualisme.

L’image de Jennifer dans le groupe semble envahissante. C’est elle seule qui est sur la pochette, sur les photos du groupe. Y a-t-il un confort à rester, comme vous, dans l'ombre?

O. : Jennifer a signé le contrat avec la maison de disques. Ne pas la monter épingle n’aurait eu aucun sens pour le directeur du label. Quand il l’a vue, il a pensé –et c’est aussi mon avis– que Jennifer était une jeune femme incroyable et qu'elle avait l'étoffe d'une star. Il n'y a aucune ambiguïté, elle est notre image, point à ligne.

Je vou1ais simplement dire qu’objectivement, vous êtes plus qu'un simple guitariste, vous composez et…

O. : Ecoute mec, si tu te baladais avec nous, je te jure que tu serais plus qu'un simple journaliste. On n’est pas du genre à rabaisser les autres, on a tendance à donner confiance à ceux qui gravitent dans le groupe et autour. Vivre aux côtés de Jennifer et n'être qu'un simple guitariste, ce n'est pas possible, tout simplement. On est plus une tribu qu'un groupe en quelque sorte...

Vous avez déjà écrit les chansons du prochain elpee?

O. : Oui et on en joue sur scène. On entre en studio cet été en espérant sortir l’album pour janvier 98. Tout est à peu près écrit, mais peut-être changera-t-on d'avis d'ici là et écrira-t-on de nouvelles compos…

(Article paru dans le n°53 du magazine Mofo de mai 1997)

 

Gong

Du bons sens au délire...

Écrit par

Délirant! Gong l’était franchement au début des années 70 ; surtout lorsqu’il était conduit par Daevid Allen. Remis en selle en 1996, ces hippies adeptes d’une imagerie humoristique (camembert électrique, théière volante) étaient peut-être aussi, pour leurs climats volontiers atmosphériques, de vrais précurseurs de la scène ambient.

Un mot d’histoire tout d’abord. C’est en 1969 que Daevid Allen lance Gong à Paris, où cet Australien s’est installé sur une péniche après une tournée de Soft Machine. C’est que les douaniers britanniques sont parfois tatillons pour les sans papiers… De son doux délire, Allen mène ensuite ce groupe du bout du nez ; puis le quitte en 1975, laissant le soin au violoniste Didier Malherbe de continuer. Le groupe survit ainsi jusqu’en 1979, sous la houlette du percussionniste Pierre Moerlen. Aujourd’hui, Gong vient donc de refaire surface. En réunissant l’essentiel de son noyau initial : Daevid Allen donc, mais aussi Didier Malherbe, Gilly Smith et Pip Pyle (NDLR : il est malheureusement décédé le 28 août 2006). Pyle puis Allen se succèdent à l’interview. Une question évidente d’abord. Pourquoi cette reformation ?

Pip : Au début des années 90, la télé britannique m’a demandé de remettre sur pied, le temps d’une émission, à la fois Gong et Hatfield and the North (NDR : Pip a aussi joué au sein de Caravan dont il ne parlera pas lors de cette conversation). Pour Gong, Didier, Gilly et Daevid ont répondu immédiatement. Puis, après l’émission, Daevid a lancé l’idée de refaire par exemple, une tournée de 2 à 3 semaines. En 1994, nous avons ainsi fêté à Londres le 25ème anniversaire du groupe. Un moment inoubliable… Après cet épisode, la demande s’amplifiant, on a pu tourner au Japon et aux Etats-Unis.

On établit parfois un lien entre les vieux disques de Gong et la scène ambient contemporaine. Aves-vous une explication ?

P. : Steffy, notre guitariste, est assez branché techno et trance. On touche donc un peu à ces styles. A Los Angeles, la presse nous a même qualifiés de ‘godfather’ de la trance, mais ça me laisse dubitatif… La technologie a quand même évolué. A ses débuts, Gong n’avait pas un seul ampli de 30 watts. Par après, nous avons acquis toute une panoplie de gadgets, mais sans jamais disposer d’un matériel aussi sophistiqué que la plupart des musiciens actuels.

Quelle est ta réaction lorsqu’un groupe comme Ozric Tentacles se réclame de Gong ?

P. : il existe beaucoup de jeunes formations soi-disant psychédéliques. J’ai vu Ozric Tentacles lors d’un festival, mais je n’y ai pas trouvé l’influence de Gong. Pas de prime abord, en tout cas. Gong a été un des premiers groupes à utiliser des synthés, des rythmes hypnotiques, des effets ‘glissandi’… les spécialistes s’accordent à dire que la trance et la rave ont puisé des éléments chez Gong.

Quelle est la part d’improvisation dans la musique de Gong, aujourd’hui ?

P. : les arrangements définis assez vaguement, permettent de développer des riffs répétitifs, hypnotiques, sur lesquels il est possible de broder, et donc d’improviser. Didier improvise d’ailleurs tout le temps. En fait, seul le bassiste respecte une ligne de conduite plus construite.

Didier est même assez proche du jazz moderne. Lorsqu’il a repris Gong à son compte, le style du groupe s’est fait plus jazzy, un peu comme Weather Report ou Chic Corea.

P. : c’est vrai, Didier est plus attiré par le jazz, mais il s’intéresse aussi à des trucs ethniques par exemple. Moi aussi, j’ai joué du jazz. Surtout du jazz d’ailleurs… Dans Gong, beaucoup de styles se côtoient. Les musiciens apportent leur propre coloration musicale : un peu de jazz, de rock, de trance, de hard… C’est à la fois la force et la faiblesse du groupe.

Steve Hillage, qui a joué avec Gong dans le temps, est aujourd’hui connu comme producteur. Pourquoi ne pas l’avoir rappelé ?

P. : il a pris une direction trop orientée vers la techno, la trance, etc. Je le considère comme un bon guitariste, mais j’avoue ne pas trop aimer ses bidouillages électroniques.
Daevid Allen : Steve Hillage ? Mais il fait de la merde aujourd’hui ! (Daevid frappe sur la table, puis s’assied dessus). Qu’on ne me parle plus de ce type !

Même pour son travail de producteur ?

D. : là, il est très bon. Mais comme guitariste, il est horrible ! Le pire qu’ait connu Gong. Seul Christian Vander (NDR : le drummer de Magma a un jour joué de la guitare pour Gong), était meilleur que moi…

Tu rentres parfois en Australie ?

D. : non, non ! Je ne peux plus y retourner. J’ai trop d’enfants là-bas. Sans blague…

Daevid, tu t’es fait très discret après la sortie de « Good morning », un album enregistré en 1976, en compagnie de l’ensemble espagnol Euterpe.

D. : après avoir publié ce disque, j’ai quitté Virgin. Je déteste ce label. Il a détruit ma carrière, parce que je n’entrais pas dans les plans de leurs combines. Un jour, à Londres, j’ai envahi les bureaux de Virgin pour protester contre leur acharnement à empêcher le public de se rendre à mes concerts… Par la suite, j’ai signé chez Charly Records. J’ai monté mon studio et commencé à répéter avec des guitaristes de flamenco. Ceux-ci m’ont permis de réaliser la fusion presque parfaite entre l’acoustique et l’électronique.

On a vu aussi cet album de New York Gong (« About time ») en 1980, enregistré, entre autres, avec Gary Windo, Fred Maher et Bill Laswell.

D. : oui, j’ai aussi enregistré, avec Chris Cutler et d’autres, l’album « Daevid Allen n’existe pas ». Un titre en français ! C’est plus ou moins à cette époque que j’ai arrêté de fumer, et exigé que plus personne ne fume pendant les séances d’enregistrement, pour que la musique soit la plus précise, la plus planante, la plus claire possible… J’ai toujours préféré la musique acoustique, plutôt femelle même, précise et sensuelle. Je n’aime pas le jazz rock. Tu sais la musique de mecs… (NDR : il pose en soliste de hard, puis entame la danse du scalp)

Vois-tu encore les anciens de Soft Machine : Robert Wyatt et Mike Ratledge ? Ou encore Kevin Ayers, avec lequel tu as tourné aux Etats-Unis, et qui, comme toi, vit aux Baléares.

D. : mais on ne se voit jamais (il réprime un rire franc). Sans doute Kevin ne sort-il que le matin. Et moi, je vis la nuit… Pour cette tournée aux Etats-Unis, quand il était sur scène, j’attendais mon tour dans les toilettes… On se croisait constamment. Sans jamais se voir.

Tes dessins délirants ornent une bonne partie des pochettes de ta discographie. Tu dessines toujours ?

D. :  tout le temps, mais c’est juste pour le fun. Lors des concerts, les fans me présentent souvent les pochettes pour que je les signe. Et je dessine, pardon, je barbouille dessus. Oui, je fais de l’artwork… (NDR : je lui soumets celle d’« Angels Egg »). Il la jette par terre et, dans l’hilarité générale, bondit et feint de la piétiner)

Interview parue dans le n° 52 (avril 97) du magazine Mofo.

 

Suzanne Vega

La Reine des Pommes

Écrit par

Menue, un peu boulotte, Suzanne nous reçoit aujourd’hui coiffée en chignon. Des cheveux abricot, une peau de pêche, des baies dans les yeux, un joli fruit défendu. Le serpent persifleur qui la rencontre lui sucerait bien la pomme. On doute qu'elle se laisse faire. La petite fille malheureuse s’est muée en petit bout de femme volontaire et épanouie. Entre une gamine prénommée Ruby et un mari, binoclard et producteur, qui a bouleversé sa musique et changé sa vie (ou le contraire ?), elle sait comment la vie croquer.

- La pochette de l’album, c'est un hommage à Magritte ou aux Beatles ?

Aucun des deux. Pour cette photo, j'avais dans l'idée d'utiliser des prunes, mes fruits favoris. Comme ce n'était pas la saison, je me suis rabattue sur les pommes... c'est ce qui explique le choix artistique. Lorsque j'ai vu les photos, elles m’ont rappelé l'objet de désir original qu'on retrouve dans la bible, la tentation d'Adam et Eve. Ce n'était pas prémédité.

- Pourquoi ce chiffre, 9 ?

Une coïncidence. C'est la somme des objets de désir répertoriés sur cet album.

- Vous avez déclaré que le dernier elpee à avoir pénétré votre univers est celui des Breeders. Pouvez-vous vous imaginer enregistrer un duo en compagnie de Kim Deal ?

Je peux imaginer que nous fassions quelque chose ensemble mais je ne sais pas si ce serait un duo. En fait, elle travaille un peu avec Mitchell (Froom, le mari producteur de Suzanne). Elle passe donc de temps à autre à la maison sans qu'on ne se soit jamais vraiment parlé. Ce que j'aime chez elle, c'est la façon dont elle joue de la guitare. ll me semble qu'elle a l'esprit d'équipe. Elle est disposée à jouer les seconds couteaux et ne sent pas obligée de se mettre tout le temps en avant. Elle sait, me semble-t-il, être un catalyseur, celle qui fait en sorte que des choses se passent.

- Vous voyez John Cale assez souvent ainsi qu’Elvis Costello lorsqu'il vient à New-York. Qu'ont en commun un Anglais, un Gallois et une New-Yorkaise, si ce n'est la langue ?

Spécialement en ce qui concerne Elvis Costello, qui a une façon très intelligente d'utiliser les mots, de jouer et de blaguer avec eux. C'est quelque chose qui m'attire chez lui. Ce qui me plaît chez John Cale, c'est le lyrisme de sa musique, la noirceur de ses textes et son toucher au piano, cette sensibilité classique qui m'est tout à fait étrangère.

- La situation d'une femme dans le monde de la musique a-t-elle changé ces dernières années ?

Je crois que ça va mieux. C'est difficile pour pas mal de femmes. Mais pas pour Alanis Morissette qui a vendu 13 millions d'albums rien qu'aux États-Unis. Aujourd'hui, si un problème surgit, c'est souvent à cause des paroles, parce qu'on n'a pas envie d'entendre ce à propos de quoi vous écrivez ou que ce que vous faites n'est pas assez bruyant. Mais ce sont là des problèmes universels qui ne sont pas spécifiques aux femmes.

PAS DE NOSTALGIE

- Pensez-vous qu'avoir vécu une enfance malheureuse permet de se sentir plus heureux une fois qu'on est adulte ?

(Elle rit) Oui Parce que vous n'avez rien à perdre. En ce qui me concerne, plus j'avance, plus je me sens heureuse, je n'ai jamais eu la nostalgie de mon enfance, jamais voulu être plus jeune ou même regretté ce que j'étais il y a 10 ans. Je ne passe pas mon temps à me souvenir mais plutôt à réfléchir au futur et au présent. J'ai des souvenirs, mais je ne souhaite pas retourner en arrière ou vivre dans le passé. Il n'existe personne au monde que j'envie. Je fais la musique qui me plaît aujourd’hui.

-  Vous vous décrivez comme une fille urbaine amoureuse de sa ville, New-York. Vous auriez aimé jouer dans les films de Paul Auster, comme ‘Smoke’ et ‘Blue in the Face’ ?

J'en ai entendu parler mais je ne les ai pas vus. Et je n'ai pas lu ses livres non plus. J'ai raté une grande partie des événements culturels spécialement depuis que Ruby est née. Je vois à peu près un filin par an ; pour l'instant, il y a deux ans, c'était ‘La Leçon de piano’, l'an passé ‘Fargo’. En 97 je n'ai encore rien vu.

- Pourquoi avez-vous besoin d’autant de temps pour écrire des chansons. Cinq albums en 11 ans, c'est peu...

Pour moi, c'est beaucoup. Cela fait à peu près un tous les deux ou trois ans. L’une de principales raisons du délai entre les deux derniers, c'est la naissance de ma fille Ruby. Se remettre de quelque chose d'aussi important prend du temps... L'autre problème, c’est qu'il m'est impossible d'écrire en tournée. A chaque sortie d'album, je pars en tournée pour une période moyenne d'un an, qui est perdue pour l'écriture. Et après une année passée sur la route, on rentre chez soi et on s'écroule de fatigue. Ce n'est qu'après quelques mois, qu'on se sent à nouveau en état d’écrire.

- Préférez-vous être une bonne mère plutôt qu'une artiste respectée ?

J’ai besoin d’être les deux, d’où la difficulté. Je suis à un âge où il est difficile de remplir très mal ces deux fonctions. C’est l’une de mes plus grandes angoisses. J'avais donc très peur, lorsque j’ai commencé à écrire les chansons du dernier disque. Je manquais de confiance en moi. Il faut savoir passer outre ce sentiment, finir son travail sans trop le juger, laisser le monde extérieur décider ce qu'il en pense. Espérons que Ruby me pardonnera quand elle sera plus grande de l’avoir entraîné dans une tournée mondiale. Lorsqu’elle sera plus âgée, elle se demandera comment sa mère a pu la laisser venir en Belgique (elle rit) ! A I’évidence, c’est encore et toujours une situation plus facile à gérer pour un homme que pour une femme. Avant cette naissance, j’étais convaincue que la situation des femmes était plus avancée qu’elle ne l'est en réalité.

LA MORT ET JACQUES BREL

- La chanson « Thin Man » paraphrase une chanson de Jacques Brel...

La chanson s'appelle « La mort ». Certaines de ses paroles sont ‘La mort m'attend comme une princesse/La mort est comme une jeune femme qui m'accompagne en mer’. Pour moi, cette ligne était très évocatrice, je la trouvais intéressante… J'y ai beaucoup réfléchi et me suis dit que dans mon cas la mort prenait l'apparence d'un homme, très maigre en costume noir. Pas un esprit. Mais un personnage malingre. Maigre parce qu'il ne pense pas à manger, trop préoccupé qu'il est par son travail.

- Comment se fait-il que vous connaissiez Brel ?

A l’unif, j'ai suivi des cours d'art dramatique. Et tout qui était intéressé par cette forme d'art connaissait Jacques Brel parce on a joué très longtemps à Broadway un spectacle célèbre ‘Jacques Brel is alive and well and living in Paris’ monté par Mort Shuman. Un music-hall très populaire surtout dans les années 60. A l'université, fin des 70s, tout le monde connaissait Jacques Brel et son œuvre à cause du succès de ce spectacle.

- Et tous ces gens savaient évidemment qu'il était belge et pas français...

Non, puisqu’ils sont américains... Personnellement, je le sais pour être déjà venue ici avant.

- Cela doit être affreux parfois de travailler avec la personne avec laquelle on est marié, non (elle sourit) ?

Pas aussi souvent que vous pourriez le croire. Dans sa majeure partie, notre relation se déroule sans encombre. Point de vue travail, tout est clair : on s'assied dans une pièce, je suis l'artiste, Mitchell est le producteur et travaille donc pour moi. C'est très confortable et ça n'a rien à voir avec la façon dont cela se déroule à la maison. Là, je ne suis plus aux commandes et cela devient donc plus compliqué. Heureusement la séparation entre les deux univers est très nette.

- Peut-on comparer les esquisses de vie dépeintes dans vos chansons aux peintures d’Edward Hopper ? Comme elles, vos textes sont réalistes, calmes et, au fond, désespérés…

Sans doute. Il y a dans ce que j'écris quelque chose de réfléchi et de fixe, du moins de pas très mouvementé. J'ai un code personnel dans la réflexion et il y a une forme graphique dans ce que j'écris. On imagine la silhouette précise d'une femme assise dans le coin d'un restaurant par exemple, au milieu d'une composition fixée clans un instant.

- L’harmonie est-elle la chose la plus difficile à exprimer lorsqu'on écrit des chansons ?

Oui, évidemment, C'est logique non ? Si vous vous sentez heureux, vous ne ressentez pas le besoin de définir les circonstances, de les décrire ou d'écrire à leur propos... La période pendant laquelle je me suis sentie la plus heureuse, c'est lorsque j'étais enceinte. J'étais radieuse : je me sentais utile, j'étais en bonne santé et en superforme ! Je n'ai pas écrit une ligne durant cette période Quand je suis inquiète, je commence à réfléchir au comment et au pourquoi de cette inquiétude, ce qui me conduit logiquement à l'écriture…

- Où trouve-t-on dans votre musique les influences qui vous ont imprégnées durant votre jeunesse. Je pense au jazz, à la bossa nova ou à Santana et à Motown ?

Sur le dernier album surtout. On peut entendre du Santana sur « Lolita », de la bossa nova sur « Caramel ». Le son Motown était sur « (if) You were in my movie » de « 99.9F » qui fait très groupes de filles des 60’s comme les Supremes...

- Pourquoi vous a-t-il fallu si longtemps pour les exprimer, ces influences ?

A cause de cette image de chanteuse folk grattant simplement sa guitare. Certains ne voyaient que ma guitare sèche et avaient décidé une fois pour toutes, que j'étais une chanteuse folk. C’est vrai, j'écris parfois des chansons qui vont dans ce sens-là, mais pas toujours... Mitchell, en entrant dans mon univers, y a entendu d'autres références notamment le r’n’b. Il s'est senti libre de les faire apparaître, sûrement parce qu'il n'était pas fan de ce que j'avais fait avant. D'ailleurs, il ne connaissait pas trop ma musique. Je ne l'intéressais pas en tant qu'artiste avant que je ne lui demande de devenir mon producteur.

LA VOIX DE LA LUXURE

- Vous avez travaillé en compagnie d’artistes comme Philip Glass, Joe Jackson et Arthur Baker, des gens au caractère fort. Vous vous entendez bien avec eux parce que vous partagez leur sentiment d'indépendance ?

Je ne sais pas si c'est parce que nous avons le même type de caractère. Je constate seulement qu’il m'est facile de travailler avec eux. Je viens d'ailleurs de collaborer en compagnie de Joe Jackson, il y a un mois à peine, pour une chanson douce basée sur les 7 péchés capitaux. Si vous voulez tout savoir, j'y interprète la voix de la luxure. Ça marche bien entre moi et ce type de personnage, parce que ces gens que vous citez sont des artistes à l'imagination fertile. J'ai découvert que je peux m'intégrer dans leur musique sans en changer la nature.

- Quelle est l’histoire de votre participation à ‘Dead Man Walking’ ?

Tim Robbins m'a envoyé un fax me demandant si je voulais bien visionner le film et éventuellement composer une chanson pour la B.O. L'idée même du film, de cette nonne qui entre en contact avec ce tueur patenté me semblait intéressante à traiter ; de même que le problème de la peine de mort. J'ai dévoré le livre de cette bonne sœur. D'ailleurs les paroles que je chante sur le morceau composé sont pratiquement toutes tirées des pages du livre.

Article paru dans le n° 51 du magazine MOFO, en mars 97.

 

Cake

Cake entartre la radio...

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Bien que fondé en 1991, Cake n'a enregistré, à ce jour, que deux albums. Mais il faut reconnaître que son deuxième, " Fashion nuggets " a fait un véritable tabac. En touchant un peu à tous les styles. Metal, jazz, country, gospel, hip hop, pop, rock, etc. Un peu à la manière de Beck et de Fun Lovin' Criminals. Mais en moins funk. Un disque dont le standard intemporel, " Perhaps, perhaps, perhaps ", la reprise de Gloria Gaynor, " I will survive " et puis cet étonnant, mieux encore, brillant " Frank Sinatra ", doivent encore vous trotter dans la tête. C'est le guitariste Greg Brown, antithèse de la rock star, mais complément indispensable au chanteur/songwriter John Mc Crea, qui s'est plié, de bonne grâce, à cette interview…

Vous vivez tous les cinq à Sacramento, une ville que vous avez déclarée, rongée par la corruption. Pensez-vous que vous auriez conçu le même style de musique si vous étiez nés à Seattle ?

Non, sincèrement je ne crois pas. Sacramento est une ville californienne de taille moyenne. Ni trop grande, ni trop petite. Plutôt ordinaire et surtout conservatrice.

Oui, mais tu ne réponds pas à la question relative à la corruption. La chanson " Frank Sinatra " y fait quand même allusion ?

" Frank Sinatra " ? Cette chanson a été composée par John, et je suis incapable d'expliquer ce qu'il a voulu exprimer (NDR : ou il ne veut pas le dire). Mais tout ce que je peux préciser, c'est qu'elle ne concerne pas directement Sinatra, mais plutôt un état d'esprit que sa personnalité suggère. Pour le reste, j'ignore si John a voulu faire passer un message (NDR : il ne s'appelle pas Pierre, pourtant !).

John a pourtant déclaré que le rock était un cirque. Une révolution simulée par des jeunes blancs qui se battent entre eux pour être les premiers sur le marché. A notre humble avis, lorsqu'on parle de cirque dans le rock, on pense plutôt aux vautours du business qui gravitent autour du rock. C'est un problème de société, pas d'individus. Pas d'accord ?

Non, pas du tout ! La presse a tantôt simplifié, tantôt exagéré les déclarations de John. Quelque part, ce n'était qu'un jeu, une provocation… Etre premiers sur le marché ? Je ne sais pas. Je suis né et j'ai été éduqué en Amérique. Et les institutions m'ont inculqué et continuent d'inculquer aux jeunes la nécessité d'avoir un job et le devoir de payer leurs impôts, comme tout le monde. Je n'ai rien d'autre à ajouter sur ce sujet…

Vous êtes régulièrement comparés à Beck, Fun Lovin' Criminals et à Soul Coughing. Ennuyeux ?

Ces comparaisons sont fréquentes, c'est vrai, avec Beck et Soul Coughing. Je l'ignorais pour Fun Lovin' Criminals. Je peux comprendre cette situation, même si Soul Coughing ne nous aime pas beaucoup. Nous n'avons d'ailleurs aucun contact avec eux. Toutes ces formations se situent, en quelque sorte, à gauche du centre. Mais je pense que nous sommes les moins choyés par la critique aux States, parmi ces groupes. Si je devais établir une hiérarchie dans la popularité, je citerais dans l'ordre Beck, ensuite Soul Coughing, Fun Lovin Criminals, et enfin Cake, comme une sorte d''après pensée'… Mais c'est Beck qui a montré le chemin. Ses investigations ont marqué de nombreuses formations. Il est devenu un symbole pour tout ceux qui incorporent ou mélangent des tas de styles musicaux… D'un autre côté, les Violent Femmes ont également eu une influence sur certains musiciens de Cake, et moi en particulier…

Dans un article des 'Inrocks', j'ai appris que Captain Beefheart aimait beaucoup votre musique. Pas l'intention de collaborer avec lui ?

Vous avez lu cette déclaration dans la presse ? C'est un mensonge ! Nous ne l'avons jamais rencontré et j'ignore totalement s'il a un jour émis une telle réflexion…

Vous appréciez un tas de styles musicaux. Folk, blues, rhythm and blues, etc. Etes-vous intéressés par l'histoire du rock ? Préférez-vous la pop ou la soul ?

L'histoire du rock'n'roll est relativement récente, mais son développement nous a toujours passionné. Son passé est une source d'inspiration. Et nous nous y régénérons de temps en temps. Sa simplicité n'exclut pas une certaine forme de richesse, ce qui explique sans doute pourquoi, il peut se révéler brillant. Maintenant, est-ce que Cake est plus pop que rock ? J'aime la pop autant que le rock, et je ne suis pas sûr que Cake puisse opter définitivement pour l'un ou l'autre genre musical. Parce que nous nous référons à beaucoup de styles musicaux. Tu sais aux States, il existe une certaine forme de ségrégation dans la musique. Certaines stations de radio ne diffusent que du rock. D'autres de la soul. D'autres encore uniquement de la musique des sixties. Je ne connais pas vraiment de radio qui parvient à programmer un mélange de styles comme cela existe en Europe. Mais lorsqu'on affirme que nous sommes un groupe intégralement rock, nous n'avons même plus envie de réagir, à cause de ces ségrégations…

Apparemment, vous aimez beaucoup les reprises. " Most likely ", " Perhaps, perhaps, perhaps ", " I will survive ". On suppose qu'il en existe d'autres. A ce régime, vous allez bientôt pouvoir sortir un album de covers, non ?

Ce n'est pas du tout notre intention. Nous avons toujours eu recours aux reprises comme des outils destinés à apprendre, mais aussi pour nous aider à comprendre les gens que nous admirons. Et puis, tu sais, nous avons beaucoup tourné dans les bars. Après avoir joué pendant quatre heures au même endroit, le répertoire est fatalement épuisé. Donc, si tu ne veux pas te répéter, tu as intérêt à trouver une solution. Et comme nous aimons tous cet exercice de style, il n'y a pas de raison de s'en priver.

Cake parvient à faire le maximum avec le minimum. Etes-vous quelque part lo-fi ?

Lorsque nous avons gravé notre premier album, la lo-fi était un concept populaire, un mot qui revenait dans de nombreux magazines. Mais ce concept a vieilli très rapidement. En fait, les gens qui nous ont définis comme formation lo-fi ignoraient que nous n'avions pas d'argent. Ce n'était donc pas un choix ! Et pour la plupart des musiciens du groupe, ce concept n'existait pas au moment de l'enregistrement du disque…

Est-ce Cake joue du rock par défaut ?

Je ne crois pas que ce soit une bonne définition. Notre concept est très complexe et nous souhaitons, à l'avenir, le faire évoluer le plus loin possible. Enfin, seul l'avenir nous dira si nous n'avons pas fait fausse route. Mais je pense que tôt ou tard, nous atteindrons un juste équilibre entre les différentes composantes de notre musique. Cependant, quelqu'un comme moi qui écoute du rock depuis sa tendre enfance connaît d'énormes difficultés à faire abstraction de ses propres goûts, de ses propres influences, de son propre passé…

Vous n'utilisez pas de samplings, ni en studio, ni sur scène. Allergiques à la technologie moderne ?

Non, non. Nous n'avons jamais exclu la possibilité d'incorporer des samplings dans notre musique. Dans le futur nous y recourrons certainement. Mais pour l'instant, nous sommes probablement un peu trop stupides pour avoir recours à cette technologie de pointe. Il faudra peut-être prendre des cours pour nous familiariser avec elle

John a déclaré qu'il n'y avait rien de mauvais à explorer la complexité, pourvu que le musicien n'essaie pas de démontrer sa virtuosité. Vous n'êtes pas trop attirés par le jazz, alors ?

Je ne peux pas parler pour tout le monde. Mais ce n'est pas tout à fait exact. J'aime le jazz. J'aime beaucoup le jazz. Pas le jazz fusion. Je pense d'ailleurs qu'aucun d'entre nous ne s'en préoccupe. Mais aucun de nous n'est bon musicien, alors, il est évident que pour nous le concept de la virtuosité n'a strictement rien de primordial…

Savais-tu qu'il existait un autre groupe qui répondait au nom de Cake ?

Oui, un à Los Angeles, et puis celui du fils de Ringo Starr, Cake in San Francisco. Il en existe un autre ?

Apparemment, au sein duquel on retrouve un ancien membre de Terminator…

Un de plus…

Merci à Jean-Baptiste Ducrotois.

Version originale de l'interview parue dans le n° 60 (février/mars 97) du magazine MOFO

  

 

Chumbawamba

Anars populaires

Il aura donc fallu 8 albums en 14 ans de galère (et de distribution alternative) avant que Chumbawamba ne parvienne à sortir la tête de l'eau, ou du lot, si vous préférez. Le groupe de Leeds, après avoir milité dans un punk anarchiste, rebelle et intello, s'était pourtant converti à la pop, en 1990. Mais ce n'est qu'aujourd'hui, après avoir rejoint une multinationale (EMI) qu'il décroche enfin un hit single avec « Tubthumping ». Pourtant, les paroles des chansons sont restées très révolutionnaires... La ‘contradiction’ méritait les explications du chanteur Danbert ‘The cat’ Nobacon et du bassiste Paul Greco. Et c’est ce dernier qui prend d’abord la parole…

P.G. : En fait, nous nous sommes un peu brouillés avec notre ex-label One Little Indian. Ces gens s'étaient mis en tête de contrôler notre création. Ils ont complètement saboté la promotion d'un album que nous avons enregistré après « Anarchy ». Et lorsque nous leur avons proposé les démos de « Tubthumper », ils nous ont suggéré de plutôt sortir... un ‘best of’. Nous sommes donc partis, finançant nous-mêmes ce CD. Finalement, nous avons conclu un accord avec EMI-Allemagne, mais il ne porte que sur une période de 6 mois. Après quoi, nous prolongerons notre collaboration, si ça colle toujours ».

Collectif Anarchiste

Chumbawamba compte huit membres. Pas trop difficile à vivre?

P.G. : Pas vraiment. Tout au long de notre histoire, nous avons été un collectif anarchiste: quelle que soit la décision à prendre, aussi bien dans le domaine de l'écriture que des concerts, le choix des morceaux, nous nous mettons toujours autour de la table pour en discuter. Nous fonctionnons comme une démocratie réaliste et l'argent est réparti équitablement entre nous.
D. N. :
Bien sûr, nos opinions sont parfois divergentes et des problèmes personnels peuvent surgir. Mais nous sommes ensemble depuis plus de 15 ans, la période est suffisamment longue pour bien se connaître.

Pourquoi Chumbawamba est-il devenu un groupe pop après avoir été punk?

D.N. : C'est le mouvement punk qui nous a donné envie de monter un groupe. Notre premier album était très punk, mais nous n'avons jamais perçu le punk uniquement comme un style musical: c'est plutôt une attitude et un moyen de véhiculer nos idées contestataires. Ainsi après nos disques initiaux, nous avons sorti un album a cappella, constitué de chansons anglaises révolutionnaires. Jamais nous n'avons misé sur l'immobilisme, au contraire, nous avons cherché à atteindre d'autres publics. Aujourd'hui nous jouons de la musique pop, qui contient des éléments dance, punk, folk, etc. Nous essayons de brasser un maximum de styles.
P.G. :
Les puristes punk pensent que nous avons ‘décroché’, mais pour nous, le punk des 70s symbolisait surtout l'opposition à l'autorité. C'est encore le cas de la musique que nous faisons à présent.

Couverture a la Benetton

Vous avez déclaré un jour que l'évolution de la musique s'était achevée avec Crass. Vous qui venez de Leeds, vous n'avez jamais cru à la scène gothique de votre ville?

D.N. : Je comprends que cette scène gothique ait pu frapper certains, mais pour nous, la scène de Leeds, c'était les Mekons et Gang of Four, plutôt que Sisters of Mercy et Mission.

Sur la pochette de votre album « Anarchy », on voyait un enfant sortant du ventre de sa mère. Encore un coup de provoc, en particulier à l'égard des puritains?

D.N. : C'était un peu une couverture à la Benetton censée susciter un choc. Tout le monde est venu comme ça et la naissance est un moment fort. Bien sûr, nous savions que certains petits esprits seraient outrés, qu'il y aurait un petit scandale.

Chumbawamba se sent-il investi d'une fonction sociale?

D.N. : Nous pensons que la musique a une force colossale. Les gens écoutent davantage la musique que les hommes politiques. Bien sûr, c'est devenu un business, ce n'est pas nouveau et il existera toujours des gens qui feront du fric à partir de quelque chose qui devient populaire. J'espère quand même conserver une certaine intégrité. La musique reste un moyen de contestation. En même temps, c'est un moyen d'évasion...

Rien à voir avec le chaos

Quel est le système politique idéal pour Chumbawamba?

P.G. : Le rêve serait d'adopter un système anarchiste au sens étymologique du mot: sans autorité. Les gens se réuniraient et travailleraient ensemble, de leur propre initiative. Il n'y aurait pas besoin de leader pour dire ce qu'il faut faire. Il ne serait pas nécessaire de créer une police répressive ou même un système judiciaire. Evidemment, c'est l'utopie... Et nous avons compris qu'il fallait vivre dans le monde réel. En fait, nous croyons beaucoup à une méthode basée sur la décision collective, à l'instar de ce que nous pratiquons au sein du groupe. Nos systèmes politiques mettent l'accent sur le parti, et surtout sur leur propre intérêt, c'est-à-dire le pouvoir. Ils sont plus intéressés par l'argent que par le peuple. Dans un sens, nous sommes des socialistes avec un ‘s’ minuscule.
D.N. :
Nous gardons les pieds sur terre, mais il faut insister : l'anarchie qui est le mode de vie auquel nous adhérons n'a rien à voir avec le chaos. C'est une lutte pour un monde meilleur. Nous n'avons pas la prétention de prôner un modèle, nous décrivons simplement les choses telles que nous les percevons. Et ce qu'on voit n'est pas franchement joli.     

Vous combattez le fascisme, mais en même temps, vous n'appréciez pas plus le communisme. Explication?

P.G. : le totalitarisme des stalinistes et des nazis étaient fort proches, deux régimes d'oppression, des millions de gens sont morts! Nous n'avons aucune sympathie envers quel que régime totalitaire que ce soit.
D.N. :
Les régimes fascistes et communistes ont un profond mépris envers les individus. La différence? Le nazisme affiche son idéologie vis à vis de groupes ethniques, sexuels, alors que le communiste ne l'affiche pas, mais a le même sentiment à l'égard des pauvres ou des groupes ethniques qui ne s'intègrent pas.

Vous ne semblez pas satisfaits du retour des travaillistes à la tête de l'Angleterre. Pourtant, vous vous étiez prononcés pour le départ des conservateurs...

P.G. : Non, l'état de grâce est fini pour Tony Blair. Les travaillistes se sont déjà attaqués au système de la sécurité sociale. Les citoyens vont devoir souscrire leur propre assurance en cas de chômage. Les étudiants vont devoir payer pour fréquenter l'université. Les promesses électorales sont passées à la trappe. Tony Blair a la même idéologie que son prédécesseur, mais avec un plus grand sourire. Il y a peu de différences, entre le parti conservateur et le parti travailliste. Résultat des courses: de nombreux étudiants rencontrent d'énormes difficultés financières. Ce n'est pas normal! Nous en revenons au régime qui était d'application avant 1940. Le gouvernement britannique est occupé à démanteler le système social mis en place après la seconde guerre mondiale. Et ce sont des prétendus socialistes qui y contribuent!

Merci à Vincent Devos

(Article paru dans le n°60 du magazine Mofo de février/mars 1997)

 

The Cure

Wild mood swings

Lors de sa prestation (fortement critiquée) accordée au festival Torhout/Werchter, en 1995, le Cure avait interprété un morceau inédit, composition qui ne nous avait guère enthousiasmés! C'est donc avec une certaine appréhension que nous avons découvert le nouvel album du groupe. Pour l'enregistrement, Robert Smith a (encore) modifié son line-up. Le guitariste et le batteur ont été remerciés, laissant leur place respectivement à Perry Bamonte et Jason Cooper. Robert en a également profité pour faire appel à un tas de musiciens de studio. Cuivres, violonistes, percussionnistes, etc. Le résultat? D'abord mitigé. Puis au fil des écoutes, beaucoup plus convaincant. D'accord, le single "The 13th" est totalement ridicule et la ballade "This is a lie" complètement soporifique. Mais hormis ces deux accidents de parcours, la solution parvient toujours à séduire, à défaut de surprendre. Et bien qu'entretenant une certaine forme de passéisme, Cure colle tout au long de ce "Wild Mood swings" une production glaciale, plus proche de "Disintegrarion" que jamais, sur des mélodies allègres, colorées, festives parfois, voire tropicales! Un opus très agréable donc, mais qui risque à nouveau de susciter la polémique entre ceux qui souhaiteraient un Cure plus pop et ceux qui ne jurent que par le Cure gothique...
 

 

The Greenhorns

Gunsmoke

Groupe de boogie issu du sud-est de Bruxelles, Greenhorns compte déjà trois elpees à son actif. Paru en 1994, "Branded" était cependant passé totalement inaperçu. Un problème de promo que semble vouloir régler personnellement "Full house". "Fullhouse", c'est également le titre d'un fabuleux album de J Geils Band. "Live", paru en 1972. Avec en couverture les cinq célèbres cartes d'une partie de poker. Reproduites aujourd'hui sur le logo du label. Une description qui devrait vous donner une petite idée du style pratiqué par Greenhorns: le boogie, le rythm 'n blues et le blues. Un album qui laisse quand même une place à la country, sur le titre maître; sans doute par admiration pour Johnny Cash. Et puis à un fragment de blues urbain, "Death walks behind". Rien à voir avec le "Death walks behind you" d'Atomic Rooster, quoique côté vocal l'ombre de Vincent Crane semble planer. Mais plutôt les Doors. A cause de ce tempo lancinant, rappelant ni plus ni moins "Riders or the storm", mais sans les claviers. Et puis inconsciemment Joy Division, mais rien que pour le climat ténébreux...
 

 

Stereolab

Vite fait, bien fait...

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Un peu moins de dix minutes! C'est le temps qui m'a été accordé pour recueillir les propos de Laetitia Sadier et de Duncan Brown, respectivement chanteur et bassiste de Stereolab. L'improvisation la plus totale! A ce régime, faudra peut-être me réserver les cinq prochaines interviews du groupe. Question d'épuiser le questionnaire. Et pourtant, l'article semble tenir la route correctement. Jugez vous-mêmes!

Sterolab correspond-t-il toujours à un duo, élargi pour les besoins de la scène ou est-il devenu un véritable groupe?

Laetitia : Maintenant, c'est un groupe. Katherine, dernier membre recruté, a complété le line-up voici neuf mois. Il est cependant exact qu'à l'époque de "Peng", Stereolab se résumait à Tim et à moi-même. Joe jouait bien de la batterie, mais il fonctionnait encore chez les Chills. Je puis toutefois te confirmer que Stereolab correspond bien aujourd'hui à un véritable groupe...

Vous avez un jour déclaré que vous ne vouliez pas devenir des stars. Or vous venez de signer chez un major, Warner en l'occurrence. N'est-ce pas contradictoire?

L. : Non! Devenir star et relever d'un label major ne sont pas incompatibles. L'un ne veut pas nécessairement dire l'autre. En fait, nous sommes passés chez Elektra pour des raisons financières. Nous avions besoin d'argent. En tournée, un concert ne nous rapporte que 1.000 à 2.000 francs (NDR: français!). Nous avions donc intérêt à nous procurer des sous pour mettre du carburant dans la machine. Nous n'avons pas signé chez Elektra pour devenir des stars, mais pour disposer de ressources nécessaires et suffisantes à la survie du groupe.

Pas de pressions?

L. : Non! Nous avons décroché un bon contrat. Nous n'aurions jamais accepté de le signer s'il avait impliqué des clauses contraignantes. Nous l'avons bien épluché avant de le souscrire. Nous sommes donc très satisfaits. Nous sommes rétribués tout en conservant le contrôle de notre création. Que demander de plus?

Et cette situation vous permettra sans doute de financer Duophonic, label sur lequel vous n'avez, à ce jour, que gravé trois singles?

L. : Non. Il existe deux "Duophonic". Le plus petit est demeuré indépendant. Mais nous n'y enregistrons que des quarante-cinq tours. Nous en assurons seuls la gestion. En Angleterre, Elektra n'y a aucune délégation, même au niveau de la distribution...

Est-ce que les expérimentations post-industrielles, comme celles que vous avez menées avec Nurse With Wound, vous tentent encore?

L. : En fait, pour Nurse With Wound, c'est toute une histoire. Gallon Drunk allait entrer en studio avec Steve Stapleton. Et comme nous connaissions bien les musiciens de cette formation, Tim leur a demandé ses coordonnées pour prendre contact avec lui. Steve est ainsi venu nous voir en concert. Bien qu'intéressé, il estimait que notre musique était trop rock pour lui. Mais au bout d'un laps de temps, il nous a recontactés, révisant sans doute son jugement, et puis pensant peut-être que le jeu en valait la chandelle.

Duncan : Nous avons d'abord enregistré les titres, puis nous lui avons fait parvenir les bandes. Il a réalisé le mixing sans nous. Le résultat, nous ne l'avons découvert que sur le disque. Nous n'avons pas eu l'occasion d'intervenir à quel que moment que ce soit.

L. : Et la surprise fut totale... Il n'est pas exclu que nous menions d'autres tentatives aussi expérimentales, mais nous les réserverons surtout à "Duophonic". Je pense que nous allons nous diversifier. Et chaque disque aura sa couleur, sa connotation particulière. Même des chansons plus pop et plus accessibles. Nous sommes décidés à prospecter un peu dans toutes les directions... Déjà un peu balisées, il est vrai. Et les approfondir, les développer. Et puis, pourquoi ne pas encore les diversifier ?

Comme par exemple en s’inspirant du rock allemand du début des seventies, en en particulier celui de Faust et de Neu?

L. : Tout à fait!

D. : C'est surtout la passion de Tim!... Mais qu'est-ce qui te pousse à émettre une semblable réflexion?

L'aspect hypnotique, répétitif des compositions. Voire conceptuel comme sur "Jenny Ondioline", titre issu de votre dernier album qui dépasse les dix-huit minutes!...

L. : C'est du vol! On l'a fait exprès!

D. : Pas dans le sens d'un concept album. Mais nous avouons certaines similitudes avec la musique de Neu sur cette chanson. Coupable!

Lors de votre dernière tournée européenne, une certaine presse d'expression française vous a complètement descendu en flammes. Sachant que Laetitia est née en France, et y a vécu une bonne partie de sa jeunesse, n'est-ce pas encore plus difficile à avaler?

L. : Cette histoire date déjà de deux ans. Nous avions accordé un excellent concert à l'Espace Européen de Paris. Au départ, le public était resté assis. Puis au fil du set, il s'est mis à bouger, à se lever, et puis à s'éclater. Nous aussi on s'était éclaté. Nous avions le sentiment d'avoir vécu un moment très intense. Et puis, nous avons lu un article décrétant que ce soir là, nous avions été nuls. Au début, on n'a pas très bien compris. Et personnellement, cette réaction m'avait littéralement cassée. Mais ce fut la première et dernière fois q'une telle mésaventure me déchirait. Parce que je me suis dit que la réaction des spectateurs était finalement beaucoup plus importante que celle d'un journaliste. Si les gens n'ont toujours pas réalisé que ce 'canard' ne raconte que des conneries, c'est vraiment grave. Je dois avouer que ce sont d'excellents écrivains. Enfin, qu'ils écrivent très bien. Mais ils délirent la plupart du temps. Je pense que les gens ne sont quand même pas assez idiots pour avaler tout ce qu'ils fantasment. Lorsqu'une personne achète un disque, l'écoute, l'apprécie, puis découvre son analyse dans ce magazine, elle se demande s'il s'agit du même album. C'est complètement débile, mais surtout très bas...

Frank Zappa

The lost episodes

Écrit par

C'est entre 1992 et 1993 que feu Frank Zappa a eu l'idée de concocter cette compile. A l'époque, il était occupé de bosser sur "The yellow shark"; et entre les sessions d'enregistrement, il se consacrait récréativement au dépoussiérage de son back catalogue. Il faut d'ailleurs croire que ses investigations n'étaient pas encore terminées, puisque hormis deux entorses commises en 80 et 92, "The lost episodes" ne relate que des fragments commis entre 58 et 79. Soit depuis ses balbutiements au sein des Blackouts jusqu'à l'aube des eighties. Un recueil où figurent en bonne place les Mothers of Invention et les Hot Rats. Sans pour autant négliger ses implications dans la musique symphonique contemporaine, la confection de bandes sonores cinématographiques et les inévitables inédits. Vingt-huit fragments sur un total de trente morceaux qui respectent l'historique du parcours musical de l'artiste. Des compositions qui avaient cependant été sélectionnées par Zappa en fonction, non pas de leur impact créatif, mais de leur valeur sentimentale. Une forme de gratitude à l'égard des musiciens qu'il estimait le plus. Et en particulier Don Van Vliet (alias Captain Beefheart), Ponty, George Duke, les frères Underwood, Sugar Cane Harris et quelques autres. Pour le design de la pochette, il s'était à nouveau adressé à Csupo, ami de longue date et créateur des célèbres bandes dessinées consacrées aux Simpsons. "The lost episodes" constitue cependant déjà la deuxième compile gravée en quelques mois. Et il faudra s'attendre dans le futur à une multiplication d'anthologies en tous genres. L'important, c'est qu'elles puissent respecter le label de qualité auquel Frank était si attaché...

 

Zion Train

Grow together

Pionnier de l'acid dub en Grande Bretagne, Zion Train est probablement un des groupes les plus prolifiques de la planète. S'il en est à son cinquième album en six années d'existence, on ne compte plus le nombre de singles, d'Eps et de remixes à son actif. Ce qui est sans doute préjudiciable à la qualité de son répertoire. Hormis l'électro-atmosphérique (Tangerine Dream?) "Peace" et le final cosmique, floydien, dont le gazouillis d'oiseaux nous rappelle "Circus mirror" de "More", la formation aurait plutôt intérêt à postuler pour assurer la sonorisation du jeu télévisé "Fort Boyard", à moins qu'elle n'ait déjà été proposée pour une nouvelle version de "Thierry la Fronde". Même la cover du "Babylon's burning", des Ruts n'a plus rien d'inflammable...

 

ZZ Top

Rhythmeen

Écrit par

Après avoir célébré Lightnin' T-Bone, Juke Boy Bonner, Freddy King et consorts, sur un album exclusivement consacré au blues, le trio texan a décidé de revenir au boogie ; une bonne vieille formule, préparée à base de rock'n’roll, de 'tex-mex', de jazz hillbilly et même de country & western. Une formule qui lui a permis, jusqu'à présent, de cumuler les albums d'or et de platine. Pas de piège donc pour les aficionados de ZZ Top. Mais une bonne surprise, puisque l'édition limitée de ce " Rhythmeen " bénéficie de quatre titres supplémentaires présentés sous la forme d'un deuxième CD. Suffit donc de ne pas trop traîner!

 

X Legged Sally

The land of the giant dwarfs

En cinq années d'existence, cette formation belge est parvenue à concocter quatre albums. Les deux premiers avaient, en outre, bénéficié de la production de Bill Laswell en personne; et puis surtout des studios d'enregistrement new-yorkais de 'Greenpoint'. Aujourd'hui le groupe semble avoir pris de la bouteille. Si Gilles Martin (Tuxedomoon, Little Nemo, Colin Newman) s'est vu confier les manettes, Peter Vermeersch et Pierre Vervloesem autoproduisent leur "Land of the giant dwarfs". Un rôle que le duo avait d'ailleurs déjà assuré pour dEUS, les Brochettes et tout récemment le dernier opus de Mad Dog Loose... Comme pour les elpees précédents, la musique d'X Legged Sally se veut semi-expérimentale, semi-contemporaine, sorte de cocktail instrumental de punk, de jazz moderne et de pop/rock que n'aurait pas désavoué le mythique et défunt Frank Zappa...

 

Yes

Keys to ascension

Écrit par

Suffisait pas de savoir que Yes était reformé, mais surtout sous quel line up il allait poursuivre l'aventure. D'autant plus que sur son dernier disque, la quasi-totalité des musiciens ayant transité par le groupe, avaient participé à son enregistrement. Les choses semblent plus claires aujourd'hui, puisque Jon Anderson, Chris Squire, Steve Howe, Rick Wakeman et Alan White sont partis en tournée. Et c'est de ce périple qu'est née la confection de ce double CD. Enfin, de concerts accordés quelque part en Californie. On y retrouve les classiques " Roundabout ", " Starship trooper ", " Awaken ", " Siberian Kathru ", leur cheval de bataille, " America ", mais aussi deux inédits enregistrés en studio, " That, that is " et " Be the one ". Une œuvre qui prélude la sortie d'un nouvel album du groupe prévu pour le printemps 97, et au sein duquel on y retrouvera de toutes nouvelles compositions signées Jon Anderson...

 

Yo La Tengo

Genius + Love

Non, il ne s'agit pas d'un ensemble de flamenco, mais bien d'un trio américain. De Hoboken, dans le New Jersey, pour être précis. Qui compte aujourd'hui douze années d'existence. Et toute une flopée d'albums passés aussi inaperçus les uns que les autres. Une profonde injustice, car avec son faible prononcé pour le répertoire hardcore de Sonic Youth, l'électricité blanche de Television, le psychédélisme de Spacemen 3, ainsi que pour le minimalisme brumeux du Velvet Underground voire des Feelies, la formation aurait mérité un autre statut que celui de culte underground. Double album, " Genius + Love " propose un éventail de compositions enregistrées entre 89 et 95. Si le deuxième disque ne s'intéresse qu'au répertoire instrumental du combo, le premier morceau de plastique donne une bonne idée de l'orientation prise par YLT, depuis le début des nineties. Une musique tantôt turbulente, torturée, féroce, obsessionnelle, tantôt intimiste, fragile, propice aux atmosphères mélancoliques, insidieuses, hantée par le vocal hypnotique, blême d'Ira Kaplan...

 

Neil Young

Broken arrow

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C'est incontestablement lors de l'édition du Pukkelpop 1995 que Neil Young a accordé sa meilleure prestation en Belgique. Et le backing group circonstanciel, Pearl Jam en l'occurrence, en était presque parvenu à faire oublier le Crazy Horse. Ce qui serait une profonde injustice, lorsqu'on connaît le long chemin parcouru par l'artiste et son cheval fou. C'est d'ailleurs ensemble qu'ils ont gravé les indispensables "Everybody knows this is nowhere", "After the gold rush", "Zuma", "Rust never sleeps", "Live rust" et plus près de nous, "Ragged glory", "Harvest moon" et "Sleep with angels". Hormis la ballade acoustique "Music arcade", l'allègrement countryfié "Changing highways" et la cover du classique de Jimmy Reed, "Baby what you want me to do", composition de blues enregistrée live dans un petit club près de San Francisco, les cinq autres fragments sont purifiés dans l'électricité mélodique, intense des cordes de guitares. Et le zeste d'harmonica réservé à "Loose change" ne change pas grand chose à cette exploration menée dans un univers sonore poignant, mélancolique, que Neil transperce de son vocal vulnérable, gémissant. Pas un must, mais un classique du genre, quand même !

 

The Wildcards

Fishing for luckies

Censuré pour le tournage d'une vidéo jugée pornographique, poursuivi par une image d'agitateurs turbulents, déstabilisé par le remplacement de son drummer et de son guitariste; enfin en bisbille avec sa firme de disques, Wildhearts a failli rendre son dernier souffle. Ce qui aurait été fort navrant, car cette formation vient de commettre son album le plus intéressant à ce jour. Pas un opus parfait, bien sûr. Mais un disque dont les spécificités punk glam rock font de véritables ravages. Dix fragments chargés de dégoût et de méfiance, mais surtout d'excitation, d'exubérance, de sauvagerie et de fièvre mélodique. Parfois même de complexité hypnotique (King Crimson?) et surtout d'une force métallique irrésistible. Dix compositions venimeuses, mordantes qui les autorisent à mériter le statut d'héritier naturel de Cheap Trick.

 

The Watchmen (Canada)

Brand new day

Malgré trois albums à son actif, dont le deuxième ("In the trees") s'était vendu à plus de 100 000 exemplaires, The Watchmen n'est pas un groupe très médiatisé en Europe. Un chiffre qui aurait d'ailleurs pu être largement dépassé si les States ne frappaient pas d'ostracisme tout ce qui vient du Canada. En fait, les Yankees se montrent aussi ouverts à leurs voisins du nord que les Britanniques au Vieux Continent. Comparaison n'est pas raison, mais comment alors expliquer que des groupes comme Pursuit of Happiness ou Tea Party n'y mettent pratiquement jamais les pieds. Pour Watchmen, le phénomène est même peut-être d'ordre protectionniste, car si le marché américain ouvrait ses portes au quatuor de Winnipeg, l'auréole du surestimé Tragically Hip risquerait fort d'en prendre un sacré coup. Parce que le style des deux formations est sensiblement proche. A la seule et énorme différence que The Watchmen possède en la personne de Danny Greaves, un excellent chanteur. Doué d'un baryton sinueux, frémissant.

"Brand new day" bénéficie à nouveau de la production de Doug Colson, ingénieur du son pour Smashing Pumpkins et proche collaborateur de Butch Vig à l'époque de Nirvana. Un opus moins agressif que le précédent, mais paradoxalement plus difficile à assimiler. A cause, sans doute, de la texture sonore luxuriante. Et de la singularité, pour ne pas dire la versatilité des compositions, voire de l'instrumentation. Harmonica fiévreux, violon, violoncelle, piano classique ou électrique dynamisent des mélodies pop basiques naturellement écorchées d'éclats de guitare sableux, croustillants. Une œuvre qui recèle, en outre, un ragtime ("What you did") et une brève étude de percussions abordée avec le même esprit qu'Orang, le nouveau groupe des ex-Talk Talk...

 

Daniel Weaver

Weeds

Ce Canadien (Montréal) s'est rendu à Dublin pour enregistrer cet elpee. Son deuxième. Il y a reçu le concours de Fiachna O' Braian, guitariste de Hot House Flowers, de Davy Spillane, joueur de cornemuse dont la réputation est née de sa participation aux albums de Kate Bush, ainsi que de toute une flopée de musiciens du terroir. Et inévitablement, la solution prend une certaine coloration celtique. Pourtant, fondamentalement, la musique de Daniel Weaver s'inscrit plutôt dans la tradition folk/pop des grands auteurs/compositeurs australiens. Robert Forster, Grant McLennan, Ed Kuepper et surtout David McComb (ex-Triffids), auquel il emprunte parfois certaines inflexions vocales. Et c'est d'ailleurs dans ce style mélodique, empreint de romantisme, que Daniel se montre le plus brillant... Les rares erreurs de parcours, commises dans la country électrifiée ou le rythm'n blues post Van Morrison, sont rapidement effacées par un ensemble qui tient fort bien la route. L'œuvre est en outre ponctuée d'une superbe chanson, "Open road", poésie ténébreuse qu'il déclame à la manière de Léonard Cohen...