La manille pour bébé de Panic Shack

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Miossec simplifie…

Miossec, le poète du Finistère, reprend la route avec "Simplifier", un album vibrant de sincérité et d’émotions brutes. Entre coups de cœur, coups de gueule et coups de blues, il continue de chanter la vie comme personne, avec cet amour immuable pour sa…

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Stereolab
Suede 12-03-26
Concerts

Deutsch Amerikanische Freundschaft (D.A.F.)

‘Absolute Körperkontrolle’ ou ‘Comme si c'était la dernière fois’

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Soirée de retrouvailles au Casino de Saint-Nicolas (NDR : St-Niklaas, en néerlandais !) en compagnie de sémillants vétérans de la scène électro européenne qui comme vous allez le constater, ont encore quelques beaux atouts dans leur jeu et de quoi encore bluffer plus d'un mélomane... Onmens et Absolute Body Control assurent le supporting act. La tête d’affiche ? Deutsch-Amerikanische Freundschaft (ou D.A.F.), un duo allemand fondé en 1978, à Düsseldorf, qui a marqué de son empreinte la première moitié des eighties, et dont l’aventure a été depuis, entrecoupée de séparations et de reformations. 

Onmens, un tandem issu de Gand, ouvrait donc la soirée. Mais en débarquant au beau milieu du dernier titre de son set, difficile d’émettre un avis judicieux au sujet de sa prestation... (voir photos ici)

Place alors à Absolute Body Control, le tout premier projet d'un personnage incontournable de la scène électro underground belge : Dirk Ivens.

Formé en 1980 par Dirk et Mark de Jonghe, rapidement remplacé par Eric Vonthergem, la paire sera un des tous premiers du style à se produire ‘live’ et contribuera à plusieurs compiles internationales, les trois années suivantes. Puis Dirk fonde ce qui reste sans doute son concept le plus marquant, Klinik, avant de se lancer dans l'aventure solo, tout en durcissant le ton en compagnie de Dive et plus encore, lors d’un autre duo avec Sonar. Chacune de ses entreprises attire depuis toujours l'attention et suscite le suivi d'un public fidèle, même s’il est disséminé un peu partout en Europe voire même au-delà de ses frontières.

La musique d'ABC est froide mais rythmée et assez mélodique, un mélange d'électronique minimaliste et de cold wave, concédant une pointe d'EBM, un genre qu'on pourrait qualifier de ‘minimal wave’, étiquette fréquemment utilisée aujourd'hui. Sur les planches, la formule fonctionne plutôt bien grâce à l'aisance et l'expérience live d’Ivens. Il assure le chant et son comparse les synthés. Pas d'ordi en vue ; ici on fait dans le ‘old school’ s'il vous plaît! Et même si le début du set un peu ‘gentil’ a de quoi surprendre les moins familiarisé(e)s à cet univers sonore, la sauce monte progressivement et finit par convaincre une majorité de l’auditoire, notamment lors de moments forts, comme le pseudo classique "Is there an exit?" (voir photos )

Quand DAF monte sur l’estrade, la tension est palpable dans le public et un ami me prévient de ne pas traîner trop longtemps à finir mon verre, vu que ‘ça va être sauvage!’, pour reprendre les termes d'un spectateur alors proche de nous, également accoudé au bar. Le chanteur Gabi Delgado salue la foule en affichant un grand sourire (qu'il arborera d'ailleurs entre chaque morceau). Il prononce quelques mots de bienvenue dans la langue de Goethe, avant de s'asperger d'eau. Il entame alors le set, pied au plancher, par "Verschwende deine jugend".

Les premières notes du séquencer ont à peine retenties qu'un pogo éclate instantanément. Nous étions prévenus! En plein cœur de la tourmente on remarque la présence de deux malabars vêtus de t-shirts à l'effigie du groupe. Ils semblent ne pas trop apprécier d'être bousculés ; ce qui dans un premier temps calme un peu le jeu. Ca tombe bien votre serviteur a toujours préféré la danse aux frictions ; mais bon, chacun son truc, la liberté des uns s'arrêtant où commence celle des autres... Bref, le concert se poursuit dans une ambiance chaotique mais on n'est pas non plus pour autant dans la fosse d'un concert hardcore ultra violent où certains énergumènes en profitent pour réviser les derniers mouvements techniques inculqués lors de cours d'arts martiaux.

Le duo fondateur de l'EBM (NDR : aux côtés de Front 242), genre qui s’est imposé à l'aube des 80's, possède bien plus que de beaux restes. Le chanteur tient une forme olympique, ne cesse d'arpenter la scène en véritable performer et n'oublie jamais de remercier le public entre deux morceaux. Le batteur tient la cadence et même s'il peine parfois à respecter les lignes de basses séquencées, ces sorties de route sont relativement discrètes et communiquent un souffle de vie supplémentaire à une performance qui n'en manque déjà pas!

Quand le combo attaque LE classique "Der Mussolini", les pogos redoublent d'intensité et on sent évidemment que c'est toujours un moment très attendu de son répertoire. On n'en dira pas autant de certains choix de la set list un peu incongrus et mous ou gentillets qui, bien que rares, tombent un peu à plat dans une sélection du reste fort efficace dans son ensemble. En effet, on a eu droit à la quasi totalité de l'excellent album "Alles is gut", dont "Ich und die wirklichkeit", une compo au climat froid et brumeux, "Sato sato" tout en moiteur malsaine ou encore "Als wär's das letzte mal", caractérisé par sa fougue romantique.

Les vestiges de la première période du combo n’ont pas pour autant été négligés, période au cours de laquelle l’aspect expérimental et déjanté n'avait pas encore laissé place à une énergie mieux canalisée et hyper efficace. On en épinglera donc "El Basilon", "Osten Wärht am längsten" et le très punk "Nacht Arbeit" (NDR : l'absence de guitare sur ce dernier titre est quand même préjudiciable).  

Et lors des inévitables rappels, DAF va nous réserver la comptine pour enfants pas trop sages (voire carrément pervertis!) "Der Rauber und Der Prinz" que Gabi est venu nous chanter au bord de la scène mais aussi le génial "Kebab Träume", aux paroles délicieusement cyniques. Et c'est sur ces rêves de pita que ce compte-rendu s’achève... (voir photos ici)

(Organisation : Body Beats & Dark Entries)

 

 

 

 

 

 

Ozark Henry

Une dimension presque magique…

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Quel bonheur de pouvoir assister de nouveau à un concert ! Confiné chez lui depuis une grosse semaine, sevré de son addiction musicale, votre serviteur tournait en rond…

En débarquant au Lotto Arena, on constate la présence de deux militaires armés. Ils sont chargés de notre sécurité. Avant de pénétrer dans l’arène, la plupart des spectateurs les saluent poliment. En se rendant au stand marchandising, on reçoit un pin’s en forme de coeur bleu. La responsable me signale –et en français SVP– qu’il est nécessaire de se l’épingler en soutien à Ozark Henry qui milite pour l'association 'Blue Heart Campaign against Human Trafficking'. L'ONUDC est le gardien de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée et des protocoles y afférents. Elle apporte également son aide aux Etats dans leurs efforts pour mettre en œuvre ces conventions, afin de prévenir, réprimer et punir la traite des êtres humains. La campagne ‘Cœur Bleu’ cherche à sensibiliser le public à ce problème tout en incitant les dirigeants à intervenir pour changer le cours des événements.

Piet Goddaer, alias Ozark Henry, est né à Courtrai, mais il vit aujourd’hui à Oostduinkerke. Depuis février 2014, il est soutenu en ‘live’, par Laura Groeseneken. Jolie, sympathique, elle a une solide voix. Votre serviteur l’avait découverte lors d'un concert de Reena Riot (Naomi Sijmons, fille de Fons, guitariste de The Scabs), accompagnée pour la circonstance du vétéran Roland Van Campenhout, un bluesman respecté dans le milieu…

Outre Laura et Piet, la scène est occupée par l’Orchestre National de Belgique, un des meilleurs ensembles symphoniques du monde. Il réunit 29 violonistes, 6 violoncellistes, 4 contrebassistes, deux percussionnistes, une harpiste et une vingtaine de cuivres. Le tout sous la direction de Stéfan Blunier. Ozark Henry est venu défendre son dernier elpee, « Paramount », enregistré en compagnie de 90 musiciens de l'ONB. Une collaboration qui n’est pas neuve, puisqu’elle avait vu le jour en 2012, lors du septante-cinquième anniversaire de cet orchestre, auquel il avait apporté son concours à quatre morceaux. Pour ce ‘live’, les compos ont dû être réarrangées. Et c’est Arnould Massart qui s’est chargé de cette tâche.

Le Lotto Arena est sold out. Le public est composé de mélomanes de tous les âges. Et après une petite cacophonie nécessitée par l’accordage des instrus classiques, Stéfan monte sur le podium, suivi de Piet qui vient saluer la foule. Il est vêtu de cuir noir (pantalon et veste) et a conservé ses chaussures aux pieds (NDR : il fait sans doute trop froid pour jouer pieds nus). On est donc parti pour 75 minutes de spectacle. Qui s’ouvre par « At Sea ». Le Courtraisien mime de ses mains les accords d’ivoires, un peu à la manière de feu Joe Cocker. Epaulé par les violons, ses cordes vocales son chargées d’émotion.

A deux reprises, il va se promener dans la fosse en serrant un max de mains.

« Godspeed You » est un titre empreint de douceur. L’orchestre est impressionnant, mais lorsque les cuivres entrent dans la danse, c’est le bonheur. Le morceau s’achève en force au cœur des percus.

La célèbre reprise du « We Can Be Heroes » du tandem Bowie/Eno est géniale. Et pour cause, Laura vient de débarquer sur l’estrade et épaule Mr. Goddaer aux vocaux. Cordes et ivoires se chargeant d’étoffer l’ensemble. De quoi en avoir la chair de poule…

L’ingé son est balaise. Le son est cristallin. Pas besoin de bouchons.

Pour « Plaudite Amici Comedia Finita Est » (« Stay Gold »), ce n’est pas Amaryllis Uitterlinden qui se charge du backing vocal, mais bien Laura. Ce qui n’empêche pas, comme sur l’album, d’appréhender Ozark Henry sous un angle différent.

L’artiste flandrien balance régulièrement les bras au rythme de l’orchestre et particulièrement tout au long de « Love Is Free To Interfere ». Les cuivres cherchent à semer la terreur, mais Laura et Piet nous rassurent.

Si ce dernier est capable de pousser sa voix dans les graves, elle élève son timbre davantage en douceur, et surtout par paliers.

L’intégralité du nouvel opus (« Plaudite Amici Comedia Finita Est ») sera interprétée ce soir. Un projet à la fois audacieux et surprenant.

Cordes et hautbois soulignent « Maybe ». Laura transforme son chant en cri. Et dans ce contexte, les six violoncelles font merveille.

« Vespertine » est bercé par les flûtes et le hautbois, mais sous la conduite des ivoires et du vocal de Piet.  

Et en apothéose, « I'M Your Sacrifice » clôt le show. Or on aurait tant voulu que le spectacle se poursuive. Il est si beau et passionnant. Malheureusement toute bonne chose a une fin…

On aura quand même droit à trois titres en guise de rappel : « Sweet Instigator », « We are Incurable Romantics » et, cerise sur le gâteau, « This Is All I Have », c'est-à-dire la plage qui ouvre « Paramount ». Franchement sous cette configuration Ozark Henry apporte une autre dimension à sa musique, une dimension presque magique…

(Organisation : Live Nation)

Pour la section photos, voir ici

 

 

 

 

Josh T. Pearson

Entre noir et blanc…

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L’amer de toute dualité produit des reflets d’argent.
Contrastes délicats et subtils qui s’étendent entre les lignes, entre chaque grain de sable parcourant l’infinie étendue entre le noir et le blanc.
Noir / Blanc
Amour / Haine
Yin / Yang
Métamorphosé, Josh T Pearson incarne à présent un cow-boy blanc, du haut de son Stetson jusqu’à la pointe des Santiags ; ce qui contraste efficacement avec l’image imprimée au revers de nos mémoires.
Transformé, sauvé, exhumé de la fosse au chagrin, l’homme écorché s’est relevé, s’est révélé.
Il ne reste plus de sa longue barbe de misère qu’une élégante toison brillante et entretenue, et sous son couvre-chef, une coiffure soignée.
Revenu de l’enfer et sans guère d’actualité à défendre, l’ex-Lift To Experience a repris la route, la guitare à la main. Mais accompagné, pour la circonstance.

Dans une amusante mise en scène évangélique, le cow-boy blanc parcourt quelques salles d’Europe triées sur le volet, flanqué de son acolyte, le cow-boy noir, sorte de reflet d’un miroir discerné en léger différé.

Lui, c’est Calvin Lebaron.

Plus qu’une copie de Pearson, il en est l’héritier naturel.

Un registre vocal plus large, certes, mais coincé dans un corps chétif, qui correspond parfaitement à ses chansons.

Un troubadour, seul sur les planches, en ouverture d’une soirée qui s’annonce des plus tristounettes.

Car, craignant sans doute davantage un accès de pathos qu’un déferlement barbare, le public liégeois se montre frileux, et ne se présente pas en nombre (c’est le moins qu’on puisse dire).

Éparpillée par grappes dans un Reflektor qui n’a jamais paru aussi grand, l’assistance se fait discrète par respect, mais aussi peut-être parce qu’elle n’a pas le choix…

Calvin Lebaron égrène alors ses chansons, tel un chapelet, essayant tant bien que mal de ne pas perdre son maigre auditoire, pour qui toute tentative de fuite discrète serait de toute façon vouée à l’échec.

Du haut du balcon, grand Stetson blanc observe son ouaille en toute bienveillance.

Puis le cow-boy noir disparaît dans l’ombre, laissant la place de choix à son mentor.

Difficile de le blâmer tout de même pour ce set confinant à l’ennui.

La vraie déception viendra donc quelque part de Josh lui-même.

Même si au final, il ne sera question que de rédemption.

Car au delà de la transformation physique qui signe un renouveau mais ne masque pas toutes les cicatrices, la vérité, c’est que notre cow-boy n’a plus rien à dire depuis 2011.

La raison ?

« Last Of The Country Gentlemen », un album merveilleux de chagrin, une catharsis lumineuse et plombée de tristesse, est malheureusement appelé à ne pas avoir de lendemain.

Un opus sobre et pourtant étonnamment riche. Où tout est dit. Une somme, une bible.

Donc, depuis, plus rien, si ce n’est un live et quelques bizarreries, tels ces chants de Noël repris pour un CD bonus accompagnant cet elpee dont il est question.

Et c’est justement dans ce registre que Josh décide de planter sa croix.

Calvin Lebaron, qui semble tout aussi attiré par le répertoire pastoral, soutient Pearson, fils de pasteur, pour la petite histoire, et ensemble, ils entament en c(h)oeur un petit cantique désabusé.

Le risque est énorme, mais on pressent que le Texan désire n’en faire qu’à sa tête.

De fait, il annonce le programme de la soirée : old songs en solo et reprises en duo.

Tel sera le menu festif.

Par reprises, on espère alors avoir droit à « Enjoy The Silence » de Depeche Mode ou encore le « Rivers Of Babylon » de Boney M, titre généralement accouplé à l’une ou l’autre de ses chansons.

Las !

Vêtus de fringues évangélistes (des panneaux de carton enfonçant le clou dans la veine de cette blague spirituelle) et sous le patronyme de Two Witnesses, le duo Pearson-Lebaron s’offre les plus grands succès de la Thanksgiving.

Forcément pas passionnant.

La beauté viendra néanmoins, mais il faudra être patient.

Car si notre homme semble aller mieux, l’immersion dans le passé entraîne toujours la même émotion excavée du creux de sa gorge. Et c’est ce que votre serviteur est venu chercher.

Mais puisque le set joue la carte de la dualité lumière/obscurité, il est nécessaire de faire fi de ses appréhensions de païens.

Vient alors le moment du diptyque « Woman, When I’ve raised Hell » / « Sweetheart, I Ain’T Your Christ ». Un exercice périlleux exécuté comme un rituel, dévotement. Et qui requiert toute l’attention.

Quelques instants plus tard, Josh s’arrête au milieu d’une chanson.

Poliment d’abord, il demande à deux spectateurs de cesser leur babillage.

Pour inaudible que soit leur conversation, c’est leur attitude qu’il semble condamner.

Encouragé par les applaudissements du public, toujours prompt à se ranger derrière l’avis de l’artiste, une once d’agacement vient rapidement se glisser dans les rouages de la confiance et le cow-boy blanc de se montrer étonnamment véhément.

La vérité apparaît en filigrane sur le visage à la barbe nette, sous les traits d’une ombre qui s’abat sur les épaules de notre cow-boy.

Pour reprendre le contrôle, il tourne alors le dos à la foule. L’agacement et la nervosité se devinent, mais en s’appliquant, il revient à « Sorry With A Song », ce qui pour le coup, paraît un amusant hasard…

Le fil était à deux doigts de se rompre, il n’en sera rien.

Puis, quelques instants plus tard, vient l’instant de grâce. Celui qui fait la différence. Celui qui imprime sa marque majestueuse et subtile pour longtemps.

Une chanson exceptionnelle de tragédie, extraite, exhumée des fonds de tiroir ; et qui en elle seule, recèle la genèse de « Last of The Country Gentlemen ».

Celle qui raconte tout ou en partie ; celle qui met à nu son auteur, celle-là même, impudique, cruelle, déchirante, dévastatrice qui ne figure nulle part et dont on n’a pas de trace.

Une chanson rarement interprétée, car émotionnellement difficile à appréhender, laissant, de l’avis même de Josh, trop de sanglots dans la voix.

Et si cette fois il ne pleure pas, on sent néanmoins toute la souffrance vécue quand il évoque cet enfant perdu, cette vie dissolue.

La suite ne sera qu’anecdotique.

Encore des chants de culs bénis et des chansons de grand-mères, qui pour divertissantes, démontrent que Josh T Pearson n’écrira sans doute jamais une suite à « Last Of… »

Toute la douleur de son âme déchirée y est confinée, et c’est là que vous y trouverez l’essence de son œuvre.

La soirée s’achèvera au bar, où cow-boy blanc fera une furtive apparition, pour communier avec ceux qui le désirent.

Avant de s’en aller fêter la Thanksgiving sur la route ou dans son Texas natal. 

(Organisation : Les Ardentes)

 

 

 

Suuns + Jerusalem in my heart

Pénurie de soleil au cœur de Jerusalem…

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C'est dans le cadre d'une coopération exceptionnelle que se déroule une mini tournée associant Suuns et Jerusalem In My Heart. Et elle transitait par Louvain, ce mardi 24 novembre, après avoir fait escale au Sonic City de Courtrai, l'avant-veille. Non seulement l'occasion est belle de pouvoir assister à une collaboration immortalisée sur un album éponyme, mais également à un set solo de JIMH, en ouverture.

Arrivé légèrement après l'heure prévue de début des hostilités, votre serviteur a  pu rapidement se souvenir de la différence qui existe entre l'organisation des concerts en Wallonie et en Flandre. En effet autant ceux accordés au Sud de la Belgique admettent une certaine marge entre le timing annoncé et celui effectif ; autant, lorsqu'on passe la frontière linguistique, l’horaire est bien plus rigoureux. De quoi louper le début du spectacle qui a vraisemblablement démarré pile poil à l'heure prévue !

Après quelques tergiversations d'ordre pratique, il est temps de plonger au sein d’une salle remplie de sièges vides et qui semble délimitée par des tentures... Est-ce bien ici que se déroule le concert de Suuns & Jerusalem In My Heart ? En arrivant à hauteur desdits rideaux, on constate que l’espace a été coupé en deux ; une probable conséquence du peu de tickets vendus. Car en effet, nous sommes très peu nombreux à s’être déplacés pour ce qui semblait pourtant être un événement assez unique, encore que sa singularité ait pu souffrir d'un crochet via le Sonic City, 2 jours auparavant.

Il en résulte une ambiance très froide que tente de réchauffer quelque peu Radwan Moumneh (aka Jerusalem in My Heart), grâce à sa voix et sa gestuelle très expressive, y compris lorsqu'il s'assied pour jouer de son oud. Et non seulement le producteur/chanteur a recours à différents instruments, mais il manipule également les sonorités électroniques et divers effets pendant que défilent des projections sur un grand écran et deux plus petits latéraux. Clairsemé, l’auditoire est attentif mais l'atmosphère est toujours aussi glaciale ; et il devient vraiment difficile de s’immerger au cœur d’un tel univers, dans de telles conditions. On comprend vite qu'un lieu plus intimiste aurait davantage collé à cette prestation ; mais en faisant abstraction du contexte, on finit par tomber sous son charme… jusqu’au moment où elle touche, hélas, déjà à sa fin.

Qu'à cela ne tienne, une brève pause clope plus tard, le plat de résistance attend votre serviteur. A savoir la fusion entre le collectif de Montréal et l'artiste libanais. Ils se produisent ensemble sur scène pour tenter de faire vivre les compos de leur unique opus commun à ce jour. Mais l’atmosphère est toujours aussi froide. En outre, les musiciens semblent un peu coincés sur les planches, à l'exception de Radwan, qui vit le set un peu plus intensément que le reste de la troupe. On a l'impression d'assister à une restitution un peu figée de leurs compositions qui peinent à s'animer ou à se charger d’énergie ; et par là même à faire mouche... Ce n'est pourtant pas faute d'essayer, mais le public reste statique. Bref, il n’y a pas d’échange entre ce dernier et l’artiste. Jusqu'à ce que surgisse alors ce qui est sans doute leur titre fétiche : "3attam Babey". C’est le moment choisi par le band pour enfin se lâcher. Et les spectateurs d’en faire autant sur ces boucles krautrock hypnotiques qui tournent en vrille! A partir de cet instant, ce n'est plus que du bonheur, car le set vient vraiment de démarrer. Le seul souci, c’est qu’il n’y aura plus que 3 ou 4 morceaux à se mettre dans l’oreille, le team ne disposant pas davantage de temps ni probablement de répertoire. C'est donc avec un goût de trop peu que s’achève cette soirée mi-figue mi raisin... A charge de revanche en attendant une prochaine occasion de revoir Jerusalem in My Heart (en configuration plus intimiste de préférence) ainsi que sa collaboration avec Suuns (si l'occasion se représente) au sein d’un climat plus chaleureux...

(Organisation : Het Depot)

 

 

Alice on the Roof

Alice à l’AB des Merveilles…

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Dans une salle quasi-bondée, Alice on the Roof est venue défendre son prochaine album qui sortira le 22 janvier 2016. Son titre ? « Higher ». Vu les circonstances, les organisateurs de spectacles en Belgique, quels qu’ils soient, ont décidé de renforcer leurs mesures de sécurité. L’AB ne déroge pas à la règle. Des fouilles sont imposées à chaque visiteur. Ce vendredi 20 novembre, des policiers et des militaires arpentent le boulevard Anspach, armés de mitraillettes. Cette présence massive des forces de l’ordre ne parait inquiéter outre mesure les aficionados de la belle Alice.

Après ce qui paraît être une interminable attente, la jeune Montoise (NDR : elle n’a que 20 printemps) monte sur l’estrade. Si une gentille fée devait exaucer le vœu d'une petite fille qui rêve d'un ailleurs ou d’atteindre les étoiles, elle irait sans doute chez cette cendrillon de la chanson. Depuis son passage dans l’émission ‘The Voice Belgique’, où elle est arrivée jusqu’en demi-finale, la perle belge a fait du chemin. En préparant d’abord une démo avec Marc Pinilla du groupe Suarez, pour l’envoyer ensuite, sans trop y croire, à Tim Bran, producteur, entre autres de London Grammar. La magie opère. De cette collaboration va naître un Ep de cinq titres intitulé « Easy Come, Easy Go ». Le rêve n’est pas prêt de s’arrêter pour celle qui sera, le temps d’un soir, notre ‘Alice à l’AB des Merveilles’...

La soirée commence par un envoûtant « Like a dying rose ». Le charme opère dès les premières notes mêlant les sons électro et traditionnels du clavier. La reprise de « Princes » du groupe Oscar And The Wolf fait sensation auprès d’un public médusé par le timbre singulier de l’artiste. La suite laisse l’assistance sans voix, sauf pour certains fans qui scandent ‘On t’aime Alice !’. La ligne mélodique du violon de Nicolas Stevens résonne dans cet amphithéâtre. Parfois, il suffit de peu pour que la musique pénètre dans notre cœur et le fasse palpiter. Ces quelques secondes d’intro de ce qui semblait être le morceau « Race in the Shadows » est un pur moment de bonheur. Le violoniste s’insère ensuite dans cette composition très mélancolique intitulée « On the roof », jouée magnifiquement au clavier par la fée originaire de Saint-Ghislain. Après ces mélodieuses promenades, la scintillante interprète invite sur le plateau Sean Dhondt, animateur radio chez Qmusic, afin de partager le célèbre single de Major Lazer, « Powerful ».

Le set se poursuit par « Let me down » avant le très attendu « Easy Come Easy Go ». Le tube, qui l’a propulsée sur le devant de la scène, est chanté en chœur par une assistance complètement conquise. Le petit refrain notoire ‘Oooooo’, répété plusieurs fois, semble hypnotiser les mélomanes. Ils poussent la chanteuse à reprendre le morceau une deuxième fois.

Le concert se poursuit par de nouveaux titres comme le très groovy « Feel tonight » ou l’énigmatique « Walk the line ». Après une très courte pause, l’artiste entame la reprise du « Don’t Give Up » de Peter Gabriel et Kate Bush, qui, dit-elle ‘prend tout son sens aujourd’hui’, par rapport aux événements en cours.

La fin de la représentation est rythmée par des compositions qui font la part belle au synthétiseur (« Mystery Light »), à la batterie électronique (NDR : jouée de main de maître par Santo Scinta, le drummer, entre autres, d’Adamo) et le tambour utilisé par la vocaliste (« Lucky You », « Sound of Drums »).

Quelque part parmi les étoiles montantes de la chanson belge, Alice on The Roof mérite sa place dans ce ciel illuminé de talents prometteurs. Un petit soleil est né et n’est pas prêt de s’éteindre.

Setlist : Like a dying rose – Monopoly Loser – Princes – Race in the shadows – On the roof – Powerful – Let me down – Easy Come Easy Go – Feel tonight – Walk the line – Don’t Give Up – Mystery Light – Lucky You – Sound of Drums.

(Organisation : STLive – Dp Communications + Ancienne Belgique.

 

The Mountain Goats

Un peu de réconfort, au cœur d’un climat tourmenté et angoissant…

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C’est l’automne… une saison propice à la chute des feuilles… C’est également la période au cours de laquelle se déroule le festival Autumn Falls. Un festival itinérant qui invite des groupes ou artistes émergents, à travers la Flandre et Bruxelles, à se produire au sein de différentes salles, dont le Trix d'Anvers, le M@Z de Bruges, le Trefpunt à Gand, le 4AD de Diksmuide, le Botanique et bien d’autres encore. Et un pass de 50€ vous permet d’accéder à tous ces concerts qui s’étalent du 20 octobre au 18 décembre. Ce soir le Bota accueille The Mountain Goats et The Weather Station.

Les tentures sont tirées à hauteur de la table de mixage, de manière à rendre la salle moins déserte. Lorsque The Weather Station entame son set, il y a plus ou moins 150 personnes, au sein de l’Orangerie.

The Weather Station n’est pas une station météorologique anglo-saxonne, mais une formation canadienne drivée par Tamara Hope. Auteur/compositrice/multi-instrumentiste, elle est également actrice. Elle a ainsi assuré le rôle principal dans la série télévisée 'Guenièvre Jones'. Son dernier opus, « Loyalty », est paru cette année. Un disque enregistré en étroite collaboration avec Afie Jurvanen (Bahamas) et Robbie Lackritz (Feist).

Tamara alterne entre guitare, banjo et claviers. Et propose une musique folk mélodieuse, intense, parcourue de lyrics à double sens, ambigus et chargés de métaphores complexes. Brefs, les amateurs de Steve Gunn ou encore Ryley Walker devraient s’y retrouver.

Armée de sa gratte électrique, elle attaque « Floodplain ». Dès la fin de son morceau, elle convie ses deux musicos –en l’occurrence un bassiste (barbu) et un drummer– alors backstage, à la rejoindre, en leur adressant un petit signe de la tête. La voix de Hope est claire, limpide, cristalline même. La section rythmique est au diapason de la musique, empreinte de douceur et de tendresse. Mais le répertoire manque cruellement de punch et un ennui certain commence à gagner votre serviteur. Si bien qu’il s’éclipse du côté du bar. Dehors, de nombreux véhicules des forces de l’ordre circulent sur les grands axes. Les trams et les bus sont à l’arrêt. Quatre policiers lourdement armés surveillent l’entrée du Botanique. L'ambiance est lourde…

The Mountain Goats vient de graver son quinzième elpee. Il s’intitule « Beat the Champ ». Un concept album qui s’intéresse au monde du catch professionnel, dont les combats se déroulent au Sud des States, une discipline qui fascine le frontman, John Darnielle. Il y dépeint parfaitement des personnages imparfaits, qui vivent au sein d’un monde à la fois déchirant et exaltant. Et les plages qui oscillent entre ballades mélancoliques (avant le combat) et titres énergiques (pendant le combat) reflètent les émotions ressenties par les athlètes, comme les doutes ou les peurs…

John Darnielle se consacre au chant, à la guitare et aux claviers. Il est soutenu par le bassiste Peter Hugues, le drummer Jonathan Patrick 'Jon' Wurster et le multi-instrumentiste Matthew Douglas. Ce sympathique barbu (encore !) est un fameux musicien. Il brille d’ailleurs aussi bien aux cuivres (saxophone alto, clarinette), qu’à la six cordes.  

Tendre, « Southwestern Territory » (« Beat The Champ ») ouvre le show. John est habité par son chant. Les cuivres sont magiques. Le tempo s’élève progressivement tout au long de « Cry For Judas » (« Transcendental Youth »), un morceau cuivré, stimulé par le piano, au cours duquel John se sert d’une gratte semi-acoustique. La set list privilégie quand même les titres folk/pop voire americana (« Animal Mask », « Heel Turn 2 », « Never Quite Free »), compos que tisse soigneusement John, parfois même comme de la dentelle (« Get Lonely »).

Les musicos quittent le podium pour laisser s’exprimer le frontman en solo. Et il va nous réserver une véritable démonstration à la six cordes électro-acoustique ou aux claviers, pendant 15 bonnes minutes. Sa voix est aussi à l’aise dans les graves que dans les aigus. Particulièrement interactif, il nous balance quelques vannes entre les morceaux. Une reprise : le « Going To Marrakesh » de The Extra Glenns.

Après cet intermède, ses acolytes remontent sur l’estrade. Deux guitares, mais pas de cuivres pour le rock plus classique « The Diaz Brothers » (« Transcendental Youth »). Caractérisé par son refrain accrocheur, « Foreign Object » (« Beat The Champ ») est une compo pop davantage sucrée.

Plus déclamatoire, « Stabbed To Death Outside San Juan » (« Beat The Champ ») est un titre plus expérimental, dont le climat ténébreux est entretenu par la ligne de basse. Atmosphérique, « Damn These Vampires » (« All Eternals Deck ») est dominé par les ivoires. Ce soir, les caprins (NDR : ce sont des chèvres des montagnes qui vivent dans les Rocheuses) nous ont apporté un peu de réconfort, au cœur d’un climat tourmenté et angoissant…

(Organisation : Botanique + Toutpartout)

John Grant

La magie de la musique semble encore avoir opéré…

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Malgré le climat particulier qui règne depuis quelques jours, suite aux attentats de Paris, la foule s’est déplacée en nombre pour assister au concert de John Grant, ce mardi soir, prévu dans l’Orangerie du Botanique. D’ailleurs, comme le dira plus tard le grand barbu, durant son spectacle, si on se laisse intimider, il ne nous restera plus qu’à rester dans son canapé. Option que ce dernier a donc choisi de ne pas suivre.

Après avoir fait la file à l’entrée et bravé la fouille, votre serviteur débarque dans la salle. Mais le supporting act vient de terminer sa prestation. Qui était assurée par un groupe islandais répondant au nom de Fufanu. Un sextuor dont le chanteur (Kaktus) n’est autre que le fils d’Einar Einarsson, ex-membre des Sugarcubes, formation qui avait servi de tremplin à Björk). Et qui a publié un excellent Ep, « Adjust to the light » (voir chronique ici), en juin dernier…

Il est 21 heures, lorsque John Grant monte sur l’estrade. Il est venu défendre son troisième elpee, intitulé « Grey Tickles, Black Pressure », paru début du mois dernier. Il est suivi par quatre musicos : un claviériste, un bassiste, un guitariste et un drummer.  

En début de parcours, le Texan privilégie les compos empreintes de charme et de mélancolie, des chansons paisibles, balisées par le piano. A l’instar du titre maître de son nouvel elpee, « Grey Tickles, Black Pressure », de « Marz » (NDR : un extrait de son premier LP, gravé en 2010) ou encore « Down Here »), trois excellents morceaux. Après une demi-heure de set dominé par la tendresse, le concert change de cap et adopte un profil plus électro. Manifestement, l’amplitude de styles embrassée par John est large. Et le light show s’adapte au nouveau climat, stroboscopes et spots colorés balayant le podium. « Pale Green Ghosts », titre éponyme du premier long playing, amorce ce changement. La température commence à grimper dans l’auditoire. Certains spectateurs commencent à se dandiner. Les titres défilent, la set list épinglant au passage le disco-kitsch « Disappointing » et l’électro/hip hop « Snug Slacks ». Mais le sommet du concert est atteint lors du splendide « Queen of Denmark », une composition qui vous flanque la chair de poule. Après un peu plus heure de show, le quintet s’éclipse. Puis revient pour accorder un rappel, au cours duquel Grant va nous réserver « Caramel », seul en s’accompagnant aux ivoire. Un encore de 15 bonnes minutes qui va permettre à la voix de John de nous confirmer tout son potentiel…

Malgré ses lyrics chargés de spleen, l’Américain est ravi de recevoir une belle acclamation. Une joie finalement communicative. Manifestement, la magie de la musique semble encore avoir opéré…

(Organisation Botanique)

 

Of Monsters And Men

En cherchant à s’infiltrer, à travers les méandres de nos âmes…

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En dépit des événements qui secouent le monde actuellement, Of Monsters and Men a accepté de se produire dans l’arène de Forest National, ce dimanche 15 novembre. Après avoir transité par Rock Werchter cet été, la jeune formation indie folk est venue défendre les compos de son deuxième album. Un disque intitulé « Beneath the Skin ». Malgré une sécurité renforcée par une présence policière à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment, la tension était, néanmoins, palpable. La salle n’est pas comble, elle est remplie aux deux tiers. Ce qui n’a pas empêché le groupe de conquérir l’auditoire en douceur.

La première partie est assurée par un autre band islandais, dont les membres semblent du même âge que la tête d’affiche. Pendant quarante-cinq minutes, Mammút s’est approprié la scène et a enflammé une partie de l’auditoire. Le temps a paru long pour certains, se demandant si les héros de cette soirée n’avaient pas disparu dans les abysses des coulisses. (Voir section photos ici)

Puis, discrètement, les projecteurs diffusent une lumière tamisée sur le plateau. Les quatre lettres ‘M’ aux couleurs du drapeau français s’illuminent. Le message est clair. Les neuf musicos veulent rendre hommage aux victimes parisiennes. Le set commence par un angoissant « A Thousand Eyes ». Le timbre de voix plus aigu de Nanna Bryndís Hilmarsdóttir se marie délicatement à celui plus grave de Ragnar ‘Raggi’ Þórhallsson, les deux principaux chanteurs du combo. La première chanson s'appuie sur une présence massive du tambour et de la grosse caisse. Une bonne partie du public est secouée par ce premier titre.

La suite s'annonce plus allègre, même si certaines compos s’avèrent plus mélancoliques, à l'instar de "Empire", présenté il y a quelques semaines lors du show américain d'Ellen DeGeneres ou de « Slow life ». Il faut dire que la troupe a enregistré son deuxième opus chez elle, dans son fief natal ; mais également en Californie, dans les locaux de l’Eldorado Recording Studios. Nanna et Ragnar ont préféré prendre leur temps pour écrire leurs nouvelles chansons. La célébrité soudaine construite autour de leur premier LP ne leur a laissé aucun répit. Les tournées se sont enchaînées sans relâche. On comprend mieux la raison pour laquelle les musiciens sont repartis chez eux, près des leurs, dans leur île natale, afin de retrouver de l'amour, beaucoup d’inspiration et du calme. Une accalmie après la tempête, en somme.

Le public est conquis et tout doucement, les artistes sentent que la tension a disparu. Ils arborent des sourires, échangent quelques regards entre eux et demandent à l’auditoire de chanter à l’unisson. Les extraits de leurs précédents elpees comme « King and Lionheart », « Mountain sound » et « Lakehouse » côtoient les nouveaux titres tels que « Black Water », « Human », « I Of The Storm », « Backyard », « Crystals », « Wolves  Without Teeth » ou « Hunger ». D’un morceau à l’autre, la guitare électrique et acoustique, le glockenspiel, le tambour et la batterie se partagent des interludes musicaux plus sombres et parfois plus solennels. Parfois on se demande, si le groupe n’essaie pas de s’infiltrer, à travers les méandres de nos âmes… Malgré le spleen de leurs compos, l’assistance est sous le charme, subjuguée par les voix angéliques des deux interprètes.

La fin de parcours se révèle plus optimiste, surtout grâce au concours de la trompette, du trombone et de l’accordéon. Le refrain notoire de leur tube planétaire, « Little Talks », est chanté en chœur en compagnie de la foule. La chanteuse Nanna déambule sur l’estrade, poussé par un désir irrésistible de partager sa joie sur le podium. Cependant, avant de conclure ce concert, les deux acolytes, touchés par l’épisode parisien, délivrent un message de paix à travers les trois derniers fragments musicaux intitulés « Organs », « Dirty Paws » et « We Sink ».

Of Monsters and Men est un groupe talentueux qui a mûri au fil du temps. L’insoutenable légèreté du premier opus, symbolisé par une jeunesse insouciante, a laissé la place à une gravité de la réalité, tout au long de son dernier elpee…  (Voir aussi notre section photos )

Setlist : A Thousand Eyes – Empire – King and Lionheart – Black Water – Mountain Sound – Slow life – Human – Backyard – Crystals – Hunger – Little Talks – Six weeks – Organs – Dirty Paws – We Sink.

(Organisation : Live Nation)


 

 

 

 

Simple Minds

Un enfer pavé de bonnes intentions…

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Simple Minds se produit presque chaque année, en Belgique. Et en 2015, il est programmé pour le 14 novembre, à Forest National. Le groupe écossais y transite, dans le cadre de sa tournée ‘Big tour music’. Et demain, elle s’arrêtera au Lotto Arena d’Anvers. Le concert est bien sûr sold out. Et les abords de la salle sont bien quadrillés par les forces de l’ordre. De quoi rassurer une foule encore traumatisée par les événements tragiques qui se sont déroulés à Paris, la veille, et notamment au Bataclan. Une fouille est exécutée à l’entrée, et le public se plie de bonne grâce à ces désagréments.

« Theme For Great Cities » a été choisi pour introduire le show. Il est 20h15 et il est décrété une minute de silence en hommage aux victimes de la veille. Les cinq musiciens et les deux choristes s'avancent ensuite en ligne, d’un pas solennel. Ils sont émus. Jim nous salue. Il est applaudi chaleureusement par un auditoire qui ne fait qu'un avec les artistes. Jim prend la parole : 'En général, c’est cool d’être chanteur dans un groupe de rock, mais parfois c’est très difficile quand comme ce soir on doit s’exprimer et qu’on ne trouve pas les mots… Je vous demande de respecter une minute de silence pour tous ceux qui ont perdu la vie hier à Paris, et après nous jouerons !' Un drapeau français est affiché sur les deux 2 écrans placés derrière le combo.

Les musiciens originels ont vieilli physiquement et en particulier le chanteur Jim Kerr, le guitariste Charlie Burchill et le drummer Mel Gaynor. Le bassiste Ged Grimes, également (NDR : il est né au début des 60’s, mais n’a intégré le band qu’en 2010). Le line up est complété par le claviériste Andy Gillepsie, la choriste/claviériste/guitariste Catherine Anne Davies, et à partir de la deuxième partie du set, la très jolie Sarah Brown.

Pas de supporting act. Le spectacle est divisé en deux parties. La set list réunit 28 morceaux. Quatorze pour la première, onze pour la deuxième, sans oublier les trois titres du rappel. Et un entracte de 15 minutes sépare les deux premiers actes, d’une durée de 75 minutes chacun. La part belle est faite au dernier elpee, « Big Music », sorti l'an dernier.

Jim déambule sur l’estrade de gauche à droite (NDR : ou de droite à gauche, pour ne pas froisser les partis politiques…), au bord du podium, élevant toujours son micro de manière aussi caractéristique. Il va au contact des premiers rangs pour donner et partager sa musique. Il s’accroupit régulièrement, fait le grand écart ou s’agenouille, suivant un même rituel. Pas besoin de lever les mains, la foule applaudit chaleureusement le premier hit : « Waterfront ». Les cordes de guitare sont étincelantes et les claviers généreux, tout au long de cette chanson ténébreuse. Pendant « Up on the Catwalk », des spots de couleur jaune balaient la scène. Par rapport à la version originale (NDR : parue en 1984), la nouvelle est enrichie de claviers particulièrement electro. Le light show passe au bleu et au rose pour « See The Lights » (« Real Life »), une compo plus paisible balisée par le tandem basse/guitare. Placée sur une petite estrade, Catherine Anne Davies a les cheveux roux. Elle est vêtue d’une robe fuschia scintillante et de bas collants verts. Elle a empoigné sa gratte électro-acoustique et se réserve le chant. Sa voix est puissante, mais ne manque pas de charme. Jim en profite pour changer de costume, en coulisses. Dans la foulée, Charlie, lui, troque sa gratte acajou pour une autre de couleur blanche. Et elle adopte des sonorités davantage funkysantes. Le light show déborde du podium et balaie la salle. Une adaptation écourtée de « Promised You a Miracle » (« New Gold Dream ») plus tard, les spectateurs ont de plus en plus de fourmis dans les jambes. Pendant « Mandela day » (« Street Fighting Years »), qui rend hommage à feu Nelson Mandela, Jim tourne son micro vers l’auditoire qui reprend les paroles en chœur. Le chanteur affiche alors un large sourire…

Le premier volet du concert s’achève par  « Don't You (Forget About Me) ». Pour meubler l’entracte, Mr. Kerr nous conseille d'aller goûter des chocolats.

Un petit medley (« Five to One / Book Of Brilliant Things ») annonce le retour de S.M. Catherine s’y consacre aux claviers. A la fin du pot-pourri, Jim remonte sur l’estrade. Il a enfilé sa veste écossaise en tweed. Le combo nous réserve une reprise des Doors : « Five To One ». Bouleversant ! Compo mythique, « Someone Somewhere in Summertime » est un véritable brûlot en ‘live’. Et pourtant, l’enfer y est pavé de bonnes intentions. Surtout celles au cours desquelles Simple Minds et le public entrent en communion. Il ne faut pas oublier que c’est en Belgique que la formation a récolté ses premiers succès. Ravi, Jim lâche un ‘Fucking Forest National’. Ce qui reflète la magie du show vécu ce soir. Jamais l’intensité n’a faibli. Faut dire que le public était chaud boulette…

La pression retombe d’un cran pour « All the Things She Said », un titre remarquablement enrichi par les chœurs. « Let It All Come Down » termine le deuxième acte. Jim remercie longuement l’auditoire.

En rappel, « Big Music » amorce le débarquement des pompiers. Micro placé bien haut devant lui, Jim invite tout simplement la foule à le suivre, une dernière fois. « Sanctify Yourself » clôt ce très chouette concert. Mais en sortant de Forest National, on ne peut s’empêcher de penser aux victimes du Bataclan…

(Organisation : Live Nation)

Voir aussi notre section photos ici

 

 

 

 

Bianca Casady

Un spectacle de transformistes, mais pas seulement…

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La moitié féminine et tête pensante du duo infernal américain CocoRosie s'offre une parenthèse en solo lors d’un spectacle original et atypique, mêlant musique et performance scénique dont toute l'attention va se focaliser, tout au long du show, sur un danseur talentueux. Le spectacle est prévu pour 20 heures. Il accuse 15 minutes de retard ; le temps de laisser les retardataires, coincés dans les embouteillages, parvenir à destination. Il a fallu 75 minutes entre Halle et Bruxelles, au lieu des 45 nécessaires en temps normal, pour que votre serviteur atteigne la capitale. Faut dire que le match de football entre les Diables Rouges et l’Italie était également programmé au stade Roi Baudouin. D’ailleurs en début de concert, l’Orangerie est à moitié pleine (NDR : ou vide selon…)

Une immense toile est tirée devant le podium. Elle le dissimule. D’autres –et on ne le verra que plus tard– sont tendues sur cette estrade. Y sont reproduits des clowns d’une autre époque. Tout un décor destiné à entretenir un climat de mystère. Torse nu, un homme vient se planter à l’extrême droite de l’estrade. Il se ventile la tête à l’aide d’une aile d'oiseau. C’est lui le fameux danseur. Son nom ? Biño Sauitzvyi. Il va successivement se transformer en clown, en cheval échappé d'un théâtre Nô japonais, en ballerine déglinguée, en disciple du butō nippon (NDR : une danse avant-gardiste, underground, imaginée par le Japonais Tatsumi Hijikata, dès 1959), en Pierrot néo-romantique (NDR : pensez au « Scary Monsters » de Bowie), en Joker (‘Batman’) ou encore en esprit d’Halloween (NDR : rappelez vous la série d’épouvante, ‘Scary Movie’).

A gauche, un piano à queue a été installé. Il est destiné à Bianca ou à Jean-Marc Ruellan. A côté de cet instru, on remarque la présence de petits amplis vox et de machines. Un matos destiné à passer la voix de Casady au vocodeur. Elle est vêtue d’une chemise de nuit surannée et porte un bonnet, surmonté d’un chapeau melon de couleur noire. Le line up est complété par Michal Skoda (drums), Takuya Nakamura (synthés, trompette, basse) et Doug Wieselman (Antony And The Johnson). Elégant dans son smoking, ce dernier assure les backing vocaux, la guitare, la flûte traversière et les cuivres (clarinette, sax alto, baryton et soprano). Au bout de trois morceaux, l’équipe est rejointe par la choriste, vocaliste et performeuse, Laerke Grontved, accoutrée comme Charlie Chaplin, dans ses films muets. Tout ce petit monde constitue le backing group de Bianca, The C.I.A.

Cocktail subtil de jazz, blues, électro et hard rock, la musique est expérimentale. Elle est hantée à la fois par Berthold Brecht, Tom Waits voire Frank Zappa. Et devrait alimenter les compos de son futur album, dont la sortie est prévue pour 2016.

Bianca chante, slamme ou récite des textes tout en triturant les cordes d’un violon. Elle semble mal à l’aise dans ses frusques. Des images de personnages aux visages blancs défilent sur la tenture, en avant-plan. On dirait qu’elles ont été tournées dans un cimetière. A moins que ce ne soit depuis l’enfer. Le danseur se métamorphose régulièrement ; mais discrètement. Dos au public, il devient une shiva masquée. En remuant les épaules, une déesse. Avant que la toile tombe, il s’est à nouveau transformé. Il grimpe sur un tabouret, puis se jette au sol ; et tel une poupée désarticulée rebondit alors que ses gestes épousent le tempo imprimé par les cuivres, dont une trompette équipée d'une sourdine. On souffre pour lui. Pourtant, malgré ses mouvements apparemment incontrôlés, sa chorégraphie est étudiée. Marlène Dietrich s’est réincarnée en Bianca. A la fois fasciné et stupéfait, j’entre progressivement dans ce ‘cabaret’ surréaliste.

Takuya et Doug sont de fameux musicos ; ils changent d’ailleurs constamment d’instruments, sans la moindre difficulté. La voix de Bianca devient diaphonique, une technique adoptée régulièrement chez les Tibétains. Faut dire qu’elle est fascinée par l’Asie. De temps à autre, elle se plante au milieu du podium, pour permettre à Biño d’opter pour un autre look, tranquillement, dans son coin. On entre alors dans un climat cauchemardesque entretenu par une forme de cacophonie, au cours de laquelle l’expression sonore s’emballe. Bianca s'est à son tour changée. En fait, elle a enlevé sa chemise de nuit, pour laisser apparaître un corps moulé dans un collant noir, sur lequel elle a enfilé un calbute trop large, digne du caricaturiste Reiser. Si elle a conservé le chapeau melon sur le crâne, elle a placé une chaîne à grosses mailles autour de son cou, au bout de laquelle est fixée une corde de chanvre. La musique vire alors à l'électro et au hip hop. Un piano désaccordé, un sax baryton et une trompette soutiennent les évolutions de Biño. Devenu funambule masqué et coiffé d’un haut-de-forme, il garde l’équilibre sur un fil imaginaire, en s’aidant d’un vieux parapluie tout déglingué.

Biño nous invite ensuite à Munich. A la fête de la bière. Mais, malgré ses couettes rousses, il ne va pas pasticher le 'Frida Oum papa' d’Annie Cordy. En fait il ressemble plutôt à un épouvantail, abandonné dans au milieu d'un champ de petits pois. D’une durée de 70 minutes, le show est ininterrompu. Attentif, mais interloqué, le public n'applaudit pas. Il apprécie le show, mais ne veut pas en perdre une goutte. En fin de parcours, Bianca Casady présente sa troupe qui est chaleureusement acclamée.

Franchement, je ne m’attendais pas à un tel spectacle. On a vécu un mix entre musique, cinéma (NDR : muet ou sonore, mais datant du début du XXème siècle), théâtre, comédie musicale et transformisme. Et je dois avouer qu’il m’a franchement subjugué. Après un petit rappel, on peut vider les lieux, des petites étoiles plein les yeux.

Mais en sortant du Bota, c’est la douche froide. On apprend ce qui s’est produit à Paris. Et tout particulièrement au Bataclan, lors du concert accordé par Eagles Of Death Metal. Il y a encore des barbares qui au nom d’une religion, se permettent d’assassiner gratuitement des êtres humains. Et notamment des passionnés de musique sans défense. On se croirait revenu au Moyen-âge…

En rédigeant ce compte-rendu, j’ai aussi voulu ne pas oublier les familles éprouvées par ces drames. Je leur adresse donc une pensée émue…

(Organisation : Botanique)

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