La plupart de la musique écossaise provient de Glasgow…
Onzième album pour les Ecossais de Mogwai qui démontrent que leur univers musical est toujours en pleine expansion...
Fondée en 1995, Mogwai est une formation écossaise dont la musique largement instrumentale n’est pas aussi planante que celle de Tangerine Dream, mais s’inscrit plutôt dans la veine pulsante d'un Godspeed You! Black Emperor. Paru en janvier dernier, son nouvel opus, « The Bad Fire » (qui désigne l'enfer en argot écossais) est découpé en dix morceaux, dont quatre chantés (très bien d’ailleurs) aux univers contrastés. Un onzième opus qui démontre que son univers musical est toujours en pleine expansion ; mais aussi rend hommage au shoegazing de Ride et au vocoder, justifie l'indépendance de l'Ecosse et reconnaît l’influence de… la cornemuse…
Le chanteur/guitariste Stuart Braithwaite s’explique…
Pourquoi entend-t-on un cri à la fin de « Lion Rumpus » ?
C'est Dominic, le bassiste, qui gueule parce qu'il a commis une erreur. Finalement, John Congleton, le producteur, l'a conservé et nous estimions plutôt comique de laisser ce cri sur le disque. Néanmoins, nous n’attribuons pas de titres aux morceaux tant que l'album n'est pas terminé. Bref, il n'a rien à voir avec un rugissement malgré son titre, « Lion Rumpus ».
L'humour est-il un élément important pour vous ?
Nous aimons nous amuser et c'est peut-être la seule façon d'exprimer notre joie à travers notre musique qui est plutôt sérieuse. Mais en fait, nous sommes plutôt stupides et nous aimons bien faire les idiots (rires).
« Fanzine Made of Flesh », par exemple, est empreint de surréalisme…
Oui, c'est ridicule et la réponse l’est tout autant. En fait, ça nous plait tout simplement. Au fil des années, certaines de nos compositions, et surtout les plus émouvantes, affichent des titres les plus stupides.
Lorsque vous composez des chansons qui impliquent des voix, la méthode est-elle différente des instrumentaux ?
Je suppose que vous pensez à l’utilisation de la voix comme un instrument ? La structure du morceau est plus définie parce que certains mots sont utilisés à des endroits précis. La démarche est donc différente.
Sur la première plage, « God Gets You Back », les parties vocales évoquent le shoegazing de Ride.
C'est un compliment. Nous sommes très fans de ce groupe. C'est en fait Barry qui chante sur ce morceau. Lorsque nous nous rendons, en voiture, aux répétitions, nous chantons souvent en écoutant les albums de Ride.
« Fanzine Made of Flesh » est-il une sorte d'hommage au vocodeur ?
Oui. À l'origine, c'était censé être une voix normale, mais le résultat ne se révélait pas très convaincant. Depuis notre troisième album, nous avons toujours aimé utiliser le vocodeur, car il figurait sur certains de mes disques préférés. C'est une bonne façon d’établir le lien entre une émotion humaine et une autre synthétique ou synthétisée.
Et quelles sont vos références en matière d'utilisation du vocodeur ?
Kraftwerk, évidemment, tous les disques électro, genre Cybertron, même Neil Young sur l'album « Trans » en 1983 ; et bien entendu le « O superman » de Laurie Anderson qui reste un classique dans son utilisation du vocoder.
L'un de vos principaux traits distinctifs de vos compos est l'utilisation du crescendo....
Oui, c'est moins systématique désormais, mais c'est vraiment l'une des caractéristiques de notre musique. Nous avons toujours souhaité insuffler une dynamique. Nous avons grandi en écoutant Nirvana et les Pixies qui ont toujours été importants pour nous. Et puis d'autres artistes au fil des années dont la musique était vraiment similaire, comme Gorecki, Mahler ou Godspeed You! Black Emperor.
Lorsqu’on est musicien écossais, les cornemuses sont-elles une source d'inspiration ?
(Il rit). Probablement de manière subliminale, notamment dans le son drone (bourdon) de « Hammer Room ». Vous savez, j’imagine que la principale caractéristique de la cornemuse est d'être constituée de bourdons, d’un chalumeau mélodique et d'autres monodiques. Et lorsque je songe à la musique de bourdons, je pense plus au Velvet Underground qu'à Spacemen 3. Mais si j'aime en particulier le Velvet, c'est peut-être parce que plus jeune, j'y entendais de la cornemuse.
Quels sont, selon vous, les points communs entre tous les groupes écossais, hormis la nationalité ?
Il existe, dans la musique écossaise, un esprit d'indépendance et une attitude anticonformiste. Musicalement, c'est très diversifié. Beaucoup de musiciens écossais bâtissent des univers sonores totalement différents. On rencontre énormément de bonne musique pour un si petit pays.
Donc entre vous et, par exemple, Primal Scream et Franz Ferdinand, le point commun serait l'esprit ?
Tout à fait. Franz Ferdinand, ce sont des amis proches. Ils font certainement de la musique pour les mêmes raisons. Tout comme Primal Scream, The Jesus and Mary Chain, Cocteau Twins ou Boards of Canada... il y a beaucoup de très bonne musique écossaise.
Vous êtes originaires de Glasgow. Cette ville est-elle la capitale de la musique écossaise ?
Oui, c'est la plus grande ville d'Ecosse ! On y recense davantage de musiciens, de salles de concerts.
D’excellents musiciens vivent dans d'autres régions d'Écosse, mais la plupart de la musique écossaise provient de Glasgow.
Une ville très vivante si on la compare à Édimbourg ?
La vie est chère à Edimbourg. Il y est plus compliqué d’être musicien.
Vous militiez pour l'indépendance de l'Écosse, il y a dix ans. Pensez-vous que ce soit toujours réalisable ?
Oui, et c'est d'autant plus souhaitable que le reste du Royaume-Uni est désormais très à droite. L'indépendance de l'Écosse semble plus nécessaire que jamais.
Même si c'est un gouvernement travailliste qui est aux manettes désormais ?
Ouais. Ce n'est pas un gouvernement très socialiste... (rires)
Pensez-vous donc qu’un autre référendum sur l'indépendance de l'Ecosse sera organisé bientôt ?
Probablement pas tout de suite, mais certainement dans un futur plus ou moins proche. D’ici dix ans.
Et cette fois ce sera la bonne... (il sourit)
Mogwai : « The Bad Fire » (PiaS) – 24/01/2025

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