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Bénabar les regarde danser…

Bénabar est de retour et nous propose un nouveau single intitulé « Elles dansent », un titre fondamentalement pop, joyeux et émouvant, qui raconte une histoire de famille ou d’amis dans laquelle chacun pourrait se reconnaître : un moment de joie et de liberté…

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Grant Haua

Le Haka de Grant Haua

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En cette année de Coupe du Monde de rugby, Grant Haua a voulu marquer le coup en choisissant une ‘pochette’ susceptible d’opérer le lien entre tous ces mondes. Avant chaque match, les All Blacks exécutent le Haka, une chorégraphie qui est devenue rituelle. Elle trouve son origine dans la culture Maori dont est issu Grant Haua. Sur l’illustration de cette pochette, on remarque la présence d’un manche de guitare d’un côté et on retrouve le tirage de langue ainsi que les yeux exorbités de l’autre… comme dans le Haka.

Cet album se rapproche de ses standards habituels mais sous une forme plus électrifiée. Qu’il s’agisse de chanter l’amour (« Jealousy », « To Be Loved »), le respect des grands noms (« Billie Holiday », « Bad Mofo », une ébouriffante reprise de « My Time Of Dying » de Blind Willie Johnson que Led Zeppelin avait adaptée), les douleurs quotidiennes de l’âme et/ou du corps (« Aches », « Blame It On Monday ») ou tout simplement la recherche des choses simples (« Good Stuff »). Bref, tout ce qui fait l’alchimie d’un album réussi et confirme que Grant Haua appartient définitivement à ces artistes qui ont ce petit truc en plus n’appartient qu’aux plus grands.

Quelques mots de Grant concernant l’album : ‘Ceux qui sont familiers de ma musique remarqueront que cet album est bien différent de mes précédentes productions que j’avais composés principalement à la guitare acoustique. Etant de la génération X, toutes ces chansons sont fortement influencées par cette période que je considère, et de loin, comme la meilleure dans l’histoire du rock. Je sais que cela me vaudra des critiques d’être trop ‘old school’, mais à vrai dire je prends cela plutôt comme un compliment car mon ADN musical est définitivement construit autour de cette période. « Pukehinahina » et « Embers », les 2 titres de l’album parlant de la guerre, sont aussi pour moi une grande nouveauté en tant qu’auteur. « Pukehinahina » me transporte littéralement et nul doute que la contribution de Mathieu et Laurent de The Inspector Cluzo ne fait que rajouter à la rage de ce titre. Concernant « Embers », lorsque j’ai visité en mars 2022 le Mémorial de Caen, j’ai ressenti un incroyable mélange de tristesse, de perte mais aussi de fierté, de crainte et de respect envers tous ces hommes qui sont tombés là, pas mal d’entre eux étant aussi de mes ancêtres…’

L’album « Mama Blues » sortira le 8 septembre 2023.

Et pour en savoir plus sur l’artiste, il suffit de cliquer sur son nom dans le cadre informations complémentaires.

 

Immigrant

Wounded Healer

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Depuis le split acté en 2001, Royal Trux, l’un des duo les plus rock’n’roll de ces dernières décennies, était resté plutôt discret. Après avoir quitté Washington D.C pour Los Angeles, Jennifer Herrema a monté RTX, rebaptisé par la suite Black Bananas, mais s’est également lancée dans des domaines plus lucratifs, dont une ligne de jeans et la création de bijoux. De son côté, Neil Hagerty a poursuivi sa carrière chez The Howling Hex.

En 2015 les anciens comparses se sont retrouvés pour accorder quelques concerts. Ce qui a sans doute poussé le tandem à publier un album ‘live’. Deux ans plus tard, Hagerty et Herrema décident de sélectionner 12 titres représentatifs de leur parcours (NDR : jalonné d’une dizaine d’elpees, gravés entre 1987 et 2001) et de les interpréter, sans aucune répétition, lors de deux shows, l’un à New York et l’autre à Los Angeles. Intitulé « Platinum Tips and Ice Cream », cet opus résume donc ces événements, en douze pistes. Soutenu par un drummer et un bassiste, le tandem nous y réserve un rock/garage brut de décoffrage. Et rien n’a été n’a été planifié pour en faciliter la digestion. Le duo ne semble pas s’être assagi et continue à entretenir son mythe créé sur les excès du passé. Difficile de comprendre, au-delà de l’intérêt financier que l’on imagine, celui que revêt cette production…

 

John Grant

La magie de la musique semble encore avoir opéré…

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Malgré le climat particulier qui règne depuis quelques jours, suite aux attentats de Paris, la foule s’est déplacée en nombre pour assister au concert de John Grant, ce mardi soir, prévu dans l’Orangerie du Botanique. D’ailleurs, comme le dira plus tard le grand barbu, durant son spectacle, si on se laisse intimider, il ne nous restera plus qu’à rester dans son canapé. Option que ce dernier a donc choisi de ne pas suivre.

Après avoir fait la file à l’entrée et bravé la fouille, votre serviteur débarque dans la salle. Mais le supporting act vient de terminer sa prestation. Qui était assurée par un groupe islandais répondant au nom de Fufanu. Un sextuor dont le chanteur (Kaktus) n’est autre que le fils d’Einar Einarsson, ex-membre des Sugarcubes, formation qui avait servi de tremplin à Björk). Et qui a publié un excellent Ep, « Adjust to the light » (voir chronique ici), en juin dernier…

Il est 21 heures, lorsque John Grant monte sur l’estrade. Il est venu défendre son troisième elpee, intitulé « Grey Tickles, Black Pressure », paru début du mois dernier. Il est suivi par quatre musicos : un claviériste, un bassiste, un guitariste et un drummer.  

En début de parcours, le Texan privilégie les compos empreintes de charme et de mélancolie, des chansons paisibles, balisées par le piano. A l’instar du titre maître de son nouvel elpee, « Grey Tickles, Black Pressure », de « Marz » (NDR : un extrait de son premier LP, gravé en 2010) ou encore « Down Here »), trois excellents morceaux. Après une demi-heure de set dominé par la tendresse, le concert change de cap et adopte un profil plus électro. Manifestement, l’amplitude de styles embrassée par John est large. Et le light show s’adapte au nouveau climat, stroboscopes et spots colorés balayant le podium. « Pale Green Ghosts », titre éponyme du premier long playing, amorce ce changement. La température commence à grimper dans l’auditoire. Certains spectateurs commencent à se dandiner. Les titres défilent, la set list épinglant au passage le disco-kitsch « Disappointing » et l’électro/hip hop « Snug Slacks ». Mais le sommet du concert est atteint lors du splendide « Queen of Denmark », une composition qui vous flanque la chair de poule. Après un peu plus heure de show, le quintet s’éclipse. Puis revient pour accorder un rappel, au cours duquel Grant va nous réserver « Caramel », seul en s’accompagnant aux ivoire. Un encore de 15 bonnes minutes qui va permettre à la voix de John de nous confirmer tout son potentiel…

Malgré ses lyrics chargés de spleen, l’Américain est ravi de recevoir une belle acclamation. Une joie finalement communicative. Manifestement, la magie de la musique semble encore avoir opéré…

(Organisation Botanique)

 

Grant-Lee Phillips

En attendant la sortie d’un nouvel album…

Écrit par

Soirée intimiste à la Rotonde du Botanique, ce mardi 13 octobre. Pour assurer la première partie, les organisateurs ont invité l’ex-Metal Molly, Allan Muller. Et en tête d’affiche, Grant-Lee Phillips, le leader du défunt Grant Lee Buffalo (NDR : même si en 2011, le combo s’était reformé pour accomplir une tournée). Paru en 2012, son dernier opus solo s’intitule « Walking In The Green Corn ».

L’hémicycle est clairsemé pour accueillir Allan Muller. Il est uniquement armé d’une sèche amplifiée. Ce Malinois tourne beaucoup au Nord du pays ; mais il est plus que méconnu de l’autre côté de la frontière linguistique. Pourtant, au cours des nineties, c’était le leader de Metal Molly, un power trio impliquant Pascal Deweze et Gino Geudens. Particulièrement influencé par les Pixies, il avait eu l’opportunité d’assurer le supporting act de Bowie, à Forest National, pour remplacer Morrissey, au pied levé. En 1996 ! Le combo a gravé deux elpees : « Surgery For Zebra » en 1995, et « The Golden Country », en 2000. Avant de disparaître dans la nature. Allan a ensuite formé Satellite City, dont on retrouve la trace en 2002 et 2005 ; mais le projet a ensuite passé de vie à trépas. Aujourd’hui, Muller se produit en solo. Sa voix est puissante, mais il n’interagit guère avec son auditoire. Discret mais efficace, il finit quand même par le convaincre…

C’est en 1991 que Grant-Lee Phillips fonde Grant Lee Buffalo, à Los Angeles, en compagnie du bassiste Paul Kimble et du drummer Joey Peters. Michael Stipe (R.E.M.) et Bob Mould (Hüsker Dü) avaient énormément d’estime pour cette formation. En 1999, Philipps décide de mettre fin à cette belle aventure. Il grave ensuite 6 long playings personnels : « Ladies Love Oracle » en 2000, « Mobilize » en 2001, « Virginia Creeper » en 2004, « Neineteeneighties » en 2006, « Strandelet » en 2007 et « Little Moon » en 2009. Malgré ses racines cherokee et blackfoot, il s’est depuis installé à Nashville…

La Rotonde est pleine à craquer quand Grant-Lee Phillips grimpe sur l’estrade. La formule est identique. Voix et gratte acoustique électrifiée. Différence, il s’établit immédiatement un contact chaleureux entre l’artiste et l’auditoire. Il est venu prendre son pied au sein d’une atmosphère cool. Un set qui va durer 150 minutes, rappel compris. Entre chaque compo, il dialogue avec son public et balance quelques vannes, de manière à mettre à l’aise son public.  

Pas de setlist collée sur le plancher ; costume sobre de couleur marron, chemise noire et cravate de cow-boy, le quinquagénaire (NDR : il est né en 1963 !) va interpréter ses chansons au gré de son inspiration ; et au cours de la dernière demi-heure, suivant les desideratas des spectateurs. Il ne changera pas de gratte de tout le concert. Il attaque « Nightbirds » (« Little Moon »), un morceau qui trempe dans l’americana. De sa six cordes, il arrache des sonorités tour à tour puissantes, discrètes ou allègres. Et ce dans une ambiance cosy et intimiste. Qu’entretient un light show minimal. Plus folk et sans la moindre fioriture, « The Straighten Outer » est tiré du dernier opus, « Walking In The Green Corn ». On y ressent les influences du Zim, de Springsteen et Neil Young. « See America » (« Mobilize ») ne manque pas de charme, une jolie ballade dépouillée, qu’interprète l’artiste d’une voix suave. Il s’était déjà produit dans cette même Rotonde en avril 2002 ; et il se plait à nous le rappeler. Les titres défilent, dont un nouveau : « Cry Cry ». Un opus est en préparation, c’est sûr. Il n’en oublie pas pour autant le répertoire de Grant Lee Buffalo. Et nous en réserve notamment « Truly, Truly », « Happiness », « Jupiter and Teardrop », « Mighty Joe Moon  », « Fuzzy » et « The Shining Hour ». Des compositions que l’auditoire attendait et pour lesquelles, le Californien va donner tout ce qu’il a dans le ventre. Des chansons contagieuses, dont les refrains sont susceptibles d’être sifflotés le matin, en prenant sa douche. Chaud boulette, le public propose des titres pour sa set list. Ce qu’accepte le songwriter, tout en prenant lui-même la direction des opérations. Et c’est par deux morceaux du catalogue de Grant Lee Buffalo, qu’il achève son spectacle : « Everybody Needs A Little Sanctuary » et « Mockingbirds », deux plages qui ont permis à son ancien groupe de se forger une certaine notoriété...

(Organisation : Botanique)

 

Willard Grant Conspiracy

Trop long et sans grand relief…

Écrit par

Fondé en 1995, Willard Grant Conspiracy ne compte plus que Robert Fisher comme membre permanent. Si au départ, son style est bien ancré dans le country/folk américain, WGC s’autorise régulièrement des incursions dans la pop, le psychédélisme et surtout le rock. Depuis 2002, Bob milite également au sein de The Transmissionary Six, en compagnie de Terri Moeller des Walkabouts, formation au sein de laquelle il tourne régulièrement. WGC se produisait ce soir au Botanique, pour défendre son dernier elpee, « Ghost Republic ». Il est vrai que le projet de Fischer ne rencontre pas un succès planétaire ; et pourtant, il est responsable de quelques long playings qui tiennent bien la route. Publié en 2006, « Let it roll » est ainsi un petit chef-d’œuvre. A contrario, ses essais sculptés dans l’americana manquent souvent de punch. Mais tout en préservant un paramètre : la qualité des lyrics. Et c’est sous un format dépouillé que WGC va nous livrer son set, dans une Rotonde qui compte une cinquantaine de spectateurs. Probablement des membres de son fan club… 

Physiquement, Robert Fisher ressemble à feu Carlos qui se serait laissé pousser la barbe et aurait troqué sa chemise à fleurs contre une veste en cuir. Sa carrure est impressionnante. Sur les planches, il est flanqué d’un violoniste. Le concert sera donc bien minimaliste. Les deux musiciens prennent place sur deux chaises placées au centre du podium. L’ambiance est détendue, tout le monde est assis sur les marches de la Rotonde. Ce n’est d’ailleurs pas plus mal, vu le climat au sein duquel nous allons être plongés…

Dès le premier morceau, le baryton de Fisher impressionne. Ténébreux, il résonne dans la Rotonde. Il est armé d’une gratte sèche et les interventions de son comparse au violon sont solides. En toile de fond, des projections défilent. Des images. Celles du désert de Mojave ou de villes étasuniennes abandonnées. Mais aussi des textes. Nous rappelant qu’après avoir séjourné quelques années à Boston, Robert est retourné vivre en Californie. De quoi permettre à l’auditoire de décoller. Une petite demi-heure cependant, pas plus. Car passé ce cap, l’attention des spectateurs se disperse et se rend compte que musicalement, Willard Grant Conspiracy tourne en rond. Si la voix du leader est irréprochable, son jeu de guitare est limité. Certes, pas besoin d’être un soliste de génie pour enflammer le public : mais trois accords, c’est tout de même un peu léger. En outre, au cours de sa prestation, jamais il ne haussera le ton. Pas la moindre bouffée d’excitation. Enfin, si en début de parcours, le jeu décousu et expérimental du violon bouleverse, trop rapidement l’effet de surprise s’estompe. Même le visuel se mord la queue. Au cours de l’heure et demie de spectacle (?!?!), les mêmes photos et les mêmes écrits seront projetés à 3 reprises. Pour rompre la monotonie du concert, on aura quand même droit à deux morceaux qui sortent du lot. Tout d’abord, lorsque le violoniste chante sa compo, pendant que Fisher exécute trois notes d’harmonica. Malheureusement, le songwriting n’est pas aussi brillant que celui de son partenaire. A cet instant nous avions quitté le désert, en nous imaginant autour d’un feu de camp, lors d’un camp scout. Le second a vraiment surpris tout le monde. Bob interprétant une compo a cappella. Et une telle performance dans la Rotonde, c’est classe !

Finalement, il est préférable d’écouter « Ghost republic » tranquillement chez soi, les paroles devant les yeux. Sa transposition en ‘live’ était trop longue, et manquait surtout de relief. Une petite déception !

(Organisation Botanique)

 

John Grant

Un grand moment d’émotion, tout simplement.

Écrit par

The Czars est une formation qui a sévi de 1994 à 2004. Son leader, c’était John Grant. Il n’a cependant relancé sa carrière qu’en 2010. En solitaire. Il publie alors un premier opus intitulé « Queen of Denmark ». Un disque sculpté dans le folk, et dont les compos intimistes relatent ses problèmes liés à l’alcool, la drogue et l’homosexualité. Le grand barbu se produisait ce jeudi 18 avril au Botanique de Bruxelles, pour défendre son second elpee, « Pale Green Ghosts ». Un opus au cours duquel l’Américain prend un virage à 180 degrés, en introduisant dans sa texture sonore de l’électro. On se demandait donc quel serait le résultat de sa nouvelle approche musicale, en ‘live’.

L’Orangerie est loin d’être comble. Faut dire que John Grant ne jouit pas d’une notoriété suffisante pour remplir une salle de cette capacité. Pas de première partie. Plutôt judicieux, à défaut de se mettre quelque chose d’intéressant sous la dent.

John Grant monte sur les planches vers 20h15. Il est accompagné par un groupe. Depuis qu’il s’est installé à Reykjavik, il recrute ses collaborateurs au sein de la scène islandaise. Le guitariste, le bassiste, le batteur ainsi que le préposé aux bidouillages électroniques sont issus de la terre de feu et de glace. Tous les musicos du combo portent d’ailleurs un nom qui se termine par ‘son’. Seul le pianiste est britannique.

Dès les premiers titres, John Grant nous entraîne au sein de son univers mélancolique. Le lightshow est parfait. La ligne de basse gronde. Les nappes de synthés se superposent. Grant s’est planté au milieu de podium. Il se déhanche légèrement. Sa tessiture vocale est impressionnante. Il est capable de passer d’un registre caverneux à un autre fluet, le plus naturellement possible. Certains morceaux glissent parfois dans l’électro-pop kitsch, mais sans jamais se départir de son intensité émotionnelle. A l’instar de « I Hate This town ». L’artiste le dédie à la ville de Denver, alors que paradoxalement il admet avoir été inspiré par ABBA, lorsqu’il a composé cette chanson. Il enchaîne ensuite plusieurs titres plus folk issus de son dernier elpee, comme « You don’t have to » ou encore « It doesn’t Matter to him ». Entre chaque compo, Grant remercie son public. Si ses lyrics ne respirent pas la joie de vivre, son attitude semble plutôt positive et on a même l’impression qu’il et heureux d’être là ce soir. Après une heure de set, il passe à son plus ancien répertoire. Le moment à partir duquel la prestation va atteindre son summum. Et tout en crescendo, « Queen of Denmark » en est vraiment l’apothéose. On en reste figé. Des frissons vous parcourent l’échine. Après une brève pause, Grant revient sur les planches pour nous accorder quelques titres supplémentaires, dont l’excellent « I wanna go to Marz ».

Personnage sympathique et attachant, John Grant nous a offert un concert de haute volée. Un grand moment d’émotion, tout simplement.

(Organisation Botanique)

 

John Grant

Queen Of Denmark

Écrit par

Lorsque Chris Pearson et John Grant décident de mettre fin aux Czars, l’avenir du second nommé semble plombé. A l’instar d’un fil de pêche trop tendu, qui finit par céder contre une branche morte, au fond d’un lac pollué. ‘Blam !’ Les catastrophes naturelles –de type tremblements de terre ou tornades– auraient fait moins de dégâts sur le psy de John Grant, que l’échec de cette aventure. Du coup, c’est la grosse déprime. Puis, le délire et les hallucinations. Un état mental qui devient le quotidien de l’Américain. L’histoire ne le confirme pas ; mais des bruits circulent qu’il s’était enfoncé dans une forêt maudite, une corde en main. Il y avait même choisi sa dernière branche… Grant aurait alors rencontré ses amis de Midlake qui festoyaient pas loin de l’arbre en question. Ne laissant jamais tomber un pote,  ils ont alors proposé à Grant de l’aider. En lui apportant leur collaboration pour coproduire un elpee. “Queen of Denmark” venait de prendre forme…

L’empreinte de Midlake est omniprésente. On y retrouve les effluves produites par les vergers sous la brise ou les sentiers battus par les vents. Cette ambiance folk délicate, empreinte de grâce et de classe. Un projet avait avorté. Un nouveau venait de naître. Sur des cendres qui auraient pu tout consumer. Et il s’est transformé en château, en temple même… Au sein duquel, une lumière envoûtante filtre à travers la nuit…

Fruit de cet échange précieux, “Queen of Denmark” crée une harmonie entre sarcasme et humour. Le sublime aussi. S’autorisant des envolées psychédéliques (« Outer Space »), des breaks mystiques (« Caramel ») ou des clins d’œil faussement décousus (« Queen of Denmark »). John Grant et Midlake viennent de commettre une œuvre qui devrait ravir tant les fans de feu The Czars que des toujours bien vivants Midlake. Foncez chez votre disquaire. Soudoyez-le, suppliez-le, mais faites en sorte qu’il alimente ses bacs de la galette confectionnée par l’Américain. S’il refuse, intentez-lui un procès…

 

Willard Grant Conspiracy

Paper covers stone

Écrit par

“Papers covers stone” serait le huitième album studio de Willard Grand Conspiracy. Presqu’une compile, puisque l’elpee ne recèle que trois nouvelles compos. Presque, puisque les 10 autres plages ont été retravaillées sous un format lo-fi. Ou minimaliste, si vous préférez. Le plus intéressant procède, cependant, de la présence de musiciens qui ont accepté de revenir à leurs premières amours. Pas de Paul Austin, cependant, mais bien Sean O’Brien et David Michael Curry. Sans oublier le concours du pote de Robert Fisher, Steve Wynn. Robert a en quelque sorte voulu en revenir à une formule plus ‘de chambre’ (NDR : c’est ce qu’il déclare), à contrario de ses dernières œuvres qui tout en se révélant excellentes, embrassaient un concept de plus en plus épique (NDR : et « Pilgrim road » en est certainement la plus belle illustration). De cette nouvelle approche des compos, on relèvera bien sûr l’inévitable baryton profond de Fischer et puis surtout le violon alto de David. Qui se met à grincer lorsque Sean montre enfin des dents sur les morceaux les plus électriques. Et tout particulièrement en seconde partie de l’intense « Preparing for the fall » (NDR : c’est une des trois nouvelles compos). Le psychédélisme tempétueux, halluciné, distordu mais toujours feutré y prépare une rencontre apocalyptique avec le diable… Et le final « The ocean doesn’t want me » (NDR : une cover de Tom Waits) est calqué sur un moule aussi hanté et sinistre. Tirant à nouveau parti de cette rencontre tellement fiévreuse et perturbante entre les cordes du violon et de la six cordes…

Willard Grant Conspiracy

Pilgrilm Road

Écrit par

Pour enregistrer son septième opus, Robert Fisher a reçu le concours d’une multitude de collaborateurs. Plus d’une vingtaine. Malcolm Lindsey, tout d’abord. Un écossais responsable de la composition de B.O. de films, mais également de partitions plus ‘classiques’. Il partage l’écriture des morceaux et joue du piano, de la guitare acoustique et électrique, des claviers (notamment un orgue à soufflets) et apporte son concours aux vocaux. Il partage également la production et les arrangements avec Robert. Les sessions d’enregistrement se sont d’ailleurs déroulées, notamment à Glasgow au sein de studios de Malcolm, mais également à New York et Los Angeles. Et puis une pléiade de musiciens qui se partagent une volée d’instruments tant ‘classiques’ que conventionnels : piano, harmonium, six cordes, violon, violoncelle, trompette, vibraphone, alto, double basse, basse, slide, percus, drums, etc., sans oublier la chorale : The Pilgrim Choir. Parfois gospel, parfois puissante, solennelle. Robert se concentre exclusivement sur le chant. Et tout au long de cet elpee, son baryton est vraiment bouleversant. Sur le meilleur titre de l’œuvre, valse déchirée entre symphonie et fanfare, « Painter blue », il parle d’ailleurs plus qu’il ne chante, dans un registre proche de Simon Huw Jones, d’And Also the Trees. La symphonie, c’est d’ailleurs l’impression générale qui émane de ce « Pilgrim road », une symphonie souvent ténébreuse, toujours majestueuse, profonde, au cours de laquelle Fisher est à nouveau hanté par sa quête perpétuelle de la spiritualité. Et en particulier par la foi, la mort et la rédemption. Il aura cependant fallu cinq années pour réaliser un tel projet ; et si le résultat est tout à fait convainquant, il prend une toute dimension sur les planches. Plus vivante, moins sophistiquée, mais tout aussi riche…

Willard Grant Conspiracy

Symphonie pour un pèlerin

Écrit par

Robert Fischer est imprévisible. Après avoir écouté son dernier album, « Pilgrim road », je me suis demandé quelle mouche l’avait donc bien piqué pour accoucher d’une musique aussi orchestrale. D’ailleurs, je dois avouer avoir imaginé que cet opus était un projet sans lendemain. Et je me suis lourdement trompé. La plus belle preuve par son set accordé ce samedi 24 mai au Handelbeurs de Gand.

Howe Gelb assure le supporting act de la nouvelle tournée de WGC. Il joue même sur le piano d’un des musiciens du groupe, alors que son compère emprunte la contrebasse d’Eric Van Loo. Au milieu de sa prestation, le drummer de la bande à Fischer vient même donner quelques coups de balais. Mais venons-en à la prestation de Gelb. Il joue des ivoires sur la moitié de son set. Ses chansons baignent manifestement dans le jazz. Aussi bien allègre que mélancolique. Et les accords tout en nuances accordés par le contrebassiste accentuent cette impression d’intimisme syncopé. Heureusement, Gelb parsème sa prestation de traits d’humour. Il se lève régulièrement de son tabouret pour aller pincer les cordes à l’intérieur du piano à queue. Fait craquer son support de micro lorsqu’il achève ses morceaux. Balance l’une ou l’autre plaisanterie. Converse parfois avec le public. Après 7 ou 8 titres, il passe à la guitare à 12 cordes dont il parvient à sortir des sonorités incroyables, tout en recadrant constamment une ligne de conduite essentiellement semi-acoustique. Et en fin de parcours, il revient siéger derrière le piano pour interpréter une compo à la limite du dixieland. On est quand même très loin de ses expérimentations extrêmes opérées au sein de Giant Sand, voici plus de 10 ans. L’homme à mûri. Seules ses expressions du visage trahissent encore son esprit malicieux.

Pas le temps d’avaler sa blanche (NDR : un petit quart d’heure !) et Willard Grant Conspiracy monte sur le podium. Ils sont onze sur scène (*)! Tous assis, sauf le contrebassiste Eric Van Loo, légèrement en retrait, sur la gauche. En fait de contrebasse, il s’agit réellement d’une double basse. En front de scène et de gauche à droite s’installent un pianiste (guitariste aussi, mais surtout à mi-parcours), Robert (il ne jouera pas de gratte avant le 11ème morceau), une charmante vocaliste (dès son arrivée, elle a planté une fleur sur son pied de micro) douée d’un timbre vocal exceptionnel rappelant Joan Baez (elle n’assure pourtant que la contre voix), un guitariste (et pas n’importe qui, puisqu’il s’agit de Chris Eckman !) et le drummer. Derrière, dans le même ordre, campent une claviériste (toute menue, d’origine asiatique, elle viendra prendre place derrière les ivoires lors du tout dernier morceau, « Distant shore »), un violoncelliste coiffé d’un drôle de chapeau, un violoniste, un trompettiste/accordéoniste et un tromboniste. Le compte est bon ! Et surtout le team prêt à jouer son « Pilgrim road ». Robert (il est imberbe !) se concentre sur ses vocaux. Et son baryton sensible, chaleureux, est souvent proche de celui de Neil Diamond, même lorsqu’il s’exprime à travers une forme de prière (le très beau « Painter blue »), alors que la musique majestueuse, belle, luxuriante rappelle plutôt le Divine Comedy. Aussi lorsque l’orchestration monte en intensité, on en attrape des frissons dans le dos. La fin du set est plus électrique. Robert à empoigné sa sèche. Certains musiciens changent de rôle. Un ballet décrit par Robert comme de la chorégraphie. C’est le moment choisi par les deux gratteurs pour injecter leur dose maximale d’électricité dans les compos, parfois même en se servant du bottleneck, mais surtout de pédales de distorsion. On aura ainsi droit à une version fabuleuse de « Let it roll », proche de l’envoûtement. Mais sous cette forme, lorsque les arrangements orchestraux viennent enrichir la solution sonore, je ne peux m’empêcher de penser à Sophia. Un seul rappel consacré à une seule chanson. Encore plus rock. D’ailleurs le drummer a alors changé ses balais contre des baguettes. Mais franchement, ce set m’a véritablement impressionné, même s’il n’a duré qu’une heure et une bonne quinzaine de minutes…

(*)

Malcolm Lindsay - piano et guitare
Erik Van Loo - double basse
Yuko Murata - claviers et piano
Peter Harvey - violoncelle
Josh Hillman - alto
Dennis Hillman - trompette et accordéon
Tom King - drums

Chris Eckman - guitare acoustique et électique
John Songdahl - trombone and orgue
Iona MacDonald - chant
Et bien sûr Robert Fischer au chant et à la guitare.

Organisation : Handelsbeurs

Willard Grant Conspiracy

La géographie interne..

Écrit par

Depuis que Paul Austin a quitté le navire, Willard Grand Conspiracy n'a plus qu'un seul maître à bord : Robert Fisher. Ce qui lui permet, au fil de son inspiration, de recruter une multitude de musiciens différents. Pourtant, depuis l'enregistrement de « Regard the end », le pénultième opus, le line up semble s'être plus ou moins stabilisé. En outre, à l'instar de ce précédent elpee, les morceaux de base de « Let it roll », le tout dernier, ont de nouveau été concoctés aux studios Metro de Ljubljana, en Slovénie. Ce qui méritait une explication de la part de Robert, le leader de ce groupe, devenu culte auprès des aficionados de folk et d'americana.

Et manifestement, Robert adore cette ville. Il confirme : « C'est une très belle ville sise entre l'Italie et l'Allemagne. J'y compte des amis là-bas. Et puis on y trouve un studio de classe internationale. En fait, à cette époque nous étions en tournée et nous avons voulu immortaliser les prises dans cet esprit. Nous ressentions très fort le sentiment d'appartenir à un groupe. En profitant de toute l'alchimie du 'live' ! Donc notre démarche était tout à fait justifiée. Et manifestement nous sommes contents de l'avoir effectuée, car le résultat est à la hauteur de nos espérances… » Maintenant, il faut se demander si tous les musiciens qui ont participé à cette aventure vont contribuer à la nouvelle tournée du Willard Grant Conspiracy. Surtout quand on connaît les fluctuations permanentes de personnel en son sein. La réponse de Bob fuse : « Oui, ils participeront à ce nouveau périple. En fait, on ne peut pas dire qu'il y a de nouvelles têtes sur cet album. Jason Victor est le membre le plus récent. Les personnes qui ne connaissent que la discographie de Willard Grant Conspiracy pensent souvent que le line up est chaque fois différent. Mais il est quasi identique depuis au moins 6 ans. Et je peux te confirmer que toute cette équipe sera au grand complet lors de la tournée qui se déroulera en avril et en mai. » Enfin, ceux qui ont participé à la confection de ce nouvel opus, mais probablement pas les musiciens de studio qui ont apporté la touche finale lors des arrangements ; et je pense tout particulièrement au trompettiste de Lambchop, Dennis Cronin. Robert précise : « Deux des musiciens de Lambchop jouent avec nous. Ce sont des amis. Lamchop est un groupe que j'apprécie beaucoup. Leur approche des lyrics est comparable à celle de David Thomas. C'est ce qu'on appelle le 'stream of consciousness' (NDR : James Joyce et Virginia Woolf ont abordé de manière systématique et sous la forme d'un monologue intérieur les rapports entre pensée et langage à travers cette nouvelle façon de raconter des histoires). Je trouve cette formule fort intéressante, même si elle est parfois difficile à décrypter. Il y a parfois des idées très tranchées dans un texte, puis d'autres qui s'insinuent. Mais lorsqu'on réunit touts ces éléments, le résultat s'avère, la plupart du temps, impressionnant. D'autant plus que Lambchop est un collectif énorme qui tient la route depuis très longtemps… » Parler de Lambchop sans évoquer Sophia aurait été réducteur. Mais manifestement, Robert ne connaît pas grand-chose de la bande à Robin Propper Sheppard. « Un tas de personnes m'ont déjà dit qu'on devrait un jour se produire ensemble. Et que cette rencontre serait fructueuse. Pourquoi pas ? De toutes manières, si ça arrive, c'est parce que cela devait arriver… »

'Let it roll', le titre maître du nouvel album de W.G.C. est une chanson humaniste antimilitariste inspirée par un document issu de la guerre de Sécession. Pourquoi avoir écrit une semblable chanson aujourd'hui ? Robert argumente : « Il me semble que c'était une décision judicieuse. Je ne crois pas qu'il y ait un bon ou un mauvais moment pour écrire une chanson antimilitariste qui véhicule un message humaniste. Mais je pense que les meilleures 'protest songs' sont des chansons qui ne sont pas nécessairement liées à la politique ou au conflit lui-même. Elles ont plutôt enracinées dans l'aspect humaniste des choses ; c'est-à-dire tout ce qui nous relie ensemble. Ce qui me permet d'affirmer que quelle que soit votre propre vision politique, on peut s'identifier à la chanson. Par contre, lorsqu'on aborde un point de vue politique spécifique, automatiquement on coupe en deux le potentiel auditeur. Une moitié des gens ne vont pas être attentifs au message, parce qu'il est trop ciblé. Par contre, dans le cas présent, par rapport au conflit, à son coût et aux hommes qui y participent, j'espère que cette manière de voir les choses illuminera les consciences et amènera les gens à penser aux motifs véritables du conflit. Et parfois les raisons ne sont pas aussi évidentes qu'on pourrait l'imaginer… » Mais ce ‘Let it roll’ implique également le mot 'roll' comme dans rock'n roll. Est-ce également parce que ce nouvel elpee est plus électrique, plus live ? Notre interlocuteur réplique : « Nous interprétons aussi bien des compos calmes que des titres puissants. Tu sais, j'ignore quand le phénomène s'est produit ; mais à une certaine époque, les responsables du marketing international ont pris le contrôle du monde culturel. Et leur approche réductrice s'est progressivement transformée en une vision unique. Que ce soit dans le domaine du disque, du livre ou du film. Au cours des sixties, un album du Band pouvait aussi bien alterner des chansons calmes et des fragments plus rock. Quelque part, je suis fier de pouvoir encore jouir de cette liberté. Et mon nouvel album en est la démonstration la plus éloquente. » En embrayant sur le Band, 'Let it roll' épingle une cover de Dylan, 'Ballad of a thin man'. Il ne faut pas être devin pour comprendre qu'il s'agit d'un hommage à Zimmerman. Robert confirme. « En fait l'an dernier on m'a demandé de participer à la confection d'‘Uncut’, un tribute album consacré à Dylan, à l'occasion du 40ème anniversaire de la sortie de ‘Highway 61 revisited’. Et nous avons choisi ‘Ballad of a thin man’. Cet épisode s'est produit pendant l'enregistrement de 'Let it roll'. En Slovénie. Le mag voulait l'avoir rapidement. Et lorsque nous nous sommes rendu compte que le résultat était probant, on a décidé de la jouer en concert. C'est vrai que je suis très satisfait de cette version. Je pense que c'est un bel hommage à Dylan. D'ailleurs quand il la joue, elle est toujours différente. J'ai voulu accentuer l'aspect cauchemardesque de la chanson. Enfin, j'espère qu'on ne s'est pas trompé en choisissant d'interpréter cette cover… »

Au cours des seventies, Robert a écrit de la prose et de la poésie pour de petites publications de presse. Il faut croire que cet épisode de la vie lui a donné l'envie de passer à l'écriture de chansons. Il admet : « A une certaine époque de ma vie, j'ai conclu que la poésie n'était pas quelque chose que je recherchais en termes de moyen d'expression. Parce qu'elle n'était plus un moyen de communication populaire. Dans les 70's les poètes s'écrivaient, parce qu'il n'y avait plus de public pour les lire. Mais en tant qu'écrivain, j'étais plus intéressé par l'aspect du récit que par la structure poétique. Ce sont des récits qui sont suffisamment fidèles à ma propre expérience et à mes propres observations. Mais en même temps je les conçois d'un point de vue suffisamment fictionnel pour permettre aux gens d'investir ces chansons avec leur propre expérience. De façon à leur permettre de se réapproprier la chanson. Finalement le rock permet de toucher davantage de monde et d'une manière bien plus efficace que la poésie. Le fait de passer de l'écriture de la poésie à l'écriture de la chanson est donc tout à fait cohérent dans la démarche… » Son approche de la musique est donc conduite par les lyrics. Mais dans la tradition de la musique folk, compose-t-il les textes avant la musique ? Il reprend : « Les lyrics sont écrits sous la forme d'un récit. La musique est une réponse émotionnelle et un soutien pour l'histoire. Mais le moteur interne de la musique est plutôt de type narratif. Si vous voulez examiner la partie émotionnelle de la chanson, vous pouvez, bien entendu, la trouver dans la musique ; mais vous allez y relever des indices plus explicites à l'écoute du texte. Ce qui permet à l'auditeur d'intégrer la chanson sur plusieurs niveaux. Tu peux mettre un disque dans le lecteur de ta voiture et te concentrer sur la conduite ; mais quand tu écoutes ce disque chez toi de manière intensive, tu accèdes à d'autres niveaux… »

Après avoir séjourné quelques années à Boston, Robert est retourné vivre en Californie. Dans une région caractérisée par des paysages extrêmes : la montagne, la mer, le désert n'y sont ainsi séparés que de quelques kilomètres. Cette nature a influencé et influence toujours son inspiration. Aussi bien les textes que la musique. Robert admet : « Je suis né en Californie. Vous savez, la géographie, l'endroit où vous vivez a beaucoup d'influence sur ce que vous écrivez, même si l'auditeur n'en a pas conscience. Tout cela fait partie de votre processus interne. Votre géographie externe devient votre géographie interne. » Et la honte ainsi que la culpabilité sont des aspects de la géographie interne de Robert. En quelque sorte, le monstre dort toujours au plus profond de son âme. « Ce sont des montagnes émotionnelles, si vous me permettez l'analogie. Ces émotions sont des choses difficiles à contourner. Elles ne tiennent pas compte de la raison. Difficile de l'éviter. Et à cause de cela, vous commettez pas mal d'erreurs. Personnellement, j'ignore si ce choix était conscient ou inconscient. Quoique aujourd'hui je répondrai par l'affirmative. Très jeune déjà, je me soignais en consommant de l'alcool et de la drogue. Pour affronter les sentiments qui me rongeaient. Les peurs et les angoisses font partie de nos expériences. Je ne parle pas à contrecœur de la drogue ou de l'alcool, mais je ne suis pas enthousiaste de dévoiler mon vécu. Parce que cela signifierait que j'élève mes épreuves à un degré de romantisme. Or mon témoignage n'apporterait rien à autrui. Et je ne pense pas que ma propre expérience soit plus intéressante que celle de quelqu'un d'autre qui serait passé à travers. Tout ce volet confidentiel de mon existence, je le réserve à mes proches et à ma famille… »

De confession baptiste, Robert est fasciné par la foi qui soulève les montagnes. Mais il ne parle pas ici nécessairement de religion. Il s'explique : « La religion n'a pas la même signification pour tout le monde. Malheureusement comme n'importe quelle structure de pouvoir, elle peut être pervertie. C'est la nature propre de l'être humain. Quand j'évoque la foi, il ne faut pas nécessairement comprendre Eglise et religion. Mais plutôt la foi envers votre prochain. La foi envers vous-même. La capacité d'aller d'un point à un autre. La foi dans le sens de l'humanité qui est plus grand que n'importe quel élément de cette humanité (NDR : la foi serait donc plus grande que l'ensemble des éléments qui la constitue). Ces composants de foi sont vraiment très intéressants. On parle beaucoup moins de foi aujourd'hui que dans les années 50 et 60. Par contre le Dalaï Lama n'a jamais eu autant de succès. En fait il y a une demande de spiritualité émanant de la population. Ce qui démontre que notre société a créé un vide… »

Des nouvelles quand même de Paul Austin, l'ex comparse de Robert, et de son groupe Transmissionary Six. « Il a enregistré un nouvel album qui devrait sortir en août prochain ». Et puis de Barn Burning, une formation dont il avait produit le premier album. « Ce sont des amis. Ils sont issus de Rhode Island. Anthony Loffredio est un excellent compositeur. Un type remarquable, ambitieux. Il brûle d'un feu intense. C'est un futur grand groupe et j'espère qu'il va bientôt trouver une maison de disques. Ils ont deux albums à leur actif et leur deuxième vient de sortir. Il mérite vraiment la reconnaissance… »

Robert s'est rasé la barbe tout récemment. Il justifie sa décision : « Il y a 15 jours, j'étais en Australie. Il faisait 48° et l'air comptait 90% d'humidité. Il était impossible de continuer à porter la barbe dans ces conditions. Mais elle va repousser ; car la barbe repousse constamment. Et puis je suis un peu fainéant. Après m'être rasé pendant une semaine, je commence à en avoir marre. Et n'ayez crainte, elle va repousser… » On connaît Robert comme chanteur, guitariste, producteur et compositeur. Mais aussi comme manager et comptable. Cependant, peu de peu de monde sait qu'il est également agent immobilier. Il concède : « Oui, je sais que ce job intrigue les gens. Pour jouer la musique que j'aime, j'ai besoin d'argent. Et la musique ne m'en rapporte pas suffisamment. Je dois aussi gagner ma vie pour disposer d'un logement. Je ne pense pas que ce soit un mauvais choix. Parce que les groupes qui vivent de leur production sont souvent coupés de la réalité du monde. Et ce n'est pas nécessairement l'idéal. Je ne me plains pas, je donne simplement mon avis sur la question. Vous savez, le fait d'accorder une interview est une preuve de reconnaissance ; mais cela n'enlève rien au fait que je suis content de rentrer à la maison après ma journée de travail. Quand je serai chez moi mercredi prochain, j'irai au bureau. C'est une bonne nouvelle… »

Merci à Vincent Devos

 

 

 

Willard Grant Conspiracy

Let it roll

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Enregistré à Ljubljana, en Slovénie, “Let it roll” constitue le sixième album de Willard Grant Conspiracy. Un disque qui marque un tournant dans le style pratiqué par la formation californienne. En fait, ce disque est partagé entre compos ténébreuses, mélancoliques, trempées dans le folk, l’americana ou le blues, ainsi que morceaux plus puissants, électriques, psychédéliques, dans l’esprit du Paisley Underground (NDR : pensez à Steve Wynn). Le titre maître en est d’ailleurs la plus belle démonstration, la voix de Robert Fischer y épousant même tantôt les inflexions de Jim Morrison, tantôt celles de Nick Cave. Pour concocter cet opus, Robert a pu compter sur le concours des musiciens qui ont tourné avec lui pendant deux ans, mais aussi de quelques potes à la finition, dont Dennis Cronnin (Lambchop), David Michael Curry (Thalia Zedek), Steve Wynn (NDR : évidemment) ou encore Mary Lorson (Madder Rose). L’opus recèle notamment une version morbide, lugubre, digne des Bad Seeds, du « Ballad of a thin man », une cover de Dylan qui figurait déjà sur « Uncut », un tribute album consacré à Dylan, paru à l’occasion du 40ème anniversaire de la sortie de « Highway 61 revisited » ; et puis en final « Lady of the snowline », une très belle chanson. Ténébreuse, indolente, hantée par un violon et une trompette, elle aurait pu figurer au répertoire de Léonard Cohen. Un album remarquable dont Robert Fischer nous parle dans son interview qui figure au sommaire de Musiczine, cette semaine…

 

 

Willard Grant Conspiracy

There but for the grace of God / A short history of Willard Grant Conspiracy

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Je dois avouer que si cet opus n’était pas une compilation, il aurait figuré parmi mes albums de l’année. Et en bonne place ! Parce que en 17 titres, cette plaque réunit ce que Willard Grant Conspiracy a fait de meilleur au cours de ses 8 années d’existence. 17 plages issues des cinq albums studio, dont quatre du premier elpee, « 3A.M. Sunday at Fortune Otto’s to regard the end » (NDR : disque devenu aujourd’hui pratiquement introuvable), des versions alternatives, quelques raretés et une démo intitulée « Rainbirds ». Depuis 1996, la formation bostonienne a vu défiler une bonne trentaine de musiciens issus d’horizons les plus divers : Japon, Slovénie, Angleterre, Pays-Bas, Arizona, etc. Seules constantes : le chanteur compositeur Robert Fisher et le guitariste Paul Austin. Maintenant, on en arrive au plus important : le contenu. Le W.G.C. pratique ce qu’on appelle de la country alternative. Tirant parti aussi bien des six cordes acoustiques, du piano, de la mandoline, de la trompette, des boucles que du violon Dans un style musical qui rappelle tour à tour Lambchop, South San Gabriel, les Triffids, American Music Club et Ed Kuepper. Et dont les lyrics consistants explorent les coins les plus reculés de l’Amérique profonde et désabusée. Un peu à la manière d’un Dylan ou d’un Lou Reed. Et puis il y a la voix de Robert. Un baryton qui campe un hybride entre Léonard Cohen, Nick Cave et Johnny Cash. Mais en plus chaleureux. « There but for the grace of God / A short history of Willard Grant Conspiracy » : 80 minutes d’une rare beauté!

Willard Grant Conspiracy

Regard the end

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A l'instar de Lambchop, Willard Grant Conspiracy pratique de la dark country. Mais davantage chargée de nuances. D'abord à cause de l'instrumentation qui implique, bien sûr la six cordes acoustiques ; mais également le piano, la mandoline, la trompette, les boucles et le violon. Un peu comme chez le South San Gabriel des débuts. Encore qu'au fil de l'elpee, on relève des traces de Calexico, d'Howe Gelb, de Triffids, d'American Music Club et même d'Ed Kuepper, lorsque le tempo devient plus allège. Et je pense tout particulièrement au contagieux " Soft hand ". Mais ce qui frappe immédiatement, c'est la voix envoûtante de Robert Fischer. Un baryton qui campe un hybride entre Léonard Cohen, Nick Cave et Johnny Cash. Mais en plus chaleureux. Et puis le violon gémissant mais si volatil de Josh Hillman. Sur les 11 fragments de cet opus, quatre sont des chansons traditionnelles que le groupe a enrichies de lyrics personnels. Des lyrics qui traitent le plus souvent de l'imperfection humaine, alors que la musique projette des images de paysages désolés, austères. Pour enregistrer cet opus, WGC a reçu le concours de toute une série de collaborateurs dont Kristin Hersh au chant pour le spectral " The ghost of the girl in the wall ". Et puis Chris Eckman des Walkabouts, Paul Austin ainsi que Jess Klein, parmi les plus notoires. Un superbe album dont " River in the pine " et " Rosalie " sont à mes yeux (NDR : mes oreilles ?) les plus beaux joyaux.

Willard Grant Conspiracy

In The Fishtank n°8

Dans la collection ‘In The Fishtank’, la collaboration des Bostoniens folkeux de Willard Grant Conspiracy et des électroniciens de Telefunk pourrait bien faire figure de poule aux œufs d'or, tant le résultat est sidérant : alors que tout les séparaient, voilà que ces deux groupes nous livrent six titres impeccables, entre folk sombre et rock à la Nick Cave. A l'origine de ce mini-album étonnant car sorti de (presque) nulle part, il y a donc le label Konkurrent, dont le projet est finalement assez simple : inviter deux groupes et les obliger à enregistrer en deux jours une vingtaine de minutes de musique de leur choix (nouvelles compos, reprises, impros,…). Cette fois-ci, le choix des intéressés s'est porté sur des morceaux traditionnels du début du siècle dernier : au final, cela ressemble encore fort à du WGC, mais beaucoup moins à du Telefunk. Naviguant dans les eaux troubles d'un blues qui se serait frotté au folk-rock mélancolique des Tindersticks ou de Madrugada, les six morceaux ici présents prouvent bien qu'en deux jours et avec un peu d'imagination, il y a moyen de créer pas mal de choses intéressantes. Et si à l'écoute, Telefunk semble s'être plutôt fait mener à la baguette par Robert Fisher et ses musiciens (où est le beat ?), c'est finalement pour la bonne cause. Vivement le prochain numéro !

 

Grant Lee Buffalo

Jubilee

Réduit à un duo depuis le départ de leur bassiste et producteur, Paul Kimble, Grant Lee Buffalo a fait appel à toute une série de collaborateurs pour enregistrer son quatrième album. Et notamment Michaël Stipe (REM), E (Eels), Robyn Hitchcock, le multi-instrumentiste Jon Brion, ainsi que Greg Leisz, virtuose de la slide guitar. En outre, le groupe a bénéficié du concours de Paul Fox (10.000Maniacs, XTC, Robyn Hitchcock), pour la mise en forme. Première constatation, la musique de Grant Lee Buffalo semble s’être libérée d’un certain carcan rock, qualifié de ténébreusement californien, qui prévalait sur ses trois premiers opus. Pour embrasser une pop, paradoxalement à l’intensité électrique ample, mais aussi et surtout davantage épanouie. Un peu à l’instar de la ‘big music’ des Waterboys, auquel le groupe est souvent comparé. Ce qui n’empêche pas Grant Lee Philipps de continuer à martyriser les émotions à l’aide de sa voix étonnante, plaintive, qui véhicule une poésie cinématique, capable de fusionner la beauté et la terreur, la foi et la peur, la fantaisie et le réalisme politique…

 

Grant Lee Buffalo

Copperopolis

Pour intituler son troisième opus, le trio californien a choisi pour nom celui d'une ville minière, aujourd'hui disparue, qui a connu ses heures de gloire en plein boom du cuivre. Un titre qui reflète parfaitement la qualité filmique des chansons de ce "Copperopolis". Tout comme sur les deux précédents elpees, Grant Lee Philipps dénonce l'illusion du rêve américain à travers son lyrisme poétique et impressionniste. Images conflictuelles nées de la corruption, de la violence, du racisme, de l'injustice et de la décadence qu'il reflète avec un sens aigu du détail. "Copperopolis" ne recèle cependant pas de titre de la trempe de "Fuzzy". Simplement 13 chansons intimistes, torturées par la voix bouleversante, gémissante, spectrale de Philipps, mais dont la texture instrumentale basique est enrichie d'une panoplie d'instruments différents. Même ethniques. Une œuvre qui n'a peut être jamais été aussi proche de l'univers des Waterboys, mais dont la solution est toujours très susceptible de s'embraser électriquement. Un disque finalement fort agréable, mais qui se contente cependant de ressasser les mêmes ingrédients avec des condiments différents.

 

Grant Hart

Ecce homo

Exclusivement réservé au chant et à la guitare sèche, "Ecce homo", titre inspiré de la collection d'eaux fortes de l'artiste George Grosz, propose douze adaptations minimalistes du répertoire de l'ex-guitariste d'Hüsker Dü, toujours Nova Mob, enregistrés en public le 13 octobre 1994 à Seattle.

 

Grant McLennan

Horsebreaker Star

Pour enregistrer son dernier album, cet ex-Go Betweens s'est rendu dans les célèbres studios de John Keane à Athens en Georgie. De cette rencontre est né un double album. Vingt-quatre chansons qui offrent sur le premier disque un profil effilé, délicat, ‘gobetweenesque’ comme sur ses deux précédents opus, "Fireboy" et "Watershed", et puis bien entendu sur le single qui inonde actuellement les ondes radiophoniques, "Don't you cry". Le second embrasse totalement la production ambiante. Des chansons pop colorées de country et de rock, électrifiées tantôt à la manière de R.E.M., de Television ou même des Byrds; Grant s'autorisant même une cover de Roger Mc Guinn, "The Ballad Of Easy Rider". Mais tout l'album exhale la même chaleur intimiste, la même passion délicate, un climat qu'irradie le timbre vocal si pur et attachant de McLennan. Superbe !

 

Grant Lee Buffalo

Mighty Joe moon

Nous attendions beaucoup du deuxième opus de ce trio californien, et nous n'avons pas le droit d'être déçus. Car ce "Mighty Joe moon" est un petit chef-d'œuvre d'émotion et de lyrisme. Gant Lee Buffalo y projette ses visions tentaculaires, filmiques, d'une Amérique amorale, dangereuse, au bord de la folie. Des visions alimentées par des histoires de présidents assassinés, de feuilletons de TV séries B, de chauffards de poids lourds, de sportifs déchus, etc. Un album sombre, douloureux, aux mélodies simples et plaintives, que berce, dans un enchevêtrement subtil et fascinant de tonalités acoustiques et électriques ébréchées, cinglantes, languissantes ou satinées, la voix imposante, douloureuse, au timbre toujours aussi savoureusement proche de Mike Scott, de Grant Lee Philipps. Un must !

 

Grant McLennan

Mes chansons me parlent… - In memoriam : 1958 –2006 (archive du mois)

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Après avoir enregistré 6 elpees, les Go-Betweens se sont séparés, tout en restant en bons termes. En décembre 1989. Robert Forster et Grant McLennan ont alors embrassé des carrières individuelles. "Horsebreaker Star" constitue le troisième opus studio de l’Australien. Il est venu nous en parler. Tout au long de cette interview, il semble détendu et heureux. Il a laissé poussé une barbichette, comme lui avait demandé sa fiancée et n’est pas trop affecté par la relative modestie de ses ventes. Pour lui, ce n’est d’ailleurs pas une priorité. L’important, c’est d’être créatif et de voir ses disques sortir. Le reste est secondaire…

1994 est une année bénie pour moi ! J’écris un script en compagnie de Robert. On a toujours été attiré par le cinéma. Mon nouvel album, "Horsebreaker Star", sort bientôt ; et il sera double. J'ai aussi enregistré le second disque de Jack Frost, un projet que je partage avec Steve Kilbey de Church. Il ne paraîtra cependant que début de l’an prochain, puisque le mien et celui de Church viennent à peine d’être mis sur le marché.

Nomination aux Grammy…

Bien sûr, je suis quand même attentif aux chiffres de vente. Mais je sais que je ne décrocherai jamais de nomination aux Grammy Awards, de toute façon… J’ai réalisé l’album que je souhaitais. Donc tout va bien. D’autant plus que j’ai la chance de pouvoir montrer ce que je fais et de le faire comme je l’entends. Je reste modeste. Et puis Jacke a vendu des milliers de copies de son bouquin soft-porn. Maintenant, bien vendre signifie-t-il que la qualité est au rendez-vous ? C’est une autre histoire. Si j’écoulais énormément de disques, je serais plus riche. Seraient-ils meilleurs pour autant ? J’en doute ? Néanmoins, après ma mort, ce sera mon seul patrimoine. Peu importe combien j’en aurai vendu. Le premier de Television n’avait quand même pas cartonné ; et pourtant, j’en parle encore.

Tu voudrais un jour être reconnu, que tes LPs soient considérés comme des classiques ?

Je serais déçu si je devais escompter une quelconque attente particulière. Mais je ne cherche pas la reconnaissance, et franchement je n'attends rien. J'espère simplement être écouté par le plus de monde possible ; car je pense que ma musique est bonne. Evidemment, quelle importance mon propre avis peut-il avoir ?

La musique te permet-elle de gagner ta vie ?

Je ne me tracasse pas trop de savoir si je vends peu ou beaucoup de disques. Mes amis à Brisbane, où je vis, s’en chargent. En fait, ma seule préoccupation c’est de penser aux composions de mon prochain album…

Reprises

As-tu écouté l'elpee de Robert Forster, ton ancien partenaire chez les Go-Betweens, consacré à des reprises ?

Oui, un bon choix éclectique. Je lui en ai parlé au moment d’opérer la sélection. Quelques morceaux ne me plaisent pas trop, même si c'est Robert qui les chante... Le son est très... très Robert. Très chaud. Sa voix est superbe, fascinante, mais je suis quand même un de ses grands fans. Maintenant, je sais aussi qu'il a déjà écrit quelques nouvelles chansons pour un album qui devrait sortir, je suppose, l’an prochain. Je le préfère sous cet angle.

Et toi, pas envie de graver un elpee de covers ?  

‘Chais’ pas si je pourrais y consacrer un album entier. Il est trop difficile d’opérer une sélection. Sur "Horsebreaker Star", j’ai inclus une version du "Ballad of Easy Rider" de Roger McGuinn. Mais tout un album ! Bien sûr, le concept pourrait être amusant, mais il faudrait de toute manière que j'y réfléchisse.

Pedal steel et banjo

Sur ton nouvel opus, tu a régulièrement recours à une pedal steel guitar, ce qui communique aux compos une coloration plus country. Pourquoi ? Etonnant, quand on sait que Robert emprunte la même voie...

Son disque sonne bien plus country que le mien, même si j’y ai glissé quelques titres typiques, comme "Late afternoon in early august", "That's That" ou "Do your own thing"… J’apprécie le style, il a bercé mon enfance. Et parfois j’aime écrire ce type de chansons. Mais tu sais, ce sont elles-mêmes qui déterminent, en fait, comment je dois les jouer. Et je ne fais jamais que suivre leur feeling. Elles me parlent et me conseillent de les jouer en puissance ou rapidement ; si je dois avoir recours à une guitare ou une pedal steel.

La décision ne t’appartient donc pas ?

Si, si, elle m'appartient. J'ai composé les chansons et connais celles qui doivent sonner country. Mais bon je suis aussi conscient que vu ma façon d’écrire et de chanter, ce ne sera jamais Nashville! L’atmosphère ‘cow-boy’ et la présence d’instruments inhabituels peut aussi donner une nouvelle impulsion, un peu comme lorsqu’on bénéficie du concours d’un invité en studio! Et puis j’aime le son du pedal steel et du banjo. C'est fun.

Tu es un type optimiste?

Dans mes chansons, je ne lésine pas sur l’humour. Mais mon optimisme est teinté de réalisme. Je ne suis pas un pessimiste, c'est trop désespéré.

Tu as connu des moments difficiles? Ton précédent album n'était pas particulièrement joyeux !

Tout le monde traverse des moments difficiles, de solitude ; est confronté aux idées noires... mais j'ai eu la chance d'y survivre, de ne pas m'être tiré une balle dans la tête.

Tu veux évoquer le suicide de Kurt Cobain, là?

Je n'y pensais pas, non. Quand j'ai commencé les sessions d’enregistrement de mon cd, aux States, je me rappelle que la radio était allumée. Elle avait annoncé qu'on venait de découvrir son corps. Il était très triste, je pense, mais il avait aussi un côté pathétique, parce que ce gars avait tout pour vivre ; et puis il était père et avait des responsabilités à l'égard de cet enfant. Il a fui ses responsabilités. C’est son choix.

Tu aimes ce qu'il faisait ?

C'était un sacré bon guitariste et compositeur. Ce type d’artiste ne court pas les rues. Il y en a bien plus de médiocres. Mais, je ne crois pas que sa mort m'ait vraiment affecté. A l'époque, j'étais dans un état de bonheur très profond, c'était le printemps, il faisait beau, je me sentais comme renaître. Et je continue à penser que l'époque que nous vivons est vraiment géniale, passionnante à vivre!

(Article paru dans le n°29 du magazine Mofo de novembre 1994)