Nouvel opus pour les cultes Teenage Fanclub et deux concerts en Belgique cette semaine... Cette formation écossaise, née dans les années 80 et digne héritière de Big Star et des Byrds, signe son treizième disque, Do Not Dare To Dream. Une collection de chansons délicates, ouvragées, qui flirtent avec une indie pop intemporelle. Entretien mené auprès de Norman Blake, l'un des deux seuls membres originels du quintette actuel...
Ce long playing paraît plus joyeux que son prédécesseur ?
Norman Blake : En général, nos compositions dépeignent le monde et traduisons notre expérience de celui-ci. Elles reflètent fidèlement notre situation à un moment précis de notre existence. Nous affichons généralement un bel optimisme, même s’il subsiste un léger courant sous-jacent de cynisme, de prudence peut-être... en tout cas d'ironie. Mais, en tant que collectif, nous demeurons plutôt optimistes.
« Over and Over » évoque Simon et Garfunkel. Représentent-ils un modèle en termes de voix, au même titre qu'ABBA ?
Norman Blake : Je n'oserai nous comparer à de telles légendes : les harmonies de Simon et Garfunkel se révèlent incroyables, tout comme les arrangements et le génie compositionnel d'ABBA. Simplement, croiser nos voix de la sorte et chercher à les harmoniser s'imposait à nous comme une évidence. C'est particulièrement vrai depuis trois albums, depuis qu'Euro Childs a rejoint le combo, car il possède une magnifique voix d'alto. Je me situe quelque part au milieu, tandis que Raymond en couvre les parties inférieures. Nous pouvons désormais façonner des harmonies à trois voix que nous prenons plaisir à explorer. Lorsque nous enregistrons les morceaux, nous travaillons en formation complète dans une même pièce, puis nous les arrangeons par la suite. Raymond ou moi-même arrivons au studio d'enregistrement munis de la composition, que le band s'approprie ensuite progressivement. Nous tenons à enregistrer ensemble pour fixer l'essentiel du morceau en une seule prise.
Stonehenge
Le disque a été enregistré dans les Hébrides extérieures ; ces îles ont-elles exercé une influence sur l'œuvre, selon vous ?
Norman Blake : Nous aimons explorer différents lieux afin de stimuler notre inspiration. Nous avions conçu un album à Glasgow et, concrètement, nous avions fini par passer des mois en studio à observer notre nombril. Or, pour nous, l'enregistrement doit constituer un événement. C'est pourquoi nous avons mis en boîte quelques disques ces dernières années à Hambourg, une ville formidable. Nous en avons également enregistré un à Chicago, et ce dernier-né sur l'île de Great Bernera : le paysage y est vraiment magnifique, aride et désert. Le Black Bay Studio se niche dans une petite baie, un endroit isolé qui abrite plus de moutons que d'humains et qui se situe à environ une heure de route de toute civilisation. À cet endroit se dressent de nombreux sites néolithiques, dont l'un très célèbre appelé Callanish : un alignement de pierres plus ancien que Stonehenge, mais contrairement à ce dernier, totalement préservé du tourisme. Vous pouvez marcher jusqu'aux mégalithes et les toucher, exactement comme le faisaient les hommes il y a quelques milliers d'années. Ce lieu dégage une atmosphère unique, un environnement qui a profondément imprégné notre musique, dictant la façon dont les chansons ont évolué pour devenir ce qu'elles sont.
Détendus
Il ne reste que deux membres originaux sur cinq. Comment évolue la dynamique de la formation ?
Norman Blake : Techniquement, nous comptons trois membres originaux, puisque Francis Macdonald, qui se chargeait de la batterie sur notre premier album, s'est absenté pour étudier à l'université avant de revenir sept disques plus tard. Quoi qu'il en soit, la dynamique se révèle géniale. Nous avons parfois l'impression qu'Euro Childs est le petit nouveau, alors qu'il joue pour le groupe depuis sept ans. Dave McGowan, qui est le véritable dernier arrivé, nous accompagne depuis 20 ans. Mais cet équilibre demeure primordial. Non seulement la dynamique de la formation musicale, mais aussi celle de notre entité de tournée : nous comptons cinq musiciens sur scène, auxquels s'ajoutent notre directeur de tournée, nos ingénieurs du son et des retours, ainsi que notre responsable des produits dérivés. Nous voyageons à neuf sur la route, il s'avère donc crucial qu'une excellente entente règne entre tout le monde. La vie d'un band repose entièrement sur cette alchimie. Nous ne nous épanouissons pas dans le chaos ou les bouleversements ; nous sommes tous plutôt décontractés et nous apprécierons la compagnie les uns des autres. Teenage Fanclub reste un groupe très serein, où tout le monde s'entend à merveille, et cet équilibre s'avère capital pour notre créativité.
13 disques en 37 ans, ce rythme vous semble-t-il soutenu ?
Norman Blake : Nous aurions pu être un peu plus productifs, mais cela représente une moyenne d'environ une sortie tous les trois ans, ce qui reste honorable. Nous avons traversé une période intermédiaire, il y a 15 ou 20 ans, durant laquelle nous publiions un opus tous les quatre ans. Désormais, nous nous efforçons d'en proposer un tous les deux ans et demi ou trois ans. Pour pouvoir tourner aujourd'hui, il faut impérativement présenter un nouvel album qui serve de moteur à la tournée. Nous avons la chance de pouvoir enregistrer et tourner ; nous en profitons tant que nous le pouvons.
Like a Virgin et Kurt Cobain
Exprimez-vous toujours de la satisfaction envers la reprise de « Like a Virgin » de Madonna que vous aviez commise, et l'interprétez-vous durant vos concerts ?
Norman Blake : Nous ne l'avons plus interprétée depuis probablement trois décennies. Ce morceau provenait d'un disque intitulé The King. Il avait été mis en boîte en une seule soirée. En réalité, nous participions à un jeu en studio en nous suggérant mutuellement des reprises. L'une des règles de ce défi stipulait qu'il fallait jouer uniquement de mémoire, sans effectuer la moindre recherche, internet n'existant pas à cette époque. Il fallait tout reconstituer de tête. En raison de cette contrainte, nous ne l'avons jamais jouée en ‘live’, et je ne l'ai pas réécoutée depuis bien longtemps...
Kurt Cobain décrivait à l'époque votre formation comme le meilleur groupe du monde. S'agissait-il d'une malédiction ou d'une bénédiction ?
Norman Blake : Un tel compliment s'avère toujours plaisant, mais je ne pense pas que nous représentions son band favori à Glasgow, car Kurt vouait une immense admiration aux Vaselines. Cela dit, nous avons partagé les planches avec Nirvana lors de la tournée européenne de Nevermind. Vivre un tel phénomène de l'intérieur et côtoyer une telle déferlante au moment où elle se produit constituait une expérience extraordinaire. Ces jeunes gars de l'État de Washington se montraient d'une gentillesse absolue... Nous ne réalisions pas encore que leur musique se transformait en un raz-de-marée mondial. Mais cette déclaration de Kurt Cobain demeurait une délicate attention…
Teenage Fanclub : Do Not Dare To Dream (Merge Records/Konkurrent)
En concert à Liège le 23 octobre, à Bruges le 24 octobre

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