La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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Epica - 18/01/2026
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Concerts

Black Mirrors

Simple is beautiful

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C'est par hasard, qu'un jour, ma vie a changé pour le meilleur. C'était le premier jeudi de l'an 2000. Depuis, tous les jeudis placés sous le signe de hasard se sont transformés en ‘aubaine’.
Ce 4 juin 2015, c'est fortuitement que je votre serviteur est embarqué pour aller assister à un concert qui se déroule au Ciné Le Parc, 6000 Pays Noir.
Au programme : Black Mirrors
Un quatuor réunissant une nana et trois mecs. Moyenne d'âge : 27 ans.

22 heures précises, les premières notes résonnent et l’impression de se farcir du ‘déjà entendu’ ne tarde pas.

Quelques mesures plus tard me forcent à changer d'avis. La voix de Marcella, son divin anglais et le jeu de guitare de Pierre en sont les principaux arguments.

Le bassiste et le batteur excellent dans leur rôle et surtout au service de la musicalité du projet.

Les jeunes affichent une maturité exemplaire et laissent poindre un professionnalisme naissant.

‘Simple is beautiful’ semble constituer leur ligne directrice.

Sur les planches, Marcella assure !

La maîtrise vocale est au rendez-vous. Elle franchit les octaves comme un F16 franchit(rait) le mur du son. Et quand elle ne chante pas, Marcella, elle danse. Je dirais même plus : elle danse ‘psychédéliquement’ bien !

Une ligne noire tracée sous les yeux lui coupe horizontalement le visage.

Simple mais efficace au propre comme au figuré.

C’est ainsi qu’un brin de maquillage est susceptible de faire tomber le masque et libérer le profond de l'être. Astuce qui évite à l'artiste de tomber dans le piège du ‘surjeu’, sans doute…

Les garçons, quant à eux, sont plus sur la réserve.

Devenue solitaire, Marcella se répète dans sa gestuelle.

A moyen terme, le risque de devenir la caricature d'elle-même, n'est dès lors pas impossible.

Fraîchement formé, Black Mirrors rectifiera naturellement le tir. Un peu de bouteille l'y aidera.

Un Ep éponyme de cinq titres, en écoute sur Bandcamp, est disponible depuis le 27 février 2014 (voir ici)

On devine qu'un album suivra…

 

Roxette

Demeurer en vie, tant au sens propre qu’au figuré du terme…

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Roxette célèbre ses trente années d’existence et a donc baptisé sa tournée ‘The Roxette XXX Tour’. Il s’agit déjà de la 35ème date de ce périple ; et le concert va se dérouler au sein d’un Lotto Arena sold out. Le dernier passage de Roxette à Anvers remonte à 2009 ; et il avait été programmé dans le cadre de ‘The Night Of The Proms’. Il revenait à Eskobar d’ouvrir le spectacle

Issu d' Åkersberga, à 30 kilomètres au nord de Stockholm, Eskobar est un trio suédois fondé en 1996. Il compte 5 albums à son actif : « Til We're Dead » en 2000, « There's Only Now » en 2001, « A Thousand Last Chances » en 2004, « Eskobar » en 2006 et « Death in Athens » en 2008. La formation et Heather Nova avaient décroché ensemble un gros succès en 2002, grâce à « Someone New», et un autre en 2004, en compagnie d’Emma Daumas, pour « You Got Me ».

Daniel Bellqvist, le chanteur, est tout de rouge vêtu. Il est soutenu par Robert Birming à la batterie, ainsi que Frederik Zäll aux guitares (acoustique, électrique et dobro), mais aussi aux claviers. Le pop/rock dispensé par le band est cool. Sans doute un peu trop, car apparemment, l’auditoire attend impatiemment que Marie et Per montent sur les planches. Les spectateurs sont particulièrement bavards, et entretiennent un brouhaha qui empêche votre serviteur d'apprécier la prestation du combo. Qui tient pourtant parfaitement la route. Frederik passe aisément des claviers aux différentes grattes, dont le dobro sur lequel il excelle. A deux reprises, il va même doubler sèche et harmonica. Au bout de 35 minutes, Eskobar tire sa révérence. Et franchement, j’aimerai revoir le trio dans d’autres conditions ; dans une salle intimiste, par exemple. Car leur set était, malgré les bruits parasitaires, impeccable… 

Roxette est le second groupe suédois à s’être forgé une notoriété internationale, derrière ABBA. Il a vendu plus de 60 millions d'albums à travers le monde, dont « Crash! Boom! Bang! », un elpee paru en 1994, qui s’est écoulé à plus de 4 millions d'exemplaires (NDR : essentiellement au Japon et en Europe, mais pas aux USA) et « Joyride », publié en 1991, qui a dépassé la barre de 12 millions de copies à travers le monde…

Marie Fredriksson a conservé sa superbe sur les planches. Et pourtant, début du millénaire, elle a été opérée d’une tumeur maligne au cerveau. Elle a vaincu son cancer, mais a gardé des séquelles de son opération, car elle souffre de troubles oculaires. Elle est âgée aujourd’hui de 57 ans ; et pas mal d’artistes –et d’être humains lambdas– préféreraient ne plus prendre le moindre risque en restant à la maison. Marie et son fidèle complice Per Gessle, ont opté pour une autre alternative. Demeurer en vie au sens propre comme au figuré du terme. Au quotidien et sur les planches. Une belle victoire remportée sur cette maladie de m****.

Après une longue attente, les musicos débarquent sur le podium. Il est 21h30. La petite intro électro leur permet de prendre place. La scène est plongée dans la pénombre et un roadie vient installer Marie sur son siège. Marie observe le public qui applaudit chaleureusement, alors que Per Håkan Gessle se plante à droite. Le bassiste est près de lui, tandis que le guitariste (NDR : chevelu) opte pour l’autre extrémité de l’estrade. Le set s’ouvre par « Sleeping In My Car », un extrait de l'excellent « Crash! Boom! Bang! ». Marie est radieuse et elle a conservé toute sa puissance. Et dès les premiers accords, l’auditoire est déjà très réceptif. Une ambiance qui sera très chaude tout au long des 90 minutes du set. Place ensuite à « The Big L. », extrait de « Joyride ». Des lumières bleues balaient les artistes et les spectateurs des premiers rangs. En arrière plan, cinq immenses stores métalliques se déroulent. Des stores qui vont servir lors du spectacle, d’écran pour la projection des vidéos et du light show, et tout particulièrement la reproduction en grandes lettres multicolores du nom de la formation.

La machine à hits est en route. A de multiples reprises, Per harangue les premiers rangs afin de faire monter la pression. Qui va croître graduellement. « Crash! Boom! Bang! » enflamme littéralement la fosse. Le refrain est repris comme un seul homme par un Lotto Arena en symbiose avec les artistes. Les tubes se succèdent : « Crush On You », « She's Got Nothing On (But The Radio) », « The Heart Shaped Sea », « Watercolours In The Rain / Paint » et « Fading Like A Flower ». Autre moment de communion entre l’auditoire et Roxette, « How Do You Do! ». Epatant ! Tout comme le jubilatoire « It Must Have Been Love ». Après « Dressed For Success » et « Dangerous », le set s’achève par « Joyride ».

Marie et Per hésitent un peu et quittent, bras dessus bras dessous, le podium, après avoir longuement remercié la foule, pour son accueil chaleureux. Quelques minutes plus tard, tout le monde revient pour attaquer « Listen To Your Heart » et un monstrueux « The Look ». Quoique diminuée par la maladie, Marie a parfaitement rempli son rôle, ce soir. Elle a même comblé son public… et au vu de son combat, on ne peut que la féliciter…

(Organisation: Live Nation)

Setlist :

Sleeping in My Car
The Big L.
Stars
Spending My Time
Crash! Boom! Bang!
Crush on You
She's Got Nothing On (But the Radio)
The Heart Shaped Sea
Watercolours in the Rain / Paint
Fading Like a Flower (Every Time You Leave)
How Do You Do!
It Must Have Been Love
Dressed for Success
Dangerous
Joyride

Encore:

Listen to Your Heart
The Look

The Chameleons (Vox)

Don't fall, Mark. Don't do like The Edge…

Un an après avoir accordé un concert au Depot à Louvain, Chameleons Vox était de retour dans la même salle. Dirigé par Mark Burgess, l'un des plus talentueux chanteurs/compositeurs de l'histoire du rock (et un de mes ‘héros’), The Chameleons a marqué les années 80 en ciselant des bijoux de rock post-punk psychédélique, comme "Script of The Bridge" ou "Strange Times". Malheureusement, la formation s'est séparée après la mort de son manager Tony Fletcher, en 1987. Après avoir tenté plusieurs projets en solo ou en compagnie d'autres musiciens (The Sun and The Moon, Invincible, ...), Mark Burgess a décidé, en 2000, de reprendre le flambeau sous le patronyme Chameleons Vox (la voix des Chameleons) en s'associant au batteur originel, John Lever et à d'autres musiciens.

La tournée 2014 se concentrait sur l'interprétation intégrale du premier album des Mancuniens, « Script of the Bridge ». Cette année, Mark Burgess a enrichi la setlist en ajoutant des titres issus de leur second opus : « What Does Anything Mean? Basically », qui date de 1985.

L'année dernière, Mark Burgess avait accordé une interview à votre serviteur (voir l'enregistrement ici). C'est un homme attachant, brillant et pétri d'un humour typiquement britannique. Il nous avait parlé de son enfance à Manchester, des Beatles, de T.-Rex, de l'enregistrement de « Script... », de ses projets, etc., mais aussi, de son intérêt pour les OVNI, les expériences proches de la mort et les phénomènes paranormaux, en général.

Cette année, pas d'interview mais un concert qui promet, à nouveau, d'être émouvant. Le Depot est en configuration 'box', car un rideau coupe la salle en deux. The Chameleons Vox n'attire pas la toute grande foule, mais c'est un public de véritables fans, majoritairement des quadragénaires, qui est venu vivre ce moment unique.

Dès la première chanson, « Swamp Thing », le ton est donné. La formation reproduit à la perfection le titre original. Depuis qu'il a recommencé à jouer de la basse sur scène et qu'il s’est coupé les cheveux, Mark Burgess ressemble beaucoup plus à l'image qu'il reflétait dans les années 80. Ce qui frappe également, c'est l'excellent travail réalisé par les deux guitaristes, Neil Dwerryhouse et Chris Oliver, qui réussissent la gageure de reproduire les tonalités extrêmement élaborées, créées à l'époque par Dave Fielding et Reg Smithies. Par contre, pas de John Lever cette année : le batteur originel des Chameleons est remplacé par un Français, Yves Altana.

Le son général est parfait. Le public est assez calme mais la première grosse réaction ne tarde pas à venir, pendant « Monkeyland ». C'est un des titres phares des Chameleons. Le morceau s’ébroue tout en douceur, mais quand éclate le refrain, le public reprend comme un seul homme : ‘It's just a trick of the light !’

Pendant « Soul In Isolation », une composition particulièrement complexe issue du troisième elpee, « Strange Times », Burgess a recours au 'song dropping' en glissant quelques extraits d’« Eleanor Rigby », des Beatles. Et il introduit, lors de « Singing Rule Britannia (While the Walls Close In) », une évocation musicale de « Transmission », de Joy Division, une autre formation issue de Manchester.

Le set se termine par « Second Skin », une de mes 10 chansons préférées toutes époques et catégories confondues. Sept minutes de pur plaisir, où l'on ressent pleinement la profondeur de l'inspiration de Burgess, qui puise ses racines dans les années 60. Le public chante en choeur l'introduction mais le meilleur moment, c'est bien sûr la partie finale, superbement psychédélique. On flotte dans un autre monde, transpercé par la beauté hypnotique de la musique. Mark glisse à nouveau quelques notes de « Please, Please Me », adressant un nouveau clin d'oeil aux quatre garçons dans le vent, qui ont bercé son enfance.

Le rappel va nous réserver quelques classiques incontournables et indémodables, depuis l'énergique « Up the Down Escalator » jusqu'au superbe « View From A Hill », sans oublier « Return Of The Roughnecks ».

De retour sur le podium pour un second encore, événement assez rare pour le souligner, Mark Burgess accède enfin à la demande de certains fans, qui réclamaient « Don't Fall » depuis le début du concert. L'interprétation est impeccable et Mark Burgess clôture sa prestation en descendant de la scène avec sa basse pour se mêler au public. On a presque envie de lui dire : ‘Don't fall, Mark. Don't do like The Edge !’

En conclusion, hormis le manque relatif d'interaction entre les musiciens en ‘live’, ce show a été en tous points parfait. On a pu se rendre compte de l'incroyable spectre qui caractérise les Chameleons : une musique puissante et en même temps très sophistiquée, des paroles très poétiques, voire philosophiques, révélant un regard unique sur la société et la condition humaine. On attend impatiemment les nouvelles compositions de Mark Burgess et surtout son nouvel elpee, dont la parution semble malheureusement reportée d'année en année.

La première partie a été assurée par Der Klinke, une formation établie à Ostende drivée par l’ami Geert ‘Chesko’ Vandekerkhof. Savant mélange entre new-wave des années 80 et darkwave des années 90, sa musique évoque Fad Gadget, mais aussi Project Pitchfork. Responsable de hits tels que « The Doll » (inspiré par « Ladyshave », dixit Chesko lui-même) et « Where It Ends » (chanté par Sam Claeys, le bassiste, ex-Red Zebra), Der Klinke est un des groupes les plus prometteurs de la scène 'dark' belge.

Setlist Chameleons Vox :

Swamp Thing
A Person Isn't Safe Anywhere These Days
Here Today
Perfume
Garden
One Flesh
As High As You Can Go
Caution
Monkeyland
Soul In Isolation
Singing Rule Britannia (While The Walls Close In)
Second Skin

Encore 1 :

Up The Down Escalator
Return Of The Roughnecks
View From A Hill

Encore 2 :

Don't Fall

(Organisation : Het Depot, Leuven)

Photo : Emmanuelle Golenvaux

Thee Oh Sees

‘Fuzzion’ sonique et propagation énergétique…

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Que faire pour se réinventer?
C'est sans doute la question lancinante qui doit hanter les nuits de John Dwyer, génie excentrique qui se cache derrière le patronyme de Thee Oh Sees.
Ou peut-être pas?
Car on l’imagine fort bien faire fi de tout avis extérieur et n'en faire qu'à sa tête.
Adoubé chevalier sonique par le public, autant que par ses pairs, le natif de Providence trace, depuis le milieu des années 90, un chemin ascensionnel qui tente de s'écarter de toute évidence, mais en maintenant le cap d'une certaine cohérence (certes propre à lui-même).
Saignant de son nom l'histoire du Rock, paraphant de sa patte un pacte secrètement tenu avec le diable.
Pas étonnant dès lors de le retrouver ce soir dans la cité ardente.
Date unique sur le sol belge oblige, une fort contingent de fans néerlandophones comme francophones avaient décidé de venir découvrir ou redécouvrir l'énergie brute de cet électron libre gravitant autour de la sphère Garage.
Plus que ravi de cette opportunité, je m'apprête à accomplir personnellement l'expérience, et pour la première fois, d'un live de Thee Oh Sees, que beaucoup m'annoncent à l'entame de cette nuit, comme un must absolu.
Déjà, l'électricité, palpable dans l'air, s'attache à mes atomes (crochus) et fouette ma curiosité.
Hosanna, Hosanna, et en route pour la joie!

Les premières grappes de spectateurs s'éparpillent à l'intérieur du Reflektor où un tapis de sol usé jonche le milieu du parterre.

Plongé dans l'obscurité, il va devenir en quelques instants le théâtre d'une projection nerveuse d'accords triturés et de martèlements sauvages sous amphétamines.

Une collision sonore orchestrée par Yonatan Gat et ses deux compères.

Certes, loin d'être évidente, voire même retors à certains moments, la musique du trio évolue constamment entre divers genres au sein d'un même morceau.

Chaque intervention instrumentale est annoncée par une lampe qui s'allume ou s'éteint, donnant le signal aux autres membres.

Cette interaction est le fil de l'improvisation qui donne lieu à une débauche d'énergie au plus près d'un public intrigué.

Dès lors, ce qui de prime abord ressemble un jet incontrôlé de testostérone s'avère en fait un subtil mélange abrasif savamment dirigé.

Entre free jazz et déambulations salsa schizophréniques, entre assauts bruitistes et mélopées acides, Yonatan Gat ne choisit pas.

Secouant frénétiquement un shaker explosif, il virevolte sur lui-même, esquisse un pas de danse, s'avance au milieu des sceptiques, s'amuse avec le public, se couche à même le sol pour se gargariser plus que pour chanter.

Le batteur, lui, incapable de tenir en place, semble condamné à rester en mouvement perpétuel.

S'exécutant sur ses fûts comme si sa vie en dépendait.

À l'image de la pochette de "Director" qui représente une route sinueuse posée de façon bancale au travers d'un paysage boisé, la musique des ces hurluberlus à la tignasse indomptable ne se laisse pas apprivoiser.

C'est elle qui tente de vous apprivoiser.

Au bout d'une petite demie heure, le set s'achève par des remerciements polis à l'adresse d'applaudissements hésitants, bien qu'enthousiastes.

Suivant ce souffle de folie, l'entrée en scène de John Dwyer sert d'intronisation à toutes sortes de spéculations.

Dans une nouvelle formule, bardée de deux batteries mais sans clavier attitré, quel sera le visage de la bête Thee Oh Sees, ce soir?

Avenant et souriant, cinglé d'un marcel marin rouge et blanc et moulé dans son short, l'ami Dwyer donne ses consignes, puis, une fois prêt, intime gentiment au préposé aux lumières que le show peut commencer.

Pied au plancher, évidemment.

Extrait de "Floating Coffin", "I Come From The Mountain" s'engouffre dans la brèche  et allume la première mèche.

Le signal ainsi donné, les pogos peuvent commencer.

Débauche incandescente d'une énergie brute, les premiers titres s'enfilent les uns après les autres sans temps mort, offrant à la foule ce qu'elle est venue chercher.

Dans cette excitation suintante, je m'étonne néanmoins de la maîtrise redondante d'un groupe qu'on m'annonçait tellement excitant mais qui s'avère certes ô combien efficace, mais pas non plus monstrueusement original.

Tel un monolithe (ou un diamant, au choix) taillé au fur et à mesure, le set gagne en intensité dès "Tidal Wave" et surtout l'irrésistible "Whitered Hand" (extrait du dernier opus).

À défaut de justifier la présence de deux drummers jouant en mode simultané, cette succession frénétique de riffs endiablés permet d'apprécier leur parfaite synchronisation.

Quand le leader annonce les quatre derniers morceaux, il semble que le temps s'est arrêté un moment pour reprendre son souffle ; ce dont manifestement le groupe n'a nullement besoin.

Enrayée par un problème technique mineur, la machine doit hélas mettre fin à son déballage de furie un titre prématurément.

Qu'à cela ne tienne, personne ne pensera à lui en tenir rigueur.

Si l'incroyable efficacité de Thee O Sees a été démontrée, je m'attendais à davantage de surprises.

Plus d'excentricité. Plus de folie. Plus d'improvisation.

Il reste néanmoins que ce moment passé en leur compagnie était très galvanisant.

(Organisation : Reflektor)

 

 

 

AaRON

En toute intimité ou presque…

Écrit par

Dans le cadre d’une mini tournée baptisée ‘We Cut The Night Tour’, AaRON s’est produit ce dimanche 24 mai, au Grand Mix de Tourcoing. Retour sur un moment magique et intimiste dont Simon Buret et Olivier Coursier ont le secret.

En cette fin d’après-midi orageuse l’atmosphère est lourde, votre serviteur se dirige tranquillement vers le Grand Mix quelque peu nerveux à l’idée de voir AaRON au sein d’un espace aussi confiné.

La salle est pleine à craquer mais je parviens néanmoins à me faufiler au premier rang sur la droite de l’estrade. Les fans sont bien décidés à ne pas perdre leur place, d'autant plus que le bar restera fermé toute la durée du concert. 

C'est Camp Claude (NDR : Camp, pour la nostalgie des jolies colonies de vacances ; et Claude, prénom mixte comme le trio, mais aussi le deuxième prénom de Diane) qui ouvre le bal. La charmante Diane Sagnier, photographe et réalisatrice de profession, est accompagnée par Mike Giffts (synthés) et Leo Hellden (basse).

Dès les premières notes, la voix sensuelle de Diane vous transporte. Elle chante vraiment bien et sans en faire trop.

Fortement influencé par la scène post-punk des années 80, le trio livre un set carré et dynamique.

Si Miss Saignier est bien la leader du groupe, elle peut s’appuyer un backing group solide et dont la complémentarité est impeccable. Mike Giffts est capable de jouer du clavier à trois doigts tout en restant bien cachée derrière ses RayBan noires, tandis que Leo Hellden apporte à l’ensemble une structure consistante et une bonne rythmique, corrigeant ainsi les éventuelles petites imperfections.  

Bref une première partie des plus savoureuses ; une attitude, une classe et une élégance qui donnent envie de s’intéresser de près au futur proche de ce trio. 

AaRON retrouve donc la scène après 3 ans d’absence. 21h00, le set débute ; et le courant passe instantanément entre les aficionados et le tandem. Malgré quelques erreurs techniques au démarrage, il va rapidement mettre le feu sur les planches en dégainant son nouveau single, « Blouson Noir ».

Simon nous adresse quelques timides signes de la main pour nous inviter à sauter sur le rythme effréné des basses qui peuplent en masse ce titre. 

La scène va, au fur et à mesure du show se transformer en un véritable spectacle de son et lumières. Et pour cause, les faisceaux des projecteurs et les générateurs de fumée font florès. Un voile de lumière bleu vient même couvrir l’ensemble du premier plan, permettant à Simon de passer les mains au travers, vision tellement surréaliste que nous sommes comme aspirés ;  d’autant plus que les mains de Simon transpercent en permanence le rayon indigo. Quant à nos oreilles elles ont déjà franchi le rideau ainsi que notre esprit et elles sont aussi à deux doigts de passer également la porte, tellement la musique régale.

Les succès qui ont provoqué l’engouement national s’enchaînent. La paire retrouve rapidement ses marques sur les planches et se sent de plus en plus à l’aise.

Le Grand Mix prend les allures d’une véritable discothèque, alors que les maîtres de cérémonie clament à plusieurs reprises : ‘C’est bon de vous retrouver’. De quoi faire exulter de joie les fans, alors que la chaleur et la moiteur ambiante ne cesseront d’augmenter au fil de la soirée.

Aaron ralentit la cadence pour nous offrir une superbe version de « U-Turn ».

Particulièrement minimaliste, elle est balisée par la petite rythmique imprimée par le synthé d’Olivier et caressée par la voix de Simon qui est maintenant tout à fait parfaite.

Ce titre donnera le ton à la seconde partie du show, plus mélancolique et épuré. Le duo est aux anges et la salle conquise.

Dans l'ensemble le set affiche une teinte beaucoup plus électro/pop, ténébreuse bien sûr, même si les anciens morceaux bénéficient d’un relookage plus contemporain.

L’osmose entre le duo et le public ne cesse de s’intensifier. La configuration et l’ambiance intimiste du Grand Mix y est sans doute pour quelque chose. Bref, c’est l’endroit parfait pour se remettre en selle et démarrer une tournée qui s’annonce excellente.

« Magnetic », « Blouson noir », « Onassis », « We Cut » et « Leftlovers » figureront sur le prochain elpee « We Cut the Night » qui paraîtra ce 18 septembre 2015. Les plages sont déjà bien intégrées dans le set d’Aaron. Et difficile de cacher son enthousiasme, vu la qualité de la prestation. En outre, comment ne pas être impatient d’écouter ce nouvel opus ? Et puis de retrouver AaRON sur une plus grande scène (NDR : l’Aéronef en février 2016 !)  

Simon et Olivier reviennent accorder pour un rappel, et balancent à nouveau « Blouson Noir ». Le Grand Mix est alors en ébullition.

A la sortie, les spectateurs affichent tous un large sourire. Ils ont le sentiment d’avoir vraiment vécu un moment inoubliable.

Les Artificial Animals Riding On Neverland me laisseront au final un goût de trop peu, mais une énorme satisfaction tant d’un point de vue scénique, que musical. On n’a pas vu le temps passer ; mais qu’il est difficile de revenir sur terre après avoir partagé un tel moment !

(Voir aussi notre section photos ici)

Set list

1. Magnetic gtr*
2. Blouson noir
3. Onassis
4. Blow
5. Seeds of gold
6. Ludlow
7. Ride on
8. U turn
9. Arm your eyes gtr*
10. We cut
11. Rise gtr*
12. Little love

13. Leftlovers gtr*
14. Blouson noir

(Organisation Grand Mix)

 

 

Tom McRae

Un nouveau concierge à l’Archiduc…

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Le très sympathique Tom Mc Rae se produisait, ce 18 mai, à l'Archiduc, dans le cadre des cafés-concerts, pour défendre son nouvel album « Did I Sleep And Miss The Border ». Un showcase proposé en guise de release party, devant une quarantaine de personnes. L'Archiduc est situé à deux pas de la Bourse. C’est un endroit très ‘classe’ que fréquente régulièrement Arno.

Votre serviteur s’installe à droite de l'entrée, bien calé dans un fauteuil qui a déjà bien vécu. Il est aux premières loges, face à un podium improvisé qui occupe a moitié du bistrot. Heureusement, une partie de l’auditoire peut également assister, confortablement assis, au spectacle, du balcon. Olli Cunningham siège derrière un immense piano à queue. A sa droite, se plante le bassiste, Richard Hammond, et juste à côté de lui, le guitariste Brian Wright. Sans oublier le drummer David Walsh, en retrait. The Standing Band. Tom occupe le centre de l’estrade.

Qui présente d’abord ses musicos. Soit The Standing Band. Puis remercie le public et le patron du zinc. Etonnant, dès que l’un ou l’autre client se présente à la porte d'entrée, Tom lui ouvre la porte et l’invite à entrer dans l'établissement, pour participer à la fête

Et on est parti pour une heure de concert. Qui s’ouvre par « The Dogs Never Sleeps ». Balisée par les drums, l’instrumentation est puissante. Régulièrement, Tom tourne le dos à l’auditoire, pour observer ses musicos. Le son est excellent. Armé de sa gratte semi-acoustique, Tom embraie par « We Are The Mark ». Au beau milieu de la chanson, Tom interrompt le spectacle et fixe la porte d’entrée. Un dernier arrivé souhaite pénétrer au sein de la taverne. McRae lui ouvre et lui signale qu’il est le bienvenu, s’il fournit l’assemblée en cocaïne. Fou rire général. Le client entre discrètement et s’installe au bar, alors que Tom reprend le fil de la compo, le plus naturellement possible. Franchement, c’est vraiment un type qui a le sens des relations humaines… et de l’humour…

Armé de sa gratte, il aborde, quasi en solitaire, « Expecting The Rain », une ballade uniquement soutenue par quelques battements de caisse claire. Tom McRae utilise un peu sa voix comme un instrument. Il souffle dans son harmo pour attaquer « Let Me Grow Old With You ». De plus en plus grave, sa voix monte en intensité, alors que la section rythmique brille de mille feux. Ce qui déclenche les acclamations nourries du public. Tom a empoigné sa guitare électrique pour interpréter « Christmas Eve, 1943 », un titre empreint de charme et de tendresse qui prend toute sa dimension en live. A cause de ces chœurs religieux qui engendrent une forme de recueillement, au sein de l’auditoire. Le set s’achève par « What A Way To Win A War », un morceau acoustique au cours duquel les musicos et le public participent aux clappements de mains. Un chouette showcase. De quoi patienter, en attendant le retour de l’artiste, à l'Ancienne Belgique, en octobre prochain.

(Organisation : Gentle Promotion + Archiduc)

Swans

Mi-dieu, mi-bête…

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Côté pile ou côté face, un concert des Swans recèle toujours une part de mystère...
Selon l’humeur de son mentor ou du mélomane, mais également les circonstances qui entourent le déroulement de la soirée, le résultat peut s’avérer une expérience transcendante ou une épreuve physique et douloureuse (surtout pour les tympans délicats).
Mais ce qui est certain, c'est qu'il se passe toujours quelque chose.
Au moment où la pièce de monnaie voltige dans les airs, incertaine de la face qui échouera sur le sol, les premières grappes de spectateurs s'avancent solennellement vers l'autel où Michael Gira et les siens transformeront l'atmosphère en une matière palpable et l'air en un incandescent magma en fusion.

Mais avant le déluge, place à la montée des eaux...

Okkyung Lee, est seule sur l’estrade.

En vérité, non. La jeune artiste est accompagnée de son violoncelle.

Elle et son instrument font totalement corps pour livrer une prestation déconcertante.

Qui en aucun cas ne peut laisser indifférent.

Ses soli dressent une cartographie imaginaire de l'émotion à fleur de peau.

Grinçants pour certains, électriques pour d'autres, ses incessants va-et-vient le long de son manche sont vertigineux et libèrent une intensité indescriptible.

Si une totale immersion en solitaire est nécessaire pour pénétrer l'univers de cette artiste, c’est après avoir atteint le cœur de sa musique organique, que la magie peut exercer ses charmes. Mais pour parvenir à atteindre cet état de conscience, il faut également être hermétique à toute distraction extérieure (ce qui dans le cas de votre serviteur s'avère délicat, ce soir).

Expérimentale, marginale et abstraite, son expression sonore a le pouvoir de convertir celles et ceux disposés à oser une telle plongée en apnée.

Son archet ciselant l'épine dorsale jusqu'à en tirer l'essence du frisson.

À contrario, pour celles et ceux restés au pas de la porte, cette musique évoque tour à tour le chant du bourdon dans une bouteille de verre ou encore la lente agonie d'un brame engoncé dans une gorge rocailleuse.

Elle n’est guère accessible et exige un minimum d'abandon.

Perso, distrait par de nombreux éléments extérieurs, je n'ai pas autorisé la demoiselle à pénétrer mon esprit, déjà tourné vers le noir ramage des oiseaux nocturnes.

Au vingt et unième coup d'horloge, le gong retentit.

Par vagues successives, la vague sonore ondule et envahit l’espace.

Telle la marée montante, qui bientôt nous submergera.

Lentement, mais sûrement.

Après plus de vingt minutes essentielles au conditionnement, le set commence à s'articuler autour de Michael Gira, plus shaman que jamais (et diva me souffleront certains).

"Frankie M" suit donc ce déluge en s’infiltrant lentement, insidieusement, dans nos ouïes, nos esprits et nos âmes.

Une rythmique hypnotique, lourde et puissante assiège sournoisement nos remparts, rejetant toute forme de complicité maligne…

Physique, âpre et rugueuse, la bête envahit tout l’espace.

Haletante, elle nous pousse dans nos derniers retranchements.

Sa puissance est monstrueuse, mais sa sensibilité est à fleur de peau...

Orchestrant tel un rituel, le chaos organisé autour de lui, Gira exige autant du public que de son groupe ou de toute personne impliquée dans le processus.

Son attitude despotique a depuis longtemps forgé son image, voire son mythe, et il semble prendre un certain plaisir à en jouer.

Impassibles et rôdés aux desseins de leur maître, les autres membres s’exécutent autour de cette ossature et dirigent le son exactement où le dieu Gira l'exige, soit vers des cimes ténébreuses et tourmentées où la pleine conscience se brise sur des versants saillants.

Exigeant, voir intransigeant, seul maître à bord d'une embarcation frayant au travers du tumulte, Michael Gira est LA figure de proue de Swans, quitte à laisser les autres comme de simples faire-valoir.

Pourtant, inutile d'êtres devin pour constater que Swans ne serait pas ce qu'il est actuellement, sous une autre configuration.

Derrière cet effacement, qui semble parfois confiner à l'ennui –suffit d’observer Kristof Hahn, délégué au pedal steel, qui mastique un chewing-gum– se cache en fait le secret de Swans ; soit une harmonie parfaite au sein d'une hégémonie indiscutable.

Cinglant l'air de ses bras, exhortant sa troupe, l'homme au stetson (absent de son chef, ce soir) dirige donc l'auditoire vers le gouffre tendu comme une gueule affamée.

L'écume aux lèvres, la créature nous happe.

Rares sont celles et ceux qui s'échappent ou font mine de vouloir y échapper.

Après plus de deux heures de célébration, la messe est dite.

En communion avec leur public, les cygnes tirent leur révérence.

Majestueux.

Les tympans déchirés mais l'esprit libéré, la foule peut alors se retirer.

Dehors, la nuit est douce.

Les premiers avis s'échangent sur le parvis.

Au bout de l'expérience, résonne pour un long moment encore l'écho de Swans.

(Organisation Reflektor)

 

 

Recorders

Pas un grain de sable, dans cette belle mécanique…

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Le 15 mai, Broadcast Island et Birdy Hunt assuraient le supporting act d’un des groupes les plus en vogue sur la scène belge, à savoir Recorders.
C’est dans l’enceinte de l’Alhambra, salle charismatique située en plein cœur de la Capitale Européenne de la Culture, que se déroulait l’événement du jour. Si le son était de mauvais à moyen au fur et à mesure du déroulement des différents spectacles, l’ingénieur son s’en est plutôt bien tiré lors de la troisième prestation ! L’endroit souffre en effet de l’effet désastreux de trop nombreux échos difficiles à maîtriser, semble t-il…

Place à Broadcast Island. Autant le dire, même s’ils manquent ici et là d’un peu de précision dans le jeu, que les quatre gaillards, à l’allure juvénile, ont livré un show bien croustillant et percutant !

Passionnés de musique, les Bruxellois se sont déjà forgé une solide expérience. Intitulé « Everyone say Yeah ! », leur Ep leur a permis de pénétrer au sein de la jungle musicale. C’était en 2012 et le band militait alors sous le patronyme de Hey Yeah.

Après six ans d’existence, il a tout simplement décidé d’en changer. Comme une envie de se reconstruire, faire fi des erreurs du passé et embrasser de nouvelles ambitions.

Convaincant à souhait, BI enchaîne les dates et se voit même proposer le circuit tant envié de salles plus importantes telles que l’AB Club (en 1ère partie de Minéral, projet du guitariste d’Archive, Craig Walker), le Botanique (de Strypes), le Belvédère (d’Intergalactic Lovers) ou encore dans le cadre du BSF. C’est dire l’engouement dont il fait alors l’objet !

Etrangement, la voix du singer n’est pas sans rappeler un certain… Morrissey. Ce mimétisme bien involontaire trouble parfois !

Leur fer de lance ? Le rock ‘rentre dedans’ ! Ils sont jeunes, talentueux et en ont dans le pantalon. J’ai hâte de les revoir lorsqu’ils auront pris quelques années de bouteille !

C’est ensuite au tour de Birdy Hunt de titiller nos récepteurs auditifs. Et c’est un euphémisme… Ces Parisiens ont partagé une même affinité musicale commune lors d’une soirée festive.

Très vite, les répétitions s’enchaînent et donnent naissance à une salve de titres pêchus !

S’ensuit une tournée d’une quinzaine de dates en Angleterre, terre promise du bon son. Le retour sur investissement est immédiat. Les gars se forgent rapidement un nom dans ce milieu très fermé !

Cette escapade les entraîne dans les studios londoniens de Denmark Street. Un premier album est gravé en 2008. Malheureusement, il restera inédit !

La véritable consécration arrive en 2011. Des concerts à gogo, une participation à la sélection SFR Jeunes Talents pour le Printemps de Bourges et les ‘Avant Seine’ de Rock en Seine.

Finaliste du prix RLM l’année dernière, Birdy Hunt publie « Shoplift ». Une claque !

Proposant une expression sonore sise à mi chemin entre les Killers et Bloc Party, le set prend la forme d’une thérapie de groupes aux dépressifs qui auraient eu la bonne idée de se fondre dans la fosse !

Ces gamins, poseurs, arrogants, mais très professionnels sont taillés pour le ‘live’ ! Ils ont assuré comme des grands ! Quelle prestation !

La cohésion entre les musiciens en dit long ! Ici, pas de place pour l’individualisme !

L’enseigne lumineuse placée au fond de la scène et les LED à l’intérieur des fûts du drummer communiquent même des réminiscences seventies. Grandiose !

Recorders avait l’honneur de clôturer ce mini festival. Adoptant une ligne de conduite plus commerciale que ses deux prédécesseurs, le groupe cultive une pop mélancolique assez classique, mais aux accents pop/rock issus de l’Oncle Tom, le tout stimulé par des beats métronomiques et balayé de nappes de synthé atmosphériques.

Gordon, le leader du band, fonctionne au diesel ! Quoique formé en 2006, le premier album ne tombe dans les bacs qu’en 2014. Mixé par Tony Hoffer (M83, Phoenix, Air, Beck, The Fratellis), à Los Angeles, et financé partiellement grâce au Crowdfunding, « Above The Tide » permet au groupe de décrocher plus ou moins 70 dates (dont une mini tournée en Angleterre) et s’assurer de l'airplay sur Pure FM et Studio Brussel, depuis 2012.

Propulsés au rang médiatique par le clip « Purple and Gold » qui a recueilli plus de 50 000 vues dès la première semaine, Gordon Delacroix, Alexandre Meeus, Arnaud de Ghellinck et Florian Donnet (il fêtait ses 25 printemps) s’étaient grimés le visage comme d’habitude. Une manière comme tant d’autres d’affirmer une identité un peu tribale. Seul Pierrick Destrebecq, le drummer, ne s’était pas livré à ce rituel. Comme pour se distancer des autres…

Durant près d’une heure, le combo va balancer une salve de titres tous plus festifs et entraînants les uns que les autres, oscillant de « Kelly » à « Someone Else's Memory », en passant par « 85 MHP » et « Colorimetic ». La tristesse et l’amertume n’ont pas leur place dans la setlist.

Le batteur s’en est livré à cœur joie tout au long de « Wolf Drums ». Son drumming est d’une précision incroyable ! Il percute sans vergogne fûts, caisse claire, grosse caisse et diverses cymbales de manière incisive et sans la moindre hésitation ! La maîtrise de cet instrument de musique ne s’improvise pas ! A bon entendeur…

La formation a interprété un titre du prochain elpee qui sortira tout prochainement, histoire de goûter le dessert avant le menu principal, en quelque sorte. La patte sonore est toute aussi reconnaissable. Ce qui n’est pas de nature à augurer des surprises… Wait and see !

En guise de clôture, « Beach » a rappelé qu’il était temps de se dire au revoir. Le marchand de sable n’était en effet plus très loin, même s’il n’a jamais enrayé du moindre grain, cette belle mécanique…

(Organisation : Alhambra)

Sylosis

La maîtrise de la puissance

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En ce jeudi 14 mai, ce n’est pas vers un ciel quelconque, mais bien dans la petite ville flamande de Vosselaar que l’Ascension du jour s’est déroulée. Tout comme la figure mythique du grand barbu qui change l’eau en vin (NDR : pour la circonstance, la bière aurait été plus appropriée), c’est un Sylosis ressuscité qui est apparu ce soir sur les planches du Biebob. En effet, fin septembre 2013, les Anglais, alors en supporting act de Trivium et DevilDriver, sont proches d’y laisser leur peau, suite à un accident de voiture. Profondément marqués par cet évènement, les artistes sortent, au début de cette année, telle une catharsis, l’album « Dormant Heart ». Déclinaison par la scène.

C’est sous un crachin indigne d’un mois de mai que votre serviteur débarque devant le Biebob. Quelques badauds, adossés à la façade, bravent la pluie et grillent une cigarette. Une porte dérobée sur le côté permet d’entrer dans cet espace hybride, à mi-chemin entre le bar et la salle de concert. Ambiance intimiste assurée. La maigre affluence est probablement la conséquence de ce jour férié. On ne peut pas dire qu’on se bouscule. Mais bon, finalement, rien de tel pour profiter du spectacle à son aise.

Tout droit venu de San Diego, Wovenwar grimpe sur le podium. Quoique responsable d’un seul elpee à son actif, paru l’année dernière, la formation californienne n’est pourtant pas inconnue sur la scène Metal. Et pour cause, elle implique le chanteur de Oh, Sleeper. Et puis des membres du combo de Metalcore As I Lay Dying qui, pour pouvoir poursuivre leur job –vu que leur vocaliste s’est fait coffrer pour avoir payé un tueur à gages, afin de liquider sa femme– ont donc décidé de changer de crèmerie. Wovenwar joue ici davantage la carte du Heavy Metal, malgré une image quelque peu hétéroclite. Tel un Gaulois à la moustache plus que fournie et voluptueuse, Jordan Mancino siège derrière les fûts. Nick Hipa, le guitariste, pourrait être un cousin germain de Chuck Billy. Et Josh Gilbert, casquette à l’envers vissée sur le front, se consacre à la basse. Un étonnant tableau ! Mais il faut reconnaître que la prestation musicale est moins éclatante. Le groupe est en effet loin de bénéficier, ce soir, d’une balance de son optimale. La belle voix de Shane Blay est étouffée et les parties de guitares sont à la fois confuses et uniformes. Ce qui n’empêchera pas le quintet de donner ce qu’il a dans le ventre. Pour un public qui va se montrer réceptif et enthousiaste. Neuf des quinze plages de leur LP seront exécutées pendant ce set, au cours duquel le frontman va s’armer de sa six cordes, pour trois d’entre elles. Tous les ingrédients étaient bien présents, et il en a fallu de peu pour que la sauce prenne.

Les roadies débarrassent ensuite le matos afin d’installer celui de Sylosis. Les Anglais ne s’embarrassent apparemment pas de décors superflus. Seuls deux petits amplis Marshall (au fond orange flanqué d’un ‘S’ entouré d’un cercle noir) évoquent l’imagerie du band. La petite salle anversoise est à peine plongée dans le noir que retentissent les premières notes de l’épique « Wheres the Wolves Come to Die ». Les artistes apparaissent un à un sur l’estrade, mais le vocaliste Josh Middleton rencontre des problèmes avec sa gratte. Très calmement, un roadie vient à son secours et l’aide à enfourcher une nouvelle, pendant que s’écoule petit à petit l’inquiétante introduction du morceau. Middleton finit par s’en sortir et y replonge sans aucune difficulté. Il rejoint son micro et commence à s’époumoner. Force est de constater que les soucis techniques rencontrés par Wovenwar ne sont plus ici du même ordre. Ce n’est certes pas encore parfait mais désormais tout à fait acceptable. Bien qu’en tournée pour la promotion de son dernier elpee, « Dormant Heart », Sylosis n’oublie cependant pas d’intégrer de plus anciennes compos, la setlist épinglant deux morceaux de chacun de ses précédents opus. 

Les Britanniques ne sont pas du style à arpenter la salle dans tous les sens. Tout le monde reste à sa place et se concentre sur l’exécution des morceaux, tissant petit à petit une bulle qui graduellement va englober l’auditoire. Pas la peine de mentir, ce n’était pas l’affluence des grands soirs. Seule la moitié de la petite salle était remplie. N’empêche que les metalheads qui assistaient au show savaient pourquoi ils étaient venus, écoutant tantôt presque religieusement certains passages lancinants et hypnotiques (« Leech », « Mercy ») mais donnant également de la voix quand la situation s’y prêtait, se lançant même timidement dans un circle-pit et un ‘wall of death’, à la demande des artistes.

L’aspect le plus impressionnant de cette soirée a sans doute été de pouvoir ressentir physiquement l’aspect technique des compos, mais également des émotions aussi diverses que variées en notes. Tout en parvenant à contenir intérieurement cette puissance presque jouissive, quoique insidieuse. Bien palpable, elle n’est jamais dévoilée au grand jour. Elle pointe juste le bout de son nez, de temps à autre. Une intensité que le band parviendra à entretenir tout le long du set qui, au final, aurait pu durer un peu plus longtemps. Une heure de spectacle, comme tête d’affiche, ce n’est pas le minimum syndical mais on n’en est pas loin. A moins d’être forcé de marcher un caillou dans la chaussure, Sylosis a donc encore de belles années devant lui.

P.S. : le 20 décembre 2014, la chronique de l’album « Dormant Heart » s’achevait par la phrase suivante : ‘(…) à voir si le band parviendra à transcender de la même manière son public, quand il montera sur les planches ». Pari gagné!’

Setlist : Where the Wolves Come to Die - Fear the World - Dormant Heart - To Build a Tomb - Mercy - Teras - Servitude - Leech - All Is Not Well - Altered States of Consciousness - Empyreal - Conclusion of an Age (rappel).

(Organisation : Biebob concerts)

Arsenal

Une véritable fête à la musique…

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Un fameux évènement s’est produit à l'Ancienne Belgique, au cours de ce mois de mai, puisqu’un même groupe (Arsenal) est parvenu à aligner 6 dates, toutes sold out. Côté records, seuls Channel Zero est parvenu à en faire autant (6) et Puggy un peu moins (4). Arsenal a donc voulu fêter sous cette forme, ses 15 années d’existence. La formation aurait pu remplir quatre fois de plus la grande salle, sans problème. Lors de ces soirées, le band a eu le bon goût d’offrir un cadeau à chaque spectateur, en l’occurrence un code qui lui a permis, pendant 24 heures, de télécharger l'enregistrement de vos cris et applaudissements pendant le show et le concert dans son intégralité.

Le grand rideau rouge est fermé. Fait plutôt rare à l’AB. Un piano, des machines et des samplers entourent un micro et un siège. Lydmor assure la première partie d'Arsenal et elle dispose de très peu d’espace pour son récital. Très jolie, cette Danoise nous vient plus précisément des Iles Féroé. Sa musique est électronique, mais aussi et surtout étrange. Une expression sonore qui soutient sa voix très particulière. Un chant hanté, passionné. Malgré le peu de surface disponible, elle parvient à danser. Et même à parcourir la fosse de long large, avant de s’écrouler presque aux pieds de votre serviteur. Pour son plus grand bonheur… Du public aussi, totalement conquis par sa prestation, il faut le préciser. Dans le passé, elle a déjà participé aux concerts de la bande au chanteur/guitariste John Rohan et claviériste/bidouilleur Hendrick Willemyns…

Arsenal n’est pas encore monté sur les planches, et l’ambiance est déjà fiévreuse. Le rideau rouge s'ouvre et laisse apparaître une forêt de grands arbres, illuminé par l’arrière. Une roue de spots à leds trône juste au-dessus d'Hendrick. A sa gauche, David Donnat (Suarez) se charge des percus. Et juste devant lui, s’est glissée la choriste Charlotte Adigéry. Bruno Fevery, le second gratteur, s’est planté à l'extrême gauche, et Mirko Banovic (Arno), le bassiste, à l'extrême droite, les deux sur une même ligne. Dirk Loots, le drummer est installé entre Mirko et la futaie. Sans oublier la très sexy et sympathique Léonie Gysel. Lors d’un concert d’Arsenal, il y a de la musique, de la danse, mais surtout une grande fête à laquelle communie l’auditoire. En 120 minutes, elle va nous conduire au 4 coins du monde, à travers différents climats reflétés par leurs albums publiés à ce jour.

Le set s’ouvre par « Angola » (NDR : extrait du premier LP, « Oyebo soul »), une compo qui baigne dans une atmosphère afro. Polyglotte, John la chante en dialecte africain. Dynamisée par les percus, la musique est largement métissée. Et puis, la plage intègre des chants d’oiseaux, un peu comme si cette nature était bien vivante.

« The Coming » est un extrait du second elpee, « Outsides », paru en 2005, titre au cours duquel on retrouve souvent Gabriel Rios, comme invité. Il n’est pas de la partie ce soir. Issu du même long playing, « Switch » est découpé par des guitares incisives et balisé par la section rythmique. « Mister Doorman » et « Amelaka Motinga » opèrent un retour au premier LP. Deux morceaux funkysants et colorés, propices à la danse. Et croyez-moi, la foule gigote allègrement dans toute la fosse.

John, Léonie et Shawn Smith (NDR : guest, il n’en est pas à sa première participation lors d’un spectacle d’Arsenal) chantent « Pacific » (NDR : qui figure sur « Lokemo »). Cap vers le Brésil pour « Saudade Pt 1 et 2 » (« Outsides »). Estupendo », c’est la plage d’ouverture de « Lotuk », gravé en 2008. Une compo un peu particulière pour Didier. Sa préférée, en quelque sorte. John pousse sa voix dans les aigus sur « High Venus » et « Not Yet Free », deux compos atmosphériques particulièrement synthétiques…   

Léonie transcende sa voix pour interpréter « Longee ». Elle en profite également pour exécuter quelques pas de danse africaine en compagnie de sa collègue Charlotte. John et Léonie sont partout sur les planches. Ils interagissent constamment avec l’auditoire. Si tu souffres du dos ou des jambes, il est inutile de te rendre à un concert d’Arsenal. Car tu vas en faire de l'exercice sur le dancefloor.

Lydmor débarque sur l’estrade. Elle vient poser la voix sur « Temul ». Puis c’est au tour de Shawn Smith de poser la sienne aux côtés de celles de John et Léonie pour « Lotuk », qui clôt le spectacle. Les artistes s'éclipsent. Mais on sait qu'ils vont revenir.

On installe un piano à l'avant de la scène. Shawn se le réserve pour adapter « Either ». Lydmor se consacre une dernière fois au micro sur « Sharp Teeth ». Et « Melvin » constitue le point d’orgue de cette véritable fête à la musique. Si vous n’avez jamais eu le loisir d’assister à un show d’Arsenal, je vous le conseille vivement. Leurs spectacles sont chaque fois différents et vous y passerez un excellent moment festif.

(Organisation : Live nation)

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