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L’heure personnelle de Lucie Valentine

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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

Imaginez que vous êtes paumés au fin fond du Colorado. Dans un tout petit patelin, non loin du Nouveau Mexique et de l'Utah : Telluride. Un trou perdu, pensez-vous ? Ben, pas tant que vous le craigniez. En fait, c’est en ce lieu que se rencontrent une cinquantaine de micro-brasseries et surtout une vingtaine d'artistes issus d'horizons musicaux divers. Les plus proches du blues, quand même. Le 15 septembre 2007, se déroulait le ‘14th Annual Telluride Blues & Brews Festival’. La prise de son est remarquable. On a même l’impression d’être au beau milieu du public!

Fin 2006, flanqué de son band et soutenu par une flopée d’amis, Sean Carney avait concocté un superbe album intitulé "Life of ease". C'est au sein de cet opus qu'il puise son répertoire pour nous le restituer sur les planches. Il démarre sur les chapeaux de roues par une plage instrumentale très tonique. Les trois acteurs se réservent successivement le devant de la scène. Leur technique est brillante, mais ils manifestent également une cohésion remarquable. Après avoir présenté ses musiciens, Sean s’adresse au public pour leur présenter le titre maître de son dernier elpee. Un blues lent qu'il chante d’un timbre tempéré, mais harmonieux. La basse acoustique est très sonore. L’atmosphère cool. Sean prend le temps d’imaginer et de structurer son solo, empruntant d’abord au maître T-Bone Walker, avant de laisser libre cours à son inspiration. "Bad side baby" est caractérisé par des changements de tempo. Une situation qui permet à notre Mr Carney de prendre son pied. Il aime l’éclectisme, mais aussi l’électricité. Il est aussi capable d’afficher un profil rocker. Et d’apporter à une ligne de conduite très conventionnelle, des tonalités enivrantes. Bref, c’est un gratteur créatif. Après six minutes de fluctuations en tous genres, il se décide de passer au blues lent. Il se met à chanter sans se soucier de savoir qu’il se trouve à plusieurs mètres du micro. Il vit son blues, notre Sean. Il le célèbre dans son monde intérieur. Il a le blues à fleur de peau. Les notes émanent du cœur. Sa sensibilité est exacerbée. Le blues de Carney, c'est du bonheur à l'état pur! Après avoir sifflé sa bière, il attaque "All these worries". Un blues subrepticement inspiré par la Nouvelle Orléans. Les percussions d'Eric Blume sont bien mises en exergue. Sean remet le couvert en alignant des chapelets de notes incisives, ravageuses et vivifiantes. Et manifestement, il prend un grand plaisir dans son trip. Le Carney Band achève le set par un "Why do you lie" bien saignant. La section rythmique est saturée de swing. Elle autorise une dernière fois le leader à prendre le large. Il se lâche complètement, puisant au passage dans l’univers d’Albert Collins, tout en adoptant une démarche (NDR : mais pas le style) que n'auraient pas reniés un Rory Gallagher ou un Johny Winter au sommet de leur art. Franchement en observant Sean jouer le blues, on ne peut qu’être admiratif…

 

samedi, 19 juillet 2008 16:22

Live featuring Kim Wilson

J’ignore la raison pour laquelle cet album n'est pas signé par le Kim Wilson Band ; car on est bien en présence du line up au grand complet. Pour un set accordé ‘live’ au Moe's Alley de Santa Cruz. Le 2 août 1996. Kim, le chanteur/harmoniciste et Rusty, préposé bien entendu à la guitare, sont est soutenus par des musiciens d’exception ; en l’occurrence les anciens baroudeurs du Hollywood Fats Band : le pianiste Fred Kaplan, le bassiste Larry Taylor et le drummer Richard Innes. Zinn est un surdoué de la six cordes. Il est également un des artistes les plus prolifiques du west coast jump. D’ailleurs, sa discographie est impressionnante. Ses dernières œuvres ont cependant pris le large par rapport au blues. Et saluons l’audace de ce musicien qui n’hésite pas à explorer de nouveaux horizons sonores.

Mais je vous invite à faire un saut de douze années dans le passé. Le présentateur du Moe's Alley introduit le band à la Danny Boy. Les cinq musiciens attaquent "Don't bite that hand that feeds you" (NDR : une plage issue de l’elpee "That's life", paru en 1994). Un morceau de Plus de 11' ! Kaplan est en grande forme. Kim chante de son timbre chaleureux très caractéristique. Tous les acteurs sont d’une efficacité irréprochable. Pas une surprise, d’ailleurs. Et en particulier cette section rythmique de luxe! Une longue introduction instrumentale prépare le chant de Kim pour interpréter un saignant "Rock with me tonight", un morceau qui figurait déjà à son répertoire à l’époque des Fabulous Thunderbirds. Zinn démontre ici qu'il a bien intégré toutes les ficelles du west coast jump. L’ensemble de la panoplie des phrasés de Kim est passée en revue. Trois plages préfigurent l'album live "Smokin' joint", sorti en 2001: "I can tell", "I ain't gonna do it" et "High & lonesome". Cet elpee ne souffre d’aucune faiblesse. Kim chante "I'm trying". Ses compères l’épaulent brillamment. Les sorties de Kaplan et de Zinn sont étonnantes et détonantes. Rusty n'est pas un vocaliste remarquable, mais il se débrouille plutôt bien sur "How long". Kim en profite pour se concentrer sur son instrument.

Le deuxième set s'ouvre par "I ain't gonna do it", un boogie woogie au cours duquel Fred Kaplan malmène ses ivoires, Kim monte doucement en puissance. Tous les partenaires rament dans le même sens. Ce qui explique sans doute pourquoi la musique atteint de tels sommets. Le disque recèle également "Tigerman", le morceau maître du premier opus solo, paru en 1993. "Date bait" (extrait de "My blues") et "Why I sing the blues" sont enchaînés sous la forme d’un medley. Tout comme "High & lonesome", dispensé en fin de concert ; un blues lent, bien relaxant, qui accélère progressivement pour se muer en "T-Bone shuffle". Rusty Zinn et Kim Wilson y étalent pour la toute dernière fois leurs prouesses. Cet album de Rusty Zinn & the Roadmasters est un indispensable témoignage du Kim Wilson Band.

mardi, 08 juillet 2008 22:24

City that care forgot

Le ‘Night Tripper’ participe depuis très longtemps à la vie musicale de la Nouvelle Orléans, une cité qui a pourtant cruellement souffert des ravages de l'ouragan Katrina, et dont une bonne partie de sa population a été forcée de vider les lieux. Ce qui n’a pas empêché notre bon docteur de délivrer inlassablement ses prescriptions sonores. De son véritable nom Malcolm Rebennack, Dr John est aujourd’hui âgé de 67 ans. Il squatte les scènes musicales depuis les fifties. Il a composé et joué de la guitare pour des célébrités locales comme Professor Longhair et Art Neville. Il a entamé sa carrière personnelle au cœur des sixties. A l’époque, il dispensait un curieux cocktail de funk, de R&B, d'exotisme et de psychédélisme, hanté par une sorte de culture vaudou. Victime d’une manipulation maladroite d’arme à feu, il était entre-temps passé de la guitare aux claviers, au piano et à l’orgue. Il devient alors responsable d’elpees qui vont maquer son époque comme "Gris gris" en 1968, "Sun, moon and herbs" en 71 ou encore "In the right place" en 73. Pour enregistrer « City that care forgot », John est épaulé par sa formation : le Lower 911. C’est-à-dire le guitariste John Fohl, le drummer/percussionniste Herman Ernest III et le bassiste David Barard.

Dès les premières mesures de  "Keep on doin'", la musique baigne au sein d’un climat funky. Et la présence d’une section de cuivres n’y est pas étrangère. La voix de fausset du docteur est caractérisée par sa nonchalance habituelle. Tous les musiciens collaborent aux chœurs. "Time for a change" trempe dans une même solution sonore. Eric Clapton apporte son concours à la guitare. Son toucher aux six cordes est immédiatement saisissable. Willie Nelson participe à "Promises, promises". Le chant semble joyeux. Mais c’est loin d’être le cas. La réalité est toute autre. L’heure est grave. Souligné par un chant gospel participatif, le piano alerte de John anime les débats. ‘Le chemin pour la Maison Blanche est pavé de mensonges. Les enfants ont faim. Ils souffrent. Ils pleurent et meurent dans les rues’. Notre terre n'est décidément pas faite pour tout le monde! Les Créodelphic Strings colorent de leurs violons la ballade lente "You might be surprised". Le funk hypnotique refait surface sur "Dream warrior". John est passé à l'orgue. Il a revêtu le kimono du samouraï. Ce combattant du rêve brandit son glaive pour protéger les rivières et bayous louisianais. Le mysticisme vaudou plane. Le climat passe au jazz New Orleans sur "Black gold". Il évoque le rôle de cet or noir, si prisé par les financiers. La trompette et les saxophones marquent le rythme! L'amertume de l'artiste s'accentue davantage sur "We gettin' there", une compo au cours de laquelle on relève la présence de Terence Blanchard, l’ex trompettiste des Jazz Messengers. Les cordes de Clapton enrichissent deux autres plages. Tout d’abord "Stripped away". Ses partenaires en profitent pour libérer une dose maximum de groove. Et puis le titre maître. Une ballade majestueuse mais tellement critique sur le sort de la cité ravagée. Son sentiment douleur ne faiblit pas sur le titre suivant. Le docteur s’interroge même sur l’implacable "Say whut?". Ballade paresseuse "My people need a second line" se mue en dixieland dévastateur, lors de l’intervention de Troy ‘Trombone’ Shorty Andrews (ce jeune prodige tromboniste n’a que 22 ans !), rejoint par son frère aîné James, à la trompette (c’est aussi le leader du New Birth Brass Band).  Cet album d’excellente facture s’achève par "Save our wetlands", une prière dont les accents plaisants sont dispensés sur un mode zydeco. En outre Terence Simien, un des meilleurs artistes de ce style, y partage les vocaux.

 

mardi, 08 juillet 2008 21:46

Deep cuts

Quarante ans que Tony Joe White roule sa bosse. Quatre décennies au cours desquelles il a traversé les générations, sans modifier l’esprit de son style musical ; un style louisianais né dans les swamps, entretenu par sa voix chaleureuse et si présente. Baptisé 'Swamp Fox' (NDR : le renard des marais) Tony a écrit des chansons marquantes, dont certaines ont été reprises par des artistes aussi prestigieux qu'Elvis Presley, Ray Charles, Tina Turner et Hank Williams.

Pour ce nouvel opus, il continue à faire équipe en compagnie de son fils Jody. Ce dernier assure la production et la programmation sonore. En fait, le concept de cette œuvre consiste à reprendre quelques unes des meilleures compositions de Tony Joe et de les transposer dans le monde musical contemporain. Une manière pour White de pouvoir s'identifier aux nouvelles générations, et de montrer qu’il est capable de faire progresser ses idées premières. C'est un risque, particulièrement vis-à-vis de ses vieux fans ; mais c'est aussi un pari largement gagné. Il reprend ainsi ses succès de bayou rock et les adapte au style funky qui colle bien au Tennessee où s'est opéré l'enregistrement. Il est cependant parfois difficile de bien reconnaître les versions originales. Tant "Willie and Laura Mae Jones", "Soul Francisco" et "Aspen, Colorado" (extraits du tout premier album, "Black & White", paru en 68), "Roosevelt & Ira Lee" (issu de "Continued", édité en 1969), "High sheriff of Calhoun Parrish" (il figurait sur "Tony Joe", un disque gravé en 1970), "As the crow flies" (publié sur "The train I'm on" en 1972) ou encore "Homemade ice cream" (titre maître de cet elpee, commis en 73). Le disque recèle également trois instrumentaux composés en compagnie de son fils Jody.

TJW engage ses cordes largement amplifiées au sein de ce climat suffocant. Il souffle dans l'harmonica posé sur le rack. La batterie est à l'avant-plan. Jody s'amuse en introduisant des sons programmés. Mais très vite, nous pénétrons dans le premier "Deep cut". "As the crow flies" est introduit délicatement. Progressivement l’atmosphère devient lourde. Le timbre de Tony est toujours aussi torride, envoûtant. Le funk des marais passe bien la rampe. L'ensemble fonctionne suivant ce schéma, tracé dès l'intro. La voix épouse un profil encore plus profond. Elle devient même brûlante. Pourtant, les percussions sont hypnotiques et cherchent à rafler la mise. Mais la ligne mélodique de "Willie and  Laura Mae Jones" tient la distance. La souffrance est bien de ce monde. La guitare ravagée au fuzz box remplit l'écran sonore, tout en laissant l'orgue Hammond de Tyson Rogers participer au décor. Cette fresque a de l'allure. Elle va crescendo jusqu'à son terme. L’introduction des nouveaux instruments s’opère progressivement. Un orgue lointain crache ses dernières cartouches. La guitare est à l'agonie. L’ambiance est on ne peut plus lugubre lorsque les percussions annoncent le vieux hit "Soul Francisco". Il est pratiquement méconnaissable. Il évolue au beau milieu d’une orgie sonore indescriptible ; mais il faut reconnaître la richesse du travail sur les cordes. "Run with the bulls" revient à un format moins dévastateur, moins torturé. L’atmosphère y est même hispanique et relaxante. Un seul morceau échappe au travail de dissection et de contrôle des sons : le calme et intimiste "Aspen Colorado". Une quiétude qui persiste sur "Homemade ice cream", mais en trahissant une touche orientale. Le dernier 'deep cut", "Roosevelt and Ira Lee", est un parfait résumé de cet opus. L’atmosphère est humide et presque irrespirable. Nous traversons les marais louisianais, refuge des terribles alligators dont le cuir vert illustre la pochette et le disque lui-même, comme une estampe d'appellation contrôlée.

 

lundi, 04 décembre 2006 02:00

We play the blues

Boney est issu de Chicago. Du West Side, très exactement. Il y est né voici près d'un demi-siècle! Très tôt contaminé par le virus de la musique, il commence par jouer de la batterie avant de passer à la trompette. Son créneau ? Le funk et le jazz. Et des influences qui oscillent de James Brown à Earth Wind & Fire, en passant par Louis Armstrong. Mais aussi le blues. Et en particulier celui de Buddy Guy et de Junior Wells. Ce sont d’ailleurs des bluesmen qui vont l’engager au sein de leurs bands. En l’occurrence Jimmy Johnson, Smokey Wilson ainsi qu’Albert Collins, lorsqu’il vivait à Los Angeles ; et puis, d’une manière plus conséquente, James Cotton. Ce trompettiste de couleur s’est depuis installé en France où il a monté son groupe : le Bone's Project, une formation constituée de musiciens du terroir, dont sa compagne, Miss Nadège Dumas, une solide saxophoniste.

Pour chauffer l’ambiance, le Bone's Project se frotte au funk. Mais un funk de très bonne facture, qui déménage et vous donne l’envie de remuer. Un funk traversé d’accents jazz, R&B, et de chœurs repris par les musiciens. Une entrée en matière qui suscite la curiosité. Le blues est pourtant bien au programme. A l’instar du tonique et bien rythmé "Don't call me local". Invité, Jean-Jacques Milteau prend un immense plaisir à souffler dans son harmonica, pendant que Jerry Leonide assure le tempo au piano. Le timbre vocal de Boney n'est pas très puissant, mais bigrement harmonieux, et se fond parfaitement dans l’instrumentation. Dans me registre blues, il se révèle précis et subtil. A l’instar du superbe "I wanna get funky". Martha High (NDR : cette ancienne choriste et coiffeuse de James Brown avait commis "Live at Quai du Blues" en 2003) partage les vocaux. Lucky Peterson brille à la six cordes face aux cuivres. Ses soli sont absolument savoureux, lorsqu’il n’en remet pas une couche. "Don't let it get you down" est une ballade judicieusement élaborée. A premier abord paisible, elle monte en puissance lorsque l’ensemble de cuivres et des vocaux revient à la surface. Le résultat est assez impressionnant. Surtout si vous avez l’envie d’étreindre passionnément votre partenaire, sur la piste de danse. Une situation reconduite lors de "Tough pill". Ballade soul, "We play the blues" est soutenue par la section rythmique (NDR : assurée par le bassiste Mike Armgogum et le batteur Kiko Matiolli). Boney peut enfin prendre son envol à la trompette. Et il est remarquable ! Une véritable signature apposée par un véritable seigneur de cet instrument! Les musiciens qui l’accompagnent sont également très talentueux. Et ils le démontrent tout au long du funkysant "Never fall on your face". Olivier Caron y fait exploser son trombone. Hervé Samb se révèle généreux sur les cordes. Mais également inspiré et saignant. Il se montre même très offensif, en l'absence des cuivres, sur "Girl insane". Une intervention largement amplifiée et pas vraiment éloignée d’un Allison au sommet de son art. La machine du Bone's Project tourne à plein régime, lorsqu’elle produit du rythme. Leur R&B est alors dans sa phase la plus intéressante. A l’instar de "Your good thing is about to run out", marqué par le retour de l'ami Lucky Peterson. Soigneusement ciselé, le refrain ne manque pourtant pas de sensibilité. Agiles, félins, les cuivres font monter la pression. Signé Jimmy McCracklin, "I wanna know" est imprimé sur un mid tempo. Un blues qui baigne au sein d’une atmosphère paresseuse et langoureuse. Boney n’a pas volé sa réputation de shouter des cœurs. En observant le graphisme de la pochette, on remarque le sourire des spectateurs ; une attitude qui en dit long sur la qualité de l'ensemble. Mr Fields empoigne une nouvelle fois sa trompette pour opérer une sortie empreinte de charme. Unique plage instrumentale, "Revelation" bénéficie du concours du tromboniste Fred Wesley, un personnage longtemps impliqué au sein du groupe de James Brown. Une compo particulièrement jazzyfiante qui démontre – mais le faut-il encore ? – que la complicité entre musiciens de qualité peut produire des sensations fortes. Cet elpee d’excellente facture s’achève par le "You got to move" de Fred Mc Dowell. L’ambiance roots est entretenue par les voix conjuguées de Boney Peterson, Milteau et… Correy Harris. Elles ne tolèrent que le bottleneck du même Harris et la musique à bouche de Jean-Jacques. Et dans le style c’est vraiment superbe !

 

mardi, 19 septembre 2006 03:00

New used car

Sue Foley n’a pas encore 40 balais et compte déjà vingt années d’expérience musicale à son actif. Cette chanteuse/guitariste/compositrice canadienne cumule les distinctions. Elle a remporté un ‘Juno award’ dans son pays en 2000 et de multiples ‘Maple Blues Awards’. Sue est également une femme d'affaires. Elle a acquis son indépendance artistique et financière en fondant sa compagnie : Guitar Woman Inc. Elle écrit pour l’instant un bouquin consacré aux guitaristes féminines ; un livre dont la sortie est prévue pour 2007. "New used car" constitue déjà son dixième elpee. Il fait suite à cinq elpees parus sur le label texan Antone's : "Young girl blues" en 91, "Without warning" en 93, "Big city blues" en 95, "Walk in the sun" en 96 et "Back to the blues" en 2000. Trois chez Shanachie : "Ten days in november" en 98, "Love comin' down" en 2000 et "Where the action is" en 2002. Elle avait enfin commis "Change" sur Ruf, en 2004 ; et, bien entendu, participé à la collection "Blues guitar women", en 2005.

Ce nouvel opus a été enregistré au Canada. En août 2005. Sue est soutenue par Graham Guest aux claviers, Mike Turenne à la basse, Tom Bona aux drums et Corey Macfadyen aux percussions. La plage éponyme ouvre le disque. Très rock et particulièrement électrique sa mise en forme est sophistiquée. La voix nasillarde de Sue peine à retenir ses cordes. Son jeu est ici assez complexe. Une plage chiadée parcourue de nombreux changements de rythme. "Make it real" débute sous la forme d’un blues rock éclos au cœur des bayous louisianais. Le timbre de Sue est naturellement sensuel. Tendre aussi. Mais il est susceptible d’exploser à tout instant. Un fragment également fort travaillé, alignant successivement des tableaux parfois très rock! Ballade très mélodique, le "When I come back to ya" de Terry Gillespie est hydratée par l’orgue Hammond. C’est aussi la seule reprise de l'album. Sue dispense un solo extrêmement raffiné et limpide sur les cordes de sa Télécaster. Long slow blues, "Absolution" est construit de manière classique. Graham double à l'orgue et au piano. Le chant puéril, divin, de Miss Foley fait face à la guitare qui ne cesse de tenter une sortie. Et lorsqu’elle y parvient c’est avec beaucoup de délicatesse et une sensibilité infinie. Un excellent Texas blues dont la démarche est tellement proche de Stevie Ray Vaughan ! Toute l’expérience acquise lors des années vécues à Austin transpire à travers ce merveilleux blues! Une atmosphère surannée envahit "Sugar", une ballade rock aux accents pop, sucrée à l’instar de son titre. Néanmoins, instrumentalement la compo tient solidement la route. Elle me fait d’ailleurs penser aux Faces de l’époque Rod Stewart. Ballade R&B très mélodique, "Do it again" est dominée par l'orgue Hammond. Elle macère dans une ambiance Memphis, mais sans les cuivres. "Little things" est issu du même moule. La guitare électrique épouse les sonorités réverbérées d’un Jorma Kaukonen, lorsque le Jefferson Airplane était au faîte de sa gloire. Autre morceau lent, "Mother" véhicule des accents dramatiques. La voix est suave. Les guitares se dédoublent. Sue injecte une fameuse dose d’intensité dans son jeu! Seule, elle s’accompagne à la guitare acoustique lors de la ballade "Long tomorrow". Rafraîchissant ! Le Bo Diddley beat balise le puissant et saignant "Found my love". La voix de fausset de Sue fait des ravages. Un Foley plus classique ! Imprégné de southern rock, "Deep freeze" ne manque ni de punch ni d'audace. Conjuguant cordes amplifiées et acoustiques, "Change your mind" achève l’opus sur un mode très blues parcouru de sonorités particulièrement bayou. Manifestement, le climat général de cet elpee est dominé par le rock ; mais il est constamment traversé par des accents bluesy. Certainement un des tous meilleurs albums de Miss Foley!

 

 

 

mardi, 26 septembre 2006 03:00

Fingerprints

Peter Frampton s’est rendu célèbre en écoulant plus de 16 millions d’exemplaires de "Frampton comes alive", un double elpee paru en 1976 ! Un ‘live’ enregistré au Winterland Ballroom de San Francisco. Aujourd’hui encore, certaines plages n'ont pas pris une ride. Et je pense tout particulièrement à "Show me the way" ou encore "Do you feel like we do", au cours desquelles il utilise la fameuse talkbox (NDR : un boîtier électronique particulier qui donne à sa voix et à la guitare une sonorité synthétique). Bel homme au sourire généreux, ce guitariste anglais s’est tout d’abord illustré au sein d’un goupe pop : the Herd. Née au cœur des 60’s, cette formation a décroché quelques succès d'estime, sous la forme de 45 tours. A l’instar de "From the underworld". En 1969, il fonde un des tous premiers super-groupes, Humble Pie, au sein duquel sévira l'extraordinaire chanteur/guitariste des Small Faces, Steve Marriott. Peter y militera le temps de cinq albums dont le remarquable (NDR : déjà !) double "Rockin' the Fillmore". Nonobstant le succès important rencontré par cette œuvre, il entame une carrière solo. Une carrière émaillée par la sortie de plusieurs opus ; mais dont le succès commercial, hormis le phénoménal "Frampton comes alive", ne lui sourira plus guère…

Agé aujourd’hui de 56 balais, Frampton nous revient pour un opus instrumental. Le disque s’ouvre sur un ton dynamique. La batterie marque un tempo solide et implacable. L’orgue lui emboîte le pas. Alerte, la guitare est suivie à la trace par le saxophone de Courtney Pine, un jazzman anglais notoire. Les percussions demeurent un élément moteur tout au long d’"Ida Y Vuelta", une plage parfumée d'exotisme hispanique. Peter y joue de la guitare acoustique avec un feeling digne de Paco de Lucia. Un parfum qu’on retrouve en fin d’opus, sur "Oh when", nonobstant une orientation davantage jazzyfiante. La cover du "Black hole sun" de Soundgarden est déjà le sommet de l’elpee. Une aventure radicalement différente mais très réussie. Une expérience fort intéressante aussi qu’il a opérée en compagnie de Matt Cameron et Mike McCready de Pearl Jam. Le tempo est lent. Les climats sont instables. Les cordes tour à tour sereines, accablantes ou tourmentées. Elles se croisent, s’entrecroisent, se superposent dans un bel ensemble, mais avec une puissance et une effervescence étonnantes. Une réussite incontestable ! Légèrement bluesy et empreinte de douceur, "Float" est une ballade à la très jolie mélodie. Les guitares s’y dédoublent dans un élan de lyrisme esthétique. Guitariste de studio, dont la carte de visite mentionne des collaborations auprès d’Elvis Presley, de Roy Orbison et de Bob Dylan, Gordon Kennedy y apporte son concours. Cette grâce et cette délicatesse contaminent également "My cup of tea", une compo mêlant harmonieusement cordes acoustiques et électriques. Chirurgien des cordes, Hank Marvin est ici épaulé par Brian Bennett, son acolyte chez les Shadows, bien sûr! Comme son titre l’indique, "Blooze" est une jam blues. Une partie réservée pour deux guitares au cours de laquelle Warren Haynes est convié. Impliqué chez Allman Brothers Band et Govt Mule, il est considéré comme un des gratteurs les plus prolifiques du southern rock blues. Un gage de qualité manifeste! Peter n’abandonne pas les douze mesures pour attaquer "Cornerstones". Il y est épaulé par de véritables légendes vivantes. Et pour cause, il s’agit de l'inoubliable section rythmique de la grande époque des Rolling Stones : Charlie Watts et Bill Wyman. Peter a d'ailleurs régulièrement joué chez les Rhythm Kings de Wyman. Thème pour guitares en rythmes, "Double nickels" évolue dans un registre assez proche de ce que peuvent proposer les groupes sudistes ; avec plus de délicatesse et de sagesse. Légèrement country, le résultat est savoureux. Paul Franklin s’y réserve la pedal steel. "Smoky" marque un retour au blues. Mais un blues inspiré par le jazz, très fin de soirée. Peter y étale toute la subtilité de son doigté. De très bonne facture, cet opus s’achève par la ballade aux accents gypsy, "Souvenirs de nos pères". Frampton y opère un échange de cordes en compagnie d’un spécialiste du genre, John Jorgenson (des Hellcasters), dans un style qui nous rappelle l'inoubliable Django Reinhardt.

mercredi, 25 juin 2008 00:36

The Outsider

Né dans le New Jersey, Walter fréquente les routes du rock et du blues depuis plus de 35 ans. Et il faut reconnaître que sa détermination n’a jamais été prise en défaut. Il se rapproche doucement du troisième âge, mais sa musique vibre toujours comme à ses débuts. C’est en 1991 qu’il avait effectué son apprentissage du blues. A Los Angeles. En accompagnant les dieux locaux du blues, Pee Wee Crayton, Lowell Fulsom et Percy Mayfield. Une situation qui va lui permettre de devenir successivement gratteur attitré au sein du Canned Heat et des Bluesbreakers de John Mayall. Depuis l'homme a accompli du chemin. Il sème son rockin' blues pur et dur et en récolte beaucoup de succès. Et à ce jour, il a commis une belle série d'œuvres personnelles. Produit par John Porter (BB King,  Los Lonely Boys,…), "Outsider" est découpé en treize compos signées de sa plume.

Walter débute en puissance par "Welcome to the Human race", une chanson autobiographique. Saturée de décibels, l’expression sonore bouscule tout sur son passage. Pourtant, le message véhiculé est grave, presque dramatique. Les musiciens de base du WT Band affichent une solide cohésion. Hutch Hutchinson et Kenny Aronoff forment une section rythmique en béton. Cette assise permet au leader de laisser échapper une cascade de notes largement amplifiées. "The next big thing" opère un changement radical de décor. Enfin, au départ. Walter joue d'abord en acoustique et sa voix adopte des inflexions clairement southern rock! Cependant, la machine de guerre se réveille rapidement ; et confessons que dans le genre, c'est bien  foutu. Cette plage s’achève par des notes aériennes torrentueuses. "All my life" est un morceau tout à fait étonnant. Du tex/mex/folk participatif impliquant guitare acoustique et accordéon. Le tout généreusement soutenu par les chœurs des musiciens. Une belle preuve que Walter est susceptible d’amuser la galerie. "The love song of J. Alfred Bluesrock" est un shuffle dur, trempé dans l'acier inoxydable. Sammy Avila se bat comme un forcené avec son orgue Hammond. Le guitariste crache des flots de lave sonore comme un damné. Et dans cet état d’esprit, Trout vous possède! Walter a une bonne voix ; mais elle colle surtout bien au rocker. Il le démontre sur "Don't wanna fall". Titre puissant, "Child of another day" révèle une autre surprise : l’intervention d’un harmonica. Le flux continu d’accords nous rappelle le désormais populaire Jason Ricci. Il prête son concours au Trout Band. Une lutte à couteaux tirés s’établit entre les cordes et l'harmo ; et c'est à celui qui produira le plus grand nombre de notes! Le vocal passionné de Walter convainc sur "The restless age", un rockin' blues de choc profilé sur un riff stonien. Pour la circonstance, le Néo-orléanais John Cleary apporte son concours au piano. "Gone too long" réverbère des sonorités de guitare dignes de Carlos Santana. Les percussions sont rigoureuses et l'orgue B3 d'Avila très présent. Les quelques plages plus calmes et partiellement acoustiques ne sont pas de mauvaise facture, mais elles dénotent dans l’ensemble. Ce n’est pas vraiment du Trout ! Honnêtement, je préfère largement un titre comme "Can't have it all", caractérisé par son puissant riff à la Muddy Waters! Le producteur John Porter se réserve la partie de basse sur "San Jay", un fragment d'inspiration indienne. Une impression accentuée par la présence d’instruments indiens et d’une six cordes aux accents psychédéliques. Walter achève l’opus par le titre maître. "The outsider" c’est l'étranger, l'exclu. Saturé d’électricité, cet excellent blues lent baigne au sein d’un climat dramatique. Et c’est d’ailleurs sous cette forme que Trout est capable de nous livrer le meilleur de lui-même.

 

mercredi, 25 juin 2008 00:21

The story of my life

Eric Gales est né à Memphis. Au sein d’une famille de musiciens. Ses deux frères aînés jou(ai)ent de la guitare. Manuel (Little Jimmy King) est décédé à l'âge de 33 ans. En 2002. A l’âge de 16 ans, Eric signait son premier elpee en compagnie de son autre frangin, Eugene. Un opus intitulé "The Eric Gales Band" et paru sur Elektra. En 1991. Cinq ans plus tard, les trois frères commettaient "Left hand brand", une œuvre parue chez House of Blues. Depuis, Eric poursuit une carrière en solitaire, un parcours ponctué par un contrat signé auprès du label de Los Angeles, Shrapnel Records, il y a quelques années. Il y a sorti notamment "Crystal vision" en 2006 et "The psychedelic underground" en 2007. L’écurie se consacre essentiellement au heavy metal, une ligne de conduite clairement perceptible. A l’instar des deux derniers opus, Mike Varney assure la production. Il a également coécrit les  onze plages en compagnie d’Eric. Dès son plus jeune âge, Gales a été plongé dans un grand bain électrique. Celui de Jimi Hendrix. Il n'en est jamais sorti. Tout comme la légende, il est gaucher et afro-américain.

Il démarre tout en puissance par un morceau de métal particulièrement coriace : "Save yourself". Pourtant, sa voix ‘hendrixienne’, caressante, atténue l’attaque implacable. Les cordes évoluent constamment en dérapage contrôlé. Prêtes à bondir à tout instant, elles explorent une large palette d’artifices. Et son éventail de pédales n’y est pas étranger. Eric maîtrise bien son sujet. Il ne trahit aucune faille. Blues électrique séduisant, "I aint no shrink" marque une pause. "The story of my life" lorgne vers le Cream circa 1967. L'époque d'un Clapton découvrant l'aventure psychédélique. La formule trio réunit des quadragénaires. Dont le drummer Colson et le bassiste Steve Evans, un support sans faille. Blues contemporain, "Layin' down the blues" évolue sur un mid tempo. Le timbre d’Eric est serein. Il ponctue chacune de ses phrases par de petits soli nets et précis. La fureur métallique revient à grands pas sur "The sound of electric guitar". Gales étale au grand jour son adresse sur sa panoplie de pédales. L'image d'Hendrix, un petit matin de 1969, alors que le jour se levait à peine sur Woodstock, lorsqu’il s’est mis à célébrer l'hymne national américain sur ses cordes déjantées, est toujours dans la tête de Gales. Et c'est de cette manière qu'Eric a choisi d'introduire le calme "Red, white and blues", un morceau mêlant cordes acoustiques et électriques. Mais cette gentille ballade s’achève dans un ouragan de notes torturées. Gales, le hard rocker, refait vite surface en dispensant des morceaux aussi impitoyables que "Very educated", le boogie métallique "Cut and run" ou encore "Borderline personality". L'artiste libère son mal de vivre sur le long blues lent "You ain't the boss of me" ; mais il épanche ses émotions en manifestant beaucoup de retenue, démontrant ainsi qu’au sein de la famille Gales, on sait ce que blues veut dire! "Brigin' the hammer down" s’achève dans le pur style Cream. Epoque "Disraeli gears" pour les puristes. Mais l’opus n’est pas terminé. On a encore droit à deux bonus tracks. Tout d’abord "You don't move me", un morceau funky destiné à accorder un billet de sortie à la section rythmique. Ses deux membres s'autorisent ainsi chacun leur petit solo! "Gypsy" referme l'album. Presque pop, il est cependant ponctué par une dernière sortie généreuse des cordes.

mardi, 04 juillet 2006 03:00

Mercenary

Alias Mac Rebennack, Dr John est aujourd'hui âgé de 65 ans. Ses premières apparitions remontent à la fin des années 50, lorsqu’il évolue comme guitariste et pianiste dans sa bonne ville de New Orleans. Il joue du R&B qu’il a mâtiné de rock, contaminé par la folie du Mardi Gras, tout en injectant une touche personnelle de musique ‘voodoo’. A l’époque, il participe à des enregistrements pour Professor Longhair, Frankie Ford et Joe Tex. En manipulant une arme à feu, il est victime d’un accident qui lui abîme une main. Il décide alors de se concentrer uniquement au piano! En 1968, sa notoriété est acquise. Il vient alors d’enregistrer son premier album "Gris Gris", un disque qui mêle habilement R&B pur et dur, funk coloré, vaudou et psychédélisme. Dans la foulée il commet quelques excellents albums : "The sun, moon & herbs" en 71, en compagnie de Mick Jagger et Eric Clapton, "Gumbo" en 72 et "In the right place" en 73. Aujourd’hui notre bon Docteur est responsable d’une impressionnante discographie.

Son nouvel opus, "Mercenary", est consacré à l'œuvre de Johnny Mercer, un artiste populaire américain qui écrivit pas moins de 1.500 chansons pour lui et bien d'autres. Mercer était né en 1909 à Savannah, en Georgie. Il est décédé en 1976, à Los Angeles. Il écrivait, chantait (notamment dans l'orchestre de Benny Goodman) et assurait la production. Il fut également un des fondateurs du label Reprise. En 1942 ! Il est également un de ceux qui firent la promotion et la gloire de Nat King Cole.

En ouverture, "Blues in the night" est superbe. Cette plage embrasse un schéma purement roots, avant de céder le relais au funky R&B. Un style naturel qui transpire de cette cité magique de la Nouvelle Orléans. Tout y est : la voix nasillarde de Mac, son piano syncopé et les cris de quelques cuivres qui paraphrasent le chant. Herbert Hardinty s’y autorise déjà une escapade sur son saxophone ténor. "You must have been a beautiful baby" marque un retour au format quartet de base. Un petit bijou que John fait sien dans son essence louisianaise, en se limitant aux claviers, la guitare rythmique de John Fohl et la section rythmique (NDR : composée de David Barard à la basse et Herman Ernest III aux dums). De son timbre de fausset, sensiblement las, Dr John drive "Personality", une ballade indolente balayée par la trompette tout aussi somnolente de Charles Miller. Autre ballade, "Hit the road to Dreamland" pourrait servir de bande sonore à une comédie de Broadway ou celle d’un film tourné à Hollywood. La voix naturelle de notre praticien fait sienne cette chanson composée il y a longtemps. John adapte "I'm an old cow hand", un instrumental qu’il interprète avec tout le respect de son éducation néo-orléanaise. L'atmosphère devient cabaret, comme pour souligner les déhanchements voluptueux d'une stripteaseuse d'un bar glauque du carré français. Hardinty susurre dans son saxophone pour dévoiler ce "Dream". John murmure du bout des lèvres, avec une grande douceur, un savoureux "Lazy Bones", une compo que Mercer composa en compagnie de Hoagy Carmichael. Songwriter très prolifique dans le domaine du jazz léger, il était également un vieil et indéfectible ami de Louis Armstrong. Manifestement, Dr John parvient à transposer dans son registre, tout en maintenant le climat musical de sa cité, des chansons d'un autre temps. Et on se surprend même à reprendre, avec ses musiciens, les chœurs de "That old black magic". D’une grande profondeur dans la voix, il chante "Come rain or come shine". Le piano soutient le motif rythmique de ce blues, tandis que les cordes de Fohl, déformées par l'écho, vont et viennent à l'avant-plan. Délicieux! "Moor river" est probablement une des meilleures chansons de cet opus. Un morceau que Mercer cosigna avec Henry Mancini. Le timbre de voix de notre Night Tripper sied parfaitement à cette plage. Autre instrumental qui aurait également pu servir de B.O. pour musique de film, "Tangerine" clôture la part consacrée à l'écriture de Mercer. Dr John se met lui-même dans la peau d’un mercenaire pour concéder son "I ain't no Johnny Mercer". Il respecte cependant parfaitement le fil conducteur de l’opus. Il tape nerveusement et rythmiquement sur son piano tandis qu'il souligne son chant de courtes phrases à l'orgue Hammond. Pour nous saluer, il délivre une tranche épaisse de son R&B gumbo, festif, et largement cuivré, en interprétant "Save the bones for Henry Jones" que Mercer chantait en duo avec Nat King Cole. Notre bon vieux docteur vient de commettre un tout bon album !