Troisième jour de festival et la fatigue commence à se faire rudement sentir. Pourtant, la journée sera longue. Riche en découverte et promesses, elle risque même de nous entraîner au bout de la nuit. Suffira donc d’avoir encore les jambes pour courir d’un podium à l’autre sur la plaine de la Machine à Feu…
En ce début de journée nous entamons notre randonnée par Ufo Goes UFA (‘Petite maison dans la prairie’), formation britannique/belge qui s'est tout de suite distinguée par sa pop rafraîchissante et ses vocaux sucrés. Le batteur avait placé toute sa section rythmique latéralement. Une curiosité parmi d’autres pour un ensemble qui déploie son talent de manière sage et détendue.
Abyss (‘Dance hall’) est un combo wallon. Il évolue dans un registre hybride ou se mêlent ligne de basse plombée, guitares, claviers et effets psychédéliques. Une formule qui gagne à être connue.
Toujours au ‘Dance hall’, les Elegant Garage Gunners évoluent dans un style totalement différent : à mi-chemin entre une pop britannique classique et un rock’n’roll rétro 70’s. Esthétiques et humbles, ces Français ont charmé la demoiselle de l’équipe qui en fait sa ‘top découverte’ du festival.
Coming Soon (‘The red frequency’) est plutôt convaincant. Ce sont de dignes ‘héritiers’ de Decemberists, Arcade Fire, Pavement et Feelies. Son batteur n’est pas plus haut que trois pommes ; ce qui n’empêche pas son groupe de s’élever vers des sommets intéressants. Ils concluent leur prestation par une reprise de Léonard Cohen. Même pas peur !
Mais dans la catégorie bonne impression, Syd Matters (‘La petite maison dans la prairie’) a décroché la palme d’or. Bien connus des rédacteurs francophones de Musiczine, les Français ont séduit notre homme du Nord par leur style tendre et émouvant. Proche de Belle & Sebastian, Loney, Dear et Sufjan Stevens, le groupe fait des merveilles sur scène. Sous la cape du chanteur Jonathan Morali tout n’est que raffinement et subtilité.
A tout seigneur, tout honneur, Chuck Dukowski (de son vrai nom Gary McDaniel) est âgé de 54 ans, mais il ne jouit pas vraiment d’une grande notoriété. Mini-bio pour planter le décor : il a été le fondateur et le bassiste du groupe punk légendaire Black Flag, aux côtés d’Henry Rollins et Greg Ginn. Il est également le papa de SST record (chez qui, entre autres, ont milité Sonic Youth, Dinosaur Jr., Minutemen et Meat Puppets). Il y a quelques années, il a donné naissance, en compagnie de la chanteuse Lora – sa compagne à la ville– de The Chuck Dukowski Sextet, qui n’est en réalité qu’un quatuor. Un fameux cv et pourtant seule une petite centaine de festivaliers se sont déplacés sur la ‘Red frequency’… Extraits de leurs albums « Eat my life » et « Reverse the polarity », leurs titres sont le fruit d’un mélange de rock alternatif, de post-hardcore, de punk, de (free) jazz et de psychédélisme. La basse Fender à cinq cordes, et le guitariste Milo Gonzalez ajoutent une bonne note au spectacle. La voix flexible de la front woman Lora nous emmène, quelque part entre Kim Gordon (Sonic Youth), Courtney Love ou encore Donita Sparks (L7). Pourtant l'étincelle ne se produit pas dans le public ; et c’est donc avec une frustrante impression de chance manquée que nous quittons ce band !
Autres vétérans, et pionniers du grunge, les Meat Puppets prennent le relais sur la ‘Red Frequency.’ Les frères Kirkwood ont reformé le groupe en 2002, et ont sorti l’année dernière « Rise to your knees », toujours influencé par le rock US, le folk et la pop. Ce samedi, ils nous offrent un petit set, certes puissant, mais manquant toutefois de vigueur. Les singles “Oh me”, “Plateau” ou encore “Backwater” s’enchaînent. Une reprise de Nirvana ‘unplugged' a quand même provoqué l’étincelle qui manquait aux titres précédents.
Dans la série des routiniers, on continue dans le registre punk. Et pour cause, Lagwagon, formation issue de Santa Barbara, nous balance un punk-rock plein d’énergie dans la tradition de Bad Religion, de NOFX ou encore Pennywise. De quoi satisfaire les aficionados du genre, sans plus…
Dave Eugene Edwards et son groupe Woven Hand débarquent ensuite sur la ‘Red Frequency’. Dans un décor qui lui convient bien : la pleine lune dans le ciel, et un clocher d’église sur sa droite, ce singer/songwriter est parvenu à déployer son rock à la fois intense et religieux. « Roma », « Your russia », « Whisting girl » et « Tin fingers » ont été autant de moments forts, tout en adressant un clin d’œil à 16 Horsepower (NDLR : fallait s’en douter !)
Nous attendions beaucoup de la formation hip-hop oldschool hardcore Black Moon. Dans le ‘Club circuit marquee’, la formation de Brooklyn était malheureusement incomplète. Le deuxième MC 5FT manquait en effet à l’appel (il purge une peine de prison). Le fondateur Buckshot (membre aussi de Boot Camp Clik) et le DJ Evil Dee (membre de Da Beatminerz) ont donc dû assurer seuls. A côté des titres de Black Moon (les classiques "Buck 'em down", "How many emcee's?”, "Who got the props?"), les deux albums de Buckshot avec DJ 9th Wonder ("The formula" en "Chemistry") ont aussi été joués, tout comme quelques titres solos ("Hold it down", "Stay real"). Leur rap agressif et rapide, a néanmoins fini par lasser sur la longueur.
La formation britannique The Herbaliser (‘Eastpak core stage’) propose une musique née d’un mix de soul, funk, rock, free jazz et hip-hop. La dernière fois nous les avions vus à l’œuvre c’était au précédent FihP à Oudenaarde, dans une ambiance plutôt lounge. Flanqué d’un nouveau cd sous le bras (« Same as it ever was »), le groupe, drivé par la chanteuse Jessica Geenfield, livre un set énergique, swinguant, entraînant et surtout pleinement réussi.
Le plus grand succès de foule du samedi reviendra indubitablement aux icônes du hardcore Hatebreed. Issus de New Haven, dans le Connecticut, ils sont également les représentants ‘best seller’ du hardcore/punk/metal de ces dix dernières années. C’est donc assez logiquement que la Last Arena été assaillie par des milliers fans. Les influences du hardcore (Sick of It All, Agnostic front, Cro-Mags ou Madball), de groupes métal (Slayer, Sepultura ou Crowbar) sont indéniables dans leur son. Pourtant, ils parviennent à lui communiquer un feeling unique. Leur frontman Jamey Jasta et ses quatre acolytes nous passent en revue leur discographie. On aura ainsi notamment droit à “Perseverance”, “Live for this”, “Destroy everything”, “Tear it down”, “Defeatist” et “I will be heard”. De la toute grande classe et une popularité justifiée.
Nous entrons alors dans notre randonnée nocturne des DJ en compagnie de nos Wallons de Superlux. Leur pop électro kitsch sonne plutôt bien. Faut dire qu’il libère une bonne dose de groove et balancent de fameux beats tout en soignant les mélodies. Mais même si Elena en fait gazouiller plus d’un, le groupe n’a visiblement pas encore tout le potentiel pour passionner son assistance pendant une heure.
Otto von Schirach avait déjà laissé une forte impression l’année dernière. Il était accompagné, pour la circonstance, par le DJ 666Cent (également drummer), DJ urine (une française), DJ Esperanza. Le chapiteau a bien tremblé, dans une ambiance aux frontières du réel. Un set vraiment original, peut-être le plus original de tout ce festival, A voir et à revoir.
Et si notre infatigable Johan se sent encore d’attaque pour les autres DJ sets (DJ Krush, Droon ou The Subs) nous déposons les armes après cette journée déjà bien chargée. N’hésitez pas à jeter un œil sur la partie néerlandophone du site si vous souhaitez prolonger la nuit en sa compagnie…

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