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Concerts

Suzane

Sous les couleurs de l’arc-en-ciel…

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Suzane vient de se produire à l’Olympia de Paris, devant une salle comble. Elle a littéralement retourné le site de l’abbaye de Floreffe, dans le cadre du festival Esperanzah, cet été ; et elle avait fait forte impression, lors de l’édition 2020 des Nuits Botanique, sous une pluie battante. Ce soir elle est de retour en Belgique, et à Bruxelles, dans la grande salle de l’Ancienne adaptée en Ballroom. Les 800 tickets prévus pour ce spectacle ont été vendus. Donc, il est sold out.

Océane Colom aka Suzane est née le 29 décembre 1990 à Avignon. Auteur, compositrice et interprète, c’est un électron libre de la nouvelle chanson française. Elle se définit elle-même comme une conteuse d'histoires vraies sur fond électro. A son actif deux albums : « Toï Toï », paru en 2020 et « Caméo », début de ce mois de novembre. Lors de Victoires de la musique 2020, elle a décroché celle de la révélation scène, il y a deux ans.

La première partie est assurée par Kalika. Également originaire d’Avignon, elle a publié son premier elpee, « Latcho drom », en mars dernier. Son patronyme est inspiré de ‘Sara-la-Kali’, sainte vénérée par la communauté des gitans des Saintes-Maries-de-la-Mer, mais également de la déesse indienne de la destruction et de la reconstruction. Elle a d’ailleurs été élevée dans la communauté des gens du voyage. Kalika leur est reconnaissante.

Elle dépeint ses émotions et défend ses propos dans des titres créés à partir du quotidien. Des morceaux à scander tels des véritables hymnes en concert, sur un ton souvent décalé. Ses paroles crues et provocantes racontent les histoires tumultueuses d'amour et de sexe d'une jeune féministe de 22 ans. Si elle n’a aucun tabou, ses textes sont à prendre au second degré.

En ‘live’, elle est soutenue par son compagnon aux synthés, aux machines, à la guitare et à la caisse claire.

« Chaudasse » dénonce le ‘slut-shamming’, un concept américano-canadien qui consiste à stigmatiser, culpabiliser ou disqualifier toute femme dont l'attitude ou l'aspect physique serait jugé provocant ou trop ouvertement sexuel ou qui cherche à se faire avorter. Des thèmes bien dans l’air du temps.

Déterminée, Kalika exprime sans détour son désir sexuel pour un homme dans « Olala ». Elle parle de ses émotions, ses pulsions, ses désirs propres, le tout sans retenue. Cette Catherine Ringer des temps modernes possède le regard crépitant de rage mais son sourire barre son doux visage.

Le flamboyant « Dinosaure » retrace l’histoire personnelle d’une de ses fans à l’égard d’un père rigoureux. Elle interprète ce morceau, uniquement en mode piano/voix.  

Kalika a bien joué son rôle de supporting act…

Setlist : « Intro », « Kalika Gang », « Olala », « Chaudasse », « Réveille-Toi », « Dinosaure », « L'Eté Est Mort », « Latcho Drom », « Tu Fais La Gueule », « La Dispute »

On entend Suzane déclamer un texte. Le rideau tombe et chaleureusement applaudie, elle débarque sous les applaudissements pour entamer le particulièrement « Génération désenchantée » (NDR : non ce n’est pas la reprise d’une chanson de Mylène Farmer !)

Le podium est surélevé sur les ¾ de sa surface, d’une estrade. Suzane est vêtue d’un pantacourt et d’un body de couleur noire, le tout recouvert d’un voile transparent de la même teinte.

Si elle n’est pas soutenue par des musicos en ‘live’, elle bénéficie d’une fameuse équipe technique qui se charge de la bande son, des lumières et de la projection de vidéos, sur un grand écran planté en arrière-plan. On va y découvrir des clips consacrés à ses chansons, des doublures de silhouettes de l’artiste quand il n’est pas inondé de lumières qui changent alors constamment de couleur. Et pourtant, ce team demeure discret. Un light show très susceptible d’aveugler la foule ou de se focaliser sur une Suzane en perpétuelle évolution, changeant de couleur au gré des beats et des sonorités électro dispensées.

Dès le premier titre, « Suzane », l’ambiance est déjà brûlante dans la fosse. « Et Toi Ça Va » relate le compte-rendu de ses apéros entre copines.

Suzanne s'aventure sur des rythmes plus dansants, parfois franchement festifs, un climat illustré par le single « Belladonna », tout en laissant la part belle aux paroles empreintes de réflexions sociétales, qui caractérisent son répertorie depuis ses débuts.

Lors de la chanson « « Pendant 24 H », Fabien Marsaud aka Grand Corps Malade apparaît sur l’écran, sa béquille à la main droite. S’ensuit un duo virtuel impressionnant. A l’issue du morceau on a droit à près de 10’ de ‘standing ovation’. Elle n’en oublie pas les compostions de son premier elpee, et tout particulièrement « L’Appart Vide », « SLT » et « Il Est Où Le SAV ? ». Pour ce dernier morceau, au cours duquel des images de désastres climatiques et de pauvreté défilent, un grand brun au cheveux bouclés déboule du backstage armé d’une gratte électrique : Témé Tam. Le tandem va alors mettre le souk, entrainant à nouveau, 10’ d’applaudissements. Et lorsqu’elle est émue, l’artiste nous renvoie alors des cœurs formés avec ses mains.

Le spectacle est vivant, les mots sont d'actualité, le son est excellent, mais un peu froid. Le public est jeune et même très jeune. Suzane chante son époque avec une énergie fédératrice et émouvante à souhait. Des titres immédiats, des thèmes universels et engagés.

« Krishna » raconte l’histoire de la restauratrice parisienne qui avait engagé Suzane, comme serveuse. Elle signale qu’elle lui a permis d’écrire les morceaux de son premier opus et cette chanson lui est dédiée. Bel hommage ! Adoptant la position de la déesse à plusieurs bras, elle nous parle du déracinement des populations migrantes et enchaîne par « 90 », une ode à la nostalgie de l'enfance.

« Clit Is Good » est un manifeste en faveur du plaisir (solitaire) féminin. « P'tit Gars » évoque la chronique glaçante d'un coming-out difficile. L'homosexualité est toujours présente dans l’album « Caméo », avec une différence de taille : cette fois, il ne s'agit plus d'un sujet. Car les quelques chansons d'amour de l'album sont simplement genrées au féminin. Comme une volonté, après avoir raconté, de normaliser. Deux drapeaux aux couleurs « LGPT » sont levés et un autre aux mêmes couleurs est lancé à Suzane qui l’embrasse. Le public est chaud et applaudit à tout rompre, alors que Suzane lâche quelques larmes. Le set s’achève par « Un Ticket Pour La Lune », sous un univers étoilé, tandis que sur l’écran apparait la voie lactée et la lune. Un ‘Happy Birthday’ sera même entonné pour fêter l’anniversaire de la tour manager qui débraque brièvement sur les planches.

(Organisation : Live Nation)

Rita Payés

Un concert à épingler… avec un trombone…

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Double affiche, ce soir, à l’Ancienne Belgique où vont se produire des artistes catalans. Tout d’abord, Tarta Relean, un duo qui réunit Marta Torrella et Helena Ros. Puis Rita Payès Roma, une étoile montante du jazz. La soirée est organisée en collaboration avec LivEurope et l'Institut Catalan Ramon Llull. La grande salle est configurée en mode théâtre et c’est complet.

En général, Tarta Helena figure à l’affiche des festivals de musique traditionnelle, baroque ou contemporaine. A son actif, un album, « Fiat Lux », paru l’an dernier. En boutade, la paire qui s’inspire du mysticisme, de la liturgie et du cycle de la vie, a baptisé son style de ‘chant grégorien progressif’.

Pratiquant la polyphonie, Marta Torrella et Helena Ros chantent tour à tour en catalan, espagnol, grec, latin ou séfarade. Deux superbes voix orchestrées de manière raffinée. Des mélodies souvent anciennes, mais paraissant intemporelles à travers une vision globale. Cette musique chorale est très répandue en Catalogne.

Une table est plantée au milieu du podium. On y remarque la présence d’une loop machine, de deux petits claviers ainsi que d’une cruche en cuivre équipée d’un micro. Pas de setlist. Les vocalistes sont vêtues d’une longue robe noire à paillettes fendue sur le côté alors qu’un foulard argenté enserre leurs têtes. Très interactives, elles s’expriment, entre chaque chanson, en français, en espagnol ou encore dans un anglais… parfois hésitant.

Conjuguées, les voix passent aisément des graves aux aigus, même que parfois le spectre de Björk se met à planer. Quand elles s’écartent de la table et des micros, c’est pour communiquer une impression de distance. Mais les beats électroniques apportent une coloration contemporaine à l’ensemble. Tout comme la loop machine. Mais en multipliant les chœurs, le climat vire au baroque. En outre, le son est d’une telle pureté, qu’on a la sensation d’être dans une cathédrale.

Une jolie surprise pour cette première partie…

Rita Payés vient de fêter ses 22 printemps. Sur les planches, elle est soutenue par un drummer, un contrebassiste, la casquette en pied de poule vissée sur le crâne ; et puis surtout Elisabeth Roma, la maman de Rita, qui se charge de la gratte semi-acoustique, qu’elle joue dans un style flamenco, perchée sur un siège haut. Rita se réserve le chant (NDR : parfois on dirait qu’elle croone) et le trombone à coulisses. Bref, entre mère et fille, c’est la rencontre émouvante entre deux générations. On peut même affirmer qu’elles sont fusionnelles.  

La formation va nous réserver des extraits de ses deux elpees. Chaque musicien a droit à sa petite jam. Lorsqu’elle est limitée à la mère et la fille, l’expression sonore est plutôt paisible, Elisabeth affichant sa technique en picking, alors que Rita nous caresse les tympans de ses tonalités au trombone….

Après une performance sans voix dans la salle barcelonaise, Luz de Gas, il y a deux ans, le duo a publié son second opus, « Imagina ». Au sein de cette nouvelle aventure, il propose un répertoire de musiques originales aux sonorités sensuelles et subtiles, en mêlant jazz, bossanova, lounge, guitare classique et parfois americana. Vocaux chatoyants, dans la langue de Cervantès et parfois dans celle de Shakespeare, trombone troublant, guitare énergique et ambiance totalement ibérique, l’AB programme rarement ce type de spectacle.

Un concert à épingler… avec un trombone…

(Organisation : Ancienne Belgique, LivEurope et l'Institut catalan Ramon Llull)

 

Fallen Sanctuary

Du speed/power metal…

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Un peu plus d’une cinquantaine de personnes s’étaient déplacées, ce samedi 5 novembre 2022, pour assister au concert de Fallen Sanctuary, une formation née de la rencontre entre l’Autrichien Georg Neuhauser (Serenity), qui au départ voulait se lancer dans un projet solo, et l’Italien Marco Pastorino, un chanteur/compositeur également impliqué chez Temperance. Les deux musicos se lient d’amitié et finalement décident de monter un nouveau groupe. Le patronyme du band est emprunté au second elpee de Serenity, paru en 2008. Le combo a gravé un premier opus, « Terranova », en juin dernier.

Le supporting act est assuré par Solitude Within. Issu du nord de la Belgique, il pratique un rock symphonique illuminé par la voix mélodique et rythmée de la chanteuse/claviériste/compositrice, Emmelie Arents (NDR : pour votre info, sachez également qu’elle écrit des livres consacrés au monde du ‘fantastique’, pour la jeunesse). La formation a publié deux elpees à ce jour. « Disappear » en 2017 et « When Kingdoms Fall » en octobre dernier. Et bien que métallique, sa musique nous entraîne au sein d’un univers fantasmagorique, à l’instar des publications de la front lady, un univers peuplé de fées, d’elfes, de chevaliers, de sorcières et de magiciens.

Le line up implique également deux sixcordistes (Jean-Paul Laffargue et Quincy Van Overmeire), un bassiste (Fré Delaey) et un drummer (Hans Sarazyn).

Le set s’ouvre par « Beautifully Broken », la plage d’entrée du dernier album. Et instantanément on est plongés au sein d’un climat mélodico-symphonico-gothique réminiscent de Delain, Evanescence, Within Temptation, Lunatica et Blackbriar, l'empreinte de The Birthday Massacre ayant apparemment disparue. Les mélodies sont superbes, les percus tonitruantes et les solos de gratte flamboyants.

Des sonorités de violon électronique entraînants traversent « Further Away », un morceau au refrain bien construit, à l’instrumentation recherchée et aux chœurs puissants qui soutiennent la voix d’Emmelie. « I’M Not Lost » calme quelque peu les esprits. Malgré l’emballement des cordes, « Land Of Disarray » accroche par son refrain entêtant et plaisant. Le drummer se distingue tout au long de « Over And Over ». « When Kingdoms Fall » bénéficie d’arrangements dramatiques et cinématographiques. Alors que les guitares se densifient, la voix douce et éthérée d'Emmelie devient particulièrement expressive. Les vocaux masculins dispensés tout au long d’« Astray » communiquent un sentiment d’angoisse, un peu comme s’ils émanaient du fond des ténèbres…

Setlist : « Beautifully Broken », « Breathe », « Further Away », « I’M Not Lost », « Over And Over », « Land Of Disarray », « Ice And Fire », « Astray », « To The Grave », « When Kingdoms Fall ».

Il doit y avoir 70 spectateurs, lorsque Fallen Sanctuary grimpe sur l’estrade. Outre Georg Neuhauser et Marco Pastorino, le band compte aussi sur le drummer Alfonso Mocerino et le bassiste Gabriele Gozzi (NDR : il assure également le chant chez Rhyme). Et trois vocalistes au sein d’un combo apportent un plus à l’expression sonore, la voix atmosphérique de Gabrielle constituant la cerise sur le gâteau.

Le set s’ouvre par « Terranova », le titre maître du nouvel opus. La rythmique est endiablée. Les riffs sont mélodiques. C’est Georg Neuhauser qui assure le lead vocal. « Now And Forever » se révèle plus graisseux qu’écrasant. Les voix de Georg et de Marco sont parfaitement complémentaires. L’ambiance monte alors d’un cran. « Rise Against The World » baigne au sein d’un climat dramatique. La construction du morceau est plus complexe. Les harmonies vocales sont à nouveau superbes, alors que les sonorités de gratte dispensées par Marco Pastorino, survolent l’ensemble. « Destiny » est d’une efficacité redoutable. La cover du « I Want It All » de Queen emporte, bien évidemment les suffrages. Georg s’autorise un petit bain de foule, et manifestement il est heureux de se mêler au (maigre) public. Bien que parfois old school, « Broken Dreams » ne les brise certainement pas, et nous rappelle des formations telles que Helloween, Angra ou Rhapsody. Et pour clôturer le concert, Fallen Sanctuary va nous réserver un titre acoustique…

Mais globalement, Fallen Sanctuary aura accordé un set de speed/power metal assez proche de ce que les musiciens pratiquent au sein de leurs formations respectives….

(Organisation : Zik Zak + Rock Nation)

 

Marble Sounds

Bienvenue dans l’univers feutré de Pieter van Dessel…

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Ce dimanche 6 novembre, les deux salles de l’Ancienne Belgique sont combles. Votre serviteur a cependant opté pour le club, où se produit le groupe belge, Marble Sounds.

Marble Sounds sort son nouvel elpee, demain. Ce sera son cinquième, et il est éponyme. La formation emmenée par le chanteur Pieter Van Dessel squatte depuis plus de 10 ans les sommets de la scène musicale belge. Une sacrée performance, surtout quand on sait que Van Dessel choisit rarement la facilité et aime se lancer des défis musicaux. Pour cet opus, Pieter s’est chargé de la production. La musique du band évolue vers un son de plus en plus épuré, mais toujours grandiose et universel.

Le supporting act est assuré par Lotte Lauwers aka Patches. De grande taille, la jeune femme est vêtue de noir ; chaussée d’escarpins, elle porte un pantalon transparent en dentelle et une longue veste. Son claviériste (certainement Karel Naessens) se plante à sa gauche, perdu au milieu des instruments du band de Pieter. Lotte regarde très peu l’auditoire. Quand elle ne grimpe pas sur un siège haut, ne montrant son visage que de profil, la plupart du temps, elle tourne le dos au public. Serait-ce de la timidité ?

Elle enfile des gants en dentelles –toujours de teinte noire– juste avant d’attaquer « Road To Ruin », et bien sûr, dos à la foule. Discret, le light show plonge l’artiste dans la pénombre, jonglant entre ombres et lumières. On ne se lasse pas de l'alchimie de ses mélodies, des beats et de sa voix sensuelle qui crée une énergie magique. Tout est étudié. Chaque chanson baigne au sein d’une ambiance feutrée, mais chaque fois différente. Une superbe découverte !

Setlist : « Road To Ruin », « Sweet By And By », « Bye Bye Bye », « Hot Enough », « Silver Foxes », « And Another », « Food For Fantasy », « Venice In Fog »

Marble Sounds est un collectif réunissant 10 musicos. Mais la colonne vertébrale, c’est bien Pieter Van Dessel. Ce soir, il va uniquement se consacrer au chant et au piano. Il est soutenu par un drummer (Mattijs Vanderleen), un bassiste (Gerd Van Mulders, reconverti au bugle pour « The Ever After »), un guitariste (Gianni Marzo, qui milite également au sein de différents projets, dont Isbells et Ansatz Der Machine), un claviériste (le fidèle Brecht Plasschaert), la vocaliste Renée Sys et un quatuor à cordes dont un violoncelliste et trois violonistes, parmi lesquels figurent Beatrijs De Klerck et Stefan Wellens (alto).  

Le set débute par « My Initial Intentions ». On perçoit distinctement le contact des doigts qui tapotent sur les touches d’ivoire, mais pour le reste, on n’entend pas une mouche voler ! Toute l’attention du public est focalisée sur Pieter. La musique est épurée. L’ambiance est feutrée. Les violons enrichissent la fin du morceau. En fermant les yeux, on a l’impression de pénétrer dans un autre monde. De toute beauté ! La setlist propose de larges extraits du dernier elpee, mais aussi des titres plus anciens. De quoi vous éveiller les sens et vous remplir de bonheur. « Quiet », c’est la plage qui ouvre le dernier LP. Elle permet de reprendre son souffle.

En général, l’expression sonore oscille de l'indie pop au néoclassique, en passant par l’électronique, mais elle n’est pas avare d’expérimentations. Ainsi, sur le dernier album, « Soon I'll Make Us Laugh » a bénéficié du concours d’une chorale bulgare ; et même les filles de Van Dessel sont impliquées. Les limites sont donc certainement explorées, bien que d'une manière différente. A l’instar de la version proposée ce soir. Seule Renée et les violonistes participent aux chœurs. On se croirait en stage de retraite spirituelle, dans une abbaye. Les ivoires et le quatuor à cordes constituent la trame de la musique, même si l’électronique se réserve également une part du gâteau. Comme sur « Axolotl », qui évoque Air ou Bonobo. Pieter y change de micro pour passer sa voix au vocodeur, et le résultat est convaincant. Lors du rappel, tout au long de « Jacket » (NDR : une petite merveille !), il utilise le même processus.

Un des meilleurs concerts auxquels votre serviteur a assisté, en 2022. Là-dessus, en rentrant, il va se réécouter l’album en boucle…

Setlist : « My Initial Intentions », « Quiet », « Never Leave My Heart », « All Gone », « These Paintings Never Dry », « Soon It'll Make Us Laugh », « (How It's Going To) End », « K.V. », « Light Years », « Tout et Partout », « A Drop In The Bucket », « Axolotl », « Leave a Light On », « Priorat », « The Ever After ».

Rappel : « Jacket », « Keep Repeating ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

Hollie Cook

Tropical pop !

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Hollie Cook est née d’un père batteur et d'une mère vocaliste. Et ils sont loin d’être des inconnus. Paul Cook, le paternel, était le drummer des Sex Pistols, alors que Jennie Mathias, la maman, choriste chez Culture Club. Boy George est d’ailleurs le parrain d’Hollie. L’artiste londonienne assurait déjà les chœurs au sein du groupe féministe punk, The Slits, avant de se lancer en solo. Elle invente alors son propre genre musical : la tropical pop, une musique ensoleillée rappelant ses origines caribéennes mêlant orchestrations pop, dub, reggae et r’n’b. Son quatrième elpee, « Happy hour », est paru en juin dernier ; et dans la foulée, elle a gravé un Ep 4 titres, « Move my way »

Elle se produisait ce samedi 29 octobre à la Rotonde du Botanique. Une centaine de personnes avaient répondu à l’appel. Par ailleurs, un public multiculturel.

Pas de supporting act, mais un ingé-son qui embaume la salle et la scène à l’aide d’un brûleur de ganga, 10’ avant le début du concert, répandant ainsi des fragrances d’herbe pour mettre l’auditoire en condition.   

Après une petite intro, Hollie Cook, vêtue d’une longue robe, entame le set par le titre maître du dernier elpee, « Happy Hour », un morceau au mid tempo syncopé. Elle est soutenue par un guitariste rythmique, un drummer, un claviériste et surtout un bassiste, dont les interventions dub sont particulièrement percutantes. Les instruments sont décorés de guirlandes led de couleur blanche (NDR : c’est bientôt Christmas !)

Hollie va nous présenter de très larges extraits de son dernier opus, entrecoupé de quelques tubes.  

Très interactive, elle s’exprime aussi bien en anglais qu’en français (impeccable). Cristalline, angélique, à coloration trip hop et si loin de l’univers jamaïcain, sa voix colle à merveilles aux rythmes et aux mélodies reggae. « Tiger Balm » opère une petite incursion dans l’album « Twice ». Sans jamais s’éloigner de ce style, Mrs. Cook parvient à nous faire oublier qu’on est occupé d’en écouter…

On ferme les yeux et on s’imagine au bord d'une piscine ou sur la plage, à siroter une Piña Colada, les yeux mi-clos, un vent lourd et chaud sur le visage. Les oiseaux chantent, il y a des palmiers, des bruits étranges et des vibes tropicales. Les jambes suivent la cadence et on se surprend à danser.

Parfois l’expression sonore s’ouvre vers des horizons sonores fréquentés par Groundation et inévitablement Harrison Stafford (The Professor et le leader du band californien) ainsi que Black Roots, UB 40, les Marley ou encore Linton Kwesi Johnson. Et puis à une reprise, elle va s’accompagner à la guitare semi-acoustique.

« Kush Kween » promeut les herbes médicinales (NDR : la diva jamaïcaine Jah9 a participé à la version studio). Elle incite à l’amour et à la bamboche sur « Move My Way », un morceau rappelant les ambiances de carnaval de Notting Hill.

Elle n’en n’oublie pas ses autres hits, dont « Vessel Of Love » (2018) et « Hollie Cook in Dub (Prince Fatty Presents) » (2012).

Elle nous enivre par sa douceur infinie tout au long de « Unkind Love » et récidive pendant le rappel, pendant « Gold Girl ».

Une excellente soirée propice à la danse qui nous a permis d’oublier les tracas de l’existence...

Setlist : « Happy Hour » (Intro), « Happy Hour », « Tiger Balm », « Shadow Kissing », « Superstar », « Sugar Water Bam Bam », « Unkind Love », « Toghether », « Win Or Lose », « Love In To Dark », « Moving On », « 99 », « Milk And Honey », « Praying », « Kush Kween », « Move My Way », « Stay Alive », « Postman »

Rappel : « Angel Fire », « Gold Girl », « Outro »

(Organisation : Le Botanique)

 

Wet Leg

Trop court !

Écrit par

Wet Leg, c’est avant tout les chanteuses/guitaristes/compositrices Hester Chambers et Rhian Teasdale, deux filles issues de l’île de Wight qui ont décroché un tube fulgurant, en 2021, « Chaise longue ». Après avoir publié quelques singles, le groupe grave son premier elpee, en avril 2022. Un éponyme. Le band devient carrément hype grâce à son succès critique et commercial, mais aussi son humour très second degré qu’il injecte dans ses chansons et ses clips vidéo. L’occasion était donc belle d’aller voir ce que le combo avait dans le ventre, ce vendredi 21 octobre, à l’Aéronef de Lille. Et la salle est presque comble pour accueillir la nouvelle sensation britannique…

Vers 21h05, les baffles crachent un air celtique, puis la formation débarque sur le podium. Les deux filles ont certainement dégoté leurs jupes sur un marché aux puces. Courte pour Hester, longue pour Rhian. Elles portent également un body de couleur noire, la première laissant apparaître un dos nu. La première est coiffée d’un bonnet en forme d’oreilles de chat et chaussée de bottes. La seconde est montée sur des godasses à semelles compensées (NDR : vulgairement appelées ‘écrases-merde’). Le tandem est soutenu par un trio de barbus chevelus. En l’occurrence, un drummer (très en retrait), un bassiste et un guitariste/claviériste.

Le quintet ouvre le set par « Being in love » et embraie par le libidineux « Wet dream », mais on ne peut pas dire que le résultat soit « Convincing ». C’est sympa, mais ça manque de punch et surtout de présence sur scène. Les donzelles se lancent dans une forme de yodel sur « Supermarket », en balançant des ‘high’ sinusoïdaux.  Il faut attendre « I want to be abducted », moment au cours duquel Hester abandonne sa gratte afin de se consacrer exclusivement au micro, pour assister à davantage de mouvement sur les planches. Néanmoins, il faut reconnaître que Hester possède une très jolie voix, un peu argentine. Elle signale être de retour d’une tournée aux States et être heureuse d’être de retour en Europe. Les morceaux sont courts et dépassent rarement les 3’. Plus punchy et mordant, « Oh no » se distingue par ses sonorités de grattes stridulantes. Et le contagieux « Ur mum » se nourrit d’excellent échanges de cordes, le tout ponctué de cris primaux. Pendant « To late now », les deux filles tournent sur elles-mêmes (NDR :  Hester a ôté son bonnet de félin), morceau caractérisé par des tonalités de grattes surf et un synthé aquatique. L’ambiance dans la fosse commence à décoller. Et chargé d’intensité électrique en spirale, « Angelica » incite certains audacieux à se lancer dans l’exercice du crowdsurfing. A cet instant, la musique nous replonge en pleine période ‘riot grrrlll’, dans l’esprit des Breeders, Veruca Salt ou encore Blake Babies.

Wet Leg a enfin trouvé la bonne carburation et nous délivre l’inévitable et rafraîchissant « Chaise longue » (NDR : dont le groupe vient de sortir un clip en français). Les guitares sont débridées. Le public reprend en chœur les ‘Excuse me… what ?’ Et puis, alors que le set commençait à décoller, le quintet tire sa révérence. Les lumières se rallument et on entend le « Careless Whisper » de Georges Michaël, pendant que les roadies commencent à démonter le matos. Frustrant ! Une heure de concert en tout et pour tout. C’est trop court !

Voir aussi notre section photos ici

Setlist 

Being in love

Wet dream

Convincing

Supermarket

Red eggs

I want to be abducted (by a UFO)

Obvious

Oh no

It’s a shame

Piece of shit

Ur mum

Too late now

Angelica

Chaise longue

(Organisation : Aéronef)

Gaëtan Roussel

Dans l’esprit de Louise Attaque…

Écrit par

Gaëtan Roussel a publié son nouvel album solo, « Est-ce que tu le sais », en mars de l’an dernier alors que Louise Attaque va également en proposer son cinquième, le 4 novembre prochain, six longues années après avoir gravé « Anomalie ». Il s’intitulera « Planète terre ». Puis, le groupe repartira en tournée. Quinquagénaire depuis quelques jours, Gaëtan se produisait à l’Aéronef de Lille, ce mardi 18 octobre 2022. Le concert est sold out, et il faut avouer qu’en débarquant dans la salle, il y a du monde partout. Au balcon, bien sûr, mais également sur les escaliers, tant internes que côté hall.

Les lumières s’éteignent, et dans le noir, on remarque la présence d’un guitariste, sur la gauche du podium qui aligne quelques arpèges, presque en boucle alors qu’un personnage traverse la salle en agitant une torche électrique. Puis on entend la voix de Gaëtan Roussel qui s’adresse à la foule en demandant si elle est prête. En bref, il la chauffe. Applaudissements, acclamations et outre le sixcordiste et l’Aveyronnais, qui le plus souvent va s’accompagner à la sèche, on découvre la présence d’un drummer, d’une claviériste et d’un bassiste. Il présente déjà ses musiciens. Et le set de commencer par « Est-ce que tu sais ? ». Derrière le quintet on remarque la présence d’un jeu de lumières constitué de fenêtres, comme celles d’un building, dont la couleur va changer tout au long du show ; et puis au plafond des points d’interrogation inversés sont suspendus (NDR : c’est sur l’artwork de la pochette du dernier elpee). Ils vont également s’illuminer selon les morceaux et déjà pendant « Je me jette à ton cou » (NDR : Daniel Auteuil figure dans le clip vidéo consacré à ce morceau).

Roussel est un fameux showman et il tient son auditoire dans le creux de sa main. Pendant « Si on marchait jusqu’à demain », une compo de Louise Attaque –et la setlist va en dénombrer de nombreuses– les spectateurs commencent déjà à frapper dans les mains, gestes qu’ils vont reproduire tout au long du spectacle.

Avant d’embrayer par « Les Nuits parisiennes », Gaëtan propose de la transformer en nuit lilloise et invite la foule à bondir tout en levant les mains afin qu’il puisse prendre une photo, opération qu’il va d’ailleurs reproduire en fin de concert. Pendant « Dis-moi encore que tu m’aimes », les clappements de mains réveillent le souvenir de concerts d’Indochine.

Roussel nous raconte qu’il voyage de ville en ville en dormant dans le tour bus. Il se réveille dans la suivante et avoue que les matins sont parfois difficiles. Introduction idéale pour « Les matins difficiles ». Il souhaite alors illuminer la salle d’étoiles et demande à l’auditoire d’agiter les smartphones après les avoir allumés. A force d’être reproduit, ce panorama devient de plus en plus banal…

« Tu ne savais pas » est une chanson émouvante qui parle du fil de l’existence, depuis la naissance, jusqu’à la mort…

Il a composé « Il y a » pour Vanessa Paradis et en délivre une superbe version. Les différents musiciens excellent sur leurs instruments, mais le guitariste a parfois tendance à en remettre une couche. Il doit probablement être issu de l’univers du métal… si vous comprenez l’allusion… et rien à faire, le violon d’Arnaud Samuel est irremplaçable.

Le bassiste se plante derrière un orgue et en extrait des sonorités d’église pour « J’entends des voix », une compo autant techno que métallique. Surprenant !

Plus surprenant encore, sa version de « J’envisage » de Serge Gainsbourg, une chanson qu’il avait composée pour Alain Bashung. Roussel emprunte les inflexions de Fred Franchitti, le chanteur d’Astonvilla, pour ce morceau hypnotique, presque techno, au cours duquel de petites loupiotes placées au-dessus des musiciens clignotent en rythme, pour rendre l’ensemble plus robotique.

Gaëtan s’assied sur un retour de scène et attaque « La colère » (NDR : le clip met en scène Kad Merad dans le rôle de personnes différentes courroucées), un peu à la manière d’un Charlélie Couture (NDR : ils ont tous les deux la même coupe de cheveux !) ; mais cette superbe ballade monte alors en crescendo au moment où il se lève pour entamer un final somptueux. L’artiste explique que cette chanson, il avait voulu, au départ, l’améliorer, parce qu’à sa grande surprise, elle était calme ; puis au bout du compte, il l’a laissé ainsi… et puis en fin de parcours, elle gronde…

Le bassiste adopte une ligne de basse cold, un peu à la manière de Simon Gallup (Cure) sur « Chaque jour reste le nôtre », alors que le sixcordiste plaque des accords funkysants.

Le set s’achève par « J’t’emmène au vent », encore un titre de Louise Attaque, et Gaëtan module les voix de la foule qui la reprend en chœur, tout en lui demandant de tout donner, un exercice qu’elle va accomplir a cappella.

En rappel, Roussel revient seul armé de sa sèche pour interpréter « Je vous trouve un charme fou », une chanson qu’il avait composée pour Hoshi. Les musicos sont de retour pour « Le temps passe », un titre du répertoire de Lady Sir, un des projets de l’artiste. Le show va s’achever par « Help myself (nous ne faisons que passer) », compo pour laquelle le bassiste exécute un solo de batterie sur une caisse claire. La foule est en délire. Gaëtan représente une nouvelle fois ses musiciens, en demandant de les applaudir, remercie l’ingé son, le responsable du light show, etc., et même le chauffeur du bus.

C’est bras-dessus, bras dessous, que le quintet salue la foule, au son du « Get back » des Beatles.

Franchement votre serviteur ne s’attendait pas un concert d’une telle intensité, ayant été déçu lors du passage de Gaëtan Roussel, dans le cadre du festival de Dour, en 2011. Une intensité qui avait pourtant déjà alimenté celui de Louise Attaque, le 6 décembre 2005 (à lire ou à relire ), toujours à l’Aéronef…

(Organisation A Gauche de La Lune)

 

Selah Sue

Une véritable bête de scène…

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Caractérisé par ses chorégraphies impressionnantes, des costumes chatoyants et un excellent groupe live, son concert accordé à l’AB, en avril dernier, avait séduit critique et fans. Elle revenait au même endroit ce jeudi 13 octobre 2022.

Sept longues années séparent « Reason » et « Persona », son nouvel opus, publié en mars dernier. Dans l’intervalle, elle a gravé un Ep 5 titres (« Bedroom » en 2020) et surtout donné naissance à deux fils. Mot latin, « Persona » possède plusieurs définitions. L’une d’entre elles signifie ‘les différents masques que l’on porte sur scène’. Aujourd’hui, il évoque l’image publique et les facettes multiples et parfois paradoxales qui constituent chacun d’entre nous. Pour cet LP, Selah Sue n’a pas choisi ce titre au hasard. En passant en revue certaines personnalités qu’elle a incarnées au cours de son existence (l’amoureuse, l’hédoniste, l’angoissée…), la Louvaniste explore son propre moi à travers des morceaux sincères et lumineux, après plusieurs années de pause…

En supporting act, Mixmonster Menno, va dispenser un Dj set de 60 minutes. Une prestation un peu ennuyeuse, surtout qu’il restera dans son monde, sans jamais adresser un regard, une parole ou un geste à l’assemblée. Il a fait son taf, point-barre.

Place, ensuite, à Selah Sue. Un long instrumental (NDR : un extrait de son premier elpee –un éponyme– paru en 2011) résonne dans la salle, alors que le podium est inondé d’une lumière bleue. Les musicos prennent place : le drummer (Klaas De Somer), le guitariste (Dries Henderickx), le bassiste (Dries Laheye) et les trois choristes (Stefy Rika, Judith Okon et Sarah Devos). Sans oublier le préposé aux ivoires (piano, synthé), Joachim Saerens, qui n’est autre que le compagnon de la Louvaniste. Il s’agit des mêmes musicos que lors de son dernier passage, à l’AB. Depuis le backstage, on entend la voix de Selah. Au bout de 2 à 3 minutes, elle débarque sur les planches et vient immédiatement haranguer le public pour l’inciter à réagir. Elle est vêtue de la même tenue jaune et ample qu’en avril dernier.

Elle ouvre le concert par « Just Because I Do ». Déjà les acclamations et les sifflets joyeux de la foule fusent de toutes parts. « Black Part Love » est balisé par les ivoires et enrichi de samples reproduisant beats fortement électrisés et cuivres généreux, qui manquent cruellement en ‘live’.

Son titre emblématique, « Raggamuffin », elle parvient à le réinterpréter, chaque fois, de manière différente. C’est sous un flot de sifflements et d’applaudissements que Sanne Putseys termine la chanson, avant qu’elle ne remercie l’auditoire.  

En véritable bête de scène, elle est partout sur les planches. Chaude, puissante, profonde, légèrement éraillée, faussement fragile l'instant d'après, la voix de Selah Sue est unique et se fond idéalement dans les mélodies reggae-ragga-soul quand elle ne se glisse pas dans les fêlures blues. Petit bémol quand même, les trois choristes couvrent parfois l’organe vocal de Selah ; d’ailleurs, on l’apprécie davantage quand elle chante seule armée de sa gratte.

Sa maman est présente au balcon et Sanne a la bienveillance de la saluer.

Pendant « Alone », le bassiste se lâche à la manière de Bernard Edwards (Chic). Le guitariste aura aussi son moment de gloire, lorsque pendant une dizaine de minutes, il va étaler toute sa technique sur son instrument, qu’elle soit ‘hendrixienne’ (NDR : surtout lorsqu’il traite ses cordes à la pédale wah-wah) ou funkysante (NDR : pensez à Nile Rodgers). C’est le moment choisi par Selah pour retourner dans sa loge afin de se changer et de revenir habillée plus sobrement et légèrement, tout en optant pour le noir, que ce soit le pantalon et le body.

Si la soul et le funk dominent l’expression sonore, la formation va s’autoriser quelques incursions dans le hip hop et le drum’n’bass, en fin de parcours.

Selah Sue révèle au grand jour ses troubles psychologiques et sa façon de les gérer positivement au quotidien. A l’instar de son single « Pills », un de ses succès incontournables, qu’elle interprète à la fin du show.

Selah Sue et son groupe vont accorder un rappel de deux titres (« Full Of Life » et un « This World » énorme). Et comme il y a un anniversaire (NDR : Marcel ou Marcelle) le ‘Happy Birthday’ de circonstance est entonné par le band et la foule…

Un chouette concert ! Que du bonheur !

Setlist : « Just Because I Do », « Black Part Love », « Wanted You To Know », « Catch My Drift », « Raggamuffin », « Right Where I Want You », « Always », « All The Way Down », « Free Fall », « Alone », « Together », « Nouvelle Chanson-titre inconnu », « Kingdom », « Peace Of Mind », « Pills ».

Rappel : Full Of Life », « This World »

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

Lisa LeBlanc

Le disco singulier d’une Acadienne…

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Déjà dix longues années que Lisa LeBlanc ne s’était plus produite en Belgique. Elle avait alors mis le feu à une Orangerie en configuration assise, devant 150 personnes. Son dernier elpee, « Chiac disco », est paru en mars dernier. Cette Canadienne, est issue de Rogerville, dans le nouveau Brunswick, un village de 51 habitants. En fait, elle ne se considère pas comme canadienne, mais acadienne. Elle se décrit d’ailleurs comme suit : ‘Je joue du folk trash. Je suis une Acadienne qui roule ses ‘r’, j’aime me moquer de moi, écrit des textes sans trop de froufrous et est tannée de chanter des chansons de fifilles !’. On a parfois tendance à l'oublier, mais à l'extrême est du Canada, deux provinces sauvages jouxtent le Québec et les États-Unis : la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, qui forment l'Acadie où Lisa LeBlanc voyait le jour il y a 32 ans. Elle revenait donc au Bota, mais à la Rotonde, dans le cadre du festival ‘Francofaune’.

Le supporting act est assuré par Le Noiseur. De son vrai nom Simon Campocasso, c’est un mec cool et sympa. Il a probablement choisi ce patronyme, car au cours de sa jeunesse, il mettait le souk, partout où il passait.  Son dernier opus, « Relax », est paru en 2020, année pas très érotique, un LP qui fait suite à « Du bout des lèvres », sorti en 2015.

Responsable de l'écriture et des arrangements de ses chansons, Simon parvient à y insuffler un second degré tout en conservant la profondeur et la poésie singulière qui la caractérisent.

Vêtu d’un costard d’un blanc immaculé, Simon est soutenu par Léo Agapitos. Les deux artistes se chargent des vocaux et des synthés. Il y va plutôt pépère, chantant/parlant sur une amplitude d'environ 3 notes, de plutôt belles compos pas toutes complètement habitées. Il signale qu’il s’est fait beau et qu’il a deux rêves : jouer au Botanique et au Stade de France. Le premier rêve est réalisé mais le second, il faudra attendre. En tout cas il ne se prend pas la tête.

Sa setlist est extraite de son récent long playing ainsi que de l’Ep « Musique De Chambre », publié en 2020,

« Relax » se révèle comme un génial puzzle sophistiqué et cohérent qui navigue entre douceur et fraicheur, oscillant de titres au spleen bouleversant comme « Aston morphine » ou « Jimi Hendrix », à des trésors plus chatoyants tels que « Musique de stade » ou « Week-end à Rome 2.0 ». Par contre, il n’interprète pas « Douce France ». Et c’est bien dommage !

Si son style est susceptible de rappeler Benjamin Biolay ou Daniel Darc, il passe, avec une facilité déconcertante, d'une musique inspirée des B.O. de films des 70’s d'Ennio Morricone et de Philippe Sarde au rap français des 90’s (IAM, Fabe), tout en flirtant avec une pop urbaine et synthétique plus actuelle.

L’instrumentation de « Musique de Stade (de France) » ressemble étrangement à celle de « Musique de Chambre ». Le chant est plus parlé que chanté. C’est sans doute la raison pour laquelle sa voix est régulièrement comparée à celle de Serge Gainsbourg.

« Week-end à Rome 2.0 », comme son titre l’indique, évoque un voyage sans Wi-Fi, afin de découvrir les beautés de la région.

« Sumer Slow 88 » invite à monter sur le dancefloor, et quelques personnes tentent le pas de dance. « Relax » clôt la prestation, une chanson d’apparence très légère et pop, mais qui parle en fait d’un sujet plutôt angoissant : le temps qui passe. Une belle découverte !

Setlist : « L’Origine Du monde », « Musique de Stade (de France) », « Retour Rapide », « Weekend à Rome 2.0 », « Sumer Slow 88 », « Dépression Nord », « Relax ».

Lisa LeBlanc est annoncée comme une vraie star par son bassiste. Un chevelu ! Faut vous dire qu’aujourd’hui, elle remplit des stades aux States et au Canada. Telle une princesse du disco, elle est vêtue de noir (y compris la cape), mais sa parure est pailletée. Deux estrades permettent, pour la première à accueillir le drummer et la seconde, un claviériste et un guitariste. Ce dernier va déambuler régulièrement sur le podium, armé de sa gratte.

Le set débute par « Dans l'jus », extrait du nouvel elpee. Qui a dit que le disco était ringard ? Certainement pas Lisa Leblanc. La Québécoise ressort la boule à facettes ainsi que les pattes d’éph’ en remontant le temps. Définitivement groovy, sa musique constitue un bon condensé de disco où les saveurs 60’s-70’s sont remises au goût du jour. N’épargnant jamais ce côté pétillant et coloré, Lisa fait parler son sens de la démesure à l’aide de rythmiques sautillantes, et notamment sur « Pourquoi faire aujourd’hui », un parfait hymne à remettre ce que l’on doit faire au lendemain ou au surlendemain, mais également tout au long des entraînants « Dans l’jus » et du glamoureux « Gossip » à l’énergie contagieuse. La promesse du spectacle de l’album « Chiac Disco », frénétique et jouissif en soi, frôle la fièvre. « City Slickers And Country Boys » est interprété dans la langue de Voltaire. Lisa empoigne son banjo et en éclate les cordes tout en s’accompagnant de sa voix grave presque de baryton qu’elle exprime dans son patois accadien mélangé à du langage indien. Lisa pousse la plaisanterie en signalant : ‘J'suis pas québécoise moi, je suis acadienne’. « Gossip I et II » met littéralement le feu. Pour « Kraft Dinner », elle signale que c’est devenu un peu le plat national au Canada, (NDR : pâtes et mauvais fromage Kraft). Elle s’autorise également quelques plaisanteries sur la poutine, le plat national au Québec et en Acadie (NDR : il s'agit de frites mélangées à du fromage en grains et nappées d'une sauce brune ; ne pas confondre avec l’autre guignol qui porte le même nom).

Les anciens morceaux s’enfoncent profondément dans le (trash) folk, le bluegrass et l’americana, à l’instar de « Cerveau ramolli » et « Du duvet dans les poches », moment au cours duquel elle martyrise, à nouveau, son banjo. Elle ose une reprise « Ace of Spades » de Motörhead, qu’elle se réapproprie. Excellent ! Et c’est à nouveau son banjo destructeur qui fait la différence.  

Le « Le menu Acadien » est un véritable délice sonore. Le public reprend le refrain en chœur : ‘Des patates bouillies, des carottes bouillies et des navots (navets)’. Et le set de s’achever par le très groovy et funky « Veux-tu rentrer dans ma Bubble ?’. Un final de rêve, avant d’accorder un rappel de deux titres…

Setlist : « Dans l'jus », « Pourquoi faire aujourd'hui », « Cerveau ramolli », « Du duvet dans les poches », « City slickers and country boys », « Ti-gars », « Gossip I et II », « Entre toi pi moi pi la corde de bois », « Kraft Dinner », « Y fait chaud », « You Look Like Trouble (But I Guess I Do Too) », « Gold Diggin' Hoedown », « Dead man's flats », « Ace of Spades » (Motörhead cover), « Le menu Acadien », « J'pas un cowboy », « Veux-tu rentrer dans ma Bubble ? ».

Rappel : « Tite gêne », « Aujourd'hui, ma vie c'est d'la marde ».

(Organisation : Francofaune)

Kasabian

Thank you for the show, Mr. Pizzorno !

Ce soir, au Cirque Royal, place à la britpop, même si le supporting act, DMA’S, vient du pays des kangourous. Parce que la tête d’affiche, Kasabian (NDLR : Tiens saviez-vous que son nom a été emprunté à Linda Kasabian, une hippie qui avait été choisie par Charles Manson pour assister et témoigner des meurtres qu'il allait perpétrer dans la villa de Sharon Tate), est un des derniers fleurons de cette britpop. Son dernier elpee, « The Alchemist’s euphoria », est paru en août dernier. Si la formation de Leicester a connu quelques changements de line up depuis sa naissance, en 1997, le plus notoire a été enregistré en 2020, lorsque Tom Meghan, le chanteur et membre fondateur, a été poussé vers la porte de sortie ; Sergio Pizzorno, le guitariste, se réservant, dorénavant et également le lead vocal.

La première partie est donc assurée par DMA’s, un trio australien (Sydney), fondé en 2012. Il réunit Tommy O'Dell au chant ainsi que Matt Mason et Johnny Took aux sixcordes. Le premier à l’électrique, le second à la semi-acoustique. Mais en tournée, le band peut compter sur Joel Flyger à la gratte rythmique, Jonathan Skourletos à la basse et Liam Hoskins aux drums. DMA’s est le résultat de la concentration de son premier patronyme, The Dirty MA's. A son actif, quatre elpees, dont trois en studio avant un Ep publié en 2021, « I Love You Unconditionally, Sure Am Going To Miss You ».

Le sextuor grimpe sur le podium. Le drummer se plante au milieu sur une petite estrade. Mais le chanteur et le préposé à la gratte semi-acoustique se distinguent de l’ensemble. Le premier, casquette noire vissée sur le crâne, possède une voix qui ressemble terriblement à celle de Yungblud, aka Dominic Harrison. Le second, Johnny Cook, le blondinet, ne tient pas place. Il déambule de long en large sur les planches, tout en triturant voire en martyrisant ses cordes. Par intermittence, Joel Flyger, se charge des claviers. Le combo est manifestement en pleine forme.

Le set s’ouvre par « The glow », un morceau balisé par la gratte semi-acoustique, dont les sonorités sont particulièrement limpides. Les chœurs sont riches. Si les influences oscillent de Bruce Springsteen à Bob Dylan, en passant par Sonic Youth, New Order, The Music et Dinosaur Jr, l’ambiance et les orchestrations rappellent surtout les Irlandais de The Academic mais qui auraient hérité du charisme d’Imagine Dragons. Le combo n’en oublie pas son dernier single en date, « I Don't Need To Hide », un titre qui fait manifestement craquer le public féminin.

Alors que « Play It Out » s’enfonce dans un psychédélisme réminiscent du Floyd, les stroboscopes aveuglent l’auditoire, accentuant cette impression de voyage à l’acide. Le puissant « Lay Down » achève une prestation de toute bonne facture. Un supporting act idéal pour le show de Kasabian qui va suivre…

Setlist : « The Glow », « Feels Like 37 », « Life Is A Game Of Changing », « Silver », « Hello Girlfriend », « I Don't Need To Hide », « Delete », « Play It Out », « Lay Down ».

Pendant l’interruption nécessitée par le changement de matos, un petit groupe de Britanniques complètement torchés sème la zizanie et crée une certaine tension au sein de la fosse. Le service d’ordre va rapidement les en éjecter.

En arrière-plan, se dresse le visuel du dernier opus de Kasabian, « The Alchemist's Euphoria », soit des hiéroglyphes égyptiens à faire pâlir Champollion devant la Pierre de Rosette.

La salle est plongée dans le noir. Pendant 5 bonnes minutes, les haut-parleurs crachent le puissant instrumental « Rocket Fuel ». A la fin de l’intro, on entend des cris fuser des premiers rangs dont les spectateurs commencent déjà à jumper.

Dès que les musicos sont en place, Sergio Pizzorno, en tenue kaki et vert fluo, débarque comme une star (de foot ?) sous les applaudissements. Le set s’ouvre fatalement par « Club Foot ». Le morceau est à peine commencé que le premier moshpit éclate.

Devenu frontman, Pizzorno peut se libérer davantage de sa gratte. Il déborde d’énergie. Plutôt taquin, il provoque l’auditoire pour l’émoustiller, tout au long des trois premières compos. Et ça marche ! Si Sergio n’a pas la tessiture vocale de Meghan, il a suffisamment de charisme pour porter le groupe qui entre parfaitement en symbiose avec la foule. Et puis, aux six cordes, qu’elle soit semi-acoustique ou électrique, il rappelle qu’il est particulièrement habile.

Tout le monde est debout tout au long du show, même dans les gradins. Aucun répit ! Les spectateurs applaudissent à tout rompre, se prennent au jeu du frontman et lui soufflent 95% des paroles des refrains.

De larges extraits du dernier long playing sont interprétés ; mais ce qui fait le fonds de commerce du combo, ce sont quand même les hits aux refrains entêtants. Outre « Club Foot », « Ill Ray (The King) », « Underdog », « Eez-Eh », « You're In Love With A Psycho », « Empire », « L.S.F. (Lost Souls Forever) » et « Fire » figurent donc dans la setlist.

Très électrique (NDR : techniquement, les trois gratteurs sont irréprochables et lorsqu’ils conjuguent leurs instruments, l’intensité est à son paroxysme), l’atmosphère rappelle les concerts de White Lies voire de Foals, accordés dans cette même salle ou d’un Liam Gallagher à Forest National. « Scriptvre » concède des accents hip hop dont Pizzorno est friand. Jolie ballade, « The Wall » permet à tout le monde de souffler. A la demande de Sergio, les iPhones s’allument et transforment le Cirque Royal en firmament étoilé. « Eez-Eh » se limite à un seul refrain. Pendant « You're In Love With A Psycho », une rave se déclenche, un titre qui va se terminer par une version infernale du « One More Time » de Daft Punk. Pizzorno en profite pour traverser la fosse et les gradins afin d’aller saluer ses fans mais aussi pour inciter la foule à danser. C’est alors la folie, pour ne pas dire l’hystérie dans l’hémicycle. Au beau milieu de « Treat » on entend quelques expérimentations électro. Amusé, Pizzorno tente de reproduire ces sonorités à l’aide de maracas.

Inévitable, le rappel va proposer deux titres emblématiques, « L.S.F. (Lost Souls Forever) » et « Fire ».

Une belle soirée dans le rythme, pleine d’énergie et empreinte de bonne humeur. Thank you for the show, Mr. Pizzorno !

Setlist : « Club Foot », « Ill Ray (The King) », « Underdog », « Chemicals », « Eez-Eh », « You're In Love With A Psycho », « SCRIPTVRE », « Stevie », « The Wall », « Pinch Roller », « Treat », « Empire », « Bless This Acid House », « Vlad The Impaler »

Rappel : « L.S.F. (Lost Souls Forever) », « Fire ».

(Organisation : Live Nation)

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