New Brutalism de 087 à 089…

New Brutalism est un groupe de rock minimaliste formé à Knoxville, Tennessee, en 1998. Le groupe est composé de Shane Elliott (chant), Matt Hall (guitare/chant), David Basford (basse/chant) et Carey Balch (batterie). Son nouvel Ep, « Requiescat Record »,…

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Paddang à la poursuite des fantômes…

Paddang est un trio de rock psyché formé en 2020 à Toulouse. Osees et King Crimson à fond dans lʼautoradio et un nom de groupe inspiré d'un spot de surf en Indonésie, Paddang file à toute berzingue dans une épopée cosmique. Les trois voix dictent le ton et…

La fuite d’Ellside

Le groupe parisien Ellside présente « Run Away », son concept album naviguant entre ombre…

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Benjamin Biolay

Benjamin Biolay et un orchestre symphonique…

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En janvier dernier, Benjamin Biolay accordait un concert évènement dans sa ville natale, au milieu de l'orchestre National de Lyon et dans cette salle incroyable qu’est l'Auditorium de Lyon, sous la direction de Dirk Brossé.

Ce concert hors du temps est maintenant disponible en Livre CD et en double vinyle. C’est le tout premier album live de la discographie de Benjamin Biolay.

Vous y redécouvrirez ses plus grands titres comme "La Superbe", "Comment est ta peine ?", "Ton Héritage", ou "Lyon presqu'île" dans une version symphonique inédite.

La vidéo consacrée à “Ton Héritage” est disponible ici

 

 

Benjamin Biolay

Une certaine idée de la variété française...

Le temps est maussade, on aurait préféré rester chez soi, blotti dans une couverture chaude à boire un bon thé. Mais il est vendredi soir, et Benjamin Biolay donne un concert à l'Ancienne Belgique. On aime bien Benjamin, qu'on a découvert à la télé, aux Victoires de la Musique… Il y chantait « Los Angeles » (enfin c'est fort probable), d'un ton emprunté qui nous rappelait Gainsbourg jeune. D'ailleurs, Benjamin fume aussi, et ses textes brillent d'une patine agréable, un rien bourgeoise. Sa musique, c'est un peu le charme discret de la bourgeoisie : marié à Chiara Mastroianni, Benjamin a donc pour belle-mère Catherine Deneuve. La Belle de Nuit, ici, c'était bien sûr Chiara, au chœur de presque toutes les chansons de son nouvel album, « Négatif ». Dans la pénombre, elle a les yeux qui tombent, comme si la vue d'un public si proche la liquéfiait. Benjamin, lui, est tranquille. Il chante et tire à ses clopes avec élégance, comme un dandy bohème qui aurait ses entrées dans le cercle très fermé des stars internationales du cinéma français. On parie qu'il mange tous les dimanches chez Depardieu, un gros poulet à la broche avec des frites. Benjamin est un peu seul dans la chanson française. Ni proche des Dominique A, Miossec et de toute la nouvelle génération rock fromage, ni proche des enfoirés foireux de la variétoche, Ben est dans son trip, Hollywood, Kennedy, Monroe. Los Angeles, toujours, les palmiers, les « privés », les producteurs véreux, les road movies, le rêve américain regardé par des millions de gens moyens sur leur télé couleur. Ben a sans doute rêvé d'être du clan Kennedy, comme Schwarzenegger. Chiara, c'est déjà pas mal. Sur scène, ils sont côte à côte, mais Benjamin reste zen. La musique avant tout. Il exhorte le public à encore l'applaudir. Il aime Bruxelles. Ses musiciens semblent eux aussi sortir d'un film de Robert Altman ou de Coppola : Ben devrait faire une BO ou même un film. Parce qu'il a la gueule, et la musique. Tendance Kyle McLachlan. Twin Peaks. Toujours le même trip. De « Rose Kennedy », il n'aura retenu que quatre chansons : « Novembre toute l'année » en clôture, « Les cerfs volants » en premier rappel, « Les roses et les promesses », et bien sûr « Los Angeles », dans une version dépouillée et cool, comme lui. Du nouvel album, beaucoup de titres, presque tout : « Billy Bob a toujours raison », l'amusant « Chaise à Tokyo », « Des lendemains qui chantent », le bouillonnant « Négatif », ainsi qu'une chanson inédite et la reprise d'un titre de Valérie Lagrange (« Fleuve Congo »), dont il a composé partiellement le dernier album. C'était bien. De bons musiciens. Une Chiara timide piquant de sa féminité trouble les titres de son Ben de mari. Et un Biolay en grande forme, généreux, parfois rigolard, mais avant tout, classe. Un concert agréable et joli, qui nous réconcilie avec « une certaine idée de la variété française ».

 

 

Benjamin Clementine

Le monde étrange de Benjamin Clementine…

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Benjamin Clementine est un phénomène musical et visuel. Sa voix de ténor est souvent comparée à celle de Nina Simone.
Il explique la genèse de son nouvel opus sur la toile : ‘C'est l'histoire de deux mouches vagabondes qui cherchent un parc. Je ne suis ni un politicien ni un prophète. En revanche un artiste qui crée uniquement pour divertir est un escroc. J'espère que cet album va atteindre son objectif dans la lignée de « At Least For Now ». Merci pour votre gentillesse, votre patience et votre soutien sans faille’. Ce soir il est venu défendre son deuxième concept album, « I Tell A Fly », dans le cadre de sa ‘Wandering Tour’ ; mais dans un désordre déroutant. Une démarche artistique pas toujours facile à comprendre…

Il est 20h45 lorsque les lumières s’éteignent. Deux spots inondent d’une lumière bleue autant de grandes cibles ajourées et tournantes placées en fond de scène. Les cibles représentent la ‘Roue du Temps’. La scène s’éclaire par l’arrière. Trois silhouettes déambulent entre et autour de deux podiums sur lesquelles sont placées des mannequins blancs et nus. Il sont six au total, partagés entre un même nombre de femmes enceintes, d’enfants et d’hommes dont l’un, assis sur un siège haut, à l’écart, tourne le dos à l’auditoire. Sur l’estrade de gauche, on remarque la présence d’un ampli et d’une basse et sur celle de droite est installé un kit de batterie. Elles sont surélevées. On imaginerait aisément cette musique interprétée en ‘live’ par des personnages en costume, ayant presque l'impression en l'écoutant, qu'il manque un spectacle vivant à regarder. Mais le Londonien assume son originalité.

Déroutant, « Farewell Sonata » ouvre le set. Après l’intro au piano, on ne peut plus classique, la compo dérive en chœurs distordus, drumming enlevé et vocaux fédérateurs. En outre, des sonorités de clavecin, à la limite de la distorsion, finissent par s’inviter. Les trois silhouettes sont vêtues de salopettes de couleur bleue. Le bassiste et le drummer ont les pieds nus. Benjamin est chaussé de bottillons noirs. Pas de trace de piano sur scène. Ses sonorités sont reproduites par des samples. Ce soir, Benjamin va se concentrer sur son chant et sa chorégraphie. Mais il va énormément bouger sur les planches. Et être interactif. Ce qui est surprenant dans son chef.

On assiste alors à une forme d’opéra baroque, au cours duquel la voix particulière, mystérieuse, chaude et grave de Benjamin va se mêler à ses propres chœurs en falsetto. Un spectacle tout en ombres et lumières, abordé à la manière des premiers films muets de Chaplin ou de Buster Keaton, et sonorisé par les interventions de Clementine, aux ivoires et aux vocaux.

« God Save The Jungle » est enrichi de somptueux arrangements. La voix est empreinte de délicatesse. Des roadies ramènent un nouveau mannequin. Benjamin se promène assis sur une charpente métallique à roulettes. Cette chanson véhicule un message. Celui des réfugiés et des fantômes d’Alep. Clementine déclare que la ‘Jungle’, ce n’est pas Calais. Il parle du terrorisme, des métastases qui se propagent, du sentiment d’étrangeté face au monde qui prend de plus en plus de place en lui. Il a du vécu. Ce qui le transfigure et le transcende. Et il embraie alors par « Calaisfornia ». Clementine pousse sa voix à la limite de la rupture sur « Better Sorry Than A Safe », alors que les notes de clavecin et de piano sont toujours désaccordées. Le spectre de Freddy Mercury plane. Mais c’est la section rythmique qui tisse le fil rouge. Il enfile son long loden sombre avant d’aborder « Phantom Of Aleppoville ». Profonde, la voix devient inquiétante.

Pendant « One Awkward Fish », Benjamin prend le mannequin d’un enfant dans ses bras et le promène sur le podium. Il lui ôte un bras avant de le jeter dans la foule. Le berce, et in fine, fait mine de l’inhumer. Et il chante alors, en decrescendo, sans micro, jusqu’au dernier souffle. Mais son ultime vagissement provoque des éclats de rire dans l’auditoire…

Pendant le plus pop et sucré « Jupiter », Benjamin entoure un autre mannequin, que les roadies ont de nouveau apporté sur l’estrade, d’un immense drapeau américain. Le light show est rouge et chaleureux. Le Britannique s’autorise alors une pause de 10 minutes et plaisante avec le public.  

Lorsque Benjamin s’exprime dans un français approximatif, de nombreux spectateurs esquissent un sourire. Il ose cependant ! A travers des mots, des interjections ou des calembours, comme celui consacré à Marine ‘Lepine’. Pendant « Paris Cor Blimey » on décèle des emprunts au « Clair de Lune » de Debussy, mais ils s’intègrent merveilleusement dans un ensemble agrégeant les musiques baroques et symphoniques du XIXème siècle tout en suscitant des angoisses semblables à celle provoquées par films de vampires des années 20… 

Les roadies ramènent un autre mannequin d’enfant, un siège et une TV d’une autre époque, sur les planches, avant que ne débute « By The Ports Of Europe ». Benjamin s'assied sur la chaise devant la TV. Il élève la voix, soutenue par ces rituelles sonorités de claviers désaccordés, en incantations shamaniques dans un registre propre du castrat. Puis se redresse et sollicite la foule qui l’accompagne en chœur… comme si elle s’était transformée en chorale. Benjamin se tait et apprécie cet élan. Il semble ému. Et un tonnerre d’applaudissements conclut la chanson. « Quintessence » et « Ave Dreamer » baignent dans une forme de recueillement. Les trois artistes saluent l’auditoire et se retirent ; mais on est sûr qu’ils vont revenir sur les planches.  

Dans le noir, on devine l’installation d’un piano à queue. Même s’il a découvert une autre facette de Benjamin Clementine, votre serviteur attend impatiemment sa prestation en mode piano/voix. Sous les ovations de la fosse, il revient sur l’estrade torse et pieds nus, vêtu d’un pantalon large de couleur noire et de son éternel loden. Il s’installe derrière son instrument. Tous les mannequins ont été rassemblés autour du piano. Après « I Won't Complain », il enchaîne par « Condolence ». Dès les premières notes, c’est l’hystérie dans la foule. Clementine semble quelque peu déstabilisé. Avec humour, il l’invite à se lâcher (‘You Scream’). Une réaction qui va durer plus de cinq longues minutes. Mais quand le calme revient, on n’entend plus une mouche voler. Pendant le bouleversant « London », l’auditoire reprend à nouveau le refrain en chœur, et une seconde fois a cappella, simplement soutenu par les ivoires.

Deuxième encore pour Benjamin Clementine, dont la prestation va dépasser allègrement les 120 minutes. Deux jours plus tôt, à Bordeaux, le concert s’est limité à une heure… Le public réclame « Cornerstone ». L’artiste signale que faute de cordes, ce n’est pas possible et que le morceau suivant sera le dernier. Alors il se lance dans un titre inédit, « The Great Lafayette ». Le show terminé, il se lève et salue le public conquis qui lui accorde alors une énorme ovation.

(Organisation : Live Nation)

Benjamin Biolay

Palermo Hollywood

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Benjamin Biolay a véritablement capté l’attention du grand public dès l’an 2000, en composant, à l’aide de Keren Ann, l'album d'Henri Salvador, « Chambre avec vue », au sein duquel figure la chanson « Jardin d'hiver ».

Celui que beaucoup comparent à Serge Gainsbourg, à cause de ses frasques et de sa grande gueule, s’est vu coller, par la critique, le qualificatif de mauvais garçon de la scène française.

Globalement, la carrière musicale de l’artiste est pourtant faite de jolis exercices de style. Ses compositions originales sont souvent intéressantes, mais parfois inégales, à l’instar de celles qui figurent sur son elpee « La Superbe », sorti il y a maintenant sept longues années.

Il a toujours mis en exergue une forme de mélancolie aux accords lyriques à travers laquelle ses thèmes de prédilections (déceptions amoureuses et vicissitudes de la vie) peinaient à s’exprimer.

A la suite d’un énième spleen, l’écorché vif met le cap sur l’Argentine, dans un quartier de Buenos-Aires pour y concocter un concept album intitulé "Palermo Hollywood".

Entamé à Paris, enregistré au nord et au sud, ce dixième opus rend un bel hommage, mais également sincère et poignant, à ce pays d’Amérique du Sud qu’il connaît et affectionne particulièrement, puisqu’il y est allé à plusieurs reprises, y a tourné un long métrage (‘Mariage à Mendoza’) et rêve même d’y finir ses jours.

Pour enregistrer ce nouveau format, il a reçu le concours de musiciens argentins, uruguayens et même colombiens. Sofia Wilhelmi et Alika viennent également poser leurs voix sur trois morceaux. Enjoué, ensoleillé et rayonnant, cet opus baigne donc au sein d’un climat latino ; on peut donc affirmer que la musique de l’artiste a opéré un virage à 180°.

Dès le titre éponyme, l’immersion est totale ! Les mots chuchotés sont posés sur un lit de cordes lancinantes et s’accompagnent d’un rythme lent.

Les plages suivantes sont amples et sensuelles. Ça sent le sable chaud ! Affichant une nonchalance déconcertante, on a l’impression que le gaillard s’amuse comme jamais. Les mélodies sont soignées et les arrangements mêlent subtilement et intelligemment tempos argentins et cuivres sud-américains.

De sa voix de crooner grave, il y parle de ce qu’il aime, comme le football (« Borges Futbol Club »), les passions amoureuses (« Palermo Queen », « Miss Miss »), les échecs sentimentaux (« La débandade ») ou encore du pays qui lui a ouvert les bras du succès (« Ballade française »).

Bref, teinté d’exotisme, ce savoureux voyage constitue une ode à l’évasion qui reflète, en quelque sorte, la bande originale de sa vie. Peut-être s’était-il dispersé au fil du temps… Comme quoi, on peut s’inventer en se réinventant !

Benjamin Dean Wilson

Small Talk

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Avec une régularité de métronome, l’Amérique profonde nous révèle régulièrement de géniales nouvelles plumes, pour la plupart responsables de superbes œuvres, qui vous scotchent dès la première écoute… En ce beau mois de mai, c’est au tour de l’Etat de l’Oklahoma de révéler au monde les compositions –déjà classiques– d’un cerveau en ébullition. Celui d’un certain Benjamin Dean Wilson qui, en à peine 6 longs morceaux, parvient à faire la différence. Et pourtant, « Small Talk » ne constitue que son premier opus.

Etudiant en cinéma à Tusla, le jeune artiste possède apparemment plusieurs cordes à son arc. Mais celui qu’il exerce dans le domaine de l’anti-folk ne manque ni de classe, ni de créativité. Magnifiquement arrangées, ses longues divagations naviguent quelque part entre un Dylan décalé (« So Cool », « End of Never Again »), Jonathan Richman (s’étalant sur plus de 13 minutes, le drôle et imparable « Rick, I Tick Tock » est manifestement le sommet de l’opus) et Adam Green (le superbement nonchalant « Sadie and the Fat Ma » ainsi que le jazzifiant « William »). Bref, tout en concédant des accents pop le plus souvent irrésistibles, ses comptines rétro-folk bénéficient de textes à la fois subtils et drôles sans jamais susciter le moindre moment d’ennui. « Small Talk », c’est le gros coup de cœur de votre serviteur !

 

Benjamin Clementine

Une voix hypnotique, envoûtante même...

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Benjamin Clementine est né en 1988, à Crystal Palace. Auteur/compositeur/interprète il est d’origine ghanéenne. A 22 ans, il émigre à Paris, et vit dans la rue, sans un sou en poche, où il se produit dans le métro. C’est là qu’il est repéré. Et que sa carrière commence. Et lorsqu’il retourne à Londres, c’est pour marquer les esprits, lors de l'émission diffusée par la BBC, ‘Later With Jools Holland’. Sur la scène britannique, il est depuis un peu considéré comme un extra-terrestre. A cause de sa voix et de son physique. Et puis de l’univers sonore énigmatique qu’il parvient à créer, en puisant aussi bien dans le blues, le jazz, la soul que la folk. Un peu dans la grande tradition de Randy Newman ou Gil Scott-Heron. Un univers qui reflète un itinéraire artistique difficile. Première consécration en 2015 : il reçoit une récompense aux 'Victoires de la Musique', dans la catégorie Révélation Scène.

Il n'y a pas de première partie. La salle déborde de monde. Un piano à queue est placé de biais à gauche. Sur la façade on remarque une inscription de couleur jaune 'Lov Rovic', laissant apparaître une rangée d'ivoires descendant vers le bas. En face, une batterie est disposée sur une estrade.

A 20h30, Benjamin et son fidèle drummer Alexis Bossart montent sur le podium. Ils sont pieds nus. De manière à ressentir parfaitement les vibrations de la musique. De grande taille, Clementine est vêtu d’un pantalon sombre et d’une gabardine bleue défraîchie. Il sourit, mais son regard perçant fige son visage effilé. De son siège haut, il domine la situation. Pas de Barbara Le Liepvre au violoncelle ni d' Emmanuel Sauvage aux claviers. Un seul spot blanc mais puissant est projeté depuis l’arrière-scène, pour mettre les musicos en exergue.

« Gone » ouvre le show. La voix de crooner de Clementine est hypnotique, envoûtante même. Lorsqu’une dame, depuis le balcon, clame plutôt à contretemps : ‘J'ai mes places assises’, des  'chut' fusent instantanément dans le public. Si Benjamin continue de jouer, il réagit au quart de tour, mais non sans humour : ‘Que dis-tu ? Je joue du piano et je chante. Merci’. Fou rire général dans l’auditoire. Le moindre ‘clic’ –même discret d’un appareil photo– est susceptible de le décontenancer. Tout au long de « Condoleance », ivoires et fûts sont en parfaite osmose, alors que la voix de Benjamin s’emballe. Ses mimiques amusent les premiers rangs. Il est à la fois détendu et concentré. Et entretient un climat intimiste et mystérieux. Sa capacité à franchir les octaves est impressionnante. On dirait qu’il a plusieurs voix. Ses doigts parcourent instinctivement les ivoires. Et le public écoute dans une forme de recueillement.

Il balance quelques mots en français : ‘Ca, c'est bordel ! Bonjour. On continue, ce n'est pas encore fini’. Sans le violoncelle, le mélancolique « The People And I » perd un peu de son charme. On oublierait presque de le signaler, mais Alexis est un fabuleux batteur. Lors des compos les plus puissantes, il affiche un punch impressionnant. Et lorsque Benjamin joue seul, il reste au pied de son estrade, comme s’il entrait en méditation.

Au bout de 60 minutes, Benjamin referme le couvercle sur les ivoires –sans se coincer les doigts– et retourne vers les loges, suivi d'Alexis.

Le public siffle, crie, applaudit. Et un long rappel sera accordé. Un encore au cours duquel Benjamin Clementine va nous réserver le très attendu « London », en sollicitant –enfin– la participation du public. A cet instant, la communion est totale. Et « Nemesis » clôt ce spectacle fascinant, au bout duquel les artistes seront longuement et chaleureusement applaudis.

(Organisation : Ancienne Belgique et Progress Booking)

 

Benjamin Clementine

At least for now

Écrit par

L’histoire de Benjamin Clementine est digne d’un scénario hollywoodien. C’est celle d’un beau gosse anglais, d'origine ghanéenne, qui, un jour, par dépit, a tout plaqué.

Il débarque de l'Eurostar à Paris, sans un sou. Son baluchon et sa guitare à la main, il connaît alors le froid, la faim, les problèmes de logement et le mépris du genre humain.

Afin de subsister à cette vie précaire, il va, pendant près de quatre ans, jouer dans le métro. Son répertoire sera essentiellement constitué de reprises de Jimi Hendrix, Bob Dylan, Leonard Cohen ou Nina Simone…

Et puis, un soir, sur la ligne 2, Clementine est repéré par un producteur, Aysam Rahania. Ce dernier voit en lui un bel homme élancé au visage carré, ainsi qu’un timbre de voix qui lui glace le sang… Il présente alors ce jeune prodige à un ami, Matthieu Gazier (Ekler'o'shock). Son histoire commence tout simplement à prendre une autre issue, dès cet instant.

En juin 2013, il signe sur le label Behind, un Ep de 3 titres.

Après un passage dans l’émission de Jools Holland, sur la chaîne BBC2, où il était invité aux côtés des Arctic Monkeys et de Paul McCartney, la magie Internet opère. Les réseaux sociaux s’enflamment. Le résultat est immédiat. « Cornerstone », première chanson écrite après une dispute avec sa petite amie, devient le titre le plus écouté sur la plateforme musicale ‘Spotify’ et ce durant quelques jours.

La presse et le public sont unanimement touchés par le lyrisme et la prestance de ce jeune garçon.

« At least for now », premier opus, est plus que prometteur. A la limite du conceptuel même ! Dès lors, très difficile à cataloguer. La musique est hybride et se situe entre jazz, blues, soul et folk.

Les onze titres s’écoutent d’une traite et oscillent, avec une même régularité, entre l’équilibre doux du piano et de la voix, sans jamais le transgresser.

Chaque note résonne comme une évidence ! Son timbre puissant et charismatique métastase l’âme. La voix gorgée et le phrasé du gaillard transcendent. Les frissons envahissent mon corps lorsque ses doigts martèlent les touches de son instrument, parfois de manière hésitante, tel un funambule sur le fil.

De toute évidence, cet artiste fait bien plus que de jouer de la musique ! C’est véritablement un accumulateur d’émotions ! La manière dont il s’implique dans ses chansons, y compris physiquement d’ailleurs, bouleverse !

Ses écrits viennent du cœur! Ils mettent à vif des sentiments exacerbés! Les blessures, les relations familiales ou encore amoureuses y sont dépeintes. Il y parle de la vie : la sienne.

Une mise en garde quand même : j’espère que pour le prochain album, il aura l’intelligence de contourner les préceptes commerciaux contemporains visant à servir la même sauce plusieurs fois de suite, afin de ne pas s’enliser alors dans un exercice qui deviendrait en conséquence trop facile et fatal pour lui.

Bref, qu’on l’aime ou pas, ce bonhomme ne laisse pas indifférent ! Certains verraient en lui une réincarnation de Nina Simone. Tout est dit !

Benjamin Booker

On dirait le Sud…

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Souvent présenté comme l’enfant illégitime, né de la rencontre entre Jack White et Dan Auerbach, le jeune Benjamin Booker se produisait à la Rotonde du Botanique à Bruxelles, jeudi dernier. La météo rock annonçait donc une salve de riffs crapuleux et une ambiance rock’n’roll à souhait !

C’est une salle archi-comble qui accueille le natif de Virginia Beach (NDR : c’est en Virginie). Pour la circonstance, le chanteur/guitariste est flanqué d’une section rythmique (basse/guitare) particulièrement efficace. Sans adresser le moindre mot au public, Benjamin Booker parvient aisément à capter son attention, grâce à la ses compos percutantes ainsi qu’à son attitude très rock’n’roll rappelant les fantômes de ses ancêtres bluesman de la ‘Bible Belt’ du Sud des States. A peine âgé de 25 printemps, le tout petit Benjamin (NDR : non, non, je vous assure qu’il n’est pas plus grand que votre serviteur…) semble avoir écumé les saloons en compagnie de Blind Willie Johnson ou de Jeffrey Lee Pierce, dès qu’il a pu tenir une guitare en mains… Le set baigne indéniablement au sein d’une atmosphère sudiste, même si la voix irrésistible et enrouée de Booker me fait souvent penser à celle d’Adam Stephens de Two Gallants. Entre folk US et garage rock, les ambiances sont variées et le show atteint d’ailleurs son point culminant émotionnel sur une comptine americana au cours de laquelle Benjamin Booker délaisse sa guitare, le drummer troque ses fûts contre un banjo et le bassiste sa basse pour un violon… on se croirait alors plongé dans le Bayou en pleine Louisiane ! Particulièrement en forme ce soir, le jeune prodige va nous livrer plus d’une heure d’un show impeccable qu’on espérait cependant plus long. Le trio termine son set aussi bien qu’il ne l’a débuté mais, en affichant une évidente morgue rock’n’roll, il quitte la salle sans un merci, sans un rappel, mais avec un grand sourire témoignant d’un plaisir réciproque… Ce soir à la Rotonde seule la musique –authentique– comptait. Pas étonnant que l’animal ait tourné en compagnie de Jack White…

(Organisation Botanique)

 

Benjamin Booker

Benjamin Booker

Écrit par

A l’issue du festival Lollapalooza, les Rolling Stones auraient proclamé que la prestation ‘live’ de Benjamin Booker, était la meilleure de cette édition 2014. Info ou intox, une chose est sûre, le CV du jeune Américain est déjà impressionnant ; ce qui devrait éveiller l’intérêt des aficionados de rock. Après avoir assuré la première partie de Jack White, Benjamin Booker a enregistré son album à Nashville, dans le même studio qu’Alabama Shakes. Et il vient de paraître sur le label Ato (Alabama Shakes, Drive-by Truckers, Two Gallants, …) Une nouvelle preuve du crédit dont jouit aujourd’hui le Virginien.

A 22 ans à peine, cet Afro-américain établi depuis à la Nouvelle-Orléans, s’évertue à ressusciter toute une tradition musicale yankee issue directement des 60’s. Et un monde d’un autre temps s’ouvre littéralement devant nos yeux. Excellent guitariste et chanteur à la voix écorchée, Benjamin Booker nous propose tout au long de cet elpee un mélange instinctif de blues et de rock, foutrement contagieux. En écoutant des morceaux rythmés tels que « Chippena », sans s’en rendre compte, nos doigts claquent et nos pieds battent la mesure. Suivant les plages, Booker consomme une énergie brute (notamment le single « Violent Shiver ») ou y injecte une palette d’émotions à vous flanquer la chair de poule (« Slow Coming », « Spoon Out My Eyeballs »). 

Benjamin Brooker constitue clairement une des meilleures surprises pour cette année. A suivre de très près !

Pour info, il se produira au Botanique, au Witloof Bar, ce 20 novembre. Un conseil d’ami, ne traînez pas si vous souhaitez vous procurer une place…

 

Benjamin Biolay

Jusqu’aux portes du Paradis…

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Auteur-compositeur-interprète et chanteur, Benjamin Biolay est né en 1973 dans le Rhône, à Villefranche-sur-Saône, très exactement. Il s’illustre d’abord en composant quelques chansons pour l’album d’Henri Salvador, « Chambre avec vue », en 2000. Depuis, il a apporté sa collaboration à de nombreux artistes, et notamment Françoise Hardy, Carla Bruni, Vanessa Paradis, Julien Clerc ou encore 113. Publié en 2009, son double album « La Superbe » récolte un franc succès. Plus ténébreux voire plus rock (encore que les compos recèlent des traces de hip hop et d’électronica) son sixième opus, intitulé « Vengeance », est paru en novembre 2012, et il épingle de nombreux duos. Echangés notamment en compagnie de l’ex-Libertine Carl Barât ou d’Oxmo Puccino. C’est d’ailleurs pour défendre cette œuvre que la nouvelle coqueluche de l’Hexagone est partie en tournée…

Et si sur disque, pour réaliser ses duos, il invite régulièrement collaborateurs et collaboratrices, ce soir il assume lui-même les deux voix. Sous cette forme, « Ne Regrette Rien », le titre pour lequel il avait pourtant reçu le concours d’Orelsan en studio, constitue une des meilleurs moments du concert. Tout comme « Laisse aboyer les chiens ». Mais la plus grosse surprise nous viendra de la participation de Vanessa Paradis, lors du premier rappel. Ensemble, ils vont interpréter « Profite », en fin de parcours.

Mathis Gardel assure le supporting act. Il est surtout connu pour son single « Reste encore ». Pourtant, ce jeune songwriter ne manque pas de talent. Il appartient à la génération du renouveau de la chanson française. Il reconnaît pour influences majeures, Daho et Bashung. Ce qui explique sans doute pourquoi Biolay l’a emmené dans ses bagages. Il faut dire que l'on a déjà vu et entendu pire comme première partie, d’autant que dans son style, il s’en sort plutôt bien, et puis, il a une bonne voix.  

Ce soir, Biolay sera généreux. Et va proposer un spectacle de deux heures, en forme de ‘best of’. Car non seulement il va interpréter les meilleurs morceaux de son dernier elpee, mais également, ses classiques, prenant bien soin d’équilibrer ancien et nouveau répertoire. Benjamin Biolay est une valeur sûre, en ‘live’, et il va de nouveau le prouver ce soir…

Il est 20h35. Le chiffre ‘600’ s'affiche en lettres lumineuses au fond de la scène. Une voix cynique résonne dans les haut-parleurs. Elle communique ‘Biolay fait de la pop française comme de la pop anglaise mais en moins bien’. Autodérision ? Benjamin et ses acolytes débarquent alors sur les planches et le spectacle peut commencer…

Après un "Cactus Concerto" déconcertant, Benjamin et ses musicos attaquent « Sous le lac gelé ». Le son est excellent. La formation très soudée. Benjamin Biolay paraît à l'aise sur scène. Sa voix est grave et profonde. Les arrangements sont particulièrement soignés. Il arpente le podium de long en large et lève parfois le poing, quand la foule l'acclame. Les guitares incisives ont leur mot à dire et on est ici très loin de la variété française. Le groupe s’autorise même une incursion dans la dance sur « Rendez-vous qui sait », l’électro pop (« A l’origine ») et même le funk (« Qu’est-ce que ça peut faire » et « Padam »).   

‘C'est bien d'être ici, ça fait longtemps’ déclare le chanteur, avant de se lancer dans une splendide interprétation de « La Superbe ». Une des ballades qui reflète parfaitement son univers mélancolique. Celui où il communique le mieux ses émotions. Et ces ballades seront nombreuses ce soir, puisqu’il exécutera également « La pénombre des Pays-Bas », « Aime mon amour », « Chère inconnue », « Ton Héritage » ainsi que « Confetti » (NDR : sur l’elpee, c’est Julia Stone qui lui donne la réplique).

Le public en veut encore et le Caladois réapparait sur le podium, suivi par la silhouette d'une dame. On entend les premières notes de "Profite" et une immense ovation s’élève de la foule pour accueillir Vanessa Paradis, venue en guest partager la scène avec Benjamin. Le public est ravi et le Français revient une seconde fois pour interpréter « Marlène est aux Anges ». Au bout de 120 minutes, il clôt sa prestation par l’incontournable « Les Cerfs-Volants ». Un chouette concert !

Setlist :

Cactus concerto
Sous le lac gelé
La Superbe
La pénombre des Pays-Bas
Dans la Merco Benz
Laisse aboyer les chiens
Aime mon amour
Chère inconnue
Rendez-vous qui sait
Qu'est ce que ça peut faire
Ton Héritage
Ne regrette rien
Dans mon dos
Confettis
Ground Zero Bar
15 septembre

Personne dans mon lit
A l'origine
Padam 

1er rappel

Profite (avec Vanessa Paradis)

2ème rappel

Marlène déconne
Les cerfs-volants

(Organisation AJA concerts)

 

Benjamin Biolay

Vengeance

Écrit par

Adulé par les uns, détesté par les autres, le dandy de la chanson française est de retour ! Ce qui réclamait bien « Vengeance » ;-)

Passons ces considérations d’amour/haine pour aller chercher ce qui nous intéresse : la musique, les chansons. Et là, il fait fort, à nouveau très fort… Benjamin a vraiment la taille extra large, c’est du costaud.

« Vengeance » qui succède au magique « La superbe » ne l’est pas moins. Ce ne sont pas moins de quatorze nouveaux titres que le grand ténébreux nous présente et qu’il chante ‘à moitié’ seul ou (très) bien accompagné.  En effet, par sept fois, une seconde voix lui donne le change ; ce qui apporte une plus value à ces chansons, c’est un dommage collatéral bien appréciable, indéniablement. Là où Vanessa Paradis, Julia Stone ou Carl Barât ne prêtent que leur bel organe, les Gesa Hansen, Sol Sanchez, Orlesan et autre Oxmo Puccino mettent également leur plume à disposition du bellâtre. De son côté, Biolay, qui n’est pas un ingrat, leur tendra le micro pour partager l’interprétation du titre. Hommage pour service rendu...

Quant on connaît la qualité du double album paru il a un peu moins de trois ans, on se demandait si BB allait pouvoir assurer une suite qui tienne la route. Et on n’est pas déçu, loin de là. On navigue toujours au top, musicalement parlant. Dès leur intro, les mélodies font mouche. Synthé, guitares et section rythmique font bon ménage et (em)portent magnifiquement la voix ténébreuse et envoûtante du beau brun. La production et les arrangements sont à la hauteur de l’écriture et des partitions ; bref, on (je) nage à nouveau en pleine ‘béatitude’. Rien à dire, tout est bon, c’est comme dans le cochon ! Quelques morceaux (toujours comme dans le cochon) procurent quand même une saveur un peu plus délicate que d’autres. A l’écoute des premières notes d’« Aime mon amour », on a compris, le vainqueur des Victoires de la musique 2009 nous capture dans ses filets et ne nous lâchera plus. Une heure durant quasiment, le plaisir est intense et l’accessibilité parfois ‘limite’ lors des parutions précédentes est améliorée d’une façon géniale. Les puristes prétendront sans aucun doute que l’univers de Biolay se dilue quelque peu dans ce nouvel opus qui fait la part belle à la ‘variété’ ; mais n’est-ce pas le signe d’un grand, de rassembler autour de son art ? Néanmoins, Biolay ne déroge pas à ses principes et perpétue une qualité d’écriture et aux "Trésor Trésor", "Aime mon amour" succèdent les "Ne regrette rien", "Personne dans mon lit" ou "Le lac gelé" tristement somptueux qui conservent une certaine marque de fabrique typique à la vie dissolue de cet écorché vif.

« Vengeance », un album fabuleux à acheter d’urgence !

 

Benja

Le post script homme

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Benja. Si on croit tout ce qui est écrit à son propos, ben, on tombe direct amoureux de ce qu’il touche. On lui trouve un talent fou, on y voit même une ressemblance avec M, rien que ça !

Ok, ok. A croire que certains webzines caressent l’artiste dans le sens du poil envers et contre tout. Et vas-y que j’en remets une couche. Ouais, moi aussi. Et moi donc. A mon tour. Et à l’aide des mêmes mots qui plus est. Original ? Bref, pour se faire un VRAIE idée de ce que vaut tel ou telle artiste, rien de tel que d’écouter, comparer et se faire sa propre idée. Tant mieux si l’impression est bonne ; tant pis si elle ne l’est pas. C’est tout de même le propre de la critique, non ?

Laissons donc tomber les compliments (foireux) servis à la grosse louche du style, ‘Benja est chanteur-dandy-compositeur-guitariste-Franc-Comtois-talentueux-séducteur-mélomane-aventurier-auteur-heureux…’ (sic). Passons également sur ce qu’en disent Cali, Miossec ou d’autres qui ont un avis tout autant positif, bien évidemment (il préface leur set).

Ah oui, j’oubliais, notre ‘Benja’, diminutif de Benjamin (Ah vous l’aviez deviné ?), a eu l’immense chance, honneur et bonheur (?) d’écrire et composer un morceau pour l’opéra-rock « Mozart » dont j’ai dit tout le bien que j’en pensais il y a peu. Quel talent, disais-je… Benjamin Vuillermoz est donc à l’œuvre (hum hum) pour son propre compte.

Ben dites-moi, on est loin, très loin du compte ! Ressemblance avec M ? Pas vu et encore moins entendu.

Chanteur, compositeur, auteur et patati et patata, j’veux bien. Toutefois deux mots me chatouillent dans la description : talentueux et mélomane. N’allons pas trop vite en besogne non plus.

En dix titres, Benja tente de nous convaincre de son potentiel. Perso, j’ai du mal. C’est peut-être son humour qui ne colle pas. Il est parfois un peu au ras des pâquerettes ; « Michelle », par exemple, ne m’incite même pas à esquisser un sourire. Ses mélodies non plus ne me branchent pas ; car trop insignifiantes, manquant totalement de relief. J’sais pas mais là, pas d’chance gars, j’accroche pas du tout.

P.S. (Post script homme) : aucune inquiétude à avoir, on cherche(ra) toujours d’honnêtes plumes pour de futures comédies musicales à deux balles. L’avenir te tend les bras, Benja…

 

Benjamin Biolay

La ‘Comédie Humaine’ revue et corrigée par Benjamin Biolay…

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Artiste déchiré, controversé, Benjamin Biolay aime provoquer et s’écorcher publiquement. Ses célèbres coups de gueule dans le monde artistique francophone et son autosuffisance affichée lui ont d’ailleurs coûté une petite mort médiatique. Petite mort dont il a utilisé soigneusement les stigmates pour signer l’un des meilleurs albums de chanson française de cette décennie. Parmi ces fleurs du mal, a fini par éclore « La Superbe », essence magistrale d’un auteur-compositeur-interprète de génie aux dérapages capricieux qui le condamnent à marcher dans l’ombre d’un Gainsbourg. Ce dernier ouvrage lui a valu la reconnaissance méritée de ses pairs : il remporte trois victoires de la musique dont celle du meilleur album et de l’artiste interprète de l’année.   

Adoré ou détesté, le dandy lyonnais s’érige dès lors comme l’un des artistes les plus prolixes et les plus doués de sa génération. Bref, une icône masculine adulée par les femmes –détestée par leur mari– qui nous offre ce soir la quintessence de son cinquième album sur les planches de l’AB de Bruxelles. Ville chère à ses yeux où il a écrit (NDR : Biolay évoque le célèbre café-concert l’Archiduc), composé et enregistré (ICP) la majorité des sillons lumineux de son dernier opus.       

20h30. Sur un fond de décor noir, simple et intimiste, le dandy ténébreux investit les lieux et introduit « Même si tu pars », sur un ton serein et assagi. Un nouveau visage Biolay, plus calme, moins torturé, s’affiche d’emblée pour nous livrer un set qui gagne en valeur au fur et à mesure que la setlist avance. L’artiste se livre progressivement au public, communie crescendo d’anecdotes, d’humeurs de vie… et parvient finalement à tisser un lien doux et amical avec le public. L’atmosphère prend corps et donne de l’assurance aux compos. La voix grave et hésitante se rassure au fil des morceaux et finit par vaincre une timidité profonde. Puis, elle s’impose doucement comme si elle acquiesçait progressivement à l’autorisation tacite de s’inviter parmi nous. Sur « Night Shop », Benjamin Biolay se libère et se métamorphose furtivement en un délicieux raconteur d’histoires. Ensuite, les titres déboulent…

Armée de cinq musiciens (harpe, batterie, guitares, basse, claviers), la performance scénique peine cependant à trouver la grandiloquence du studio. Les arrangements et les compositions ‘live’ trahissent les finitions fines de l’album et ne parviennent que trop rarement à utiliser les aspérités de la scène pour donner vie aux textes. Victime d’un album presque parfait, le concert sue et se chagrine davantage de nostalgie sur les morceaux de « Trash Yéyé ». Ainsi, « Bien Avant », « Dans La Merco Benz » et « Qu’est-ce que ça peut faire », moins instrumentalisés, redonnent un supplément d’âme à l’AB.   

C’est d’ailleurs lorsque la ‘spleen machine’ se retrouve seule au piano, légèrement habillée d’une harpe délicate et de quelques percussions discrètes (« Nuit Blanche »), que les mélodies sombres et déchirantes retrouvent pleinement leur âme originelle.

« La Superbe » et « Qu’est-ce que ça peut faire » attendront encore une heure avant de crouler sous les innombrables brassées d’applaudissements d’un public absolument fan et conquis. Enfin, le concert se referme sur le plus intimiste « A l’Origine ». Trois rappels viendront  clôturer cette soirée aux paroles hautement émotives : le plus léger « Padam », le mélancolique « Les Cerfs-Volants » et l’authentique « Brandt Rhapsodie », sur lequel l’audacieuse harpiste palliera l’absence vocale de Jeanne Cherhal.     

Pas de gifle musicale étourdissante ce soir à l’AB. Plutôt les confessions intimes d’un homme fragile et sincère qui nous propose un nouveau profil touchant d’humanité et d’ironie amère…

(Voir aussi notre section photos) 

 

Benjamin Biolay

Benjamin, LE Superbe !

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‘Benjamin Biolay ne fait rien comme les autres et pas grand-chose pour qu’on l’aime’ ! J’avais lu cette phrase au sein d’un article, mais je ne me souviens plus de sa source. N’ayant que ma curiosité à opposer à ces paroles pas très ‘sympathiques’, je me demandais qui donc et surtout pourquoi on pouvait bien véhiculer ce genre d’affirmation gratuite… N’étant jamais si bien servi que par soi-même je décidai donc de vérifier la véracité ( ?) de ces propos.

Bien avant son entrée en scène, Biolay avait convié un duo bruxellois plutôt insignifiant pour ouvrir l’appétit d’un public éclectique où jeunes, moins jeunes et pas jeunes du tout même se pressaient afin d’entendre ce ‘mutant’ de la chanson française. Ses géniteurs seraient tous deux… masculins, le premier pourrait être Gainsbourg dont il aurait hérité le don des mélodies, le sens de l’orchestration et… la clope souvent suspendue aux lèvres. Le second pourrait être Bashung à qui il aurait hérité de la voix à la fois chaude et rocailleuse ainsi que la facilité d’écrire des textes d’une beauté et d’une justesse incomparables. Et puis, n’aurait-il pas eu comme ‘nounou’ Etienne Daho qui lui aurait laissé comme bagage le sens du rythme pop des eighties ?

Encore tout auréolé de son trophée aux victoires de la musique et à peine sorti d’un scandale médiatisé à souhait par la presse people, le plus mélancolique des sombres chanteurs français avait mis les petits plats dans les grands jeudi soir à Lille. Devant une salle comble (NDR : deux mille personnes entièrement dévouées à sa cause), l’ex-mari de Chiara Mastroianni, en compagnie de laquelle il avait signé un elpee de duos piquants et amoureux, nous l’a joué dandy, tendre et sensuel à souhait.

Benjamin sait que le public sera chaud/bouillant dès les premières notes et mots qui émergeront de l’obscurité. Et il se fait désirer pendant près de 40 minutes. Après les petits zakouskis sans saveur servis par le supporting act, de quoi encore faire monter la pression. Et inévitablement, dès les premiers accords de « Pour écrire un seul vers », c’est le délire dans les travées de l’Aéronef. Pari gagné pour ce beau brun un peu timide, réservé, qui remercie gauchement, et dix fois plutôt qu’une, ses admirateurs.

Un piano à queue noir trône au milieu de la scène devant un décor romantico-baroque, dont les pans de murs aux hauteurs différentes sont recouverts de feuilles d’aluminium qui scintillent aux rythmes des ballades chaloupées du ‘quintet biolesque’. Cinq, ils sont cinq pour donner vie au monde musical de Benjamin.

Une harpiste/violoncelliste/choriste, deux guitaristes, un batteur et un claviériste/touche à tout (utilisant le theremin, espèce de scie musicale) démontrent par cette richesse instrumentale, toute l’étendue du talent affiché par le beau Lyonnais. Le sixième c’est lui, seul au piano pour quelques morceaux plus intimes dont le sublime « Ton héritage » et une fois, une seule à la trompette, dos au public comme gêné de souffler, peut-être, dans un instrument un peu ringard aux yeux de ses fans…

Il faudra cependant plus d’une demi-heure pour que la tension, espèce de vernis dont est recouvert Benjamin, se craquelle. Enveloppé dans une timidité, une gêne quasi palpable, le trentenaire ténébreux lâchera enfin les chevaux à partir de « Lyon presqu’île » mais surtout « Prenons le large », repris en chœur par une salle en ébullition. 

Jouant à saute-mouton dans son répertoire, alternant le piano-voix (« Nuage Noir », « Novembre toute l’année », « Négatif »), les ambiances vaporeuses (« Même si tu pars »), la pop eighties (« Si tu suis mon regard », « Qu'est-ce que ça peut faire ? »), le déchirement glacé (« Night shop »), les boucles électro (« L'espoir fait vivre ») ou la nostalgie dansante (« Lyon Presqu'île »), Benjamin se remue, complètement décomplexé à présent, levant le poing plus souvent, et sur « A l'origine », finit même par se rouler par terre en vociférant, dans un tonnerre de guitares-batterie très réussi.

Deux heures passent hélas très (trop) vite et au vu du catalogue musical de Benjamin Biolay, on aurait volontiers écouté une dizaine de morceaux en plus ; car c’est réellement un très grand compositeur, un musicien hors pair et un arrangeur exceptionnel qui nous fait face ce soir.

Quatre rappels seront accordés dont le splendide « Padam », mais en guise de clôture, définitive cette fois, en duo avec sa complice harpiste, il nous délivre le déjà mythique « Brandt Rapsodhy » évoquant une liaison par post-it interposés ; et il met le doigt là où ça souffre, passant des éclaboussures d’un grand amour à une déchirure brutale.

Une fin dramatique pour un spectacle tout en nuances, sombre et lumineux, mélancolique et mélodique.

Quel est le con qui a dit : ‘Benjamin Biolay ne fait rien comme les autres et pas grand-chose pour qu’on l’aime’ ?

(Voir aussi notre section photos)

Organisation Vérone Prod 

Benjamin Biolay

La superbe

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Benjamin Biolay est certainement un des artistes les plus controversés du paysage musical français. On l’aime ou on le déteste. A vrai dire il s’en fout éperdument ; choque juste pour le plaisir et ne fait rien pour plaire. Il continue son bonhomme de chemin, et n’en a rien à cirer de ce que l’on pense de lui. Tant mieux pour les uns, tant pis pour les autres !

Benjamin nous propose son cinquième opus. Réunissant 22 titres, il est double. Et, avouons-le tout de suite, c’est certainement ce qu’il a fait de meilleur jusqu’à présent. Non content de proposer des compositions très soignées, couvertes de pop anglaise, mais il est parvenu à les habiller de textes à la hauteur de son immense talent.

Les comparaisons foisonnent : de Gainsboug à Sheller, en passant par Brel, Daho ou Bashung, Benjamin ferme le bec à tous ses détracteurs, y compris à quelques-uns de ses soi-disant ‘bons collègues du métier’.

Evidemment, sur ce double Cd, certains morceaux sont un peu plus réussis que d'autres ; mais franchement « Ton héritage », « Night Shop », « Tu es mon amour », « Sans viser personne », « Brandt Rhapsodie », « Tout ça me tourmente », « Raté », « Lyon Presqu'île », « Jaloux de tout », « 15 septembre » et le titre maître sont tout bonnement extraordinaires. Onze chansons qui brillent tant par leurs textes, la musique, la voix que les arrangements…

Tout y est. Les onze autres sont seulement ‘excellentes’, un demi-ton en-dessous d’extraordinaire donc… Tout a un sens ; à chaque plage, Benjamin, magicien des mots et des mélodies qu'il manie avec réel talent, nous invite, sans redites, sans raccourcis, sans facilités, à accomplir un voyage chargé de tristesse et de mélancolie ; mais aussi empreint d’une beauté susceptible de vous flanquer le frisson.

Si vous n’avez jamais trop aimé Biolay, ce n’est pas cet album qui va vous faire changer d’avis. Si vous ne le connaissez pas, je vous invite vivement à le découvrir. Quant aux autres, ils se sont déjà probablement procuré l’elpee. En un mot comme en cent : génial !

 

Benjamin Biolay

Trash Yéyé

Écrit par

Depuis longtemps, on lit tout et son contraire au sujet de Benjamin Biolay. « A l’origine » avait éveillé la curiosité et plongé la critique, au fil des albums, dans une joute passionnée. Le débat pourrait prendre fin aujourd’hui, grâce à la sortie de « Trash Yéyé ». D’entrée de jeu, « Bien avant » dépose calmement les armes et impose le talent sublime de l’auteur dans la défaite. Biolay a la carrure de se montrer fragile et, de cette force, poignarde ceux que la passion emporte. « Regarder la lumière », « Qu’est-ce que ça peut faire » ou « Laisse aboyer les chiens », autant de singles potentiels qui claquent à la gueule, mais offrent l’issue de s’en foutre : renoncer. Plus accessible que ses prédécesseurs, comme le prouve l’efficace et attachant premier single (« Dans la Merco Benz »), cet opus ne perd pas pour autant en qualité. Au contraire. Aux textes crus, cruels, cruciaux, viennent se greffer des mélodies élégantes bien ficelées par des arrangements plutôt classes. Un peu dandy, surtout doué, Biolay livre ce petit essai sur les sentiments que l’obscurité prive de toute pudeur. Douloureuses, passionnelles, magnifiques, les chansons de Biolay passent, comme le temps, et qu’importe : « De beaux souvenirs », c’est ce qui doit rester. Une très jolie gifle, pour ceux qui en doutaient encore…

Benjamin Schoos

L’histoire de William Buckner

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A la manière de Gainsbourg et son « Melody Nelson », Benjamin Schoos (alias Miam Monster Miam) nous sort « L’histoire de William Buckner ». Un album ‘concept’, dit-on. Concept ? Ne sont-ils pas merveilleux, ces termes qui accordent implicitement une valeur ajoutée, tout en signifiant tout et n’importe quoi sous leurs étiquettes ? Infatigable touche-à-tout (musique, collages, interventions chez Mercier…),  Benjamin Schoos semble s’être fait plaisir en enregistrant cet album. Plaisir qui, dans ce cas-ci, est difficile à partager. Quoique… Après plusieurs écoutes, on s’attache au personnage incarné par William. On l’imagine, une Lada pourrie en guise de fidèle destrier, tenter la traversée d’un far-West moderne. Une odyssée commune. Pas de quoi fouetter un chat. Sauf qu’on s’y reconnaît étrangement. Ses peurs, ses envies, ses rêves sont un peu les nôtres. S’il n’y avait cet harmonica redondant et agressif, on se reprendrait même à écouter l’album encore une fois. Mais non. Pour le coup, Benjamin a déjà fait mieux.

Benjamin Biolay & Chiara Mastroianni

Home

Disque carte postale d’une escapade aux Pays-Bas, « Home » est le premier disque en duo du couple Benjamin Biolay-Chiara Mastroianni. Après les quelques chansons à deux voix de « Négatif », les deux tourtereaux les plus branchés de France sont donc vraiment passés à l’acte. Résultat : « Home » est un disque fait à la maison, dont l’écoute se veut avant tout domestique, le mieux dans l’espace confiné d’une voiture. On y retrouve évidemment la patte Biolay, ce souci de plaire en murmurant des mots d’amour, une certaine préciosité vieille France, de l’élégance gainsbourgienne, et toujours cette fascination pour l’Amérique… Et pour la circonstance, plus de blues, guitares s’entend. C’est là qu’« Home » impressionne le plus : dans cette envie d’embrasser le blues et la country à bras-le-corps, de front et sans rougir. Il y a du « Velvet Underground » (l’album éponyme) dans ces mélodies douces-amères au parfum de gitanes, voire du Beach Boys (« Dance Rock’n’Roll »). Sur la banquette d’un Motor Inn perdu en plein désert mojave, un couple s’enlace, boit du café, s’échange quelques mots en sourdine (« Tête à Claques », « Folle de Toi »). Ils sont beaux parce qu’ils s’aiment, pour de vrai. Ca s’entend, même si parfois ça cabotine. De retour dans leur carlingue (une Buick ?), ils reprennent la route, direction le sud, ces terres arides d’où viennent les vrais bluesmen. A l’horizon, point de danger : le soleil brille, le ciel est dégagé. L’amour, c’est clair, n’a que faire des routines.