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The Rubens

L’ingé son de The Rubens nous a mis en couleur !

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The Rubens se produit ce lundi soir, à l’AB Club. Mais c’est surtout Whyes qui va tirer son épingle du jeu. Et pourtant, le quintet anversois n’est même pas prévu au programme. Réunissant, Sander Michielsen (drums, samples), Ruud Oomen (guitare, claviers, choeurs), Kane Breugelmans (chant, machines), Thijs Sterkens (claviers, samples) et Steve Herrijgers (basse), c’est une énième découverte de Studio Brussel.

Lorsque la formation grimpe sur l’estrade, la salle est à moitié pleine (ou vide selon). Sa musique est dansante, funky, et libère énormément de groove. Le chanteur semble charmer le public féminin. Faut dire qu’il a une tête d’ange. Whyes est manifestement en territoire conquis. Les musicos invitent la foule à se rapprocher de l’estrade. Sur laquelle ils se démènent comme de beaux diables. Et la sauce commence à prendre. Les claviers ne sont pas particulièrement envahissants, mais terriblement efficaces. Classique, la section rythmique imprime un tempo d’enfer. Mais c’est surtout le bassiste qui focalise toute l’attention de l’auditoire. Faut dire qu’il joue en ‘slapping’, à la manière de Mark King (Level 42), une technique adoptée et même sublimée par Larry Graham, Louis Johnson et Stanley Clarke, des spécialistes du style. Parfois, on a l’impression de replonger au sein de la seconde moitié des eighties. Le set est à la fois solide et de toute bonne facture. A revoir, c’est une certitude !

La tête d’affiche, The Rubens, est un trio australien qui pratique une forme de rock alternatif. C’est la première fois, qu’il débarque en Belgique. Il est venu défendre son troisième elpee, dont la sortie est prévue, courant de cette année. La mise en forme a été réalisée par Run The Jewels (EL-P, Killer Mike, les frères Wilder Zoby, Little Shalimar, aka Toribtt Schwartz, etc.). Le périple a été baptisé ‘Million Man’ Tour, titre du dernier (hit) single publié par le band. Eponyme, son premier LP avait décroché un énorme succès aux Antipodes et même atteint le Top 3 des Aria Charts (NDR : c’est au pays des kangourous, vous vous en doutez !) Quant au deuxième, « Hoops », publié en 2016, il avait été décrété disque d’or. Ce qui avait permis au combo de tourner, dans son pays, devant des salles combles, mais surtout d’assurer la première partie, notamment, de Bruce Springsteen, The Black Keys ou encore Grouplove.

Il y a un peu plus de peuple, mais pas la grande foule, quand la formation monte sur les planches. Il est alors 21 heures. Les musiciens saluent l’auditoire et semble ravis d’avoir fait le déplacement. Mais dès que le set démarre, on se rend compte que les balances sont approximatives. En outre, les infra-basses étouffent l’expression sonore. Le préposé aux manettes chantonne les compos, mais quitte rarement sa table de mixage des yeux. Il jette, de temps à autre, un regard vers le décibelmètre, qui passe régulièrement au-delà des 100db. Les bouchons enfoncés dans les oreilles, votre serviteur se réfugie devant cette fameuse console. Mais après 15 longues minutes de souffrance, il n’y a plus qu’une solution : quitter le navire. Et de nombreux spectateurs, déçus de la qualité sonore, décident de suivre le même chemin. Manifestement, ce soir l’ingé-son de The Rubens nous a mis en couleur…

(Organisation : Gracia Live)

Mahalia Burkmar

Sur les traces d’Amy Winehouse ?

Écrit par

Jeune prodige, Mahalia Burkmar pratique une forme de psyché/r&b/soul réminiscente des 90’s. Elle voue un grand respect à feu Amy Winhouse, qu'elle considère comme sa source d'inspiration majeure. On devrait également y ajouter Sade et Lauryn Hill. Agée de 19 printemps, cette Anglaise (NDR : elle est née à Leicester) est considérée aujourd'hui comme l’une des artistes les plus prometteuses de son époque. A son actif, 2 Eps et un premier elpee, « Diary Of Me », paru en 2016. Pas de supporting act pour ce spectacle soldout. Jeune, le public est majoritairement féminin.

Casquette rivée sur le crâne, le bassiste, appuie sur deux boutons pour lancer les machines qui lancent des samples. Devant lui, on remarque la présence d’un tapis de pédales. On entend la voix de Mahalia depuis le backstage. Elle entre enfin sur le podium sous les acclamations du public et empoigne sa six cordes, posée sur un trépied, avant de se planter derrière son micro. Elle a revêtu un training de couleur noire à bandes blanches sur lequel sont reproduites les lettres ‘noire’, en caractères majuscules, sur le milieu de ses manches et de son pantalon. Elle attaque « No Pressure », un titre de soul indolent aux beats autant subtils que discrets…

Mahalia présente chaque chanson. Le son est parfait. Pendant la ballade folk, « Silly Girl », les spectateurs des premiers rangs susurrent les paroles du bout des lèvres. Autre morceau tendre, « Marry Me » incite au voyage. La voix de l’artiste me fait alors penser à Selah Sue. Elle abandonne sa gratte pour s’installer devant sa machine. Caractérisé par ses beats graciles, « Proud Of Me » nous embarque sur la planète hip hop. La voix de l’artiste monte de plus en plus haut. Et elle donne tout ce qu’elle a dans le ventre, mais possède un feeling et une gentillesse qui mettent à l’aise l’auditoire…  

Avant d’aborder « Back up plan », elle raconte une petite histoire. Cependant, dès l’entame du titre, elle s’emmêle les pinceaux. Pas perturbée pour un sou, et malgré les rires du public, elle reprend le morceau à son début. Mais c’est alors l’ensemble de l’auditoire qui entame le refrain. Pendant « Hold On », elle s’autorise une danse africaine très communicative. Un moment au cours duquel elle occupe toute la largeur de l’estrade. Résultat : la température grimpe d’un cran. Retour au calme pendant « 17 ». Une compo à la fois jazz et lounge suspendue à un mid tempo, astucieusement tracé par la ligne de basse. Elle reprend sa guitare pour « Honeymoon », un titre de folk/soul élégant. Pendant « Zayn Spoken Word », c’est la piste aux étoiles dans la fosse. Et pour cause, les smartphones illuminent la salle. Le refrain est repris a capella par l’auditoire. Tout comme pour « Sober », moment au cours duquel la foule et l’artiste entrent en véritable communion. Elle vide les lieux après avoir salué son public et ne réapparaîtra plus. Ni pour signer des autographes ou prendre de quelconques selfies. Mais le public ne lui en tiendra pas rigueur, il est définitivement conquis pas la Britannique. Elle reviendra dans le cadre du festival Couleur Café, ce 29 juin 2018.

Stelist : « No Pressure », « Silly Girl », « Marry Me », « Proud Of Me », « No Reply », « Back Up Plan », « Cover », « Hold On », « 17 », « I Remember », « Honeymoon », « Zayn Spoken Word », « Sober ».

 (Organisation : Ancienne Belgique)

 

Jonathan Wilson

Un Wilson peut en cacher un autre...

Quelques semaines après Steven, c'est un autre Wilson, Jonathan, qui se produit à l'Ancienne Belgique. Bien qu'il n'y ait pas de lien de parenté entre les deux musicos, force est de constater qu'ils partagent un intérêt pour la musique des 70’s, et Pink Floyd en particulier. Jonathan a même collaboré aux sessions d’enregistrement du dernier opus de Roger Waters et intégré le 'live band' de ce dernier.

Dès qu'il prend possession des planches de l'AB Club, Jonathan Wilson impressionne par sa stature (il est très grand) et sa dégaine nonchalante, très 'cool'. Jean bleu, t-shirt dépareillé, gilet mauve, longs cheveux et barbe christique lui confèrent un look très 'hippie’, mais pour ce XXIe siècle. Agé de 43 ans, le Californien appartient à cette vague de musiciens néo-psychédéliques 'rétro-futuristes' qui réinventent les musiques 'vintage' en les adaptant à des paramètres plus modernes.

Dès les premières compos, le son oscille entre country/folk, psychédélisme, kraut et prog. C'est un groupe complet qui accompagne Wilson, impliquant batteur, bassiste, guitariste et claviériste. Ce dernier trône derrière un assortiment bien achalandé en synthés légendaires, tels que Mellotron, Crumar et DX7.

La setlist est, essentiellement, puisée au sein du dernier elpee de JW, « Rare Birds » et témoigne de toute l'étendue de son inspiration. On pense bien entendu à Roger Waters, surtout sur « 49 Hairflips », mais également à Bruce Hornsby. Pendant « Over The Midnight », le rythme quasi-robotique de la batterie semi-électronique et les harmonies rappellent le célèbre « That's just the way it is ». Autre référence évidente : War on Drugs. On retrouve ça et là les mêmes rythmes répétitifs et l'inspiration très ‘springsteenienne’, tant du chant que des paroles.

Il ne faut pas oublier que le résident de Laurel Canyon est aussi un excellent guitariste. D’ailleurs, il ne va pas se priver d’extraire de sa vielle Strato des soli à faire baver David Gilmour en personne, comme sur « Dear Friend », par exemple. Lana Del Rey avait posé sa jolie voix sur la version studio de « Living with Myself ». De quoi regretter son absence, sur celle, proposée ce soir, en ‘live’. Au rayon 'gossip', une histoire d'amour serait née entre les deux bellâtres ; mais cet épisode ne nous regarde pas, n'est-ce pas Thierry ?

Revenons au concert, au cours duquel « Desert Raven » déclenche une vague de cris chez un public hypnotisé par la jolie sarabande de tierces interprétée par Wilson et son gratteur. La prestation s’achève en force par l'épique « Valley of the Silver Moon », caractérisé par une dernière et très jolie chevauchée sur la six cordes.

Malheureusement, l'artiste n'accordera pas de rappel alors que deux titres étaient prévus sur la setlist. En cause, la sacro-sainte règle du couvre-feu à 22h30 imposée par l'AB et, indirectement, par les horaires de la SNCB (NDLR : Il suffirait que cette dernière propose une offre suffisante, avant minuit, afin que les provinciaux puissent rentrer chez eux, après le concert). Dommage...

En première partie, Gambles en a étonné plus d'un. Seul à la guitare acoustique, le New-yorkais a improvisé quasi tous ses morceaux 'on the fly', se promenant dans le public et parlant de la tournée, de New York ainsi que des gens qu'il rencontre : assez fun! 

Setlist J. Wilson :

Trafalgar Square
Me
Over the Midnight
Miriam Montague
Dear Friend
There's A Light
Sunset Blvd
Desert Raven
Living with Myself
Loving You
Rare Birds
49 Hairflips
Valley of the Silver Moon

(Organisation : AB)

Pleymo

Quel punch !

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Si on ne tient pas compte de l’interruption de parcours, concédée entre 2007 et 2017, Pleymo compte 20 ans de carrière. Issu de Fontainebleau, ce combo de nu métal est né 1997. La tournée de la reformation passait donc par l’Ancienne Belgique. Un concert initialement prévu dans la grande salle. Mais vu le peu de préventes, le show a été transféré au Ballroom. Un public relativement jeune, mais également constitué de quadras accueille, ce soir, le band français. 

Vegastar assure le supporting act. Originaire d’Orléans, sa musique se nourrit de power pop, new wave, electro, grunge, heavy et nu metal ainsi que rock alternatif. La formation avait également splitté, en 2009, avant de se reformer dès 2015. Ce soir, le combo va revisiter son premier elpee, « Le Nouvel Orage », publié en 2005, dont le single « 100ème étage », lui avait permis de se faire connaître. Pas de trace de « Dorian », son nouveau single, paru en mars dernier dans la setlist. Ce quatuor implique le guitariste Jérôme Riera, alias Jey, le bassiste Vincent Mercier, le chanteur Franklin Ferrand et le drummer Jocelyn Moze.

La prestation s’ouvre par « Une Nuit ». La voix de Franklin est très proche de celle de Benoît Poher, le vocaliste de Kyo. Le drumming est précis. Et déjà tout le monde bondit. Sur place pour la fosse, aux quatre coins de l’estrade –hormis le batteur– pour les musicos. Il y a même un type qui n’arrête pas de brandir son poing juste devant votre serviteur. Pas moyen de prendre le moindre cliché. Dommage qu’il ne soit pas manchot ! Le groupe n’oublie pas d’attaquer son incontournable « 100ème Etage ». Et surtout de nous réserver ses inévitables scratches. Parfois les spectres de Korn, Faith No More ou Limp Bizkit se mettent à planer. Et le set de s’achever par le titre maître d’« Un Nouvel Orage », remis au goût du jour. Le chanteur signale que c’est sur le même riff que tous les morceaux ont été joués. Il n’a pas tort. Ce qui n’a pas empêché le concert de conjuguer énergie et puissance…

Le line up de Pleymo réunit aujourd’hui Mark Maggiori, Benoit Julliard, Franck Bailleul, Davy Portela, Erik de Villoutreys et Fred Ceraudo. Le show débute à 20h40. Une toile de fond sur laquelle sont représentées six énormes croix blanches et brillantes, sert de décor. Par contre, on remarque bien la présence d’amplis Marshall. De quoi s’attendre à du son qui décoiffe ! Réservée au drummer et au second vocaliste, également préposé aux scratches, une haute estrade prend toute la longueur du podium. Ce dernier se sert de véritables vinyles. Les deux guitaristes et le bassiste ne tiennent pas en place et viennent régulièrement s’affronter, manche contre manche. Planté à l’avant de la scène, le chanteur vocifère tout au long de « United Nowhere ». Les agents de sécurité –et il sont en nombre !– réceptionnent les adeptes du crowdsurfing pendant « Ce Soir, C’est Grand Soir ». L’un d’entre eux s’est invité sur les planches. Il est rapidement renvoyé surfer sur les premiers rangs. L’ambiance est d’ailleurs bon enfant, même si les spectateurs jumpent aux quatre coins de la salle.

Puissant, « Rock » libère énormément d’« Adrénaline ». Pendant, « Tout Le Monde Se Lève », les croix passe du blanc au rouge sang. Les lignes de claviers fluctuent. Le chanteur vient frapper sur les cymbales du drummer. Avant « 1977 », le frontman demande à l’auditoire, s’il y a des gémeaux en son sein. Il se balance d’avant en arrière, au-dessus de son pied de micro.

Malgré « Chérubin », Pleymo n’est pas un enfant de chœur, un morceau au cours duquel la section rythmique s’emballe en fin de parcours. Voix et scratches dispensés comme chez RUN DMC, alimentent « Nowak » ; mais c’est la basse qui ronflante, domine le sujet.  

Les deux vocalistes occupent l’avant scène tout au long de « Muck ». Ce qui embrase la fosse. Signé en 2006, « Le Nouveau Monde » est toujours bien d’actualité. Le vocal est irascible. Pendant « New Wave », les croix passent au bleu. Le chanteur descend dans la fosse et tend le micro aux premiers rangs. Les lumières de la salle se rallument. La foule se divise en deux pour « Tank Club » avant que ne se déclenche une véritable folie furieuse. Les participants à cet exercice se lancent l’un contre l’autre. En outre, un ‘circle pit’ envahit la fosse. Quelques fumigènes épars sont projetés dans les airs. Et lors de « K-Ra/Kongen/Ce Soir », on a droit à un rap enchaîné… en japonais. Les musicos tirent alors leur révérence.

Avant de revenir pour un encore de trois morceaux « Zéphir », « Divine Excuse » et « Blöhm ». Le set s’achève définitivement à 21h55. Quel punch !

(Organisation : Progress Booking)

Karim Baggili

Arabic Underground Flamenco Music…

Écrit par

Jacques Stotzem est à la guitare, ce que Karim Baggili est à l’oud (NDR : un luth à manche court d’origine syrienne, répandu en Arménie, Turquie et Azerbaïdjan, dont les cordes sont pincées). Ce qui ne l’empêche pas de se consacrer également à la gratte. Il est d’ailleurs autodidacte. Belge d’origine jordano/yougoslave, il se produit aussi bien au sein du Royaume qu’à l’étranger. Et régulièrement. Il bosse sur de multiples projets, notamment comme compositeur ou arrangeur, pour d’autres artistes, mais réalise également des B.O. pour documentaires et courts métrages. Votre serviteur avait découvert cet artiste lors d’un ‘live’, accordé à la radio, dans le cadre de l’émission ‘Le Monde Est Un Village’, présentée par Didier Melon, une prestation au cours de laquelle ce virtuose des cordes avait fait grosse impression.

Programmé dans le cadre des ‘Jeudis Jazz et Printemps Musical’, le spectacle proposé ce soir est étiqueté ‘jazz’ ; et pourtant, la prestation va plutôt baigner dans une forme de rock aux accents orientaux. En fait, Karim est un des rares musiciens capables de rendre l’‘Arabic Underground Flamenco Music’ » classieuse et singulière. Il a d’ailleurs décroché de nombreux prix, dans ce domaine. Le concert est soldout. Un show qui va proposer de larges extraits de ses deux derniers elpees, baptisés « Apollo You Sixteen ». « I » et « II », pour les différencier. En deux parties.

Avant que le set ne s’ouvre, on remarque la présence de nombreux instruments sur les planches. Karim Baggili vient s’installer sur un siège haut, au centre, auprès de ses grattes (électrique et semi-acoustique) et de son oud. Il est épaulé par un quintet. En l’occurrence Karoline De La Sema (chant, glockenspiel, tambour africain), Vivian Ladrière, vissé sur son cajon et entouré de ses cymbales, drums électroniques et tutti quanti, Youri Nanaï (basse), Mohamed Al Mokhlis (violon, tambourin arabe) et Silvano Macalusa (claviers). Mais en début de parcours, le backing group se limite à trois collaborateurs. Baggili empoigne d’abord sa gratte flamenco. De Séville à Malaga, on parcourt alors l’Andalousie. Place ensuite au titre maître de son (ses) dernier(s) elpee(s). Plus prog, il met en exergue cordes et percus (cajon et tambourin, surtout). Karoline et Silvano débarquent alors sur la pointe des pieds et participent à l’interprétation de « Dulcinéa ». La voix de Karoline est envoûtante et vous transperce l’âme. Une compo qui baigne au sein d’un climat oriental, indien même, réminiscent d’une époque au cours de laquelle George Harrison était passionné par tout ce qui touchait cette région du globe.  

Lorsque l’oud, le violon, la section rythmique (fondamentalement rock), la batterie électronique, la basse, les percus, le piano et la guitare flamenco entrent en fusion, on ne peut s’empêcher de penser aux expérimentations de Robert Plant, que ce soit en compagnie de The Band Of Joy ou The Sensational Space Shifters. Tout au long d’« Ari On The Moon », l’oud devient la pièce centrale. Le périple se poursuit, à travers le Sahara, à dos de dromadaire, en quête d’une oasis salvatrice. Le soleil est brûlant. Il fait de plus en plus soif. Qu’on pourra étancher pendant « Exitumuse », un moment de repos vécu au pied de cette palmeraie. A cet instant, vaporeuse, la voix de Karim touche au sublime. La troupe est également capable de s’enfoncer plus profondément dans le prog /rock, exhumant alors les spectres de King Crimson, Van Der Graaf Generator voire du Genesis de Peter Gabriel. Caractérisée par ses cordes épurées de type flamenco, « Kiss From The Lion » opère un retour au calme. La voix de Karoline devient troublante, mystérieuse, même. Hanté par Sigur Ros, cette composition nous entraîne au cœur des fjords sauvages islandais. La première partie s’achève par « Apollo Recall », une nouvelle opportunité pour permettre au virtuose d’étaler toute sa dextérité sur les cordes…

Et c’est par une autre version de ce titre que le deuxième acte s’ouvre. Plus rock, il concerne l’ensemble de la formation et pourrait aisément servir de B.O. pour le cinéma. Plus interactif, Karim semble détendu et plaisante avec le public. Il nous inviterait bien à Tourinnes-la-Grosse pour interpréter des morceaux de Dire Straits, en compagnie de son cover band, dont le line up implique les musicos qui l’entourent aujourd’hui, Calling Mark. Rendez-vous est pris. Lorsque la basse devient prolixe, on ne peut s’empêcher de penser à Roger Glover (Deep Purple). « Balka Bike » achève un voyage opéré depuis les montagnes de l’ex-Yougoslavie jusqu’au désert du Moyen-Orient, sur les traces de Laurence d’Arabie.

Après une telle expédition aussi jouissive que torturée, avec pour guide Maître Baggili, on comprend enfin ce que signifie l’‘Arabic Underground Flamenco Music’, un projet avant-gardiste qui agrège des gammes de musiques traditionnelles à l'esprit du rock des dernières décennies.

(Organisation : Printemps Musical + Centre Culturel de Silly + Silly Concerts ASBL)

 

Imarhan

Périple connecté au sein du Sahara algérien…

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C’est en 2016 qu’Imarhan –qui signifie ‘ceux qui nous veulent du bien’– se révélait au grand public, en publiant son premier elpee. Un éponyme. Poussée dans le dos par le succès de groupes tels que Tinariwen ou Tamikrest, cette formation originaire de Tamanzasset (NDR : c’est dans le sud de l’Algérie) a rencontré un succès immédiat ; ce qui a permis une tournée européenne, ponctuée par quelques dates dans de grands festivals. Le subtil mélange entre le blues/rock et la musique touareg traditionnelle, concocté par les cinq membres d’Imarhan, alimente encore ce nouvel opus. Mais le combo est parvenu à passer un pallier supplémentaire, glissant de la tradition méditative du blues du désert, vers une solution sonore plus électrique, en invitant funk, fuzz, disco et rock. "Temet" (Trad : ‘connexions’) est un appel à l'unité, rappelant au monde que nous sommes tous connectés et que si ce moment est important dans le temps, ce n'est que par l'acceptation et l'adoption de cette union que nous pourrons résoudre les problèmes rencontrés aujourd’hui par toutes les cultures…

Vers 20h15, le public est encore clairsemé. On y croise, quand même, le Bruxellois d’adoption, Anana Harouna, leader du groupe Kel Assouf (représentant bruxellois du blues touareg). D’ailleurs, la salle ne va se remplir qu’au fil du show, avant qu’elle ne finisse, quand même, par être comble…

Il est 20h30 lorsque les cinq membres d’Imarhan grimpent sur l’estrade. Iyad Ag Ibrahim, le chanteur/guitariste, prend place au centre. Le percussionniste (djembe et calebasse) et le bassiste se plantent à droite. Et à gauche, le second gratteur ainsi que le drummer. Les premiers morceaux se focalisent sur le dernier long playing. Rythmée par la calebasse et la batterie ainsi que par les lignes de guitare dispensées par Iyad, la musique du band algérien parvient à dérouiller les jambes des spectateurs, dont certains commencent même à danser. Soutenu par des chœurs, le chant –en tamasheq– est envoûtant et particulièrement efficace. Le combo glisse quelques titres du premier LP, entre ceux du second. Dont le superbe "Id Islegh", au cours duquel le chanteur a troqué sa gratte électrique contre une sèche. Et puis le single, "Imarhan", soit le titre maître de ce long playing, une compo marquée par l’irruption d’un quidam, vêtu d’un costume touareg traditionnel, sur les planches, à la grande surprise des musicos. Sous les applaudissements et les sourires des musiciens, il redescend de l’estrade, à l’issue de ce morceau. Après une heure de concert, les musiciens vident les lieux.

Ils reviennent quelques instants plus tard pour un rapide rappel. Le public est entièrement satisfait et quitte l’Ancienne Belgique, avec l’impression d’avoir accompli un voyage au soleil, quelque part dans le Sahara algérien. Peut-être près d’un oasis. Mais en sortant de l’institution, le froid nous ramène rapidement les pieds sur terre.

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Toto

Lenny Castro… en maestro…

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Il n’y a pas de lézard (NDLR: hasard?). Toto, le super groupe américain vient de fêter ses 40 ans de carrière. Peu d'artistes ont marqué la culture pop comme Toto. Si on additionne tous les albums auxquels les membres du groupe ont participé, on atteint un total de 5 000, pour un demi million de ventes. La National Academy of Recording Arts and Sciences a salué de nombreuses fois le talent du band, en le nominant plus de 200 fois aux Grammy Awards. Bardé de récompenses, il est l'un des meilleurs vendeurs de disques et ses tournées mondiales continuent de cartonner. Fondé dans les années 70, Toto est parvenu à faire évoluer son style avec brio au fil des tendances et des décennies, réunissant ainsi plusieurs générations de fans. Les retrouvailles entre la troupe et ses fans ont été fixées au Zénith de Lille. Le concert ne se déroulera pas à guichets fermés, mais l’amphithéâtre est bien garni.

La nouvelle tournée du band a été baptisée du titre du dernier opus, « 40 Trips Around The Sun ». Pas de première partie. Prévu à 20h00, le spectacle débute avec 30 minutes de retard. Lorsque l’immense rideau qui masque la scène tombe, la foule entre déjà en délire.

Joseph Williams (NDR : c’est le fiston du compositeur de la musique du film ‘Star Wars’ et d’'Indiana Jones’) se consacre au chant et Shem Von Schroeck à la basse. Shanonn Forest aux drums et l’inamovible percussionniste Lenny Castro (NDR : il accompagne également Fleetwood Mac, Santana et Joe Bonamassa, en tournée) sont protégés par des plexiglas. Ils sont installés sur des estrades. Stetson vissé sur le crâne, David Paich siège derrière son piano à queue. A sa disposition, on remarque la présence de trois chapeaux hauts-de-forme, un parapluie et un loden, accrochés à un portemanteau. Il s’en servira au cours du set. Steve Porcaro (NDR : le frère des regrettés Jeff et Mike, respectivement batteur et bassiste du combo) se charge des claviers. Steve Luthaker se réserve la guitare. Planté en retrait, Waren Ham est préposé au sax, à la clarinette et la flûte traversière. Ces deux derniers participent également aux parties vocales. Pas de choristes, comme lors de la prestation, accordée en 2016, à Forest National.

« Alone », une des trois nouvelles compos, ouvre le show. Armé de sa gratte, Steve s’approche de Williams et invite la fosse à acclamer le combo. Et c’est l’incontournable « Hold The Line » qui embraie. La voix de Joseph est claire et grimpe déjà bien dans les aigus. Steve, David, Sham ou/et Waren appuient régulièrement son chant. Steve assure le lead vocal pendant « Lovers In The Night », tout en jouant majestueusement de ses ivoires. La section rythmique est impeccable. Pour le deuxième extrait du dernier elpee, « Spanish Sea », Lukather troqué sa gratte électrique contre une sèche. Une ballade plutôt prog rock.  

Lenny Castro est pourtant le véritable maestro. Trente ans déjà qu’il milite chez Toto. C’est lui qui met l’ambiance. Et il le démontre une nouvelle fois, en intro de « I Will Remember », bien soutenu par son compère à la batterie, avant que la compo ne soit illuminée par des harmonies vocales à quatre voix. Tout au long de « Rosanna », le public est debout et reprend les paroles de la chanson. A cet instant, le band et l’auditoire entrent en véritable communion.

La seconde partie du set démarre sous la forme d’un medley acoustique. Moment au cours duquel on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée émue pour les membres de la formation qui ne sont plus de ce monde. Après cet épisode unplugged, tous les musicos quittent leur siège pour reprendre leur place initiale. Afin d’attaquer la dernière partie du spectacle. « Girl Goodby » replonge dans le prog rock ; mais si les percus font un tabac, les claviers se révèlent un peu trop envahissants. « Angela » hésite entre rock nerveux et métal mélodique. Un morceau au cours duquel, les stroboscopes vont nous en mettre plein la vue. « Dune (Desert Theme) » opère un certain retour au calme. La cover du « While My Guitar Gently Weeps » rend hommage aux Fab Four. Et la version est tout bonnement magique. Pendant « Make Believe », David Paich fait le pitre. Et c’est le mégatube « Africa » qui clôt le concert. Lenny Castro va en profiter pour faire son show. Impressionnant ! Ce titre va durer plus de dix minutes et pourtant, on aurait souhaité que cette performance dure encore plus longtemps…

Un seul morceau en rappel, « The Road Goes On ». Pas de raison de se plaindre, le spectacle a duré un peu plus de 170 minutes. Une performance plutôt rare, de nos jours…  

(Organisation : Veryshow + Verone Productions)

Toto se produisait également à Forest National, ce 18 mars, et les photos de ce concert sont à découvrir ici

 

 

 

Frank Carter

Dévastateur sur les planches, mais on est loin de l’anarchie punk de la fin des 70’s…

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Ce soir l’AB accueille Frank Carter and The Rattlesnakes, pour un show qualifié de punk/rock/hardcore. Lors de son dernier passage, il avait littéralement retourné la salle bruxelloise. Faut dire que Frank est à la fois un enfant terrible, un bad boy au grand cœur, un dandy teigneux et un rocker aussi écorché qu’irascible. En live, il est épaulé par des crotales qu’il a baptisé The Rattlesnakes. Son second opus, « Modern Ruin » a bénéficié d’une mise en forme plus léchée. Il était donc intéressant de vérifier si l’Anglais était toujours aussi dévastateur sur les planches…

Il n’y a pas grand monde dans la fosse, lorsque Woes ouvre la soirée. Faut dire qu’il n’est que 18h30, et que la majorité de la foule n’est intéressée que par la tête d’affiche. Pourtant Carter voit en ce band, le futur du pop/punk écossais. Raison pour laquelle, il l’a emmené dans ses valises, pour sa tournée. Ce quintet réunit un drummer (NDR : doué techniquement, il faut le reconnaître), deux guitaristes, un bassiste (NDR : il assure également les backing vocaux, et on entend distinctement sa voix) et un chanteur. Ce dernier se démène comme un beau diable sur les planches. Le départ est plutôt prometteur. Mais monocorde, la structure rythmique finit par lasser. En outre, le vocaliste parvient difficilement à monter dans les aigus. Responsable de deux Eps et d’un premier long playing, paru récemment (« The Coldest Place is Within Myself »), le groupe a encore du pain sur la planche, avant de se faire une place au soleil…

Demob Happy sert de second supporting act. Un combo de power/punk/rock classique, né en 2008, dans les faubourgs de Newcastle. Depuis, le quatuor s’est établi dans la paisible ville de Brighton. Sa philosophie l’est cependant, beaucoup moins. Il est même plutôt contestataire. Armé de guitares électriques, il s'est fixé pour mission de lutter, à coups de riffs aussi tranchants que déjantés, contre ‘la médiocrité culturelle et la complaisance politique’ qui gangrène son pays. Ses influences musicales sont assez faciles à déceler et oscillent de Nirvana à Queens Of The Stone Age, en passant par Royal Blood. La prestation va se révéler autant acide, féroce, chargée d’adrénaline qu’audacieuse, surtout à travers le final « Succubus », un titre au cours duquel le band va donner toute la mesure de son talent…

Couvert de tatouages, Frank Carter est un performer hors pair, versatile, fielleux, charismatique qui peut se transformer en un irrésistible diable en boîte. Les trois premiers titres sont interprétés d’affilée (« Primary Explosive », « Trouble » et « Fangs »). Le bassiste et le guitariste déambulent de gauche à droite et inversement. Frank crache régulièrement sur le plancher ou expulse ses postillons. Il décide d’affronter la foule. Il grimpe sur la barrière de séparation et se laisse porter par celle-ci. Pendant une vingtaine de secondes, cet acrobate va même accomplir la posture du poirier. Au cours du set, le guitariste (NDR : dont les riffs sont caustiques) va également se lancer dans l’exercice du crowdsurfing. Mais également les meufs (NDR : avant le mecs, et à la demande de Frank), dans le public. Heureusement, il y a suffisamment de personnel de sécurité pour les accueillir sur le podium. Où y atterrissent également des soutifs et des petites culottes. Faut dire que l’auditoire est ‘chaud-boulette’. La température ambiante ne peut qu’augmenter dans la fosse, et c’est une véritable folie qui s’en empare. Pourtant, les titres sont joués impeccablement. On est loin de l’anarchie punk de la fin des 70’s. En outre, les mélodies sont contagieuses et des compos comme « Acid Veins » ou le single « Snake Eyes », bien que brutes de décoffrage et violentes, continuent de vous trotter dans la tête, plusieurs heures après avoir été dispensées.

Carter appelle sa maman à l’aide de son mobile et le colle contre l’estrade, le temps d’une chanson. Moment d’émotion. Le public est conquis. Frank Carter and The Rattlesnakes

vient de sortir un album ‘live’, baptisé « 23 Live at Brixton Academy », un opus qui reflète parfaitement le climat au sein duquel baignent les concerts du groupe.  

Cerise sur le gâteau, Electric)noise(machine, s’est chargé de l’afterparty, au Club.

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Big Flo & Oli

Un spectacle mémorable…

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Ce samedi 10 mars, Big Flo et Oli débarquaient sur le sol belge (NDR : et ce n’est pas une première), afin d’y présenter ce qui reste un des meilleurs albums de l’année 2017, dans la catégorie hip-hop/rap, « La Vraie Vie ».
Les Toulousains font escale au Palais 12. La capacité maximale de cette salle, située sur le site du Heysel, est de 15 000 places. Elle constitue un des plus importants lieux de spectacles de la capitale européenne, après Forest National (7 400) et après le stade Roi Baudouin (50 000).
Votre serviteur a découvert ce tandem, dans le cadre du festival de Ronquières, en 2017. Une jolie surprise ! Les gamins avaient épaté la galerie, par ailleurs très hétéroclite, en ciselant des mots pour les traduire en textes ravageurs, sans être rageurs, à la manière de grands chanteurs de ce monde !
Ils puisent leurs sources à travers le quotidien. Le leur et celui des proches. Ils construisent un monde, sans être moralisateur à outrance.
Florian José (Big Flo) et Olivio Laurentino Ordonez (Oli), à l’état civil, ont très tôt voué une passion immodérée pour la musique. Nés d’un père chanteur de salsa, ils commencent à rapper sur un titre de Sully Selfi, « J’voulais », dès l’âge de 6 ans.
Ils recevront, dès l’enfance une solide formation musicale. Olivio étudie la trompette et Florian la batterie, au conservatoire de Toulouse.
Assez vite, ils se taillent une place de choix dans le milieu. Intitulé « La Cour des grands », le premier elpee est certifié disque d'or en 2015 alors qu’ils n’affichent respectivement que 22 et 19 printemps.
En janvier 2018, le duo est nominé dans deux catégories des Victoires de la Musique, ‘Album de musiques urbaines’ et ‘Chanson originale’, grâce au titre « Dommage ».

Le supporting act est assuré par Daddy K, DJ bien connu dans les milieux branchés de la nuit. Censé chauffer l’auditoire, son set d’une bonne demi-heure va complètement manquer sa cible : il est tiré en longueur. Trop, c’est trop !

Lorsque les premiers (vrais) sons envahissent l’arène, il est quasi 20 heures 30. Des écrans géants sont disposés de part et d’autre de la main stage, elle-même cachée par de grands rideaux.

Inutile de dire que la salle bruxelloise est pleine à craquer. Le public est plutôt jeune. Faut dire qu’on touche à un genre musical que seuls les moins de vingt ans peuvent connaître.

En se basant sur le principe de la ‘Draw my life’, les compères s’amusent à brosser en images animées le parcours (parfois tumultueux) de leur vie avant de laisser tomber le tissu sur un décor constitué de deux tours placées aux extrémités de l’estrade, le tout auréolé d’une jolie couleur rosée, style provençale.

Le show commence alors par la plage titulaire du nouvel LP « La vraie vie », qui raconte la pression ressentie lors de son écriture. Il tacle au passage Orelsan : ‘Dans ce milieu j'ai été très déçu, j'te l'dis tout d'suite, Comme la fois où Orelsan nous a refusé l'feat, Pourtant il sait combien on l'aime, Allez, sans rancune, mais un peu quand même’

Les frangins prennent un plaisir fou à s’exhiber devant un parterre plus qu’enthousiaste alors qu’ils se rappellent avec humour qu’il y a encore quelque temps, à Liège, le public se comptait sur les doigts d’une seule main.

Accompagnés par un violoncelliste/bassiste, un pianiste/guitariste et un DJ, les acolytes continuent leur tour de chant en alternant morceaux récents, comme « La vie normale », et plus anciens, dont « Gangsta », un de leurs premiers vrais tubes.

La « Salope » rend hommage à toutes celles qui exercent le plus vieux métier du monde.

Le show est truffé d’humour et d’autodérision. Les (fausses) injures fusent de toutes parts. Le shifumi –jeu effectué à l’aide des mains au cours duquel les deux joueurs choisissent simultanément un des trois coups possibles en le symbolisant de la paluche, par pierre, feuille ou ciseaux– constitue le point d’orgue. Big Flo en ressort vainqueur par KO.

Et histoire de rendre un peu plus dramatique encore cette battle verbale, les deux lascars ont enfilé un peignoir déniché aux friches.

Autre belle surprise, lorsque sur les premières notes de « Papa », le padré himself grimpe d’un pas décidé les planches, bonnet vissé sur la tête, afin d’accompagner les fistons sous un tonnerre d’applaudissements. Et c’est les yeux embués d’émotion, que le sexagénaire vide les lieux, toujours autant étonné par tant de complaisance.

Le combo prend ensuite place autour d’une table ronde, histoire de se poser un peu. Les musiciens viennent les rejoindre. Un serveur débarque plateau en main et leur sert ce qui semble être du jus de fruit. Les plaisanteries tombent comme pommes à l’automne. Le temps s’arrête quelques minutes. La respiration haletante manifestée depuis le début s’estompe peu à peu, avant de redevenir à la quasi-normale.

Mais, de courte durée, cette parenthèse s’achève par un « Jump » totalement déhanché où le binôme s’acharne à transformer le peuple en marionnette collective, l’invitant à exécuter quelques pas à droite, à gauche, devant et derrière avant se s’accroupir et de se relever à maintes reprises. Autant dire que les lombaires des quinquas s’en souviendront !

Le concert touche doucement à sa fin. Dans une ambiance feutrée, Big Flo se couche sur un banc pour interpréter un magnifique « Autre part », inspiré de sa propre histoire et de son envie d’en finir avec la vie.

Wawad, ami de longue date et champion de beatbox, monte sur les planches,  à son tour. Son talent est certes impressionnant, mais cette prestation s’éternise à nouveau et le parterre finit par se lasser. Dommage !

Un spectateur est ensuite choisi par les artistes afin de pousser la chansonnette sur la partie la plus rapide de « Ca va trop vite » et s’en sort presque aussi aisément que les géniteurs. En échange de quoi, il pourra s’approvisionner aux frais de la princesse auprès du stand merchandising… ce qui lui fait une belle jambe !

Déjà deux heures environ que le concert a débuté avant que ne retentisse « Dommage», dont le refrain est repris en chœur par les spectateurs.

En guise d’apothéose, Bigflo et Oli traversent la fosse, escortés de molosses (NDR : ça rime !) afin de rejoindre une plateforme sise de l’autre côté de la salle.

Des ballons géants sont jetés dans la foule ; ce qui crée une ambiance digne de la cour de récréation. Une bombe de confettis explose et met un terme à une prestation qui restera à jamais gravée dans les tympans de ceux qui ont eu la bonne idée de venir ce soir…

Les autres ont définitivement manqué un spectacle qu’on pourra, sans aucun doute, qualifier de mémorable…

Setlist

1) La vraie vie
2) La vie normale
3) Gangsta
4) Comme d’hab
5) Freestyle du dico
6) Nous aussi
7) Salope
8) Papa (ft. Notre père Fabian)
9) Trop tard
10) Clash
11) Autre part
12) Sac à dos
13) Ca va trop vite
14) Je suis
15) Dommage
16) Personne
17) Alors alors

 

 

GoGo Penguin

Comment rendre le jazz accessible au plus grand nombre…

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Ce samedi 10 mars, l’Ancienne Belgique accueillait l’un des groupes les plus excitants qui sévit depuis quelques mois : GoGo Penguin. Ce n’est pas la première fois que la formation anglaise rallie la capitale européenne. Il y a quelques mois, elle se produisait à Flagey, afin de donner sa propre version de la B.O. du film culte « Koyaanisqatsi », réalisé par Godfrey Reggio. Une belle illustration de son potentiel.

Originaire de Manchester, le trio appartient à cette catégorie d’artistes ou de groupes capables de gommer les frontières entre les genres musicaux. Plus exactement, à l’instar de Kamasi Washington ou de Badbadnotgood, le band tente de rendre le jazz accessible au plus grand nombre. Un jazz qu’il mêle à l’électronique, sans jamais perdre de vue le sens mélodique. Après voir gravé l’excellent « Man Made Object », elpee qui lui avait permis de se forger une certaine notoriété, GoGo Penguin est venu défendre son nouvel opus, le tout aussi épatant « A Humdrum Star ».

Le public, ce soir, est multigénérationnel. Tous les balcons sont accessibles et la salle est aux trois-quarts pleine. Peu de groupes de jazz peuvent se targuer d’attirer un auditoire aussi conséquent.

A 21h les lumières s’éteignent. Chris Illingworth s’installe au piano à droite du podium. Rob Turner, à l’autre extrémité, derrière ses drums, tandis que Nick Blacka, le préposé à la contrebasse, se plante au milieu. Derrière chaque musicien, un pingouin est projeté sur un écran. L’éclairage est sobre et efficace. Pendant une heure et demie, GoGo Penguin va puiser essentiellement son répertoire au sein de son dernier LP. Dès les premières notes, on est impressionné par la précision des trois instrumentistes, reflet de leur formation académique. Tels des équilibristes, ils enchaînent les constructions complexes et empruntent des chemins inattendus pour finalement toujours retomber sur leurs pattes. Sans laisser le moindre temps mort, ils enchaînent tour à tour les prouesses. Mêmes les transitions sont élaborées. Face à tant de technique et de richesse musicale, et afin d’en savourer pleinement la qualité, il faudrait que chaque prestation soit individuelle, plutôt que de se concentrer sur une perception d’ensemble. N’empêche que le mélomane ne peut que sortir comblé, d’une telle prestation. Un concert qui, j’en suis sûr, réconciliera beaucoup de monde avec le monde du jazz.

(Organisation : Ancienne Belgique + Live Nation)

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