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La vérité selon RORI

Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au festival Rock en Seine, devant 40 000 spectateurs, RORI poursuit son ascension. Cet été, elle s'invite sur les scènes de plusieurs festivals dont Les Francos à Esch/Alzette, Les…

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Abandonned Building

Eroding Light

« Eroding Light » constitue le second opus d Abandoned Building, un quintet issu de Bradford (NDR : c’est dans l’ouest du Yorkshire, en Angleterre). Il fait suite à « Disappear Forever », paru en avril 2020.

Agrégeant différents genres, de l’indie rock au shoegaze, en passant par le post rock et même le psychédélisme, sa musique est influencée par le paysage post-industriel de la ville et la beauté austère des landes environnantes.

Les morceaux se distinguent par de longues plages instrumentales qui mettent en exergue le talent des différents musicos. Et lors des parties chantées, la voix chaude et mielleuse de Paul McNulty semble flotter sur l’ensemble sans jamais surplomber l’instrumentation.

Extrait de ce long playing, « Melting clouds » et en écoute ici

Podcast # 60 émission Inaudible (cliquez sur le logo ci-dessous)

The Damned

Lemmy Kilmister a joué de la basse chez Damned...

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Auteur du premier single punk quelques semaines avant celui des Sex Pistols, The Damned, s’il n’a pas rencontré le même succès, peut cependant se targuer d’une longévité impressionnante pour une formation de ce genre : 45 ans d’existence pour ce groupe vétéran. Excusez du peu ! Captain Sensible, dernier membre fondateur du quintet actuel, au même titre que le chanteur Dave Vanian, a par ailleurs été l’auteur, à titre individuel, d'une carrière solo ponctuée par le tube interplanétaire “Wot !”, au début des eighties. Le guitariste évoque, avec humour, l'étonnante carrière de The Damned ainsi que cet excellent treizième elpee studio aux chansons accrocheuses, d’une fougueuse jeunesse et parfois belles... à se damner…

Votre jeu de guitare se révèle très en avant et trahit sur cet LP (NDR : il s’intitule "Darkadelic"), des accents hard rock, notamment sur le morceau “Girl I'll Stop At Nothting”, dont le solo évoque étrangement ceux que dispensait Ritchie Blackmore au sein de Deep Purple.

(Il rit) En fait, c'est par cette compo que nous terminions les concerts de notre tournée qui vient de s'achever en Europe et au Royaume-Uni. Mon solo était différent chaque soir et opérait une sorte de dialogue entre le synthé et la guitare, à la manière de John Lord et Ritchie Blackmore, à l'époque. D'ailleurs, à la fin de l'un des shows et de ce titre, je me suis écrié : ‘Bloody hell ! Mesdames et messieurs, nous sommes en train de devenir Deep Purple (rires) !’

Comme vétéran du punk justement, que pensez-vous de groupes punkoïdes récents comme Shame, Fontaine D.C., Idles ou Viagra Boys ?

Je n'en connais aucun... Je suis sûr qu'il existe de bons groupes aujourd'hui, mais il y a tellement de merdes autour.

Je n'arrive pas à me résoudre à les écouter et me contente de plonger dans mes anciens disques. Je suis le vieux gars assis dans un coin du pub, à me plaindre que la musique actuelle est nulle. Les autres habitués du bar racontent aux clients de passage qui s'étonnent : ‘Faut pas s'inquiéter, ce vieux grincheux se plaint toujours que toute la musique actuelle est à mettre aux chiottes. On s'en fout de ce que raconte ce débris installé près du juke-box... que plus personne n'écoute non plus (rires)’

L'humour des punks

“Wake The Dead”, “Beware of the Clown” et “Roderick” sonnent comme du gothique avec de l'humour, un peu comme le vampire du Muppet Show à l'époque, les films de Roger Corman ou de Russ Meyer.

Un côté kitch dans le fantastique que nous cultivons, à la manière de certaines icônes du genre comme Vincent Price ou Bela Lugosi, figure qui est certainement liée à l'apparition du gothique dans le rock. Il suffit de regarder le “Bela Lugosi's Death” de Bauhaus, à l'époque.

Les groupes punk ont-ils un grand sens de l'humour ?

Cela devrait être le cas et pourtant... Le punk était une sorte de réaction contre les ‘rock stars’ prétentieuses des seventies qui pensaient avoir inventé la roue et remplissaient les stades. Cette réaction ironique supposait un certain sens de l'humour, mais malheureusement, la plupart des musiciens punk connus se sont également trop pris au sérieux.

Ce qui est incroyable, c'est que Nick Mason, membre de Pink Floyd, archétype du rock progressif, ce qui ne correspond pas vraiment à l'image que l'on se fait d'un groupe punk, a produit un de vos disques ?

A l'époque, nous avions demandé à l'éditeur musical de Pink Floyd, qui était également le nôtre, s'il pouvait solliciter Syd Barrett, premier leader et chanteur de Pink Floyd, afin qu'il produise notre prochain album. Nous sommes donc allés au studio en attendant Syd Barrett ; et c'est Nick Mason qui a débarqué à la place. Il a déclaré : ‘Oh, je suis désolé, les gars ; Syd n'est pas en état de le faire. Cela vous dérangerait-il que je produise l'album à sa place ?’ Et comme, en plus, il nous proposait d'enregistrer gratuitement dans le studio du Floyd, nous avons accepté.

Marc Bolan

Un des événements les plus étonnants dans votre carrière, c'est que vous avez assuré la première partie de T-Rex, icône du glam rock, genre que les punks sont sensés détester et auquel ils se sont opposés…

C'est vrai, mais Marc Bolan était quelqu'un d'intelligent, contrairement à certains de ses contemporains, de ces grandes stars du rock des seventies qui détestaient la musique punk. Pour sa part, Marc estimait qu’il s’agissait de l’actualité et voulait en faire partie. Il s'est coupé les cheveux et a demandé à son groupe d'accélérer le rythme de chaque chanson, interprétant des versions plus rapides de ses tubes. Tous les soirs, j'assistais à son concert qui se révélait fascinant. Marc était un très bon guitariste et livrait une version brute et bien plus passionnante de ses titres. Il s'est vraiment montré sympa avec nous, nous emmenant dans son bus de tournée en nous prodiguant des conseils pour le choix des studios et en termes de directions musicales...

Lemmy Kilmister de Motörhead aurait joué de la basse chez Damned...

Oui ! C'était à une époque où j'ai quitté le groupe pour rejoindre Amsterdam. Nous étions tous complètement ruinés, au point que je dormais par terre chez des connaissances. Rat Scabies, le batteur de l'époque, m'a téléphoné un jour et m'a proposé de nous reformer pour quelques dates, afin de gagner un peu d'argent et payer les factures. ‘Tu t'occuperais de la partie guitare’ me dit-il, ajoutant ‘Et il ne nous reste plus qu'à dénicher un bassiste’.

Nous avons alors pensé à Lemmy parce que nous savions dans quel pub londonien le trouver. Je suis allé le voir et il m'a dit ‘Ok, laisse-moi essayer’. Pour ces concerts, il devait juste apprendre cinq ou six morceaux de Damned et nous avons fait de même pour une poignée de compos de Motörhead... Et finalement, nous avons tous été payés (rires) !

The Damned - « Darkadelic » - sortie le 28 avril 2023 sur V2.

Stoned Diplodocus

Stoned Diplodocus

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Derrière ce dinosaure au long coup se cache un trio issu de Caen. Après avoir publié une démo, en 2015, il nous propose son premier long playing. Il est paru sur le label l’Etourneur, une nouvelle structure caenaise destinée à promouvoir les talents régionaux.

Eponyme, cet opus est découpé en 5 plages, chacune d’une durée moyenne de huit minutes. Stoned Diplodocus se plait dans la déstructuration. Il multiplie (trop souvent ?) les changements de rythmes. Fluctue constamment d’intensité. Hormis, « They live », plage qui ouvre l’opus, les compos sont essentiellement instrumentales et oscillent entre stoner et math-rock, tout en intégrant, circonstanciellement, des accents psyché.

Le combo caenais est manifestement ambitieux. Or, non seulement la qualité du son est loin d’être optimale, mais en outre, les compos soufflent le chaud et le froid. Les bonnes idées foisonnent, c’est sûr. Et puis certains riffs sont épatants. Comme en intro d’« Attila » ou sur « Empress ». Mais cette recherche constante de la complexité nuit à l’ensemble.

Bref, il y a un fameux potentiel chez ce combo. Et une fameuse marge de progression. Aux musicos de trouver la bonne formule, pour ne pas disparaître, comme l’animal qui lui sert de patronyme, en pleine période du Jurassique…

Ivor Simpson-Kennedy

Delta Pines (Ep)

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Ivor S.K., c'est Ivor Simpson-Kennedy, un jeune chanteur/guitariste de 24 ans. Originaire de Sidney, en Australie, il a décidé de tenter sa chance aux Etats-Unis, pays du blues par excellence. Et tout particulièrement dans sa capitale musicale, la Nouvelle-Orléans. "Delta Pines" constitue son premier Ep, un disque découpé en 5 plages acoustiques.

"Help poor me" ouvre la plaque. La voix d’Ivor est étonnante, accrocheuse, ravagée, mais tellement présente et envoûtante. Il s'accompagne très simplement à la rythmique et à la gratte. La prise de son est impeccable. En extrapolant, on imagine facilement un tel musicien se produire au cours des années 30, pour interpréter son propre blues.

Tout au long de "Missus green", Ivor propage quelques fragiles percussions. Le toucher de cordes est d'une clarté, d'une limpidité, belle à pleurer. Instrumental immaculé, "Pelican" bénéficie de la technique du re-recording. Ce qui se traduit par une texture au cours de laquelle le flux de cordes acoustiques et les quelques autres délicatement amplifiées, s'entremêlent. Et le résultat est vraiment superbe ! Original, "I like the way" est un blues classique, qui nous entraîne sur les routes du Delta, jadis empruntées par les légendes Robert Johnson et Son House. Et la voix s’y révèle de nouveau pénétrante. "Delta Pines" baigne encore dans le delta du Mississippi, une plage authentique, étonnante, caractérisée par la pureté du son ; et lorsque Ivor joue du bottleneck, on aimerait marcher à ses côtés, sur la route de Clarksdale. Vraiment excellent!

 

Canned Heat

Songs from the Road

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Groupe légendaire, Canned Heat figure parmi les meilleurs groupes de boogie sur cette planète. Et ce crédit ne date pas d’hier ! D’ailleurs le combo célèbre, en 2015, ses cinquante années d'existence. La formation a été fondée à Los Angeles, par deux collectionneurs invétérés de vieux blues, Bob Hite et Alan Wilson. A l’époque, Stu Brotman se chargeait de la basse. Les gratteurs et batteurs vont défiler au sein du line up ; mais finalement ce sont Henri Vestine et Frank Cook qui vont s’y coller. Dès 1966, le quintet enregistre un elpee, sous la houlette de Johnny Otis. Il ne sortira qu'en 1970, sous le titre de "Vintage Heat". En mars 1967, Larry Taylor remplace Brotman à la basse. 1967. Le 17 juin, la formation se produit dans le cadre du premier grand festival, le Monterey Pop. En juillet 1967, elle grave officiellement son premier opus. Il est éponyme. Le 1er décembre 1967, Adolfo Fito de la Parra remplace Cook, derrière les fûts. L’année suivante, Canned Heat publie "Boogie with Canned Heat", sur lequel figure le hit "On the road again". Le succès est au rendez-vous ! Si De la Parra est toujours au poste, devenant au fil du temps le moteur et le leader du boogie band, il faut reconnaître que le destin s’est acharné sur les autres musicos. Ainsi, de grandes figures comme Alan Wilson, Bob Hite et Henri Vestine se sont éteintes. Et pourtant, ceux qui les ont remplacés ou qui se sont succédés, tout au long de l’histoire du Canned Heat se sont, la plupart du temps, révélés talentueux.  

Cette année, le label Ruf a donc décidé de publier un nouveau chapitre des "Songs from the Road", dans le cadre de leur ‘50 Years Anniversary Tour’. Soit un coffret réunissant un cd et un dvd. Fito de la Parra est bien entendu au poste, mais également son prédécesseur, le remarquable bassiste Larry Taylor. John Paulus est préposé à la gratte, Dale Spalding au chant et à l'harmonica.

Le cd est découpé en 14 plages, le dvd en recèle deux de plus : "I'm her man" et "Have a good time". Le concert s’ouvre par le classique "On the road again". Spalding souffle dans l’harmo et Fito se charge du micro ; et toute évidence, c’est lui qui possède la voix la plus frêle et la plus proche d'Alan Wilson. Mais il ne convainc pas sur cette plage. Tout comme sur l’incontournable "Going up the country". A contrario, Spalding chante impeccablement le "Time was" de Wilson, dans une autre version. John Paulus pète la forme sur sa six cordes. "I'm her man" est également extrait du long playing paru en 1969, "Hallelujah". CH passe au jump style. Larry se réserve les vocaux tout au long de  "Don't know where she went". Mais aussi la gratte ; comme sur l'instrumental "Nighthawk", alors que John Paulus excelle à la basse. "So sad" est une piste issue de "Future Blues". La guitare y tire son épingle du jeu. Et Spalding la sienne, à l’harmo, sur les savoureux instrumentaux  "Oaxaca" et "Cristo Redentor", un vieux traditionnel que Charlie Musselwhite avait popularisé. D’ailleurs, il adopte un style proche du vieux Charlie. Larry Taylor chante encore "Amphetamine Annie", un titre qui figurait sur "Boogie with Canned Heat", alors que John Paulus a pris le rôle de Vestine. Taylor se consacre au bottleneck sur l’exquise cover du célèbre 'Rollin'and tumblin'" et le tube "Let's work together". Et tout bon concert de Canned Heat s’achève par un long boogie. Pour la circonstance, "Euro Boogie", un morceau de plus d'un quart d'heure. En route pour le 60ème !

 

Frightened Rabbit

Pedestrian Verse

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A ce rythme, ce petit lapin va devoir surmonter ses frayeurs et ses angoisses. Notamment, quand il va être confronté à de plus larges audiences. « Pedestrian Verse » constitue déjà le quatrième opus de cette formation écossaise, drivée de main de maître par Scott Hutchinson. Souffrant d’une timidité maladive durant son enfance, vécue à Selkirk, il avait reçu l’affectueux sobriquet de ‘Frigthened Rabbit’, de sa mère…

Depuis, pas mal d’eau a coulé sous les ponts… Ainsi, la presse spécialisée n’hésite pas à comparer le lyrisme de Frightened Rabbit à celui d’Arcade Fire, même si les sonorités bien écossaises de leur musique rappellent surtout Twilight Sad et We Were Promised Jetpacks. Pour la première fois, les autres membres du groupe ont pu participer à l’écriture des chansons. Une collaboration fructueuse, car l’elpee recèle quelques hits hymniques. Et notamment les très efficaces « The Woodpile » et « Holy ». Après la délicate intro accordée au piano sur « Acts of Man », en ouverture de l’elpee, les salves héroïques de guitares sont légion, cependant avec juste ce qu’il faut de grandiloquence pour épauler les lyrics tourmentés mais jamais misérabilistes de Scott Hutchinson. On épinglera encore la participation d’un illustre compatriote sur « State Hospital », en l’occurrence Aidan Moffat (Arab Strap).

 

Nedry

In A Dim Light

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Comment en faire des caisses pour vraiment pas grand-chose ? Demandez aux Britons de Nedry. Ils m’avaient laissés une relativement bonne impression lors de leur prestation en ouverture du concert de 65Daysofstatic au Botanique en 2010, mais reviennent à la charge par la (toute) petite porte. Le contenu de « In A Dim Light », le second LP du trio, se caractérise en un seul mot : épouvantable. En cause, la Mimi Geignarde de la bande, Ayu Okakita.

La chanteuse, certainement inspirée par les nombreuses –et pas forcément justifiées–comparaisons avec Björk, en fait des tonnes. Mais des tonnes ! Et c’est le travail de composition de ses deux sous-fifres qui en pâtit largement. Seul le titre instrumental « Land Leviathan » évite les ondes vocales parasitaires de la demoiselle. Au terme des dix morceaux, t’as juste envie d’hurler ‘Ta gueule !’. Si ce n’est pas déjà le cas après l’affreux « I Would Rather Explode » qui ouvre la galette… 

Ned

Bon sauvage

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Il y a un bon bout de temps que l’on n’avait plus entendu parler du trio lyonnais. En effet, leur dernier essai remonte à 2009 ; et il s’agissait d’un single intitulé « Bob Denard », une compo qui figure sur ce nouvel opus. Pourtant, au cours des deux dernières années, les Français ne se sont pas reposés sur leurs lauriers, loin s’en faut ! Le groupe a accordé de nombreux concerts et assuré la première partie de formations notoires comme Explosions In the Sky, Melt Banana, Don Caballero ou encore Blonde Redhead.

Sur « Bon Sauvage », Ned propose des compos au format plus ‘pop’. A cause de la production, tout d’abord. Bien plus raffinée. Et par conséquent responsable de sonorités, beaucoup moins ‘accidentées’. On ne se plaindra pas de ces changements. Néanmoins, Ned navigue toujours dans les eaux troubles du noise-punk. Inspiré des 90’s, il faut le préciser. Une solution sonore bruitiste, toujours aussi dérangeante, mais agitée par des rythmes excitants, presque dansants. Sur laquelle vient se poser des mélodies entêtantes. Même si les crissements sont légion, les guitares distillent des riffs simples et efficaces. Les vocaux, tantôt vociférés, tantôt chantés, rappellent inévitablement Fugazi. Ce sont d’ailleurs et certainement un des atouts majeurs de la formation. Formation énigmatique, Ned adore varier les climats, si bien qu’au bout des onze titres de l’elpee, on ne sait plus sur quel pied danser… 

 

Adorned Brood

Hammerfeste

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Certains groupes vieillissent mal. Ce n’est certainement pas le cas d’Adorned Brood. Au contraire, le temps semble exercer sur cette formation folk/pagan métal allemande, un effet extrêmement bénéfique. « Hammerfeste » constitue le septième opus de cette épopée guerrière entamée à l’aube des années 90. A l’époque, ces chevaliers teutoniques sont parmi les premiers à insérer des interventions de flûte à leur black métal. Au fil des sorties, ce style rageur se mue peu à peu en folk/heavy métal où les vocaux black tiennent toujours une place importante. Depuis la sortie de « Noor » en 2008, le line-up du groupe à subi quelques modifications importantes. Ingeborg Anna, flûtiste depuis 1996, s’en est allée fonder une famille. Elle a été remplacée par la très talentueuse Anne Jespen. Changement aussi du côté des six-cordes, puisque l’ex-Agathodaimon Jan Jansohn a désormais pris la place de Mirko ‘Pagan’ Klier.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces changements ont été salutaires. Tout en restant fidèle à sa ligne de conduite heavy/pagan/folk, Adorned Brood semble vouloir prendre un tournant beaucoup plus épique. La flûte est bien plus présente et bien mieux intégrée qu’elle ne l’a jamais été. Le style d’Anne Jespen, plus mélodique que celui d’Ingeborg Anna, élève l’expression sonore des guerriers-ménestrels à un stade largement supérieur. Le niveau technique des guitares est, lui aussi, monté d’un cran (ou deux). Les riffs heavy métal tranchants sont à présent entrecoupés de parties solo plus que bien torchées. Les orchestrations sont très réussies (NDR : l’intro aurait carrément pu servir de bande son au film ‘Lord Of The Rings’). Le chant, jadis exclusivement black métal, de Markus Frost, est désormais beaucoup plus nuancé. Si certaines parties extrêmes subsistent, c’est principalement à cause du chant métal classique qui accompagne le heavy épique d’« Hammerfeste ». Frost dispose d’ailleurs d’un organe parfait, puisqu’il campe un hybride parfait entre celle d’Hansi Kürsch (Blind Guardian), de Peavy Wagner (Rage) et de Chris Boltendahl (Grave Digger). Des chœurs guerriers et entraînants renforcent le côté épique des compositions.

Adorned Brood signe son travail le plus abouti à ce jour. « Hammerfeste » devrait plaire autant aux amateurs de folk métal qu’aux férus de heavy métal classique. Les collectionneurs pourront acquérir l’édition limitée, emballée dans un packaging en cuir contenant des patches et des photos dédicacées.

 

Nedry

Condors

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Nedry est une des dernières signatures du label anglais Monotreme (65daysofstatics, Barzin, …) Un projet qui réunit la chanteuse japonaise Ayu Okakita et deux bidouilleurs anglais. « Condors » constitue leur premier opus. Et franchement, il faut avouer que le combo puise au sein d’une multitude d’influences : dubstep, electronica, trip hop, et la liste est loin d’être exhaustive. Difficile donc de coller une étiquette sur le style de ce groupe.

Dès la première écoute, on comprend qu’il ne sera pas aisé de dresser le « Condors ». Et puis, on est assez surpris par la voix d’Ayu. Elle rappelle souvent celle de Björk et parfois Beth Gibbons. Les mélodies ont été laissées au placard pour privilégier les beats imposant une rythmique épileptique, comme sur l’excellent morceau d’ouverture « A42 ». Puis progressivement, Nedry tâte quelque peu au rock, en introduisant des sonorités tantôt limpides, tantôt distordues, à l’aide de la guitare. A l’instar du titre maître et de « Scattered ». Si le début de l’opus laisse transparaître une certaine originalité, au fil du sillon, la solution sonore s’égare dans un fouillis de plus en plus inextricable, et on a de plus en plus de mal à suivre le fil conducteur. Cause probable ? Des influences pas encore digérées complètement.

Dommage, car Nedry a manifestement du potentiel. Leur second album devrait peut-être leur permettre de mettre de l’ordre dans leurs idées et ainsi de nous proposer un produit fini un peu plus cohérent. C’est tout le mal qu’on leur souhaite. En attendant, vous aurez le loisir de les découvrir sur scène, puisqu’ils se produiront en première partie de leurs compagnons de label, 65daysofstatics, le 18 novembre, au Botanique.

 

Canned Heat

On the road… again (double Dvd)

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Le label Charly publie ce double Dvd qui ne devrait pas déplaire aux nombreux fans du boogie band californien. Et pour cause, non seulement il consacre plus de cinq heures à Canned Heat, mais il est accessible à toutes les bourses.

Le premier Dvd s’étale sur plus de trois heures et demie et réunit 52 documents de toutes sources, puisés dans la carrière du groupe entre 1967 et 1998. Il est sous-titré : "The story of Canned Heat 1967 – 1998". A menu : clips promo, passages TV et extraits de concerts. La qualité sonore et visuelle est bien entendu variable ; mais bon, vous ne serez certainement pas volés en acquérant cette œuvre.

De son expérience vécue, lors du premier festival de Monterey, en 1967, nous est offert un tout bon "Rollin' and tumblin'", impliquant Bob Hite au chant, un tout jeune Alan Wilson à la slide et Frank Cook à la batterie. Le clip promo de "On the road again" date de 68. Alan se réserve toujours les vocaux, Hite l'harmo, mais c’est Fito qui est préposé aux drums. Les cheveux ont poussé, lorsqu’ils interprètent "Goin'up the country", une compo au cours de laquelle, Bob –le futé– en remet une louche, à la flûte… Woodstock, c’était bien en août 1969. Un excellent et long chapitre nous est réservé sous la forme du "Leaving this town". Démoniaque, Larry martyrise sa basse. Fito cogne dur. Alan assure à la slide et Harvey Mandel y révèle toute sa dimension déjantée. Les sessions Playboy remontent également à 1969. Une version torride de "Turpentine moon" en est extraite. Revenu au bercail, Wilson se révèle brillant au bottleneck pendant qu’Henry Vestine manifeste toute sa fougue. Une autre adaptation d’"On the road again" met en exergue un sémillant Alan à l'harmo, sur fond d’élucubrations bien psychédéliques. La qualité du son proposé lors du concert accordé en Allemagne (c’était en 1970) est parfaite. Mandel tient la vedette tout au long de "Future blues". On retrouve la présence d’Alan à Kralingen, aux Pays-Bas, un pincement au cœur. Et pour cause, cet événement s’est déroulé, moins de trois mois avant sa tragique disparition, le 2 septembre. "Lets work together" en est donc le dernier témoignage de son vivant. L'année suivante, au Golf Drouot de Paris, Joel Scott Hill a remplacé Wilson, mais le son est pourri ! Une longue version de "Refried boogie" est accordée au festival de Montreux. Nous sommes en 1973. Bob Hite est de plus en plus obèse. Il assure ici, la rythmique boogie. Particulièrement fatigué, il chante "You don't have to go", la veillée de Noël 1980, dans la San Fernando Valley, à Los Angeles. Quelques mois plus tard, c’est-à-dire le 4 avril 1981, il nous quittait. 1989 célèbre le 20ème anniversaire du festival de Woodstock. James T vient de débarquer. Alors encore chevelu, Junior Watson est venu épauler le line up. Et c’est désormais Fito qui chante "On the road again" et "Goin' up the country". Lors de la tournée du Heat, accomplie en 1992, c’est une femme qui se charge de la lead guitar. En l’occurrence, la flamboyante Becky Barksdale (NDR : Cette Texane est née à Port Arthur, tout comme feu Janis Joplin). Et c’est une surprise. L'année suivante, elle quittera le bateau pour devenir soliste au sein du Michael Jackson Band (NDR : et ce n’est pas un canular !) Parmi les derniers extraits, on saluera l’excellente contribution de Robert Lucas, au chant, à la slide et à l’harmo. Un Canned Heat vrai de vrai ! Il partageait la scène aux côtés de Henry Vestine et Junior Watson. Un Vestine qui se produisait encore ce 18 octobre 1997, à Gouvy. "Keep our business to yourself" en est le dernier témoignage. Deux jours plus tard, il rendait l'âme. A Paris.

Le second Dvd épingle de larges extraits de deux concerts. Le premier accordé en mars 2000 à Cologne, et le deuxième, le 10 juin de la même année, à Bellinzona, en Suisse. Les musiciens sont pratiquement identiques : Greg Kage et Fito à la section rythmique, le multi-instrumentiste (NDR : particulièrement doué) Stanley Behrens ainsi que  l'impressionnant Dallas Hodge au chant et à la guitare. En mars, John Paulus était préposé à la seconde gratte. Et en juin, Larry Taylor. J'apprécie beaucoup le timbre vocal de Stanley. Il chante ainsi distinctement "On the road again". En outre, ce musicien appliqué et talentueux est capable de passer, avec un réel bonheur, de l'harmonica à la flûte, sans oublier le saxophone. Sa prestation est d’ailleurs remarquable tout au long de "Wait and see", une compo également caractérisée par les interventions vocales puissantes de Dallas. Lors du set accordé à Cologne, une dimension rock est apportée à "Road to Rio". A cause de la six cordes allumée de John Paulus. Et le résultat est épatant. La version de "Let's work together" n'est pas piquée des vers. L’attitude scénique de ‘bear’ de Hodge impressionne. Sa voix est surpuissante. Les interventions de Paulus au bottleneck sont incendiaires. Tout un descriptif pour se rendre compte de la qualité de ce "Mercury blues", susceptible de rivaliser avec la version du groupe Zero. Eblouissant ! En bonus tracks, la plaque nous réserve encore des interviews accordées par Bob Hite (1973), Henry Vestine (1996) et Fito de la Parra (1991). Les notes consignées dans le booklet ont été rédigées par Fito. A ce prix, pas d'hésitation !

 

Canned Heat

The Boogie House Tapes Vol 3

Écrit par

Dans la série des "Boogie House tapes" (NDR : des double Cds publiés à prix concurrentiels), le label Ruf nous propose son troisième volume. Il s’agit également du dernier issu des collections thésaurisées par Fito de la Parra et Walter De Paduwa, notre Dr Boogie national.

Ce périple s’étale de 1968 à 1976 et nous propose, entre autres, des prestations au cours desquelles le Heat avait reçu la collaboration d’autres artistes, comme John Lee Hooker, Curtis Mayfield, Sunnyland Slim, Wolfman Jack, Clarence Gatemouth Brown et les Chamber Brothers. 

Le premier cd s’intéresse aux sixties et place, par conséquent, beaucoup plus l'accent sur la présence et le talent d'Alan ‘Blind Owl’ Wilson. "Alan's intro" est une plage de brève durée. La slide, fragile comme le cristal, mais tellement émouvante, gémit comme un cri de détresse. Nous sommes au Fillmore West. En juillet 69. Il s’agit de la première apparition de Harvey Mandel au sein du Heat. Le souffle à la sensibilité si caractéristique d’Alan caresse "You don't have to go". Tout comme sur "Mi Huautla" (à Boston) et "Two many drivers" (à Carmel). Alan se réserve à nouveau la slide pour interpréter "Project blues". Puis "Turpentine moon". C’était en 1968 ! Bien sûr, le reste de l’équipe est bien présent. Le chant de Bob Hite est rageur tout au long du boogie "So sad". Henry Vestine marque de son empreinte "I'm her man". Son intervention est même totalement déjantée sur la longue version d’"On the road again", accordée au Kaleidoscope, en 68. Sans oublier la basse de Larry Taylor, pour baliser l’ensemble…

Le second cd se consacre au années 70. Au sein du line up figurent de nouveaux musiciens, dont Joel Scott-Hill et James Shane. Sans oublier les guests, évoqués au sein du second paragraphe. Le son est de bien meilleure qualité. Il est aussi plus contemporain. En 1973, le Heat est rejoint par Clarence Gatemouth Brown, à Montreux. Il enrichit de son violon électrique le blues lent "Election blues". L'orgue s’immisce dans la solution sonore, dès 1973. Ed Beyer en est le responsable. Il en nappe même d’une bonne couche, "On the road again". James Harman se réserve l'harmonica sur le funky "Feel alright", un morceau immortalisé en 71. A Venice. Personne ne le connaissait encore vraiment, alors! La plaque recèle quelques chutes de bandes, abandonnées à l’issue des sessions d'enregistrement réalisées pour l'album "Human Condition", en 1977. Dont un "Black Jack blues" rappelant qu’à cette époque, Chris Morgan et Mark Skyer étaient préposés aux six cordes. Le dernier mot revient cependant à John Lee Hooker. Faut dire qu’il s’est souvent produit en compagnie du Canned Heat. Pour la circonstance, il épaule le band. En 71. Au Carnegie Hall. Lors de deux morceaux : "Hey babe" et "I feel good". Une solide tranche de boogie music ! Et comme le dirait Fito, ‘Let's crank up and boogie 'till the night is gone’.

 

Harrison Kennedy

One dog barkin’

Écrit par

Harrison Kennedy est canadien. Il est originaire d’Hamilton dans l'Ontario, la région des grands lacs. Fin des 60’s, début des 70’s, il s’est illustré sur la scène de Detroit, en militant chez les Chairmen of the Board. Dont il était d’ailleurs le leader. Le combo avait même décroché un hit single, à l’époque, "Give Me Just a Little More Time". Aussi bien à l’aise dans le rock, la soul, le funk, le folk, le gospel que le blues, il va ensuite entamer une carrière individuelle. Guère fructueuse, il faut l’avouer. Avant de refaire surface début des années 2000. En se consacrant au blues.

"One dog Barkin’" constitue seulement son quatrième elpee solo. Il fait suite à "Sweet taste" et "Voice story" parus en 2005 chez Black & Tan ainsi que "High country blues". Edité en 2007, il était déjà sorti sur Electro-Fi. Il dédie ce nouvel opus à la mémoire de deux bluesmen authentiques. Tout d’abord Mel Brown. Disparu en mars dernier ce guitariste texan a passé la fin de sa vie au Canada, après avoir animé pendant de nombreuses années le célèbre club Antones à Austin. Uncle Jackie Washington, ensuite. Moins notoire. Oncle du guitariste Brian Griffith, partenaire musical de Harrison, ce musicien était devenu une légende locale à Hamilton.

Kennedy est un artiste complet. Chanteur, compositeur et multi-instrumentiste (guitare, harmonica, banjo, mandoline et percussions), il ne tolère que la présence de Keith ‘Nappy’ Lindsay aux claviers et Justin Dunlop à la basse.

Le titre maître ouvre l’elpee. La voix d’Harrison est naturellement puissante et autoritaire. Il souffle dans son harmonica dès qu’il en a le loisir. Ses deux comparses épaulent impeccablement leur leader. Notre Canadien possède un talent inné dans l’univers de la roots. Sa voix est bouleversante tout au long de "Cruise control". Soutenue uniquement par les cordes de son banjo, elle ressemble à un instrument. Elle crève constamment l’écran sonore. Elle déconcerte même par son réalisme sur " Them 90's blues", un morceau au cours duquel un étrange flirt est échangé entre le bottleneck et l’orgue curieusement percussif. ‘Maître de cérémonie’, elle domine parfaitement son sujet et me fait souvent penser à celle de Taj Mahal, dans ses meilleurs moments. Et "Leading lady", concédé face à des accords discrets de mandoline, en est une parfaite illustration. Mais la quintessence de l’opus se savoure dans la simplicité du downhome blues. A l’instar de "Could be you could be me", "The healing power of the blues", "Ode to Huddie", une compo saturée d'émotion et puis du dépouillé et ténébreux "Hogtown blues", une superbe compo caractérisée par les sonorités primitives de la guitare et de harmonica confrontées à celles bien plus chaleureuses de l'orgue Hammond. Et sculptées dans le pur roots, "Hair of the dog" ainsi que "You're the difference" méritent également une mention particulière. Tout comme cette interprétation quasi a capella de "Look a like", un exercice de style dont peu de vocalistes sont capables d’accomplir avec un tel brio.

 

Adorned Brood

Asgard

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Le label Black Bards Entertainment continue, petit à petit, son travail de restauration de l’œuvre d’Adorned Brood. Ces ménestrels Allemands de l’extrême sont l’un des premiers groupes à avoir inclus une flûte dans leur black métal épique ; et ce, dès 1993. Ils sont donc, juste après les Anglais de Skyclad, l’un des premiers groupes de Folk Metal.

Après « Hiltia » (1996) et « Wiegand » (1998), réédités fin 2008 sur un seul Cd, c’est l’album « Asgard » (2000) qui a droit à sa cure de jouvence. Afin de rendre ces initiatives intéressantes, les opus sont souvent enrichis de bonus et de surprises. Il faut bien avouer que, pour la circonstance, Black Bards Entertainment ne s’est pas foulé. En bonus, on a droit à deux vidéos format mp4, enregistrées ‘live’ au Celtic Rock Festival 2009. Pas vraiment de quoi pavoiser. Surtout qu’Ingeborg Anna, la flûtiste/chanteuse et principal centre d’intérêt du groupe ne participait pas au concert ce jour là. Ceux qui possèdent déjà l’album original peuvent clairement passer leur chemin.

Par contre, si vous ne détenez encore aucun disque du groupe, il est clair qu’« Asgard » est l’œuvre d’Adorned Brood à se procurer impérativement. Bien plus travaillé que ses deux précédents, c’est un véritable petit bijou folk et extrême. Alternant accès de black métal furieux et ambiances folk atmosphériques où les chants clairs masculins et féminins donnent la réplique à la guitare sèche, à la flûte et au grand piano, Asgard est une véritable réussite. Probablement le meilleur elpee du combo germanique.

 

Canned Heat

Live at Montreux 1973 - Dvd

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Ce coffret réunit 2 Dvd. Le premier immortalise un set live accordé à Montreux en 1973 ; et sous-titré "Boogie with Canned Heat – The Canned Heat story", le second constitue un documentaire consacré à l’histoire du combo mythique.

Nous sommes au cours de l'été 1973. Au Festival Jazz de Montreux. Pour une soirée ‘Blues’. Le rideau s'ouvre sur le Heat qui démarre en puissance par leur hymne "On the road again". Bob ‘The Bear’ Hite est à l'avant-plan. Il n'est pas trop enveloppé et semble en bonne forme. Il chante et balance ses interventions à l'harmonica. Autour de lui, on retrouve les inévitables Henry Vestine à la guitare et Fito de la Parra à la batterie. Sans oublier son frère, Richard Hite à la basse, James Shane à la guitare et Ed Beyer aux claviers. Le public est nombreux. Les vibrations sont bonnes et la prise de son impeccable. Henry égrène ses notes en guise d'introduction à un blues lent. The Bear s'approche du micro et introduit un grand parmi les grands : Mr Clarence ‘Gatemouth’ Brown. Il a l'air bien jeune. Il épaule sa guitare et se met à chanter d’un timbre chaleureux et rassurant, "Please Mr Nixon". Shane se réserve le premier solo de cordes tandis que Gatemouth glisse au violon. C’est le bonheur complet! Très éclectique, Brown embraie à l'harmonica. Il s’attarde sur cet instrument pour attaquer "Funky", un instrumental vigoureux auquel le public participe largement. A l’époque, Brown était très extraverti. Il se comporte en véritable leader du Heat et délivre ainsi son "About my Oo Poo Pa Doo", laissant même Sunflower s'éclater sur ses cordes, avant de reprendre la manœuvre. Pendant ce temps, Bear semble vivre dans un autre monde, se secouant la carcasse de la tête aux pieds! Clarence termine par "Worried life blues", un classique éblouissant au cours duquel Bob l’hirsute souffle passionnément dans son harmo alors que Brown parcourt son manche avec panache. Le Canned Heat reprend les rennes de son show. James Shane empoigne le micro pour interpréter le classique "Night time is the right time". Hite revient chanter le hit ( ?!?!?!) "Let's work together". Il est excité comme une puce et parvient à faire décoller Vestine. Beyer s’active au piano lorsque Bob chante "Rock and roll music", à la manière de Fats Domino. Shane attaque "Lookin' for my rainbow" de son bottleneck acoustique. Il y partage un duo en compagnie de Beyer. Le concert s’achève. The Bear saisit une Gibson Les Paul et se met à plaquer les accords immortalisés par John Lee Hooker. C’est le signe de départ d'une finale enflammée : "Shake 'n Boogie". La silhouette longiligne de Vestine émerge pour produire son boogie déjanté avant de laisser Fito, bien plus chevelu et barbu qu'aujourd'hui, s'éclater à son tour sur ses fûts!

Le Canned Heat story est découpé en tableaux successifs. Tout d'abord, un hélicoptère survole le site du festival de Woodstock. Nous sommes en 1969. Al ‘Blind owl’ Wilson ne porte pas de lunettes. Il joue de la slide. Le son est puissant. Il introduit le boogie. Larry Taylor est à la basse et, pour la première fois, les cordes sont dévolues à Harvey Mandel.

Le narrateur nous raconte les débuts du groupe à L.A, lorsque Mark Andes se consacrait à la basse et Frank Cook aux drums. Alfredo ‘Fito’ de la Parra va nous guider de sa voix pendant plus de deux heures pour retracer cette aventure extraordinaire. Un documentaire parsemé d'interviews (notamment celles de Skip Taylor, leur premier manager, et de Larry Taylor), de nombreuses photos et courts métrages.

Eponyme, le premier elpee est paru en avril 1967. Il salue le séjour de Larry ‘The Mole’ Taylor à la basse.

Les musiciens du groupe sont jetés en prison. A Denver, au Colorado. Motif : détention de marijuana. Al Bennett, le patron de Liberty, paie 10.000 dollars pour les libérer ; mais en échange, prend désormais 50% de leurs droits d'auteurs. Bennett avait fait la bonne affaire, puisqu’elle allait lui rapporter au moins 2 millions de dollars par la suite!

Fito débarque et remplace Cook avant l'enregistrement du second album : "Boogie with". Vêtu de son incroyable pochette psychédélique, cet elpee recèle le hit éternel "On the road again", un titre au cours duquel la voix aérienne de Wilson et l'harmo de Hite font merveille.

Août 69. C'est le festival de Woodstock. Suite aux disputes incessantes entre Taylor et l'imprévisible Vestine, un nouveau guitariste a été recruté. Ce n’est pas Michael Bloomfield. Il a pourtant été contacté, mais il a refusé l’offre. Harvey ‘The Snake’ Mandel reprend donc ce rôle. Woodstock c'est aussi un hymne célèbre : "Goin' up the country". 

"Future blues" est paru en 1970. Al Wilson y lance déjà un cri d’alarme pour la protection de l'environnement. Au passage, on y découvre de superbes extraits de l'émission "Beat club" diffusée sur la TV allemande. Lors de l’interprétation de "Let's work together", Mandel se révèle impérial. La voix de Bear est autoritaire. La slide de Wilson bouleversante. L'histoire de la réalisation de la pochette est épique. Les prises de vue ont été opérées dans le désert, pour recréer les paysages de la Lune. Les musiciens sont vêtus de combinaisons de cosmonaute. Ils plantent le drapeau américain… à l'envers. L’entreprise est couronnée de succès, mais Larry est fatigué. Il quitte le navire et emmène Mandel pour rejoindre le projet de John Mayal, ‘USA Union’.

Taylor parti, Vestine revient et Tony de la Barreda se charge de la basse. Canned Heat et John Lee Hooker célèbrent alors leur première collaboration sur "Hooker 'n Heat". Le roi du Boogie considérait Wilson comme l’harmoniciste le plus brillant de l'époque. Pourtant, ce dernier était de plus en plus déprimé. Et il a fini par se suicider. C'était le 3 septembre 1970. Ce qui n’a pas empêché l’aventure du Heat de se poursuivre. Jusqu' aujourd'hui encore! La suite de cette histoire sur le Dvd…

 

Canned Heat

Human Condition revisited (Canned Heat) + I used to be mad (Henry Vestine)

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Depuis quelques semaines, la discographie du boogie band de Los Angeles a été fort bousculée. Elle s’est enrichie de quelques nouveautés sous la forme de Cd et Dvd, mais également de toute une série de rééditions dont certaines présentent un intérêt évident pour les nombreux fans du Heat. Paru chez SPV, ce double album bénéficie d’un luxueux digipack cartonné. Il réunit "Human condition", paru à l'origine en 1978, et "I used to be mad! But now I'm back crazy", un elpee signé Henry Sunflower Vestine. Peu connu, ce dernier avait été concocté en 1981. A Auckland, en Nouvelle Zélande. Quelques mois à peine après le décès tragique de Bob Hite.

Mais revenons d'abord en 1977. Nous sommes dans les studios Takoma à L.A. Bob the Bear incarnait alors le leader incontestable du Heat. Il se réserve le chant et harmonica. Il est soutenu par son frère Richard, à la basse, Fito de la Parra aux drums ainsi que de ses nouveaux guitaristes, Chris Morgan et Mark Skyer. Ce n'était pas la meilleure époque du combo. Mais si cet opus n’est pas inoubliable, il n'est pas non plus dénué d'intérêt. Il rendait d'abord un hommage au regretté Alan ‘Blind Owl’ Wilson qui avait composé la plage éponyme, aux lyrics largement autobiographiques. Il avait d'ailleurs enregistré cette plage fin juillet 70, quatre semaines seulement avant son suicide. Boogie clean, "Human condition" épingle des échanges de cordes à bon niveau! Blues rock, "Strut my stuff" bénéficie du concours des Chamber Brothers. Aux vocaux. "Hot money" est chanté par Mark Skyer. Bob produit de jolies phrases à l’harmonica, sur cette plage construite sur un riff emprunté au R&B. Hite chante "House of blue lights", un boogie de bonne facture caractérisé par une sortie de guitare très offensive. "Just got to be there" est cosigné par Harvey Mandel. On peut y reconnaître son jeu aérien. "You just got to rock"… émarge au rock'n'roll. Dieu merci ! "She's looking good" baigne dans le blues rock décontracté. Repris en chœur par les Chamber Brothers, devant une excellente slide, "Open up your back door" recèle un refrain contagieux. On a droit à deux bonus tracks. Deux titres enregistrés live. En Australie. En 1985. Tout d’abord "Kings of the boogie". Un morceau issu de l’opus "Live in Australia", auquel ont participé Mike Halby, Ricky Kellog et Ernie Rodriguez. Et ensuite "Refried hockey boogie". Un instrumental de plus de 23' qui bénéficie du concours de Walter Trout.

Bob Hite n’est plus de ce monde. La formation est quand même partie aux Antipodes. Nous sommes en 1981, en plein cœur de la tournée. L'idée de faire enregistrer Vestine commence à germer ; et le Heat au complet se retrouve dans les studios Mascot d'Auckland. Le disque s’ouvre par une version déjantée de "Dust my broom". Ricky Kellog chante et joue agressivement de l’harmonica devant un Vestine ébahi, moulinant à l'infini le riff d'Elmore James. "Searching for my baby" émarge à la soul. Un choix surprenant chez Vestine. L’elpee recèle plusieurs plages instrumentales. Elles témoignent de la bonne forme affichée par Sunflower à l'époque. On a ainsi droit à "Sunflower blues", "Loquismo, la cover du "The stumble" de Freddie King et bien entendu le mouvementé "LSD boogie". Se son timbre uniforme, Ernie Rodriguez chante trois classiques. L’inévitable "On the road again", le dynamique "Let's work together" et "Johnny B Goode". Sur ce dernier, Ricky Kellogg découpe son solo d’harmonica au rasoir. La voix de Mike ‘The mouth’ Halby est ravagée tout au long de "Ninety nine and a half", un excellent R&B exécuté bien dans l'esprit du Heat. Il se réserve également les parties vocales pour "High school dance", une autre surprise soul quasi doowop, et "Kings of the boogie". Ricky ‘Cherry Red’ Kellogg, un ancien du Elvin Bishop Band, interprète l’excellent blues lent "I need a hundred dollars". Son timbre est éraillé mais coloré. Son harmo produit un son étrange. Si cet album ne brille pas par son originalité, il tient bien la route. Et si Vestine était encore en vie, il n’aurait pas à rougir de cette œuvre…

 

Canned Heat

Christmas album

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Canned Heat s’est plié à la tradition en éditant, un elpee consacré à Noël. Bien que paru en novembre, ce disque est bien un « Christmas album » ! Donc à se procurer dans le cadre des fêtes de fin d'année. Un cadeau à offrir aux nombreux fans du premier boogie band de notre globe. Néanmoins, il faut reconnaître qu’il n'en est pas à son coup d'essai. L'histoire méritait donc d'être racontée. Le line up actuel a donc mis en boîte sept plages, alors que les histoires du père Noël de naguère, refont surface au même moment.

L'hommage au père Noël démarre par un boogie rock'n'roll : "Deck the halls". La voix râpeuse de Robert Lucas ne manque pas de charme. Il souffle aussi dans l'harmonica, tandis qu'un piano boogie déferle en arrière-plan. Le non-voyant Jay Spell y siège. Un retour, puisqu’il a joué chez le Heat trente ans plus tôt, aux côtés de Hollywood Fats. L’amusant "The Christmas song" date de 1968. C’est le témoignage le plus ancien. Les voix déshumanisées des Chipmunks et celle bien plus chaleureuse de Bob Hite embraient sur un Christmas boogie, dynamisé par les cordes de Vestine. La face B de ce single, est une ballade bluesy. Le Bear chante ce "Christmas blues". C'est la grande époque. Bob souffle timidement dans l'harmonica. Henry est très inspiré sur les cordes. Larry Taylor et Fito assurent la rythmique. Le même Fito est aussi annoncé au piano! Cinq plages du Heat contemporain ont été sélectionnées. "Santa Claus is coming to town", tout d’abord, dont les arrangements sont signés Barry Levenson. Une plage séduisante, très swing. Imprimé sur un mid tempo, "I won't be home for Christmas" est chanté par le bassiste Greg Kage. La démarche est nonchalante, décontractée. Ce qui est plutôt rare. Spell aux ivoires et Levenson aux cordes y prennent leur pied. "Christmas boogie" est une des meilleures plages. Signée Levenson elle est chantée par Lucas ; sans aucun doute la voix du Heat actuel. Pendant ce temps, Alfredo se divertit en cognant les fûts avec un même discernement. Jay Spell est invité à chanter "Santa Claus is back in town". Il est meilleur pianiste que chanteur ; pourtant l'ambiance est bonne. D’ailleurs les solistes décrochent leur billet de sortie. Récréation : les rois du boogie se paient un "Jingle bells" plutôt sympa. Pas trop confiant au chant, Robert est soutenu par les voix douces de Sharon et Kathleen. Heureusement, il se révèle plus persuasif à l'harmo. Je le préfère quand même lors de l’interprétation d’un autre traditionnel : "Boogie boy (Little drummer boy)". Le Heat de la grande époque s’attaque à une autre version de "Christmas blues". Le traitement de ce slow blues tourne au max du ralenti. Pour la circonstance, Dr John signe une très belle ouverture au piano. Bob Hite chante devant l'harmo de Blind Owl (NDR : une intervention belle à pleurer !) Sunflower dispense ses notes avec une retenue édifiante. Ils avaient tout compris du blues les gars de L.A. En bonus, on a droit à une troisième version de "Christmas Blues". Rythmée, elle a été enregistrée live. En 1998. A Washington D.C. Eric Clapton se réserve la guitare alors que l'incroyable John Popper (de Blues Traveler) souffle comme un extra-terrestre. Joyeux Noël!

Canned Heat

Instrumentals 1967 – 1996

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Le plus célèbre groupe de boogie blues de la planète dispose d’une discographie contemporaine très riche. Et à cet égard, il faut remercier le label allemand Ruf qui s’est beaucoup investi pour l’étoffer. Il a ainsi édité "Blues Band" en 1999, "Boogie 2000" et "The Boogie House Tapes Vol1" (NDR : référence manifeste à la Boogie House d'Overijse, de notre Dr Boogie national, fan inconditionnel du Heat) en 2000, "Friends in the can" en 2003, "The Boogie House tapes Vol2" en 2004 et enfin cet "Instrumentals 1967 – 1996". Cette nouvelle collection est bien entendu consacrée à l'exercice instrumental. Elle revisite différentes époques du Heat dont la plus prestigieuse : la première. Et pour que votre information soit complète, sachez qu’un livre écrit par Fito de la Parra et paru en 2001 : "Living the blues", un bouquin sous-titré "Canned Heat's story, of Music, drugs, death, sex and survival". Tout un programme !

Ce recueil s’ouvre par "Parthenogenesis", l'instrumental le plus ambitieux concocté par le band. Près de 20' de folie ! Ce morceau figurait sur le double elpee "Living the blues", une œuvre parue en 1968. Une période assez révolutionnaire, il est vrai, pour la rock music! Cette fresque expérimentale est un collage de différents fragments destiné à mettre en exergue les divers musiciens. L'harmoniciste Alan Wilson pour "Five owls" et lors d’une aventure indienne intitulée "Raga Kafi". Un voyage permanent sur les cordes, imaginé par Sunflower Vestine. L'évasion de Fito réservée à "Snocky" ; mais également une partie assez brève, chantée par Bob Hite face au piano de John Mayall. Un morceau judicieusement baptisé "Bear Wires", immortalisé à l'époque de la sortie de "Barewires", long playing de Mayall. Sans oublier la présence de l’excellent bassiste Larry Taylor. Ces cinq musiciens de base chez Canned Heat figurent encore sur cinq autres plages qui datent de 67 à 1970. Dont "Mi Huautla", un titre qui met bien en valeur la puissance du souffle de Wilson à l'harmonica face aux percus de la Parra. Flanqué de Vestine et Hite, le jeu magique de Wilson est encore démontré tout au long de "Down in the gutter but free". Ces deux plages figuraient sur l'album "Hallelujah", commis en 1969. Et pour ceux qui adorent le swing et le jump, le bonheur est dans "Skat" ; un extrait de "Future Blues" caractérisé par la présence de cuivres et d’un piano boogie woogie, mais surtout par la basse extraordinaire de Taylor. Nous retrouvons le Heat en 71/72, au sein duquel milite un guitariste injustement méconnu : Joel Scott-Hill. Il se révèle talentueux et étonnement moderne lors du jump "Hill Stomp", et affiche une puissance impressionnante, aux côtés de Vestine et Hite, sur le boogie primaire "Caterpillar Crawl". Il faut ensuite faire un fameux bond dans le temps pour rejoindre le Heat. En 1990. Bob Hite n’est plus de ce monde depuis bien longtemps. C’est désormais Fito de la Parra qui dirige le boogie band. Et Fito est un excellent recruteur. Il déniche ainsi le prestigieux Junior Watson ; celui qui contaminera le combo de son style west coast jump. Et c’est manifeste sur "Hucklebuck", une compo parcourue par la basse acoustique de Junior ; ainsi que "JJ Jump", rehaussé par la présence de l’harmoniciste James "T" Thornbury. Matt Lucas n'a probablement pas la technique et la dextérité de Junior Watson ; mais c'est un guitariste qui allie inventivité et feeling. Très imbibé de l'esprit du Heat, il laisse disserter sa slide tout au long de "Gorgo boogie". Watson est impliqué lors des trois dernières plages. Elles sont cependant parues en 94, 95 et 96, sous différents line up. Quelle que soit la formule, il y justifie toute l’étendue de son talent. Soutenu par Mark Goldberg et Fito, il se révèle même impressionnant lors de la version ‘live’ de "Mambo tango". La plaque s’achève par le "Blues after hours" de Percy Mayfield. Un late night blues à la T-Bone Walker, caractérisé par la présence de Ron Shumaker aux 4 cordes. Un disque à la fois excellent et diversifié!

 

Canned Heat

The Boogie House Tapes Volume 2

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Walter "Dr Boogie" Depaduwa et Fito de la Parra nous avaient promis un deuxième volume des ‘Boogie House Tapes’. Ils ont tenu parole ! En sous-titrant cet opus "Canned Heat 1969 – 1999", il n’est pas trop difficile de situer dans le temps le contenu de ce double CD. Nonobstant ses 38 années d’existence, le boogie band de Los Angeles a vécu toute une série d’épreuves particulièrement douloureuses. En témoigne la dédicace aux membres disparus : Alan Wilson, Bob Hite, Hollywood Fats, Ronnie Barron, Henry Vestine, Wolfman Jack et Richard Hite.
 
Bob ‘The Bear’ Hite est au chant sur les quatre premières plages. "Struttin' that stuff", tout d’abord. Libérant une fameuse dose de puissance, elle date de 1977. Et la guitare subtilement déjantée d’Harvey Mandel n’y est pas étrangère. "Go to Utah", ensuite (71). Un slow blues dont le tempo est proche de "Little Red rooster". Henry Vestine et Joel Scott Hill sont préposés aux guitares. Sunflower est alors au sommet de son art. "Hell's on down the road", encore (81). Vestine et Michael Halby se réservent les cordes. Un document, car il épingle la dernière apparition de Bob Hite en studio. Enfin, "You tease me" (printemps 1970). Une prise réalisée lors d'une répétition à L.A. Le Canned Heat de la grande époque est au complet. Une compo tout au long de laquelle on distingue nettement la rythmique très caractéristique d'Alan Wilson. C’est à ce dernier que le recueil se consacre ensuite. A travers un extrait de sa dernière séance de travail concédée au cours de l'été 1970 : "Something's gotta go". Un boogie, bien entendu ! Et si Alan souffle bien timidement dans son harmonica, ce n'est pas lui qui chante mais bien Bob Hite. Deux titres ont été immortalisés ‘live’ au Ark de Boston en juin 69 : "Please don't bother me", caractérisé par une bien intéressante partie d'harmonica de Blind Owl, et "Get off my back", un boogie assez long qui met en exergue le jeu dévastateur de Vestine et les percussions luxuriantes de Fito de la Parra. On a ensuite droit à un moment particulièrement bouleversant sur les quatre fragments suivants. Quatre morceaux interprétés par le seul Alan Wilson sur son lit d'hôpital, peu de temps avant sa disparition en septembre 1970. La voix fragile d’Alan dégage tant d'émotion et de tristesse à la fois, pendant qu’il caresse sa guitare pour interpréter les excellents "Saturday blues" et "Death bed blues"! Alan manifestait beaucoup de dextérité et de profondeur dans l'attaque des cordes, comme le démontre "Blind lemon". Vestine jouait le blues avec brio, chaleur et respect. Il le vivait ! Et le superbe "Sneakin' around", un blues lent bien électrique, en est le parfait exemple. Une compo issue de la même session que "Go to Utah". Pour la circonstance, c'est Joel Scott Hill qui se charge des vocaux. En février 72, lors d’un radioshow accordé à Boston, le Heat est rejoint par deux membres essentiels du J Geils Band. Peter Wolf chante en compagnie de Bob Hite alors que Magic Dick a empoigné l'harmonica. Cette collaboration accouche d’un funk brûlant et tout en puissance. Etonnant ! Tout aussi curieux, le célèbre DJ Wolfman Jack chante devant le Heat, un excellent et vivifiant "Wolfman's blues". A mon humble avis, c'est le Bear qui souffle dans l'harmo! Ce premier disque s’achève par une série d'annonces commerciales qui datent de 68 à 70. D'intérêt purement historique et destinés exclusivement aux vrais fans du Heat, ces extraits se révèlent plutôt amusants. A l’instar de « Seven Up Boogie & Blues », un clin d'œil aux jeans Levis, ou encore leurs propres pubs pour "Living the blues", "Boogie with Canned heat" et "Hallellujah". Le deuxième disque est consacré à des prestations accordées en public au cours des années 80 et 90. Notre Dr Boogie avait emporté son ‘mini cassette stéréo’ pour suivre le Heat à Dortmund, Paris et Roermond, au printemps 94. Il en a retenu sept prises pour rendre justice à ceux qui entouraient alors Fito et Sunflower : James Thornbury au chant, à la slide et à l’harmo, Ron Shumake à la basse et un certain Junior Watson à la guitare. Parmi ces morceaux figurent quelques fleurons : le "Red headed woman" du Hollywood Fats Band, "Turpentine moan", "Oh baby" et une version du torride "Sunnyland" d'Elmore James impliquant James T à la slide. Retour en 86, à l'hôtel Hilton de Reno, dans le Nevada. Un témoignage au cours duquel on retrouve le chanteur pianiste Ronnie Barron. Ronnie possédait la voix puissante d'un shouter, et son jeu de piano apportait manifestement une touche d’originalité au Heat. Si ses interventions sont impériales sur "Built for Comfort", "Dizzy Miss Lizzy" et "Worried life blues", il serait injuste de passer sous silence le rôle de Larry Taylor à la basse. Lors d’une répétition opérée chez lui, en 94, Fito est entouré de Larry, James T et Harvey Mandel. Une réunion qui nous vaut un décoiffant "Gamblin' woman". L'album s’achève à Barcelone. En 1996. Walter Depaduwa, le fan n°1 du Heat, s’y était rendu. Epaulé par Fito et Mark Goldberg, Junior Watson est en super forme. Sous ce line up, ils exécutent l'instrumental "Mambo Tango". Henry Vestine et Robert Lucas sont de retour pour les trois dernières plages. Quel plaisir de retrouver la voix puissante et graveleuse de Robert Lucas ! Un des meilleurs musiciens qui ait transité par le Canned Heat. Un authentique bluesman, remarquable à la slide et à l'harmonica. Il interprète ici ses compositions : "Quiet woman", "Creole queen" et "A little time with me". La deuxième partie du testament consacré au best boogie band in the world vaut son pesant d’archives. Et dans le style il est fameux !

Canned Heat

Friends in the can

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Pour célébrer la troisième année de bonne entente entre les membres actuels du groupe, les pères de la boogie music nous reviennent en Europe avec un nouvel album. Autour du père Fito de la Parra, gravitent Stanley Behrens au chant, à l'harmonica, au sax et à la flûte, John Paulus aux guitares, Dallas Hodges au chant et à la guitare, ainsi que Greg Kage au chant et à la basse. Soit quatre chanteurs pour cinq musiciens. Ce qui aurait dû être suffisant pour ficeler un album de boogie. Mais non, ils nous ont fait l'heureuse surprise d'attirer quelques amis dans leur boîte.

Hormis "Little wheel", toutes les plages ont été enregistrées en studio au cours des deux dernières années. Une composition signée John Lee Hooker à laquelle il participe, puisque cette prise date de 1989 ; c'est à dire des sessions réalisées pour l'album "The healer". L'album s'ouvre par "Same old games". Les accents de la guitare accordés par Paulus sont légers et la voix d'Alan Wilson, cette voix inoubliable qui sévissait tout au long d'"On the road again", chargée d'émotion. Manifestement, Fito de la Parra tient à sauvegarder ce timbre si familier à tout fan du Heat. Dès les premières mesures de "Bad trouble", on se rend compte que la machine de guerre est parfaitement huilée. La voix rocailleuse de Dallas Hodge mène la bande de L.A, tambour battant. Dès que la voix de Hodge s'efface, une slide bien nerveuse se libère. Un brillant exercice de style opéré par un des élèves les plus doués de l'école : Mr Roy Rogers. Il est vrai que ce vétéran relevait du Coast to Coast Blues Band de Mr Hooker. Puis Dallas prend le relais en empruntant une sonorité que n'aurait pas renié Vestine. Dallas n'est autre que le frère de Catfish Hodge. Encore un musicien intéressant, mais surtout connu des initiés. De sa voix majestueuse, il chante ensuite "Black coffee", un blues lent classique que Stanley colore discrètement de courtes phrases de sax. Un riff puissant introduit "Getaway". Une plage rockin' blues que chante Corey Stevens devant l'harmo de Behrens. L'impact est immédiat. Cette plage était le titre maître du 3ème album de Stevens, paru en 2000. Le léger "It don't matter" marque un changement de style. Stanley chante d'une voix frêle, en s'accompagnant de son harmo chromatique. La nouvelle version du "Let's work together" de Wilbert Harrison est un vrai bonheur. La voix puissante et graveleuse de Dallas Hodge fait bien revivre l'inoubliable Bear. John Paulus est transcendé à la slide, car il bénéficie d'une puissance rythmique exceptionnelle. En fait Harvey Mandel est venu épauler Fito et … Larry "The Mole" Taylor!! Superbe blues lancinant, "1, 2, 3 Here we go again" a été écrit par Dallas. Il chante toujours avec la même autorité et se réserve ici le solo de guitare, pendant que Stanley souffle paresseusement dans son saxophone. Greg Kage a composé "That fat cat", une plage très cool, au subtil parfum de jazz, que chante Greg, d'une voix très musicale. Caractérisée par la flûte de Behrens et les percussions de Fito, ce fragment baigne dans une ambiance latino-américaine. "Home to you" est un blues légèrement rythmé. Une rythmique assez lourde introduit un ancien guitariste du Heat : Walter Trout ; un musicien qui depuis, a fait fortune en embrassant une carrière individuelle. Walter ne veut pas en remettre exagérément. Son solo demeure (presque) retenu. Il ne cherche absolument pas à égrener le maximum de notes à la seconde. C'est ainsi qu'on t'apprécie Walter ! Le brillant Taj Mahal est venu chanter le "Never get out of these blues alive" de John Lee Hooker. J'ai un gros pincement au cœur, en entendant sa voix. La guitare de John Paulus respecte la marque du vieux maître disparu. Taj chante ce blues dépouillé avec passion et feeling. L'émotion est intense. Un climat renforcé par l'harmonica de Stanley et la (vraie) voix de John Lee. Elle revient aussitôt, bien vivante, pour interpréter le fameux "Little wheel". John épaulé par Henry Vestine et Larry Taylor : c'est du bonheur pour les fans de boogie ! Un tel album ne pouvait se terminer sans rappel. C'est prévu ! Suffit de patienter une bonne minute pour laisser la place aux accents dramatiques de "Let's work together". Harvey Mandel et Larry Taylor sont toujours au poste ; mais pour la circonstance, les vocaux et la slide sont assurés par l'extraordinaire Robert Lucas. Enfin, "Getaway" revient dans le parcours. En fait, il s'agit du titre dont le potentiel commercial est le plus flagrant. Cette version a été éditée pour la route ; celle des radios américaines FM. Au beau milieu des trois guitares en rythmique, Corey Stevens y révèle toute sa compétence au chant, Mike Finnigan à l'orgue et Behrens à l'harmonica. Si cet opus recèle pas mal de bonnes choses, sachez que Walter Dr Boogie a prévu de sortir, fin de cette année, le deuxième volume des Boogie House Tapes. Don't forget to boogie!

Canned Heat

Live in OZ

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Cet album était sorti en 1981. Sous la forme d'un 33tours intitulé "Boogie Assault - Live in Australia". Réédité sou la forme d'un CD, il a été rebaptisé "Live in OZ" et sous-titré "Featuring Walter Trout". Un argument de vente bien plus efficace que la seule mention de Canned Heat. Cet elpee est loin d'être un des meilleurs albums du boogie band de Los Angeles ; mais je pense qu'il est indispensable de le replacer dans son contexte pour en comprendre l'importance.

Tout d'abord, retournons dans le temps. Le leader charismatique du Heat, Bob 'The Bear' Hite est décédé le 6 avril 1981 d'une crise cardiaque au Palamino Club de North Hollywood. Il avait 36 ans. En deux semaines, Fito de la Parra remonte le groupe pour assurer une tournée aux antipodes. Henri Vestine était dans une période profondément éthylique. Fito a donc eu recours au guitariste du backing band de John Lee Hooker. Un certain Walter Trout qui est devenu depuis mondialement célèbre. A cause de ces cinq années passées dans le Heat, bien sûr ; mais également son séjour chez les Bluesbreakers de John Mayall, sans oublier sa carrière personnelle. A la guitare rythmique, on retrouve Mike ‘The Mouth’ Halbey, à la basse Emile Rodriguez, et, à la demande du tourneur australien, un harmoniciste qui répondait au nom de Rick "Cherry Red" Kellogg.

Rebâti de toutes pièces pour la circonstance, ce Heat passe en revue, l'essentiel de ses hits. Et notamment "On the road again", "Amphetamine Annie", "Goin' up the country", "Let's work together" et inévitablement une version de "Refried hockey boogie" ; mais de près de 23'. L'opus recèle également des plages moins connues de l'époque, telles que "Hell's on down the line" (NDR : il est vrai que le Heat a toujours été un groupe adulé des bikers) et "So long". Un disque destiné aux fans de boogie d'ici et d'everywhere…