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Crows

Entre post punk, funk blanc, psychédélisme et garage…

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Bien que fondé en 2012, Crows n’a publié son deuxième opus, « Beware believers » (NDR : pour lire ou relire la chronique, c’est ici

) qu’en août de l’an dernier. Un album qui faisait suite à « Silver tongues », paru en 2019. Le quatuor londonien s’inscrit dans la nouvelle mouvance du rock britannique, à l’instar de The Murder Capital, IDLES, Fontaines DC, Shame et TV Priest. En outre, il jouit d’une solide réputation ‘live’, en Grande-Bretagne. Il se produisait au club de l’Aéronef, ce samedi 11 févier. Plus ou moins 250 personnes pour accueillir le band ! La salle est donc bien remplie.

C’est la formation australienne Clamm qui assure le supporting act. Ce trio power punk avait accordé un set particulièrement brillant lors de son passage au festival Leffingeleuren, en 2022. En outre, sur disque, quoique sauvage, (deux albums à son actif, « Beseech me » en 2021 et « Care » en 2002), sa musique tient la route. Depuis, la formation a subi quelques modifications de line up. La bassiste, Maisie Everett, a cédé le relais à Stella Rennex, pour se concentrer pleinement sur son groupe, Belair Lip Bombs. Mais cette dernière ne participe pas à la tournée européenne. Elle est remplacée par un autre musicien. Enfin, le drummer, Miles Harding, n’a pas fait le déplacement, non plus. C’est Alan Jones, le bassiste de la première heure, qui siège derrière les fûts.

Tout un remue-ménage qui explique, sans aucun doute, le manque de cohésion de l’ensemble. Les titres sont courts et écrasants. Finalement, seul Jack Summers, le chanteur/guitariste tente de tracer le fil rouge d’une expression sonore monocorde, assourdissante et dont les mélodies devaient certainement se cacher sous un mur de bruit. 45’ de set, c’était même beaucoup trop long pour nos pauvres portugaises…

Pour les photos, c’est

Place ensuite à Crows. Un quatuor réunissant le batteur Sam Lister, le guitariste (NDR : barbu et une veste en jeans sur le dos), Steve Gossard, le bassiste Jith Amarasinghe (NDR : il a un petit air à la Jamel Debbouze) et le chanteur James Cox. Qui se sert de deux microphones : un ordinaire et un astatique. Tantôt séparément, tantôt ensemble. Et quand il tient leurs supports en main, on a l’impression qu’il se prépare à s’élancer sur une piste de ski…

Le concert s’ouvre par « Silver tongues », le titre maître du premier long playing. Lancinante, imprimée sur un tempo tribal dans l’esprit des Cramps, cette compo est abrasée par le delay et le fuzz dispensés par la gratte de Steve. James Cox descend dans le public pendant le plus punk « Garden of England », un morceau au cours duquel, sa voix est particulièrement réverbérée. Manifestement, son charisme a de quoi impressionner. Régulièrement, il balbutie quelques mots en français, du style ‘Ça va ?’. Dès « Wednesday’s child », martelé d’une frappe sèche par Sam, le public commence à déménager au sein des premiers rangs. La ligne de basse devient caoutchouteuse tout au long de l’hypnotique « Slowly separate », et le spectre de la bande à feu Lux Interior se remet à planer. « Only time » emprunte le rythme d’un convoi ferroviaire lancé à toute allure. « Closer still » s’avère plus lourd et puissant. Le guitariste ôte sa veste avant que le band n’attaque le fiévreux « Healing ». Puis, Crows nous réserve une toute nouvelle compo, qui évolue sur un mid tempo. « The Itch » alterne passages plus calmes et périodes explosives. C’est alors que Cox emprunte certaines intonations à Mark Burgess (The Chameleons). Et pour le spectateur, difficile de se détourner les yeux de ce showman.

Point d’orgue du set, le syncopé « Room 156 » est carrément hanté par le « What we all want » de Gang of Four, un morceau que pilote le drumming martial et percutant de Sam. La foule devant le podium est de plus en plus houleuse. Et un intrépide se lance dans le crowdsurfing. Un tempo similaire contamine le tout aussi fameux « Hang me high », un titre que le gratteur charge de fuzz. La ligne de basse rebondissante conduit l’hymnique et parfois psychédélique, « SNAX ». D’abord rock’n’roll, « Chain of being » adopte progressivement un rythme infernal soutenu par les accords de basse indus et traversé d’éclats de sixcordes spatiaux.

Le rappel, « Pray », sera attaqué dans la foulée. Ce single décapant date de 2015 ; et particulièrement sauvage, il ressuscite les Stooges cuvée 1970 (« Fun house » et tout particulièrement son « Down in the street »).

Entre post punk, funk blanc, psychédélisme et garage, Crows a accordé, ce soir, un superbe concert !

Pour les photos, c’est ici

(Organisation : Aéronef)

Photos Ludovic Vandenweghe

 

Lous & The Yakuza

Un concert plutôt cool…

Écrit par

Entre l’Afrique et la Belgique, Marie-Pierra Kakoma, aka Lous & The Yakuza, a vécu plusieurs vies. Auteure-compositrice-chanteuse, elle s’est construite sur des contrastes qui font la richesse de ses morceaux. Des chansons pop à la fois bouleversantes et lumineuses, aux textes percutants, sensibles, et engagés. En 2019, les planètes s’alignaient pour un bel envol : une création durant les 41èmes Trans Musicales de Rennes, l’accueil du titre « Dilemme », puis la sortie de l’elpee « Gore », à l’automne 2020. Autour d’elle alors, quelques (très bons) génies gravitent : le batteur/producteur espagnol, El Guincho (El Mal Querer De Rosalía), le rappeur, beatmaker et ingénieur du son belge, Krisy (DeLaFuentes) et un pote à Damso : Ponko (prod. Hamza). Deux ans plus tard, son second opus « Iota » propulse l’artiste sur la scène internationale.

Elle a grandi entre la République démocratique du Congo, le Rwanda et la Belgique. Son enfance a été perturbée par la guerre. Elle a été séparée de ses parents. Parmi ses autres intérêts, Kakoma est obsédée par l'art japonais ; son habitude est de dessiner ses propres pochettes de disques. Le patronyme de groupe (The Yakuza) adresse un clin d'œil au syndicat du crime japonais. Elle a connu la rue et son inconfort ; elle y a été agressée. Par la suite, elle a enchainé différents petits boulots et passait de temps en temps les nuits dans un petit studio d’enregistrement. Ce qui lui a permis d’enregistrer des tas de chansons. Elle est également mannequin et égérie de Louis Vuitton et Chloé. Elle a assuré les premières parties d’Alicia Keys, de Coldplay et de Gorillaz aux States. Elle a été surnommée –sans doute un peu trop facilement– la Beyoncé belge.

Elle se produisait donc ce mardi 7 février à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Le concert est sold out depuis longtemps.

La première partie est assurée par un certain Rea. Artiste multi-casquettes, Rea est à la fois graphiste, peintre, danseur, grapheur, beatmaker, producteur et enfin rappeur : la liste est longue. En effet, Rea ne se laisse pas enfermer dans une catégorie. Son univers musical est à son image, peuplé d’influences rap, r&b et new wave, et le tout est parsemé de sonorités congolaises. Ses premiers titres, « Amoroso » et « Therapy », sortis tous deux en 2021, cumulent à eux deux, de nombreux streams sur la toile.

Début des hostilités à 19h55 précise, Rea est seul sur les planches. Sauf pour la dernière compo au cours de laquelle deux rappeurs viennent l’épauler au micro. Quelques minutes après le set décomplexé et étonnant de Rea, le duo revient sur scène pour interpréter deux morceaux. Apparemment, le supporting act était découpé en deux parties…  

Pour les photos, c’est ici

Une estrade est posée au centre du podium afin d’accueillir les musiciens : un drummer, deux claviéristes dont un des deux abandonne régulièrement son instrument pour empoigner une basse ou une guitare. Trois escaliers placés de chaque côté, permettent à Lous d’y accéder. Elle se consacre uniquement au chant.

Elle débarque les jambes serties dans des bottes noires de type cuissardes, sur un long manteau noir descendant très bas. Ce manteau s’ouvre pendant « La Money », laissant apparaître un body noir et une jupe portefeuille blanche sur un short noir. Elle réfléchit et déclare en anglais et surtout en français que la pénurie d'argent gâche une relation.

Elle ouvre le set par « Ciel », qu’elle interprète d’une voix à la fois belle, impérieuse et maîtrisée. Avant « Takata », elle va se délester de ses bottes pour chausser des baskets de couleur noire. Elle en explique la raison : un problème récent de paralysie des jambes. Elle est souvent plantée sur son estrade, mais vient parfois au contact des premiers rangs pour les inciter à bouger. Car la foule est plutôt statique, même si elle est acquise à sa cause. Faut dire que sa voix est relativement monocorde et n’incite pas à l’enthousiasme. Il faudra d’ailleurs attendre plusieurs morceaux avant que l’auditoire commence à se dandiner, et notamment lorsque le drummer donne des impulsions électro à certains morceaux. A épingler, quand même, l’agilité des doigts du claviériste sur ses ivoires.

Attaquée en piano/voix, sa version du « Under the skin » de Frank Sinatra est superbe. « Kisé » évoque une liaison passionnée, mais imprudente. Lous y intègre l'anglais au français comme s'il n’existait pas de déconnexion. Dans le refrain, au lieu de ‘À deux dans le moshpit, aux pieds nos Yeezys’, elle s’autorise ‘Ensemble dans le moshpit, Yeezys on our feet’ (NDR : en fait, Yeezys est la ligne de chaussures Adidas conçue par Kanye West). Sur disque, elle est accompagnée par Damso, sur « Lubie ». Elle nous en livre une version dépouillée, empreinte de douceur, mais magnifique.

23 morceaux enfilés, en 75 minutes ! La setlist de Lous & The Yakuza a quasiment visité les plages de ses deux albums « Gore » et puis surtout son dernier, « Iota ».

Finalement ce sont les compos les plus cool, parfois teintée de soul ou de jazz qui ont marqué les esprits…

Pour les photos, c’est

Setlist : « Ciel », « La Money », « Takata », « Interpol », « Tout Est Gore », « Dans La Hess », « Kisé », « Handle Me », « Bon Acteur », « Courant D'Air », « Under My Skin » (Frank Sinatra cover), « Lubie », « Je Ne Sais Pas », « Laisse-Moi », « Autodéfense », « Trésor », « Solo », « Yuzu Balade », « Hiroshima », « Monsters », « Téléphone Sonne », « Amigo ».

Rappel : « Dilemme »

(Organisation : Ancienne Belgique et Live Nation)

 

 

Big Flo & Oli

La joute verbale de frangins inséparables…

Écrit par

Votre serviteur avait assisté, pour la première fois, à un concert de Big Flo & Oli, en 2017, dans le cadre de l’édition 2017 des Francofolies de Spa, en ouverture, sur une scène annexe. Puis lors du festival Couleur Café, l’année suivante. Il existe une forme d’histoire d’amour entre les frérots et le public belge qui leur a permis, en quelque sorte, de décoller. Ils sont donc de retour, ce 24 janvier, à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Et le public a répondu en masse…

Leur dernier album, « Les autres, c’est nous », est paru en juin de l’année dernière. Les frangins ont un goût prononcé pour les jeux de mots et figures de style qui leur permettent de suggérer plus que de dire et de provoquer davantage d'émotions. Ils aiment raconter des histoires simples qui peuvent émouvoir et toucher le grand public, tout en faisant passer un message. Très observateurs, ils trouvent leur inspiration dans le quotidien. A l’instar de MC Solaar, leurs textes peignent la vraie vie sans filtre, des textes qui font vibrer, rire, s'énerver ou pleurer, en traitant de sujets aussi limpides que les liens qui les unissent, l’arrivée des 30 ans, la guerre ou encore le padre qui est leur idole.

Le supporting act est assuré par Youssef Swatt’s, un Tournaisien dont le rêve vient de se réaliser : fouler les planches de l’institution mémorable. Lorsqu’il y grimpe, on le sent particulièrement ému. Il est soutenu par un préposé aux ivoires et un autre aux scratches. Il est venu défendre son premier elpee, « Pour que les étoiles brillent », paru en 2022.

Son set s’ouvre par « Aleph », probablement une nouvelle compo. Son slam est excellent, son flow cohérent et ses textes tiennent la route. Trempés dans l’amertume, ils décrivent le quotidien de toute une génération. Bref, son rap old school semble plaire à l’auditoire. D’autant plus que Youssef a manifestement la niaque. A suivre de très près…

Setlist : « Aleph », « La Bagarre », « Miroir », « Fais-le », « Etoile Filante », « Sauvez le Monde », « Entre Nous », « Remonter Le Temps ».

Sur les planches, Big Flo et Oli sont soutenus par un drummer, un guitariste, un préposé aux scratches (NDR : derrière ses platines, of course), un violoncelliste et deux claviéristes qui se chargent également des parties de basse et de guitare. Oli souffle parfois dans sa trompette alors que Big Flo se charge épisodiquement de la batterie ou des ivoires. 

Une énorme estrade a été installée au fond de la scène. Elle est accessible par 6 larges escaliers tant depuis le front que par l’arrière. Juste au-dessus, 4 à 5 écrans vont laisser défiler des vidéos, mais également le logo du dernier elpee.

Le backing group entame le set par « La vie d'après ». Mais lorsque les frères prononcent les premiers mots de la chanson, les applaudissements fusent de toutes parts.  

Dans « J’étais pas là », Flo explique qu’Oli était parti sur une minuscule île malgache, pour participer à l’émission de télévision française, ‘Rendez-Vous en terre inconnue’, pendant trois semaines, sans pouvoir le contacter ni communiquer via les réseaux sociaux. Il a donc écrit cette chanson, expliquant le vide laissé par l’absence de son frère. C’est le moment choisi par l’équipe technique de projeter sur l’écran, le padre qui déclare alors : ‘On s’en bat les couilles !’. Mais on a aussi droit à une chanson qui déclare leur amour à l’égard de leur paternel, tout simplement intitulée « Papa ». L’ambiance est alors plutôt latino. Oli choisit même ce morceau pour intervenir à la trompette. Résultat, c’est le souk dans le public. Faut dire que l’interactivité est totale entre les Toulousains et la foule. Tout le monde connaît les paroles et les reprend régulièrement en chœur. Oli annonce que c’est l’anniversaire de Flo. Le public embraye par la formule consacrée. Le cadet des Ordonez avoue aussi son attachement à son pays, la France.

Le rap reste avant tout pour eux une joute verbale faisant appel au flux de paroles ; les mots retrouvent alors toute leur fraîcheur et leur authenticité. Les artistes essaient de prendre de la distance avec certains clichés du rap moderne, ce qui apparente souvent leur style à un retour aux sources du rap à l'ancienne.

Juste après le petit medley « Alors alors, Bienvenue chez moi, Comme d'hab, Gangsta », Flo signale qu’ils ont entamé une tournée des petits clubs et des salles de taille moyenne pour 28 dates, un périple qui suit une tournée des Zéniths ; et enfin qu’ils se produiront fin février, au Palais 12. Oli lui rappelle qu’il doit diminuer son égo et reconnaît qu’en Belgique il y a une ambiance de malade. Ce dialogue démontre qu’il existe une grande complicité entre les frangins. Après 10 bonnes minutes d’applaudissements, suivis du folklorique ‘Waar is da feestje, hier is da feestje !’, un plateau en bois est présenté à l’auditoire sur lequel une vingtaine de titres de chansons sont mentionnés. Elles sont présentées à une main innocente qui en tire deux au sort : « Les gens tristes » et « Tant Pis, Tant Mieux ».

« Sacré Bordel » est déclamé à cappella. Tout au long de « Coup de vieux », la foule se substitue à Julien Doré qui reprend la chanson en chœur.

Le Palais 12, c’est déjà pour bientôt…

Entre énergie et douceur, paroles engagées ou autodérision, ce spectacle a plu, aussi bien aux tout petits qu’aux plus grands…

Setlist : « La vie d'après », « J'étais pas là », « Papa », « Plus tard », « Alors alors, Bienvenue chez moi, Comme d'hab, Gangsta », « Demain », « Début d’empire », « Tant pis ou tant mieux », « Sacré Bordel » (a cappella), « Sur la lune », « Les gens tristes », « Insolent 4 », « Dommage », « Booba », « Coup de vieux », « Dernière », « Bons élèves ».

(Organisation : Backinthedayz)

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Funky Rob

Il aurait même pu reprendre le célèbre « Get Up Sex Machine » de James Brown…

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Ce soir, ‘Funky’ Rob, aka Robert Roy Raindorf, se produit au club de l’Ancienne Belgique. Fin des seventies, le Ghanéen avait signé deux hits devenus des classiques, aujourd’hui quelque peu oubliés : « Funky Rob Way » (1977) et « Make It Fast, Make It Slow » (1978). Ce dernier morceau avait même été samplé par l’incontournable J Dilla. La salle est bien remplie, comme celle du rez-de-chaussée, qui accueille les rappeurs du 91. Pas de supporting act. Le concert est annoncé pour 20h30. Il débutera avec 20 minutes de retard.

ROB, c’est du funk ghanéen emprunté à des références du style, comme James Brown et Otis Redding.

En ‘live’, Funky ROB est soutenu par le Flammer Dance Band, un sextuor norvégien, responsable d’une musique afro-psychédélique. Soit un percussionniste (djembés, tambourins aux dimensions réduites), deux guitaristes, un bassiste, un drummer, un saxophoniste et un préposé aux synthés.

C’est ce collectif qui ouvre le set par deux morceaux instrumentaux, avant que Funky ‘ROB’ ne débarque. Hormis la chemise et la ceinture de couleur blanche, il est vêtu de rouge : costard, cravate et stetson enfoncé sur le crâne.

Particulièrement souriant, il communique instantanément sa bonne humeur à l’auditoire. Les synthés vintages, les effets planants, quelques grooves sympas, des breaks enlevés et des percus généreuses incitent tout le monde à danser. Que ce soit sur le podium ou dans la foule. Rob invite des filles à danser avec lui sur l’estrade. Une dizaine d’entre elles vont ainsi défiler lors du show. Et quoique particulièrement émoustillées, elles dansent plutôt bien, il faut le reconnaitre. Et dans le même esprit, les musicos vont également participer à ces mouvements collectifs. Si ses paroles sont plutôt simples et répétitives, ROB mouille sa chemise, à la manière d’un James Brown. Et alors que les riffs de guitares funkysants à la Nile Rodgers et les accords de basse en slap tapping sont légion, les interventions du saxophoniste enrichissent l’expression sonore.  

Funky Rob quitte la scène le temps de deux morceaux, mais lorsqu’il revient sur les planches, c’est pour attaquer ses deux hits, « Funky Rob Way » et « Make It Fast, Make It Slow ». Deux compos bissées, mais sous des formes différentes

Certains titres virent parfois à l’afro beat psychédélique à la manière de de Fema ou de son père Fela Kuti. Un périple à travers l’Afrique occidentale qui concède quelquefois des réminiscences au blues du désert.

Avant de vider les lieux, ROB salue longuement la foule, entraînant avec lui, derrière la scène, deux filles apparemment surexcitées. On ne connaît pas la suite de l’histoire. A vous de l’imaginer…

Il aurait même pu reprendre le célèbre « Get Up Sex Machine » de James Brown…

Setlist : « Intro - Gatta See You Again », « He Shall Live In You », « Make It Fast », « Funky Rob Way », « How Do You Think You Are », « Loose Up Your Self », « Just One more Time », « Boogie On », « Moor », « Make It Fast original », « Extra Lat », « Make It Fast Remix »

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Ibeyi

Une histoire de famille…

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Ce soir, Ibeyi se produit à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Le concert est sold out. Ibeyi signifie ‘jumelles’ en langage yoruba, idiome africain hérité des esclaves noirs, dans les Caraïbes. Etablies et nées à Paris, elles sont d’origine cubaine. Le père de Lisa-Kaindé et Naomi Díaz était percussionniste chez Buena Vista Social Club auprès d’Ibrahim Ferrer, Rubén González et Máximo Francisco Repilado Muñoz. À sa mort, les deux sœurs, alors âgées de 11 ans, apprennent à jouer du cajón, l'instrument fétiche de leur paternel, et étudient les musiques folkloriques yoruba. A leur actif, quelques Eps, et déjà trois elpees.

Le supporting act est assuré par Astrønne, une chanteuse/compositrice française qui, récemment, a publié un Ep, « Blue Phases », pour lequel elle a reçu la collaboration de LaBlue.

A 19h30, elle grimpe sur les planches, armée d’une gratte semi-acoustique. C’est la première fois qu’elle se produit en Belgique. Elle signale qu’elle se nomme Astrønne sans le ‘aute’ et qu’elle va interpréter huit chansons tristes. Elle s’installe sur un siège haut, face à son micro et une loop machine.  

Elle interprète des chansons intimistes, aussi bien dans la langue de Voltaire que de Shakespeare. Elle y parle de l’amour universel. De la passion qui emporte. Ses compos murmurent les amours qui nourrissent, qui brûlent. Et elle partage ces sentiments avec nous.

Sa voix est douce et fluette, mais au fil du set, elle prend de l’assurance. Très souvent, on pense à Irma.

Elle remercie également les sœurs Ibeyi de l’avoir choisie comme première partie. Jolie découverte !

(Voir notre section photos ici)

Vêtue d’un pantalon mauve et d’un body noir et jaune fluo, Lisa Kaindé a les cheveux longs et crépus. Elle va se charger des percus, et tout particulièrement des djembés. Habillée d’un pantalon noir et d’une veste jaune fluo parsemée d’étoiles, Naomi Diaz est coiffée en couettes. Elle se consacre au piano. Les jumelles se partagent le chant, tour à tour en français, anglais, espagnol ou dialecte yoruba. Quant à la musique, elle oscille de la world à la soul en passant par le trip hop, la néo soul, l’électro, la soul et le negro spiritual, mais sous une forme contemporaine.

Le set s’ouvre par « Made Of Gold », un extrait du dernier opus. La voix de Naomi est plus grave que celle de Lisa, mais leurs harmonies vocales sont enchanteresses voire féériques. Elles célèbrent l’attachement et le respect mutuel mais également les souvenirs vivaces et autres traditions qui vibrent en elles. Elles ressentent aussi bien la joie que la nostalgie marquée par la douleur et la disparition d’êtres chers à travers des titres vibrants et déroutants, à l’instar de Sangoma ». Elles clament leur amour l’une pour l’autre, tout au long de l’émouvant « Sister 2 Sister », en évoquant leur histoire, leurs débuts, leur famille ; et le tout est illustré par des photos et vidéos d'elles enfants

Outre le tout dernier single, « Juice Of Mandarins », le tandem va nous réserver une reprise à la sauce latino du « Would You Mind » de Janet Jackson. Mais elles ne vont pas pour autant oublier d’anciennes compos telles que « Me Voy », « Away Away », « Oya », « Ghosts » ou encore « River » …

Enfin, le groove des compos et les déhanchements dangereusement sexy des deux filles vont constamment donner envie à la foule de danser…

(Voir notre section photos )

Setlist : « Made Of Gold », « Me Voy », « Rise Up », « Lavender & Red Roses », « Exhibit Diaz », « Away Away », « Ghosts », « Creature (Perfect) », « Juice Of Mandarins », « Would You Mind » (Janet Jackson cover), « Waves », « Mama Says », « Oya », « Sangoma », « No Man Is Big Enough for My Arms », « Rise Above (This Is Not America) », « Deathless », « Hacia El Amor », « Sister 2 Sister », « River », « Ibeyi (Outro) ».

Encore : « Tears Are Our Medicine »

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

 

(Hed) PE

(Hed) PE, le caméléon du rapcore…

Écrit par

Ce soir, le Zik-Zak accueille trois groupes. En supporting act, SmokeBomb ainsi que Psycho Village et en tête d’affiche, (Hed) P.E, un crew ‘old school’ qui compte 24 ans de carrière au compteur.

Hed PE, également connu sous le patronyme de (HeD) Planet Earth, est une formation américaine originaire de Huntington Beach, en Californie. Son rapcore est le fruit d’un mix entre différents styles musicaux, puisant aussi bien dans le hip hop et le reggae pour les vocaux que dans le nu metal/punk (les guitares lourdes), le grind/punk (les drums), l’électro (les samples) que le DJing (les scratches). A son actif : dix albums studio. C’est la seule date de la tournée européenne qui passe par la Belgique. Bonne nouvelle, il y a du peuple dans la place.

Comme les musiciens de Psycho Village accusent 3 heures de retard, à leur arrivée, c’est la combo belge SmokeBomb qui ouvre les hostilités. Et le premier concert est retardé de 30 minutes. Ce combo est responsable d’un cocktail groovy entre hip hop, punk et métal.

Les membres du quintet ont choisi des pseudos à coucher dehors. Jugez plutôt. Aux drums, G. Loose. A la basse, TanBomb. A la guitare, Gravel Piet ; et derrière le micro, K. Arnish. Sans oublier DJ CrustKiller, le préposé derrière les platines, qui se charge des scratches. Les musicos semblent à l’étroit sur le podium, vu le matos déjà installé pour les sets suivants. Ce qui ne les empêchent pas de déménager sur les planches. Et tout particulièrement K. Arnish. Excité comme une puce ou monté sur ressorts (au choix !), il va déjà mettre le souk dans la fosse. Et les autres musiciens ne sont pas en reste. Seul le drummer frappe ses fûts en puissance et cadence ; mais en l’observant trépigner, il ne serait pas hostile à l’installation de roulettes sous son kit de batterie.  

L’essentiel de la setlist émane d’une cassette démo baptisée « Ninja Tape ». Parue en 2018, elle est devenue depuis, un collector. Elle recèle 7 plages qui suintent l’art de rue. Les titres présentent une structure globalement similaire avec des couplets à l’accent léger et des refrains qui vous embarquent dans un tourbillon d’énergie. Mais le combo va également nous réserver le dernier single, « Harvest », ainsi que l’une ou l’autre nouvelle compo. La voix de K. Arnish répond bien aux codes du hip-hop et lors des refrains, elle descend agréablement dans les graves, ce qui communique davantage de férocité à l’expression sonore…

Setlist : « Intro », « Showtime », « PMA », « Out Of Control », « The Way We Do It », « Stone Art Anthem », « Interlude », « Impakt », « SmokeBomb », « Harvest », « Face The Fact ».

Place ensuite Psycho Village. Un band fondé en 2009 par le chanteur et guitariste Daniel Kremsner, alors qu’il n’avait que 15 ans… Le style musical ? Il navigue quelque part entre post-grunge, rock, pop et hard rock. Le line up a enregistré un changement de bassiste, puisque Jarred remplace Maximilian Raps, qui a dû quitter l’aventure, pour raisons de santé. En outre, Johannes Sterk n’a pu se libérer pour la tournée, retenu par son travail. Et c’est Brad qui le supplée derrière les fûts.

Une toile est tendue en fond de scène pour permettre la projection de vidéos. La setlist va privilégier les morceaux issus des deux premiers elpees studio, « Selfmade Fairytale - Part 1 » (2014) et « Unstoppable » (2019). Mais aussi de nouvelles chansons, à l’instar du single « Fragile », paru en avril dernier.

Passé les sonorités électroniques saupoudrées tout au long de l’intro de « Chasing The Sun », la guitare prend le relais et libère des riffs bien balancés, alors que la voix se révèle puissante et très mélodique. Le refrain est entraînant. Une compo sculptée dans un alt rock teinté de post punk. La ligne de basse incite à la danse, tout au long du percutant « What Was That ». Autre compo récente, « Finally Over » est ravagée par les sonorités de gratte, alors que le refrain demeure accrocheur. Etonnant, mais parfois la voix de Daniel emprunte des inflexions Billy Corgan (Smashing Pumpkins). La section rythmique canalise parfaitement « Half Caste Symphony », un morceau au cours duquel les riffs de la six cordes deviennent huileux voire graisseux, alors que belliqueux, le vocal trahit des réminiscences grunge. Une voix qui redevient très mélodique sur « Fragile », alors que sauvages mais fringants, les claviers frôlent l’univers de Bring Me The Horizon… Un chouette concert !

Setlist : « Chasing The Sun », « What Was That », « Finally Over », « When I Look Around Me », « Half Caste Symphony », « Fragile », « Unstoppable », « Legendary ».

Casquettes bien vissées sur le crâne, les musicos de (Hed) PE grimpent sur l’estrade. Un quatuor réunissant le chanteur et leader Jared Gomes (Paulo Sergio Gomes), le drummer Major Trauma (Jeremiah Stratton), le guitariste Gregzilla (Greg Harrison) et le bassiste Kid Bass (Kurt Blankenship). Particularité, les manches de ces deux derniers possèdent une corde supplémentaire.  

Dès le premier morceau, « R.T.R. », issu de l’Ep « Sandmine » (2021), la foule est en ébullition. Les spectateurs jumpent, bondissent et parfois se lancent dans le crowdsurfing. Planté devant le podium, votre serviteur bat en retraite et s’installe près de la table de mixage, où l’endroit est moins périlleux. « Killing Time » nous replonge en 2000, un extrait du second elpee, « Broke ». Les grattes sont lourdes et les riffs brefs. Du rapcore ‘old school’ dans toute sa splendeur ! Dans la salle, la température monte encore de quelques degrés. Gomes se sert d’un melodica, un instrument qui apporte une fraîcheur certaine à l’expression sonore. Les musicos ont l’air amusés de voir le public s’enflammer. Extrait de l’album « Back 2 Base X » (2006), « Let's Ride » se distingue par des accords de gratte naturellement distorsionnés et saturés, une ligne de basse charnue et un drumming explosif. Bien que plus paisible, l’adaptation rapcore du « Get Up, Stand Up » de Bob Marley et de ses Wailers fait un véritable tabac. Certaines compos exhalent même un parfum venu des plages de la Jamaïque. La machine est bien huilée. La formation est manifestement capable d’adapter des tas de styles musicaux. Et même parfois dans l’esprit du Clash. Entre nu metal, rapcore et punk, « Peer Pressure » remet un coup de pression. Intensité qui ne faiblira jamais jusqu’au dernier morceau de la setlist…

(Hed) PE constitue probablement le plus brillant caméléon du rapcore…

Aloïse Sauvage

Chanson française 2.0

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Chanteuse, actrice, danseuse, circassienne, Aloïse Sauvage a plus d'un tour dans son sac. Son premier Ep, « Jimi », confirmait en 2019 tout le bien qu’on pensait d’elle et a littéralement fait le buzz... Dans la foulée, son premier elpee, « Dévorantes », était paru fin février 2020, juste avant le confinement. Pas de chance, les ventes de cet opus se sont arrêtées et elle a dû annuler plus de 50 concerts. Elle vient de publier son second LP, « Sauvage ».

À bientôt 30 ans, Aloïse a compris que la vulnérabilité était une force. Elle questionne celle qu’elle était et qu’elle reste. Dans ses oreilles, Kanye West, Noga Erez, Stromae, Orelsan, Justin Bieber. Dans son regard, Oeeping Tom, Vimala Pons, James Thierrée, Wim Vandekeybus. Elle conjure les tabous, scande la rue, la nature, la sensualité, le courage d’être soi et fait don au public de son inépuisable vitalité.

Le concert qui va se dérouler ce soir, était prévu depuis 3 ans. Il avait été reporté à 3 reprises. L’Orangerie du Botanique est pleine à craquer…

Le supporting act est assuré par Simia. Un jeune rappeur originaire du 13ème arrondissement de Paris, qui a vécu une partie de sa vie au Canada. C’est la première fois qu’il se produit en Belgique.

L’artiste a commencé à sortir des clips en 2016, mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’il commence à récolter les fruits d’un travail de longue haleine en proposant une musique hybride oscillant entre hip hop et rock. Tour à tour chantée ou rappée, elle lui ressemble furieusement. Et pourtant, il reconnaît comme influences majeures, les Strokes, Arctic Monkeys, Oxmo Puccino, Népal, Radiohead, Pixies, The Cure, Joy Division et Nirvana. Son dernier Ep, « Trop tard », est paru en mai dernier, un essai produit par PHAZZ (Orelsan, Oxmo Puccino, SCH) qui dépeint la vie de Simia, ses sentiments, ses épreuves. Et son premier elpee, « Spécial », remonte au mois d’octobre 2019.

Sur scène, il est uniquement soutenu par Renaud à la guitare. Un PC est placé à la gauche de ce dernier qui lui permet de lancer les samples de percus et les beats. On comprend alors encore mieux ses chansons, sorte de post punk à l’énergie viscérale, délicieusement mélodique, mais dont le groove entêtant est hérité du hip-hop.

Tout au long de l’entraînant, « Trop Tard », le titre maître de l’Ep, tout le monde saute sur place, tant sur les planches que dans la fosse et particulièrement au sein du public très jeune… et féminin. Lors des morceaux interprétés en piano/voix, la voix de Simia évoque celle de Jean-Louis Bertignac. A l’instar de « Elle te Hante ». « Doucement » fait craquer les cœurs des minettes. Les paroles parlent de la vie, de ses joies, de ses désespoirs et de ses perspectives. Dans la dernière chanson de son set, il revisite « Je ne sais pas danser » de Pomme, dans un style mi-rap, mi-rock.

Le gaillard a de l’avenir sur les planches, il est généreux, sympa, humble et sait mettre de l’ambiance…

Trois estrades ont été installées sur le podium de l’Orangerie. Une pour accueillir le drummer Mathieu Épaillard (un pote à Roméo Elvis, dixit ses parents, postés à côté de votre serviteur), une pour Aloïse (NDR : of course, au centre) et une dernière pour le claviériste Victorien Morlet.

Aloïse débarque. Elle est vêtue d’un body noir et d’un pantalon mauve (NDR : un survêtement de sport !) Le set d’ouvre par « Montagnes russes », la première plage de l’album « Sauvage ». Une chanson criante de criant de vérité car vécue par l’artiste. Chaleureuse, interactive, telle une amie, elle confie ses joies, ses humeurs, ses malheurs et ses émotions à son public. La voix est vocodée et semble sortir d’un cyborg. Et pourtant, il s’agit bien d’Aloïse. Dans « Soulage », elle demande de pouvoir décoller dans sa carrière. Elle se regarde dans un miroir et se livre, à travers sa poésie. « XXL » apporte un peu de douceur.

Suivant les morceaux, Eloïse s’assied sur le bord de l’estrade ou danse le hip hop. La chorégraphie est superbement exécutée.

Issu de l’elpee « Dévorantes », « Si On S’Aime » parle d’amour et de déception amoureuse.

Résolument hip hop, « M’Envoler » reflète la fragilité de l’artiste. Elle joindra le geste à la parole et s’envolera dans les airs. Elle rappelle sa présence à Forest Naional, le 22 décembre, en première partie d’Angèle (NDR : elles sont amies). ‘Depuis minus on est focus’, scande-t-elle dans son nouveau single « Focus », où elle se libère de liens qui l’entravent et où elle souligne son insatiable appétit artistique et son refus de l’hypocrisie. Un r’n’b abordé dans l’esprit de Juicy.

Aloïse Sauvage a des convictions et les clame haut et fort. Elle dédie notamment plusieurs titres de « Dévorantes » à la lutte contre l’homophobie, et tout particulièrement « Jimy » et « Omowi », presque considéré aujourd’hui comme un chant militant. Ces deux titres associés à « A l’horizonale », associés en medley, ce sont 3 hits, au cours desquels, c’est le souk dans la salle, surtout pour ce dernier morceau. L’artiste sert sa lutte par ses propos, mais aussi par le débit effréné avec lequel elle déclame chacun de ses mots. Chaque phrase percute de plein fouet…

Lors du premier rappel, elle nous réserve « Toute La vie ». Mais le public est très chaud et en réclame encore ; à tel point qu’elle reviendra encore, à deux reprises.  

Le rap est l’avenir et le renouveau de la chanson française et Aloïse Sauvage en est manifestement devenue un de ses brillants fers de lance…  

Setlist : « Montagnes Russes », « Soulages », « XXL », « Si On S’Aime », « M’Envoler », Pépite », « Joli Danger », « Fumée », « Focus », Medley : « Jimy -Omowi - A L’Horizontale », « L’Orage », « Crop Top », « Love », « Unique », « Paradis ».

Rappel : « Toute La Vie ».

(Organisation : Le Botanique)

 

Charlie Winston

Charlie a repris du poil de la bête…

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Charlie Winston est enfin de retour. Souffrant d’une hernie discale, le dandy écossais s’était retiré du circuit. Il l’expliquera plus tard ; car il est guéri. Il vient, en outre, de graver son cinquième elpee, « As I Am », un disque paru en août dernier.  

En 2008, on apprenait à connaître ce charmant gentleman, lors de la sortie de « Like A Hobo », une chanson qui racontait l’histoire d’un clochard. Un titre qui allait devenir un énorme tube. Et pour Charlie, en ce temps-là, il marchait sur l’eau ! Tout le monde se l’arrachait : radios, télévisions et surtout festivals. Mais, c’est bien connu, le succès ne dure qu’un temps et chaque médaille a son revers. Il a alors entamé une longue traversée du désert. Il faut dire aussi que sa discographie n’était plus à la hauteur des espérances. Dès lors, les médias n’avaient plus d’autre alternative que de le bouder. Heureusement, il y a 3 mois, il a publié un nouvel opus de 14 morceaux, où Charlie se livre tel qu’il est, à savoir sans détours ni filtres. Pour « As I Am », Charlie a tout changé, jusqu’au producteur. Et il a choisi Vianey. Qui vient donner de la voix, et en anglais, sur « Shifting Paradigm ». En outre, lors des sessions, il a reçu le concours du trompettiste Ibrahim Maalouf, sans oublier les parties orchestrales, enregistrées à Rome par un ensemble de 50 musiciens.  

La première partie est assurée M.I.L.K., un artiste danois très sympathique, flanqué d’un backing group. De son vrai nom, Emil Wilk, c’est un pote de Charlie.

De M.I.L.K., on connaît surtout son hit, « If we want to ». A ce jour, il a publié un Ep 6 titres (« A Memory Of A Memory Of A Postcard ») en 2017 et un premier album (« Poolside Radio Vibe ») en 2021. Il va nous proposer de larges extraits de cet elpee.

Mais au-delà de sa carrière musicale, Emil est énormément prisé pour ses talents de vidéaste. Il a ainsi déjà réalisé des clips pour Liima, Reptile Youth, Blondage, Abby Portner et Kwamie Liv. Notamment.

A l’instar de stars du business, Charlie vient présenter le band juste avant qu’il ne grimpe sur l’estrade, à 20h00. Si les rideaux sont tirés sur les côtés et derrière la table de mixage, l’espace doit bien contenir 600 personnes.

Sur les planches Emil est soutenu par un drummer et un guitariste, également préposé aux synthétiseurs. Cheveux longs et bouclés, il possède une belle gueule et doit faire des ravages auprès des filles. Même s’il s’exprime dans un français hésitant, sa prononciation est excellente. Très interactif, il signale bien aimer la Belgique, les frites, la bière, les gaufres et le chocolat. Il cherche un appartement à Bruxelles et veut s’y installer. Le gars possède un beau déhanchement et incite le public à applaudir. Ce que ce dernier consent à faire.

Inspirée par des légendes des 70’s comme Curtis Mayfield ou Shuggie Otis, sa musique est revisitée par l’électronique contemporaine, dans l’esprit de Jungle, Leisure ou Rhye.

Bien ficelée, elle est dynamisée par les accords funkysants de la gratte, qui jouée en slapping, évoquent inévitablement Nile Rogers. Lorsque le guitariste passe à la basse, le gimmick lorgne vers un Level 42 circa eighties. Et le tout est teinté d’un chouia de disco…

Place ensuite à Charlie Winston. Il se consacre au piano, au chant et à la semi-acoustique (Une ‘Martin’ !). Ce soir, il est épaulé par un nouveau backing goup, de nationalité française. En l’occurrence le drummer Vincent Polycarpe (NDR : c’est lui qui assurait la batterie sur l'album « Jamais seul » de Johnny Hallyday), le guitariste/bassiste saxophoniste Louis Sommer (NDR : il est également acteur et compositeur) et l’autre guitariste soliste François Lasserre.

Les baffles crachent la B.O. du film ‘La panthère Rose’. La salle est plongée dans l’obscurité. Charlie s’installe derrière son piano et entame, en solo, « All That We Are », après avoir été chaleureusement applaudi par la foule. Puis, c’est l’enchantement. On n’entend pas une mouche voler (NDR : il n’y en a plus).

Charlie déclare qu’une de ses amies lui a envoyé un livre. En tournant les pages, il se reconnaissait dans le personnage du bouquin. Il a suivi, à New-York, une thérapie chez une psychologue ; et il n’a plus de problèmes, depuis, suite à de nombreux traitements… et des massages. Ce qui déclenche des rires dans la fosse.

Il raconte que lorsqu’il était chez des amis à Londres, ils avait longuement causé de la mort et de la réincarnation chez un animal. Il se retourne vers Louis qui réplique : un hippopotame. A son tour, François riposte : un phacochère.

Selon Charlie, « As I am », le titre de son opus a la valeur d’un mantra (NDR : un mantra est une formule sacrée ou invocation utilisée dans l'hindouisme, le bouddhisme, le sikhisme et le jaïnisme). C’est un moyen de rappeler qui il est et ce qu’il fait…

Mais Charlie ne répond pas aux allusions (NDR : peut-être un ours ou un lapin, on ne le saura jamais).

Avant d’attaquer « Letter For My Future Self », Charlie explique qu’il s’est envoyé une lettre à lui-même. Il l’a bien reçue. Une forme de remise en question….

Enfin pour « Like A Hobo », les 3 musicos de M.I.L.K. descendent l’escalier de gauche et s’installent derrière le piano. Emil remplace alors Saule pour la seconde voix…

Charlie Winston va accorder un rappel de trois titres, avant de tirer sa révérence, dont « Shifting paradigms », mais sans Vianney que remplace irréprochablement le drummer, armé d’une gratte semi-acoustique…

Setlist : « All That We Are », « Kick The Bucket », « Sweet Tooth », « My Life As A Duck » », « This Storm », « Limbo », « Don’t Worry About Me », « Echo », « Algorithm », « Letter For My Future Self », « Open My Eyes », « Like A Hobo », « Say Something », Unconscious ».

Rappel : « Exile », « In Your Hand », « Shifting Paradigms ».

(Organisation : FKP Sorpio)

 

 

Jennifer Batten

Quelle maîtrise à la guitare !

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Ce vendredi 25 novembre, Jennifer Batten se produit au Zik-Zak, à Ittre. Et ce n’est pas n’importe qui, puisque cette guitariste américaine a participé aux tournées de Michael Jackson, de 1987 à 1997 (NDR : elle a également collaboré aux sessions d’enregistrement de l’album « Bad » et au célèbre « Thriller ») ; et entre 1991 et 2001, elle a voyagé et enregistré en compagnie de Jeff Beck. Agée de 65 ans, cette musicienne itinérante a gravé trois elpees solos : « Above Below And Beyond » (1992), un opus pour lequel elle avait reçu le concours de Michael Sembello, célèbre producteur et guitariste de Stevie Wonder, « Momentum » (1997) et « Whatever » (2008). A une certaine époque, elle militait au sein de 6 groupes différents pour lesquels elle jouait aussi bien du rock, du métal, du funk que de la fusion. Certains médias n’ont pas hésité à la considérer comme une véritable guitar-héro, à l’instar de Slash, Jeff Beck, Steve Vai, Peter Brampton, Éric Clapton ou Joe Bon amassa. Mais très étonnant, il n’y a pas plus de 70 personnes pour assister au concert de cette artiste qui possède un tel cv…

Longue crinière blonde, tenue pailletée pour ne pas dire glamour, plutôt sexy, Jennifer Batten grimpe sur l’estrade. En fond de scène, des vidéos vont défiler sur un écran géant ; des clips pour lesquels elle a composé la musique. Pendant 45 minutes, elle est seule, armée de sa gratte, face au public et devant son tapis de pédales ; et le tout est discrètement enrichi de sonorités électroniques. Le light show est tout aussi sobre, les oscillations stroboscopiques risquant de lui provoquer des crises d’épilepsie. Bref, un éclairage suffisant pour percevoir ses accords sur ses six cordes. Et cette simplicité touchante et intimiste se traduit par une forme de complicité auprès d’un public attentif à sa prestation. Au cours de ce premier volet instrumental, elle va notamment adapter des compos de Billie Ellis, Britney Spears, Imagine Dragons, Jeff Beck, mais aussi interpréter des morceaux issus de sa plume.

Après un entracte de 10 bonnes minutes, Jennifer revient sur le podium, flanquée du bassiste/vocaliste Niklas Truman et du drummer John Maclas. Au répertoire, à nouveau des reprises. Et notamment d’Aretha Franklin, de Jeff Beck, de Toto et de ZZ Top, dans différents styles qui vont osciller le la pop au rock, en passant par le jazz, le blues et le bluegrass. Pas de convers de Michael Jackson, mais une performance tour à tour technique, expérimentale ou avant-gardiste, au cours de laquelle le bassiste prête, de temps à autre, sa voix. Mais quelle maîtrise à la guitare !

(Organisation : Zika-Zak et Rock Nation)

The Cure

Intemporel

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Dans la vie, des choix drastiques se posent parfois. Certains ont dû y faire face ce mercredi 23 novembre 2022. Supporter les Belges lors de leur rencontre face au Canada ou se déplacer à Anvers pour y assister à un concert d’anthologie.

Les dirigeants de la FIFA n’ont en effet pas mesuré l’impact de programmer un match de la coupe du monde (fort décriée) alors que Robert et son équipe font escale au sein du plat pays dans le cadre d’une tournée européenne. Mais, à voir le nombre de fans qui ont rejoint le Sportpaleis, à Anvers, la question ne s’est probablement pas posée très longtemps !

C’est donc au sein de cette salle de spectacle multifonctionnelle, que le groupe devenu mythique, The Cure, a posé ses flight cases. Un endroit approprié puisqu’il peut accueillir jusqu'à 23 000 spectateurs. Et devinez quoi ? Le concert était sold out depuis de nombreux mois déjà. Pas étonnant vu la popularité de la formation !

The Twilight Sad, un des groupes préférés de Robert Smith assurait le support act. Malheureusement, la circulation était tellement dense que votre serviteur n’a pu profiter de cette entrée en matière. Mais le plat du jour est si consistant qu’il n’y aura aucun regret à avoir.

A 20h45 pétantes, la grande messe débute. La salle est pleine à craquer. Les musiciens s’avancent un à un tout au long d’une longue intro dévoilant un « Alone », nouveau morceau, issu d’un elpee que l’on annonce depuis (trop) longtemps et dont le titre devrait être « Songs of a Lost World ».

Une plage atmosphérique, presque religieuse, durant laquelle le gros Robert s’empresse de faire le pitre devant les caméras plantées sur le podium. Et lorsqu’il se met à chanter, vers la moitié du morceau, on se rend compte que sa voix si caractéristique, d’outre-tombe, n’a pas changé d’un iota. Dire que, lorsque The Cure s'est formé, Smith n'avait pas l'intention d'en devenir le leader, ni même le chanteur. Il l’est devenu par la force des choses, aucun de ses partenaires n'ayant convaincu face au micro.

Ce ne sera pas la seule découverte de la soirée ! Il offrira au public quatre autres inédits dans une veine tout aussi succulente : « And Nothing Is Forever », « A Fragile Thing », « Endsong », et « I Can Never Say Goodbye », un déchirant message à l'attention de Richard, son frère, disparu en 2019. Un opus annoncé comme l’un des plus ténébreux dans la carrière de The Cure, la mort du père et de la mère de Robert, survenus la même année, planant également dans ses chansons.

Simon Gallup, qui avait quitté la formation en 1982 à la suite d’une querelle avec le sexagénaire concernant la promotion de l’album « Pornography », a retrouvé son rôle de bassiste au sein du line up. Et il est toujours aussi convainquant. Ses lignes mélodiques sont entêtantes. Une patte qui lui est propre sur chacun des morceaux. A le voir s’amuser sur l’estrade, nul doute que la complicité qui le lie au leader semble intacte, même si le musicien avait une nouvelle fois quitté le band en 2021. Un remake de ‘je t’aime moi non plus’, en quelque sorte…

Jason Cooper se charge des fûts, tandis que Perry Bamonte, à gauche de la scène, passe des claviers à la guitare. Également préposé aux claviers, Roger O’Donnell, planté à droite, se charge de dispenser des nappes plaintives. Quant à Reeves Gabrels, ex-six cordiste de David Bowie, il est le responsable de solos éclatants.

Si le temps n’a pas d’emprise sur la popularité du combo qui rencontre toujours une fameuse notoriété, Robert Smith a le physique de son âge. Si le maquillage enduit toujours son visage, ses cheveux, bien qu’encore hirsutes, sont grisonnants. Que dire alors de son ventre bedonnant ? Mais quoiqu’il en soit, sa niaque est demeurée intacte.

Le light show est assez discret. Tantôt, de jolis voiles lumineux balaient les musicos, tantôt des images parfaitement adaptées sont projetées sur un écran géant situé derrière la scène comme ces cœurs rouges sur un « Friday I’m In Love » pétillant alors que The Cure ne venait pas défendre la réédition de « Wish » pour célébrer les 30 ans de sa sortie. Quoiqu’il en soit, le public a tout de même pu se réjouir d’entendre ce titre qui n’a pas pris une ride.

De beaux effets donc joliment orchestrés à l’image de ce paysage rural qui se décolore au fur et à meure d’un « Last Day Of Summer » d’une authenticité rare.

Alignant au passage 28 morceaux qui jalonnent la carrière du groupe, le combo a véritablement mis le feu aux poudres dès les premières notes de « Burn », une compo qui figure sur la bande originale du film, devenu culte, « The Crow ». Mais l’hystérie la plus complète atteindra son point d’orgue sur un « Push » et sa rythmique endiablée encouragée par les milliers de spectateurs.

Un Robert en très grande forme ! Lui qui d’habitude se fait plutôt discret, s’octroie des moments de pitrerie auprès d’un Gallup qui n’est pas en reste lorsqu’il l’affronte, épaule contre épaule, faisant mine de le bousculer. Ou encore lorsqu’il s’octroie de petits pas de danse maladroits devant un public amusé.

Une soirée où The Cure a aligné (forcément) des tubes, mais aussi des perles moins connues de son vaste répertoire : « The Hanging Garden » et son solo de guitare, l’hypnotique « Pictures Of You », le vénérable « At Night », l’intemporel « Charlotte Sometimes », l’immortel « Play For Today », l’irrévérencieux « Shake Dog Shake » ou encore un « From The Edge Of The Deep Green Sea » qui pourrait sonner le glas d’une soirée riche en émotion.

Que nenni ! Après une brève pause, le groupe a gardé sous le coude une pléiade de titres. Un premier rappel est consenti, au cours duquel un « Faith », rappelant les débuts du band, et une version stellaire de « A Forest », où la basse de Simon finira sur les planches dans une euphorie indescriptible, sont accordés.

Le second encore est destiné aux puristes. Une enfilade de chansons que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (et c’est bien dommage) : « Lullaby », « The Walk », « Close To Me », « In Between Days » ou « Just Like Heaven » qui a servi, dans une version instrumentale, de générique à l'émission de télévision française ‘Les Enfants du rock’.

Et comme toute bonne chose, a une fin, un « Boys Don’t Cry » complètement hors du temps. Une jolie façon de se quitter, sans heurts et sans larmes…

A priori, pas un adieu, juste un au revoir, le ’See you soon’ de Smith laissant planer l’organisation d’une éventuelle tournée dans le cadre de la promotion du futur opus…

Il est près de 23h15. La formation a joué deux heures trente de manière quasi-ininterrompue. Une belle prouesse à souligner.

Un constat s’impose, l’acoustique du Sportpaleis, qui parfois souffre de la structure en béton, a été d’une limpidité surprenante, permettant ainsi d’apprécier toute la subtilité des sons et de la prestation des musiciens.

Un seul et unique regret, l’absence de l’épique « Plaisong », plage d’ouverture de « Disintegration », qui semble avoir été interprété lors de certains concerts du circuit…

L’homme habillé de noir éprouve beaucoup de difficultés à quitter ses convives. Il lui faudra plusieurs minutes avant qu’il n’ait le courage de retourner dans les coulisses et rejoindre ses comparses.

Que d’émotions réunies en une seule et unique soirée…

Si ce n’est le concert d’une vie, il aura été certainement un des plus beaux dans celle votre serviteur qui a déjà pourtant déjà bien bourlingué.

Setlist :

Alone – Pictures Of You – A Night Like This – Lovesong – And Nothing Is Forever – Burn – The Hanging Garden – The Lase Day Of Summer – A Fragile Thing – Cold – At Night – Charlotte Sometimes – Push – Play For Today – Shake Dog Shake – From The Age Of The Deep Green Sea – Endsong – I Can Never Say Goodbye – Faith – A Forest – Lullaby – The Walk – Let’s Go To Bed – Friday I’m In Love – Close To Me – In Between Days – Juste Like Heaven – Boys Don’t Cry.

 

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