La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

logo_musiczine

La Divine Comédie de Lora Gabriel

Lora Gabriel a trouvé sa voie en oscillant constamment entre les polarités pour mieux les réconcilier. Cette quête débute dès son enfance, lorsqu'un professeur de flûte traversière, au conservatoire, lui propose de chanter les notes qu'elle joue. Son premier…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Hooverphonic
dEUS - 19/03/2026
Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Pay it forward

Luther Allison a dû attendre les dernières années de sa vie pour devenir le numéro un du blues sur le terrain. Une heure de gloire patiemment attendue, mais qu'il n'a pu goûter que trop modestement! So, Luther is back in town again. Par la grâce de Thomas Ruf qui est parvenu à rassembler des témoignages qui nous feront tous chaud au cœur et à l'âme.

En ouverture, "I wanna be with you" manifeste une touche reggae. Soulignée de chœurs féminins, cette ballade soul blue date des sessions de l'album "Blue streak". C'est à dire en 1995. Elle avait été enregistrée en compagnie du Memphis Band de James Solberg, Ernest Williams, Dave Smith et Steve Potts. Deux mois à peine après la disparition de Luther, Solberg avait écrit "Still called the blues" à la mémoire de Luther, un fragment que ce fidèle guitariste avait pris le soin d'insérer sur son album "The hand you're dealt". Luther a toujours été un grand fan d'Otis Redding. A un tel point que parfois, on a l'impression que leurs voix se ressemblent. En 1985, lors de l'édition du festival jazz de Montreux, Mr Allison adapte avec talent sa version du hit posthume d'Otis Redding, "Dock of the bay", épaulé par la Muscle Shoals Rhythm Section (Barry Beckett, Jimmy Johnson, David Hood et Roger Hawkins). Ballade très lente, "Just as I am" est partagée en duo avec la chanteuse Marla Glen, une vocaliste qui avait participé à la version européenne de l'album "Reckless", parue en 1996. Inédit bouleversant, "Nobody but you" épingle un duo acoustique enregistré pour Europe 1, lors du nouvel an 94. Luther et le Français Patrick Verbeke chantent et grattent avec une réelle complicité. "Perfume and Grime" est un long échange musical entre deux princes des six cordes : Otis Grand introduit la plage en acoustique, avant de laisser Luther donner une leçon de Chicago West Side blues, puis reprend son souffle pour apporter une brillante conclusion à cet instrumental de haut vol. Cette plage, qui date de 1996, correspondait au titre maître d'un opus d'Otis Grand. "Cherry red wine" constitue le blues de Luther que je préfère. 'Song of the year' des Handy Awards de 96, la version originale fut, faute de temps, privée de section de cuivres. Thomas Ruf l'a donc adaptée en conséquence, en compagnie des Jay Horns, considérés comme les Memphis Horns of Holland. Cette version est un bonheur ; mais c'est toujours la présence de cette voix extraordinaire qui galvanise la chanson. Titre funky, "Idols in mind" relevait d'un album de Bernard Allison paru en 92 et intitulé "Hang on". Père et fils s'y partageaient le chant et les guitares. Allison, le sourire aux lèvres, se faisait des amis partout. Il avait ainsi participé au Jazz & Blues Festival de Stockholm, en 1991. Il y avait joué flanqué du groupe de Kenn Lending, le 1er bluesman danois. Une longue version du classique "Hoochie Coochie man" témoigne de cette rencontre. "Slipping away" immortalise une collaboration entre Luther et la chanteuse noire Joanna Connor. Cette chanson lente et délicate, caractérisée par une très belle mélodie, était parue sur l'album de Miss Connor, "Rock'n'roll gypsy". "Love is free" est une autre superbe ballade lente. Une prise 'live' opérée à Berlin en 1991, en compagnie de la formation française de Luther. La voix est absolument remarquable et la manière de chanter extraordinaire. Près de 6' susceptibles de vous arracher les larmes des yeux ! Bonus track, "I know" bénéficie du concours du duo acoustique Friend 'n' Fellow, autrement dit Constance Friend au chant et Thomas Fellow à la guitare. Un morceau exécuté en 1996. Un album admirable !

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Josh Alan

Ce New-yorkais a donc déménagé au Texas, en 1987. A Dallas, très exactement. Depuis, il a sorti trois albums, "Famous & Poor", "The worst!" et "Black 'n' jews". Son quatrième opus est éponyme.

Les cris d'une slide nous invitent à la partie texane. "Josh's breakdown" est une plage instrumentale. La carte de visite du leader de ce trio yankee ! Pour interpréter "Strike a match", le JAB adopte un riff familier, tout droit sorti du Memphis des 50's. Une composition signée par le duo Leiber/Stoller. Ecrite en 1955 pour un certain Howlin' Wolf, elle est demeurée inédite à ce jour. Pourquoi et comment est-elle revenue à la surface ? Le mystère reste entier! Pourtant, cette compo, c'est du solide et du tout bon ; et c'est l'ami local, le grand guitariste Hash Brown, qui se paie la part d'harmonica. Constituée de Robby Garner à la basse et de Derek Rougeot à la batterie, la section rythmique crée le riff funky, avant d'être rejointe par un sax et une trompette, pour aborder "When a poor man gets rich". Une slide n'est jamais aussi présente que dans le répertoire du Delta. "Rollin' and tumblin" le démontre. Un canon du blues signé Muddy Waters, qui reçoit ainsi un excellent traitement. Pas révolutionnaire, mais efficace. Dans la foulée, le trio reprend "Highway 61 revisited". Un classique de Bob Dylan. Mais sur un mode très rock, très soutenu, à la manière d'un George Thorogood contenu. Pourtant, c'est surtout l'emprunte de l'albinos de Beaumont, Johnny Winter, qui plane en toile de fond. Pas étonnant, dès lors, de retrouver la reprise de "Mean town blues". La slide est ici encore dans son élément de prédilection. Elle est même capable de disserter sur fond de percussions. Le vélouté "Her City" baigne au sein d'une ambiance feutrée, fin de soirée, cool jazz. Bernard Wright, un ancien musicien de Miles Davis, est à l'orgue. Le solo de Josh sur les cordes me fait curieusement penser à une trompette avant de libérer les saxes de Fathead Newman et de Bill Eden. Le blues rock bien rythmé reprend le large sur "No one owns the blues". Une plage écrite par Josh et, paraît-il, jouée chaque soir par Bugs Henderson, un autre célèbre texan! Et puisque nous parlons de ce dernier, il me semble que le style des deux musiciens est fort proche. C'est une évidence tout au long de l'instrumental R&B, "The Honey dripper". Une cover de Joe Liggins, qui bénéficie de nouveau du concours des invités Eden et Wright. L'opus s'achève par "As chanukah passes me by", une chanson déjà parue en single, dont le style est bien éloigné du blues. Une chanson illuminée par la clarinette de Jeffrey Barnes. Cet album était sorti l'an dernier sur Black Cracker. Merci à Topcat de le distribuer à une plus grande échelle!

mercredi, 15 juin 2011 21:16

Raisin' Hell Revue

Elvin Bishop est un des tous premiers guitaristes blancs à s'être illustré sur la scène du blues. C’était au cœur des sixties. Il sévissait alors dans le Paul Butterfield Blues Band, auprès du remarquable chanteur/harmoniciste Mike Bloomfield, pionnier aujourd'hui disparu. La discographie d’Elvin est impressionnante ; mais pour Delta Groove, il n’avait, à ce jour, signé que deux elpees : "The blues rolls on" en 2008 et "Red dog speaks" en 2010. Et l’an dernier, il avait immortalisé ‘live’ une de ces croisières musicales qui transportent sur des paquebots de nombreux artistes de blues et leurs fans, à destination des îles du soleil, lors d’une Legendary Rhythm & Blues Cruise. Un périple accompli pour le plaisir des oreilles, bien sûr !

Dans le cadre de ce "Raisin' Hell Revue", Elvin partage les planches en compagnie du chanteur noir Finis Tasby, du chanteur/harmoniciste John Nemeth, du guitariste Chris ‘Kid’ Andersen (NDR : l'ancien gratteur de Charlie Musselwite) et du saxophoniste californien Terry Hanck.

Le concert s’ouvre par "Callin' all cows", un zydeco particulièrement remuant. Steve Willis malmène son accordéon sur le Bo Diddley beat. D’entrée, l’ambiance est déjà bien festive. Caractérisé par ce riff cher à Elmore James, le "Whole lotta lovin" de Maxwell Davis est sans aucun doute la meilleure plage de l’opus. Derrière le chant impeccable de Finis Tasby, Kid Andersen et Bishop rivalisent de virtuosité. "Fooled around and fell in love" est une ballade contagieuse. John Nemeth chante d’une voix pure, taillée pour le R&B, pendant que Bishop signe un solo tout en feeling. "What the hell is goin' on" est hanté par les sonorités primaires issues du Delta. La voix rocailleuse d'Elvin baigne ici dans son élément. John Nemeth et la charmante Lisa Leu Andersen (probablement l'épouse du Kid) partagent le chant tout au long de la cover du hit de Ray Charles, "The night time is the right time". Finis Tasby empoigne le micro pour reprendre le "Down in Virginia" de Jimmy Reed, abordé dans ce style si caractéristique des swamps. Elvin emprunte une voix de fausset pour attaquer son "Rock my soul". Il est épaulé par un chœur improvisé. Ed Earley se distingue au trombone, alors que les solistes se succèdent : Nemeth, Bishop, Andersen et Bob Welsh. Terry Hanck chante son "Cryin' fool", mais son organe vocal n’est guère convainquant. Heureusement que Bishop s'est glissé le bottleneck au doigt, pour signer un bon exercice de style à la slide. Les reprises défilent. Tasby chante "River's invitation", une compo signée par un de ses maîtres, Percy Mayfield. Elvin est dans son élément quand il peut chanter en dialoguant avec son public. A l’instar de "Dyin' flu", un blues lent écrit issu de la plume d’Albert Collins. Et en fin de parcours, on épinglera encore le bouleversant "It hurts me too"…

mercredi, 15 juin 2011 20:50

Victim of the blues

Miss Nelson est intemporelle. Elle foule les planches depuis près d'un demi-siècle. Elle s’était déjà illustrée à travers cette génération porteuse de la contre-culture, fin des sixties, à la tête de Mother Earth. Femme assez corpulente, sa voix est remarquable de puissance. En outre, elle chante aussi bien le blues que la country. « Victim of the blues » constitue son 26ème album ; excusez du peu!

Tracy a eu l'opportunité de signer chez Delta Groove, le label le plus actif dans l’univers du blues. Elle a ainsi voulu saisir cette chance en concoctant un opus rendant hommage aux légendaires maîtres de Chicago. Ceux qui lui communiqué le virus du blues.

Les sessions d’enregistrement se sont déroulées dans le Tennessee, essentiellement au Sound Emporium de Nashville. Pour la circonstance, elle a reçu la collaboration d’une solide équipe de musiciens. Des musiciens qui l’aident à affronter un illustre répertoire.

Lorsqu’on évoque Chicago, on pense tout de suite à Willie Dixon ? N’était-il pas le plus grand compositeur de l’histoire du blues? Tracy démarre l’elpee par "You'll be mine", une compo popularisée à une certaine époque par le mythique Howlin' Wolf. Le tempo est très enlevé. Elle est soutenue par le piano sautillant de Jimmy Pugh. Très habiles, Byron House (bassiste de Robert Pant) et John Gardner constituent la section rythmique. Légère et déconcertante, elle soutient parfaitement les autres musiciens, pendant que Mike Henderson (le leader des Bluebloods) signe son premier envol sur les cordes. "Lead a horse to water" opère un changement de style radical. Les vocaux sont riches, presque gospel. Et pourtant, on est en présence d’une compo country au cours de laquelle Henderson tire son épingle du jeu à la slide, et dont il extrait des sonorités primaires. Le "Shout my baby" de Jimmy Reed est un véritable régal. Tracy revisite parfaitement cette plage imprimée sur ce rythme si caractéristique. Elle est secondée magistralement par son amie louisianaise, Marcia Ball, au piano et au chant. "I know it's a sin" est un autre titre signé Reed ? Un morceau lent qu'elle maîtrise impeccablement tout en privilégiant à nouveau les choeurs, saupoudrés de cette petite touche de gospel. L’émotion et le panache à l’état pur ! "Victim of the blues" est une composition issue de la plume de Ma Rainey. Ce mythe féminin est également une influence majeure pour Tracy. Conduite par le piano acoustique et le banjo d’Henderson, son adaptation est respectueuse de la version originale. Sa cover du "Howlin' for my baby" de Howlin' Wolf est un autre sommet de l’elpee. Pour la circonstance, elle est épaulée au chant par la Texane Angela Strehli. Blues lent, "One more mile" est une composition de Muddy Waters. Otis Spann, brillant pianiste, en avait réservé sa version sur son premier album, "The blues never die". La nouvelle tient également bien la route. Stimulée par le piano de Jimmy Pugh (ancien musicien de Robert Cray et John Lee Hooker), la voix de Nelson es révèle très expressive. Le "Stranger in my own home town" de Percy Mayfield frappe en plein cœur. La rythmique et l'orgue Hammond de Pugh créent un climat énigmatique, au sein duquel Tracy étale son immense talent. Une perle ! R&B lent, "The love you save" a été écrit par Joe Tex, un chanteur, auteur et compositeur de musique soul. Cette merveilleuse adaptation nous transporte en pleine époque Stax. Le "Feel so bad" de Lightnin' Hopkins est très réussi. Henderson se montre généreux aux cordes face aux percussions syncopées de John Gardner. L’opus s’achève par "Without love", une chanson empreinte d’émotion que son amie Irma Thomas avait traduite en succès. Excellent!

mercredi, 08 juin 2011 21:33

Let the sunshine in

Originaire de Detroit, Marcus est un chanteur de couleur noire. Il est très présent sur le circuit du blues européen, depuis plusieurs années ; il est même plus populaire en Angleterre que sur sa terre natale. Il a déjà publié quelques albums : "One more time" en 2000, "Walkin' shoe" en 2002, "Blue radio" en 2005 et enfin "Hurricane" en 2007. "Let the sunshine" constitue donc son tout dernier.

Le titre maître ouvre l’elpee. Malone imprime le rythme d'un boogie sur cette compo qu’il a écrite en compagnie de Gene Black, l'actuel gratteur du Joe Cocker Band ; une chanson au refrain particulièrement contagieux. L’ex-harmoniciste de Nine Below Zero, Alan Glenn, souffle puissamment dans son harmo pendant que Julian Burdock (24 Pesos) malmène sa slide et Stuart Dixon enchaîne les riffs rythmiques, à l'avant-plan. "If I had another chance" est un shuffle à la sauce texane, un style que Stevie Ray Vaughan défendait si bien naguère. Campant un timbre oscillant entre Paul Rodgers et Joe Cocker, la voix de Malone est ici superbe. Julian Burdock impressionne par son assurance. "Back to paradise" est hydraté par les infiltrations d’orgue Hammond dispensées par Moz Gamble et alimenté par une section de cuivres. Dans un registre, à nouveau fort proche de l’ancien leader de Free, sa voix ressort admirablement de l'ensemble. "Would it matter" est une superbe ballade indolente, un blues volontiers dramatique, au cours duquel l'orgue de Gamble réconforte par ses interventions chaleureuses, pendant que Stuart Dixon tire son épingle du jeu. Autre ballade, "Heartbreak kid" est plutôt sculptée dans le country rock. Mélodieuse, mais plus rythmée, elle est enrichie de superbes chœurs développés à la manière des Eagles. Boogie pétillant, "99 tears" est balisé par l'orgue et le piano. Blues rock typique, "Bad girls" est un morceau rondement mené. La voix colle parfaitement à ce style. Elle est ainsi très susceptible de monter en puissance sans se forcer. R&B très musclé, "She's my girl" nous ramène à l’époque du J Geils Band ; d’ailleurs, Alan Glenn souffle probablement en pensant à Magic Dick. "I was a fool" est encore une compo issue de la plume de Malone. Elle est adaptée à sa voix. Gamble se prend alors pour Booker T, en nous inondant de sonorités très Memphis Stax. Marcus est tellement heureux et fier du résultat obtenu sur cet elpee, qu’il nous refourgue son "Let the sunshine in", à l’aide des mêmes collaborateurs : Burdock, Black, Glen et compagnie. Mr Malone achève ce disque de bonne facture en solitaire. Il s’accompagne à la guitare pour chanter, d’une voix empreinte d’émotion, le "Love somebody" des Bee Gees (NDR : celui de la première époque !)

mercredi, 08 juin 2011 21:14

The skinny

Pourtant à peine âgé de 40 ans, Ian Siegal est certainement l'un des meilleurs bluesmen anglais du moment. Il publie un nouvel album pratiquement chaque année, depuis la parution de son premier en 2005, "Meat & potatoes". Pour la circonstance, il s'est rendu aux sources du blues, dans le Mississippi. En août 2010, une bonne série de nouvelles compositions en poche, il entre dans le studio Zebra Ranch, à Coldwater, sous la houlette de Cody Dickinson, membre des North Mississippi All Stars et fils du regretté producteur de Memphis, Jim Dickinson. D'ailleurs, pour concocter cet opus, Ian a fait appel aux plus jeunes fils de bluesmen notoires, également musiciens locaux. Ce qui explique le patronyme du backing band, The Youngest Sons.

Garry Burnside est le fiston de la légende du delta blues, R.L Burnside, Robert Kimbrough, celui de David Junior, une autre gloire, propriétaire d'un juke joint à Holly Springs, Rodd Bland, enfin, celui de Bobby Blue, lui aussi bluesman d'exception.

Excellent de bout en bout, cet elpee est très homogène. Il reflète bien le blues de cette terre de racines. La musique baigne dans une atmosphère suffocante, oppressante, glauque. Elle ne laisse guère de place à la joie de vivre. Elle défile comme la bande originale d'un film retraçant le chemin de ce style plus que centenaire.

Ian possède la voix de sa musique, une voix très personnelle, imposante et hantée. Dès les premières notes de "The skinny", nous sommes directement au coeur du sujet. Le timbre vocal est grave et empreint de désespoir. Il est rapidement soutenu par un front de cordes conséquent ; soit la slide de Siegal ainsi que les guitares de Kimbrough et d’Alvin Youngblood Hart, invité pour la circonstance. La slide se libère progressivement avant d’emprunter un chemin de croix tortueux et douloureux. Les lèvres soudées au micro, Ian embraie par "Stud spider", une compo issue de la plume de Tony Joe White. Son pied gauche écrase la pédale wah wah tandis que Bland cogne dur sur ses peaux. Enfin libéré, Robert, qui attendait impatiemment son tour, dispense des notes bien lugubres. La trame imposée à "Master plan" est hypnotique et ne cède le relais que lorsque les cordes se lâchent. Longue plage, "Hound dog in the manger" est également un des sommets de l’opus. Stagnant dans la vase des swamps, il reflète ce mal de vivre. Robert Kimbrough  possède une maîtrise incontestable. Le son réverbéré des cordes accentue le climat menaçant. Les musiciens prennent leur pied sur "Picnic jam", un titre imprimé sur le Bo Diddley beat. Garry Burnside signe cette jam et la chante d’une voix pleine de dynamisme. Il se réserve également les vocaux sur "Garry's nite out". Pour "Natch'l low", Codi Dickinson est passé aux percussions, une compo trempée dans le pur delta blues au cours de laquelle il nous réserve un solo pas possible, tranchant comme une lame effroyable qui glace la peau. "Devil's in the detail" est abordé à la manière d’un chant tribal. Ian vocifère. Ils sont cinq à lui répondre en chœur. Des tas de percussions alimentent le morceau, pendant qu’André Turner souffle dans son pipeau, à la manière de son regretté ancêtre Othar, disparu en 2003, à l'âge de 96 ans. Ian Siegal reprend les commandes lors de la finale "Hopper' (Blues for Dennis"), une plage qu’il interprète avec beaucoup de conviction et de détermination. Un superbe album!

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Birdland

Empruntant le sillage des Rolling Stones, les Yardbirds sont nés en 1963. Au sud de Londres. A l'origine, le line up impliquait Jim McCarthy à la batterie, Chris Dreja à la guitare rythmique, Paul Samwell-Smith à la basse, Keith Relf au chant et à l'harmonica, ainsi que Top Topham à la six cordes électrique. A la fin de cette même année, Topham est remplacé par un certain Eric Clapton, et le groupe devient un des meilleurs bands de R&B. Lorsque la formation décide de virer au rock pop, Clapton rejoint les Blues Breakers de John Mayall. Il est alors remplacé par Jeff Beck, qui imprime un nouveau son au combo. C'est à partir de cette époque que les Yardbirds vont cumuler les succès commerciaux. En 66, Samwell Smith se tire à son tour. Il cède alors sa place à Jimmy Page. Pendant plusieurs mois, le groupe va mettre sur le devant de la scène une paire de formidables solistes : Beck et Page ! Beck se barre à son tour, laissant Page prendre le leadership. Et en septembre 68, le combo est rebaptisé les New Yardbirds. Quelques semaines plus tard, ils s'autoproclament Led Zeppelin ! La succession de ses trois formidables guitaristes (Clapton, Beck et Page ) a valu aux Yardbirds de devenir un groupe de légende. Depuis, on ne peut pas dire que la formation se soit particulièrement mise en évidence. Il y a bien eu l'une ou l'autre timide tentative de reformation pour honorer l'une ou l'autre prestation 'live'. Et sous la houlette de leur batteur d'origine, McCarthy et de Chris Dreja ; mais sans grand lendemain.

Mais à notre plus grande surprise, le combo vient de se forger un nouveau line up : McCarthy et Dreja sont évidemment de la partie. Ils ont recruté Alan Glen (ex-Nine Below Zero) à l'harmonica, Gypie Mayo (ex-Dr Feelgood) à la guitare et l'Américain John Idan au chant et à la basse. Véritable réincarnation physique de Keith Relf, ce dernier possède un timbre vocal fort proche du mythe défunt. Et dans la foulée, le groupe a décidé d'enregistrer un nouvel opus. Oui, oui, en 2003 ! Les Yardbirds ont cependant choisi de reprendre huit de leurs succès rock/pop du passé, en y impliquant chaque fois des invités de prestige. Reste sept nouvelles compositions interprétées par le nouveau line up.

Au chapitre des reprises, l'album s'ouvre par le très puissant "I'm not talking". Une compo signée Mose Allison, abordée dans l'esprit des débuts R&B du groupe. Sans le moindre renfort, le combo s'acquitte très bien de cette introduction. "The nazz are blue" est sculpté dans un rock mâtiné de Chicago blues. A l'origine, Beck en avait réalisé les arrangements. Ex Dobbie Brothers et leader de Steely Dan, Jeff "Skunk" Baxter se réserve les parties de guitare. "For your love" fut la première chanson des Yarbirds à atteindre le numéro un dans les charts. La nouvelle version implique Rzeznik au chant. "Train kept a rollin'" épousait un profil assez hard. Le virtuose Joe Satriani est ici préposé aux cordes ; alors que Steve Vai s'en charge pour "Shapes of things", Slash (Gun 'N Roses) pour "Over under sideways down", Brian May de Queen pour "Mr you're a better man than I", et Steve Lukhater de Toto pour "Happening ten years time ago". La majorité de ces invités sont des disciples du hard rock propre et mélodique. Il reste cependant quelques nouvelles compositions originales écrites dans un même moule pop digne d'autrefois. Certaines sont néanmoins plus travaillées. D'autres sont plus accessibles. Quelques fragments sortent quand même du lot. Et je pense tout particulièrement à : l'excellent "Crying out for love". L'aspect mélodique est aussi soigné que dans le passé. La voix d'Idan épouse les inflexions de Relf. Les chœurs sont repris dans l'esprit de leur "Still I'm sad". La guitare de Mayo est excellente. Le son réverbéré me rappelle même celui des Shadows. Mais oui! Sans oublier le solo mélodique parfaitement ciselé. Agité par les percussions de McCarthy et traversé par l'harmonica d'Alan Glen, le très tonique "Please don't tell me 'but the news" est imprimé sur un rythme réminiscent de Slim Harpo. "Mr Saboteur" évolue dans un univers sonore fort proche de formations pub telles que Nine Below Zero et Dr Feelgood. Chris Dreja a écrit le bluesy "My blind life". Chanté à la manière de Howlin' Wolf, il est illuminé par la guitare du prestigieux Jeff Beck. Un ex Yardbird, s'il était nécessaire de vous le rappeler. Ecrit par McCarthy sur un poème d'Edgar Allen Poe, "Dream within a dream" flirte avec la pop. Mayo y est au sommet de son art. Cet album risque fort de ne pas faire l'unanimité, mais il ne manque pas de charme. Un disque qui s'achève par "An original man". Hommage au chanteur disparu Keith Relf, cette plage navigue sur une ligne mélodique orientalisée.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Willy Willy & The Voodoo Band

Willy Lambregt n'est autre que l'ancien guitariste des Scabs. Et de Vaya Con Dios aussi. Une formation qu'il avait montée en 1986 avec Dani Klein et Dirk Schoufs. Il vient de créer sa propre formation qui répond au nom de Willy Willy & The Voodoo Band. Martijn De Wagter aux drums et l'excellent René Stock (ex-Electric Kings et ex Last Call) à la basse constituent la section rythmique. Si Willy a un petit faible pour le rock'n'roll et le rockabilly, il privilégie le blues sur ce premier album. D'excellente facture, il faut le souligner. Signé Bobby Bland, "Mr Hot shot" met la machine en route. La basse de René impressionne par sa puissance. Les cuivres font une timide apparition. Mais la voix bien présente rappelle le bon temps des Carl Perkins et de Gene Vincent. L'adaptation du "Let's have a party" de Jessie Mae Robinson élève les débats sonores d'un cran. Indestructible, la rythmique d'acier imprime un tempo hallucinant. Le piano frénétique de Filip Ketels (NDR : du Joey's Boogie Band) libère une guitare insatiable. Il faut reconnaître que dans ce style, le Voodoo Band est vraiment à son affaire. Et il en fait une nouvelle démonstration tout au long de "Shake rattle & Roll" (NDR : une compo issue du répertoire de Joe Turner) ; ainsi que de "Miss Lucy" et de "Sincity". Classique R&B, le "Walking the dog de Rufus Thomas a bénéficié d'un arrangement sur mesure. "Why don't you love me" ouvre une parenthèse country. Patrick Riguelle ne figure pas dans la liste officielle des invités. Mais je suis convaincu qu'il y joue de la lap steel. Une chose est sûre, Beverly Joe Scott y partage bien les vocaux avec Willy. L'atmosphère devient lourde, oppressante. Elle semble émaner des swamps. Les silhouettes des alligators semblent se dessiner sur "Voodoo woman blues". Les cordes résonnent devant la chambre d'écho. Le son évolue dans un univers assez trash. L'harmonica hurle de douleur face à l'attaque lancinante de cette guitare. Le "Daddy Rolling Stone" d'Otis Blackwell reconduit cette rencontre entre le blues et le rock'n'roll. Le piano et l'harmonica se fondent bien dans l'ensemble. Pour sa reprise du "300 lbs of joy" de Willie Dixon, le Voodoo Band vire au R&B. Les cuivres y soulignent le rythme exotique des percussions. Le fameux "Shaking all over" est au programme. Ce n'est pas étonnant. Mais ici, on croirait entendre le fantôme de Johnny Kidd flanqué de ses Pirates. "Shot of R&B" s'ébroue sur un tempo modéré. La voix fausset de Willy se conjugue avec celle de son ancienne partenaire, Dani Klein. Blues lent, "Last call for alcohol" est une composition maison. Elle démontre que le cœur de rocker peut succomber à ce blues qu'on apprécie tant. Willy Willy est très conscient que le rock'n'roll ne peut renier ses origines. Muddy Waters, le dieu de Chicago l'avait compris bien avant lui. "The blues had a baby" est issu de sa plume. Et Willy l'a tout naturellement assimilé. Excellent et surprenant, cet opus est ponctué par "Sincity", un rock'n'roll d'enfer qui s'achève sur les chapeaux de roues. La Belgique vient d'hériter d'un nouveau grand groupe qui se démarque par son approche rock'n'roll et son côté percutant. Et à mon humble avis, sur les planches, le groupe doit déménager…

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Lookin´ for trouble!

Kim Wilson est incontestablement un des plus brillants et des plus populaires bluesmen contemporains. Jadis, il impressionna le légendaire Muddy Waters pour son extraordinaire talent à l'harmonica, alors qu'il débutait dans son groupe déjà mythique, les Fabulous Thunderbirds. Il est né en 1951. A Detroit, dans le Michigan. Il a grandi en Californie et a tout naturellement émigré au Texas, dans les années 70. A Austin, très exactement. Kim mène aussi aujourd'hui une carrière individuelle ; mais il prend toujours soin de s'entourer d'excellents musiciens, en compagnie desquels il a notamment commis "Tigerman", "That's life" et "My blues". Il a signé chez MC au début de ce nouveau siècle. Pour lequel il a enregistré le 'live' "Smokin' joint", "Memphis barbecue sessions" en compagnie de Big Jack Johnson, l'an dernier, et enfin, " Lookin' for trouble', son premier album studio en six ans.

La première plage laisse augurer une suite fort intéressante. Véritable brûlot, "Looking for trouble", nous plonge dans une ambiance boogie rock'n'roll. Un son pourri se dégage des cordes. Le piano de Mark Stevens (aujourd'hui impliqué au sein de Roomful of Blues) frétille. "Tortured" est un R&B cuivré, ficelé à la manière des shouters de Kansas City. La voix de Kim est autoritaire. Proche du style de Luther Tucker, la guitare de Troy Gonea réussit un parcours sur le fil du rasoir. L'harmonica est ici manifestement influencé par la West Coast. L'instrument chromatique évolue sur l'axe Chicago Los Angeles, à l'instar d'un George Smith des meilleurs jours. Swing et jump investissent "Hurt on me". Constitué de Jon Ross à la basse et du professeur Richard Innes à la batterie, la section rythmique étonne par sa légèreté. La section de cuivres est très efficace. Pas étonnant lorsqu'on sait qu'on y retrouve de fameux clients tels que "Sax" Gordon Beadle au sax ténor, Doug James au sax baryton et Scott Aruda à la trompette ; une armada que complète sans faille le jeu du maître à l'harmonica! Le solo dispensé à l'harmo est d'une classe indiscutable. Avec Kim, tout semble si facile! Direction Chicago et le South Side pour "Money marble and chalk" dont l'introduction sonne tellement proche du Muddy Waters Band. Il est vrai que ce fragment est issu de la plume de Jimmy Rogers. Le jeune Troy Gonea a parfaitement assimilé le jeu des vieux maîtres. Le son de l'harmo est particulièrement bien rendu. L'émotion et l'intensité qui se déversent peuvent nous rappeler le meilleur Big Walter Horton voire Junior Wells… entre autres. Toujours confiné dans la cité des vents, il reprend "Love my baby" de Willie Dixon, dans un style pur jump. Toute la machine est bien huilée. Le piano de Mark Stevens se fond dans la section rythmique. Gonea étale toute sa virtuosité devant les petits riffs de cuivres. Shuffle bien marqué, "Love attack" opère un changement de rythme. La section rythmique est d'acier, l'harmonica n'a plus qu'à s'envoler, et Monsieur Wilson ne se fait pas prier. Sur cet axe Chicago Austin, il manifeste sa parfaite intégration du meilleur Little Walter. Il embraie immédiatement par "F Fat", un instrumental à couper le souffle. Kim poursuit son voyage vers la Nouvelle Orleans. Sa palette est très diversifiée. Ses musiciens n'ont pas froid aux yeux. Ils s'attaquent au répertoire de Dave Bartholomew avec aisance, à l'instar de "Hook line and sinker". Gordon Beadle y est intenable sur son sax ténor. Cosigné par Wilson et Danny Kortchmar, "Hand to mouth" date sans doute de leur collaboration accordée, voici quelques années, aux Fabulous Thunderbirds. Cette longue épopée hypnotique est imprimée sur un rythme cher à Howlin' Wolf. Le climat de l'album continue à voler très haut tout au long de "Sometimes. Inspirée par le BB King des débuts ou encore par un Otis Rush au sommet de son art, la guitare de Gonea est très saignante. Ce blues très rythmé et nerveux fait très forte impression. Nous demeurons dans le Chicago de la grande époque pour le "Tried to ruin me" de Snooky Pryor. Le rythme force l'admiration. Mark Stevens pianote comme un des ténors des ivoires. Et je pense tout particulièrement à Sunnyland Slim. Heureux comme un gosse, Kim reprend la plage titulaire de l'album ; mais pour la circonstance comme un shuffle texan. Nous sommes ici très proche des T-Birds des débuts. Un véritable régal ! Kim souffle comme un dieu, avec puissance, profondeur, passion et plaisir. Le swing n'est pas abandonné. Il est omniprésent sur "Down with it" de L.C McKinley. Gonea y est impérial. Autre titre victorieux, le boogie "Highline" affiche un maximum de vigueur dans le jeu d'harmonica, pendant que les cuivres et le piano le suivent à la trace. Ce superbe album s'achève par un instrumental à la tonalité jazz. Stevens y va de son Jimmy Smith à l'orgue et Troy s'emballe une dernière fois dans le swing. Ce " Lokin' for trouble " figurera sûrement parmi les meilleurs albums de l'année 2003.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Genuine snake

 

Cet album a été enregistré en 84. A Lubbock, au Texas. Il manifeste un éclectisme qui flatte instantanément l'oreille. Big Joe Maher chante "Lots of flame", une plage très swing, empreinte d'une sensibilité jazzy. Cet éminent spécialiste du style l'interprète… sans ses baguettes. Tous les instruments sont bien en place ; et en particulier le piano de Kevin McKendree, les solos de saxes accordés par Don Wise et ceux de flugelhorn dispensés par Terry Townson. Particulièrement dansant, "Deeper shade of blue" maintient le tempo. Tout au long de cette plage Teresa James chante d'une voix suave qui épouse bien la musique. Les vertus du rerecording permettent aux saxes de Don d'être omniprésents. Le jazz et le swing ne sont jamais loin du cœur de la musique. A l'instar de "Lonely island", chanté par le bassiste George Hawkins Jr. Les musiciens sont excellents. Et pour cause, au cours des dernières années, Hawkins et le guitariste Todd Sharp ont joué en compagnie de Delbert McClinton ; mais aussi apporté leur collaboration au Mick Fleetwood's Zoo, à Lindsay Buckingham ainsi qu'à Christine McVie de Fleetwood Mac. Teresa James revient chanter le très dépouillé "Louisiana moon". Nous sommes plongés dans les marais louisianais. L'environnement musical est très sobre. Il permet d'apprécier distinctement chaque instrument ; et en particulier la basse et les synthés de Terry Wilson ainsi que le sax du maître. La musique demeure très cool. Elle avance au pas sur la suite "Shoppin' for clothes". Un fragment que Don chante ; ou plus exactement récite, en s'appuyant sur Butter Phil Ayte, préposé au(x) chœur(s). La sonorité de la guitare qui introduit "He had the shoes" n'appartient pas à albert King, mais à Steve Williams. Elle tapisse l'ambiance rythmée et syncopée. "The new is me and you" s'ébroue par un riff de guitare signé Todd Sharp. Toujours cool, funky, la trame permet au sax de décoller ! Chanté avec talent par Gary Bunton, face aux solides chœurs masculins R&B, "You come first at last" se révèle dansant et accrocheur. L'orgue de Nick Connolly est solidement planté dans le décor. "Ride" adopte le même régime, nonobstant le passage de Steve Bassett au chant. Son superbe timbre mérite l'appellation 'blue eyed soul'! La plage titulaire conclut l'album. Un superbe instrumental qui me rappelle, à plus d'un titre, le fameux "Honky Tonk" de Bill Dogett. Une plage au cours de laquelle le sax atteint les sommets et le piano très boogie de Kevin McKendree fait merveille. Et pour ne pas rester sur sa faim, cet instrumental revient encore à deux reprises. Dans le même style. Sous la forme de bonus tracks. Excellent!