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Sur « Idols », Yungblud franchit un cap et affirme son identité musicale avec force. Toujours porté par une énergie brute et une notoriété en pleine ascension, le chanteur britannique livre un troisième album studio aussi puissant que varié. Dès « Hello,…

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Paddang à la poursuite des fantômes…

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Hater

Quel moustique a donc piqué Hater ?

Le quatuor indie pop scandinave Hater met fin à une pause de trois ans après avoir gravé son troisième elpee « Sincere ». Ainsi, c’est le vendredi 6 mars 2026 que sortira « Mosquito », un intrigant drame dream pop qui se déroule en onze épisodes captivants d'introspection.

Le premier des trois titres promotionnels, le single « This Guy? » crée une première impression mystérieuse : l'histoire d'un intrus étrangement confus, non identifié et impossible à identifier – le groupe lui-même le qualifie de ‘chanson assez déroutante’. Måns commente : ‘J'adore le fait que les couplets soient complètement bizarres et que le refrain soit clair comme de l'eau de roche.’

Sur « Mosquito », le groupe Hater, basé à Malmö, semble rajeuni. Il crée un mélange entre l'énergie indie pop brute qui a fait sa renommée et une écriture plus directe et plus raffinée. Le groupe a affiné ses racines shoegaze pour créer quelque chose de plus précis, de plus mélodique et de plus profondément résonnant. Cependant, il ne s'agit pas d'un album typique sur l'amour, comme le groupe tient à le souligner.

‘Je ne pense pas que nous ayons vraiment cherché à écrire des chansons d'amour. J’ai été vraiment surprise quand nous nous sommes retrouvés avec tout un tas d'entre elles’, explique Caroline.

« Landslide », le premier titre de l'opus, est un morceau diaphane, tout en guitares cristallines et voix éthérées. « Angel Cupid » se déploie au ralenti comme une diatribe magnifiquement maîtrisée contre les chansons d'amour insipides, tandis que « Stinger », avec ses échos caverneux et son étrangeté gothique, dépeint « Mosquito » comme des montagnes russes émotionnelles.

« Mosquito » a été enregistré dans le splendide isolement des studios AGM à Vollsjö, en Suède, sous la houlette de Joakim Lindberg, collaborateur de longue date, aux commandes et le bassiste Adam Agace de retour dans la formation.

Le clip consacré au single « This Guy ? » est disponible ici

 

 

We Hate You Please Die

We Hate You Please Die plus fort que jamais…

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« Chamber Songs », le nouvel elpee du désormais trio Rouennais We Hate You Please Die, est paru ce 20 septembre 2024. Il marque un nouveau tournant. Influencé par les mouvements punk et ‘riot grrrl’, son approche est plus abrasive et teintée de noise rock.

Ce nouvel album nous dévoile des textes engagés tels que « Stronger Than Ever », chanson féministe qui prône la liberté, « Control » hymne pour le droit à l’avortement ou encore « Sorority », un appel à la sororité.

L’artwork, réalisé par Carolina Moreno, nous ouvre les portes sur cette fameuse chambre représentative du lieu d’écriture de l’opus.

Dans une esthétique à la Sofia Coppola, on y aperçoit une femme de dos écrivant dans son journal intime.

Amour, relations toxiques, sexe, dépression : ces textes sont devenus des paroles qui viennent s’ajouter à cet exutoire qu’est « Chamber Songs ».


Le clip consacré à « Stronger Than Ever » est à voir et écouter ici

Hater

Sincere

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Hater est un quatuor suédois. Issu de Malmö, très exactement. Sa dream pop teintée de shoegaze pourrait devenir une porte d’entrée aux cœurs de milliers de mélomanes romantiques. Après un hiatus de 4 longues années (NDR : l’elpee « Siesta » remonte quand même à 2018 !), la formation est donc de retour. Et elle semble en pleine forme (si on peut dire…)

Ses compos combinent à merveille un esprit pop et des sonorités shoegaze chère à My Bloody Valentine. Les sonorités de guitare sont devenues plus amples, sans pour autant renoncer aux climats éthérés que traverse la voix cristalline de Caroline Landahl. Sincère mais également talentueux, c’est une certitude !

 

We Hate You Please Die

Can’t wait to be fine

Écrit par

Après avoir gravé un premier elpee en 2018 (« Kids are lo fi ») et un Ep en mai dernier (« Waiting room »), We Hate You Please Die nous propose son deuxième opus, un disque qui nous replonge dans l’univers des B52’s du début des 80’s. D’abord, il y a la voix de Raphael Monteiro, aussi déclamatoire que celle de Fred Schneider. Puis, ces chœurs –notamment des ‘na, na, na’ et des ‘ouh, ouh, ouh’– qui rappellent ceux de Kate Pierson et Cindy Wilson. Mais le ton est résolument plus frénétique, les compos –en général garage/punk– se révélant même davantage échevelées qu’enlevées ; le tout entrecoupé régulièrement de brisures de rythme comme chez la formation mythique d’Atlanta.

Bien sûr, cette première analyse nécessite des nuances. Ainsi les guitares se déchaînent littéralement sur « Barney ». Bien que dérapant dans le délire, « Paula » adopte le célèbre tempo 4/4 des Ramones. Ou encore « DSM - V104 » qui s’autorise des accès de funk metal (Red Hot Chili Peppers ?) tant dans le rythme que le débit vocal (Zack de la Rocha ?), même si la voix masculine déblatère de temps à autre comme celle de Johnny Rotten, entre interludes plus ou moins paisibles. La compo la plus complexe de cet LP.

Autre piste qui tranche avec le reste de ce disque, « Exorcise ». A à mi-parcours elle s’enfonce dans le shoegaze, climat accentué par les harmonies vocales qui reflètent une insouciance toute adolescente.


 

Hater

Siesta

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En Scandinavie –et en Suède tout particulièrement– la scène inde/pop est toujours aussi fertile. Et régulièrement, elle accouche d’excellents artistes ou groupes dans le style.

Hater vient donc de s’ajouter à une longue liste sur laquelle figure déjà, entre autres, El Pero Del Mar, The Cardigans, The Radio Dept. Et plus récemment Death and Vanilla. Etabli à Malmö ce jeune quatuor nous propose son second elpee, un opus langoureux et acidulé truffé de perles romantiques. Dont « It’s So Easy » constitue le plus bel exemple. L’esprit innocent de Virgin Suicides y plane tout au long de cette plage… Les guitares délicatement ‘smithiennes’ de « Thing To Keep Up With » répondent aux interventions déroutantes du saxo qui soufflent sur « Fall Off » ou aux claviers atmosphériques propagés du côté d’« I Sure Want To ». En outre, la voix fragile et sucrée de Caroline Landahl risque de faire des ravages au sein des cœurs mélancoliques. Ils ne pourront d’ailleurs que chavirer à l’écoute de’« I Wish I Gave You More Time Because I Love You ». Si vous êtes fans de Belle and Sebastian, ne manquez pas l’aubaine !

EyeHateGod

Une attitude rock’n’roll, anticonformiste et résolument grinçante…

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Avril 2016. Alors qu’EyeHateGod s’apprête à partir en tournée, le vocaliste Mike IX Williams est retrouvé inconscient dans sa chambre d’hôtel. Le verdict tombe : après des années d’excès d’alcool et de drogues, le foie de l’artiste est en piteux état. Six mois plus tard, il est à nouveau admis aux urgences. Il vomit du sang, son foie et ses reins ne fonctionnent quasi-plus. Il ne peut dès lors plus quitter l’hôpital, au risque d’y laisser la vie. Pris à la gorge face aux coûts faramineux en soins de santé, sa femme et lui lancent un appel au crowdfunding afin de les aider pour faire face à la cirrhose qui le ronge. Contre toute attente, la mobilisation est massive : plus de 70 000 dollars sont récoltés et permettent au chanteur de recevoir un nouveau foie. Deux ans plus tard, EyeHateGod est de retour en terres belges et a choisi Anvers pour fêter ses trente ans d’existence.

Non loin du port anversois, face à un chancre de plusieurs dizaines de mètres de long –tout en boue, béton et autres tranchées– quelques personnes sombrement vêtues sirotent une pression et bravent la pluie. En pénétrant dans la pénombre du ‘Het Bos’, dont les murs sont recouverts de posters, collages et graffitis, on est plongé dans une ambiance underground similaire à celle du Magasin 4, à Bruxelles. Petit passage par l’étal marchandising de la tête d’affiche du jour. À côté des t-shirts frappés de l’imagerie du groupe, un papier scotché au mur attire l’attention : ‘Weed donations, also adderall or opiates’ (Trad : dons d’herbe, adderall [une forme d’amphétamines]ou opium). Le cadre est planté.

D’une capacité de deux cents personnes, la salle commence peu à peu à se remplir. En guise d’éclairage, seuls deux petits néons portables sont posés sur des amplis, de chaque côté du podium, conférant au lieu une lumière blanchâtre, stérile et froide.

Alkerdeel grimpe sur les planches et donne directement le ton : du primitif aux sonorités old-school, de la colère glacée et de la puissance grinçante. Originaire de Zomelgem, le band milite dans un registre difficile à cerner : alors que le début du set déploie les étendards d’un raw Black Metal darkthronien teinté d’accents punks, les morceaux évoluent ensuite vers un sludge hypnotique, alors que la rythmique hardcore se révèle totalement déconcertante. Lorsqu’il ne psalmodie pas, Pede est traversé par un chant rageur et étouffé, agrippé à son pied de micro. Du moins lorsqu’il est branché… un spectateur proche de la scène n’hésite en effet pas à lui tendre une fiche déconnectée par inadvertance quelques secondes plus tôt. La fosse accompagne la formation de la tête, si pas du corps, dans des mouvements quasi-convulsés. Celles et ceux qui n’attendaient pas le combo semblent pour le moins convaincus par cette généreuse prestation de cinquante minutes, délicieusement poisseuse et ‘crissante’, telle une poignée de sable mise en bouche de force. Une fois de plus, il semble que le label belge Consouling Sounds ait eu du flair en signant ce groupe aux sonorités riches et décloisonnées. Plus qu’un opening act, une véritable découverte…

En toute simplicité, Aaron Hill, batteur d’EyeHateGod, est le premier à fouler l’estrade. Il se place derrière son kit de batterie, ajustant au poil ses différents composants. Bonnet noir vissé sur la tête et t-shirt vert à l’effigie de la ville d’Hambourg, Jimmy Bower installe nonchalamment ses deux pédales d’effets et opère ses derniers réglages de guitare. Le bassiste, Gary Mader, en profite pour griller une clope sur le côté droit de la stage, l’air à moitié encore endormi derrière son épaisse chevelure bouclée lui cachant partiellement le visage. Le rescapé Mike Williams finit par débarquer sur scène, la tignasse en bataille et un gobelet en plastique à la main contenant, au premier abord, de l’eau. Il est 21 h 45, soit un quart d’heure avant le timing prévu, et le vocaliste empoigne le pied de micro avant de le faire voltiger dans les airs. ‘We are EyeHateGod’ clame-t-il, pour donner son habituel coup de départ des hostilités. Peu importe si on commence plus tôt, lorsque tout le monde est prêt, la machine peut démarrer. EyeHateGod célèbre ses trois décennies de carrière et ne change pour autant pas son attitude : rock’n’roll, anticonformiste et résolument grinçante. L’extrême n’est pas que musical, mais incarne un style de vie à part entière, sous toutes ses coutures.

Une fois sur les planches, Mike Williams se met à nu et dévoile une âme torturée. Comme l’affirmait Phil Anselmo (Down, Superjoint, Scour, Phil Anselmo & The Illegals et ex-vocaliste de Pantera), ‘Quand il chante, Mike a du fil barbelé en bouche’. Chaque mot est extirpé de son corps frêle, lancé violemment en pâture à la fosse tel un jet de vitriol. Auteur des paroles, il est parfois le seul à les comprendre tant elles lui sont propres et lui collent à la peau. Elles ne sont pas uniquement interprétées en ‘live’… elles sont vécues. Une haine et un dégoût cathartiques, qu’il expulse en balançant son pied de micro et en se martelant le visage. Au grand dam d’un des spectateurs qui en réclamait une à la fin du show, EyeHateGod s'exécute sans setlist. Chaque représentation est différente, que ce soit la liste des titres choisis ou l’ordre dans lequel ils sont interprétés. Bon, il y a évidemment des incontournables tels que « White Nigger », « Sister Fucker Pt.1 », « New Orleans is the New Vietnam » ou encore « Medicine Noose », issu du dernier elpee. Un éponyme. Mais le freestyle connaît aussi ses limites. Preuve en est lorsque Mike Williams s’adresse aux premiers rangs pour savoir ce qu’ils souhaiteraient entendre. Et quand un spectateur lui lâche « Take As Needed for Pain », le chanteur hoche la tête pour lui signifier son refus, en esquissant un sourire dissimulé et plutôt embarrassé. Faut pas déconner, non plus !

Bien que le show soit soldout, l’air ambiant reste tout à fait vivable, comparé à celui respiré lors son dernier concert belge où le Magasin 4 bruxellois s’était rapidement transformé en une fournaise tropicale. Quelques esprits s’échauffent de temps à autre (particulièrement sur le très énervé « Métamphétamine »), jouant des coudes et pratiquant la bousculade amicale. L’un ou l’autre gobelet de bière s’envole, baptisant des chevelures au passage avant de venir s’écraser au sol. Jimmy Bower, clope au bec, se plante à l’avant du podium, à quelques centimètres des premiers rangs. Entre la salle et la fosse, il n’y a aucun garde-fou. Non satisfait du volume sonore ambiant, le musicien se retourne, après quelques morceaux, pour pousser les décibels au maximum. Et d’un coup sec, adressant un clin d’œil amusé à son bassiste. Extrême, quand tu nous tiens. Profitant d’un break entre deux compos, Mike Williams se dirige vers les backstages et chuchote quelques mots à l’un des roadies, qui revient quelques minutes plus tard, avec une bouteille de vin blanc vide aux trois-quarts. Certains démons ont la dent dure et survivent aux expériences passées, quel qu’en soit le degré de gravité. Le chanteur pose la bouteille derrière lui, face à la batterie, et s’en remplit un généreux gobelet en saluant la fosse. Quelques morceaux plus tard, il empoigne son pied de micro et l’abat brutalement. Désormais vide, elle laisse un cadavre de tessons gisant sur les planches. Chacun y lira la métaphore qu’il souhaite.

C’est par une jam improvisée que les Néo-orléanais signent leur prestation. EyeHateGod est typiquement le genre de formations, pas spécialement connue par le ‘grand public’, mais reconnue par le milieu, qui a laissé son ADN chez une multitude de groupes. Trente années passées à écumer les bars, les espaces underground, les petites scènes sans pour autant se hisser sous les feux des projecteurs. Un statut qui ne les a jamais intéressés et qu’ils semblent même fuir. Et vu la prestation de ce soir, roots et résolument brute de décoffrage, on peut se dire que c’est tant mieux.

(Organisation : Ondergronds + Het Bos)

EyeHateGod

On est juste un groupe de rock, c’est tout !

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La Belgique ne se distingue pas particulièrement pour ses étés caniculaires. Il faut pourtant reconnaître que c’est une chape de plomb qui recouvre le plat pays en ce début du mois de juillet. Je débarque devant le Magasin4, ancien hangar reconverti en salle de spectacle, notoire pour sa programmation alternative. Ses grandes portes de couleur beige lui confèrent un aspect plus qu’anonyme. Seule une petite ouverture au niveau des yeux permet de discerner les lieux.

Je sonne, on m’ouvre. J’explique qu’une interview est prévue en compagnie de Mike IX Williams, le chanteur d’EyeHateGod. Apparaît alors la ‘tour manager’ du band. « Je suis vraiment désolée mais ce ne sera pas possible de voir Mike maintenant… Pour l’instant, il dort », me signifie-t-elle. « Mais si c’est OK pour toi, le reste du groupe est d’attaque…’ Pas de bol, la majorité de mes questions se focalisaient sur la personnalité du vocaliste. Il va falloir improviser.

Je la suis au milieu de la salle de concert encore vide, contourne le bar et arrive dans une petite pièce aux murs jaunis par le temps, éclairée par quelques néons, conférant à la pièce un air plutôt glauque. Quelques tables, sur lesquelles reposent des paquets de chips vides, meublent la pièce. Trois divans occupent la gauche de l’espace. Sur l’un d’eux, Jimmy Bower, paquet de cacahuètes à la main, me lance un regard interrogateur. La ‘tour manager’ lui explique le but de ma présence. Le fondateur et guitariste d’EyeHateGod pose dès lors son précieux sachet, agrippe le dos d’une chaise à proximité et la fait glisser jusqu’à mes pieds. Je m’exécute et pose mon micro sur la table, à côté de ses arachides. Les autres membres du band s’approchent également, formant un cercle autour de l’enregistreur.

Il y a aujourd’hui un peu plus de vingt-sept ans qu’EyeHateGod arpente les scènes du monde entier. Mais la motivation est-elle restée la même depuis le début ? « Tu sais, depuis le temps, on a tous pris de l’âge et on a évolué… Mais au fond, rien n’a vraiment changé. La seule différence c’est d’avoir une plus grand liberté de faire ce qu’on veut et d’accorder davantage de shows aujourd’hui qu’hier…», explique Jimmy Bower. Et si le combo existe depuis aussi longtemps, sous un line-up quasi inchangé (à l’exception du poste de bassiste et de la disparition tragique il y a deux ans du, Joey LaCaze), c’est certainement grâce à leurs inspirations musicales communes. « On écoute tous un peu la même la chose… ce qui explique que lorsqu’on compose ensemble, le processus vient toujours très naturellement. Nous sommes tous des grands fans des Melvins, de Black Flag ou encore de Black Sabbath. Mais on apprécie également les Meteors ou encore Louis Armstrong. Nous disposons tous de collections importantes de vinyles et de disques à la maison, sans lesquelles EyeHateGod ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui et ne sonnerait pas de la même façon ».

En plus d’être une source d’inspiration, Louis Armstrong et le quintet américain partagent un autre point commun : la Nouvelle-Orléans. Ces terres, qui ont vu grandir ces artistes, sont apparemment également propices à la création musicale. « Tu sais, on est tous nés là-bas », explique Jimmy. « La Nouvelle-Orléans est vraiment une terre de musique et spécialement de rock’n’roll. On a vraiment baigné dans différents types de cultures musicales depuis qu’on est gamins. On a grandi en assistant chaque année aux Mardi Gras et aux Praise Parties (Jimmy mime les gestes d’un contrebassiste). On a vécu toute cette intensité musicale et son groove dans notre vie de tous les jours. Je pense que c’est vraiment un avantage d’avoir connu cette richesse musicale depuis qu’on est gosses… », poursuit-il.

Bien qu’actifs depuis bientôt trois décennies, les membres du band américain n’en sont pas pour autant productifs en termes d’elpees studio. « Mais ne t’inquiète pas, notre nouvel album ne mettra plus quatorze ans pour voir le jour », plaisante le fondateur du band, en se référant au laps de temps qui a séparé la sortie des derniers LP’s. « Nous tournons beaucoup pour l’instant, on a donc pas trop la chance d’être à la maison et de travailler sur de nouveaux morceaux… Mais bon, on a quoi… cinq ou six compos pour le moment. Il est probable qu’ils  sortent prochainement sur des splits ou des 7inches », embraie Brian Patton, second gratteur, avant de poursuivre : « On a d’ailleurs gravé le mois passé un split avec Psycho (NDR : un live enregistré en 2011), un groupe de Punk issu de Boston ; et on espère prochainement en sortir un autre avec Blast ». Quoi qu’il en soit, les artistes confient qu’ils graveront une nouvelle plaque d’ici la fin de l’année, et prévoient de la publier d’ici le printemps ou l’été de l’année prochaine.

Des compositions qui prennent en effet parfois du temps à voir le jour ; chez EyeHateGod les membres ne composent pas chacun dans leur coin. « On part souvent d’une idée de Jimmy et puis on la travaille pendant un moment. On aime vraiment bien s’approprier un riff qu’on va ensuite jouer pendant 15 à 20 minutes, en cherchant à le rendre le plus lourd possible, jusqu’à ce qu’on se dise : ok, ça va, on le garde ! On est moins dans une optique de type logique mais plutôt dans le ressenti », admet le bassiste Gary Mader. « Mais bon, au début d’EyeHateGod, je dois avouer qu’on n’était pas spécialement originaux… On essayait plutôt de marcher sur les traces de Slayer, Black Sabbath, Melvins, Sabbat, Obsessed ou encore d’autres formations taxées de Stoner ou de Doom », précise Jimmy Bower en rigolant.

Une belle occasion de rebondir sur l’étiquette de ‘pères’ du Sludge qui leur colle à la peau, bien malgré eux : « Tu sais, tout cela, ce sont des étiquettes qui ne sont vraiment pas nécessaires… Bien sûr, il est flatteur d’être considéré comme au top d’un genre musical mais… ce n’est au final qu’un mot. On sait ce qu’on est et c’est de loin le plus important… » se défend Jimmy Bower. « On est juste un groupe de rock, c’est tout ! », enchaîne Gary Mader, avant de poursuivre : « Ces classifications ne décrivent jamais qu’une facette de notre musique, on ne peut pas résumer ce qu’on fait à un adjectif… On a même lu qu’on pratiquait du Doom auquel on aurait ajouté une dose de Sludge et du Stoner, etc. Bref, à la fin, ça ne veut plus rien dire… On est simplement un Heavy Rock’n’Roll band ! », clame-t-il en souriant.

Avoir Jimmy Bower en face de soi, c’est également l’occasion de s’intéresser au grand retour sur scène de Superjoint Ritual, formation qu’il avait fondée au début des nineties, en compagnie de Phil Anselmo (chant) et Joe Fazzio (batterie). Hybride de Groove Metal à la Pantera et de Hardcore, elle avait vu son élan brisé en 2004, suite à des différents entre Anselmo et Fazzio. Dix ans plus tard, il revient avec du sang frais : Stephen Taylor à la basse et Jose Gonzalez derrière les fûts. Son patronyme est en outre amputé de son ‘Ritual’, puisqu’il est sobrement rebaptisé ‘Superjoint’. « Ce changement de nom est tout simplement dû à un line up différent et puis le groupe est dans une nouvelle phase », justifie Bower. Un crochet est-t-il prévu bientôt par la Belgique ? « Figure-toi que cette tournée devait impliquer les deux groupes. EyHateGod et Superjoint. On était en fait supposé tourner ensemble. Mais le Hellfest a voulu se réserver l’exclusivité du premier concert de Superjoint sur le continent européen, le 21 juin dernier… »

 

EyeHateGod

Catharsis caniculaire

Écrit par

Depuis plusieurs jours, une température caniculaire plombe Bruxelles. Peut-être s’agit-il d’un signe qui ne trompe pas : les sulfureux Américains d’EyeHateGod s’apprêtent à fouler le sol belge pour la deuxième fois cette année (après avoir en effet déjà marqué les quelques âmes courageuses lors de leur show tardif du 11 avril dernier, dans le cadre du Durbuy Festival). Ce jeudi, dans la capitale de l’Europe, c’est une des dernières rencontres des cinquante shows qui ont jalonné cette tournée européenne. Le band néo-orléanais est considéré, malgré lui, comme le ‘père’ du Sludge. Terme qui se traduit littéralement en français par le mot boue. Ce style musical évolue à la croisée des chemins du Punk et du Doom. Son rythme est lent et son ambiance lourde et marécageuse, tant au niveau la surabondance de distros que de la production généralement crade et rugueuse. Peu importe si la tournée touche à sa fin, EyeHateGod va une fois de plus damner les âmes et cracher son encre noire.

Rien de l’extérieur ne permet de reconnaître le Magasin 4. Situé le long de l’allée du Port, à coté du canal Bruxelles-Charleroi, sa façade est uniquement peinte en gris. Seule une ouverture à hauteur d’œil d’une vingtaine de centimètres permet un contact avec les portes de la salle. A l’heure H, les portes métalliques s’ouvrent, laissant pénétrer les amateurs de décibels dans cet ancien hangar entièrement dédié à la musique alternative.

Il revient à The Mighty Progerians, cuvée locale des terres de l’enfant pisseur, d’ouvrir une brèche dans les entrailles des limbes. Pratiquant un mix entre le Sludge et le Punk, les Bruxellois vont faire monter la température des lieux de quelques degrés (comme si ce n’était déjà pas assez !) A en voir les retours du public, un certain nombre de fans du band ont fait le déplacement. Les artistes sont notamment rejoints, lors de leur set, par Alain Vandenberghe, chanteur/guitariste de Goddog, groupe de Stoner. Un bon moment de rock bien épais, dilué dans la bonne humeur et apparemment un combo qui prend plaisir à se produire sur les planches. Notons encore qu’une magnifique affiche pour le show de ce soir avait été réalisée pour l’occasion par l’artiste Fabrice Lavollay (voir ici).

A peine le temps d’aller se rafraîchir à l’extérieur du hangar que les gars d’EyeHateGod sont déjà sur l’estrade, pour préparer leur matériel. Chaque musico accorde et règle son instrument. Pas besoin de roadies. Ils sont superflus. Et pourtant, le combo compte vingt-six années d’existence. La chaleur ambiante a eu raison des t-shirts du batteur Aaron Hill et du guitariste Jimmy Bower, laissant entrevoir ses tatouages qui, en-dehors des quelques croix égyptiennes, rendent hommage à des groupes tels que The Melvins ou encore les Black Flag, dont les traces doivent être demeurées indélébiles. Claudiquant quelque peu et sac à dos sur l’épaule, Mike IX Williams monte alors sur le podium. Il se dirige vers l’arrière de la scène, où figure un drapeau aux couleurs de la Belgique, offert par un fan, sur lequel figure le logo du band dessiné à la main, surmonté des initiales ‘ExHxG’. Mike, dos au public, ouvre son sac et en ressort un petit tube, qu’il ouvre avant d’en sniffer une partie du contenu. Il se redresse, se dirige vers l’avant de la ‘stage’ et agrippe le pied de micro. Le spectacle peut commencer.

‘We’re EyeHateGod’, hurle-t-il dans le micro. Les distorsions s’échappent des guitares et les cymbales se mettent à claquer. Ce moment évoque l’instant où, avant qu’un opéra ne commence, l’ensemble des musiciens joue de leurs instruments afin de sentir un équilibre entre eux. Pendant ce temps-là, Mike fait voltiger son pied de micro dans les airs. Il revient finalement à Aaaron de donner le ‘la’ et d’entamer à la batterie le début d’« Agitation ! Propaganda ! », titre d’ouverture de leur dernier album –il est éponyme– sorti l’année dernière. Le coup d’envoi est donné pour un set qui va durer un peu plus de 80 minutes, sans relâche, seulement de temps à autre entrecoupé par une intervention de Mike Williams pas toujours très audible. Non seulement les conditions estivales ne lui sont pas des plus favorables, mais il n’est un secret pour personne que le chanteur n’est pas un adepte des huiles essentielles. Ajoutez-y deux t-shirts superposés, des brassards aux poignets, des gants, un long pantalon et une jambe gauche qui semble apparemment le faire souffrir et vous aurez le cocktail gagnant pour directement l’amener dans un état plus que second.

La setlist du jour va plonger dans l’ensemble de la discographie du quintet, dont des morceaux plus récents tels que le puissant « Framed to the Wall », le bluesy « Nobody Told Me » ou encore l’hypnotique « Medecine Noose », véritable pièce maîtresse de son dernier LP, sorti quatorze années après son précédent opus. Ce qui n’a pas empêché les Yankees d’interpréter de plus ancienne compositions comme « Take as Needed for Pain », « 30$ Bag » ou « Blood Money », sans oublier bien évidemment les morceaux devenus emblématiques du Sludge : « Sisterfucker », « White Nigger » et « Blank ».

EyeHateGod appartient à cette catégorie de groupes qui font du bien. En effet, il y a peu de risques de passer un mauvais moment lorsqu’il se produit en concert. Sa dévotion pour la musique transparaît dans ses morceaux, dans la manière de jouer et dans l’attitude. Un quart de siècle que la formation arpente les scènes et pourtant les musicos demeurent toujours aussi accessibles, humbles et sincères. Ils n’ont plus rien à prouver et ne sont pas tenus par un quelconque agenda de sortie. Ils prennent le temps de composer, d’expérimenter des sonorités (que ce soit au sein d’EyeHateGod ou de leurs nombreux autres side-projects) et de graver leurs morceaux quand bon leur semble. Peu importe si quatorze années sont nécessaires pour que leurs projets se réalisent. Et on le ressent.

Mais ces hommes issus de la Nouvelle-Orléans (Nola pour les intimes) ont également trouvé l’alchimie qui vous met en transe. Il suffisait d’observer le public présent pour se rendre compte que leur musique ne se contente pas de se déverser dans les tympans : elle traverse l’âme et exerce un pouvoir cathartique salvateur. Peu importe que le show ne soit pas sold out, peu importe que le groupe ne fasse pas les plus grandes scènes, il est au-dessus de tout ça. EyeHateGod n’est certainement pas un band easy-listening, ni accessible à la première écoute, mais il recèle une infinie richesse. Il suffit de prendre la peine d’aller voir ce qui s’y cache en dessous de la carapace.

Une intense soirée.

(Organisation : HeartBreakTunes)

Hatebreed

Un réel exutoire qui fait du bien

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Après s’être produit au Festival de Dour en juillet 2013 et au Graspop Metal Meeting, au mois de juin de cette année, c’était à Torhout que les Américains d’Hatebreed avaient décidé de revenir en Belgique, dans le cadre de leur tournée anniversaire. Vingt ans que ce groupe, considéré comme une des meilleures synthèses du Metal et du Hardcore, sévit sur scène. Une chose est sûre : il est loin d’être essoufflé.

Pas moins de quatre formations figurent ce soir à l’affiche. Pas question donc de perdre de temps. Deconsecrate monte sur les planches à 20h précises et délivre pendant une demi-heure un Metalcore, certes classique, mais efficace ; entraînant dans sa rage le public présent. Pas question ici de première partie ‘tiède’, le décor est immédiatement planté et annonce une soirée à la barre haute, sous les auspices du Metal et du Hardcore. Mention spéciale à la présence de deux vocalistes, se partageant les chants graves et aigus. Cette distinction, fréquente il y a une dizaine d’années, permet aux frontmen de se répondre mutuellement, générant une dynamique non négligeable.

Les Bruxellois de Resistance prennent ensuite possession des lieux. Considérée à ses débuts comme formation ‘Hardcore’, Resistance a transformé ses compositions, au fur et à mesure des changements de line-up, en un Death Metal, tout en ne reniant pas ses origines. Un mélange intéressant qui a permis de relever d’un cran l’ambiance au sein de la salle. Après une demi-heure de set, Resistance se retire (pour se rendre à Namur où il est attendu en fin de soirée pour jouer en tête d’affiche !), à l’exception du guitariste Shaun Van Calster.

Ce dernier milite en effet au sein du dernier supporting act, Length of Time. Ce soir, le line up est marqué par l’absence de Michel Kirby (forçant pour la circonstance Shaun à assurer les deux lignes de guitare) et la présence de Phorgath à la basse (Enthroned, Black Metal belge). Après dix-sept ans d’existence, Length of Time n’a plus grand-chose à prouver et fait partie des pionniers du Hardcore en Belgique. Caractérisées par une alternance entre chants hurlés et clairs, leurs compositions parfois plus lentes et plus lourdes que les deux groupes précédents, entraînent une dilution de l’ambiance qui règne dans la salle. La qualité du show est pourtant irréprochable ; mais la question peut se poser quant au choix, judicieux ou non, de programmer Length of Time juste avant Hatebreed. Mais comme le dit l’adage, les goûts et les couleurs…

Il y a moins de monde que deux semaines plus tôt (pour Machine Head, le 9 novembre dernier) mais néanmoins, sur les starting-blocks le public s’apprête à accueillir Hatebreed. Une tournée particulière, organisée à l’occasion de leur vingtième anniversaire (ne se privant pas d’afficher cette durée de vie notable, du classique marchendising aux médiators de guitare frappés pour l’occasion). Suivant une forme de rituel, le quintet fait monter la pression dès l’intro, en diffusant le morceau mythique « Gonna Fly Now » de Bill Conti, un titre repris dans la B.O. du film ‘Rocky’. De quoi libérer la tension au sein de l’auditoire qui attend les Américains depuis maintenant un peu plus de deux heures et demie. Les musicos montent sur l’estrade et se lancent dans un set qui va frôler les 90 minutes. Sans interruption. Rarement un show aura été si concentré, sans aucune perte de temps entre les morceaux. Difficile à croire, mais cette énergie sera maintenue tout le long de la prestation. ‘Si on est là aujourd’hui, c’est parce que vous avez été tellement nombreux à venir nous voir au Dour Festival et au Graspop. C’est vraiment un plaisir d’être ici. Et quand je pense que nous serons de nouveau l’année prochaine au Graspop, avec Kiss en tête d’affiche, c’est tout simplement incroyable !’. Une information pour le moins intéressante, car Hatebreed n’a pourtant pas été annoncé dans la fournée des premiers 47 noms divulgués par le festival pour l’édition de l’année prochaine… Bonne nouvelle, donc. Pour le plaisir de toutes et tous, les plus grands succès se succèdent (« Defeatist », « Live for This », « To The Treshold », « I Will Be Heard », etc.), entrecoupés de tracks parfois moins connus. En une vingtaine de titres (!), l’ensemble de la discographie du band sera ainsi passé en revue à un rythme effréné, ne reprenant sa respiration que pour aborder la compo suivante. Autre fait marquant : Hatebreed joue sans setlist scotchée aux pieds des musiciens. Le mystère reste donc entier quant à savoir quelle composition jouer à quel moment, vu que l’ordre de cette setlist était complètement différent de celui joué la veille, à Paris. ‘C’est maintenant le dernier morceau de la soirée. « Destroy Everything ! »’, annonce le chanteur Jamey Jasta. Comme pour la plupart des concerts, on sait que le dernier track annoncé n’est jamais vraiment le dernier et sera suivi d’un ou plusieurs ‘we-want-more’. Mais Hatebreed a apparemment décidé de rompre avec cette vieille tradition et d’exécuter sa décision. Le morceau à peine fini, les musicos se réunissent face à la batterie pour l’éternelle photo souvenir, distribuent les quelques médiators et autres bracelets-éponges qui restent aux poignets et s’en vont. La foule en transe peut désormais retrouver une pulsion cardiaque stable. Un réel exutoire qui fait du bien.