La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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Jenny Hval

Blood Bitch

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Un an après avoir publié « Apocalypse Girl », un album unanimement acclamé par la critique, Jenny Hval nous propose son deuxième elpee. Qui paraît sur le label indépendant new-yorkais (NDR : sis à Brooklyn, très exactement) Sacred Bones (John Carpenter, Pharmakon, Moon Duo, ...) A l’instar de la musique pratiquée par les autres groupes ou artistes hébergés au sein de cette écurie, celle de cette Norvégienne (NDR : elle est native d’Oslo) baigne au sein d’un univers sombre, personnel, mystérieux, oppressant (cet essoufflement qui tourmente « In the red »), mais original.

Le thème principal exploré tout au long de « Blood Bitch » concerne le sang. Que ce soit des histoires de vampires ou de menstruations, tout y passe. Certaines pistes pourraient servir de B.O. pour film d’épouvante. L’électro-noise de cette artiste est dominée par les claviers. Un peu dans l’esprit de Björk avec laquelle elle partage aussi de semblables capacités vocales. Si certains morceaux sont pour le moins conceptuels, d’autres adoptent un profil quasiment pop, à l’instar de Conceptual Romance » ou du plus rythmé « The Great Underssing ». Entre ces plages, elle intercale des interludes consacrés aux samples (« Untamed Region »).

Manifestement, l’expression sonore de Jenny Hval est unique en son genre. Et son style expérimental mérite une attention toute particulière. Suivant la formule consacrée, elle est à suivre de près…

 

Jenny Hval

Innocence Is Kinky

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Jenny Hval est considérée comme une des artistes majeures du songwriting scandinave. D'abord découverte sous le pseudonyme Rockettothesky, elle sort son premier album « To Sing You Apple Trees » en 2006, un opus qui propose un folk encore relativement classique mais interpelle déjà les fans de voix particulière. Suit l'onirique « Medea » (2008) aux compositions plus complexes qui l'installe définitivement dans la catégorie des artistes atypiques. « Viscera », première réalisation sous son vrai nom pour le compte de Rune Grammofon, lui succède en 2011. Mieux distribué et distillant une minimal folk hantée produite par Deathprod, il est encensé par la presse spécialisée. On ne peut que recommander l'écoute de ces trois elpees ainsi que celle de Nude On Sand, un projet en duo avec Håvard Volden, sorti l'année passée.

Parallèlement à sa carrière de musicienne, Jenny a aussi écrit deux romans qui ont connu un certain succès en Norvège. Les mots sont d'ailleurs particulièrement importants dans l'œuvre de la Scandinave. Chuchotés, récités, scandés, hurlés, tourbillonnants, ils délivrent une poésie crue et  provocatrice (le disque s'ouvre sur un perturbant ‘That night, I watch people fucking on my computer, nobody can see me looking anyway... a black vegetable soup of hair and teeth’). Des paroles sombres, volontairement cruelles sur le sexe, les sexes, la psycho-géographie d'Oslo ou Anders Breivik (le massacre d'Utøya est survenu pendant l'écriture et a fatalement influencé fatalement l'atmosphère du disque) portées par une voix cristalline aux modulations étonnantes.

« Innocence Is Kinky » constitue certainement l'album le plus audacieux de la citoyenne d'Oslo. Tellement audacieux qu'on peut facilement s'y perdre. Et pour cause, plus expérimental, son long playing a bénéficié du concours de John Parish à la production, qui semble avoir pris un réel plaisir pour aider la Scandinave à concrétiser ses improvisations. En effet, un certain nombre de morceaux ont été composés à la base pour des performances : une installation son et lumière proposée dans un centre d'art et une bande-son imaginée pour accompagner la projection d'un film muet français de 1928 "La passion de Jeanne d'Arc". On se promène donc à travers différents univers et même au sein d'une même chanson, le propos est rarement linéaire. Comme une montagne russe, les notes de Jenny s'emballent puis s'apaisent, sa voix nous cajole puis nous bouscule sans répit tour à tour trafiquée, étirée, distordue par le malicieux Parish.

Jenny Hval voue une admiration sans borne à Blixa Bargeld. Le titre de l'LP adresserait un clin d'œil au "Silence Is Sexy" d'Einstürzende Neubauten et la chanson éponyme évoque d'ailleurs les atmosphères de ce grand album. Parmi ses autres héros figurent Kate Bush, Nick Cave, Michael Gira et Patty Smith. Tous ces spécialistes de la tension poétique hantent incontestablement "Innocence Is Kinky", mais c’est avant tout une œuvre personnelle, hors des modes, atypique comme le visage de sa conceptrice. Passant de la féérie vénéneuse à la Björk et CocoRosie de "Mephisto In The Water" aux guitares saturées de "I Called" (qui commence comme du Breeders premier album) et "I Got No Strings" puis se dirigeant vers des paysages synthétiques éthérés, peuplés de drones, qui justifient les nombreuses comparaisons avec Julia Holter et Julianna Barwick pour se conclure en folk onirique ("Death Of The Author", "Amphibious, Androgynous") plus proche de ses compositions préalables.

Album à tiroirs, foisonnant, "Innocence Is Kinky" nécessite un temps de digestion. Une fois apprivoisé, le monde de Jenny Hval peut se révéler amical. Essai sans concession qui parle de nos fêlures (‘When I speak, i catch your disease’), il exige juste l'attention due à la poésie. 

 

Jenny Hval

Viscera

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S’il fallait comparer l’album « Viscera » à un genre littéraire, ce serait au fantastique. Dès les premières notes d’« Engines in the City » on est plongé au sein d’une ambiance à la fois mystérieuse et fascinante. Comme si un homme étrange survenait de nulle part et vous invitait à découvrir un passage secret conduisant vers un univers encore inexploré.

Jenny Hval nous enivre de sa voix aux inflexions tantôt médiévales, tantôt contemporaines, une voix si proche de celle de Björk.

Les chansons sont mélodieuses, et entraînantes voire même envoûtantes. Le titre de l’album n’est pas anodin.

La chanteuse souhaite nous entraîner au plus profond du corps humain, dans les viscères, dans nos mystères… Accomplir un voyage, celui de la découverte intérieure.

« Viscera » n’est pas qu’un simple album, c’est le travail d’une jeune artiste qui a pris un réel plaisir à le concocter, et surtout le plaisir de savoir qu’il sera écouté. Une impression qu’illustrent parfaitement les pistes mélodiquement variées et leurs durées prolongées. Ce qui ne gâche, cependant, en rien le plaisir de l’écoute.

Des titres comme « Portrait of the Young Girl as an Artist » ou encore « Milk of Marrow » constituent des moments de détente idéaux.

Il est rare d’éprouver un tel plaisir en écoutant un disque. Et si vous souhaitez consacrer du bon temps, rien qu’à vous, cet album est celui qu’il vous faut. Sa musicalité est bien mieux qu’une thérapie pour se redécouvrir.