Par un doux vendredi printanier, le Botanique dévoile une superbe affiche, où s’entrelacent les volutes sombres et envoûtantes de la new-wave, de la darkwave et de la synthpop. En cette soirée riche de promesses, votre chroniqueur, humble serviteur du webzine qui vous est cher, peut afficher une discrète fierté : il a eu l’honneur de contribuer, en tant que conseiller, à l’élaboration de ce programme d’exception.
Les premières notes résonnent à 20 heures précises dans la salle du Musée, déjà nimbée d’une foule attentive. C’est Luminance, projet porté par le talentueux DA, qui ouvre le bal. Ce Français, établi depuis plus d’une décennie dans notre capitale bruxelloise, tisse une toile sonore d’une richesse captivante, où la synthpop s’habille d’échos ténébreux. On y perçoit les ombres de Depeche Mode, les harmonies de Martial Canterel ou encore la pop fiévreuse de Taxi Girl, le tout relevé d’un chant onirique, parfois teinté d’une mysticité troublante.
Ce soir, DA présente « Dragon Reine », son cinquième opus, à paraître sous peu chez Objetrouvé, label du Français Stéphane Argillet. Solitaire sur scène, entouré de ses synthétiseurs et de sa guitare, le musicien livre une prestation d’une intensité saisissante.
Des rythmes électroniques, d’une précision ciselée, enveloppent une voix travaillée par des effets multiples, alternant avec des nappes de synthés analogiques qui semblent flotter dans l’éther. Si la scénographie demeure sobre, DA, lui, s’affirme avec une aisance croissante. Sa présence, empreinte d’une subtile androgynie, évoque Automelodi, tout en élégance contenue. Parmi les joyaux de la soirée, la pièce éponyme « Dragon Reine » se distingue, flirtant avec les accents d’Indochine, mais dépouillée de toute arrogance. « Trop Fragile » et « Butterflies Someday » confirment la promesse d’un album d’exception : une musique aérienne, d’une finesse exquise, portée par une voix ensorcelante. Le son, d’une clarté irréprochable, doit autant au pré-mix réalisé par l’artiste sur scène qu’au travail magistral de Jeremie Bezier à la table de mixage. Durant ces trente minutes, hélas trop brèves, l’auditoire est transporté dans un univers de pur ravissement. Luminance, grâce à cet art qu’il peaufine à chaque opus, s’impose comme une figure majeure de la scène dark belge, un alchimiste des ombres et des sons (page ‘Artistes’ ici).
Après un entracte fugace, Linea Aspera prend possession des planches. Ce duo, formé par Alison Lewis, alias Zanias, chanteuse australienne établie à Berlin, et Ryan Ambridge, compositeur et claviériste anglais, incarne l’une des forces vives du renouveau de la vague 'wave' depuis 2010. En seulement deux elpees et quelques Eps, il a façonné un univers singulier, mêlant la froideur des sons analogiques à des harmonies d’une profondeur sidérante, sublimées par une voix féminine envoûtante, sensible et sensuelle. Notons, au passage, qu'Alison explore aussi des contrées plus intimes à la tête de son projet solo Zanias, où se croisent avant-pop et trance.
Ce soir, la chanteuse irradie dans un ensemble noir scintillant, tandis que Ryan, barbe fournie rappelant Rick Davies (de Supertramp), orchestre avec maestria un ballet de synthétiseurs et d’arpégiateurs. Le répertoire, véritable florilège de leurs plus belles compositions, met à l’honneur leur second opus à travers des titres tels que « Red Shift », « Solar Flare » et « Entropy », dont les accents cosmiques transportent l’auditoire dans des galaxies sonores. La voix d’Alison Lewis, d’une justesse irréprochable, s’élève avec une clarté cristalline, chaque note frappant l’âme avec une précision d’orfèvre. Absorbée par ses chants aux textes d’une intelligence rare, Zanias se métamorphose dès qu’elle le peut en une prêtresse frénétique, dansant avec une énergie sauvage de part et autre de la scène. Pendant Solar Flare, une compo dédiée à sa sœur, elle atteint un paroxysme d’émotion, se roulant au sol dans une transe incantatoire, tel un succube habité par ses démons intérieurs.
Le public, ensorcelé, ondoie au gré des nappes synthétiques, frissonnant à chaque inflexion de cette voix magnétique. « Attica » s’aventure brièvement sur les terres de l’EBM, avant que « Malarone » et « Reunion » concluent le concert dans une apothéose synth-pop. À l’issue de cette performance, comblé, l’auditoire quitte la salle, non sans un léger regret : une telle affiche aurait mérité une foule plus vaste, dans une enceinte comme l’Orangerie. La ‘nouvelle new-wave’, malgré ses charmes, demeure l’apanage d’une niche de passionnés, trop peu nombreux. Puisse une nouvelle génération de 'wavers' raviver la flamme de ce genre qui, depuis plus de quarante-cinq ans, continue d’enchanter les âmes sensibles à la beauté de l’ombre…
Setlist Luminance :
Seigneur du Soleil Noir
Un Soupir de Trop (Crystal Magic 2021)
Trop Fragile
Dragon Reine
Butterflies Someday
Setlist Linea Aspera :
Preservation Bias
Red Shift
Hinterland
Entropy
Decoherence
Lamanai
Mycelium
Attica
Event Horizon
Malarone
Solar Flare
Reunion
Crédit photos : Ivo Moeys (Groovylinepics - Facebook)

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