Fence n’en a rien à foutre…

Le combo rock limbourgeois Fence sortira son nouvel album, « Nobody Gives A Fuck », le 16 octobre 2026. Un titre qui laisse peu de place à l'imagination, quoique... Propulsés par un nouveau batteur, Wim Coppers, installé derrière les fûts, les musiciens de…

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Gravenhurst

There's a magic in everything !

Il y a deux ans paraissait le fabuleux « Flashlight Seasons », d'un dénommé Nick Talbot, alias Gravenhurst : du folk mélancolique aux couleurs mortifères, chanté d'une voix hantée sur une guitare en berne. Quel pied : on n'était désormais plus tout seul à déprimer les jours de grisaille, et la biture existentielle de devenir notre sport quotidien. Qu'elle se pare d'oripeaux électriques ne changera pas la donne : « Fire in Distant Buildings », troisième album de Gravenhurst, sonne dès lors comme le témoignage pressant d'un homme qui n'a plus rien à perdre. L'esprit échaudé par la tournure maligne que prend notre société, Nick Talbot fait péter les guitares et cite My Bloody Valentine. Rencontre.

Ce troisième album révèle de nouvelles directions, moins acoustiques que prévues...

Oui, il n'y a plus autant d'éléments acoustiques qu'auparavant, même s'il en subsiste... Je n'avais pas envie de reproduire le même schéma que sur mes deux premiers albums. On va peut-être perdre quelques fans à cause de ce changement, mais on espère en gagner d'autres ! En fait il s'agit pour moi d'une sorte de retour aux sources, puisque avant de fonder Gravenhurst j'avais un groupe rock, Assembly, et d'ailleurs « Down River » date de cette époque : j'ai écrit cette chanson en 1998. Le fait d'avoir gagné un peu d'argent avec Warp m'a permis d'entrer dans un vrai studio et d'enregistrer le disque rock que je voulais faire... S'il m'avait fallu rester coincé dans ma chambre à composer à l'aide d'un micro et un 4-pistes, j'aurais sans doute encore sorti un album folk… Tout dépend des circonstances, en fin de compte ! En fait mes racines musicales sont à chercher du côté de l'indie rock : Joy Division, The Cure, Sonic Youth, ce genre de trucs. Je me suis mis au folk bien plus tard, à l'instar de Nick Drake, Bert Jansch,... Les seuls trucs folk que j'écoutais petit, c'était les Simon & Garfunkel de mes parents ! J'ai vraiment découvert le folk après My Bloody Valentine...

Il y a deux ans au Pukkelpop ton concert était de fait très noisy, et puis tu es revenu à l'AB Club, seul à la guitare. Ca n'avait rien à voir !

Pendant tout un temps je ne pouvais pas me permettre financièrement d'emmener avec moi tout un groupe, mais quand c'était possible, forcément j'avais envie de faire péter la sauce ! Ta réflexion est marrante, parce que l'autre jour on jouait à Londres en première partie de John Parish, et il y avait cette fille au premier rang qui n'arrêtait pas de gueuler : 'J'ai écouté ta musique sur Internet, c'était vraiment joli et calme, pourquoi tu ne joues plus ça ?!?'... C'est d'autant plus amusant que la même semaine sortait dans les bacs ce documentaire sur Bob Dylan (« No Direction Home »), où tu vois tous ces folkeux réac' qui le traitent de Judas parce qu'il se met à jouer électrique... Bordel ! Rien n'a changé depuis les sixties ! C'est comme s'il n'y avait jamais eu le Velvet Underground, c'est n'importe quoi !

Tu évoques ton premier groupe, Assembly... Existe-t-il des enregistrements ?

Non, nous n'avons jamais réussi à choper un contrat avec une maison de disques... Il y a juste un live qui circule sur le net. A l'époque on a donné quelques showcases à Liverpool. On a même eu une review dans le NME... Mais au moment où on a commencé à prêter un peu plus attention à notre sort, Luke, notre bassiste, est décédé dans un accident de voiture... C'était pas de bol, et comme j'avais pas de blé je me suis mis à jouer de la musique plus calme, seul dans mon coin.

Qui sont les autres membres de Gravenhurst à l'heure actuelle ? Des potes ?

Dave (Collingwood), le batteur, joue avec moi depuis des années. Je le connais depuis 7-8 ans. Pour le reste le line-up a souvent changé, mais ce qui est sûr, c'est que Gravenhurst est aujourd'hui un vrai groupe : c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il ne s'appelle pas Nick Talbot ! Parce que j'ai toujours voulu chanter dans un groupe, avoir cette dynamique. De ce point de vue, le jeu de Dave est phénoménal, et son influence est énorme sur la manière dont sont écrits les arrangements. Il bénéficie même d'une partie des royalties, c'est dire...

Ce qui frappe à l'écoute de cet album, c'est son énergie, sa puissance. S'agit-il d'un enregistrement live ?

Oui, nous avons enregistré toutes les guitares et la batterie ensemble, dans la même pièce, au studio Toybox de Bristol. Ce studio est incroyable. Il appartient en partie à John Parish. Il n'empêche qu'il coûte cher d'y bosser. C'est pouquoi j'ai dû continuer à chipoter à la maison, notamment pour les lignes de basse. Mais un morceau comme « See My Friends » n'aurait pas pu être enregistré autrement qu'en live : il suffit d'écouter Dave, qui pète un câble à la fin, c'est démentiel !

Et l'on décèle également un peu plus d'éléments électroniques aux détours de certains titres... Etait-ce une volonté de ta part d'offrir à tes fans quelque chose de nouveau ?

Absolument ! Quand j'ai signé chez Warp pour mon deuxième album « Flashlight Seasons », Steve Beckett voulait savoir comment je voyais l'avenir, et j'étais bien forcé de lui répondre que je n'avais pas envie de m'enfermer dans un seul style. Que ce soit de l'acid folk, du rock à la Sonics, à la Velvet, à la Spaceman 3 ou des trucs à la Stereolab, peu importe ! Et c'est ce qui est formidable chez Warp : ce label te laisse le champ libre à l'expérimentation. C'est pourquoi j'ai signé chez eux.

Et le fait que la réputation du label prenne souvent le pas sur le reste, ça te gêne ?

En fin de compte, tout le monde chez Warp s'en tape : il semblerait qu'il n'y ait que le public et les médias qui y accordent tant d'importance... Les gens s'avèrent, ma foi, fort conservateurs ! C'est la dictature de la génération IDM, qui pense qu'Autechre est le fin du fin… J'ai lu des réactions assez comiques sur certains forums, quand Warp venait de me signer. Un songwriter folk, et puis quoi encore ?!? Les mecs qui me cassaient n'avaient même pas encore écouté ma musique (rires). Brillant !

N'empêche que c'est plutôt nouveau chez Warp, cette tendance au crossover... On sent dans ta musique l'influence du post-rock et du krautrock, par exemple.

Oui, c'est vrai qu'il y a un lien avec toutes ces musiques noisy, basées sur le drone... Ca n'a rien à voir avec « Flashlight » en tout cas, mais il y avait déjà ce genre d'influences sur « Black Holes in the Sun » (le EP 6 titres sorti en 2004) : ce mélange d'idiomes folk et noisy. C'est pareil pour ce disque.

A cet égard, peut-on considérer « Black Holes in the Sun » comme un disque de transition ?

Oui, c'est un disque qui montre une certaine progression, mais j'ai toujours écouté une grande variété de styles. Dans ma discothèque il y a autant du Sandy Denny que du Whitehouse ! Je ne fais pas de distinction : c'est de la musique, point barre !

Parlons de l'album : sur « Down River », le morceau d'ouverture, on dirait qu'il y a de la reverb sur ta voix. Pourquoi cet effet ?

J'avais envie d'un gros son bien spatial à la Talk Talk, de bosser à fond là-dessus, que ça dégage de la puissance. Pareil pour « See My Friends », où je voulais qu'il y ait de la distorsion sur ma voix. Que ça soit bien dantesque ! Il y a pas mal de conservatisme dans le music business, mais ce n'est pas toujours la faute des musiciens eux-mêmes... Le problème, c'est qu'une fois qu'un groupe signe un contrat avec une maison de disques et que son premier album rencontre un certain succès, il subit pas mal de pression pour le suivant. Les fans veulent réentendre le même truc, la maison de disques aussi, et il devient difficile de se remettre en question et d'oser faire quelque chose de différent... Une fois que cette activité devient vraiment ton gagne-pain, tu finis donc par te faire entuber, et c'est le bordel. Mais moi ça ne m'a pas affecté outre mesure, parce que de toutes façons je ne vends pas de disques ! (il se marre) Pour des artistes qui vendent plus, cette situation doit par contre être pénible... A part peut-être pour Jack White, qui peut sortir ce qu'il veut sans s'inquiéter, puisque depuis le début il se fait passer pour un non-conformiste...

Ce qu'il fait sonne pas mal, mais son discours sur la musique est par contre assez regrettable. Quand il déclare fièrement qu'« Elephant » a été enregistré sans l'aide d'aucun ordinateur, c'est un peu pathétique, non ?

Ouais, tout le monde s'en fout ! Son discours conservateur, réac', technophobique, c'est n'importe quoi ! Il s'enlise dans une espèce de théorie mystique sur les bienfaits du rock à l'ancienne, tsss... Tu crois que mon disque, je l'ai enregistré sur un 4-pistes ou un ordinateur ?

…

C'est absolument impossible de le savoir. Ca ne s'entend pas ! En fait on l'a enregistré sur bandes, puis on a musclé le tout sur ordi. Si tu me fais écouter n'importe quel disque, je ne pourrais pas te dire s'il a été enregistré sur bandes ou sur ordinateur. Ce fétichisme du tout-analogique, c'est une vaste connerie ! Prends le « Blue Lines » de Massive Attack, un putain de classique : il a été enregistré de manière analogique, et franchement qui l'eût cru ? Il sonne pourtant comme un disque super sophistiqué ! J'ai du mal à piger des types comme Jack White, ça me fait bien marrer...

De quoi parle « The Velvet Cell » ? Tu chantes que 'pour comprendre un tueur, il faut le devenir'... C'est une référence au « Dragon Rouge » de Thomas Harris, à « Element of Crime », le film de Lars von Trier ?

Oui, c'est dans le même ordre d'idées. Si tu veux comprendre quelque chose, c'est mieux de te l'approprier, et quand c'est le cas ça commence à t'affecter, à t'influencer... Il y a par exemple cette histoire d'un flic qui s'est fait passer pour un sympathisant du British National Party, le parti extrémiste, et qui devait rendre des comptes au gouvernement. A force de jouer le jeu, inconsciemment il s'est senti influencé par l'idéologie raciste qui sous-tend la politique du BNP... C'est pareil pour ces types qui écrivent des bouquins sur les criminels et les psychopathes. Ce qui est incroyable, c'est que ça te met dans une position où tu n'es plus capable d'avoir un regard critique. Or il s'avère essentiel d'avoir du recul pour émettre un jugement moral. La chanson parle de cette tension palpable.

Pourquoi y a-t-il une reprise instrumentale, plus loin dans le disque, de cette même chanson ?

Parce qu'elle déchire ! Tu l'as écouté au casque ? Fume un pétard, mets le volume à fond, et tu comprendras ta douleur ! Stereolab a fait la même chose, et j'aimais bien l'idée. Les Beatles aussi, sur « Sgt Pepper's »... En fait, pour être honnête, j'avais envie de pousser Dave dans ses derniers retranchements. La version initiale durait plus de 10 minutes : mon but, c'était de le torturer !

On a l'impression que la plupart des plages de l'album pourraient subir ce genre de traitement...

Oui, d'autant qu'il y a pas mal de ruptures de rythme dans des titres comme « Song From Under The Arches » ou « See My Friends », qui laissent la place à ce genre de délire. Ca peut alors durer des plombes, mais tout dépend de l'état mental de Dave... J'adore ça ! Parce qu'il n'y a rien de pire que voir des groupes qui jouent sur scène leur musique comme sur leurs disques... J'aime quand t'as l'impression que les musiciens vont se planter, qu'ils sont au bord de l'implosion, de l'évanouissement : tu n'es pas sûr qu'ils vont s'en sortir, et c'est ce genre de tension que je recherche. Parfois ça fonctionne et c'est terrible, parfois c'est pompeux à mort et vaut mieux en finir. Ca dépend des jours, en fait.

Comme l'écrivait Salinger, 'la plus courte distance entre deux points est un cercle parfait' !

C'est intéressant, tiens, sauf que ça veut rien dire du tout ! La plus courte distance entre deux points, c'est une ligne droite, mmm ? Je ne vois pas trop ce que Salinger a voulu dire par là, mais c'est sûr que ça sonne bien !(rires)

Peux-tu nous en dire plus sur le titre de l'album, « Fire in Distant Buildings » ?

Il vient d'un article que j'ai lu sur Brian Wilson. En pleine paranoïa et tandis qu'il composait une chanson sur son piano, il alluma sa télé et contempla stupéfait qu'un immeuble près de chez lui était en train d'être détruit par les flammes. Comme il était un peu loin dans sa tête, il arriva à la conclusion que c'était sa chanson qui avait provoqué l'incendie... J'y ai vu une belle métaphore de notre société moderne, où tout le monde se sent un peu responsable des merdes qui pourrissent notre civilisation. C'est comme si l'humanité se rendait compte qu'elle avait foiré, mais qu'en même temps elle savait bien qu'elle ne pouvait rien y faire. D'où ce thème de la paranoïa qu'on retrouve sur le disque : on culpabilise, mais en fin de compte c'est de notre faute.

Dans ce contexte, quel est le rôle de la musique ? Peut-elle changer, selon toi, les mentalités ?

Je n'en sais foutre rien, vraiment ! Pour moi la musique, c'est comme un truc transcendantal, parce que de toute façon je suis athée... Je lis énormément d'essais politiques, c'est très stimulant intellectuellement, mais au final ça ne m'apporte aucune paix intérieure – et c'est là qu'intervient la musique. J'ai eu une éducation très rationaliste, ce qui m'empêche de croire en une quelconque religion, et la musique, même si elle n'explique rien, me permet d'accéder à une sorte de stade primal que je ne connais pas via la religion ou que sais-je... En fin de compte, le monde, pour moi, reste un mystère, et j'aime bien cette idée. C'est la raison pour laquelle j'essaie d'écrire mes paroles de manière la plus ambiguë possible, pour laisser place à ce mystère, qui symbolise pour moi une espèce de puissance ancestrale. C'est ce qui donne un sens à ma vie...

On retrouve en effet cette thématique dans les titres et les paroles de tes chansons : ce sentiment de perte, d'abandon, d'ensevelissement...

Oui, prends « Cities Beneath The Sea » par exemple : il s'agit sans doute du morceau le plus optimiste de l'album, qui traite du fait que les pires choses peuvent nous arriver, il y a toujours cette espèce de mystère qui nous sauvera du marasme. Je ne pense pas que l'humanité soit en soi importante : même si la race humaine était rayée de la terre, le monde aurait toujours un sens. Je pense qu'il existe un sens intrinsèque au monde, même sans êtres humains. Il n'y a certes pas de preuves tangibles à cet argument, c'est juste une idée transcendantale... 'No matter how bad the world seems, there's a magic in everything !' 

Bacon Caravan Creek

Le syndrome du perfectionnisme

Écrit par

Auteur d'un premier album fort intéressant et surtout original (" Behind a wish "), paru à la fin de l'année dernière, Bacon Caravan Creek nous vient de la région de Huy. Et pour enregistrer ce premier opus, le quatuor a reçu le concours de Rudy Coclet à la mise en forme, personnage incontournable en Belgique dont la carte de visite mentionne notamment Sharko, Arno et Mud Flow (NDR : ça rime !). Avant d'accorder leur prestation dans le cadre de l'édition 2005 du " D'Hiver Rock ", Nicolas (le chanteur) et Vincent (le bassiste) nous ont accordé une interview. Un entretien qui devrait permettre de mieux cerner le phénomène B.C.C.

La genèse de B.C.C. remonte à 1999. Julien Dacos et Xavier Schmitz se connaissaient depuis l'école. Ils avaient toujours rêvé de fonder un groupe, mais ils ne trouvaient pas de bassiste. Et puis Julien a rencontré Nicolas Perat dans un Supermarché d'Amay. Ils y travaillaient tous les deux comme jobistes. Ont sympathisé. Et comme Nicolas jouait de la basse, leur premier groupe est né. Ils l'ont alors baptisé Explosion. Parce qu'à l'époque, ils étaient tous fans de John Spencer Blues Explosion. Mais rapidement, ils se sont rendu compte que la corrélation était un peu trop évidente. C'est ainsi qu'ils ont opté pour le patronyme Bacon Caravan Creek. Sans raison apparente. Parce que mis en ensemble, ces trois mots sonnaient bien. En réalité, il s'agirait d'une expression qu'ils ont retenue de l'école, du cours d'anglais. Un cliché relatif aux familles américaines qui se nourrissent aux hamburgers et aux sitcoms. A moins qu'il ne s'agisse de la marque d'une caravane. Ou encore d'une référence aux Simpson. Une chose est sûre, les musiciens du groupe prennent un malin plaisir à laisser planer un doute sur l'origine exacte du patronyme. Nicolas raconte : " En fait, nous l'avions surtout choisi, parce qu'il laissait transparaître des connotations blues et rock. Nous interprétions alors de longs morceaux que Julien agrémentait de soli. Progressivement, nous avons voulu apporter à l'ensemble une touche électronique, parce que nous en éprouvions le besoin. A un tel point, qu'à un certain moment, nous écoutions de moins en moins de blues ou de rock et de plus en plus de musique électronique. J'ai donc décidé de m'acheter une petite machine et de me consacrer aussi au chant. Puis on fait appel à Vincent, qui était guitariste à la base ; mais capable de toucher un peu à tout, il est devenu notre bassiste. Mais Julien ne voyait pas l'évolution du groupe d'un bon œil. Et il se rendait compte que sa vision des choses collait de moins en moins à celle des autres membres du groupe. Et il a préféré s'éclipser. C'est alors que nous avons fait appel à John (NDR : Nederlants, ça ne s'invente pas !), qui jouissait d'une réputation de guitariste assez flatteuse, dans la région de Huy. " Et c'est sous cette forme que le combo va entamer la tournée des festivals d'été (Bear Rock, Nandrin, etc.) Vu les échos favorables recueillis lors de leurs prestations, ils décident de s'inscrire au concours organisé par l'asbl Court-circuit. Et de sélection en sélection, ils atteignent la finale, où ils obtiennent la troisième place, le prix du public et le prix Roland récompensant la meilleure démo. Des résultats qui vont leur permettre de décrocher de plus en plus de concerts (dont le festival de Dour) et de se retrouver sur l'une ou l'autre compilation. Bref, fin 2003 le groupe est tout à fait prêt à attaquer l'enregistrement de leur premier opus. D'autant plus que les quatre étudiants bissent leur année d'étude. Une coïncidence ou une fatalité (NDR : biffer la mention inutile) qui semble les avoir beaucoup aidé dans leur entreprise. Même que si l'un d'entre eux avait réussi, il y aurait eu comme un problème.

Mais venons en donc à la confection de cet opus enregistré chez Rudy Coclet, au studio Rising Sun. Le groupe voulait enregistrer un album depuis longtemps, mais cette envie s'est amplifiée à l'issue du Concours-circuit. Nicolas s'explique : " Notre entourage, le public et même des professionnels nous ont aussi poussé à réaliser ce projet. Mais sur un support bien travaillé. Une manière de montrer notre savoir-faire. Pas seulement sur une démo. Sans budget et dans un studio techniquement limité, nous n'aurions jamais pu y parvenir. Heureusement, grâce au prix, nous avons pu disposer d'un budget, minime mais suffisant, pour le concrétiser. " Mais pourquoi Rudy Coclet ? Vincent justifie la décision : " C'est arrivé un peu par chance. Nous connaissions sa carte de visite. Ce qu'il était parvenu à réaliser pour des artistes belges. Et puis c'est le premier à qui on a demandé. Un peu utopiquement. " Nicolas reprend la parole : " Nous avions vraiment flashé sur le deuxième album de Sharko, 'Meeuws2'. L'univers qu'il y développe est exceptionnel. Et on s'est rendu compte que Rudy Coclet ne s'était pas contenté de l'aspect technique, mais qu'il avait aussi mis la main à la pâte. Donc en arrivant en studio, nous savions ce qu'il était capable de faire. Que nous ne nous trouverions pas face à un type qui se contente d'accomplir son job. Point barre. " Vincent confirme : " Nous avions besoin d'un guide et en même temps de quelqu'un qui s'implique ". Et le résultat de ces sessions porte le nom de 'Behind a wish'. Encore que la formation a dû retourner en studio une seconde fois. Parce qu'au départ elle avait l'intention de se limiter à sept morceaux. Et en accord avec l'ingénieur du son, elle y est revenue, un mois plus tard, pour en concocter un supplémentaire. Mais pour le manager, ce format est inhabituel. Ce n'est ni un maxi, ni un album. Aussi, au lieu d'en retirer quatre, ils en ont ajouté deux. (NDR : bonjour la prise de tête !). Dix titres qui baignent au sein d'une certaine ambiance. Et d'ambiance à 'ambient', il n'y a qu'un pas qui méritait d'être franchi. Un avis partagé par Nicolas : " C'est une bonne remarque. Nous voulions que les auditeurs puissent écouter l'album d'une traite. Qu'ils n'aient pas l'envie de privilégier une plage en particulier, parce qu'elle sortirait du lot. " Cependant, pas au point d'épouser une forme conceptuelle. Nicolas confirme : " Absolument ! C'est ce que nous voulions. " Et Vincent en remet une couche : " Il est possible d'écouter chaque chanson individuellement, mais aucune d'entre elle ne se démarque. C'est un ensemble. On n'achète pas le CD pour une seule chanson. " Nicolas embraie : " Le temps passé en studio, nous l'avons consacré à la recherche d'ambiance, plutôt qu'à mettre en exergue une compo qui claque bien ! " Et comme le groupe est perfectionniste, on imagine facilement le somme de boulot qu'il a fallu déployer. Vincent admet : " Nous passons beaucoup trop de temps pour les détails, dont la plupart n'aboutissent jamais à rien. Mais pour cet album, on a réalisé un énorme travail de recherche. Avant et pendant l'enregistrement. Nous avons utilisé de nombreuses pistes. Parfois 50 ! Même si cette quête du détail n'apparaît que par bribes. On ne s'est pas limité à la chanson telle quelle. " On comprend mieux pourquoi les musiciens se remettent constamment en question. Toujours ce syndrome du perfectionnisme ! Nicolas avoue : " Chez nous cette remise en question est permanente. Lors de chaque répétition. Avant un concert, nous exprimons ainsi nos craintes. Après un concert, on fait l'analyse de notre prestation. Et si un set a foiré, nous rectifions le tir de fond en comble. Donc tous les morceaux. Et encore une fois cette méthode rejoint notre besoin de recherche d'ambiance plutôt que de mettre le paquet sur un morceau bien calé. Parce que chez nous, la vision d'une chanson change constamment. Donc à la limite, celle qui véhicule le plus d'émotion est produite sur l'album. Tandis que sur scène, nous fonctionnons à l'émotion du moment, de la semaine, etc. " Et pas facile d'exprimer ses émotions lorsqu'on est introvertis. Nicolas confesse : " Oui, nous le sommes. Tous les quatre. Personnellement, sur scène, je m'accroche à ma planche et j'ai dû mal à la lâcher pour montrer que j'adore jouer en concert. Nous aimons tous nous produire en 'live'. Mais hors de la scène, nous somme très introvertis. " Vincent insiste : " Timides même. Nous éprouvons certaines difficultés à nouer des contacts avec les autres groupes. Et lors d'un set, nous ne sommes pas enclins à inviter les spectateurs à chanter ou à frapper des mains. " Ce qui explique sans doute pourquoi on ressent une certaine angoisse à travers leur musique. Une inquiétude face à l'évolution du monde contemporain. Nicolas précise : " Inconsciemment certainement. Mais ici ce n'est pas voulu. On n'a pas insisté pour que les morceaux soient mélancoliques ou lents. Ils sont nés tout naturellement. Ils sont tout simplement le reflet de notre génération. " Une angoisse que le groupe a en quelque sorte exorcisé en entrant en studio. Nicolas confirme : " Nous avions conscience que c'était la première et la dernière chance de faire un album. Et qu'il ne fallait pas la laisser passer. Que c'était le bon moment pour investir le budget dont on disposait. Donc on y a mis toute la gomme " Un moment d'autant plus idéal que le rock wallon est en plein boom aujourd'hui. On peut même affirmer que des formations comme Girls In Hawaii et Ghinzu ont tracé la voie à suivre. Vincent partage ce point de vue : " Je ne crois pas que nous aurions pu sortir cet album, il y a 5 ou 6 ans. Le contexte est aujourd'hui beaucoup plus favorable, c'est vrai ! "

Mais qu'est ce souhaite vraiment le groupe (NDR : par référence au titre de l'elpee " Behind a wish ") ? Nicolas réagit : " Je suis content qu'on me pose cette question. Parce qu'on ne la pose jamais. Or, nous craignons que le public pense que le titre se résume simplement au souhait de sortir un album. Qu'il ne se rende pas compte de son sens véritable. Que la plupart des lyrics de notre disque traitent de l'hypocrisie en général. C'est dans ce sens là qu'il faut le comprendre. Que se cache-t-il derrière la tête de quelqu'un qui vous souhaite de bonnes choses ? De gens qui vous tendent la main ou refusent de vous la tendre ? Des faux amis ? Des réflexions qui entraînent beaucoup de stéréotypes. Et sont également le fruit d'expériences personnelles. Mais je pense que finalement elles reflètent une espèce de vision du monde… " A contrario, en choisissant d'être bookés par l'agence 'Progress in Booking', le groupe pense avoir fait le bon choix. Nicolas s'explique : " Nous avions fait écouter notre musique à beaucoup de monde. C'est un des premiers retours positifs que nous avons reçu. Bernard est venu nous voir et nous parler plusieurs fois, à l'issue de quelques concerts. En disant ce qu'il pensait vraiment. Et puis au fur et à mesure, le courant est passé de mieux en mieux. Nous partagions la même vision des choses. Et puis nous avions peur de recevoir des propositions malhonnêtes… "

Au rayon influences, la plupart des médias citent Notwist et Radiohead. Une question qui méritait bien sûr d'être posée. Vincent prend la parole : " Les 3 ou quatre dernières critiques de l'album parlent de Notwist et d'Elbow. Un de ces articles mentionne même que notre disque a été recopié sur un des premiers elpees de Notwist. " Nicolas se défend : " Nous n'avons rien recopié, nous ne connaissions même pas Notwist. Et lorsque nous l'avons écouté, nous en avons conclu que la coïncidence était vraiment extraordinaire. Le même phénomène s'et produit pour Arab Strap. Lorsqu'on écrit qu'un groupe nous ressemble, nous avons envie de l'écouter, pour en avoir le cœur net. En ce qui concerne Radiohead, c'est tout à fait différent, puisque nous apprécions tous leur culture. " Et Vincent d'ajouter : " Je crois que ce groupe a influencé tellement de monde. Et en influencera encore pendant un certain temps. Il est devenu en quelque sorte intemporel. Maintenant, nous écoutons tous des choses différentes. Et John des musiques plus complexes que nous. Comme Mars Volta, par exemple " La musique de B.C.C. s'est également vue taxée de noisy. Ce qui a bien fait rire les musiciens. Nicolas reprend le crachoir : " Nous ignorons d'où viennent ces bruits ( ?!?!?), mais on n'a pas cherché non plus. On a même repris l'info quelque temps sur notre site, histoire de marcher dans le jeu. Parce qu'on trouvait que cela faisait bien d'être étiquetés 'noisy'. Lorsqu'on fait le bilan, on ne compte plus le nombre de comparaisons dont on a fait l'objet. C'est inimaginable ! Mais c'est bien ainsi. Cela signifie que nous touchons le public de manière différente. " Comme celle qui les a rapprochés de dEUS, par exemple. Pourtant, on ne peut pas dire que la musique du quatuor soit baroque. Nicolas a son avis sur le sujet : " Probablement plus au niveau de la démarche et du concept que de la musique. Plutôt que de faire constamment écouter le résultat de nos expérimentations à d'autres personnes ou à d'autres groupes, nous préférons nous cloîtrer tous les quatre. Nous ne faisons pas partie d'un collectif. D'une maison, d'une ville, d'une région où il existe une scène rock. Nous avons toujours préféré travailler en circuit fermé plutôt que de se fondre dans un ensemble. Et à ce niveau, je comprends mieux la comparaison à dEUS. Mais il est vrai que pour la musique, on est loin du compte… "

(Photo : Olivia Londot)

V.O.

Délivrance non sous-titrée

Écrit par

Collectif fragile articulé autour de l'âme sensible de Boris Gronemberger, V.O. offre " Pictures " au monde. Ce premier album insuffle à la Belgique une autre vision de son univers musical, une autre façon de vivre la pop. Les éloges ne seront jamais suffisants pour acclamer le travail de ces artisans stakhanovistes de la belle musique. Indomptables et incompréhensibles, les mélodies se construisent ici pièce par pièce comme la plus somptueuse des mosaïques. Petit entretien en compagnie de Boris Gronemberger, l'architecte de ce fameux projet.

Boris, peux-tu me retracer brièvement l'histoire de V.O. ?

Notre histoire remonte à l'année 2000. A l'époque, nous jouions au sein de Grinberg, un projet instrumental. Mais je ressentais le besoin et l'envie d'écrire des chansons. Nous nous sommes produites pour la première fois dans le cadre d'un festival organisé à Louvain-La-Neuve : le 'First Steps and false alarm'. Cet événement met en exergue le travail de musiciens qui prennent l'habitude de jouer dans leur chambre ou dans leur cave. Un des organisateurs qui connaissait Grinberg m'a alors proposé d'y participer. J'ai profité de cette opportunité pour mettre V.O. sur pied. Au début, le projet se réduisait à une simple échappée en solitaire. Mais peu à peu, il devenait très difficile d'assurer toutes les compositions seul sur scène. J'ai donc décidé de me tourner vers les autres membres de Grinberg pour m'accompagner. Actuellement, nous sommes cinq : mon frère Dimitri aux claviers, Cédric Castus (Grinberg) à la guitare, Frédéric Renaux (Grinberg) à la basse et Julien Paschal (Sharko) à la batterie

A côté de V.O., tu collabores également à d'autres projets. Tu es notamment le guitariste attitré de la belle Françoiz Breut. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Je l'accompagne effectivement depuis près de quatre ans… C'est vraiment une artiste formidable. Là, nous venons d'achever l'enregistrement de son troisième album (NDR : " Une saison volée ") et nous partirons bientôt en tournée pour le défendre…

Comment perçois-tu V.O. dans notre paysage musical ?

Nous sommes une sorte de formation à part. Notre musique ne passe pas en radio, contrairement à la plupart des formations pop-rock actuelles. Nous nous intégrons dans une communauté d'artiste bien implantée en Belgique mais dont personne ne parle ! En Belgique, il y a une foule de labels intéressants et défricheurs dont on ne souligne pas suffisamment le boulot : c'est une certitude ! Une scène belge alternative évolue aujourd'hui dans l'ombre. Même si notre musique demeure indissociable de la pop, nous faisons partie intégrante de cette scène alternative ! Dans notre Royaume, on ne compte plus les groupes géniaux ! Pour moi, c'est une chose très positive de retourner les projecteurs pour s'apercevoir de la qualité des projets qui se trament en coulisses !

" Pictures ", votre nouvel album, vient de paraître. Qu'attendez-vous de sa sortie ?

Pour être honnête : pas grand-chose ! J'espère quand même que les gens pourront écouter notre musique et qu'elle sera accessible dans le commerce. Et il ne faut pas penser que cette étape soit évidente dans une petite structure comme la nôtre ! Il est difficile de se faire une place dans la jungle des sorties discographique hebdomadaires… Mais nous n'escomptons pas un énorme succès. Tout simplement parce que cette hypothèse n'entre pas vraiment dans notre éthique. Quand j'ai commencé à jouer de la musique au sein d'un groupe, j'étais idéaliste, voire utopiste par rapport à la réussite dans le monde de la musique. C'est en commençant à collaborer avec d'autres artistes que je me suis rendu à l'évidence…

Qui s'est chargé du visuel de la pochette du disque ?

Ce travail revient à Maxime, un des grands artisans de chez Matamore Recordings … et un peu à moi aussi ! A l'intérieur du disque, on peut découvrir une magnifique tête de taureau… (NDR : une expérience visuelle à vivre). C'est une photo prise durant l'enregistrement du dernier album de 'Françoiz Breut'. Nous filmions toutes les prises de sons et par hasard, nous sommes tombés sur ce masque étrange. Inutile de préciser que c'est parti en cacahouète… Cette image est assez cocasse et biscornue. Je trouvais cette photo suffisamment originale pour illustrer la partie intérieure de notre disque !

Le 17 juin, ouvrira la Fête de la musique en grande pompe. Que penses-tu d'une initiative comme la Fête de la Musique ?

D'année en année, l'affiche ne cesse d'évoluer et offre un aperçu de plus en plus large des musiques émergentes. De plus, la promotion associée à l'évènement connaît également un essor considérable. Par contre, il serait très intéressant de faire évoluer le concept de la Fête de la Musique vers d'autres disciplines artistiques !

Pour toi, un concert accordé à cette occasion est-il un concert comme un autre ou a-t-il une saveur particulière ?

Pour les spectateurs qui n'assistent pas souvent à un concert, il est certain que les représentations offertes à l'occasion de la Fête de la Musique doivent avoir une signification particulière. Mais pour nous, un concert reste un concert et se doit d'être joué avec la même envie de partager notre musique !

Quel est le prochain concert auquel tu assisteras ?

En tant que spectateur ? Certainement une des nombreuses premières parties de Françoiz Breut ! On va jouer en même temps que Sonic Youth en France. Ce sera peut-être l'occasion de les voir ! Et puis, notre tournée passe par Barcelone et son fabuleux Festival Primavera (NDR : à l'affiche, on retrouvera notamment The Arcade Fire, Maxïmo Park, New Order, The Wedding Present, Vitalic, Gang of Four, The Stooges, Nouvelle Vague, Mercury Rev…) De quoi passer d'excellentes vacances !

Quel est le disque que tu offrirais à ton pire ennemi ?

Sans hésiter, je crois que ce serait " Smile " des Beach Boys. Simplement parce que j'adore cet album. C'est une manière comme une autre de sourire à son pire ennemi, non ?

Quel est l'album préféré de V.O ?

Difficile de répondre à une question commune. Surtout lorsque les autres ne sont pas présents… Nous avons des goûts tellement différents… Néanmoins, je pencherai pour l'album " Camoufleur " de Gastr Del Sol ! Chez V.O., tout le monde sera d'accord pour célébrer ce disque…

Quel est pour vous le meilleur album de tous les temps ?

J'opte sans conteste pour le " double blanc " des Beatles !

Dans ta collection, y a-t-il un disque que tu as aujourd'hui honte d'écouter ?

Un disque que j'ai honte d'écouter ? Bon, je dois passer aux aveux : je possède un exemplaire du dernier album des Destiny's Child…

The National

Nous sommes tombés amoureux de New York

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Le line up de The National est tout à fait singulier, puisqu'à l'instar des débuts du défunt Immaculate Fools, il implique une paire de frères (les frangins Dessner et Devendorf). Et un chanteur et lyriciste qui réponde au nom de Matt Berninger. Responsable de trois albums à ce jour - dont l'excellent " Alligator ", paru voici quelques semaines - le quintet est issu de Cincinnati, mais vit à New York. C'est d'ailleurs dans la métropole d'adoption que l'histoire de cette formation a commencé. Ce qui méritait une explication. A l'issue de leur set remarquable accordé dans le cadre du festival Pukkelpop ; Matt et Bryan Devendorf (NDR : le drummer) ont bien voulu éclaircir la situation…

Tout comme AfghanWhigs (NDR : que Greg Dulli vient de remonter), les membres de The National sont donc originaires de Cincinnati, dans l'Ohio. Mais si la bande à Dulli s'est installée à Los Angeles, celle de Berninger a plutôt opté pour la côte est des Etats-Unis. Matt s'explique : " Nous ne sommes pas partis à New York pour fonder un groupe. Ni pour aller à la rencontre du succès. L'idée de ce collectif est née plus tard. Maintenant, il est vrai que si nous étions demeurés à Cincinnati, j'ai du mal à imaginer qu'un tel projet aurait pu naître. Vivre à New York est extrêmement motivant. Il y a tant de choses à faire dans cette ville. On peut y réaliser ses rêves. Projeter de belles perspectives de carrière. Parce qu'il existe des tas de clubs qui permettent de se produire en concert… " Et Bryan d'ajouter : " Les gens y sont beaucoup plus ambitieux " Matt reprend le crachoir : " Cette métropole vous inspire. Dulli a émigré à L.A. Et je ne sais pas dans quelle mesure Cincinnati a pu lui apporter une quelconque créativité. D'ailleurs, je pense qu'il s'est barré de là assez rapidement. " Apparemment, ils ne sont pas près d'y revenir. Matt confirme : " Je doute que nous y remettions un jour les pieds. Nous sommes tombés amoureux de New York. Il est difficile de retourner dans ton bled, lorsque tu y as vécu. Si nous devions le quitter, ce serait pour une autre grande ville ; comme Paris, par exemple… " Il est vrai que la France est le premier pays européen à s'être enflammé pour The National. Sur le vieux continent, ils ont d'ailleurs d'abord été signés par le label indépendant bordelais Talitres, chez qui les deux premiers albums sont sortis (NDR : depuis, ils sont passés chez Beggars Banquet et distribués par V2 dans le Benelux !). Matt acquiesce : " Nous comptons beaucoup de fans en France. J'ai eu une petite amie française à New York. Nos premiers concerts en Europe ont été accordés à Paris… Nous avons, en quelque sorte, une french connection. On peut même dire que Bryce est francophile, puisque sa copine est issue de Paris. " Faut aussi croire que la sensibilité de leur musique plaît à ce public. Et Matt d'ajouter : " C'est peut être également la raison pour laquelle Paris nous plaît. En fait le public français est réceptif à la musique confessionnelle. A cette forme de sincérité. " Et d'élégance…

Hormis lors du premier album, le violoniste/claviériste Padma Newsome a participé aux sessions d'enregistrement de tous les autres disques. En outre, il lui arrive régulièrement (NDR : pas à l'occasion de ce Pukkelpop, cependant) de tourner en compagnie du groupe. Est-il pour autant considéré comme membre à part entière de la formation ou tout simplement collaborateur régulier ? Bryan éclaircit la situation : " Il nous accompagne généralement en tournée. Mais il vit en Australie. Chaque fois qu'il a la possibilité de nous rejoindre, il débarque. Disons que les ¾ du temps, il est présent. Mais parfois, ce n'est pas possible. Pourtant, tu peux le considérer comme un membre effectif de The National. Il est même devenu un des éléments majeurs du groupe Voire son pilier central… " Ce qui explique, sans doute pourquoi 'live' son absence oblige le combo à proposer un set totalement différent. " Oui, absolument !" confirme Matt. "Tu as pu t'en rendre compte aujourd'hui. Lorsqu'il est présent, il ajoute ses parties de violon et de claviers. La musique est alors plus atmosphérique. Sans lui, on essaie de produire des shows distincts. Plus intenses, plus électriques, pour maintenir l'intérêt. " Peter Katis (Interpol, Mercury Rev, etc.) a assuré la production d''Alligator'. Pas étonnant lorsqu'on sait qu'il vit également à New York. Et puis ils sont devenus des amis. Bryan en profite pour balancer une vanne : " On l'a choisi parce qu'il danse remarquablement bien (rires). Sérieusement, ce type a bien les pieds sur terre. Il est très calme. Il cherche avant tout à rendre le son cohérent. En fait, il joue le rôle de l'ingénieur du son. Et c'est ce dont nous avons besoin. " Parce que les musiciens du groupe sont d'éternels insatisfaits. Il leur arrive même de retravailler une chanson, parce qu'ils estiment qu'elle est trop accessible. Matt confirme : " Nous sommes dubitatifs lorsqu'une chanson nous plaît instantanément. En général on l'apprécie pendant quelques jours, puis on la trouve banale. Si elle est trop accessible, c'est parce qu'elle est trop familière. Et nous craignons cette réaction. Parce qu'elle suscite rapidement l'ennui. "

De nombreux critiques rock comparent la musique de The National à celle de Tindersticks. Et puis le baryton de Matt à celui de Stuart A. Staples. Il est à supposer que depuis le temps que ce type d'articles se multiplie, les musiciens se sont décidés à écouter les disques du groupe britannique. Bryan donne son avis : " Stuart est un beau mec doué d'une belle voix. Mais je suis surtout sensible au talent du drummer (NDR : fallait s'en douter !) Il a un toucher, un feeling, exceptionnels. Pour ma part, c'est un des meilleurs au monde ! " Matt, de son côté confesse : " Nous n'étions pas spécialement des fans. Nous étions simplement au courant de leur production. Mais après avoir lu les critiques qui relevaient des similitudes entre les deux groupes, on s'est quand même décidés à les écouter. En fait, nous partageons les mêmes goûts. Et en particulier pour Nick Cave. Dont la façon d'écrire des chansons, des mélodies, m'a toujours impressionnée. En ce qui concerne la voix, j'essaie de faire du mieux que je peux. Il existe sans soute une influence quelque part, mais vous devez comprendre que ce timbre est inhérent à ma tessiture. Celle d'un baryton. C'est à la fois mental et physiologique… "

Dans les chansons de The National, on retrouve des contes mélancoliques alimentés par le sexe, l'alcoolisme, la rupture, la paranoïa et la solitude. De la tendresse aussi. Des observations finement détaillées de la vie et de l'amour, la comédie humaine peinte avec de l'humour noir ; et plus que probablement un exorcisme des propres angoisses de Berninger. Mais en utilisant la narration, Matt cherche-t-il à créer une distance entre lui et son sujet ? (NDR : silence), Matt semble médusé : " … Il y a des parties autobiographiques et d'autres narratives. De la fantaisie, aussi. De l'imaginaire et des choses toutes construites. Si les chansons reposaient uniquement sur la biographie de l'être humain, ce serait moins riche. Il faut donc romancer. Donc on imagine des gens face à certaines situations. On crée des personnages en partie autobiographiques et partiellement fictifs. Le but n'est pas de se cacher derrière un quelconque paravent, mais plutôt de construire une atmosphère, susciter de l'émotion… " Ce qui explique sans doute pourquoi le cinéma est également une source d'inspiration pour les chansons de The National. Matt confirme : " On aime beaucoup le cinéma. Almodovar notamment. Et en particulier les longs métrages 'Parle avec elle' et 'Tout sur ma mère'. On est allé voir récemment 'Eternal sunshine of the spotless mind', et ce film nous a beaucoup plu. Et puis, nous vouons un culte aux classiques comme 'Ghostbusters' ou 'The graduate'. Ce dernier met en scène des personnes maladroites plongées dans des situations inconfortables. Des individus faibles occupés de se dégrader. Nos chansons sont écrites comme des scénarios de films… "

Tout au long d''Alligator', on ressent une forme de désenchantement vis-à-vis de la vie et du monde contemporain. Seraient-ils fatalistes ? Bryan hoche la tête d'un air affirmatif. Matt réfute cette analyse : " On peut considérer qu'il existe, dans notre écriture, un mélange de cynisme, de mélancolie, de pessimisme, de désenchantement, de dégoût par rapport au monde. Mais aussi d'humour et d'optimisme. L'être humain veut être heureux, et c'est normal. Mais il doit se battre pour y parvenir. Je ne pense pas qu'on puisse considérer notre démarche comme négative ; simplement elle est le résultat d'une observation des gens dans leurs moments faibles et leurs moments forts… " Pourtant dans la chanson 'Looking for Astronauts', on ressent une volonté de fuir la société. Un type d'évasion qui pourrait conduire au suicide… Bryan et Matt ne semblent toujours pas sur la même longueur d'ondes. Mais ce dernier finit par trancher : " L'herbe est toujours plus verte chez ton voisin. C'est dans ce sens là que j'ai écrit cette chanson. En pensant aux gens qui sont disparus, qui disparaissent, qui sont perdus. Je n'imaginais pas qu'elle aurait pu prendre une signification aussi destructrice… "

 
Merci à Vincent Devos

Broken Social Scene

Démocratie à géométrie variable...

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La scène canadienne est en pleine ébullition : The Dears, The Stars, Metric, New Pornographers, Arcade Fire, Treble Charger, A Silver Mt Zion, Mascott, Hot Hot Heat ainsi que Broken Social Scene (NDR : et la liste n'est pas exhaustive) apportent, depuis deux ou trois ans, un véritable vent de fraîcheur à la scène musicale pop rock internationale. Le plus étonnant, c'est que la plupart des musiciens de tous ces groupes se connaissent, se respectent, s'apprécient et parfois même participent aux projets des autres formations. A l'instar d'Arcade Fire, Broken Social Scene est un des fers de lance de ce mouvement. Plus d'une dizaine de musiciens participent à ce collectif à géométrie variable, au sein duquel Brendan Canning, Jason Colett, Andrew Whiteman, Justin Peroff et Kevin Drew forment l'ossature. Kevin (NDR : chanteur/guitariste/claviériste) s'est fait le porte-parole de l'ensemble pour nous accorder cet entretien. Un personnage extrêmement sympathique, profond, humain et très lucide. Jugez vous-mêmes…

Pour Kevin, cette prolifération de groupes n'est pas tout à fait une coïncidence. Il s'explique : " Je pense qu'il souhaitaient tous cette ouverture. Nous n'avons jamais eu la volonté de vivre en vase clos. Hormis Hot Hot Heat - il pratique de la 'dance' et fait un peu bande à part - tous les musiciens se connaissent. Et forment presque une communauté. Depuis la côte est à la côte ouest. Parce que nous avons la volonté de créer quelque chose de bien, d'honnête, de grandiose. La plupart des line up comptent de nombreux membres : Arcade Fire 9 ou 10, les Dears 6 ou 7, les Stars 6, et nous plus d'une dizaine. Qui se défient et se respectent. Le but étant de se surpasser. Et de surpasser les autres. D'être compétitif. On apprécie énormément ce que réalisent les autres. Et on aime assister à leurs concerts. Entrer en communion avec eux. Et quelque part on se soutient. Pour une fois que notre pays décroche cette forme de reconnaissance on ne va pas s'en plaindre… " Curieusement, il n'existe aucune corrélation entre la scène anglophone et francophone au Canada. Kevin se justifie : " Ce sont deux mondes différents. Je ne connais aucun groupe francophone au Québec. Je pense que la sensibilité musicale y est plus proche de celle des Européens. Je n'y ai jamais prêté attention. D'ailleurs, je ne comprends pas la langue française… "

Chez Broken Social Scene, le nombre de musiciens est très variable. Un collectif à géométrie variable ! Kevin n'avait jamais entendu une formule pareille, mais il acquiesce : " C'est la première fois qu'on me fait une semblable réflexion. Il est vrai que le groupe change constamment. Et que l'absence ou la présence d'un musicien influe sur les compositions. Particulièrement en 'live'. " Un collectif au sein duquel règne une véritable démocratie. La patience, la tolérance et le compromis sont d'ailleurs des valeurs cultivées chez B.S.S. Pas tout à fait comme en politique. Kevin s'explique : " Nous essayons de faire en sorte que tout le monde puisse exprimer son opinion. La présence de chaque membre est indispensable. Beaucoup de formations dépendent d'un leader. Nous en comptons plusieurs. Il n'existe pas de dictature chez B.S.S. Le départ ou l'arrivée de musiciens ne pose aucun problème. Parce que tout le monde contribue de manière égale. Et la rétribution financière est partagée de manière équitable. Un équilibre qu'on essaie de préserver par respect mutuel. Ce n'est pas toujours facile, mais tout le monde met de l'eau dans son vin. Ce n'est pas comme en politique… " Un véritable challenge, lorsqu'on sait que tous les membres du groupe participent à la composition. On se demande d'ailleurs comment ils parviennent à composer une chanson, sans sombrer dans l'anarchie. Kevin éclaircit la situation : " Ce travail s'effectue le plus souvent lors de l'enregistrement. Certains arrivent avec des accords, d'autres avec des chansons. Et l'élaboration des compositions germe en studio lorsqu'on est ensemble. Pour l'album ‘You forgot it in people’, on a véritablement squatté le studio. Un jour un des musiciens se pointe. Et on travaille avec lui. Le lendemain, c'est un autre. Et on remet le couvert. Une chanson est un cadeau. Quelque chose qui nous grandit. Elle est le fruit d'un partage… " Cet opus a été produit par un certain David Newfeld. Un type complètement fêlé, suivant les déclarations des membres de B.S.S. Ce qui méritait une explication. " En fait, c'est parce qu'il a un grand cœur. Il est incapable de s'arrêter de travailler. Il bosse comme un malade. Il ne prend même pas le temps de manger. Il recommence 100 fois la prise avant de choisir celle qui lui semble la plus potable. Il n'est jamais satisfait. Un gars intelligent. Un cerveau ! Intelligent mais sensible. Un type adorable ! "

Pour Kevin, la musique contemporaine ne propose plus rien d'original ou de différent. Pour lui, tout a déjà été fait. Seule la présentation change. Mais à ses yeux (NDR : et à ses oreilles) cette situation n'est guère importante : " La scène contemporaine est en perpétuel mouvement. Des nouveaux groupes se forment tous les jours. Il existe plein de Led Zeppelin et de Beatles en herbe actuellement. Mais aussi plein de belles choses. Il ne faut pas constamment regarder dans le passé. Et si tout à été fait des milliers de fois, il y a toujours moyen de découvrir quelque chose de bon et il y a toujours quelqu'un de prêt à s'y consacrer. Maintenant, il faut être fou pour affirmer que les influences n'existent pas. Quoiqu'il arrive tout est influence… " Kevin a des goûts très éclectiques. Il apprécie aussi bien Dinosaur Jr, Tortoise, Modest Mouse que Polyphonic Spree. Mais un musicien a exercé une fascination particulière chez Drew : Jeff Buckley. " Je l'ai découvert à la radio. J'ai alors appris que son album était sorti depuis plus d'un an. J'ai rencontré son groupe. De braves gars ! J'appréciais tout particulièrement l'aspect dramatique de sa voix. J'ai assisté à ses concerts à 4 reprises. Trois fois à Toronto et une fois à Londres. Lorsque j'ai appris la nouvelle de sa disparition, j'ai été bouleversé… Eddie Vedder a également influencé un grand nombre de formations sur cette planète. Sa voix est juste et empreinte de passion. Ce sont des artistes qui comptent dans l'univers de la musique… " Notre interlocuteur est, par contre, agacé par la musique consensuelle : " Je n'aime pas citer de noms, parce qu'en général, ce sont des personnes sympathiques qui jouent cette musique de merde. Je ne comprends pas comment on peut écouter des trucs pareils. Je la déteste parce qu'elle reproduit toujours les mêmes paroles, les mêmes rythmes, les mêmes clichés. Maintenant, il est vrai que si elle n'existait pas nous ne serions peut-être pas aussi bons… "

Kevin a également une vision très sagace sur les questions sociales et politiques. Et lorsqu'on lui reparle des dernières élections présidentielles américaines, c'est un peu comme si on retournait le couteau dans la plaie. " On assiste au retour des principes établis au cours des années 50 : noir/blanc, bon/mauvais, gauche/droite. C'est manifestement un recul de la société. J'ai l'impression que le gouvernement en place cherche asseoir ses idées. A fixer des interdits. A te forcer la main. Pas qu'on veuille te voler tes opinions, mais on te les impose sous une forme légale. L'étiquette de l'écolier blanc hante à nouveau les esprits. Elle vous dicte la façon dont vous devez regarder les événements, la manière dont vous devez les vivre (NDR : le WASP !) Un phénomène qui s'est immiscé dans les foyers, les familles. Sans qu'ils ne s'en rendent compte. A la limite, on te menace de l'enfer si tu n'obéis pas à ces principes. Et chez les personnes crédules, ça marche ! Le message de Broken Social Scene va à contre-courant. Dénonce ce diktat. De quel droit peut-on décréter que telle ou telle chose est bien ou mal. Cherche à éveiller les consciences. Même si ce travail de sensibilisation n'est pas facile. Lorsqu'on monte sur scène, notre discours interpelle. Nous voulons être les gardiens de la conscience éveillée. Nous ne voulons pas dicter cette prise de conscience. Notre musique est très politisée. Qu'est ce qui est bien, qu'est ce qui est mal ? Aux States, le système répond à votre place. Au Canada, la pensée est moins conservatrice, plus libérale. Nous essayons de secouer les gens. Réagir face à la pensée unique. Combattre la pensée discriminatoire. Régénérer, réoxygéner le cerveau des jeunes au bord de l'asphyxie. Leur injecter du nouveau sang. C'est la raison pour laquelle nous faisons de la musique. On y met du sens. Le lendemain d'un concert, ils ne vont peut-être plus le ressentir, mais ils ne vont pas l'oublier… "

Depuis la fin de la guerre en Irak, les Américains doivent se poser des questions. Il y a eu plus de morts de soldats yankees suite aux attaques terroristes que lors du conflit. L'Amérique profonde devrait quand même réagir. Ne plus nécessairement partager les opinions de Bush. Craindre le spectre d'un nouveau Vietnam. Kevin réagit : " Je m'attendais à la question ! En Irak, c'est un bordel inimaginable. Il faut savoir que tout le monde ne partage pas l'opinion de Bush. Mais Bush parle tellement fort, qu'on n'entend que lui. Malheureusement, il est occupé de détruire son pays. Un beau pays comme les Etats-Unis. Je ne crois pas qu'il faille blâmer les Américains. Il y a des tas de gens qui veulent faire entendre leur voix aux States, mais ils sont battus par ceux qui ont plus d'argent qu'eux. En outre, les médias font le jeu de la politique en place. Les Européens ont une vision très stéréotypée des Etats-Unis. Il faut s'y rendre pour mieux comprendre sa population. Cependant, je ne vois pas comment on pourrait inverser le cours les choses ; car il existe deux systèmes de pensée qui cohabitent. Tu choisis ton camp : soit tu optes pour le diable, soit tu crèves. Que choisir ? Personne ne sait ! Tout ce que je peux dire c'est qu'il y a des tas de gens qui boivent les paroles de ces barjots… Plus personne n'a d'opinion. Notamment les jeunes. Tout va trop vite. Il y a le SIDA, Internet, etc. Plus rien ne dure. La sécurité n'est même plus assurée. On en arrive même à donner de l'argent aux pays en voie de développement - et ce n'est même pas sûr que ta participation arrive à destination - tout en buvant du coca-cola et en consommant du porno. Cela n'a pas de sens. C'est comme dans le domaine de l'éducation. Comment éduquer tes enfants lorsqu'il n'existe plus de repères ? J'en reviens à ton allusion au Vietnam. En parler à nos parents. Pas la peine d'y penser. Aborder le sujet de la deuxième guerre mondiale en compagnie de nos grands-parents ? C'est toujours aussi tabou ! Et en Europe, c'est pareil. C'est même offensant ! Faut faire gaffe à ce qu'on dit. Maintenant, les Européens ont beau jeu de critiquer la politique menée par les Américains, ils traînent également leurs casseroles. Si je viens en Belgique pour parler du génocide au Rwanda, je vais être bien reçu. Et en Allemagne pour soulever la question de l'Holocauste, tu peux imaginer le tableau. Tous les pays concèdent un lourd héritage au passé, et je ne me permettrai jamais de hiérarchiser les tranches de l'histoire. Je ne suis pas ici pour cette raison, mais pour vivre et exister. Pas refaire le monde… "

Broken Social Scene vient d'enregistrer deux nouveaux albums. Mais pas moyen d'en savoir davantage. C'est top secret ! Par contre, Kevin confirme que tous les musiciens du groupe bossent sur leurs projets personnels : Apostle of Hustle, Do Make Say Think, etc. Il a même l'intention de concocter un album solo. Et de conclure " On n'arrête jamais. C'est infernal ! On a tellement de boulot qu'on a même plus le temps d'accorder ces putains d'interviews au cours desquelles on peut parler de nos aïeux ou des Beatles. D'essayer de vivre, d'exister. De se donner du bon temps… "

Merci à Vincent Devos

 

Hard-Fi

On perd son âme dans un grand studio...

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Hard-Fi est un quatuor issu de la banlieue ouest de Londres. De Staines près de Heathrow, très exactement. Un patelin qui n'a rien de bien excitant, puisqu'on n'y trouve pas de pub décent, pas de magasin de disques, pas de salle de concert, pas de discothèque, pas de boîte de nuit, pas de bonne librairie, pas de magasin de vêtements pour jeunes. Pas de bus ni de train de nuit. Même le week-end. Aussi si vous voulez vous rendre dans la capitale londonienne, pas de problème. Mais pour en revenir, vous avez tout intérêt à ne pas manquer la dernière correspondance. Bref, c'est dans ce trou perdu qu'est née cette formation. Avec la volonté de s'en sortir. Parce que la musique est la seule alternative pour les jeunes qui veulent échapper aux petits boulots minables. Après avoir commis un mini elpee, Hard-Fi vient d'enregistrer son premier véritable album : " Stars of CCTV ". Richard Archer, le chanteur/lyriciste, nous a confié tout ce qu'il avait sur le cœur…

En parlant tout d'abord de Staines : " Comme dans toutes les banlieues des métropoles, les choses intéressantes sont récupérées par la cité. Et Staines ressemble à toutes les autres villes de banlieue. C'est suffocant. On s'y emmerde, mais on y a des amis. J'ai toujours eu une relation amour/haine avec elle. Et si de nombreuses chansons sont le produit de cet environnement ; elles le sont de manière générale et pourraient facilement correspondre à d'autres bleds du style. En fait, elles traitent plutôt d'une volonté de fuir cette fatalité. Ce quotidien. Afin de trouver quelque chose de plus enrichissant. Bien sûr, si nous n'avions pas été de cet endroit, nous n'aurions sans doute pas concocté ce type d'album. Ceux qui y vivent se sont reconnus immédiatement. Parce que le son est très particulier. " Pourtant, en signant chez Atlantic, le groupe disposait d'un budget conséquent susceptible de lui permettre d'enregistrer dans des conditions bien plus professionnelles ; mais il a préféré le réaliser dans le studio de leur quartier : le Cherry Lips. Archer se justifie : " Lorsqu'on a commis notre Ep, 'Cash machine', c'est ce son si particulier qui faisait notre originalité. Aussi nous craignions qu'en changeant de studio, on changerait de sonorité. Nous y ressentons les bonnes vibrations et puis il y existe une ambiance comme nulle part ailleurs. C'est beaucoup plus convivial que dans un grand studio. Et moins anonyme. Tu as le sentiment que le son reste brut. Qu'il n'est pas poli. On aurait pu se permettre d'aller dans un studio réputé ; mais pourquoi changer lorsque tu es satisfait du résultat ? On perd son âme dans un grand studio. Et pour nous le résultat obtenu est bien plus important que le budget accordé. Tu n'as pas besoin de millions de livres pour réaliser un disque (NDR : lors d'une interview accordée à un magazine britannique, Richard avait même déclaré que par rapport à celui de Coldplay, leur budget était celui d'un yoghourt macrobiotique ; ce qui a bien fait rire notre interlocuteur). Aujourd'hui tu peux l'enregistrer sur un PC, et même le mettre à disposition sur Internet ". Ce qui n'empêche pas la formation d'être ambitieuse. Richard confirme : " Ce n'est un secret pour personne que nous voulons avoir du succès. Mes parents m'ont transmis un message : celui d'aller de l'avant. Ne pas se morfondre. On avait un choix : persévérer dans la musique ou nous contenter de boulots de merde. Comme mes parents ont toujours accomplis. Mais pour y parvenir, il faut être original. Ne pas faire ce que les autres font… "

Dans ce contexte, vous imaginez bien que les lyrics ont une grande importance chez Hard-Fi. On pourrait même ajouter que leur démarche est plus rock que pop. Richard nuance : " Pour moi la pop n'est pas un genre musical. Elle peut alimenter, simplement, une chanson rock qui interpelle. Une chanson rock ne devient pas pop lorsqu'elle s'adresse à un public plus large. L'important, c'est qu'elle garde ses racines. 'Rock the Cashbah' du Clash est toujours une chanson roots. Mais beaucoup de gens se retrouvent dedans. Le rock et le folk sont des musiques du peuple ". Rock, pop ou folk, une chose est sûre : Hard-Fi est aussi bien capable de briller dans l'univers de l'underground indie que dans les charts. Richard donne un début d'explication : " C'est peut-être parce qu'on écrit de bonnes chansons. Au cours de notre jeunesse, nous jouions un peu tous les styles en compagnie de nos amis : du punk, de la house, du rock, de la soul,… Nous interprétions aussi bien du New Order, du Beyoncé que du Jacky Wilson. Mais tout en demeurant ouverte, notre démarche demeurait fondamentalement insulaire. Un aspect très british que nous avons voulu styliser chez Hard-Fi. Lorsqu'on s'engage dans cette voie, il y a beaucoup de substance. Inévitablement, tu arrives à la chanson pop. Un peu à la manière de Police, de Blondie, des Stones ou du Clash. Lorsque la mélodie accroche et que ça marche, la réaction des gens est identique dans tous les pays du monde. Je chante les choses de ma vie. Mais à partir du moment où la chanson devient populaire, la chanson ne t'appartient plus. Elle fait partie d'un patrimoine mondial… "

On y arrive. Les musiciens de Hard-Fi sont de grands admirateurs du Clash. Contempo, le groupe au sein duquel sévissait autrefois Richard, avait même reçu le concours de Mick Jones, à la production. Richard réagit : " Nous ne jouons pas du Clash. Nous avons joué un titre avec Mick Jones lors d'un spectacle. Cependant, il est exact que nous sommes tous de grands fans de ce groupe. En quelque sorte, nous ajoutons notre touche personnelle à un concentré de 25 ans du Clash. Nous ne regardons pas dans le passé. Nous nous comportons comme si le Clash faisait toujours partie de la scène contemporaine. Ce n'est pas une démarche passéiste. " En quelque sorte, Hard-Fi pourrait être à la classe ouvrière ce que les Libertines sont aux poètes sous influence. Richard nuance : " Possible, mais nous ne nous considérons pas uniquement comme un groupe déterminé à représenter la classe ouvrière. Nous nous adressons à un public hétéroclite, ayant vécu des tas d'expériences dans la vie. Nous sommes fondamentalement ouverts, même si ce n'est pas l'objectif premier. Nous ne sommes pas un groupe britpop, mais une formation qui véhicule un message universel. "

CCTV est le circuit de vidéo surveillance installé dans les rues de Londres. C'est ce qui a permis à Scotland Yard de retrouver la trace des terroristes lors du dernier attentat perpétré par les intégristes. Mais ce système soulève également la polémique. Pas seulement parce qu'il remet en cause le respect de la vie privée ; mais parce que - suivant ses censeurs - il est le responsable de nombreuses dérives dans la lutte anti-terroriste. En choisissant 'Stars of CCTV' pour titre de leur album et comme morceau maître, Hard-Fi ne cherche-t-il pas à vilipender l'administration Blair ? Richard nuance : " Nous ne visons par spécifiquement Blair. Vous avez certainement déjà entendu parler que des choses extraordinaires se produisent en Angleterre. Mais pour le petit peuple, rien n'a changé. Suffit de regarder son voisin pour s'en rendre compte. Le but est de demander aux politiciens de se reconnecter avec les gens. De faire face aux problèmes. De ne plus nous raconter des bobards. Je ne me souviens plus lorsque Blair a été élu pour la première fois, mais je me rappelle que c'était excitant. Un jeune mec parlait d'opportunités pour tout le monde. A l'époque, je me disais que c'était génial. Mais finalement, tout n'est que big business. Que ce soit de droite ou de gauche… " Autre chanson qui suscite la polémique dans les familles de l'Albion : 'Middle Eastern holiday'. Elle évoque le drame de la disparition de policiers britanniques lors de la dernière guerre en Irak. Richard confesse : " Des jeunes compatriotes ont été tués à Bassora. Ils avaient autre chose à foutre que se faire tuer là-bas. A cet âge, tu penses à sortir, à t'amuser, à danser, à draguer les filles… J'aurais pu être à leur place. Et ce drame me permet de regarder les événements avec un certain recul. Donc, c'est une espèce de monde parallèle au sein duquel tu mets de chaque côté de la balance Grande Bretagne et Irak, paradis et enfer. Et tu remercies Dieu que ce n'était pas toi la victime… "

Les musiciens apprécient tout particulièrement Lee Scratch Perry, New Order, Happy Mondays, Massive Attack et puis surtout les Specials. Richard confirme : " C'était un des premiers ensembles multiraciaux. A cette époque, cette situation était assez extraordinaire. Importante d'un point de vue musical, mais aussi sociopolitique. Nous avions effectué quelques répétitions en compagnie de Jerry Dammers que l'on considère comme un héros ; et nous devions enregistrer un titre ensemble. Pour un spectacle qui s'intitulait 'Love Music Hate Racism show'. Mais malheureusement, nous n'avons pu y participer (NDR : et pour cause, c'est à cette époque que la mère de Richard est décédée) Bien qu'appréciant le Clash, le groupe n'interprète pas de titres du mythique combo 'live'. En répétition uniquement : 'London Calling', 'The Guns of Brighton', notamment. Mais pas sur scène. Enfin, pas pour l'instant… " A contrario, Hard-Fi a repris le 'Seven nation army' des White Stripes. Richard avoue : " C'est exact. Pour nous cette chanson est devenue un classique. On l'a d'abord reprise en 'répète' et on la sentait bien et puis on avait la certitude qu'on pourrait en faire une version épatante. Nous ne voulions pas en faire un clone, mais ajouter une touche très personnelle. Et finalement le public l'apprécie beaucoup. C'est un moment important de nos prestations 'live'… "

Merci à Vincent Devos

 

Archive

Archive en pleine lumière !

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Sans verser dans le tragique à deux balles, on peut dire que le futur d'Archive semblait relativement compromis, suite au départ du vocaliste Craig Walker. On connaissait l'importance que celui-ci avait prise au sein de ce groupe qui, en quelques années, est passé par toutes les couleurs (musicales, s'entend !). Heureusement, et le nouveau cd « Lights » est là pour le démontrer, il n'en est rien. Au contraire même, le collectif Archive, recentré autour du noyau initial Darius Keeler / Danny Griffiths, semble se porter mieux que jamais et son nouvel album n'est vraiment pas loin d'atteindre les sommets d'un « You All Look The Same To Me ». En plein forme et de passage à Bruxelles, Danny Griffiths nous confirme d'emblée qu'Archive n'est pas mort, très très loin de là même…

Non, nous n'avons jamais pensé à arrêter le groupe après le départ de Craig. D'ailleurs pourquoi aurions nous dû le faire ? Depuis que nous avons lancé le groupe (NDR : il y a douze ans déjà !), nous avons toujours travaillé en compagnie de personnes différentes ; et il ne fait aucun doute que c'est ce que nous continuerons de faire. Archive n'est pas la propriété créative d'une seule, ni même de deux personnes. Nous fonctionnons même de manière complètement opposée à ce concept. Nous sommes très ouverts et tout ce qui peut apporter quelque chose de vraiment positif au groupe est le bienvenu.

C'est clairement le cas de Pollard Berrier, ex-vocaliste au sein du groupe autrichien Bauchklang, un jeune type originaire des USA et dont les prestations vocales sur « Lights » sont remarquables…

Je trouve aussi. Ceci dit, Dave Penney et Maria Q sont excellents, également, sur certains titres de l'album. Mais il est vrai qu'avec Pollard on s'est vraiment trouvés très très vite et c'est réellement de ce genre de symbiose, de déclic dont profite Archive pour avancer au niveau créatif.

Sans faire de mauvais jeu de mots, « Lights » est un album sensiblement plus lumineux que ses prédécesseurs.  Vous avez voulu tabler sur le contraste ?

Nous souhaitions en tout cas proposer un album plus positif, plus clair que « Noise » et notre cd « Unplugged ».  Sur ces deux disques, nous avons bien abordé le côté tortueux et sombre d'Archive. Il aurait été inutile, je pense, de pousser le bouchon encore plus loin. Pour « Lights », nous voulions laisser s'exprimer à nouveau la dynamique, l'énergie positive qui est aussi en nous, forcément. Pollard nous a bien aidé à y parvenir.

Il y a tout de même encore des moments très profonds, intérieurs et mélancoliques sur l'album ; comme la plage titulaire, longue de plus de dix-huit minutes ou le « I Will Fade », magnifiquement chanté par Maria Q.

Bien sûr, mais d'un autre côté, il y a de nombreux titres plus pop, plus toniques (comme la plage initiale « Sane », par exemple), et ils confèrent une coloration très contrastée à l'album, c'est vrai. « Lights » est un cd qui nous a autorisé à expérimenter pas mal de choses ; mais aussi imposé de travailler parfois sur des bases inconfortables.  Nous avons eu du mal à élaborer de vraies compositions au départ de certains rythmes. Mais c'est ce qui a, aussi, rendu l'exercice intéressant. En tout cas, on a pris un sacré pied en bossant sur l'album.

Vos textes restent, globalement, assez troublés, tristes parfois…

C'est vrai. Les chansons de l'album sont, pour la plupart, des petits témoignages des comportements des gens, dans des domaines divers. Leurs actes, leurs sensations, leurs états d'esprits sont abordés de manière très naturelle ; sans voyeurisme mais sans complaisance non plus. L'expression était notre priorité ; ce n'était pas un travail sociologique.

Comme toujours, il y a un côté visuel très imposant et complémentaire aux (magnifiques) mélodies…

Exact. Mais nous-mêmes fonctionnons ainsi. Quand on travaille sur des chansons, on voit des images qui vont avec. C'est une dimension qui nous attire beaucoup et qui donne, je pense, plus de relief encore à nos compos.

Est-ce la raison pour laquelle quelqu'un comme Luc Besson vous a proposé de travailler sur la bande son de 'Michel Vaillant' ?

Sans doute, oui. Cet exercice a été intéressant pour nous. Ce fut un bon apprentissage, en fait, de travailler en fonction d'un certain contexte ; de devoir observer une discipline. Jusqu'alors nous avions toujours bossé de façon très libre. On aimerait bien refaire quelque chose du genre mais pour un meilleur film, si possible… (il rigole)

Vous vous lancez dans une vaste tournée. En ce qui nous concerne, vous participerez à différents festivals cet été, en Belgique, et puis on vous retrouvera aussi en salle, le 6 octobre à l'Ancienne Belgique de Bruxelles.

On se produira au festival de Dour et puis aussi à l'Octopus festival, en effet. On participera à toute une série de festivals cet été ; un peu partout. On apprécie ce type d'exercice. Plus tard, vers l'automne, on accomplira une tournée des salles. Ce sera la plus longue qu'on ait entreprise. On est ravis. On a une pêche d'enfer et une envie furieuse de la partager… 

Catherine Feeny

Séduction: mode d'emploi

Écrit par

Originaire des plaines de Pennsylvanie, Catherine Feeny revient en Belgique pour nous présenter « Hurricane Glass », son deuxième album. Cette fois, la charmante demoiselle dépasse les clichés associés à l'imagerie du folk. Désormais, Catherine Feeny n'est plus seul avec sa guitare. Accompagnée de ses musiciens, elle nous livre un disque fragile, à classer entre Norah Jones et Joni Mitchell. Attachée à la Belgique par d'inextricables liens, Catherine Feeny n'a donc pas terminé de séduire son auditoire... 

Quelles sont les principales différences entre ton premier album et « Hurricane Glass » ?

Il y a énormément de différences. Mon nouvel album jouit d'une production plus fouillée. Ces deux disques correspondent à deux expériences fondamentalement différentes. Sur mon nouvel album, il y a davantage de variations entre les chansons. Ainsi, nous avons opté pour l'utilisation de plusieurs instruments afin de créer des ambiances éclectiques. Mais si quelqu'un me demandait de choisir entre mon premier album et « Hurricane Glass », je me contenterai de lui répondre par cette question : « Quelqu'un vous a-t-il déjà demandé de choisir entre vos enfants ? ». Pour l'instant, j'accorde peut-être plus d'importance à « Hurricane Glass ». Pourquoi ? Essentiellement, parce qu'il s'agit d'un tout nouvel enregistrement : un disque dans lequel je me suis fortement impliquée et ce, à tous les niveaux de la prise de décisions. 

En prenant une tournure plus orchestrée, ton nouvel album s'éloigne des clichés associés à la musique folk. Etait-ce ta volonté de départ ?

Sur « Hurricane Glass », les chansons sont plus lyriques, moins orientées vers la musique folk. Quand j'ai composé mon premier album, il n'était pas impératif de réaliser un album folk. Au final, le disque s'est ancré dans la tradition de ce genre musical car, à l'époque, nous nous étions limités à des choses rudimentaires. La simplicité dans l'instrumentation et dans la production a dessiné les contours d'un enregistrement typiquement folk. Avec du recul, je dois admettre que les chansons du premier album sont moins contemporaines, l'orchestration est dépouillée. Je ne rejette pas les ambiances folks sur « Hurricane Glass ». Mais on y retrouve un côté plus moderne. Ce qui explique sans doute cette dissipation du folk... Pourtant, il est toujours bien présent.

Ton nouvel album a été mixé par Dave Way. Par le passé, il a travaillé avec Sheryl Crow, Fiona Apple, Macy Gray et Paul Mc Cartney. Cette collaboration a-t-elle changé ta propre façon de travailler ?

Pas dans ma façon de composer puisque le mixage des chansons intervient toujours dans les dernières étapes de la création discographique. Néanmoins, je pense que son apport a été essentiel dans la tenue définitive de certaines chansons. Dave Way a apporté un regard extérieur, une indubitable fraîcheur. C'est un expert du son. Et puis, c'est fascinant de le voir à l'œuvre. Quand d'autres professionnels essaient de vous faire converger vers un son déterminé, Dave Way ne modifie pas l'essence première de votre son. Il ne tente jamais de changer l'image associée à votre musique. Il a un sens incroyable du détail ! 

Tes chansons parlent des gens, évoquent les aléas des relations humaines. Pourquoi fais-tu de ces thèmes ton sujet de prédilection ?

J'ose espérer qu'en vieillissant, mes textes prendront une nouvelle tournure. Il faut pouvoir évoluer, c'est important. Mais les relations humaines sont interdépendantes de la vie. Et, en ce sens, je n'arrêterai jamais d'écrire sur les relations humaines. Elles présentent tant de facettes différentes qu'il me semble impossible d'épuiser cette thématique. Parler des gens, des liens qu'ils entretiennent entre eux, c'est une part non négligeable du quotidien de chacun. Ne pas en parler me paraît impossible...

Doit-on chercher une signification dans l'intitulé de « Hurricane Glass » ?

« Hurricane Glass » renvoie l'auditeur à quelque chose de très doux. Nous cherchions un titre marquant. Un « hurricane glass » est une sorte de verre à cocktail. Ce verre ne présente pas la même taille que les autres verres, il est très différent. Ce verre, c'est aussi notre carapace, l'obstacle qui protège notre cœur et nos rêves du monde extérieur. Il est très difficile de trouver un titre adéquat à son album. Ce choix doit faire l'objet de multiples discussions et de nombreuses propositions.

Tu es américaine. Pourtant, tu joues régulièrement en Belgique. Comment expliques-tu ce lien particulier avec notre pays ?

La Belgique a été le tout premier pays européen à accorder une attention particulière à ma musique. J'explique très difficilement l'engouement suscité par ma musique en Belgique. C'est assez particulier et symptomatique de la configuration de votre pays. Ma musique plaît essentiellement à la partie francophone du pays et ce, sans que je puisse vraiment expliquer pourquoi. En Wallonie, les gens semblent plus sensibles aux voix féminines. Vos radios passent mes chansons, les quotidiens nationaux me proposent des interviews. C'est un peu surréaliste... Aux Etats-Unis, ma musique ne touche qu'une minorité de mélomanes, essentiellement dans la région de Los Angeles. Dans mon cœur, la Belgique restera toujours le premier pays à être venu vers ma musique. C'est une relation très forte, toujours plus intense...

Ta musique se veut intimiste. Pourtant, tu ne joues pas que dans des petits clubs. Il t'arrive de jouer en plein air lors des festivals d'été. Quel est le lieu idéal pour la musique de Catherine Feeny ?

J'aime me produire dans les salles de concerts. Mais l'idée de focaliser l'attention des festivaliers ne me déplaît pas. Dans les deux cas, le partage de la musique est essentiel. A première vue, l'atmosphère de mes chansons se prête mieux à l'ambiance des petits clubs. Je me sens à l'aise quand je joue dans ces endroits. Mais cela ne veut pas dire que c'est mieux ! En jouant, j'essaie toujours de captiver mon auditoire et ce, aussi bien en salle qu'en plein air.

 

 

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