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Nine Inch Nails

With teeth

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Six longues années se sont écoulées depuis la sortie du double opus de NIN, « The fragile ». Un disque remarquable mais tourmenté, sombre et douloureux au sein duquel Trent Reznor (le seul membre permanent de Nine Inch Nails) épanchait tout son spleen. Une œuvre luxuriante voire alambiquée mais terriblement créative. Depuis 1999, Reznor ne s’est quand même pas tourné les pouces. D’abord, il a participé aux projets Tapeworm et Jakalope. Ensuite, il a suivi une cure de désintoxication. Et enfin, a accompli une tournée. En compagnie de quelques musiciens, histoire de ne pas souffrir de solitude… Plus accessible voire pop, « With teeth » se caractérise d’abord par le soin tout particulier apporté aux vocaux. Trent chante, hurle ou chuchote en modulant son timbre et ses inflexions suivant le climat de la chanson. Bien sûr, les lyrics sont toujours aussi poignants, traitant de la perte, du désir ou encore de la désolation. Les 13 plages de cet opus se révèlent tour à tour lancinantes ou agressives, excitantes ou inquiétantes, planantes ou minimalistes. 13 fragments terriblement accrocheurs qui ne négligent pas pour autant les sonorités indus ni les guitares tranchantes, saturées. Lorsqu’elles ne sont pas hantées par un piano spectral. Mais qui tâtent aussi du funk, de l’électro, du punk et même du disco ! Lorsqu’ils ne voguent pas au gré d’un piano sonore. Et pour le groove, pas de souci, puisque Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters) est préposé aux drums et percussions pour la moitié de l’elpee. Il participe donc activement à la confection de ces rythmes tribaux, hypnotiques, si caractéristiques chez NIN. Un bien bel album !

Nine Inch Nails

Puiser sa force dans ses faiblesses…

Écrit par

Trent Reznor manie un équilibrage précis, mais complexe, entre forces et faiblesses. Difficile, sans doute, de dénicher, lors des années 90, un personnage plus central que ne l’a été Trent Reznor. Dans son domaine –le rock ‘industriel’– Reznor et son Nine Inch Nails ont réussi la combinaison parfaite : celle de tout intégrer ou presque. Progressif, pop, metal, atmosphérique, funky, hip hop, distorsions, électronique, loops : tous ces termes peuvent lui être associés, à un moment où à un autre. Il faut être drôlement fort, c'est une évidence, pour embrasser toutes ces tendances en même temps, surtout quand on est conscient de l’important déséquilibre qui existe entre tous ces concepts/termes.

Fort ou fragile

Déséquilibre est le mot qui convient parfaitement à Trent Reznor ; d'autant qu'on a l'impression, lorsqu'on se penche sur sa trajectoire, que cette situation, il l'entretient soigneusement. Il y puise une force, née de ‘ruptures’. Ainsi, l'homme reflète une image de personnage fort, puissant, sûr de lui, solidement ancré dans sa solitude dominatrice (NDR : Reznor est à lui tout seul un ‘groupe’ imposant). Mais à l'intérieur, n'est-il pas une mécanique relativement ‘fragile’ ? On apprend que Reznor a traversé, pendant deux ans, une profonde dépression, suite de la mort, à l'âge de 85 ans, de sa grand-mère, une grand-mère qui l'avait recueilli, à la séparation de ses parents, alors qu'il n'avait cinq ans, et qui l'a élevé. Il a très durement vécu l'épreuve, dit-on. Doit-on y voir le signe que s'il manipule et domine les machines avec aisance pour en extraire une musique d'une très grande puissance intrinsèque, il n'en reste pas moins un être humain parfaitement dépendant de paramètres sentimentaux. Bref, Trent a eu beau avoir ‘dompté’ Marylin Manson en produisant « Antichrist Superstar », il n'en reste pas moins vulnérable. Et quand celui qu'il a aidé à s'élever au rang de rock star ultime, lui a gentiment planté quelques coups de poignards dans le dos en se répandant dans la presse, en propos peu amicaux, à son propos, on peut croire que Trent Reznor en a été affecté.

La mort de grand-maman

En 94, Reznor avait consacré un concept album à la dégénérescence progressive d'un être humain, jusqu'à atteindre un état proche de l'autodestruction. L'année de la sortie de ce « Downward Spiral », Kurt Cobain se donnait la mort...

Reznor, lui-même, n'a sans doute jamais atteint le même niveau de dépression que Cobain, mais il a assurément connu des périodes très, très difficiles. Lui, le ‘bidouilleur’ génial, s'est soudain mis à penser que la musique ne représentait pas grand-chose. Et alors qu'il était au sommet de son art et maîtrisait sa façon de faire cohabiter les sons, les instruments, les couleurs, les rythmes et les (bribes de) mélodies, lui ne ressentait plus l'envie, le besoin de réaliser cette alchimie complexe à la fois sensorielle et mentale!

Etonnante constatation : Reznor a retrouvé le goût au travail en retournant, d'une certaine manière, à la simplicité de la vie. Il s'est isolé au bord de l'océan, à Big Sur en Californie, avec la solitude pour compagne et un piano comme thérapeute.

Trent Reznor est, sans aucun doute, un être tourmenté. Morbide, peut-être? On sait qu'il côtoie la mort tous les jours ou presque ; son studio, le célèbre ‘Nothing Studios’ est, en fait, un ancien funérarium racheté en avril 95 et dont une porte provient de la maison hollywoodienne, où a été assassinée Sharon Tate. Cet immeuble, le théâtre des méfaits perpétrés par Charles Manson en 69 (5 personnes massacrées), Reznor l'avait pris en location avant qu'il ne soit détruit. Difficile, vraiment, de ne pas accorder de signification à ces événements assez troubles.

Présenté comme timide et très introspectif (les deux sont souvent liés), Reznor exprime probablement toute une série de frustrations à travers sa musique qui, souvent, est d'une extrême intensité. Il a lui-même récemment avoué, à propos des deux années qu'il vient de vivre : ‘Ecrire s’et révélé très thérapeutique. J’avais oublié à quel point j’aimais la musique et comment elle m’avait toujours sauvé. Cette fois encore, elle m’a ramené à moi-même. Elle m’a donné la force de continuer’ Reznor puise donc clairement sa force dans ses faiblesses.

(Article paru dans le n° 81 de mars 2000 du magazine Mofo)

Nine Inch Nails

The Downward Spiral

Seul maître à bord au sein de son Nine Inch Nails depuis 1991, Trent Reznor poursuit inlassablement ses expérimentations dans le domaine de la musique électronique. Plus seulement électronique, c'est vrai, puisque pour enregistrer "The Downward Spiral" il a fait appel à l'ex-guitariste de Peter Gabriel et de David Bowie, Adrian Belew; et puis au drummer de Porno For Pyros, Stephen Perkins. Hybride alors? Exact! Mais qui colle davantage à l'esprit des Young Gods plutôt qu'aux perspectives cybernétiques développées par Front 242 et Cassandra Complex. D'abord "The Downward Spiral" est un concept album qui véhicule un véritable réquisitoire contre toute forme de doctrine dogmatique. Mais en plus il baigne dans un climat ambigu, vindicatif, malsain, tantôt marqué par les stigmates de Ministry et de Revco, tantôt investi par une forme de synthétisme pop, post John Foxx. Revu et corrigé par la technologie moderne vous vous en doutez...