Il s’agit déjà de la dernière journée de festival. Celle-ci risque d’être compliquée sur le plan météorologique, car des averses orageuses sont annoncées.
Pourtant, les festivaliers risquent d’être nombreux. Et pour cause, Pascal Obispo constitue la tête d’affiche.
Lorsque votre serviteur foule la plaine, Fredz se produit déjà sous le chapiteau. Son accent ne laisse planer aucun doute, il vient du Canada, du Québec très exactement.
Il justifie le choix de son pseudo car sur scène, il n’est pas totalement Frédéric. Le ‘z’ complète son côté artiste. C’est un jeunot, il n’a que 23 ans !
Sa musique navigue aux confluents du rap français (Nekfeu, Alpha Wann), de la pop, de la trap et de la soul. Le style se distingue par une écriture introspective et mélodique.
Il débute la musique à domicile à 15 ans, entre guitare et beatmaking. Son premier Ep, « Dans ma tête » (2019), est suivi d’une mixtape « Pas d’épines, pas de roses », parue la même année.
Son opus, « Demain il fera beau », a été nominé aux Felix Awards 2024 (Album ‘rap’ de l’année) et aux Juno 2025 (Album francophone de l’année).
Son single, « Le stade », a dépassé les 21 millions d’écoutes et est devenu ‘single d’or’ au Canada.
Ses chansons touchent au quotidien et baignent souvent dans un spleen profond, comme sur « Ce soir – J’suis dans ma tête ».
Le public semble réceptif aux frasques du jeune homme, notamment lorsqu’il interpelle un Monsieur au premier rang et lui demande son nom. Il s’appelle Thomas. Tout de go, le chanteur annonce alors à son public que le concert sera dédié à tout le monde… sauf à Thomas.
Il met son succès sur le dos de chansons avec ‘3 accords’. Il le démontre en chatonnant cette comptine faussement légère.
Malgré son jeune âge, Fredz maîtrise les codes de la musique, des textes et de l’émotion, à l’instar de titres comme « Allo la lune » et « Dans les soirées ».
Force est de constater qu’au-delà de la musique, c’est l’ambiance qui a marqué la prestation, déclenchant l’enthousiasme au sein de l’auditoire, entre chants, battements de mains et sourires partagés.
Fredz est parvenu à créer un moment de connexion sincère, non seulement avec ses fans, mais aussi ceux qui le découvraient. Accompagné d’une équipe solide sur les planches, il a livré un spectacle sans temps mort, qui a capté l’attention du début à la fin, jusqu’aux derniers… accords.
Sur la grande scène, Léon attend sagement que le public se déplace en masse, pour un set inédit, puisque c’est la première fois qu’il se produit en solo.
Le type a déjà bien bourlingué. Il s’agit même de l’un des membres de Delta, un groupe belge de pop-rock bien connu, réunissant Benoît Leclercq et de Julien Joris.
En outre, Léon a collaboré avec des artistes comme Typh Barrow, Mustii, Florent Pagny, Yannick Noah et Arcadian.
Benoît se présente donc sans son comparse. L’estrade est parsemée d’instruments divers. Pourtant aucun musicien n’est annoncé, pour le soutenir. Ce qui laisse penser que le gars va devoir se charger de se coltiner la panoplie d’instruments en occupant tout l’espace sonore.
Il est venu défendre son premier Ep, intitulé « Aïe », tout fraichement sorti, qu’il a composé, enregistré et produit dans son propre studio à Bruxelles.
Le jeune homme semble assumer pleinement sa posture. Il enchaîne une série de titres issus de ce support. « Basique » et « Ça va pas durer » marinent au sein d’une atmosphère douce et mélodique. Mais, ne vous trompez pas, l’artiste sait aussi se montrer plus énergique en proposant, également, des titres chargés d’intensité.
Léon cisèle finement sa plume. Il explore, à travers ses textes, des émotions profondes, des blessures intérieures, entre pop, chanson et musique électronique contemporaine.
Afin de satisfaire les fans de la première heure, des chansons moins récentes sont également insérées dans sa setlist, comme une exploration intimiste d’un jeune chanteur cherchant sa voie.
Nonobstant une prestation relativement tendre, Léon est parvenu à susciter l’attention des plus curieux.
Le temps est de plus en plus menaçant. Il est temps de se mettre à l’abri. Et tant qu’à faire, y assister au concert de RORI.
Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au festival Rock en Seine, devant 40 000 spectateurs, RORI poursuit son ascension. Cet été, elle s'invite sur les scènes de plusieurs festivals dont Les Francos à Esch/Alzette, Les Gens d’Ere et Les Solidarités à Namur.
Nouvel espoir de la scène musicale belge, RORI s’impose grâce à un univers atypique, puissant et résolument moderne.
Portée par un style pop-rock instinctif et percutant, la jeune dame capture les tourments et les espoirs d’une jeunesse en quête de repères, devenant ainsi une voix authentique et inspirante. A travers des textes sincères et engagés, elle transforme ses émotions en hymnes générationnels, oscillant entre fragilité et intensité.
Les spectateurs les plus fervents auront remarqué qu’il ne s’agit pas d’une novice, puisqu’elle a milité aux côtés de Valentin Vincent – chez Beffroi, décédé à l’aube de sa vie.
La petite maîtrise les codes du marketing en faisant de la couleur rouge, une identité et sa marque de fabrique. On retrouve ainsi cette teinte sur le micro et son pied. C’est également celle qui domine le light show. Et puis celle qui a été choisie pour l’inscription sur la peau de résonnance de la grosse caisse.
Toujours flanquée de ses fidèles serviteurs, l’ex-The Subs, Hadrien Lavogez, préposé à la guitare, et Martin, caché derrière les fûts (NDR c’est aussi le batteur de Ykons), la demoiselle entame son tour de chant par « Ma Place », dont le phrasé, les sonorités pop et les appuis rythmiques sont très communicatifs.
Le band livre une forme de pop/rock chanfreiné, qui lui va comme un gant. Les fans de la première heure s’y perdront, l’artiste ayant jusqu’à présent chantourné dans la langue de Shakespeare.
Vêtue d’un crop-top de couleur noire, la jeune fille laisse apparaître un corps filiforme. Elle connait bien ce festival pour s’y être déjà produite dans le passé.
Capable de vous retourner de solides punchlines, l’ingénue est devenue une figure de proue de la scène musicale noir-jaune-rouge, pour l’avoir écumée depuis quelques années.
Aujourd’hui, elle s’affranchit des préjugés pour servir un répertoire cuisiné à la sauce pop acidulée, devant un public que l’on dit souvent élitiste. Mais « Ma place », met tout le monde d’accord. Les riffs de guitare, les frappes syncopées et la voix portante de RORI, font de ces ingrédients, une recette qui incarne une nouvelle génération d’artistes qui ramène le rock alternatif sur le devant de la scène pop, imposant son style avec une authenticité et une force indéniables.
Sur le percutant autant que ravageur « Vampire », la jeune dame vampirise complètement son auditoire. Un titre dont les sonorités résonnent encore aujourd’hui dans la tête de votre serviteur. Et donne le « Vertige » à son cœur, tout au long de cette compo livrée avec justesse et émotion.
Caractérisé par son phrasé haché, ses sonorités pop et ses appuis rythmiques, la musique de RORI, artiste manifestement charismatique et communicative, rallie rapidement la foule à sa cause et s'inscrit dans l'air du temps.
Malgré ce « Soleil » brûlant, les corps se dénudent. Force est de constater que cette situation suscite la « Jalousie ».
Alors que Rori embrasse différents styles, depuis la pop au rock en passant même par le funk, ses chansons abordent des sujets personnels et très intimes à l’instar de « Loser ». Alors qu’hier, ces thèmes la rongeaient, aujourd’hui elle semble les cultiver et en tirer parti.
Spasmodique, « Miroir » véhicule des accents nostalgiques. A moins que le rétroviseur ne soit un moyen de regarder le passé afin d’affronter l’avenir.
Touchante et la sensibilité à fleur de peau, Camille Gemoets (à l’état civil) a accordé un concert d’une intensité rare, dévoilant, un peu plus encore, le contenu de ses émotions.
Justement, « Docteur » vient doucement clôturer la fin d’un set très enrichissant. Une chanson ultra médiatisée dont les spectateurs semblent connaître les paroles du refrain et qui met exergue, ce sentiment de différence.
RORI a tout d’une grande : la musicalité, la justesse, l’émotion et ce désir de faire le bien à l’aide de textes dans lesquels le mélomane lambda s’y retrouve.
Amir est programmé sur la main stage. L’artiste avait été boycotté lors d’un festival précédent, organisé par un pair qui reprochait ainsi au chanteur franco-israélien d’être trop proche du Tsahal (l’armée israélienne pour laquelle il a servi) et du gouvernement Netanyaho.
A Ere, il semble avoir été épargné par ces frasques idéologiques. Mais, étrangement, au moment de son tour de chant, d’importantes trombes d’eau se sont abattues sur le site, contraignant les festivaliers à se mettre à l’abri. Y compris votre serviteur, trempé jusqu’aux os.
Le peuple attendra patiemment Cali pour les 20 ans de « L’Amour Parfait ». ‘Parfois on garde le meilleur pour la fin’. C’est par ces mots de Joe Strummer que Cali définit son album anniversaire.
Eh oui, vingt ans plus tôt, Cali présentait sa définition de l’amour parfait, un album qui s’est vendu à plus de 500 000 exemplaires et dont certaines chansons sont restées dans les mémoires.
En 20 ans, il a gravé 12 albums studio et accordé des milliers de concerts. 20 ans d’amour pour un public, et pour des artistes que Cali a eu la chance de côtoyer, d’admirer et d’aimer, dont certains constituent d’ailleurs, une influence majeure pour le chanteur.
La réputation suit l’artiste, inviter Cali dans un festival, c’est comme investir dans l’immobilier, cela reste une valeur sûre !
La pluie est tellement dense que l’estrade est inondée ; et ce malgré l’évacuation réalisée par des préposés, raclettes à la main. Ni une, ni deux, Cali accourt sur l’estrade et fait mine d’attraper les gouttes d’eau. Parfois en vain, mais souvent avec succès, il faut l’avouer.
« Elle m'a dit » donne le ton de ce qui sera un cocktail de fougue et de sincérité. Ce morceau met en lumière le choc émotionnel ressenti lorsqu'une relation s'effondre sans crier gare.
Le chanteur/amuseur ne cessera de faire le pitre durant le live et ce pour le plus grand bonheur des fans ébahis ! Serait-il dopé à une quelconque substance psychotrope ? Grimaces, gestes amicaux, regards insistants accompagnent le gai luron lors de la seconde compo, tout aussi tonitruante, largement connue auprès du grand public : « C’est quand le bonheur ».
Pour cette tournée, il est accompagné d’artistes importants à ses yeux. Et la surprise est de taille ! A commencer par Noé Preszow, un auteur-compositeur-interprète et musicien belge venu le rejoindre pour un délire collectif.
La chanson à peine achevée, le troubadour de la chanson française commence à manifester une envie irrésistible de jouer avec le public. Et ce qui devait arriver, arriva. L'homme taillé comme un gringalet se hisse sur le frontstage, prend un élan, et s’abandonne au crowdsurfing pour entamer une danse du diable perché dans les airs. C'est un passage obligé chez lui et ce soir ne fera pas exception à cette règle, qui semble-t-il, est immuable ! Le tout sans perdre de souffle ! Pas mal pour un gars qui a la cinquantaine passée... Heureusement pour celles et ceux qui l'ont soutenu, le casse-cou doit à peine peser cinquante kilos, tout habillé !
Repoussant ensuite les principes des règles de sécurité, l'artiste dynamise un peu plus le spectacle et invite toute la presse à monter sur le podium devant un parterre de quelques milliers de personnes, pour immortaliser le souvenir d’une photo de famille puissance mille.
Sa réputation de personnage complètement déjanté est largement méritée.
Enfilant les tubes, le Toulousain, expose et s'expose à travers le prisme de sa vie, ses amours, ses attentes et ses envies. Et ce n’est pas « Elle m’a dit » qui va retenir les ardeurs des uns et des autres, lorsqu’on sait que le fanfaron se caresse la langue pour mieux se caresser le sexe, le tout sous les yeux ébahis des parents accompagnés de leurs chères têtes blondes. Proche de l’ignominie, Cali pose ensuite sa gratte sur le sol, s’y couche et fait mine de lui faire l’amour. C’est chic !
Preszow ne sera évidemment pas l’unique invité. Le suivant, Antoine Delie, un (autre) jeune Belge, affiche des allures d’intello. Ils forment à eux deux, un joli duo chic et choc.
Cali est connu pour être un artiste engagé qui traite souvent de sujets sociaux, politiques et des valeurs comme la liberté d’expression dans ses chansons et ses prises de parole.
Aujourd’hui, il sera notamment question de Paul Watson, officier de marine, militant écologiste et antispéciste canado-américain, détenu pour ses engagements. Ou encore des enfants qui décèdent chaque jour lors des conflits ou encore de Gaza.
Sur des musiques simples, mais accrocheuses, Cali a pris le parti de choisir ses mots avec une grande délicatesse afin de décrire intelligemment et sincèrement les maux de la vie et la difficulté d’aimer aujourd’hui. Au fond, n’est-il pas préférable de ne pas aimer plutôt que ne plus aimer ? A méditer...
Afin de tenir en haleine un public particulièrement en effervescence, Cali invite une jeune artiste belge bien connue des francophones. Il s’agit de Charlotte Foret, aka Charles, une auteure-compositrice-interprète belge, originaire de Braine-le-Château. Ensemble, ils entament une danse endiablée sur fond de décibels.
Cali entame enfin « Je m’en vais » et accompagne la parole aux gestes. Une fois de plus, il s’élance dans le public, obligeant les festivaliers à le transporter vaillamment pour quelques mètres. Et très rapidement, dans le feu de l’action, c’est Arno, récemment décédé, qui entre dans le cœur et la tête de celles et ceux qui chantonnent en chœur un « Putain Putain » acidulé. Au fond, il est vrai que nous sommes tous des Européens.
Delie refait surface pour un « La vie quoi », hymne à la vie et à l’amour, issu d’un album de 2015, qui n’a pas pris une ride. C’est franchement percutant, incisif et jouissif.
Mais c’est auprès de Nicolas Michaux qu’il termine les présentations. Un artiste qui s’est fait connaître en drivant Eté 67, une formation qui a sévi de 1998 à 2002. Depuis, il a embrassé une carrière solo. Il a vécu quelques années à Bruxelles avant de rejoindre l’île de Samsø au Danemark pour des raisons familiales. Retour donc dans le plat pays le temps d’un concert.
« 1000 cœurs debout » clôt le set. Un moment qui permet au drummer de se lâcher comme jamais et d'extérioriser toute sa technique de frappe.
Une page se tourne, mais un livre entier s’est écrit ce soir…
Généreux, Cali a offert une fois de plus un moment de pure grâce. Ses compos font mouche et il continue de partager son amour avec un public toujours aussi réceptif.
Une chose est sûre, le champ du possible de Bruno Caliciuri, à l’état-civil, est illimité. Véritable touche-à-tout, il respecte ses engagements, tant dans l’univers du théâtre, de la poésie, de la littérature et, bien évidemment, de la musique. Un artiste, un vrai !
Le dernier concert de cette édition du ‘Les Gens d’Ere’ sera assuré par Pascal Obispo.
La foule est compacte. Pas étonnant, puisqu’il possède une notoriété certaine. Auteur-compositeur-interprète français, il connaît le succès dès 1992, grâce au titre, « Plus que tout au monde ».
Parallèlement à sa carrière de chanteur, il signe de nombreux succès pour d'autres artistes, tels que Florent Pagny, Johnny Hallyday, Garou, Zazie, Marc Lavoine, Natasha St-Pier, Patricia Kaas, mais aussi la comédie musicale ‘Les Dix Commandements’. En tant qu'interprète, Pascal Obispo a vendu plus de cinq millions d'albums et en tant que compositeur quatorze millions.
Obispo a également mis sa popularité au profit d'œuvres humanitaires, et tout particulièrement au service des Restos du Cœur et de la lutte contre le SIDA.
Lorsqu’il se présente sur scène, il est habillé tout de blanc. Une bien belle idée, lorsqu’on constate l’état boueux du site, laissé par les pluies diluviennes qui ne cessent de tomber depuis quelques heures.
Il s’agit de sa dernière date en Belgique. Autant dire que la plaine est… pleine à craquer.
Entre moments au piano ou debout devant le public, guitare en bandoulière, alternant ballades et morceaux pop/rock, Obispo enchaîne les chansons. Celles de son répertoire, mais aussi composées pour les autres.
Mais c’est par un « Jamais » qu’il entame son show. Une aubaine, lorsqu’on sait qu’il va brasser 30 années d’une carrière riche et intense.
Ses chansons sont souvent ponctuées d’anecdotes et de souvenirs, l’artiste se remémorant les moments les plus marquants de sa carrière ou de ses rencontres.
Un concert au cours duquel il ne s’accorde aucun répit. Ses compos couvrent le temps d’une époque, à l’instar de « L’importance, c’est d’aimer », « Sa raison d’être » ou encore « Savoir aimer ».
L’artiste est soutenu par une kyrielle de musiciens. Des instrumentistes conventionnels, mais aussi des préposés aux cuivres et percussions. Ce qui donne davantage d’amplitude aux morceaux.
Pourtant, malgré une volonté certaine de bien faire et l’engouement du public, le concert peine à décoller, l’artiste se murant trop souvent dans des discours autocentrés.
Le live de ce soir constituera donc un best-of des chansons les plus populaires, depuis « Millésime » à « Un jour, une femme », en passant par « 1980 ». Des titres impérissables.
Le festival ferme boutique à deux heures du matin pour les plus courageux. Votre serviteur l’est moins.
Une fois encore, le festival ‘Les Gens d’Er’ a livré des concerts d’une qualité exceptionnelle. Tout y était : la joie, la bonne humeur, une musique de qualité et surtout une équipe entièrement composée de bénévoles largement récompensée par les sourires du public.
Vivement l’année prochaine !
(Organisation Les Gens d’Ere)

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