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The Vaccines

“Do You Remember Rock’n’roll Radio ?”,15 ans plus tard, mais pas seulement…

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En 2026, The Vaccines célèbrent les quinze ans de leur premier elpee devenu culte, « What Did You Expect From The Vaccines ? » (NDLR : un titre emprunté à une compo des Ramones, datant de 1980). Le quatuor britannique choisit de marquer l’événement sur les podiums, en proposant l’intégralité de ce disque fondateur, complétée par une sélection de titres couvrant l’ensemble de son répertoire. À Bruxelles, la formation londonienne investit le Cirque Royal sous une atmosphère déjà électrique, propice à une soirée festive.

Publié en mars 2011, ce long playing a atteint directement la quatrième place des charts britanniques, décroché une certification platine et inauguré une série d’opus classés sans interruption dans le top 5 outre-Manche. La trajectoire s’est poursuivie jusqu’à « Pick‑Up Full Of Pink Carnations », paru en 2024, sixième LP studio du combo, désormais solidement installé sur la scène rock internationale. Considéré comme l’un des grands disques rock britanniques des années 2010, ce premier opus aligne des titres devenus incontournables, à l’instar de « If You Wanna, Post Break‑Up Sex » ou « Wreckin’ Bar (Ra Ra Ra) », encore capables de fédérer anciens fidèles et nouveaux adeptes.

Deux ans après un concert belge à guichets fermés, The Vaccines reviennent offrir une parenthèse de nostalgie, construite autour de riffs incisifs et de mélodies immédiatement identifiables.

La mise en jambes est assurée par GANS, duo britannique à l’énergie brute, parfois présenté comme une version 3.0 des Sex Pistols. Originaire de Birmingham, l’ensemble publie en 2025 « Good For The Soul », premier opus où se croisent post‑punk primaire et accents électro‑rock. Le tandem, composé d’un guitariste‑claviériste et d’un batteur, s’adjoint ponctuellement un flûtiste‑saxophoniste‑chanteur, véritable détonateur scénique. Le chant se partage, la tension ne retombe jamais et l’exécution exige un engagement total.

Sur les planches, GANS privilégie l’impact direct sans renoncer aux nuances. L’ouverture, structurée autour de « A Fool, In Time et It’s Just Life », plante immédiatement le décor. Leur électro‑rock évoque par instants les Viagra Boys, tout en cultivant un punk amplifié et dansant. Les tempos soutenus entraînent la fosse dans une transe quasi continue, tandis que certaines plages s’autorisent des détours noisy, alternatifs, voire légèrement funky, comme sur « I Think I Like You ». Lors du final, « Oh George », le drummer descend au cœur du public pour conclure un set aussi minimaliste que dévastateur (page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : « A FOOL », « IN TIME », « IT’S JUST LIFE », « I THINK I LIKE YOU », « STEP-PSYCHOSIS », « THE KING'S HEAD », « THIS PRODUCT », « OH GEORGE ».

Une fois la salle chauffée à blanc, place aux maîtres de cérémonie. Pas de décor superflu pour The Vaccines : une tenture en fond de scène, une estrade à trois niveaux exclusivement réservée au batteur, et deux guitaristes positionnés en première ligne. À 21 h précises, les lumières s’éteignent tandis que résonne « Do You Remember Rock ’n’Roll Radio ? » des Ramones. « Blow It Up et Wreckin’ Bar (Ra Ra Ra) » déclenchent d’emblée une réaction en chaîne dans la fosse.

Après une salutation succincte, le band enchaîne « Post Break‑Up Sex » et « Wetsuit », transformant le Cirque Royal en salle survoltée. Les morceaux du premier elpee, courts, nerveux et fédérateurs, s’enchaînent sans temps mort. Nørgaard provoque les premiers pogos, tandis que « If You Wanna » et « Family Friend » accentuent encore la montée en intensité. À mesure que le disque anniversaire touche à sa fin, seule la version acoustique de « Somebody Else’s Child » manque à l’appel. Pour l’occasion, Freddie Cowan troque sa guitare pour les claviers, tandis que Justin Young s’assied brièvement, rare moment de respiration dans un concert mené tambour battant.

Puisant ensuite dans un répertoire plus large, The Vaccines déroulent une seconde partie accueillie avec le même enthousiasme. « Your Love Is My Favourite Band », malgré son vernis légèrement kitsch, est repris en chœur, tout comme « Headphones Baby ». La preuve qu’une pop indé simple et efficace suffit encore à fédérer un auditoire entier un lundi soir. « Heartbreak Kid » et « I Can’t Quit » préparent le terrain avant un final constitué de « Teenage Icon » et « I Always New ».

Lors du rappel, Justin Young revient seul sur l’estrade pour interpréter « No Hope », gratte acoustique en main, un titre composé non loin de là, à l’AB. La foule immortalise l’instant, tandis que le reste du quatuor rejoint finalement les planches pour dévoiler de nouvelles compositions. « Ten Years Too Far » offre un avant‑goût prometteur du septième long playing actuellement en préparation, avant que « All My Friends Are Falling In Love », interprété à la demande, ne clôture la soirée dans une explosion collective.

En célébrant le quinzième anniversaire de « What Did You Expect From The Vaccines ? », la formation rappelle sa capacité intacte à captiver une salle entière. Une prestation généreuse, qui donne déjà un avant‑goût d’été et annonce un retour attendu, notamment au Rock Werchter le 2 juillet prochain.

Setlist : Intro préenregistrée : « Do You Remember Rock 'n’Roll Radio ? » (Ramones song),

LP » What Did You Expect From The Vaccines ? » en intégralité mais dans le désordre.

« Blow It Up », « Wreckin' Bar (Ra Ra Ra) », « Post Break-Up Sex », « Wetsuit », « A Lack Of Understanding », « Nørgaard », « Under Your Thumb », « Wolf Pack », « All In White », « If You Wanna », « Family Friend », « Somebody Else's Child ».

« Your Love Is My Favourite Band », « Headphones Baby », « Handsome », « Heartbreak Kid », « Lunar Eclipse », « I Can't Quit », « Teenage Icon », « I Always Knew ».

Rappel : « No Hope » (Acoustique), « Ten Years Too Far » (New song), « Tiger Blood » (sur demande du public), « All My Friends Are Falling In Love »

(Organisation : Live Nation)

 

Franz Ferdinand

Un concert varié, intense et généreux…

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Les Franz Ferdinand investissent ce vendredi 3 avril, Forest National. Préparez-vous à des riffs de guitare tranchants et à l’énergie débordante de ces rockers écossais ! Leur nouvel opus, « The Human Fear », s’ajoute à une série de titres incontournables qui promettent une soirée intense. Dès 2004, la sortie du long playing éponyme impose la formation parmi les références de la scène internationale. Boosté notamment par le single « Take Me Out », le combo se retrouve rapidement sous les projecteurs. Plus de vingt ans après, il affiche six disques studio, plus de 10 millions d’exemplaires vendus, 3 milliards de streams, deux Brit Awards, cinq nominations aux Grammy Awards et 6 millions de billets écoulés dans le monde.

Début 2025, Franz Ferdinand dévoile son sixième disque studio, « The Human Fear ». Au fil de onze titres, il explore peurs et angoisses, tout en mettant en avant notre capacité à les dépasser. L’elpee reste fidèle à une écriture directe et lumineuse, relevée d’une touche pop assumée. Au fil des années, le répertoire s’est étoffé de morceaux devenus des classiques, dont « Do You Want To », « This Fire », « Love Illumination », « No You Girls », « The Dark Of The Matinée », « Walk Away » et, bien sûr, « Take Me Out ».

Pour lancer la soirée, deux formations se succèdent et se chargent de chauffer la fosse de Forest : The Great Leslie puis Irnini Mons.

À 19 h 15, The Great Leslie ouvre le bal. Devant une salle encore clairsemée, le quatuor déroule un rock alternatif mené par les guitares. L’horaire explique sans doute cette jauge prudente, mais le band joue la carte de l’efficacité et de l’accessibilité. La voix, parfois haut perchée, manque de relief par moments ; en revanche, le chanteur sait capter l’auditoire. « Under Your Skin », extrait d’un prochain opus, reçoit d’ailleurs un accueil chaleureux. Une prestation encourageante (photos ici, page ‘Artistes’ ). 

Setlist : « Nochmal », « Feel Alive », « I Like It Here », « Under Your Skin », « Can’t Touch », « King Beard Man », « These Days », « The Party ».

En deuxième partie, Irnini Mons amène un rock hexagonal funky et percutant. À Forest, le trio partage en français son plaisir de jouer ici. Deux harmonies vocales densifient l’ensemble et donnent du relief au set, notamment sur l’introduction a cappella de « Montréal », qui bascule ensuite vers l’un des passages les plus nerveux du concert. Le show monte progressivement en intensité, dans un format cohérent et sans temps mort. Issu d’anciens membres de Decibelles, Irnini Mons avait déjà marqué les esprits en 2014 par un disque au titre à rallonge, « Une Habitante Touchée Par Une Météorite », aux textes volontiers décalés, soutenus par des voix aériennes, une batterie très présente et des guitares au son massif. Sur scène, l’ensemble accroche immédiatement, parfois à la limite du stoner. « T’As Pas Peur », premier morceau au récit improbable (café, vagues, photocopieuse), fonctionne pourtant très bien grâce à une énergie façon Talking Heads. D’abord surpris, le public se laisse séduire. Un supporting act solide pour préparer Franz Ferdinand (photos iici page ‘Artistes’ ). 

À 21 h, Alex Kapranos et ses musiciens montent sur le podium. Ici, Kapranos mène clairement la danse : il occupe l’espace pendant 90 minutes, apostrophe la foule et aimante les regards. Il accentue encore ce rôle en choisissant des couleurs vives, dont un jaune impossible à manquer. Pas besoin d’une entrée spectaculaire : dès les premières notes, il lance « The Dark Of The Matinée », et l’auditoire répond instantanément. Guitare en bandoulière, il donne le ton. Le répertoire, solide, assure la suite : le morceau d’ouverture déclenche immédiatement des réactions dans la fosse. Le son, excellent, met en valeur une incarnation très rock du combo. À la guitare, Dino Bardot s’intègre sans heurt, tandis qu’Audrey Tait se montre irréprochable derrière les fûts.

« Night or Day » met davantage en avant la veine synthétique du band, Kapranos guidant la foule dans un jeu de bras et de mains. Le combo excelle toujours dans le riff groovy, et « Evil Eye » confirme cette maîtrise. La scénographie reste sobre, mais des lumières précises soulignent les lignes de guitare funky. « Walk Away » abaisse ensuite le tempo : des couplets plus calmes offrent une respiration bienvenue. Puis vient « Black Eyelashes », morceau plus récent aux accents grecs, qui touche juste grâce à l’énergie collective et au bouzouki que se réserve Alex, parfaitement audible.

Temps fort : « Walk Away » enchaîne sur « No You Girls », l’un des sommets du troisième elpee, taillé pour relancer la machine et faire bouger la fosse. « Audacious », premier single de « The Human Fear », retombe ensuite un peu en intensité, sans casser la dynamique.

Plutôt qu’un passage plus sage, Kapranos relance aussitôt la cadence par « Do You Want To », qui accroche d’emblée l’auditoire grâce à son impact en live. Sans baisse de régime, le quintette entretient la tension et tient la salle en haleine. « 40 » surgit ensuite et conserve ce grain funk si caractéristique. La formation reste fidèle à sa signature, en évitant la routine et en gardant l’élan. En un peu plus d’une heure, le set principal est bouclé, net et efficace.

Le rappel aligne pourtant six titres, là où l’exercice se limite souvent à trois. Franz Ferdinand ouvre cette séquence par « Hooked », extrait de « The Human Fear », dont les textures synthétiques trouvent facilement leur place en salle. Sur « Jacqueline », Kapranos prend brièvement le devant, avant que le quintette ne reparte à plein régime. La soirée se referme sur une version plus posée de « This Fire ». Entre anciens morceaux et nouveautés, l’équilibre fonctionne : un concert varié, intense et généreux.

(Photos ici)

 

Setlist : « Intro pré-enregistrée », « The Dark Of The Matinée », « Night or Day », « No You Girls », « Evil Eye », « Walk Away », « Black Eyelashes », « Do You Want To », « Audacious », « Michael », « 40' », « Build It Up », « Love Illumination », « Take Me Out », « Ulysses », « Outsiders ».

Rappel : « Hooked », « Right Action », « Jacqueline », « Bar Lonely », « Evil And A Heathen », « This Fire » (accompagné de The Great Lucie).

(Organisation : Live Nation)

DEADLETTER

Un concert proche de l’envoûtement !

Écrit par

Ce lundi 30 mars, le club de l’Aéronef affiche complet pour recevoir Deadletter. Drivée par le chanteur Zac Lawrence, la formation s’est imposée sur le circuit live britannique depuis 2020, après avoir gravé une poignée d’EPs puis un premier long playing baptisé « Hysterical Strength » (2024). D’abord nourri de folk — à l’époque où les musiciens se produisaient dans la rue —, le projet s’électrifie. Le combo déménage à Londres et bascule vers un post-punk nerveux, rythmique et dansant, que les médias conventionnels rapprochent alors volontiers et schématiquement de Gang of Four ou de Talking Heads. Le saxophone, d’abord joué par Poppy Richler jusqu’en 2024, a depuis été repris par Nathan Pigott, et s’intègre parfaitement dans l’expression sonore. Le second elpee, « Existence Is Bliss », attaque son post punk sous un angle différent, se frottant notamment à une new wave plus synthétique. Et si « Hysterical Strength » s’est forgé sur les planches, au fil de morceaux longuement rôdés avant le studio, ces nouvelles compos ont pris forme en local de répétition, juste avant l’enregistrement, laissant davantage d’espaceet de liberté pour l’interprétation en ‘live’…

En première partie, Blech 9:3 a livré une prestation à l’énergie brute, guidée par une esthétique punk et un son qui puise clairement dans l’alt-grunge des nineties. Le quatuor, dublinois d’origine mais aujourd’hui établi à Londres, affiche une assurance scénique étonnante pour un projet encore jeune.

Formé en 2024, le groupe réunit Barry Baz Quinlan (chant/guitare) Sam Duffy (guitare), James Quinlan (basse) et Luke O’Neill (batterie). Sur les planches, leur identité se dévoile autant dans le visuel — coiffures colorées, tenue punk, attitude — que dans la manière de jouer sur les contrastes, entre couplets tendus et montées plus explosives.

Mais musicalement, c’est le duo Barry/Sam qui fait la différence. Le chanteur-guitariste impose une voix puissante, bien projetée, qui colle parfaitement à ce registre rugueux. À ses côtés, le soliste apporte des textures plus créatives, donnant du relief aux morceaux au-delà du simple mur de son.

A contrario, la section rythmique laisse une impression plus discutable. Le drummer frappe fort, au détriment des nuances, et l’assise globale peine par moments à soutenir les guitares avec la même précision. La basse, elle, marque davantage par le look et la posture de celui qui en est chargé que par des interventions réellement utiles à l’expression sonore.

Chez Bleech 9:3 on sent un potentiel réel, mais il serait bien plus efficient si la section rythmique se mettait au diapason des deux sixcordistes, notamment en matière de subtilité (Photos Ludovic Vandenweghe ici, page ‘Artistes’ ). 

Les six musiciens de Deadletter débarquent alors que l’« Arena » d’Ennio Morricone, tirée du film ’Le mercenaire’ (1968), est diffusée par les haut-parleurs, comme un faux calme avant l’orage. Zac Lawrence (chant), Will King (guitare), Sam Jones (guitare/claviers), Nathan Pigott (saxophone), Alfie Husband (batterie) et George Ullyott (basse) se répartissent l’espace : King se planque à droite, légèrement en retrait, tandis que Jones s’étale à gauche, beaucoup plus expansif. Sur le podium du club, la formation semble à l’étroit.

Un brouillard épais avale les amplis, puis Lawrence, plutôt bien fringué, gagne le centre et agrippe le micro. « Credit to Treason » ouvre le bal dans une interprétation débridée : débit incantatoire, gestes nerveux, petits pas saccadés. Il descend à plusieurs reprises dans la fosse, micro en main, au plus près des premiers rangs.

Dès les premières minutes, l’auditoire se laisse happer. Lawrence, silhouette à la Mick Jagger voire Brian Jones, version vingt ans (coupe de tifs comprise), focalise l’essentiel des regards : sauts, mouvements secs, regard qui scrute la salle. On devine pourtant une retenue au départ ; à plusieurs reprises, il appelle la foule à se masser vers l’avant.

Autour de lui, chacun occupe sa place. Husband, discret derrière ses fûts, verrouille un jeu percussif infatigable qui sert de point d’ancrage. Ullyott déroule des lignes de basse entraînantes, tandis que Pigott, moustache et coupe à la Frank Zappa, épaissit l’air au saxophone puis vient frapper des percussions installées à l’avant, que Zac rejoint parfois, un stick dans une main, le miro dans l’autre. Jones, lui, profite du côté gauche pour tourner sur lui-même, passer au tambourin et relancer les motifs.

Le set déroule ensuite ses tableaux. « Purity I » est imprimé sur un tempo maîtrisé, mais laisse la tension grimper par paliers : Lawrence martèle des phrases répétitives, proches du mantra, sur une diction toujours aussi incisive. « To the Brim » bascule dans une couleur plus trouble ; Jones tire de son clavier des sonorités de mellotron, pendant que guitare et saxophone s’entraînent dans une danse macabre. « He, Himself and Him » installe un groove souple et recentre le propos : le morceau ne vise pas seulement le monde extérieur, il renvoie chacun à sa part de bascule.

Sur « More Heat ! », son écriture tranche net : il raconte un couple qui ne trompe personne, sinon lui-même ; ‘Elle y croit, mais à force d’insister, les choses peuvent changer’, confie-t-il, sous des guitares discordantes et un saxophone râpeux. « Bignones » observe les retombées d’un meurtre et lâche cette formule sèche — ‘l’existence honteuse pourrait se réduire à des condoléances sincères’ ; la basse sombre guide le morceau, le saxophone lui donne un flottement de jazz. « Sangles » aborde la liberté d’expression et la manière dont les opinions se retrouvent étouffées. « Hat the World Missed » tire enfin le concert vers une mélancolie lucide : signaux ignorés, occasions manquées, cécité collective. En fin de parcours, « It Comes Crépine » impose un post-punk spectral, presque violent ; cuivres, percussions et riff menaçant s’imbriquent dans une écriture plus raffinée, où l’inde rock flirte par instants auprès de l’avant-garde.

L’ensemble reste cohérent du début à la fin : une musique dense, parfois presque prog lors des interventions du saxophone (clin d’œil à Dave Jackson du Van der Graaf Generator ?), mais toujours ramenée au nerf post-punk. D’ailleurs, si le public commence à remuer, il semble comme hypnotisé par la musique et le lâcher-prise tarde à se manifester ; beaucoup de quadragénaires et quinquagénaires occupent l’avant de l’auditoire, tandis que les plus jeunes campent derrière. Les gestes de Lawrence finissent toutefois par resserrer les rangs au moment du rappel, où « Binge » (tube de 2022) déclenche les premières vraies tentatives de crowdsurfing. Annoncé sur trois titres, le rappel n’en lâche finalement que deux : « Binge » puis « Cheers ».

Un concert proche de l’envoûtement !

(Photos Ludovic Vandenweghe ici

Setlist : 1. Purity I, 2. To the Brim, 3. Mere Mortal, 4. He, himself and him, 5. (Back to) the Scene of the Crime, 6. More Heat ! 7. Bygones, 8. Songless, 9. Deus Ex Machina, 10. What the World Missed, 11. It flies, 12. Among us, 13. Fit for Work, 14. It Comes Creeping, 15. Frosted Glass

Rappel : 1. Hero, 2. Binge, 3. Cheers !

(Organisation : Aéronef, Lille)

 

Airbourne

Un mur de décibels old school…

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Airbourne effectue une nouvelle tournée internationale au cours de laquelle il dévoile quelques titres inédits, réunis sous la bannière du ‘GUTSY Tour 2026’. Un sixième opus est annoncé pour juillet 2026. Et il se produisait à l’Ancienne Belgique ce dimanche 29 mars 2026. À l’entrée, la file s’étire ; la date affiche complet depuis longtemps.

La formation voit le jour en 2003. Des elpees comme « Runnin’ Wild » (2007), « Black Dog Barking » (2013) et « Boneshaker » (2019) embrasent salles et festivals aux quatre coins du globe. Le nouveau single, « GUTSY », s’inscrit dans cette veine directe : pour les Australiens, ce mot dépasse le simple intitulé et résume un état d’esprit. Sorti en 2019, « Boneshaker » reste leur dernier long playing publié à ce jour ; le disque est produit par Brian Howes et enregistré par Mike Fraser.

Originaire de Sydney, ce quatuor de hard rock revendique l’héritage du ‘pub rock’. Sa recette mêle blues électrifié et heavy metal à l’ancienne, soutenue par la rythmique solide de Ryan O'Keeffe et la voix râpeuse de Joel O'Keeffe. Depuis la fin des années 2000, le band s’est bâti une réputation grâce à des concerts très sonores, nourris par l’influence d’AC/DC et de Rose Tattoo.

La première partie revient aux Britanniques d’Asomvel. Le trio lance la soirée sur un tempo nerveux et chauffe idéalement la salle avant l’arrivée d’Airbourne. De son côté, le quatuor australien — Joel (chant, guitare) et Ryan O'Keeffe (batterie), Justin Street (basse) et Brett Tyrrell (guitare) — s’apprête à transformer l’Ancienne Belgique en cocotte-minute.

Asomvel investit le podium : son rock’n’roll primitif, teinté de thrash, déboule sans préambule. La batterie martèle, le jeu reste frontal, et l’ombre de Motörhead plane sur l’imagerie comme sur les textes. Quarante-cinq minutes durant, le trio pousse les décibels au maximum, non sans humour : ‘On est assez bruyants ?’ puis ‘If it’s too loud, you’re too old !’ L’ensemble gagnera encore en puissance lorsque les baffles Marshall, empilés autour du batteur, entrent pleinement en action. Sur « King of the World », l’intro préenregistrée « Gonna Fly Now (Theme from Rocky) » précède un déluge de lumière venu du haut. En fond d’estrade, une toile frappée du nom du combo sert de rideau, partiellement masquée par l’imposant matériel d’Airbourne. Asomvel maîtrise son sujet et décroche une belle adhésion de l’auditoire, même si la force brute l’emporte parfois sur le charisme. « Born To Raise Hell » (reprise de Motörhead) déclenche une pluie de gobelets (en plastique), lancés depuis la fosse comme depuis les balcons (Photos ici, page ‘Artistes' ). 

Setlist :  Intro préenregistrée « Gonna Fly Now (Theme From Rocky) », « King Of The World », « Louder & Louder », « Born To Rock 'n’Roll », « If It's Too Loud, You're Too Old », « Born To Raise Hell » (Motörhead cover), « Outside The Law », « Set Your World On Fire », « Luck Is For Losers », « Lone Wolf », « Take You To Hell », « Light 'Em Up », « The Nightmare Ain't Over », « Outro (The Final Bell) » (Bill Conti song).

L’ambiance reste électrique : la foule, très variée, vient clairement pour célébrer ce moment privilégié. Sur les planches, en revanche, le rock se décline ici dans une esthétique très masculine, doublée d’une surenchère matérielle. Plutôt qu’une démonstration de force, chaque band déploie un véritable arsenal : murs d’amplis et d’enceintes Marshall, rivalité assumée à coups d’empilements. Lorsque Airbourne prend possession du podium, Ryan O'Keeffe est cerné par une montagne d’amplis, surmontée d’une imposante rampe LED qui arrose la fosse de lumière. Le thème de ‘Terminator’ s’efface, une guitare solitaire s’installe, puis le cri de Joel O'Keeffe tranche l’obscurité. Torse nu, jean largement troué, il déclenche l’explosion des poings levés, tandis que la sécurité rattrape sans relâche les surfeurs qui franchissent la barrière.

Airbourne ouvre le bal par « Gutsy », premier de deux inédits présentés ce soir. « Cradle to the Grave », très AC/DC dans l’esprit, introduit ensuite un bloc de titres issus de « Black Dog Barking ». « Hungry » puis « Back in the Game » s’enchaînent, et l’auditoire scande spontanément le nom du quatuor. Joel O'Keeffe, toujours prêt à provoquer, trinque dès la première bière et s’amuse à projeter des gobelets bien remplis vers la fosse, déjà emportée par un circle pit aussi agité que relativement bon enfant. Sur « Raise the Flag », le groupe ranime le souvenir d’Angus Young et d’une certaine école du hard rock. Moment de bravoure : porté au milieu de la foule, Joel s’éclate une canette sur la tête et arrose au passage ses voisins de nectar ambré.

Le riff mid-tempo de « Cheap Wine And Cheaper Women » relance la machine, avant une courte respiration destinée à présenter un autre inédit. ‘Envie d’apparaître dans un clip ? Voici « Alive After Death »’. Un caméraman rejoint le podium, et la foule se prend vite au jeu. Le morceau frappe juste, mené par un riff massif, même si l’attrait du moment filmé semble tout aussi décisif. La fin du set prend des allures d’apothéose sur « Live It Up » : sirènes, chant collectif, puis apparition du ‘bar éphémère de Lemmy’. Les bières volent ‘à l’australienne’ ; la fosse tente d’attraper les gobelets, au prix de quelques douches involontaires.

En rappel, « Ready To Rock » sonne comme un hymne, Joel menant les chœurs entre deux solos incendiaires. Sur « Runnin’ Wild », l’équipe technique basée à Manchester rejoint le podium, et le combo salue au passage les emblématiques enceintes Marshall qui dominent l’estrade. La soirée s’achève dans une déflagration de guitares saturées, fidèle à la promesse de départ.

Certains auditoires viennent pour écouter, d’autres pour célébrer : ce soir, la fête l’a emportée nettement. Sans ménager les décibels, Asomvel puis Airbourne ont livré un rock’n’roll live brut, parfois viril dans l’attitude, mais pleinement assumé. Finalement, une soirée intense, taillée pour les amateurs de sons épais et old school.

(Photos ici)

Setlist :  Intro préenregistrée : « Main Title (Terminator 2 Theme) » (Brad Fiedel song), « Gutsy », « Too Much, Too Young, Too Fast », « Cradle To The Grave », « Hungry », « Back in the Game », « Raise The Flag », « Cheap Wine & Cheaper Women », « Alive After Death », « Diamond In The Rough », « Breakin' Outta Hell », « Live It Up ».

Rappel : « Ready To Rock », « Runnin' Wild »

(Organisation : Live Nation)

 

Ana Popovic

Un concert placé sous le signe du groove, de la maîtrise instrumentale et du plaisir partagé…

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Pas de première partie pour le retour d’Ana Popovic ce soir au Zik-Zak: la salle enregistre une belle affluence. On y croise de nombreux habitués ainsi quun programmateur de Classic 21, particulièrement avenant, en la personne de JeanPol Wiesmans.

La guitariste est programmée dans le cadre du ‘Dance To The Rhythm Tour’, une tournée nourrie de blues, de soul et de funk.

D’emblée, son parcours impressionnant mérite d’être rappelé. Il serait en effet réducteur de la cantonner au rôle de simple guitariste de blues: elle partage ou a partagé les planches aux côtés de figures majeures du genre telles que Buddy Guy, Eric Johnson, Jonny Lang, Kenny Wayne Shepherd, B.B. King, Joe Bonamassa ou Gary Clark Jr. Elle a même participé à une tournée en tant quinvitée spéciale auprès de celui que beaucoup considèrent comme lun des plus grands chanteurs de tous les temps: Solomon Burke. Quant à Bruce Springsteen, il la décrit comme une ‘guitariste hors pair’. Un curriculum vitae particulièrement éloquent. Née en Serbie et installée aujourdhui à Los Angeles, elle a longtemps séjourné aux PaysBas et à Memphis, des étapes déterminantes qui ont façonné, sans doute, ses choix esthétiques et son identité sonore.

Ce concert confirme une nouvelle fois qu’Ana Popovic demeure l’une des artistes les plus dynamiques et inventives du blues actuel. Pour ce segment de périple, elle s’est entourée d’une formation soudée et aguerrie: le bassiste Buthel, le claviériste Michele Papadia, le batteur Jeremy Thomas, rejoints par une section de cuivres emmenée par Claudio Giovagnoli et Davide Ghidoni. La chanteuse Skyler Jordan, fraîchement intégrée au combo, insuffle une dimension supplémentaire et instaure un dialogue vocal contrasté qui enrichit l’ensemble.

Dès l’ouverture, la soirée s’annonce placée sous le signe du groove, de la maîtrise instrumentale et du plaisir partagé. Popovic navigue sans effort apparent du blues à la soul, du funk au rock, jusque dans des accents R&B, construisant un univers sonore dense et nuancé, à la fois résolument actuel et profondément ancré dans la tradition. Si son approche embrasse plusieurs genres, le blues en demeure le cœur battant : il transpire dans son phrasé, s’impose dans son timbre et transparaît dans un feeling immédiatement reconnaissable.

Son jeu de guitare marque chaque instant du concert. Expressif et parfaitement contrôlé, il se montre rugueux quand la tension le réclame, puis d’une finesse remarquable lorsque le morceau l’exige. Chaque note semble choisie, pensée, chargée d’intention, affirmant une signature sonore personnelle et cohérente. Ana Popovic rappelle volontiers l’importance du direct — ‘Cest sur scène que tout se passe’ — et ce passage sur les planches en constitue la démonstration éclatante. Le lien qui s’établit entre la formation et l’auditoire se révèle immédiat et tangible ; l’énergie circule librement, de l’estrade vers la fosse et en retour. Le fil rouge demeure ce jeu de guitare à la fois gracieux et nuancé. Virtuose incontestable, elle met toujours sa technique au service de la composition, sans jamais céder à la démonstration gratuite.

La setlist propose un équilibre judicieux entre titres bien connus et compositions plus récentes issues de son dernier long playing, « Dance To The Rhythm ». Le rythme et le groove irriguent l’ensemble du concert, conférant au show une énergie irrésistible qui invite à la danse sans sacrifier la profondeur musicale. Même une reprise telle que « 50 Ways To Leave Your Lover » de Paul Simon trouve naturellement sa place dans l’univers de Popovic : immédiatement identifiable, mais entièrement réappropriée.

Tout au long de la soirée, l’artiste démontre non seulement une autorité technique indiscutable, mais également une capacité constante à capter l’attention de la foule, à dialoguer avec elle et à donner chair à sa musique sur le podium. C’est précisément cette alchimie qui continue de la distinguer.

Cette prestation confirme, une fois de plus, que le blues — sous toutes ses déclinaisons — demeure vivant, évolutif et plus pertinent que jamais.

(Organisation : Zik-Zak et Rock Nation)

CMAT

Un concert généreux et intensément vivant…

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Après une date complète à La Madeleine et un passage très remarqué au Pukkelpop en 2025, CMAT signe son retour en Belgique en compagnie de son ‘very sexy’ backing group. L’Irlandaise confirme une trajectoire ascendante sans accroc et profite de cette tournée pour défendre son troisième long playing, « Euro‑Country », paru ce 29 août 2025. Elle investit l’Ancienne Belgique pour une soirée annoncée sous le signe de l’autodérision, de l’excentricité et d’une énergie parfaitement assumée.

Derrière le pseudonyme CMAT se cache Ciara Mary‑Alice Thompson, artiste qui définit sa country pop comme un croisement improbable entre Dolly Parton, Weird Al Yankovic et Katy Perry. Sa capacité à faire cohabiter des univers contradictoires lui vaut un auditoire toujours plus large, deux elpees classés numéro 1 en Irlande ainsi que des nominations aux BRIT Awards, à l’Ivor Novello Prize et au Mercury Prize. Sa voix, tour à tour caressante et affirmée, sert des textes qui explorent des thématiques émotionnelles — comportements autodestructeurs en tête — abordées par le prisme d’un humour ‘camp’ et d’une autodérision constante.

Son dernier elpee s’inscrit dans cette même logique d’équilibre : un disque qui traite de sujets majeurs — capitalisme, revers de la notoriété — sans lourdeur ni posture. Le single viral « Take a Sexy Picture of Me », rebaptisé « Woke Macarena » par les fans, s’attaque notamment aux diktats esthétiques imposés aux femmes. Cet opus affirme un peu plus CMAT parmi les autrices‑compositrices‑interprètes incontournables de sa génération, tout en renforçant une réputation scénique forgée par une présence généreuse, une énergie communicative et un sens aigu du spectacle.

La soirée affiche complet depuis de longues semaines.

La première partie évoque un air de déjà‑vu pour celles et ceux qui avaient assisté au concert de The Last Dinner Party. Katy J. Pearson, originaire de Bristol, s’avance seule, armée de sa voix et de sa guitare électro‑acoustique. Comme au Cirque Royal, elle se présente sans accompagnement, installée en bord de podium devant un rideau rouge encore fermé.

L’écoute reste plaisante : les chansons franchissent aisément la rampe, confirmant pourquoi la Britannique s’est déjà forgé une solide réputation. Pourtant, une retenue persistante l’empêche de réellement happer l’auditoire. L’étincelle tarde à surgir, et l’attention de la fosse se disperse. À mi‑parcours, des conversations s’élèvent des premiers rangs, un manque d’égards manifeste envers l’artiste. Dommage, car Katy J. Pearson dispose d’une superbe voix aérienne et d’un toucher délicat, ses doigts effleurant les cordes avec assurance tandis qu’elle enchaîne des mélodies finement ciselées. Les applaudissements demeurent chaleureux, parfois ponctués de cris tentant de couvrir les bavardages d’une foule dissipée.

La musicienne compte déjà trois elpees à son actif — « Return » (2020), « Sound of the Morning » (2022) et « Someday Now » (2024) — auxquels s’ajoutent plusieurs singles et un EP, « Katy J. Pearson and Friends Present Songs From The Wicker Man ». Elle entame son set par « « Take Back the Radio, extrait du premier disque. Après une brève introduction, ce morceau lumineux, traversé par une quête de rédemption, célèbre un retour sur les ondes et contraste avec le reste du répertoire. Des réminiscences de Fleetwood Mac traversent les esprits, tandis que sa musique navigue entre folk, country, Americana et indie rock. Une touche post‑punk surgit sur « Alligator », où elle délaisse son chant habituel — quelque part entre Stevie Nicks et Belinda Carlisle — pour un phrasé plus monocorde évoquant Cate Le Bon. Une entrée en matière convaincante pour une artiste qui trace sa route et dont la présence est de plus en plus sollicitée sur le circuit britannique pour assurer des supporting acts de prestige (page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : Take Back The Radio, Sound Of The Morning, Those Goodbyes, Alligator, Siren Song, Beautiful Soul, Talk Over Town.

Le rideau se lève et révèle un décor structuré autour de deux estrades. À gauche, la violoniste capte immédiatement l’attention. Au centre, un escalier de cinq marches offre à CMAT un terrain de jeu idéal pour multiplier les poses. À droite, le batteur occupe l’espace, tandis qu’un peu plus bas, sur une plateforme avancée, le claviériste — short moulant en lin — se dresse devant le bassiste, flanqué à gauche d’un guitariste grimé en femme. Bottes hautes noires, bas-résille et courte jupe rouge éclatante : CMAT s’impose d’emblée. Les rebords des estrades et de l’escalier s’illuminent grâce à des rampes LED majoritairement rouges, soulignant l’ensemble du dispositif.

CMAT assume pleinement son statut de diva, un rôle qu’elle adopte sur les planches, en parsemant son set de clins d’œil malicieux. Loin d’un simple artifice, cette posture nourrit un spectacle rythmé par des pitreries aussi maîtrisées que savoureuses. Dès l’ouverture progressive du rideau, l’ambiance se dessine. « Janis Joplining » sert d’introduction atypique : plus que la chanson elle‑même, ce sont les regards appuyés et le jeu de séduction adressé à la foule qui dominent. Le morceau agit comme un sas avant « The Jamie Oliver Petrol Station », rapidement repris en chœur. Le clip vient tout juste de paraître — sans la présence du chef étoilé ce soir‑là — mais l’auditoire s’enflamme. Les fans couvrent presque totalement la voix de CMAT, d’autant que le mixage manque encore de précision : tantôt trop en avant, tantôt noyée dans sa formation ‘very sexy’. La prise en main d’une guitare, une première dans le show, prolonge opportunément le titre.

Incontournable de son répertoire, « I Don’t Really Care For You » arrive très tôt. CMAT y déploie sa désormais célèbre ‘pause’, partant en chasse de spectateurs susceptibles de l’agacer. Trois d’entre eux sont épinglés et reçoivent une sérénade teintée d’un regard noir parfaitement dosé. L’artiste maîtrise l’art de capter la fosse en un instant. Une délégation irlandaise bien présente à l’Ancienne Belgique se manifeste d’ailleurs un peu plus tard. Mais place d’abord aux morceaux issus d’« Euro‑Country ». « When a Good Man Cries », livrée avec ferveur malgré une gorge visiblement sèche, précède "Tree Six Foive », accueilli avec un enthousiasme immédiat. CMAT multiplie les montées sur son estrade : le talent s’affirme, et le sentiment que d’autres surprises se profilent s’installe.

« Have Fun ! » s’impose désormais comme un classique. Gestuelle généreuse et échanges appuyés installent une atmosphère chaleureuse. L’amusement ne se dissimule pas : entre deux morceaux, elle glisse un bonbon dans sa bouche, puis engage une courte discussion avec un fan venu de Gand, à qui elle confie le reste de la friandise. Clin d’œil local : ‘ça colle aux dents, Anatole !’.

Le temps s’écoule à vive allure, non pas par abondance de titres — neuf seulement figurent sur la setlist — mais parce que le spectacle gagne en intensité. Les interactions au sein de la formation entretiennent une dynamique réjouissante. Une gorgée de thé humidifie le gosier avant « Take a Sexy Picture of Me », dont le refrain est scandé si puissamment par la foule que la voix de CMAT se fait presque discrète. Elle compense en offrant une succession de poses, laissant aux photographes un court répit avant « Iceberg ». Plus épurée, la chanson la retrouve en duo avec sa violoniste, pour un moment de grâce suspendu.

L’heure réglementaire est dépassée. Les habitués le savent : CMAT conserve toujours quelques pièces longues pour conclure. Peu de place, donc, pour les digressions, même si un extrait improvisé de « J’aime la vie » de Sandra Kim s’invite brièvement. Avant « Running/Planning », elle présente sa formation ‘verys sexy’ avant de quitter le podium.

Le rappel s’articule en trois temps, soutenu par un sextuor au complet. « Euro‑Country », titre éponyme du troisième elpee, frappe d’emblée par son urgence et sa densité sonore. CMAT rappelle son attachement à un activisme joyeux, une manière d’ancrer le message sans l’alourdir. Le propos se fait plus grave, sans rompre l’élan général — un moment marquant de la soirée.

La fête repart de plus belle sous une version extra‑longue de « I Wanna Be a Cowboy, Baby ! » : la fosse se balance sans relâche. Malgré une heure largement entamée, « Stay for Something » s’impose encore. CMAT ironise sur son incapacité à livrer un concert de moins de nonante minutes. Ces minutes offertes renforcent une ferveur déjà palpable. L’artiste se mêle une dernière fois à la foule, point d’orgue d’un concert généreux et intensément vivant. Les applaudissements, assourdissants, résument à eux seuls la réussite de cette soirée. Le compte à rebours est lancé avant ses prochains passages à De Roma et au Rock Werchter…

Setlist: Janis Joplining, The Jamie Oliver Petrol Station, I Don’t Really Care For You, When a Good Man Cries, Tree Six Foive, Have Fun !, Take a Sexy Picture of Me, Iceberg, J’aime la vie (Sandra Kim, extrait improvisé), Running/Planning

Rappel: Euro‑Country, I Wanna Be a Cowboy, Baby !, Stay for Something

(Pour les photos, c'est ici)

(Organisation Live Nation)

 

Stereolab

Une musique tellement riche et rafraîchissante…

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Reformé en 2019, d’abord pour accompagner une salve de rééditions impulsée par Warp, Stereolab est revenu sur le devant de l’actualité grâce à un nouvel opus, « Instant Holograms On Metal Film », paru en mai de l’an dernier. Sur les planches de l’Aéronef, la formation franco-britannique va livrer un set qui assume ses alliages : pop oblique, krautrock motorik, touches de jazz et d’électronique. Les textes, chantés en français ou en anglais, selon les titres, conservent leur message engagé.

Depuis les nineties, le combo s’est imposé dans l’indie pour son art de la superposition : motifs répétitifs, harmonies vocales en couches, claviers vintage et lignes de guitare qui tracent des diagonales.

La foule est constituée majoritairement de quadragénaires et de quinquagénaires.

Le concert s’ouvre par l’intro « Mystical Plosives » : sur ces notes robotiques, les musiciens apparaissent, puis s’installent.

« Aerial Troubles », « Motoroller Scalatron » puis « Vermona F Transistor » définissent d’emblée la méthode Stereolab : pulsation régulière, claviers qui scintillent sans trop s’épancher, et détails de timbre glissés au bon moment. Lætitia Sadier passe au trombone à coulisses sur « Vermona F Transistor » ; en bout de course, les claviers esquissent un clin d’œil au Boléro de Ravel.

Le set se permet ensuite un retour en arrière : « Peng ! 33 », ancien titre, avance sur des claviers volontairement rognés, comme passés au cutter, pendant que la section rythmique garde le cap.

Sur « The Flower Called Nowhere », le chant joue la superposition : voix principale, contre-voix, puis falsetto qui se répondent et se croisent sans jamais saturer l’espace.

Pièce centrale du concert, « Melodie Is a Wound » multiplie les changements de rythme tout en revenant régulièrement vers une bossa nova de traverse. Sadier y prend la trompette, étire les phrases, puis laisse le morceau s’allonger en improvisation. Parfois, le climat devient plus ‘doorsien’, mais en fin de parcours, il s’enfonce dans un psychédélisme spatial.

« If You Remember I Forgot How to Dream Pt. 1 » serpente entre appuis jazzy et pop plus légère. Sadier revient au trombone à coulisses, puis en français, fidèle à des convictions pacifistes assumées, chante : ‘J’appartiens à la terre, je dis non à la guerre’.

« Miss Modular » remet du relief dans la fosse grâce à un groove net et un travail vocal soigné. Sadier y manie un trombone à coulisse, tandis que les chœurs (Joe Watson et Xavier Muñoz) cadrent les mélodies par des secondes voix impeccables.

« Household Names » vire vers un funk discret, avant qu’ « Esemplastic Creeping Eruption » ne réinstalle les boucles et les micro-variations chères au band, sans jamais perdre la lisibilité des lignes.

En fin de parcours, « Percolator » revient à une bossa nova minimale, puis « Electrified Teenybop ! » bascule en instrumental motorik, roues parfaitement alignées, l’expression sonore avançant par petites stries répétées.

Le rappel s’articule en deux temps. « Immortal » installe une matière plus atmosphérique, puis « Cybele’s Reverie » met en avant la voix de Sadier, capable d’enchaîner graves et aigus sans forcer l’effet, tout en restant dans cette distance caractéristique.

Sur le podium, Lætitia Sadier occupe le côté droit, guitare en gauchère. Un petit pupitre placé devant elle lui sert de poste de commande : il lui permet de déclencher des sonorités proches d’un Moog. Veste à brillants sur les épaules, elle passe d’un instrument à l’autre – guitare, claviers, trombone, tambourin puis trombone à coulisse – au gré des morceaux.

À l’autre extrémité, Timothy Gane (barbe grisonnante) reste concentré sur ses motifs de guitare, comme s’il était sans son monde. À l’arrière, Andy Ramsay verrouille la pulsation, pendant que Joe Watson, aux claviers et caché derrière ses partitions ainsi que le multi-instrumentiste (basse surtout, claviers et parfois guitare) Xavier Muñoz consolident l’édifice par leurs interventions et des secondes voix particulièrement justes. Hormis pour les voix, on a l’impression que chaque musicien est sur son île, et paradoxalement ces individualités forment un collectif soudé.

La voix de Sadier, claire et bien timbrée, survole des arrangements qui aiment la stratification. Les harmonies se construisent par couches, parfois en contre-voix puis en falsetto, ce qui renforce l’impression de mouvement interne, même lorsque la rythmique choisit la répétition.

Entre deux titres, Sadier échange quelques mots en français, d’une voix douce et posée. Ces apartés, brefs, ramènent le concert à une échelle simple, loin des postures, alors que la musique, elle, continue d’assembler kraut-pop, échappées jazz et détails électroniques.

Au fil du concert, l’enthousiasme gagne la foule qui applaudit de plus en plus longtemps, à l’issue des morceaux ; et puis, au bout des 13 titres du set, et du rappel, elle salue longuement une prestation maîtrisée en tous points d’une musique tellement riche et rafraîchissante.

Photos Ludovic Vandenweghe ici

En supporting act, le duo liégeois Chaton Laveur s’est plutôt bien débrouillé face à un public encore clairseme, celui-ci ayant décidé de ne rappliquer que pour la tête d’affiche.

Julie, robe noire assez courte, papillonne entre basse (souvent), guitare (parfois) et claviers ; Pierre se réserve la batterie (constamment) et les claviers (dont un moog). Et le tout est enrichi de boucles et d’effets sonores. Ils chantent en harmonie et en falsetto. Il faut reconnaître que le drumming est aussi ample qu’efficace. Les morceaux sont longs et dépassent régulièrement les 5 minutes. La trame de la musique repose sur les rythmes motorik du krautrock, et le tout est traversé d’accès de dream pop et de shoegaze. Leur premier elpee, «   Labyrinthe » est paru ce 13 mars.

Bref, minimaliste, l’expression sonore tient la route, mais – et ce n’est qu’un avis personnel – il serait peut-être intéressant d’élargir le line up à un ou une guitariste, pour donner davantage d’épaisseur à la musique. Tout au moins sur les planches (page ‘Artistes’ ). 

Setlist Sterolab

1.    Intro : « Mystical Plosives »
2.    « Aerial Troubles »
3.    « Motoroller Scalatron »
4.    « Vermona F Transistor »
5.    « Peng ! 33 »
6 .   « The Flower Called Nowhere »
7.    « Melodie Is a Wound »
8.    « If You Remember I Forgot How to Dream Pt. 1 »
9.    « Miss Modular »
10.    « Household Names »
11.    « Esemplastic Creeping Eruption »
12.    « Percolator »
13.    « Electrified Teenybop ! »

Rappel : « Immortal », « Cybele’s Reverie ».

(Organisation : Aéronef, Lille)

 

Sleaford Mods

Une valse de styles sous une pluie de gobelets de bière…

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Quatrième passage de Sleaford Mods à l’Ancienne Belgique depuis 2015 : le duo joue ici en terrain conquis, accueilli comme une équipe de football qui revient jouer à domicile. Dans la salle, l’auditoire répond présent, même si la setlist alterne moments tendus et respirations. Compte rendu !

En ouverture, Snayx connaît aussi l’AB : la formation de Brighton (NDR : encore un rejeton de la côte Sud) a foulé le Club, à l’étage, deux ans plus tôt. Lainey s’installe vite derrière les fûts, en pilotant aussi le séquenceur. Puis un grand bassiste, suivi du chanteur — casquette vissée sur le crâne — surgissent à l’avant de l’estrade, comme deux combattants de MMA prêts à disputer le round. Le son penche franchement vers le punk/hardcore, mené par une basse très en avant, auquel s’ajoutent des phrasés rap/hip-hop qui évoquent Senser, Prodigy ou Clawfinger côté années 90, et, plus près de nous, Slaves ou Wargasm. L’énergie se communique et ramène progressivement du monde dans la fosse. Pourtant, en début de set, l’assistance reste clairsemée, il n’y a guère plus d’une centaine de curieux aux premiers rangs. Si les titres donnent un vrai coup de fouet, ils s’appuient souvent sur un beat punk assez rectiligne ; trente minutes suffisent, finalement, pour cerner le concert (page ‘Artistes’ ici). 

Question : pourquoi programmer Sleaford Mods seulement à 21 h, alors que l’inter-plateau pourrait se limiter à un petit quart d’heure ? Vers 20 h 50, Andrew Fearn ajuste son PC, l’ingé son vérifie le micro ; deux minutes suffisent, montre en main.

Le duo arrive sobrement, à l’heure pile. Jason Williamson, t-shirt sans manches, exhibe une collection de tattoos (NDR : dont le célèbre « British Railways » et son lion). Cette entrée sans effets tranche par rapport à l’accueil de la foule, déjà prête à les porter aux nues. Musicalement, la formule demeure minimaliste, mais l’ensemble se met vite en place sur les planches. Andrew aligne les pas de danse derrière son ordinateur, tandis que Jason, voix râpeuse, lâche ses harangues comme un supporter des Three Lions au terme d’un match. Le début de parcours réserve une large place à « The Dismiss of Planet X » (NDR : un opus déjà bien calé dans le top 2026 de votre serviteur). L’ouverture, « The Unwrap », reste d’abord sur la retenue. Deux miroirs encadrent le podium et un écran vidéo sert surtout à afficher les featurings : sur « Good Life », par exemple, apparaissent Gwendoline Christie et Big Special en streaming. « Megaton » réveille la fosse : ça bouge, les premiers pogos se lancent, sous une pluie intermittente de gobelets de bière.

La setlist, comme l’ambiance, connaît pourtant des variations. Ces creux et relances permettent aussi de mesurer l’amplitude du phrasé : Andrew passe d’un ton post-punk à des séquences plus rap, voire à des saillies punk plus nerveuses, sans lâcher ce chanté-parlé aux inflexions de classe ouvrière du Nord de l’Angleterre. Le tout est ponctué de crachats, de bruitages et de ‘fuck’ déclinés à toutes les sauces.

Dans la dernière demi-heure, « Force 10 From Navarone » offre une nouvelle occasion d’envoyer sur l’écran la séquence tournée en compagnie de Florence Shaw (Dry Cleaning). Puis survient une reprise inattendue, mais efficace pour relancer l’auditoire : « West End Girls » des Pet Shop Boys, qui remet les corps en mouvement, mais pas sans esquisser un sourire goguenard.

Le set s’achève en crescendo : d’abord « Tied Up in Nottz » (NDR : clin d’œil aux contrastes de classes sociales dans leur ville d’origine, Nottingham). « Jobseeker », sur une rythmique martelée, déclenche encore des mouvements de masse aux premiers rangs. Le duo boucle ensuite sur l’entêtant « Tweet, Tweet, Tweet », puis prend le temps de saluer l’auditoire et de distribuer quelques setlists, avant de tirer sa révérence.

(Photos Dieter Boone ici)

(Organisation : AB + Live Nation)

Of Monsters And Men

Huit minutes de final avant de disparaître dans le son…

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Ce mardi 3 mars, à l’Ancienne Belgique, l’Islande est sous le feu des projecteurs. Et pour cause, Of Monsters and Men et RAKEL sont à l’affiche. Le concert est complet depuis longtemps.

Plus de dix ans après l’impact international de « Little Talks », Of Monsters And Men continue d’élargir son répertoire. Quatre mois après la parution de « All Is Love And Pain In The Mouse Parade », le septuor islandais est parti défendre ce long playing tout au long de son ‘Mouse Parade Tour’, qui passait donc, par Bruxelles.

 En ouverture, il revient à RAKEL, artiste islandaise émergente, responsable d’une musique pop/indie intime et atmosphérique de chauffer la salle.

Le set de la chanteuse et compositrice s’ouvre par « Petrichor ». Aux claviers, Salomé Katrin l’accompagne et pose un cadre calme, presque cotonneux. « Rescue Remedy » glisse sans heurt, puis « Pillows » installe un apaisement proche de la suspension. Les titres sont issus de « A Place To Be », paru le 17 octobre 2025.
Un point de jonction s’impose ensuite : Nanna Bryndís Hilmarsdóttir rejoint le duo pour le dernier morceau. Toutes trois proposent une reprise de « Let It Die » (Feist), interprétée sans effet superflu, qui prépare la transition vers la tête d’affiche. La salle applaudit longuement la fin du set (page ‘Artistes’ ici). 

Place, ensuite à Of Monsters And Men.

Les sept musiciens s’alignent : quatre guitaristes (dont deux préposés aux sèches), un multi-instrumentiste qui passe de la basse aux claviers, un second claviériste-accordéoniste, en surplomb sur une estrade, et, à droite, un batteur planté sur une plateforme plus haute. L’arrivée du combo reste sobre, mais l’impact se fait sentir dès les premières mesures.

Le set démarre par « Television Love » puis embraie sur « Dream Team », deux titres qui installent une atmosphère planante, parfois contemplative, sans se limiter au folk du début des années 2010. La formation circule entre pop cinématographique et folk rock, en alternant retenue et poussées mélodiques. La sélection du soir met logiquement l’accent sur le dernier disque, « All Is Love And Pain In The Mouse Parade ». Dix morceaux y trouvent place, joués comme des classiques déjà installés.

Paru en 2011, « My Head Is An Animal » propulse Of Monsters And Men au-delà des frontières islandaises. Ce soir, l’elpee revient régulièrement dans la setlist, cinq titres à l’appui. « Dirty Paws » et, surtout, « Little Talks » déclenchent les séquences les plus fédératrices : la fosse se met en mouvement, les mains marquent le tempo, et l’auditoire reprend les refrains aux côtés de Nanna Bryndís Hilmarsdóttir et Ragnar Þórhallsson.

Les nouveautés reçoivent un accueil franc, même si une partie de la grande salle semble préférer les chansons des débuts. « King and Lionheart » relance immédiatement les chœurs et les pas de danse. Côté nouvel opus, « Kamikaze » affiche des teintes pop rêveuses, « Ordinary Creature » appuie un refrain plus nerveux, et « The Block » ouvre une parenthèse plus introspective : les musiciens se rassemblent en cercle, le clavier en point d’ancrage, et le tempo se resserre jusqu’à suspendre l’instant. Lumières basses, ambiance recueillie.

À la demande générale, le band ajoute « Empire » et prolonge le dialogue auprès d’une foule qui ne lâche rien.

Pour le rappel, la formation choisit d’abord l’épure : « Love Love Love », interprété en solo par Nanna. « Fruit Bat » prend ensuite le relais sur un format étiré, huit minutes prolongées par une sortie instrumentale immersive. Sur la fin, les voix se retirent et le son occupe tout l’espace, comme si la salle n’avait plus besoin de paroles pour rester encore un peu dans leur univers…

Setlist : « Television Love », « Dream Team », « King And Lionheart », « From Finner », « Kamikaze », « Styrofoam Cathedral », « Alligator », « The Actor », « The Block », « Mouse Parade » avec RAKEL, « Dirty Paws », « Crystals », « Empire » (à la demande générale du public), « Ordinary Creature », « Little Talks ».

Rappel : « Love Love Love », « Fruit Bat ».

(Organisation : Live Nation)

White Lies

Une voix fatiguée au cœur d’un concert haut en couleurs…

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Paru l’an dernier, « Night Light » marque le retour de White Lies sr la scène alternative indépendante. Le trio a prolongé cette dynamique par une tournée qui aligne des dates en Europe puis au Royaume-Uni, dont un passage à l’Ancienne Belgique. Sur le podium, la formation pioche dans ce disque récent tout en ménageant une place aux morceaux clés de son répertoire. Le combo britannique évolue dans une pop sombre aux contours post-punk et synthwave, où les claviers étirent l’espace tandis que la basse et la batterie imposent une pulsation nette. Harry McVeigh se consacre au chant et à la guitare, Charles Cave se charge de la basse et des chœurs, tandis que Jack Lawrence-Brown pilote les drums. En concert, le band s’élargit : Tommy Bowen rejoint l’équipage à la guitare et aux claviers, ce qui densifie les arrangements et élargit la palette sonore.

En première partie, She’s In Parties ouvre la soirée, un patronyme vraisemblablement emprunté à un titre de Bauhaus, référence gothique incontournable.

Le quatuor de Colchester installe d’emblée un climat shoegaze mâtiné de dream pop, entre nappes de claviers, guitares brumeuses et refrains à l’éclat mélancolique. Au centre du dispositif, l’Irlandaise Katie Dillon mène la danse au chant, tout en alternant synthé, guitare électrique et tambourin. À ses côtés, Herbie étire des lignes de six-cordes plus tranchantes, Charlie verrouille la basse, Matt maintient une rythmique régulière : une base solide qui laisse respirer les textures.

Le set s’ouvre sur « Fallen », extrait de l’EP cinq titres « Are You Dreaming ? », rapidement suivi par le morceau éponyme, plus immédiatement accrocheur. Quand le tempo grimpe, la fosse répond sans peine, et l’accent eighties des arrangements renforce l’unité de la première partie. Avant « The Man », Dillon lance : ‘Qui est prêt à danser ?’ ; la fin de prestation gagne encore en intensité en livrant « The L Word » puis « REM », laissant une impression nette : un combo en pleine progression, déjà armé pour des formats plus vastes (page ‘Artistes’ ici). 

Chez White Lies, le dispositif s’articule autour de quatre immenses parallélépipèdes blancs, traversés par des sources lumineuses multicolores, qui composent une toile de fond géométrique, prolongée par un large rideau gris. Réputé pour ses partis pris visuels, le trio exploite ce décor durant tout le concert, en modulant intensités et teintes au fil des morceaux. La mise en espace reste lisible et resserrée autour du noyau : Harry McVeigh au chant et à la guitare, Charles Cave à la basse et aux chœurs, Jack Lawrence-Brown derrière les fûts. Sur la gauche, Tommy Bowen occupe son poste guitare-claviers, épaississant un son à la fois tendu et cinématographique.

Les tableaux s’enchaînent, passant d’une chaleur orangée presque estivale à des séquences plus austères, noyées de blancs froids et d’ombres. La machinerie lumière impressionne par sa précision et imprime sa logique à l’ensemble du set. « All The Best » démarre sur un registre retenu et installe immédiatement cette dramaturgie visuelle. Un bémol, pourtant : Harry McVeigh ne semble pas au meilleur de sa forme. Les aigus lui résistent par instants et, lorsqu’il s’adresse à l’auditoire, sa voix trahit une fatigue palpable. Le band compense en dégainant tôt un classique fédérateur : « Farewell To The Fairground » déclenche une réponse massive de la foule, qui reprend les paroles sans se faire prier et lance la soirée sur de bons rails.

Côté raretés, « The Price Of Love » réapparaît dans la setlist de la tournée, une première depuis les concerts célébrant les dix ans du premier opus, fin 2019. Le morceau s’adresse à Ed, l’un des tout premiers fans du combo. « Tokyo » s’habille d’un déluge de couleurs, tandis que « Big TV » attise la ferveur et pousse Harry à haranguer la salle : ‘Bruxelles, levez les mains !’. La prestation se referme sur « Bigger Than Us », puis le rappel revient encadré par trois compos issues de « Night Light ». Le morceau éponyme s’installe calmement avant de basculer vers une montée plus abrasive. Les fumigènes, disposés sur les côtés, redoublent d’activité, mais les faisceaux les plus vifs finissent par dominer, un choix qui souligne bien « Death ». « In The Middle » conclut la soirée sur une ligne de basse nerveuse signée Charles Cave, tandis que la voix d’Harry tient le cap malgré les signes de fatigue. Une date solide, dont l’impact gagnerait encore si le chanteur retrouvait l’intégralité de ses moyens.

Setlist : « All the Best », « Farewell To The Fairground », « There Goes Our Love Again », « Hurt My Heart », « My Lover », « Don't Want To Feel It All », « Is My Love Enough », « Keep Up », « Tokyo », « Time To Give », « Juice », « The Price Of Love », « I Don't Want To Go To Mars », « Big TV », « To Lose My Life », « Bigger Than Us ».

Rappel : « Night Light », « Death », « In The Middle »

(Organisation : Live Nation)

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