Groupe incandescent et incontournable du rock alternatif de la fin des années 80, les Pixies se sont séparés en 1993, chaque membre embrassant des projets annexes plus ou moins réussis. Le quatuor se reforme dix ans après, tourne, tourne, tourne… et finit par enregistrer un nouvel album en 2013 ! Moment choisi par Kim Deal, la bassiste originelle, pour quitter le navire, remplacée rapidement par Paz Lenchantin.
Une autre décennie et trois disques dispensables plus tard, cette dernière prend, à son tour, congé du band pour laisser la place à Emma Richardson (des injustement sous-estimés Band of Skulls) qui apporte fraîcheur et inspiration. Elle parvient presque à faire oublier Kim Deal sur « The Night The Zombie Came », dernier LP du band, paru fin de l'année dernière.
Co-fondateur du groupe, le guitariste Joe Santiago, qui fait souvent merveille sur ce dernier disque dont l'inspiration et la spontanéité frôlent celles de la première période des Pixies, évoque l'arrivée de cette nouvelle bassiste, l'importance de son jeu de guitare au sein du line up, David Lynch et ses propres origines… philippines.
Avez-vous recruté Emma Richardson parce que sa voix ressemblait un peu à celle de Kim Deal ?
Emma et Kim possèdent des caractéristiques vocales distinctes. Ainsi la voix d'Emma est un peu plus basse. Mais nous avions notre petite liste d'exigences quand nous l'avons auditionnée ; et elle a parfaitement répondu à nos attentes (il sourit).
Comme elle est anglaise plutôt qu'américaine, cette situation change-t-elle la donne ?
L'éloignement n'a jamais été un problème pour nous. Charles (le vrai prénom de Frank Black, leader du groupe) vit sur la côte Est, David (Lovering le batteur) dans le Massachusetts, et pour ma part j'habite en Californie.
Le fait qu'elle soit anglaise ne pose par ailleurs aucune difficulté. D'ailleurs, notre crew et même notre manager sont britanniques.
Pourquoi avez-vous toujours été plus populaire en Europe qu'en Amérique ?
Je n'en ai aucune idée ! L'Europe a tout simplement meilleur goût (il rit).
Sur « Ernest Evans », vos sonorités de guitare réalisent la fusion entre celles des Shadows et des Ramones...
Les guitares dont je joue sur ce morceau sont influencées par le rockabilly.
Pourtant, sur « Primrose », elle résonne exactement comme celle de Hank B. Marvin, le guitariste légendaire des Shadows...
En musique, on produit des sons mais sans jamais vraiment avoir conscience de rivaliser avec qui que ce soit.
Vos interventions à la guitare paraissent essentielles, en particulier sur cet elpee...
En effet. Beaucoup de place m’est réservée sur un titre comme « Primrose », par exemple. En tout cas, j'espère me différencier. L'objectif est de le réaliser sans me mettre en avant pour autant être entendu ; et en même temps ne pas trop l'être et apparaître différent (il rit).
« Ernest Evans » est une chanson sur laquelle votre intervention se révèle également déterminante...
Le morceau évoque la figure de Chubby Checker, dont le vrai nom était Ernest Evans. J'ai tenté de jouer de la guitare comme si c'était un twist... d'où le résultat (il sourit).
« The Night The Zombies Came » me rappelle la première période du groupe, avant sa reformation...
Il y a des parallèles, mais c'est si loin ! On sent cependant une évolution, à laquelle on doit s'attendre sur tout nouvel album...
Comment fonctionne l’écriture des morceaux ? Frank Black compose-t-il seul pour ensuite proposer ses maquettes au reste de la formation ou bien composez-vous ensemble ?
C'est un mix des deux. Frank compose principalement, et nous invite à écouter un résultat pas totalement étoffé... mais presque.
Quels sont vos héritiers ?
Nirvana ou les Smashing Pumpkins, mais ils ont cuisiné cet héritage à leur propre sauce. Même Radiohead affirme avoir été influencé par les Pixies. Nous les incitions simplement à être différents. La preuve, c’est qu'ils ne nous ressemblent quasiment pas.
Et parmi les combos plus récents ?
Je n'écoute pas beaucoup les nouvelles musiques.
Même pas Kim Deal, une ‘nouvelle artiste’ qui vient de sortir son premier long playing solo ?
(Il rit) Non. J'écoute beaucoup d'ambient, notamment le groupe allemand Cluster, qui proposait du krautrock, à l'instar de Tangerine Dream ou Kraftwerk.
David Lynch, qui est décédé il y a quelques semaines, a exercé une grande influence sur les Pixies, notamment au niveau des paroles...
Surtout sur Frank qui est très marqué par le surréalisme.
Vous partagez cette passion ?
J'aime les films étranges de Lynch. Nous reprenons d'ailleurs régulièrement en concert l'une de ses chansons, « In Heaven (Lady in the Radiator) », tirée de son premier film ‘Eraserhead’.
Vous êtes originaire des Philippines. Quelle est l'influence musicale de votre pays natal sur votre style et sur votre approche de la musique ?
Ce trille à la guitare qui est un peu ma signature est sans doute dû à une influence espagnole, héritée de la colonisation du pays.
La seule chose dont je me souviens vraiment à propos des Philippines, que j'ai quittées à 7 ans lors de l'instauration de la loi martiale par Marcos, c'est que la culture musicale y était très prégnante. Les Philippins chantaient constamment. On entendait les chansons des Beatles partout. Lorsqu'ils se sont séparés, les Philippines étaient quasiment en deuil...
En concert le 26 avril à la Lotto Arena d'Anvers.
Pixies : « The Night The Zombies Came » (BMG rights) – 25/10/2024

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