Alors qu’elle avait été sacrée Capitale Européenne de la Culture en 2015, la Ville de Mons n’a pas perdu pour autant depuis de son éclat lorsqu’il s’agit de promouvoir la culture au sens large du terme.
Et comme chaque année depuis 1989, à la douceur de l’été, le ‘Festival au carré’ tient ses promesses en matière de réjouissance post Doudou.
En ce début juillet, les rayons du soleil sont plutôt généreux, de quoi vaguer au gré des nombreuses activités proposées. Les badauds déambulent ici et là à la recherche du bonheur absolu.
Et pour être tout à fait transparent, il ne faut pas marcher des kilomètres pour trouver de quoi se satisfaire, les échoppes et autres stands en tout genre se révélant nombreux : fanfare loufoque sur la Grand-Place, acrobates voltigeurs·euses dans les parcs, promenade musicale dans les rues, grands noms de la musique, du théâtre ou de la danse dans les salles et guinguette familiale et artistique au Jardin du Mayeur.
C’est à ce dernier endroit que votre serviteur file tout droit, un site notoire, un peu iconoclaste, sis à deux pas de la Grand Place.
C’est tout simplement féérique. De nombreux arbres plantés dans les années 30 s’imposent comme Maîtres des lieux afin d’y apporter un brin d’ombre providentielle. A moins qu’ils ne soient là pour veiller au grain étant eux-mêmes témoins, parfois depuis plusieurs décennies, des vicissitudes du temps. En tout cas, quel que soit le prisme choisi, entouré de bancs métalliques, l’endroit est propice à la détente et à la réflexion.
Il est environs 19 heures, lorsqu’un groupe étrangement baptisé Wazofou (prononcez oiseau fou) grimpe sur un podium flanqué en fond de parcelle, l’autre, au milieu, étant destiné à la ‘jam’ qui va suivre.
Celui qui drive ce projet n’est autre que Kevin Cools, ancien chanteur des groupes Niitch et Feel, une figure emblématique montoise puisque, non seulement c’est une des chevilles ouvrières du festival, mais il a également pris le relais de Mario Guccio chez Machiavel, à la suite de son décès, en 2018. Et pour la petite histoire, la voix et la personnalité de Cools avaient déjà tapé dans l’oreille de Guccio qui disait de lui qu’il était son ‘fils spirituel’.
Wazofou est né sur les cendres d’un trio fondé en 2014. À l’époque, Kévin avait créé le groupe Feel, en compagnie de Martin Moreau et François Hantson. Grâce à des compos certifiées dans la langue de Shakespeare, et au sommet d’une gloire naissante, la formation s’était même produite dans le cadre du Ronquières Festival. Après une longue séparation, le besoin et l’envie de se replonger dans la musique s’est à nouveau manifesté pour le plus grand bonheur de tous.
Il est accompagné de trois acolytes, un batteur, un bassiste et un autre guitariste. A noter que le drummer originel, Martin Moreau (par ailleurs préposé aux fûts chez Lemon Straw), s’est cassé le bras quelque temps auparavant. Il a donc dû déclarer forfait. La formation l’a remplacé au pied levé par un certain Théo. Et de souligner qu’en seulement trois répétitions, il a assuré une prestation du feu de Dieu.
Si le côté (pop)rock est toujours bien présent, le chant s’exprime en langue française. Parfois, même, en dialecte, le chanteur avouant lui-même parfois ne pas comprendre ses textes, à l’instar de « Le niliste », une compo écrite en 40 minutes seulement mais qui se distingue par une belle et longue intro au piano.
Wazofou, c’est de l'énergie 100% rock à l’état pur, qui navigue quelque part entre projet bien pensé, énergie délurée et esprit rebelle à peine refoulé.
Cools est à la voix ce qu’est le chirurgien au bistouri, un instrument parfaitement maîtrisé. Il y a évidemment l’enveloppe musicale, le plus souvent pétillante et joyeuse, mais également et surtout la personnalité de ce trublion de la (nouvelle) chanson française qui en fait des tonnes afin d’amuser le public, comme sur ce « Tout va bien » et cet orgue en filigrane. Une chanson dans laquelle groupe et public dansent en parfaite osmose.
Il y aura aussi des moments plus calmes et solennels, à l’instar de « Exister », une ballade aigre-douce aux relents poisseux ou encore « Terre », permettant à Cools de montrer toute la puissance de ses vocalises dans les aigus.
Le set n’a duré qu’une petite heure. Suffisant pour les uns, se satisfaisant d’une exploration musicale sans fond. Quant aux autres, gangrenés par la frustration d’un sentiment d’inachevé, il faudra là aussi malheureusement s’en contenter.
« C’est la vie » prend alors le relais d’une fin annoncée, une chanson qui permet aux guitaristes de belles envolées d’accords et de gammes en tous genres.
On retiendra aussi la spectaculaire reprise de « Requiem pour un con » du regretté Gainsbourg. Un moment de grâce, le chanteur s’affranchissant ouvertement d’insultes (second degré) à l’égard d’un public médusé. Mais pour la bonne cause évidemment !
Incarnant un groupe local complètement déjanté, Wazofou tient les promesses d’un rapace avide de sens et d’espace…
(Organisation : Surmars)

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