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Kreator - 25/03/2026
Concerts

Arsenal

Idéal pour faire la fête !

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C’est le vingt-deuxième concert sold out du groupe Arsenal à l’Ancienne Belgique depuis 2001. Si le premier avait été programmé au Club, tous les autres se sont déroulés dans la grande salle.

Un sixième elpee est en préparation pour Arsenal. Baptisé « In The Rush Of Shaking Shoulders », sa sortie est prévue en 2018. En attendant, un premier single vient de paraître, et il s’intitule « Amplify ». Les sessions sont toujours en cours, des sessions auxquelles Scott McCloud (Girls Against Boys), mais également d’Edaoto and The Afrogenius Band, un combo nigérian qui pratique de l’afro-beat participent. Et c’est d’ailleurs ce band qui assure le supporting act. Mais pas seulement… 

Hendrik Willemyns s’était rendu au Nigéria pour réaliser un reportage pour sa série télévisée littéraire, ‘Paper Trails’. Et lors de ce séjour, il était tombé sous son charme. Mais comme ce pays est également le berceau de l’afro-beat, il est parti également à la recherche de rythmes susceptibles d’inspirer de nouvelles compos. Et pour y parvenir, il a invité Edaoto et son backing group. Il ne faut pas oublier que quinze années plus tôt, en concoctant « Oyebo Soul », le band avait puisé ses sources musicales au cœur du continent africain.

Originaire de Lagos, Edaoto and The Afrogenius Band ouvre donc le bal. La section rythmique est solide. Le bassiste joue de son instrument, en le poussant à la limite de la rupture, tout en dansant sur place. Et le drummer jouit d’une belle technique. Plutôt généreux, le leader se consacre au dejmbés et à la gratte semi-acoustique, alors que le second guitariste dispense des sonorités dignes de Tinariwen, plongeant ainsi les compos dans une forme de blues du désert. Une entrée en matière idéale pour chauffer l’ambiance !

Le concert est sold out, comme les quatre autres représentations de la formation anversoise, programmées à l’AB. Chez Arsenal, le line up est inchangé. Léonie Gysel se charge du lead vocal. Rayonnante et toujours aussi sexy, elle attend pourtant un heureux événement. Mirko Banovic se consacre à la basse et Bruno Fevery à la gratte. Les sonorités dispensées par le premier sont le plus souvent ronflantes et celles du second, funkysantes. Le drummer, Dirk Loots et le percussionniste, David Donnat, trônent sur une estrade. Outre les chœurs, Mathias Bastiaans jongle entre six cordes et les claviers. Légèrement en retrait, Hendrik se réserve les synthés et les machines, alors que John occupe tout l’espace scénique, invitant régulièrement le public à se remuer. Ce soir il va très peu se consacrer à la guitare et se concentrer sur son chant. Et puis, n’oublions pas le concours de deux choristes féminines…

« Low Sun-Long Shadow » ouvre le set. C’est un des cinq extraits du nouvel opus que la troupe va nous proposer ce soir. Léonie agite ses maracas. Les percus s’emballent. John débarque des loges en tournant les mains et en exécutant une danse africaine. Les deux rampes latérales inondent les artistes de lumières blanches et bleues. John ne tient déjà plus en place. Hendrik danse sur place tout en triturant ses machines.

« Black Mountain (Beautiful Love) » est à la fois indé et dansant. La voix de Léonie colle parfaitement à ce titre à la fois sucré et métissé. Mais hormis deux compos, elle va surtout soutenir les choristes. L’une d’entre elles, Mathues va se réserver le lead vocal pour également deux morceaux, « Temul (Lie Low) » et « High Venus ».

Fleurant bon le sud, ses fleurs, ses fruits doucereux et son vin de porto, « Estupendo » et « Saudade 1 & 2 » sont interprétés dans la langue de Luís de Camões. Le public connaît les paroles et les reprend par chœur.

Extrait d’« Obeyo soul », « Amelaka Motinga » nous invite à opérer une timide incursion en Afrique. Car après la parenthèse « Whale », le concert plonge carrément dans l’afro-beat. Même que le spectre de Fela Kuti commence à planer. Funk, jazz, et culture Yoruba y font bon ménage. « Amplify », le nouveau single, incite les spectateurs à se déhancher. Dans les gradins, Eduato et ses musicos exhortent la foule à suivre ce conseil. Ils vont ainsi mettre l’ambiance, une bonne partie de la soirée. Festifs, leur bonne humeur est communicative. John les en remercie. Et en guise de morceau final, « Melvin », va littéralement mettre le feu à l’AB ! Il fait très chaud et les pieds commencent à souffrir.

En rappel, John annonce que le morceau suivant sera ‘du Slayer à la mode jazz’ ; en l’occurrence, « A Bend In The River ». Et c’est l’inévitable « Lotuk » qui clôt le spectacle. Tout le monde a bien dansé, ce soir. Et en même temps a réussi à oublier ses soucis de la vie quotidienne. Si vous souhaitez participer à une semblable fête l’an prochain, sachez qu’Arsenal se produira au Lotto Arena d’Anvers, fin décembre 2018. On s’y donne rendez-vous ?

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

 Voir aussi notre section photos ici

 

Orchestral Manœuvres in The Dark (OMD)

Obligatoirement Magistral et Divin...

Ce 6 décembre, dans la hotte de Saint-Nicolas, il y a OMD (Orchestral Manoeuvres in the Dark) et Holygram, au sein de la salle De Roma, à Anvers. Un présent résolument 'dark', car les formations émargent à la 'new-wave', l'une comme pionnière et fondatrice (OMD) et l'autre, bien que jeune pousse, prête à reprendre le flambeau.

La jeune pousse, Holygram, est un quatuor colonais extrêmement prometteur. Il s’était illustré dans le cadre du festival Amphi, à Cologne. Au programme, un post-punk sophistiqué, aux frontières de la shoegaze et du krautrock. Lorsqu'il entame « Hideaway », impossible de ne pas penser à The Cure, The Chameleons mais aussi à The Jesus and The Mary Chain! Le chanteur, Patrick Blümel, ressemble quelque peu à Liam Gallagher ; mais ici s’arrête la comparaison. La setlist privilégie les plages du premier Ep (NDR : un éponyme) ; et tout particulièrement le superbe « Still There ». Mais les deux compos inédites, « She's Like The Sun » et « Signals », laissent entrevoir une évolution vers un style plus éclectique.(Pour les photos, c'est ici)

Après une pause de 30 minutes, OMD prend possession de la scène. Cette formation anglaise, issue de Liverpool, a marqué les années '80 en dispensant une new-wave électronique spécialement mélodique et très dansante. Formée en 1978, elle a connu une ascension fulgurante jusque dans les nineties, où elle a été balayée par les mouvements grunge et britpop. Mais en 2006, elle s'est reformée, surfant sur une vague nostalgique des eighties. A contrario d’une belle brochette de groupes 'rétros', OMD a préféré composer de nouveaux morceaux, enregistrant d’ailleurs trois long playings : « History of Modern », « English Electric » et, cette année, le petit dernier : « The Punishment of Luxury ».

Après une intro sur bande, constituée de « Art Eats » / « La Mitrailleuse », le show commence par deux titres récents, « Ghost Star » et « Isotype », tous deux extraits du nouvel opus. Sur l’estrade, on reconnaît le chanteur, Andy McCluskey. Derrière lui, aux claviers, on retrouve son compère, Paul Humphreys, la cinquantaine, les cheveux grisonnants et un visage de poupon souriant. Constat remarquable : les deux autres musiciens : Malcolm Holmes, à la batterie, et Martin Cooper, préposé aux synthés ainsi qu’au saxophone, sont les membres du line up ‘live’ emblématique, soit celui de 1980.

'Nous avons aussi des anciennes chansons', ironise McCluskey en introduisant « Messages », un morceau qui date de 1980. La réaction du public est enthousiaste. Il est clair que l'écrasante majorité des quadragénaires et quinquagénaires présents s’est déplacée pour entendre les hits de l'époque dorée '79-85!

« History of Modern (Part 1) » prouve néanmoins qu'OMD est encore capable encore d’écrire des hits, 30 ans plus tard. Le riff au synthé est simple mais d'une efficacité redoutable. Et Humphreys d'entamer un pas de danse. ‘I know why we play in Antwerp : it's because the people like my dancing', déclare-t-il, sur un ton humoristique… typiquement britannique.

Sur « (Forever) Live and Die », le claviériste abandonne son instrument pour venir chanter au devant du podium, alors que McCluskey le remplace derrière les claviers. Paul reste seul au micro pour « Souvenir », une compo qui nous rappelle de très beaux... souvenirs, avant que « Joan of Arc » et « Maid of Orleans » n'imposent leurs atmosphères hypnotiques et fascinantes. Le roulement de batterie de « Maid of Orleans » ainsi que la mélodie au mellotron nous transportent au cœur d’un univers médiéval, mystique et presque dark folk. Un grand moment, ponctué par une ovation de plusieurs minutes.

« Of All the Things We've Made » est interprété en formule quasi-acoustique. Les quatre musicos sont alors tous disposés au devant de la scène. Le batteur joue d'un simple tom sur pied ; ce qui nous permet d'apprécier la musique sans les interventions de batterie, qui, sur l'ensemble du concert, se sont révélées bien trop lourdes et bruyantes.

‘Is the sound loud enough ?’, s’enquiert McCluskey. ‘Because it's the end of the cultural part : now it's time for pop and kick-ass dance music !’ « So In Love » et « Locomotion » démontrent une fois de plus l'étonnante capacité de ce combo anglais à composer des chansons irrésistibles qui incitent furieusement à se remuer. Certaines parties vocales préenregistrées, sont circonstanciellement destinées à soutenir McCluskey. On ne lui en tiendra pas rigueur, vu ses incroyables performances, derrière le micro, accordées tout au long du set.

Les hits se succèdent à un rythme effréné : « Sailing On The Seven Seas », composé en trio avec Nick Kershaw, cède le relais au dernier titre du show, « Enola Gay ». Sans doute le plus grand hit décroché par la formation, en 1980. Un morceau 'explosif', qui emporte les fans au septième ciel ; et en fin de parcours, l’ensemble de l’auditoire tape dans les mains en criant 'Hey !' sur le tempo de la boîte à rythmes. Les musiciens se retirent, laissant la machine jouer 'ad libitum' avec le public : très fun !

Le combo revient sur le podium pour « Walking on the Milky Way », suivi du dispensable « If You Leave ». 

Enfin, « Electricity », son premier single gravé en 1979, parvient une dernière fois à faire grimper la tension devant une fosse... survoltée...

Une conclusion ? On a vécu un excellent concert, car ces vétérans ont donné une leçon cinglante aux formations contemporaines. Tout y était : génie musical, énergie, présence, humour et modestie. On regrettera juste la présence trop envahissante de la batterie (cette caisse claire assourdissante!) et l'utilisation par moments un peu trop systématique de 'gros' sons de synthé plus modernes. Une déception quand on apprécie davantage les sonorités vintage, voire même lo-fi des années '79-'85. OMD est un groupe de 'minimal synth', s'il vous plaît, pas de 'maximal synth' !

Mais ne boudons pas notre plaisir : ce soir, l’acronyme OMD aurait tout aussi bien pu se traduire par ‘Obligatoirement Magistral et Divin’... (Pour les photos, c'est )

Setlist :

Art Eats Art/La Mitrailleuse (Intro)
Ghost Star
Isotype
Messages
Tesla Girls
History of Modern (Part 1)
One More Time
Dreaming
(Forever) Live and Die
Souvenir
Joan of Arc
Joan of Arc (Maid of Orleans)
Time Zones 2016 (tape)
Of All the Things We've Made
What Have We Done
So in Love
Locomotion
The Punishment of Luxury
Sailing on the Seven Seas
Enola Gay

Encore:

Walking On The Milky Way
If You Leave

Electricity

Photo : Grégory Lécrivain

Org: De Roma, Anvers

 

Mountain Bike

La der des der ?

Écrit par

Ce serait le dernier concert de Mountain Bike. Les quatre joyeux drilles auraient décidé de mettre leurs vélos au clou… Une info qui est tombée via un communiqué de presse laconique. En fait, la formation a décidé d’arrêter la compétition et de prendre une pause, car pour eux, la musique reste une passion et ne constitue pas un job à plein temps. Après avoir couru de nombreux shows à travers le monde, remporté des tas d’étapes et même décroché des maillots jaunes, les cyclistes peuvent se targuer d’afficher un fameux palmarès. Leur parcours s’arrête donc ici, en souhaitant que ce ne soit pas une décision définitive… Il ne fallait donc pas manquer cet évènement.

Le supporting act est assuré par Mind Rays. Il y a du peuple, au sein duquel on remarque la présence des quatre membres de Mountain Bike. Quartet gantois, Mind Rays pratique un punk/rock/garage old school. Et il est venu présenter de larges extraits de son dernier elpee, « Nerve Endings ». Energique, sauvage, sa musique se caractérise par ses accords de gratte incisifs, ses drums sauvages, frénétiques et, une ligne de basse ronflante. Le chanteur se démène comme un beau diable. Oscillant entre 1 et 2’30, les titres sont courts. A revoir…

Mountain Bike a publié, en mars 2017, un second opus baptisé « Too Sorry for Any Sorrow ». Un disque davantage pop que vraiment garage. Les refrains y sont davantage accrocheurs et les mélodies soignées. Mais quand il est sur les planches, le combo franco-belge aime faire la fête et permettre aux spectateurs d’y participer. Des canettes de houblon d’une célèbre marque belge sont disposées au pied de chaque cycliste. Il faut éviter la déshydratation, dans l’effort. Depuis 2012, le line up réunit Etienne (chant, guitare), Charles-Antoine (guitare), Aurélien (batteur) et Stefano (bassiste). Tous les potes et les aficionados on répondu présent pour assister au set des vététistes…

La première partie est plutôt pétillante. On y reconnaît « Absolutely », « Is That All About The Money » « This Lonely Place » et « Escape Plan ». Furtivement, dans votre esprit, les références aux Kinks, à Oasis, à Ty Segall, aux Stranglers ou encore aux Buzzcocks se mettent à circuler. Au bout de 40’, Etienne signale que le premier acte est terminé.

Les musicos sont partis se changer et reviennent sur l’estrade en calbuttes et tee-shirts de basketteurs. Un look qui reflète parfaitement leur humour au second degré. Et puis cette envie inextinguible de faire la nouba. En compagnie des spectateurs qui vont d’ailleurs participer à un lancer de boîtes de bière, mais également oser le crowdsurfing. Le set s’achève par une solide reprise du « The Sweater Song » de Weezer. Etienne invite, ensuite, tout le monde à prendre un dernier pot au bar. Généreux, Mountain Bike n’est donc pas seulement porteur d’eau, mais aussi de houblon. Une chose est sûre, il ne s’est jamais caché dans le peloton. D’ailleurs on espère déjà que lorsqu’il reviendra sur la route (NDR : le plus rapidement possible), il mettra le grand braquet… 

(Organisation : Ancienne Belgique)

Front 242

Un fameux coup de poing… en plein Front…

Ce week-end, c'est la fête à Front 242. Et elle se déroule dans la grande salle de l'AB ! La formation belge culte, qui a créé l'Electronic Body Music au début des années '80, a exercé une influence majeure sur les courants techno, electro, industrial, etc.. Elle célèbre donc les 35 ans de la parution de son tout premier opus, « Geography ». Les deux concerts, accordés vendredi et samedi, sont archi-complets et ont attiré des fans issus des quatre coins du pays et même de l'étranger. Grâce à l'AB, Musiczine et Radio Vibration, votre serviteur a pu assister aux deux représentations et nombreux sont les aficionados qui ont opéré ce choix, curieux de découvrir deux shows qui, le groupe l'a promis, seront différents et complémentaires.

Un mot sur le premier spectacle, programmé le vendredi. C'est Metroland, qui a ouvert le feu, un combo de musique électronique, réduit à un duo depuis la mort du Passenger L, alias Louis Zachert. Le tandem malinois pratique toujours une musique très influencée par Kraftwerk, en plus punchy. A (re)découvrir ! Quant au set de Front 242, s’il s’est avéré intéressant, il a souffert de plusieurs passages à vide, surtout en milieu de parcours. De quoi laisser le mélomane quelque peu sur sa faim. 

On s’attardera donc davantage à la performance de samedi. Car on y a vécu un moment inoubliable, probablement un des meilleurs concerts jamais accordés à l'AB.

Reprenons la chronologie de cette soirée d'anthologie : c'est Cruise [Ctrl], le duo belge francophone réunissant John et Gore, qui se charge d'ouvrir les hostilités. La salle est déjà bien remplie quand Jean-Luc De Meyer, le chanteur principal de Front 242, monte sur les planches pour présenter les musicos. Un hommage touchant de sa part ! Mêlant electronica, minimal techno et ambient, la musique de Cruise [Ctrl] est unique en son genre. Debout derrière une table de DJ, les deux bidouilleurs triturent leurs synthés et leur 'drone commanders' pour générer une bande-son répétitive et hypnotique, aux atmosphères très ‘lynchéennes’. La setlist parcourt leurs 4 albums en date, soutenue par les superbes vidéos d'Ab Strakt (alias Valérie). Une prestation captivante. On attend donc impatiemment le cinquième elpee studio !

Ce qui va se produire ensuite, restera, à notre avis, dans l'histoire. Après 20 minutes de pause, le rideau, sur lequel est projeté le logo ‘242’, s'entrouvre sur une musique d'introduction très solennelle. Richard 23, portant un masque vénitien, apparaît immobile au-devant de la scène et petit à petit les sons de « Happiness » envahissent la salle. Le rideau s'ouvre complètement et le groupe entame une progression rythmique hallucinante, comme pour retarder l'explosion le plus longtemps possible. ‘You modern angels, You modern angels...’ Enfin, c'est l'orgasme et le rythme frénétique du hit des années '90 retentit. Richard arrache son masque et se met à danser comme un possédé. Immédiatement, c'est la folie totale au sein des premiers rangs. Un pogo monstre éclate et pour nombre d'entre nous, il est temps de se réfugier en dehors du 'circle pit'. A la fin du premier titre, qui se sera étendu sur plus 8 minutes, la messe est déjà dite et on sait qu'on est parti pour un concert de rêve.

Le groupe enchaîne par « Take One » et c'est au tour de Jean-Luc De Meyer de prendre possession de l'avant-scène. Derrière, à côté de Richard 23, Patrick Codenys trône en maître des claviers et Tim Kroker défonce ses fûts. Il faut bien sûr ajouter Daniel B., alias Daniel Bressanutti, un des 4 piliers originaux de la formation, qui officie toujours derrière la table de mixage. Les vidéos sont, comme à l'accoutumé, tout simplement époustouflantes. Tantôt fractales, tantôt réalistes, toujours passionnantes. « Tragedy For You » déçoit un peu par un manque, tout relatif bien sûr, de puissance dans les arrangements mais, cette baisse de régime est bien vite oubliée grâce à « Moldavia », une autre bombe EBM qui déclenche à nouveau l'hystérie.

Intelligemment, les musiciens se ménagent une séquence plus calme, constituée de « Together », « One With the Fire », un titre qui figure très rarement dans les setlists, et « 7rain ». La machine-tueuse se remet ensuite en marche pour « WYHIWYG », enchaîné à « Master Hit » mais c'est surtout pendant « No Shuffle » que l'ambiance redevient torride. A la fin du morceau, le public continue à hurler ‘Always Ahead’ et on perçoit un émerveillement sincère sur les visages de Richard 23 et Jean-Luc De Meyer. On a beau avoir joué sur toutes les scènes du monde en 35 ans, rien ne vaut le public belge !

L'intensité baisse ensuite à nouveau quelque peu pendant « Lovely day » et « Circling overland », mais c'est pour mieux préparer le galop final, qui commence par « Commando mix » et bien entendu, « Headhunter ». ‘Make some fucking noise !’, éructe Richard et c'est le classique des classiques, le plus grand hit de la formation, articulé autour de ce refrain devenu culte: ‘One you lock the target, Two you bait the line, Three you slowly spread the net and Four you catch the man’. Plus de 1 500 fans lèvent les bras et la clameur du public couvre même le son des enceintes : un moment inoubliable !

« Im Rhythmus bleiben » et enfin, « Funkahdafi » maintiennent la pression jusqu'à la fin du set officiel. En premier rappel, Jean-Luc De Meyer introduit « Operating Tracks » en ces termes laconiques: ‘First album, first track’. La vidéo projetée est celle réalisée à l'époque, en 1982. Délicieusement vintage ! Après « Welcome to Paradise » et son fameux ‘No sex until marriage !’, ponctué par un amusant ‘You bloody hypocrites’ de Richard, on en conclut que le concert est terminé mais, nouvelle surprise, le band revient pour un second rappel. Ce qui est très rare ! Et, en plus, c'est pour jouer l'hallucinant « Punish Your Machine », une tuerie hypnotique et technoïde à souhait, soutenue par les stroboscopes et les images en noir et blanc de la guerre au Vietnam. L'outro est enfin complètement dingue, les sons s'agglomérant dans un délire bruitiste inouï.

Pas de doute, on a assisté à un concert historique. Peu de groupes parviennent à offrir un spectacle aussi puissant, aussi énergique et en même temps, si sophistiqué, si élaboré, à l'exception, sans doute, des inégalables Nine Inch Nails... Jean-Luc, Patrick, Daniel et Richard ont prouvé que, même s'il ne proposent plus de titres nouveaux depuis les années 2000, ils n'en restent pas moins un des meilleurs groupes 'live' de ce côté-ci du Rio Grande (et de l'autre côté aussi, d'ailleurs). Ce soir, Front 242, c'était un coup de poing dans les yeux, dans les oreilles et... dans le Front ! C'était juste le bonheur... « Happiness !». Thank you, guys !

Pour regarder la vidéo de « Happiness », c’est ici et de « Headhunter », c’est

Et pour la section photos (crédit Patrice Hoerner), c'est encore ici

 

Setlist Front 242 (2 décembre) :

Happiness
Take one
Tragedy for you
Moldavia
Together
One with the fire
7rain
WYHIWYG/Masterhit
No shuffle
Lovely day
Circling overland
Commando mix
Until death (us do part)
Headhunter
Im Rhythmus bleiben
Funkahdafi.

Rappel 1 :

Operating tracks

Rappel 2 :

Punish your machine

Setlist Cruise [Ctrl] :

Letters under nails
In the heart of a circle of twelve sycamores
Pomona road
White Lodge
Two men getting sick

(Organisation : AB)

Marilyn Manson

Au bord du précipice…

Écrit par

Le moins qu’on puisse dire, c’est que 2017 a été une année rock’n’roll pour Marilyn Manson. Quelques mois après avoir perdu son père, l’homme qui terrorise toujours les Etats-Unis sort son dixième opus studio, « Heaven Upside Down ». Ce dernier a été reçu tièdement par les critiques et surtout va largement en deçà des espoirs de renaissance formulés par un « The Pale Emperor » prometteur, publié en 2015. Mais c’est un Manson amoché qui a assisté à la sortie de son nouvel elpee. Son décor de scène s’est en effet effondré sur lui, quelques jours plus tôt. Une jambe doublement cassée a entraîné un gros retard dans la tournée. Ainsi, neuf dates ont été postposées. Le 20 octobre, Twiggy Ramirez, son ami et bassiste, est accusé de viol par une ancienne petite amie. Manson prend de suite la décision de l’exclure du band et de le remplacer par Juan Alderte, qui milite alors chez The Mars Volta. Bref, en cette soirée de décembre, Forest National accueille un Marilyn Manson affaibli.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le Maître de la provocation attire aujourd’hui toutes tranches d’âges et tous styles confondus. Les éternel·le·s gothiques en cuir et latex croisent des quadras et quinquas en tenues civiles. Quelques motards sirotent une bière, à deux pas d’un père et sa fille qui ont l’air d’assister à un concert pour leur première fois. Manson n’incarne plus uniquement l’icône d’une jeunesse révoltée mais a visiblement engendré, en plus de deux décennies, quelques générations d’anticonformistes. Mais… pas autant que nécessaire afin de remplir totalement la salle bruxelloise. Certains gradins sont bâchés, les rangées de sièges les plus hautes resteront inoccupées. Idem pour la fosse, où le peuple se concentre véritablement aux abords de la scène, laissant l’arrière pour le moins aérée. La salle baigne dans l’obscurité, seules les lumières de GSM éclairent des visages d’une lueur blafarde. Sur les planches, six faisceaux bleus illuminent une table.

Marilyn Manson a toujours cultivé l’art de surprendre là où on ne l’attendait pas. Cette soirée ne figurera pas parmi les exceptions. Alors qu’une myriade de groupes rêveraient d’arracher quelques headbangings en jouant les ‘opening acts’, le trublion grandiloquent a préféré faire appel à un DJ, en l’occurrence Dinos Chapman, afin d’ouvrir son show. On pourrait dès lors espérer un mix nourri de Rock, de Metal ou autres styles proches. Que nenni ! Une demi-heure d’électro ambiant. Tomorrowland parachuté au pays des clous et des riffs. Un étonnement qui se muera très rapidement en lassitude. La linéarité du set finit par avoir raison de ma bonne conscience, qui m’avait alors poussé jusque là à rester sur place, intimement convaincu que l’atmosphère allait s’enflammer d’un moment à l’autre. Niet popov. Une décision s’impose donc : direction le bar.

La salle est à présent voilée et laisse apparaître sur les côtés ce qui pourrait s’apparenter à des croix orthodoxes renversées. L’hémicycle est plongé dans le noir. Les baffles crachent du Cure, puis les Doors avant de s’envoler sur du Mozart. Le rideau finit par tomber, deux énormes pistolets croisés et posés sur leur crosse envahissent l’arrière du podium. Un véritable stéréotype de Rap US (et ces mêmes pistolets qui avaient eu raison de la gambette de Manson, deux mois plus tôt !) Originalité : au lieu d’être rejetée en fond de scène, la batterie du groupe est disposée à l’extrême droite, perpendiculairement à la stage. Tyler Bates et Paul Wiley, grimés, sont accrochés à leur guitare. Il en va de même pour la toute nouvelle recrue, Juan Alderte, de plus petite carrure et dont la basse paraît donc exagérément grande pour lui. Derrière, on remarque la présence d’un siège hybride ; il est effilé au-dessus, à mi-chemin entre la chaise roulante et électrique. Tel un empereur, Marilyn Manson y repose et entame « Revelation #12 », titre d’ouverture du dernier LP, « Heaven Upside Down ». Alors qu’on pourrait croire à un effet de scène, fréquemment usité par le Révérend, ce dernier demeure immobile dans son fauteuil, se contentant de le faire rouler sur l’estrade de quelques mètres ou de tourner sur lui-même. Le constat est implacable : Manson souffre encore bel et bien de sa jambe. Une suspicion qui se transforme en certitude lorsque le vocaliste balance un ‘This is the New Shit’, toujours bien ankylosé sur sa Manson-Mobile tunée. Les bras se lèvent, certains crient, le morceau commence à sortir timidement la fosse de sa léthargie. Ce n’est plus un secret : on est aujourd’hui loin des déchaînements de foule de la période « Antichrist Superstar ». Fin du morceau, l’obscurité retombe et deux faire-valoir du musicien, habillés pour l’occasion en médecins, viennent l’aider à se placer à l’avant du podium. Tel un Ozzy Osbourne dernière mouture, Manson ne lâchera plus son pied de micro, cloué au sol par une jambe encaquée dans une grosse botte médicale.

 Il va de soi que cette immobilité du chanteur, d’ordinaire beaucoup plus amène à arpenter les planches de long en large, ne manquant jamais l’une ou l’autre pose suggestive avant de ramper par terre, finira par rapidement infecter la foule. C’est mou, très mou, trop mou ! Quelques jeunes éméché·e·s sautent quand même en l’air sur « Disposable Teens », mais sont bien esseulé·e·s. L’arrière-plan arbore à présent le faciès du chanteur, mais de profil. Il ne faut pas attendre le quatrième morceau pour qu’un moment de gêne, plutôt embarrassant, engourdisse la salle : « Mobscene » est complètement massacré. Conscient que l’interprétation part en eau de boudin, Manson stoppe la machine au beau milieu du parcours et convoque Tyler Bates à ses côtés, qui se prend pour l’occasion une remontrance publique. Tant bien que mal, Manson et son gratteur le clôtureront à deux. Alors qu’une majorité de formations auraient tout simplement repris le morceau –tout le monde peut se planter– Manson préfère embrayer sur la suite. Je-m’en-foutisme, quand tu nous tiens…

Il en remettra d’ailleurs une couche quelques minutes plus tard, en interrompant « The Dope Show », sous prétexte que des personnes dans le public le filment. ‘A chaque fois que je vois une lumière rouge’, prévient-il les premiers rangs, ‘je stoppe et chante le refrain de « I don’t like the drugs but the drugs like me »…’ Une mise en garde qu’il met évidemment en application, menaçant même de vider les lieux si les spectatrices et spectateurs ne mettent pas leur poing dans la figure –mais de manière douce, précise-t-il quand même– à celles et ceux qui s’amuseraient à l’enregistrer. De longues minutes d’attente avant que la Diva Manson ne daigne quand même poursuivre. Dur d’accepter de se faire filmer quand on est plus que l’ombre de soi-même…

Même si la soirée peut être globalement créditée d’un flop, il faut néanmoins reconnaître que Manson maîtrise aujourd’hui davantage ses nouvelles compositions. « Third Day of a Seven Day Binge » et « Deep Six » permettent au chanteur d’exploiter une énième facette de sa palette vocale, chargée en émotions et qui ne manquera pas d’électriser la foule. Il en va de même pour « Say 10 », qui envoûte graduellement l’audience jusqu’à l’inciter à crier, comme un seul homme : ‘You say God and I say Say 10’. Un lointain arrière goût de ce qu’ont pu incarner ses anciennes messes révolutionnaires de la fin des années 90…

C’est finalement par le très émouvant « Coma White » que l’Antéchrist prend congé. Une fois de plus, typiquement du Manson : après avoir énervé, déçu ou lassé son public, l’artiste finit par une très belle interprétation de ce langoureux morceau. Un dernier ‘fuck’ adressé à l’auditoire, qui adoucit néanmoins ce goût amer, devenu de plus en plus prononcé au fur et à mesure que le show s’est déroulé. Il n’empêche que de ce concert émanait le dérangeant fumet d’une prestation bâclée. Pourquoi persister à poursuivre son périple alors qu’il n’est pour le moment pas capable d’offrir un show digne de sa réputation ? Il s’agit certes d’un détail, mais en jetant un bref coup d’œil au merchandising on se rend compte que des t-shirts sont vendus à des prix exorbitants, alors qu’on aurait presque pu dire qu’il s’agissait de transferts faits maisons (Manson ?). Un détail, évidemment, mais qui dénote du peu de respect que l’artiste réserve à ses fans. Il se permet de vivre de son aura, et devrait certainement en profiter pendant encore de nombreuses années ; cependant, son public finira bien par s’éroder s’il poursuit dans la même voie. De cette soirée en ressort en tout cas un triste constat : le Révérend glisse dangereusement vers le précipice… déjà qu’il s’est brisé la jambe…

(Voir aussi notre section photos ici)

Organisation : Live Nation Belgium

Témé Tan

La machine n’a toujours pas d’âme…

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De son véritable nom Tanguy Haesevoets, Témé Tan est impliqué dans différents projets. Dont Goulash, un duo qu’il partage en compagnie de Noza et le sien en solo. Son 'one man show' avait réalisé le ‘buzz’, lors de son passage au dernier festival Esperanzah. Son coeur balance entre Kinshasa et Bruxelles. Faut dire qu’il a grandi entre les deux villes. Sa musique est le fruit d’un cocktail entre soul ‘motownesque’, world latino et surtout congolaise (pensez à Kasai Allstars, Konono n°1, Staff Benda Bilili ou encore Jupiter & Okwess International). Il vient de publier son premier elpee.

Youri assure le supporting act. Il y a déjà bien du peuple dans la salle. Très interactif, l’artiste signale être blanc, mais avoir longtemps vécu au Congo. En outre qu’il va nous montrer ce qu’est la musique africaine. Il a donc des racines black. Sur les planches, il se sert d’une guitare, d’une basse, d’un iPad et d’une loop machine.

« Chem Chem  » ouvre le set. Youri est plutôt doué pour créer ses boucles. Ce qui engendre parfois des moments vraiment magiques. Il est particulièrement interactif. Ses morceaux oscillent entre la world, le reggae, le jazz et l’électro. Dans ce dernier cas de figure, il nous bombarde d’infra-basses. Heureusement, le pilonnage ne dure que trois à quatre minutes. Et le set de s’achever dans un climat réminiscent des eighties. Pas mal du tout pour une première partie !

La Rotonde est pleine comme un œuf. Témé Tan va également nous proposer un 'one man show'. Un artiste plutôt sympathique et également très interactif. Pas besoin de se prendre la tête, cependant, pour assister à ses spectacles. Il ne transporte pas tous ses instruments, à l’instar de Rémy Bricka, mais les garde à portée de main. Soit deux machines et un ukulélé. Les compos sont rythmées. Et l’artiste semble prendre son pied sur les planches. Mais laisser des machines diriger la manœuvre déshumanise les sonorités. La machine n’a toujours pas d’âme. Bien sûr, il tripote de temps à autre ses curseurs, pour modifier les courbes musicales. Mais ces manipulations méthodiques finissent rapidement par lasser. Sous cette approche, la sueur et l’émotion sont les parents pauvres. De l’émotion, il y en aura quand même lorsque l’artiste se servira de son ukulélé. Au bout d’une demi-heure, quand même. Mais la transition sera de courte durée, Témé Tan en revenant à ses machines. Dans ces conditions, votre serviteur préfère alors s’éclipser…

(Organisation : Botanique)

 

Mac DeMarco

En marche vers la gloire…

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Il y a un peu plus de 3 ans, Mac DeMarco se produisait au Witloof Bar du Botanique. Il n’y avait qu’une trentaine de personnes, y compris votre serviteur, dans la salle. L’artiste avait accordé son set en solo, uniquement armé de sa gratte semi-acoustique. Assis, au milieu de l’auditoire. Un moment véritablement magique. Il revient ce soir dans la capitale, mais à l’Ancienne Belgique, en compagnie d’un groupe électrique, et le concert est soldout.

Le supporting act est assuré par Montero, un Australien établi en Grèce. Il et flanqué d’un backing group. Tour à tour un sextuor ou un septuor, dont trois guitaristes, un drummer, un claviériste et deux préposés aux cuivres et flûtes traversières.

Pop, élégante, subtilement psyché, la musique proposée nous replonge dans les 60’s et même les seventies. Et on ne peut s’empêcher de penser aux Beatles. A cause du soin apporté aux harmonies vocales. Mais aussi à Pond, une autre formation aussie pour laquelle Montero avait réalisé l’illustration de la pochette de l’album « Man It Feels Like Space Again ». Faut dire que l’artiste est devenu notoire pour son graphisme surréaliste…

Mac s’est installé depuis peu à Los Angeles. Agé de 27 balais, il vient de graver son nouvel opus studio, « This old dog », un disque pour lequel il a joué à l’homme-orchestre ; depuis la batterie à l’harmonica, en passant par sa célèbre gratte déglinguée qu’il avait achetée pour une poignée de dollars, mais qui sonne comme aucune autre.

Le show commence à 20h15 précise. Une intro présente chaque musico de manière humoristique. « On The Level », un des singles de son dernier long playing, ouvre le bal. La scène baigne dans les teintes bleues. Mac a revêtu un tee-shirt de couleur orange et est coiffé d’une casquette retournée. Extraits de « 2 », « Ode To Viceroy » et « Freaking Out The Neighborhood » incitent la foule à danser. La version acoustique de l’indolent « My Kind Of Woman » est splendide.

L’auditoire reprend régulièrement les chansons en chœur, qu’il connaît… par cœur… Le natif de Duncan est particulièrement interactif. Sa voix est douce et bouleversante. Le concert va alterner titres énergiques, explosifs même et morceaux plus lounge voire jazzyfiants. Mais la fosse est réceptive à l’ensemble de son répertoire, et ovationne régulièrement la bande au Canadien. En fin de set, il prend la place de son drummer, qui en profite pour avancer en première ligne, afin de livrer une version plutôt burnée du « Californication » de Red Hot Chili Peppers. Manifestement, la route du succès est toute tracée pour Mac DeMarco

(Organisation : AB + Live Nation)

 

Wolf Parade

Il ne faut pas deux loups pour diriger une meute…

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Il y a déjà quelques années qu’on n’entend plus guère parler de Wolf Parade. Faut dire que depuis la pause que s’est réservée le band Canadien, en 2011, les deux chanteurs, Dan Boeckner et Spencer Krug ont développé ou participé à des projets parallèles. Le premier a notamment milité chez Divine Fits et Operators, alors que le second s’est essentiellement focalisé sur son aventure en solitaire, baptisée Moonface. Ce n’est qu’en 2016, que le groupe a repris le collier, publiant alors un Ep. Et dans la foulée, il a enregistré un excellent nouvel elpee, intitulé « Cry, cry, cry » Il se produisait au Botanique, dans le cadre de l’édition 2017 de l’Autumn Falls 2017. Il était donc intéressant de voir et surtout d’écouter la transposition en live de ce dernier opus…  

Après une première partie assurée par le groupe torontois, FRIGS, les membres de Wolf Parade débarquent sur les planches. Le public qui a rejoint l’Orangerie, est plutôt clairsemé.  Armé de sa gratte, Dan Boeckner se plante à gauche, et siégeant derrière son piano, Spencer Krug, a opté pour le côté droit. Le chanteur s’installe au milieu. Pas un inconnu, puisqu’il s’agit de l’ex-chanteur de Hot Hot Heat, Dante DeCaro. Après avoir participé aux sessions d’enregistrement pour plusieurs albums, il a rejoint définitivement le line up. En arrière plan, Arlen Thompson campe derrière ses fûts. Sous les applaudissements, le groupe entame le set par le single issu du dernier opus, « Lazarus Online ». Krug se concentre sur ses ivoires, tout en chantant de sa voix si caractéristique ce morceau qu’il a composé dans son style lyrique. Et les autres instrumentistes, lui emboîtent aussitôt le pas. Boeckner reprend ensuite le flambeau. Echafaudées sur les lignes de gratte, ses compositions adoptent un profil davantage punk et direct. A l’instar du dernier LP, que la formation va reprendre quasiment dans son intégralité, les deux leaders prennent la direction des événements, à tour de rôle. Malheureusement, malgré le talent des musicos et des titres, il faut bien reconnaître que les deux artistes ne parviennent pas à entrer en osmose. Y compris sur le répertoire précédent. Ainsi, la magie ne parvient pas à opérer pour les, pourtant superbes, « You are a runner and I am my fathers son » et « Modern World ». Wolf Parade est confronté à un problème de luxe : il a deux chefs de meute, et aussi talentueux soient-ils, il ne sont pas complémentaires, en ‘live’. De quoi susciter une déception bien légitime, quand on connaît le potentiel du combo. Le concert aurait pu ou dû être exceptionnel, il n’a été que satisfaisant…

(Organisation : Botanique)

Julien Doré

Maturité acquise au détriment du grain de folie…

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Après avoir vécu intensément, pendant trois années, son « LØVE » album, accordé une multitude de concerts, été certifié quadruple disque de platine en France et d’or en Belgique et auréolé d’une Victoire de la Musique comme Artiste de l’année, Julien Doré a eu besoin de se ressourcer. Avec lui-même et les autres. Avec la Nature et le Monde. Et c’est dans cet état d’esprit, qu’il a imaginé "&", quatrième elpee, une œuvre cocoon, solaire, humaine, caractérisée par son écriture unique, entière et poétique, et dont les mélodies transpercent, brûlent ou caressent. Ce soir, le Palais 12 est sold out. 20 000 personnes attendent le natif d’Alès. Un public multigénérationnel. Et le mot est faible !

Le supporting act est assuré par Fùgù Mango. Une prestation qui ne durera que 20 minutes. Votre serviteur a déjà assisté aux shows de cette formation à plus de dix reprises. Difficile dans ces conditions d’en relater davantage. D’autant plus que durant ce set, le son n’a jamais vraiment été au top. Pas sympa pour une première partie ! Dommage ! En outre, le band n’a pu interpréter sa cover du « Golden Brown » des Stranglers, un titre devenu pourtant son cheval de bataille…

Le backing group de Julien réunit deux guitaristes (NDR : dont Roland Mélies), un bassiste, un drummer et deux claviéristes ; ces trois derniers plantés sur leur estrade. En arrière-plan, un écran est frappé du sigle « & »… d’où sort JD et qui projettera de temps à autre des vidéos. Le concert s’ouvre par « Le Lac ». Et déjà la foule l’ovationne. Ce qu’elle va d’ailleurs faire tout le concert. Et quarante mille mains qui battent la mesure, ça fait du bruit ! La scène baigne alors dans le bleu azur. Plus rock, « Moonlight Serenade » est dynamisé par les percus. Les grattes galopent et les claviers les talonnent. « Beyrouth Plage » est découpé dans des riffs funkysants. « Les Limites » met le feu dans l’auditoire. Faut dire que le public connaît le refrain par chœur. Julien veut entendre tout le monde. Et il le signale. Avant qu’une nuée de confettis ne tombe généreusement du toit. Agée de 4 ans, la petite voisine de votre serviteur rayonne de bonheur, mais elle attend impatiemment « Chou Wasabi ». Les jeux de lumières épousent les beats électro. Moment de tendresse et larmes pendant « Coco Caline ». C’est l’instant ‘panda’ qui s’est évadé de Pairi Daiza. L’ursidé fait autant le pitre que Julien. Un grand moment ! La chanson terminée, des roadies apportent un piano. Panda s’installe derrière et joue quelques notes. Julien lui demande de quitter les planches. Madame Panda s’exécute et salue le public. Elle l’attend alors en petite tenue, backstage.

Julien récupère les ivoires pour « Magnolia », une chanson d’amour chargée de spleen. La compo repose sur trois accords. Il invite la fosse à reprendre, et dans la langue de Shakespeare, le refrain : ‘Don’t be Afraid’…

Julien sort de nouveau de l’écran, avant « Porto Vecchio », et traverse la fumée. Il nous réserve alors quelques morceaux au cours desquels il susurre ses tourments, sur fond d’arrangements veloutés, d’une voix de crooner. Il prend un bain de foule pendant le très dansant « Kiss Me Forever ». Et invite la foule à lever les mains et à les balancer. Le loup apparaît sur l’écran et Julien imite son cri.

La set list n’en oublie pas le notoire « Winnipeg ». Et armé de son ukulélé, il incite derechef l’auditoire à reprendre le refrain en choeur. Un petit moment de folie ! Il noue ses cheveux et retourne derrière le piano pour plonger dans « Sublime & Silence ». Un moment de solitude à partager ! Mais c’est le calme avant tempête. D’une durée de 7 minutes, « De mes sombres archives » clôt le set. Une compo caractérisée par une envolée magistrale. L’artiste accordera encore deux rappels. Malheureusement, votre serviteur doit s’éclipser, c’est le salon ‘Cocoon’ à Bruxelles, et le plateau du Heysel est full. Il lui reste 15 minutes de marche et 30 minutes de métro avant de récupérer son véhicule.

Bref, Julien Doré a acquis une nouvelle maturité. Il a certainement accordé un excellent concert, mais qui a singulièrement manqué de folie. De cette euphorie, dont il faisait encore preuve, il y a trois ans, à l’Ancienne Belgique…

(Organisation : Nada Booking)

Protomartyr

La crucifixion selon Protomartyr…

Jolie double affiche, ce soir, au Botanique. Heimat et Protomartyr partagent la Rotonde. Un enchaînement insolite entre deux formations résolument orientée du côté obscur de la musique alternative... Pour notre plus grand bonheur !

C'est Heimat qui, en toute logique, ouvre les hostilités. Le duo réunit Armelle Oberle et Olivier Demeaux, qui militent par ailleurs au sein des prolifiques Cheveu et Badaboum, mais aussi Accident du Travail et The Dreams. Heimat, qui signifie 'maison' et 'mère patrie', c'est un peu comme si Nico faisait un boeuf avec le Yellow Magic Orchestra. Comme si Bettina Köster, époque Malaria!, se produisait dans un cabaret allemand plongé dans des sonorités électroniques minimales krautrock aux accents japonisants...

Sur les planches, le look d'Armelle évoque plutôt Catherine Ringer, pour le côté désinvolte. Celui d’Olivier Demeaux est assez discret. Il trône derrière ses contrôleurs, son clavier Nord et sa table de mixage Soundcraft. Les deux artistes s'appliquent à distiller leurs titres sans fioritures particulières. La setlist se focalise sur le premier elpee éponyme du duo, paru sur l'excellent label belgo-français Teenage Menopause. Véritables hymnes pop/punk robotiques, rehaussés par le chant lyrique, un peu grandiloquent, d'Armelle, « Tot und Hoch » et « Pompei » sont particulièrement impressionnants. ‘Prost !’, proclame Armelle en goûtant sa bière. Le dernier morceau est un inédit, très martial et ma foi, aussi intéressant. Vu qu'il reste deux minutes, le duo clôture son set par « Wek », une lente mélopée enfantine gonflée par une basse synthé ronflante et superbement 'dark'. Très belle prestation même si on aurait aimé que le duo offre un peu plus au niveau du 'show'.

Une demi-heure plus tard, Protomartyr prend possession de la Rotonde. Issu de Detroit, le quatuor pratique un post-punk propre, précis et subtilement puissant. Mais ne vous méprenez pas : sueur, guitare crachotante et roulements de batterie sont au rendez-vous! Ce qui fait surtout la spécificité du combo, c'est sans nul doute le chanteur, Joe Casey. Quand il débarque sur le podium, pendant l'intro de « My Children », on sait d'emblée que l'on est face à un fameux personnage. Affichant un look de fonctionnaire désabusé, bedonnant et le regard déjà embué par de nombreuses chopes, on dirait un croisement entre Joe Cocker et Ian Dury, en plus jeune. Dans les poches de sa veste sombre, il cache 4 bouteilles de bière qu'il décapsulera et éclusera avec délectation pendant tout le concert.

Très Buzzcocks, « Ain't So Simple » nous plonge immédiatement dans le passé ; et tout particulièrement en 1978-79, soit la période d'âge d'or du post-punk anglais quand il était plus proche du punk que de la new wave. Les compositions sont courtes et énergiques. Les paroles sont tranchantes et le chant ressemble à un cri. Joe Casey éructe ‘Everything's Fine’ dans « Windsor Hum » et la plupart des textes possèdent une forte dimension sociale. On ne comprend pas tout ce que Casey raconte, mais son souffle lyrique lui permet d’être considéré parmi les plus grands poètes du rock.

La setlist se promène entre « Under Color Of Official Right », « The Agent Intellect » et la dernière production, « Relatives In Descent », un des albums de l'année. « Up The Tower » et « Male Plague », par exemple, sont des véritables coups de poing et le public accuse le coup en dodelinant de la tête. Bizarrement, aucun pogo ni de 'circle pit' ne se déclenche. C’est sans doute dû à l'atmosphère intimiste de la Rotonde. Mais la puissance et la violence sont bien présentes, retenues mais non moins intenses. On passe d'une lenteur marécageuse à un emballement frénétique en moins d'une seconde.

La fin du show conduit à l'apothéose, grâce à « Here Is The Thing », « Don't Go To Anacita » et « Dope Cloud ». ‘Can you light up the mirror ball ?’ demande Casey, en pointant le doigt vers la grosse boule à facettes pendue très haut dans le dôme de la Rotonde. Exécution : le préposé aux lumières dirige 3 faisceaux blancs sur la sphère, transformant la salle en discothèque pour le reste du concert : fun ! « Half Sister » clôture officiellement le set, mais les musiciens reviennent bien vite pour interpréter deux bombes : « Why Does It Shake? » et surtout « Scum, Rise! ».

En un mot, un concert en forme d'uppercut, incandescent et carrément jouissif. On aurait juste voulu qu’il dure plus longtemps mais en une heure, on a quand même eu droit à pas moins de 18 titres ! Aucun doute : Protomartyr nous a... crucifiés !

Setlist :

My Children
Ain't So Simple
Corpses in Regalia
Windsor
Hum
I Stare at Floors
Up the Tower
Male Plague
Cowards Starve
The Devil in His Youth
3 Swallows
A Private Understanding
Here Is The Thing
What the Wall Said
Don't Go To Anacita
Dope Cloud
Half Sister

Rappel:

Why Does It Shake?
Scum, Rise!

(Organisation : Botanique)

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