L’aurore de Lathe of Heaven…

Issu de Brooklyn, Lathe of Heaven sortira son nouvel elpee « Aurora », le 29 août. Né d’un processus d'improvisation, cet opus est propulsif, captivant et structuré, abordant des thèmes lourds et incorporant des influences littéraires. En attendant, la…

logo_musiczine

Le jeu d’échecs de Vera Daisies

Margaux Jaudinaud, illustratrice multi-casquettes et binôme du groupe Ottis Cœur, se lance en solo sous le nom de Vera Daisies. Après avoir ouvert pour The Libertines, Tess Parks ou encore le band londonien Sorry, elle dévoile un premier titre incisif, "Chess…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Search results (10 Items)

Philippe Katerine

Philippe Katerine et son chien…

Écrit par

C’est un memento mori, en forme de pochette surprise. Le même plaisir, pur, d’y goûter à 17 titres qui pétillent sous la langue, collent ou explosent dans le fond du palais. La même joie, enfantine, d’y trouver toutes sortes de rythmes et de couleurs, mais aussi une mélancolie, à mesure qu’on les découvre et les savoure, de sentir qu’on s’approche de la fin du paquet. Et chaque minute de musique, en même temps qu’elle nous élance, nous atteint. Car ce qui différencie Philippe Katerine de sa chienne Zouzou (qui donne son nom au disque) c’est sans doute ça : la conscience, affûtée et drôle, profondément musicale, que l’artiste a du temps qui passe. De nos vies en sursis.

Sur l’irrésistible « Joyeux anniversaire », morceau soul conduit par une guitare électrique, et zébré de voix d’ami.e.s, Katerine nous rappelle d’ailleurs qu’on a jamais été plus proche de la mort, et là vous êtes plus proche, là encore… D’ailleurs, continue-t-il, avec ou sans gluten, personne n’en sortira vivant (« Bonifacio »). Ailleurs encore : rien n’est comme avant, ça change tout le temps, c’est ça qui est effrayant, c’est ça qui est excitant (« Frérot »). Un sens de l’impermanence, redoutable, qui n’est pas une raison de déprimer mais, au contraire, de vivre d’humour et d’eau fraiche. Comme disait l’autre, quand il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème (« Comme disait ma petite sœur »). Et tout au long de nouveau disque, on retrouve donc l’œil vif et la malice désarmée d’un Katerine - aussi comédien, dessinateur et artiste plasticien -, qui depuis le début de sa carrière kaléidoscopique, a toujours fait de ses propres limites un moteur, et de son sourire un combustible. Et un vecteur d’amitié.

Pour composer et arranger ce onzième disque, Philippe Katerine s’est entouré des complices de sa tournée précédente : le multi-instrumentiste Adrien Soleiman, et Victor le Masne.

C’est que Philippe Katerine aime les connexions improbables entre les registres, les langues et les générations.

Le clip de « Nu » est disponible

 

Kate Bollinger

Les milliers d‘états d’âme de Kate Bollinger…

Née en Virginie et basée à Los Angeles, l'artiste multidisciplinaire Kate Bollinger sortira son premier long playing, ce 27 septembre 2024. Il fait suite à une tournée internationale et à une série de singles parus depuis ses débuts, en 2022. Il s'agit d'un ensemble de chansons pop, à la fois raffinées et racoleuses, avec un esprit punk sous-jacent, au sujet des relations et du fait de grandir. « Songs From A Thousand Frames Of Mind » donne l'impression de feuilleter la collection de disques de votre ami le plus cool et de trouver une nouvelle chanson préférée à chaque découverte.

Écrit pendant une période de transition et de changement, l'album a été conçu pour ressembler à une mixtape, à savoir quelque chose de soigneusement conçu et transmis d'une personne à une autre. Ici, Bollinger et son groupe privilégient l'éclectisme, la mélodie et la majesté, soutenant un lyrisme intimiste avec une instrumentation classique inspirée par les pierres angulaires de la folk-pop des 60’s et du rock indépendant des 90’s.

Bollinger peut donner l'impression d'être aussi bien une compositrice qu'une auteure de films d'art et d'essai, créant la bande-son et les décors d'un film qui n'existe pas. Elle a récemment réalisé le clip vidéo saisissant du single « World on a String » de Jessica Pratt.

‘Mon ami Matt [E. White] venait de Virginie et nous nous sommes retrouvés pour jouer de la musique. Nous avons écrit cette chanson, puis nous avons fait le tour de Los Angeles en voiture. Le même jour, il m'a aidé à me rendre compte du genre d'album que je voulais faire’, explique Bollinger. ‘Quelques mois plus tard, j'ai enregistré la chanson avec un groupe que nous avons constitué. Nous avons passé la première journée à répéter les chansons. Le lendemain, nous avons enregistré les deux premières chansons, "Any Day Now » étant la deuxième. Nous avons tout fait en direct dans la pièce, sans casque, dans l'esprit de la plupart de mes musiques préférées de la fin des années 60’.

Sublimant les connexions musicales de toute une vie en 11 chansons concises, « Songs From A Thousand Frames Of Mind » témoigne d'une ambition et d'un objectif rares pour un premier album.

Kate Bollinger a conçu le clip de ce premier single, « Any Day Now », avec le réalisateur Ambar Navarro.

Et il est à voir et écouter ici

 

 

Katerine

Le numéro de 4trine...

Un homme s'avance seul sur la scène, il s'appelle Czerkinski (rappelez-vous son single « Natacha »). Accompagné de sa guitare, il chante sur un ton aigri des histoires de filles. On passe une très mauvaise demi-heure à l'écouter gémir : ce n'est pas drôle, c'en est même agressif. Notre homme file un mauvais coton ou alors son cynisme ne fait rire que lui.

Peu importe : on est là pour Katerine, dont le dernier album, « Robots après tout », tourne en boucle dans notre lecteur depuis sa sortie printanière. Entouré des Little Rabbits, le Français débute son concert par quatre titres déjà bien festifs : « Etres humains », « Excuse-moi » (une ode à l'éjaculation), « Qu'est-ce qu'il a dit » et « Le train de 19h ». Le groupe assure côté rythmique : dans un style rock et couillon qui prend toute sa mesure en live, Katerine énumère ses TOC littéraires en badinant avec les premiers rangs. Le torse maquillé (un dessin de ses organes vitaux) et les genoux tout rouges, il chante d'une voix contrite des histoires numéraires. Personne ne sait si Katerine est 'triskaïdékaphobe', mais en tout cas il aime collectionner les chansons à chiffres, de « 100% VIP » à « 1978-2008 ». Après deux ou trois vieux tubes (« Les Grands Restaurants », « Parlez-vous anglais Mr. Katerine ? », « Le Simplet »), les Rabbits quittent la scène et Katerine de tapoter à la batterie en chantant les premières paroles de « Louxor j'adore », son dernier (et plus gros) tube en date. Pause. Retour du groupe pour un « Louxor » en bonne et due forme, qui ravit le public et ravive l'ambiance, jusqu'ici bon enfant. Les gens dansent, et Katerine les regarde : il adore ça, et il le chante aussi. « Je vous emmerde » et « Borderline » (dont le riff rappelle celui d'« Overkill » de… Motörhead) finissent par mettre tout le monde d'accord : le nouveau Katerine se veut diablement rock'n'roll et groovy, quasi taillé pour le dancefloor. Il est loin, le temps de la pop yé-yé à la Tricatel-Duhamel ! C'était les années 90, un bail dans une carrière discographique…

Au moment du rappel, Katerine revient seul, à la guitare ('C'est Philippe Catherine, mon homonyme, qui m'a appris à jouer !'), chantonner « Le Jardin Botanique » ('Je l'ai écrit ici, à Bruxelles… Ce n'est pas une blague !'), « Barbecue à l'Elysée », « Vacances à l'hôpital », et des histoires de poulets, précisément celle du n°728. Après ces badinages, les Rabbits déguisés en Boulette reviennent chanter « Derrière la porte », et puis c'est « Titanic » et « Louxor », bis. Nouveaux costumes, et des invitées surprise : les Vedettes, 'plus ou moins majorettes', qui donnent la réplique à un Katerine gai luron, en roue libre. Il adore 'regarder danser les gens', et on adore danser sur sa musique. Que demander de plus ?

 

Katel

Elégie

Écrit par

Katel a déjà pas mal bourlingué. Jusqu'en 2002, elle était une des deux chanteuses du groupe Dune Leia. Puis elle a décidé d’embrasser une carrière solo. Après avoir gravé un premier Ep 8 titres intitulé « Raides à la ville », en 2006, elle aligne les albums. En 2013, elle rejoint Marc Huyghens (ex-Venus) au sein de Joy et participe aux sessions du long playing « All The Battles ». Elle a depuis collaboré à différents projets et monté son propre label ‘A L'Aphélie’ (NDR : signé sous licence chez At(h)ome). Et le résumé est succinct…

Karen Lohier, aka Katel, a enregistré « Elégie », toute seule chez elle. C’est l’aboutissement de 4 longues années de travail.

Elle y exploite sa voix tel un instrument. Une voix fascinante, envoûtante, éthérée et d’une rare richesse. D’ailleurs, elle assure également les chœurs.

Le thème principal de son 3ème LP s’inspire d’une rupture amoureuse, mais aussi et surtout du décès de sa maman.

Les vocaux de « Voûtes » ont été enregistrés au sein d’une église. Sur cette plage, Katel a bénéficié de la participation de Nathalie Réaux, Diane Sorel, Skye et Claire Joseph (Sirius Plan), aux chœurs. Et leur concours est précieux. La structure mélodique et instrumentale est également sophistiquée.

« Cyclones » est déjà paru en single. Il a également fait l’objet d’un clip réunissant des images d'archives familiales montées par Robi. Jouée sur deux accords, il s’agit de la première chanson écrite par l’artiste, après la mort de sa mère. Entretenu par un clavecin et parsemé de bruitages, le climat est baroque. ‘Devant le futur impérial des armées de journées debout, ne me dites pas que je suis seule!’. Le destin est parfois tragique.

« A L'Aphélie » (nom du label, on vous le rappelle), reflète le cri désespéré d'un enfant qui revient vers l'adulte quand il se sent abandonné. Katel reste focalisée sur ses disparus (« Saisons »). Elle est hantée par leur absence (« Au Large »). Tempétueux ou paisible, le chant est versatile. Une quête intérieure perpétuelle d'où surgit soudainement la voix de Marguerite Yourcenar pour le mystérieux et magnifique « Danse Sur le Lac De Contance ». Empreint d'une grande mélancolie, c'est la narration d'un chevalier allemand qui traverse le lac gelé de nuit. Arrivé de l'autre côté, il tombe de cheval. Il a failli mourir.

Des chœurs atmosphériques envahissent « Hors-Foule »… « Ralentis » permet de reprendre son souffle. L'oiseau associé rappelle les chansons de Robert Wyatt qui ont bercé la jeunesse de Katel. Amorcé par des accords d’ivoire, « Echos » met en exergue sa voix claire et limpide, qui lorgne ici vers Björk voire Kate Bush. Le voyage se poursuit dans les stratosphères de l'âme torturée et pleine de passion. « De l’ombre » s’écoute religieusement.

Au sein du studio de John Parrish, le piano droit sur lequel PJ Harvey avait joué, inspire Katel. Elle a conservé l'enregistrement et a complété le reste par la suite. Et le résultat est « Elégie », le titre maître qui achève l’opus. Un hommage à sa mère qui était fan de PJ Harvey.

Vu les textes à la fois torturés et authentiques, on ne peut s’empêcher de penser au dernier album de Bowie, une œuvre à la fois morbide, glaciale, mais géniale. « Elégie » épanche une semblable mélancolie susceptible d’entraîner la transe introspective. Mais cette œuvre est traversée de brillants rayons de soleil tourné vers un furieux désir de vivre. Plusieurs écoutes sont cependant nécessaires, pour apprécier ce disque à sa juste valeur…

 

Kate & Joe BB

Kate & Joe BB (Ep)

Écrit par

Kate BurningBabe et Joe BillyBoy sont deux artistes décalés. Ils se sont rencontrés en 2009. Kate travaille comme serveuse dans un bar à Bruxelles. Alors qu’il vient de terminer son concert, Joe va prendre un verre à l’Archiduc et y croise celle qui deviendra sa compagne artistique…

Dès le début de l’Ep, on se rend compte que le duo est influencé par la musique des eighties. Joe BB prononce soit le nom de sa collègue soit le sien, et Kate nous dévoile quelques moments de leur existence, mais également certaines facettes de leur personnalité. « Egoïste » lorgne davantage vers Gainsbourg, surtout dans la manière de chanter de Joe BillyBoy. Pourtant, le tempo est plus rapide et la voix, plus grave. Néanmoins, les similitudes sont troublantes. « J’en peux plus d’être une star » affiche une palette différente du style adopté par le couple. Le refrain est très rythmé et le refrain accrocheur. Kate BurningBabe se réserve un solo sur « Lost », colorant le refrain d’une teinte électro pop insulaire. Chaque plage est un nouveau témoignage, de la capacité des deux artistes, à s’imprégner de la musique qu’ils proposent.

Et pour que votre info soit complète, sachez que le duo a reçu le concours, lors des sessions d’enregistrement, de Thierry Rombaut à la basse et d’Emma Meurice au violon ainsi qu’aux claviers.

 

Katel

Decorum

Écrit par

Katel est originaire de Caen. Le répertoire de cette jeune auteur/compositrice/guitariste française est alimenté par des chansons à textes sur fond rock. Son univers est sans concession, plutôt sombre. Sa voix dure et cassante. Elle insuffle l’énergie du rock à ses compositions et son écriture poétique. Las, son album « Raides à la ville » paru en 2008, après avoir publié un Ep six titres, en 2006, n’a pas reçu le succès escompté. Qu’à cela ne tienne, Katel, de son vrai nom Karen Lohier, révélée au grand public par un titre interprété en duo avec Yann Tiersen, « La Rade », remet son ouvrage sur le métier deux ans plus tard.

Pour développer ses arguments, Katel n’est pas seule. Si elle se réserve le chant et quelques parties de guitares, elle est également bien entourée, par un backing group. En l’occurrence Charles-Antoine Hurel à la batterie, Julien Grasset à la basse et Nicolas Marsanne aux six cordes.

Tout au long de « Decorum », Katel nous promène au cœur d’un labyrinthe musical enchanteur, un univers sonore et poétique étourdissant. A la fois rock (plutôt progressif) ou pop-rock, laissant filtrer épisodiquement des mélodies qui ont un petit air de déjà entendu, les onze compos de l’opus se révèlent créatives, dans un style bien propre. Katel possède un certain savoir-faire et le met en œuvre dans des ‘litanies mortuaires’ (« Mon Vieil Ami », « Vacante », « Tombée dans l’Escalier »), des ballades pop-rock victoriennes (« Hurlevent », « Decorum ») voire de vraies incursions du côté de chez Elista ou Autour de Lucie (« Quelque Chose Qui Nous Suit », « Vue sur le Ring »). Qu’elle joue sur l’énergie (« Le Chant du Cygne », caractérisé par des chœurs détraqués signés Nosfell) ou sur les ambiances (l’électro vaporeuse de « La Bouche »), Katel ne cède en tout cas jamais à la facilité.

Malgré toutes ses qualités, l’album n’est pas facile à dompter et plusieurs écoutes vous seront nécessaires afin d’apprivoiser ce bel animal.

Kate & Anna McGarrigle

La Vache qui Pleure

Voilà du folk dans sa forme la plus traditionnelle, sans oripeaux modernes ni production trop grassouillette. Du banjo, du violon, de l’accordéon, un peu de flûte et de piano : il n’en faut pas davantage aux deux sœurs McCarrigle pour raviver la flamme d’un folk qu’on croyait presque perdu, parce que né il y a bien trop longtemps. Dans la famille McCarrigle, on chante ainsi le folk comme s’il était le souffle qui permet de respirer. En français dans le texte (et avec des ‘r’ qui roulent), ces deux chanteuses/instrumentistes parviennent donc à convaincre, malgré l’esthétique séculaire de leur musique fragile. Rufus et Martha Wainwright sont les enfants de ces folkeuses sexagénaires… Comme quoi l’élégance peut, elle aussi, s’avérer héréditaire. Tabernacle !

Rollerskate Skinny

Horse drawn wishes

Depuis le départ de Jimmy Shields, frangin de Kevin ‘My Bloody Valentine’, Rollerskate Skinny est réduit à un trio. Enfin presque. Puisque pour enregistrer son deuxième album, la formation a fait appel à des musiciens de studio. Notamment un drummer et un guitariste. Et puis surtout a bénéficié du concours de l'ingénieur du son d'Oasis, Anjali Dutt. Pourtant, on ne peut pas dire que cet "Horse drawn whishes" soit fondamentalement différent de "Shoulder voices". Toujours aussi tourmenté par le psychédélisme de Mercury Rev et de Medicine, il nous entraîne dans un monde multicolore, imaginaire, peuplé de personnages empruntés à la bande dessinée, au sein duquel le professeur Ken Griffin libère son lyrisme schizophrène, halluciné, hallucinant. Au sein d'un univers sonore luxuriant, truffé d'effets spéciaux, déchiré entre euphorie et épouvante. Ce qui n'empêche pas les chansons de cet opus de cultiver le sens de la mélodie. A la manière de Syd Barrett. En serpentant entre les textures imprévisibles, flottantes, capricieuses, tout en libérant un rush d'adrénaline impressionnant...

 

Rollerskate Skinny

Shoulder Voices

Rollerskate Skinny pourrait devenir important. Très important même! C'est ce que Mercury Rev déclarait voici quelques mois, alors que pratiquement jamais personne n'avait entendu parler de ce quartet dublinois. Et à l'écoute de ce "Shoulder Voices" nous serions bien tentés de le croire. Sur ce CD, il fait en tous cas preuve d'un potentiel innovateur phénoménal. Potentiel qu'il tire des cordes de guitares puissantes, bruineuses, impitoyables ou fluctuantes. D'une ligne de basse crépitante. De drums spasmodiques. De claviers énigmatiques. Ou de vocaux aigre-doux. Mais surtout d'une ligne mélodique qui tort les pensées, les sentiments et les expériences pour mieux serpenter entre les consciences rêveuses, sauvages et imprévisibles de My Bloody Valentine, Boo Radleys, Sonic Youth et Wire. Etonnant!

 

Rollerskate Skinny

Rollerskate Skinny et son ange gardien.

Écrit par

Auteur d'un premier album mystérieux, élaboré mais très mélodique, ce groupe dublinois pourrait devenir très important. C'est en tous cas l'impression que partage l'ensemble de la presse britannique. Elle n'hésite d’ailleurs pas à comparer le quintette à Mercury Rev voire à Sonic Youth. Et comme si la richesse musicale ne suffisait pas, ce disque recèle des textes visionnaires, thématiques sur le monde contemporain. La rencontre des deux guitaristes, Jimi et Ger, puis du chanteur/lyriciste Ken, a enfin permis de lever un morceau de voile de l'énigme Rollerskate Skinny...

Pourquoi choisir pour nom de groupe le titre d'un roman qui a inspiré l'assassinat de John Lennon?

Jimi : Une pure coïncidence. Nous avons même été surpris de le lire dans je ne sais plus quel magazine. Il n'a jamais été dans notre intention d'établir la moindre corrélation avec cette affaire.

Ce n'est donc pas un sujet à approfondir? Pas plus, je suppose que celui des Beatles?

Ger : C'est une évidence!

Vous vous identifiez sans doute à des groupes plus contemporains comme Mercury Rev ou Sonic Youth?

J. : Nous serions de mauvaise foi en refusant d'admettre l'influence que Sonic Youth a exercée sur le groupe. Mais pas son aspect métallique. Plutôt l'exploration simultanée de différentes perspectives mélodiques.

Un peu à la manière de Wire?

G. : Je n'ai jamais prêté attention à ce genre de groupe.

J. : Ce n'est pas davantage ma tasse de thé. Leur musique était un peu trop capricieuse à mon goût!

G. : Chacune de nos compositions abrite différentes influences. Pour Mercury Rev et Sonic Youth, elles ne sont cependant que superficielles. Evidemment, il est plus facile de se référer à ces deux ensembles, puisqu'ils ont acquis une certaine notoriété.

Quel album de votre collection personnelle ne céderiez-vous sous aucun prétexte?

G. : "Closer" de Joy Division et "The Movie" de Jimi Hendrix (NDR: Est-ce un bootleg?)

J. : Pas un seul. J'y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Je ne vois donc aucune raison de m'en séparer!

Vous semblez manifester un goût plutôt prononcé pour l'extrême. Est-ce typiquement dans le caractère irlandais.

J. : Ce n'est pas spécifiquement irlandais, mais le reflet de nos personnalités.

G : Des sentiments universels que tout être humain est susceptible d'éprouver.

J. : Chaque pays vit ses extrêmes. En Belgique, vous vivez les vôtres à travers les disparités entre Flamands et Wallons. En Irlande, ils sont d'une toute autre nature. Pour Rollerskate Skinny, ils s'inscrivent exclusivement dans un espace multidimensionnel, au sein duquel nous avons voulu reculer les limites.

Vous avez assisté à la projection du film "In the name of the father"?

G. : Non!

J. : Oui. L'intrigue est excellente. Un film très intense inspiré d'un fait réel. Mais je suis un peu déçu que la vérité soit quelque peu tronquée. L'accumulation de détails artificiels et la concentration des événements dans le temps n'étaient pas indispensables. La véritable histoire était suffisamment dramatique. Il ne fallait pas en rajouter. Ce qui explique pourquoi il est nécessaire de prendre un certain recul. Sans quoi, c'est un grand film... J'ai, en outre, tenté une expérience originale pour le visionner. D'abord, en Irlande. Puis en Angleterre. Et les réactions suscitées sont diamétralement opposées. Etonnant!

Bono et Sinea O'Connor ont collaboré à l'enregistrement de la bande sonore de ce film. Est-ce que leur participation a une valeur symbolique à vos yeux?

J. : J'apprécie énormément Sinead O'Connor. Je ne partage cependant pas tous ses faits et gestes. Mais elle dit ce qu'elle pense en toute liberté, spontanément et avec énormément de passion. Et puis elle a de si beaux yeux... une très jolie fille (rires)... Tout ce qu'on a pu médire sur son compte a été monté de toutes pièces. C'est comme l'intérêt excessif porté à U2. C'est de la manipulation médiatique!

G. : Le jour où elle a déchiré la photo du pape, il a dû se passer quelque chose de saugrenu dans sa tête. De saugrenu, mais également de sensé. Il faut replacer cet événement dans son contexte. L'Irlande du Nord vit en quelque sorte une guerre de religion. Et dans l'esprit de Sinead, le pape en porte une certaine responsabilité. Il était ainsi plus facile de la faire passer pour hérétique.

C'est un peu comme dans votre chanson "Bring on to stigmata" où vous semblez très amers vis à vis de la religion?

G. : Elle ne vise pas seulement la religion. Mais tous les problèmes qui existent dans le monde en général. Elle reflète en quelque sorte notre état d'esprit à l'égard de ces événements; et puis d'une manière plus personnelle traite de nos expériences vécues. Comme celles que nous avons traversées à Londres.

Pouquoi, vous n'y vivez plus?

J. : Si, mais nous allons retourner à Dublin.

Quand?

G. : Dans une bonne semaine!

Vous vous y étiez fixés depuis deux ans, il me semble?

J. : C'est exact. Mais la vie à Londres est pénible. Cette ville est trop grande, impersonnelle, morne, robotisée. Nous n'y avions pas d'amis. Nous ne parvenions plus à nous situer. Nous avions peur, en quelque sorte, de perdre nos racines. Nous avons donc voulu revenir aux sources de notre inspiration. A Dublin. Un retour qui correspond pour nous à une renaissance.

G. : Londres peut être intéressant pour ses extrêmes. Mais son gigantisme est déprimant. Ce sera de toutes manières une bonne expérience d'y avoir transité.

J. : Nous regretterons sans doute les petits clubs. Parce qu'ils jouissent, au niveau musical, d'une excellente réputation. Et puis, parce qu'ils dégagent une atmosphère propice à l'épanouissement des groupes de rock...

La chanson "Violence to violence", est-ce un constat d'échec ou un cri de désespoir?

J. : Plutôt un cri de désespoir. Mais cette composition ne devait pas s'intituler "Violence to violence". Nous l'avions écrite pendant la guerre du golfe, mais avons décidé de changer le titre à la dernière minute, car il était devenu trop indulgent vis à vis de l'épisode dramatique qui venait de se dérouler.

Que signifie "Shoulder voices"?

J. : La conscience. L'ange gardien qui se tient constamment derrière toi pour guider tes actes.

Jimi, tu vois encore régulièrement Kevin?

J. : Kevin?

Ton frère!

J. : (NDR: apparemment embarrassé) De toute évidence, ce n'est plus un secret pour personne. Oui. Pour l'instant, il est en studio avec My Bloody Valentine pour enregistrer son nouvel album.

La citation qui figure à l'intérieur de la pochette, est-ce une diatribe contre les marchands de canons?

Ken : C'est de l'ironie pure. Comme dans la chanson "Slave" par exemple. Elle s'intéresse à l'esclavage des principes que tu ne comprends pas et auxquels tu dois te soumettre. Et lorsque tu imagines être capable d'influer sur ce système, tu te berces royalement d'illusions... En fait, j'écris au sujet des problèmes humains et des situations qu'ils entraînent...

Est-ce que les rêves et les cauchemars constituent la moelle de ta prose?

K. : Oui, c'est exact! A Londres, j'ai passé de longs moments à dormir (rires). J'étais complètement fauché. Et sans argent à Londres, tu ne vas pas très loin. J'ai toujours trouvé étrange le moment où l'inconscient commence à s'embrouiller avec le conscient. Mes rêves, par exemple, sont souvent effrayants, paranoïaques. Et ils finissent même parfois par se fondre avec la réalité. Parfois, je tombe amoureux dans un songe. Mais lorsque je me réveille, je me rends compte m'être seulement épris de mon corps (rires)...

Est-ce la raison pour laquelle, dans tes textes, tu déformes constamment la réalité?

K. : Je ne la déforme pas. Elle est simplement le reflet de mon état d'esprit à un moment très précis. L'être humain tient comme indiscutable l'existence d'une seule réalité. C'est une erreur. Ce n'est pas une constante. La réalité est multiforme. Suivant la perspective adoptée, tu la conçois autrement. J'ai besoin de ces environnements différents pour créer. Mais je n'aime pas que l'on me colle l'étiquette d'artiste, parce que j'ai trop de respect pour l'esprit des gens...

 

Version originale de l’interview parue dans le n° 23 du magazine Mofo de mai 94.