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Mark Eitzel

Une affaire de cœur…

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Apparemment Mark Eitzel a définitivement refermé la page de l’histoire d’American Music Club. Il en est donc revenu à son aventure en solitaire. Enfin, pas tout à fait, puisque Vudi, son fidèle guitariste, est toujours au poste et que pour enregistrer son nouvel opus solo, ‘Don’t be a stranger’, il a reçu le concours de quelques collaborateurs. Au cours de l’année dernière, Mark a vécu deux épreuves. Tout d’abord, il a été victime d’une crise cardiaque. Dont il s’est apparemment bien remis. Puis appris que Tim Money, drummer d’AMC de 1994 à 2004, était décédé des suites d’un problème semblable. Mais a ensuite vu le sort lui être bien plus favorable. Aussi, avant d’entamer notre entretien, je propose à Mark de compléter une grille du Lotto. Six croix, je lui précise. Il a l’air perplexe, mais s’exécute consciencieusement. Ce qui me permet d’entrer dans le vif du sujet.

En fait, l’enregistrement de ‘Don’t be a stanger’, son nouvel opus solo, a été financé par un multimillionnaire. Ce qui méritait quand même une explication. Après avoir posé cette question, le franc est tombé : « Le gagnant avait décroché le jackpot ! 11 000 000 de dollars. On n’avait plus un rond. On a donc enregistré les démos sur mon portable, mais le résultat était merdique. Comment allais-je donc faire pour convaincre un label avec cette merde ? Et comment choisir la bonne personne pour pouvoir organiser les sessions, quand tu es fauché ? Un pote connaissait très bien ce lauréat. C’était un de ses copains. Et il l’a convaincu de financer le projet. Mais on l’a déjà remboursé ! »

Pourtant, ce disque était, au départ, destiné à American Music Club. Alors pourquoi avoir changé d’avis ? « En fait, je ne voulais plus de cette ligne de conduite revivaliste. Etablir un record de longévité ? Pas vraiment mon truc ! En outre, hormis Vudi, tous les autres musiciens ont été remplacés. J’avais envie d’aller de l’avant. C’est ma nouvelle philosophie. Et puis Vudi s’en fout complètement… »

Les sessions d’enregistrement se sont déroulées sous la houlette de Sheldon Gomberg, un producteur dont la carte de visite mentionne la mise en forme d’albums de Rickie Lee Jones, Ron Sexsmith, Ben Harper et bien d’autres. Parmi les invités figurent le drummer d’Elvis Costello, Pete Thomas et le pianiste de jazz, Larry Golding. De toute évidence, ils ont été sollicités par Gomberg. « Ben oui ! Comment veux-tu que je parvienne à dégoter de tels collaborateurs ? Pour lui, c’est facile ; il décroche le téléphone et en deux temps trois mouvements, il a l’accord de son interlocuteur… » Les interventions de Golding au piano sont superbes. Sonores, limpides, profondes, spontanées… Parfois on se demande même si ce n’est pas de l’impro. « Quand il a débarqué, il n’avait jamais entendu la moindre compo. Il les a écoutées une fois. Il a pris quelques notes. Il les a jouées à trois reprises et la troisième, c’était extraordinaire. Il est incroyable ! Il s’est parfaitement fondu dans l’esprit des chansons… » Une section de cordes s’est également intégrée dans l’ensemble. Plusieurs musiciens s’y sont investis ou est-ce le fruit d’arrangements ? Mark confesse : « Ce sont des arrangements. Il n’y avait qu’un seul violoniste. Mais il ne souhaitait pas que son nom figure dans les ‘credits’. Sinon le syndicat lui aurait intenté un procès. En fait, il bosse pour PIXAR ; tu sais cette boîte qui réalise de films stupides mettant en scène des animaux… »

L’an dernier Eitzel a été victime d’une crise cardiaque. Ce qui l’a forcé à se reposer. Mais qu’a-t-il fait au cours de cette convalescence ? Se consacrer à la composition de nouvelles chansons ? Ecouter de la musique ? Réfléchir sur la signification de l’existence ? Il raconte : « Non, je n’ai rien fait du tout. J’étais terrifié à l’idée que cette crise se produise à nouveau. J’ai quand même passé pas mal de temps à communiquer avec ma compagnie d’assurances. Et j’ai regardé beaucoup de films. En fait, j’étais la plupart du temps, cloué au lit. Quand j’essayais de marcher, il fallait que je m’asseye constamment, pour récupérer. J’étais incapable de bouger. Mais en quelque sorte, j’ai appris à ne rien faire. J’ai passé trois jours à l’hôpital, puis mis un bon trimestre pour me rétablir. Après un mois, j’ai pu me rendre au parc, près de mon domicile. C’était un moment bizarre, mais en même temps j’en ressentais une fierté… depuis cet incident, je dois prendre des pilules (il les cherche dans son sac…) »

Tim Money, l’ex-drummer d’AMC a eu moins de chance. Il est décédé l’an dernier. A 53 ans. C’est-à-dire au même âge que Mark. Evidemment, vu les circonstances, ce décès doit certainement le toucher davantage. « Effectivement. Pour être clair, je ne lui avais plus parlé depuis 7 ans. Pourtant on était amis. Et j’ai toujours pensé qu’on allait se revoir un jour. Quand j’ai appris sa disparition, j’ai pris un coup sur la tête. En fait, il avait déjà eu une petite alerte ; mais il n’en avait parlé à personne. Il aurait dû le signaler à sa femme ou à son médecin. Il a succombé à une rupture d’anévrisme. Et la faculté en a conclu, ensuite, que c’était la conséquence de ses problèmes cardiaques. C’était un mec branché, cool de chez cool. Fumant la cigarette. Il avait piqué la plaque qui rendait hommage à James Dean, posée à l’endroit où s’était tué, pour la mettre chez lui. C’était son petit trésor caché. Il était stylé. Et il appartenait à cette catégorie d’êtres humains qui ne jugent personne. Je me considère comme un écervelé. Mais il ne me critiquait jamais. C’est ce que j’appréciais le plus chez lui… »

‘Don’t be a stranger’ aurait dû s’intituler ‘The bill is due’. Ce morceau figure également sur l’album. Cette compo évoque les promesses non tenues, la fuite du temps et de l’argent ainsi que la peur du futur. On aurait pu croire qu’il l’aurait écrite pendant sa convalescence. Mais pourquoi avoir changé le titre de cet elpee ? Mark argumente. « J’ai écrit cette chanson bien avant mon attaque. J’en ai bien composé quelques unes au sujet de la crise cardiaque. Mais je les ai écartées. Je les réutiliserai peut-être plus tard. Dans 10 ans, pourquoi pas ? Faudra bien que j’attende une aussi longue période pour savoir comment je me sentais à ce moment-là ; car pour l’instant, je ne le sais pas… On aurait pu l’appeler ‘Knife in my wrist’ (Trad : couteau dans le poignet) ; mais finalement ’Don’t be a stranger’ était moins déprimant que ‘The bill is due’… » ‘All my love’ est apparemment une chanson d’amour (NDR : ou de cœur, si vous préférez…) Mais Eitzel lui réservait un autre destin. Il s’explique : « Elle véhicule l’idée qu’on se fait de l’état euphorique dans lequel on est lorsqu’on est amoureux. C’est une bonne chanson, mais j’ai toujours pensé qu’elle aurait pu servir de support musical pour un clip publicitaire. J’avoue que de manière secrète, j’escomptais qu’elle soit rentable, car j’ai besoin d’argent… » A contrario, ‘I love you, but you’re dead’ est davantage cynique. Mark partage cet avis: « En fait, c’est une véritable histoire. En 1979, j’avais découvert un groupe punk qui répondait au nom de Destroy All Monsters. Au sein duquel militait Ron Asheton, l’ancien guitariste des Stooges et Michael Davis des MC5. A l’époque, j’avais 19 ans. J’étais super enthousiasmé. Ils étaient géniaux. Il y avait une femme dans le line up. Et je souhaitais qu’elle me dédicace un poster. Elle y a mentionné ‘I love you, but you’re dead’. ‘Allons-nous faire foutre. Et disparaissons !’ C’est le sens de la chanson. Très rock’n’roll ; même si ce n’est pas du tout du r’n’r. C’est trop lent pour en être… » ‘Oh Mercy’ est une chanson qui se penche sur la liberté d’expression aux States. Il commente : « En fait, elle me met en scène quand je participe à l’une ou l’autre fête. Et au cours desquelles, j’ai un verre dans le nez. Moments les plus propices pour la discussion. En général, les gens racontent n’importe quoi. Ils sont peu informés. Ne lisent pas suffisamment. Je tire mes informations de toutes mes lectures. Ce qui m’autorise à leur dire qu’ils ne comprennent rien à rien. Mais cette attitude me rend impopulaire. Vous avez probablement entendu parler de ces scientifiques qui travaillent pour le FBI. Ils ont conçu tous les algorithmes de la guerre froide. Vous savez, les algorithmes mathématiques utilisés pour traquer le peuple, surveiller ses activités. Et bien on est en train de faire la même chose aux States. On élabore une véritable infrastructure dans l’Etat de l’Utah, à cet effet. Les Etats-Unis sont occupés de devenir le plus grand pays totalitaire du monde. Dans 10 ans, cet objectif sera atteint, j’en suis sûr ! Vous savez, il y a des gens très riches et de très pauvres. Et ce sont les riches qui gouvernent. Les multinationales. C’est le chemin inéluctable. J’aime beaucoup Obama. C’est le meilleur président que l’on puisse avoir. Mais Guantanamo est toujours ouvert. Les services de sécurité sont de plus en plus vicieux ; et quand on est arrêté, on est photographié, on prend nos empreintes et on se retrouve sur une liste. Et toute cette procédure a été mise en route sous la présidence d’Obama ! Aujourd’hui les flics peuvent faire tout ce qu’ils veulent. L’Habeas Corpus (NDR : le fondement de la démocratie : on ne peut détenir quelqu’un de manière arbitraire, sans jugement) a été supprimé aux USA. Merci Mr Obama ! Enfin, on a construit un mur entre la Californie et le Mexique. Mais où toutes ces mesures vont-elle nous mener ? C’est le symptôme d’un énorme désespoir. Et cette situation me met en colère » 

On termine cet entretien par une note plus musicale. En parlant des goûts musicaux de Mark. De ses coups de cœur, si vous préférez… Qui hésite entre ‘Harvest’ de Neil Young et le ‘Five leaves left’ comme l’album qu’il emporterait sur une île déserte ; mais choisit, in fine, celui du Canadien. Et puis il nous parle des crooners qu’il adore. Tels que Frank Sinatra et surtout Jimmy Scott (NDR : considéré comme le chanteur américain le plus injustement ignoré, il était atteint du syndrome de Kallmann, ce qui lui avait permis de conserver sa voix d’enfant), dont il me fait découvrir un extrait via sa tablette tactile…

(Merci à Vincent Devos)

Mark Eitzel : ‘Don’t be a Stranger’ (album paru ce 2 octobre 2012)

 

En concert :

18-01-2013    Het Depot, Louvain
20-01-2013    Vooruit, Gandt

 

 

 

 

Mark Eitzel

Candy ass

Écrit par
En 2001, Mark Eitzel commettait un album solo à la fois remarquable et étonnant (« The invisible man »), un disque déchiré entre instrumentation acoustique et électronique qui contrastait avec l’ensemble de son œuvre ; et en particulier celle d’American Music Club. Pour enregistrer « Candy ass », Eitzel vient de remettre le couvert. Alignant même toute une série de fragments synthétiques, ambient, que n’auraient pas reniés Aphex Twin, Boards of Canada, Matmos, Notwist, et même Brian Eno (« Cotton candy ») ou encore Riuichi Sakamoto (« Guitar lover »). Pourtant, c’est lorsque l’artiste opère dans la musique hybride qu’il se montre le plus intéressant. Au sein de cet univers ténébreux, sa voix écorchée si caractéristique et ses accords de sèche en picking font absolument merveille. Tout en alimentant des chansons à la fois belles et dramatiques. Ce qui n’empêche pas l’artiste de s’enfoncer dans l’exploration la plus pure. A l’instar de « Song of the mole », sorte de Tom Waits qui aurait poussé sur la distorsion. Ou encore de « Green eyes », morceau qui oscille allègrement entre le cabaret et le délire psychédélique, morceau pour lequel il a reçu la collaboration des musiciens de Calexico. Le tout enrichi de lyrics sarcastiques, visionnaires, provocateurs, qui traitent de la situation morale, mentale de la société américaine qu’il estime victime de la corruption émotionnelle (NDR : une aspirine ?). Et si vous ne comprenez rien à ce que Mark raconte, n’en faites pas un drame ; son « Candy ass » est tout simplement… un must

Mark Eitzel

The invisible man

Écrit par

Responsable de sept elpees entre 1985 et 1994, à la tête du défunt et mythique American Music Club, puis auteur de trois albums solos, pour lesquels il avait reçu le concours, tantôt de Bruce Kaphan et de Danny Pearson d'AMC, de James Mc New de Yo La Tengo, de Steve Shelley de Sonic Youth, de Mike Mc Cready de Pearl Jam ou encore de Peter Buck de REM, Mark Eitzel a voulu se la jouer davantage en solitaire, en assumant, sur ce nouvel opus, la quasi totalité de l'instrumentation, l'intégralité des arrangements, de la programmation et de la production. En plus du chant et de l'écriture. Il y a bien la présence de l'un ou l'autre invité sur l'un ou l'autre fragment, dont son ami et confident Vudi. Et puis le concours de l'ex Tarnation Alex Oropeza et de Christopher Davidson au mixing. Mais pour le reste, il a vraiment joué à l'homme orchestre.

Et pour un coup d'essai, c'est un véritable coup de maître. Pourtant, le résultat est fondamentalement différent de ce qu'il avait l'habitude de nous réserver. En fait, s'il a composé toutes ses chansons à la guitare acoustique, il les a surtout reliftées à l'aide d'une multitude de samples, boucles, boîtes à rythmes et autres sonorités technologiques tirées d'un Mac G4. Et cette interaction entre instrumentation acoustique et outils électroniques lui a procuré un tout nouvel environnement, au sein duquel, personnellement, je ne m'imaginais pas un jour le voir évoluer. Un environnement au sein duquel il alimente de sa voix écorchée si caractéristique, des moments extraordinairement dramatiques. Et je pense tout particulièrement au très beau " Without you ", chanson dédiée à son amie Kathleen Burns, décédée en 98 ; fragment dont la toile de fond jazzyfiante, luxuriante, tisse sa mélodie entre drums, vibraphone et cuivres, un peu à la manière d'un Robert Wyatt. Des moments dramatiques mais également, et c'est étonnant plus optimistes voire hilarants. A l'instar du final " Proclaim your joy ", sorte de blues loufoque pastichant le Lou Reed circa " New York ". Sans quoi, le reste de l'opus vaut son pesant d'or. Depuis l'intro sinistre et sinueux " The boy with the hammer ", dont le groove est curieusement inspiré par " Shaft ", au hit potentiel, très contagieux, " Seeing eye dog ", en passant par le très rafraîchissant " Can you see ? " (Belle et Sebastien ?) ; l'exploration baroque, psychédélique, minimaliste et acoustique " Christian science reading room " (Syd Barrett ?), l'ambient " Sleep ", dont l'étrange progression sur fond de boucles de guitares contraste avec l'orgue en contrepoint, le jazz paresseux, aux arrangements " poppy ", " Shine " (The Sea & The Cake ?), le trip hop " Steve I always knew ", la bossa nova au refrain candide " Bitterness " (Everything But The Girl ?) et la chanson d'amour " Anything ". Bref, un must !

 

Mark Eitzel

Caught in a trap and I can’t back out’ cause I love you too much, baby

Difficile de faire plus bref dans le choix du titre d’un album. Manquait plus que trois ou quatre phrases supplémentaires dans l’intitulé, et la chronique était bouclée. Ce qui aurait été franchement injuste, puisque le nouvel opus de Mark Eitzel est fort intéressant. D’abord, il y a la partie minimaliste, dépouillée. Plus conventionnelle, mais excellente, où l’artiste interprète d’une voix gémissante, veloutée, des chansons noyées dans les lyrics cruellement introspectifs, en s’accompagnant d’une guitare acoustique aux sonorités vulnérables pépiantes. Et puis, bonne surprise, Mark opère un retour à l’électricité. D’abord, en catimini, sur " Goodbye ", à l’instar d’un Red House Painters. Et puis, avec une incandescence aussi intense, luxuriante et écorchée de feedback que chez le défunt American Music Club. Sur deux titres, " Queen of no one " et " Cold light of day ". Et pour réaliser cette performance, il a reçu le concours de Steve Shelley, de James Mc New et surtout de l’ex-Cramps, ex-Gun Club, King Congo Powers. Et avant de revenir, le temps de deux fragments dans son univers intimiste, il nous accorde avec " Go away " un détour par une pop plus chatoyante, kaléidoscopique, tellement proche de Kitchens of Distinction…

 

Mark Eitzel

West

Pour enregistrer son troisième album solo, le leader du défunt American Music Club a reçu le concours de musiciens particulièrement réputés. Entre autres, Barett Martin, drummer de Screaming Trees, Mike McCready, guitariste de Pearl Jam, Steve Berlin, bassiste de Los Lobos et surtout Peter Buck. Non seulement, le soliste de REM se réserve la plupart des parties de guitare et les backing vocaux, mais en outre, il partage la signature des douze titres de cet opus, ainsi que la production avec Mark. On se demande d'ailleurs pourquoi ce disque n'a pas été attribué au tandem Buck/Eitzel? D'autant plus que les deux personnages réalisent ici la parfaite fusion de leurs deux styles pourtant si distincts. D'abord, il y a la voix d'Eitzel. Apre, brisée, elle se craquelle comme un glaçon plongé dans un whisky chaud, laissant exhaler son timbre alcoolisé par des chansons beaucoup moins angoissées que celles d'AMC, presque allègres dans leur mélancolie. Presque pop dans leur vision " REMesque ". En outre, l'instrumentation y est beaucoup plus riche, plus diversifiée. Le clavier, par exemple y est beaucoup plus présent. Fluide, velouté, un peu à l'instar de Costello lorsqu'il était encore flanqué de ses Attractions. En particulier sur des chansons telles que " Free of harm ", " Stunned & frozen ", le jazzyfiant " Three inches of wall " et surtout le meilleur morceau de " West ", " Move myself ahead ", véritable petit chef d'œuvre dans le style. Et le reste n'est pas mal non plus, caractérisé par des cordes acoustiques, subtilement déchirées de feedback, ou par des accords de piano énigmatiquement syncopés, rappelant que Mark contemplait encore, il y a peu, les débris de ses expériences amoureuses avortées...

 

Mark Eitzel

Watt silver lining

Chanteur, compositeur et leader d'American Music Club, Mark Eitzel nous revient avec un album solo. Son deuxième en cinq ans. Sa première expérience individuelle remonte en fait déjà à 1991, lors de l'enregistrement d'"Everclear". Mais aujourd'hui, Mark laisse planer le bruit d'un split chez AMC. Pour concocter "Watt silver living", il n'a d'ailleurs reçu le concours d'aucun de ses acolytes. Même pas de son pote Vudi. Il s'est entouré de musiciens de studio. Qui se partagent piano, basse, orgue, mandoline, drums, trompette et steel. Peu ou pratiquement pas de véritable guitare. Ni électrique, ni acoustique. Pas de basse, mais une contrebasse. Ce qui donne un résultat tout à fait surprenant à cette œuvre intimiste, légèrement jazzyfiante, qui dans ses moments les plus climatiques nous rappelle Japan. Douze compositions empreintes de désespoir et de chagrin noyées dans les vapeurs d'alcool. Mark regarde à travers les verres vides les déboires de son existence amoureuse. De sa voix de crooner, légèrement écorchée il tente d'exorciser son funeste passé. Lyriquement, ses chansons ne sont d'ailleurs pas loin d'atteindre l'intensité d'un Raymond Carver, d'un Tennessee William ou d'un Charles Bukowski. Et d'une manière plus contemporaine, de Tom Waits. Remarquable!