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Blood Red Shoes ? Une jolie paire !

Écrit par - Bernard Roisin -

Blood Red Shoes s'apprête à débarquer cette semaine à Anvers et à Lille pour défendre son nouvel opus... Binôme tout à fait original composé de Laura-Mary Carter (guitare) et de Steven Ansell à la batterie, le duo dispense, depuis vingt ans, une forme d’indie pop-rock alternative bien plus raffinée que celle de Royal Blood par exemple ou des White Stripes à l'époque. Leur nouveau long playing (Stay Lonely) vient de paraître, emboîtant le pas à l'effort solo de la guitariste qui a tourné auprès des Queens of the Stone Age : cette influence imprègne ce disque de dix titres, accrocheurs et joliment rugueux à la fois. Rencontre avec Blood Red Shoes, sans cirage de pompes !

« Grande valse », pourquoi ce titre en français ?
Steven Ansell : Nous ne connaissons rien à la musique classique, mais nous trouvions comique d'attribuer à cette chanson un nom tiré d'une musique sophistiquée, musicalement développée, pour l'associer à une composition qui nous paraissait un peu idiote. Néanmoins, ce morceau s'apparente tout de même à une valse…

Queens Of The Stone Age


« Grande Valse » évoque certains morceaux de Queens of the Stone Age. Le fait d'avoir partagé la scène avec eux vous aurait-il influencés ?
Laura-Mary Carter : J'adore leur musique, donc une influence existe certainement.

Le fait d'avoir enregistré un disque en solo entre-temps a-t-il modifié votre approche de la composition pour votre combo ?
L.M.C. : Il s'est révélé très intéressant de s'éloigner un temps pour ensuite retravailler ensemble, parce que collaborer exige de partager les mêmes élans. Quand il s'agit de paroles notamment, nous éprouvons le besoin que les mots fassent sens pour nous deux. J'avais oublié que je m'étais habituée à écrire toute seule, le retour s'est donc avéré captivant, mais je reste persuadée que cette escapade a produit un certain effet.
S.A. : Tu as exploré des facettes de ta voix qui habitent désormais cet album, des nuances que nous n'avions jamais vraiment découvertes auparavant. C'est comme si tu avais déniché des couleurs supplémentaires que nous avons intégrées. Tu n'aurais pu chanter ainsi si tu n'avais pas mené ton projet solo.

Ce qui s'avère marquant pour votre duo, c'est que par rapport aux White Stripes ou à Royal Blood par exemple, au niveau d'un binôme guitare-batterie, vous chantez tous les deux...
S.A. : C'est de loin la caractéristique la plus intéressante au sein de notre formation.
L.M.C. : J'imagine que j'apprécie les Pixies ou Blonde Redhead pour cette raison : la présence de deux voix, masculine et féminine. Mais il demeure également très rare de voir un combo de deux membres compter deux chanteurs. Et surtout un batteur et une guitariste.
S.A. : Oui, je ne suis pas certain qu'il existe d'autres bands qui proposent cette configuration...

Punk !


Le fait d'exercer un contrôle total sur la production confère-t-il à cet elpee un caractère particulier ?
S.A. : Oui. Nous avons toujours revendiqué beaucoup de contrôle sur nos créations, à cause de nos personnalités et parce que nous avons grandi sur la scène punk où prédominait l'autogestion. Désormais, nous disposons de notre propre studio et de notre propre label ; nous pouvons littéralement concevoir chaque pièce entièrement nous-mêmes. Cela signifie en quelque sorte que notre identité imprègne chaque élément de la fabrication. Tous les défauts, toutes les aspérités étranges et belles qu'il contient proviennent de notre démarche. Cette autonomie recèle quelque chose d'assez effrayant et de vraiment splendide...

Mais l'absence de producteur ne constitue-t-elle pas un inconvénient, dans la mesure où vous ne bénéficiez jamais d'un regard extérieur pour évaluer votre production ?
S.A. : Nous avons développé un langage secret entre nous. Il devient donc de plus en plus difficile pour une tierce personne de nous décoder. Sans le vouloir, nous pouvons paraître impénétrables et distants vis-à-vis des autres parce que nous partageons une histoire commune et nous comprenons d'un seul regard.

Quand on conçoit un disque sans producteur, cela implique-t-il de consacrer plus de temps à l'évaluation de son propre travail ?
S.A. : Sans aucun doute, le processus s'avère certainement plus difficile à certains égards. On éprouve un besoin de recul. Je ne sais pas, la création a-t-elle exigé plus de temps que le précédent ?
L.M.C. : Non, je ne pense pas que c’était si différent. Nous avons procédé un peu différemment : nous ne l'avons pas bouclé en un mois comme autrefois, quand nous options pour une immersion totale dans le studio durant l'enregistrement. Pour Stay Lonely, nous nous sommes accordé quelques pauses salutaires.
S.A. : Nous testions le résultat en voiture, une sorte d'acid test...

Et vous bénéficiez également du luxe de posséder votre propre studio, ce qui signifie que vous pouviez y laisser votre travail, vous accorder une promenade ou des vacances, puis y revenir pour façonner à nouveau les morceaux.
S.A. :
Oui, cette liberté aide vraiment, mais elle représente aussi une malédiction. Cela signifie que l'on peut retoucher l'œuvre à l'infini : on risque vraiment de gâcher des morceaux de cette manière. La seule limite résidait dans notre ressenti et notre imagination, et non dans une restriction physique ou financière.
L.M.C. : Nous avions l'habitude de céder à la colère parfois pour tenter de perfectionner les morceaux ; nous gérons bien mieux la situation aujourd'hui en acceptant que le résultat ne soit pas parfait.

Soulwax et Pixies


Votre musique dégage un côté rugueux, très organique, une sorte de pouls : « 2020 on television » évoque les débuts de Soulwax. Le premier opus de cette formation possédait une guitare puissante et brute, mais teintée d'une certaine efficacité pop…
S.A. : Oui, et ils sculptent les sons d'une manière vraiment stimulante. Ils emploient l'électronique pour façonner une texture intéressante, non pour lisser l'ensemble.

Sollicitez-vous parfois un mellotron, notamment sur « 2020 on Television » ?
L.M.C. : Cet instrument a beaucoup nourri mon projet solo, mais ma mémoire flanche quant à son utilisation sur ce disque.
S.A. : Non, en revanche, nous avons dégradé et écrasé de vieilles sonorités usées. Réduire leur qualité permet de simuler le grain d'un mellotron.

Laura-Mary, vous évoquiez les Pixies... Constituent-ils une influence majeure ?
L.M.C. : Oui, sans l'ombre d'un doute. Ils ont toujours guidé nos pas. Nous avons d'ailleurs partagé une tournée d'environ un mois auprès d'eux. Durant notre jeunesse, certains bands nous marquaient profondément, et celui-ci en faisait partie. Leurs harmonies vocales et la singularité de leurs morceaux transparaissent chez nous.
S.A. : Cela reste de la musique pop, mais une pop mâtinée d'étrangeté, de laideur et de folie. Cette esthétique appartient à notre ADN (rires) !

Blood Red Shoes : Stay Lonely (Jazz Live/ V2)

En concert au Zappa d'Anvers le 21 octobre et le 22 à l’Aéronef de Lille, mais c’est complet.

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