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Manic Street Preachers

The Ultra Vivid Lament

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« The Ultra Vivid Lament » constitue déjà le quatorzième album de Manic Street Preachers, d’une carrière entamée en 1986. Glam/punk à l’origine, la formation galloise a viré peu à peu à la pop, surtout après la disparition de son guitariste rythmique, Richey Edwards, en 1995. Depuis, le line up a décidé de poursuivre son aventure en trio : le chanteur/guitariste James Dean Bradfield, le chanteur/bassiste Nicky Wire et le drummer Sean Moore.

Première constatation, le piano est beaucoup plus présent tout au long de cet opus. C’est Bradfield qui s’en charge. Il y a bien encore l’une ou l’autre envolée à la guitare, mais en général, les compos baignent au sein d’une pop sophistiquée, hymnique même, aux orchestrations et arrangements soignés. Parfois les interventions aux ivoires alimentent des mélodies hymniques réminiscentes du groupe suédois, ABBA. Il y a même des chœurs féminins floydiens (« Dark side of the moon » ?) sur « Black diary entry », une plage que Mark Lanegan chante d’une voix sombre et sensuelle. Autre invitée, Julia Cumming (Sunflowers) pose la sienne sur « The secret he had missed », un morceau inspiré par les artistes gallois Gwen et Augustus John.

Rien de bien neuf chez les Manics, si ce n’est une longévité qui a fini par les rendre de plus en plus mainstream, malgré des textes qui traitent, sur cet opus, de résignation, révolution, désespoir et défi…


 

Manic Street Preachers

Tout doit disparaître…

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Manic Street Preachers se produisait ce dimanche 1er mai à l’Ancienne Belgique. Qui est de nouveau sold out. Le groupe gallois est venu interpréter son quatrième elpee, « Everything Must Go », un disque paru, il y a déjà 20 ans. Et pas seulement, puisque le concert est divisé en deux volets. Le premier est consacré à l’album mythique. Qui s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires. Le premier gros succès du combo qui pour la circonstance, a décroché plusieurs ‘brits awards’. Le deuxième est réservé aux hits ainsi qu’aux nouvelles compos.

Manic Street Preachers a d’abord forgé sa notoriété sur une image de bad boys. Iconoclastes, brefs, ses sets constituaient un concentré d’énergie pure. Nés au sein d’un milieu prolétaire, les musicos revendiquaient une idéologie gauchiste. Ils ont vécu de près –alors qu’ils étaient encore des gosses– les grèves des mineurs qui ont éclatées entre 1984 et 1985. Ce qui explique l’engagement de leurs lyrics. Ils ont dédié une de leurs récompenses au syndicaliste Arthur Scargill, un leader politique insulaire travailliste particulièrement charismatique. Son guitariste, Richey James Edwards, se serait apparemment suicidé, même si on n’a jamais retrouvé son corps. Ce qui n’a pas empêché le band de continuer son aventure…

Sleepers' Reign assure le supporting act. Issu d’Herentals, le groupe a terminé second de la finale du Humo’s Rock Rally, en 2012, récoltant au passage le prix du public. Il lui a fallu cependant un certain temps avant de sortir son premier elpee, « King Into Delight », paru en mars de cette année, un disque qui a reçu le concours du New-yorkais Justin Gerrish (The Strokes, Vanpire Weekend, Weezer, etc.), à la mise en forme.

Le sextuor implique un chanteur/bidouilleur, deux gratteurs, un drummer, un bassiste, un drummer et un claviériste. Superbe, harmonieuse, la voix de Luke Hermans est capable de grimper dans les aigus, un peu comme Andy Partridge (XTC) voire Graham Gouldman (10CC). Pendant une petite demi-heure, le band va dispenser une musique sculptée dans une electro/pop de bonne facture, mais aux réminiscences 70’s particulièrement marquées...

James Dean Bradfield, le chanteur charismatique de Manic Street Preachers déboule seul sur les planches. Armé de sa gratte, il attaque « Elvis Impersonator: Blackpool Pier », l’intro de l'album « Everything Must Go ». Il est ensuite rejoint par le drummer Sean Moore –il a enfilé ses inséparables gants noirs– et le bassiste Nicky Wire, qui a chaussé des lunettes fumées. Le trio est soutenu par un deuxième guitariste et un claviériste, qui se tiennent à l’écart.

La voix de James est superbe, mais elle est trop étouffée par l’instrumentation. Dont les grattes, incisives, qui se taillent la part du lion. Les plages d’« Everything Must Go » sont dispensées dans l’ordre de la set list (« Small Black Flowers That Grow In The Sky », « The Girl Who Wanted To Be God », « Removables », « Australia », « Interiors (Song for Willem De Kooning)», « Further Away » et « No Surface All Feeling ». Fin de la première partie.

Au cours de la seconde, les versions acoustiques de « Little Baby Nothing » et « The Masses Against The Classes » sont un véritable enchantement. Que James nous réserve en solitaire, uniquement accompagné de sa gratte semi-acoustique ; et au cours desquelles sa voix fait à nouveau merveille. Du ‘best of’, que va ensuite nous réserver Manic Street Preachers, on épinglera encore « Suicide Is Painless (Theme from MASH ) » (NDR : la B.O. du film !) et une cover de Johnny Mandel. Mais dès « Motorcycle Emptiness », le volume sonore est devenu insupportable, malgré les bouchons. Tout doit disparaître ! Votre serviteur, le premier, qui tire sa révérence…

(Organisation : Live Nation)

Manic Street Preachers

Futurology

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Présent sur la scène pop/rock depuis près de 30 ans, les vétérans gallois de Manic Street Preachers ne semblent pourtant pas blasés pour autant… « Futurology », leur nouvel essai, succède déjà à l’inégal « Rewind the Cause » sorti il y a à peine un an et également enregistré à Berlin ! Une écriture débordante au détriment de la qualité des compositions ? C’est à nouveau le cas sur 12ème elpee ? Quelques pistes sont même carrément pénibles. A l’instar de « Sex, Power, Love & Money » qu’on croirait chanté par Dexter Holland d’Offspring ! Ou d’« Europa Geht Durch Mich », une plage électro inconsistante à laquelle participe l’actrice  allemande Nina Hoss, bien plus convaincante à l’écran que derrière le micro. Certes les ‘Manics’ possède toujours ce style si reconnaissable et cette urgence qui leur est propre. Une fougue doublée de textes engagés qui ont le mérite de paraître en cette période d’instabilité politique ou de montée des extrémismes… « Futurology » n’est cependant pas un album de mauvaise facture ; d’ailleurs certaines plages sortent du lot comme l’instrumental « Dreaming a City (Hugheskova) », « Misguided Missile », caractérisé par un intriguant crescendo stimulé par la ligne de basse, ainsi que le titre maître, un morceau chargé de passion. Green Gartside de Scritti Politti apporte également sa participation, sur le mollasson « Between the Clock and the Bed ». Il aurait pu s’abstenir…

James Dean Bradfield, Nicky Wire et Sean Moore seraient peut-être bien inspirés de s’accorder un peu de repos, histoire de recharger leurs batteries ; car on ne doute pas une seconde de leurs facultés à trouver les ressources pour se régénérer dans le futur !

 

Manic Street Preachers

Postcards from a young man

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Il est loin le temps du nihilisme punk (NDR: serait-ce un pléonasme?) prôné par Manic Street Preachers. Si leur engagement politique est toujours d’actualité, il s’est quand même fortement tempéré ; et puis il épouse des causes bien plus constructives. Il est loin le temps de la virulence punk libérée par leur musique. C’était fin des 80’s, début des 90’s. Il est loin le temps de l’attitude rebelle revendiquée par cet ensemble gallois. Elle va même complètement disparaître en 1995, en même temps que leur parolier, Richey James, dont on ne retrouvera jamais la trace. Et pourtant, réduite à un trio, la formation continue d’enregistrer. Des disques, pour la plupart, sculptés dans la pop. « Postcards from a young man » constitue leur dixième opus. Une œuvre qui a de nouveau reçu le concours de Dave Eringa, à ma mise en forme. Et il y a mis un camion de cordes. Surtout en début de parcours. Sympa, mais pas vraiment de quoi soulever l’enthousiasme. Certains titres ainsi arrangés me font même parfois penser à Divine Comedy (pour les meilleurs, mais sans l’aspect baroque), Elton John (« Hazleton avenue ») voire même Neil Diamond. Ni de quoi pavoiser. Et encore moins lors d’un « Golden platitudes », dont le final évoque un certain Wallace Collection circa « Daydream ». On a aussi droit à du hard FM. Sur l’hymnique « All we make is entertainement », que sauve d’excellent lyrics ou le radiophonique « A billion balconies facing the sun », qui bénéficie de la participation de l’ex-Gun’s N Roses, Duff Mc Kagan, à la basse. Lors des sessions d’enregistrement, le trio a également reçu le concours de Ian McCulloch (Echo & The Bunnymen) sur « Some kind of nothingness », un titre enrichi de chœurs gospel (NDR : des chœurs qui apportent à plusieurs compos, manifestement, un plus) et puis John Cale, qui se réserve les claviers sur l’excellent « Auto-intoxication », une plage caractérisée par ses changements de tempo entre refrains et couplets, ses accords de gratte acérés et cette rythmique implacable. L’ombre de Lenny Kravitz plane également sur ce morceau. Le long playing recèle deux autres titres de toute bonne facture. Tout d’abord « The descent (pages 1 & 2) », dont la jolie mélodie est à la fois digne de John Lennon et de Ray Davies ; et puis un très curieux « The future has been here 4ever ». Nicky Wire chante (NDR oui, oui !) d’un timbre laconique, un peu à la manière de Dean Warheham (Luna) pendant que Sean Moore hante le morceau de ses interventions énigmatiques à la trompette. Dommage cette moitié de cd, totalement anecdotique…

Manic Street Preachers

Send Away the Tigers

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Succédant au mal aimé « Lifeblood » -il a récolté une volée de bois vert de la part des critiques alors qu’il contenait de vrais pépites-, « Send Away the Tigers » se situe dans la lignée des précédents albums des Manic Street Preachers, véhiculant des messages pseudo-révolutionnaires au son d’un rock un peu lourdingue. Il faut pourtant reconnaître à James Dean Bradfield une capacité à viser dans le mille en matière de chansons accrocheuses. On oublie le sens des paroles pour s’en tenir à ceux des titres, histoire de se laisser bercer par son timbre de voix si caractéristique et les guitares héroïques balançant des solos imparables.

« Send away the Tigers » a reçu un accueil critique plutôt favorable, alors que les compos oscillent entre rock pompeux et morceaux pseudo-métal (« Rendition »). Il souffre, en outre, d’un anglo-centrisme un peu trop marqué. Une situation préfigurant mal toute éventuelle tournée européenne. Bien malin celui ou celle qui peut s’improviser devin ; mais les M.S.P. semblent condamnés à produire des albums potables à défaut d’être inoubliables. Ajoutons-y l’artwork médiocre de la pochette. Résultat : torché en 30 minutes cet album nous a laissé sur notre faim.

 

Manic Street Preachers

Lifeblood

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Qu’il est loin le temps où Manic Street Preachers parodiait le punk pour véhiculer un message politique violent et nihiliste. Qu’il est loin le temps de « Generation terrorists » où la formation se réclamait du Clash, de Led Zeppelin, du Who et de Gun’s Roses pour dispenser un rock’n roll morbide et autodestructeur. Qu’il est loin le temps où ce quatuor gallois était parvenu à transformer sa violence intérieure en douleur humaine. Faut dire que depuis la disparition de Richey James, en 1995, le ressort était cassé. La sortie d’« Everything must go », l’année suivante, avait encore fait illusion. Puis l’inspiration est devenue de plus en plus rare. Avec pour résultat ce 7ème album studio pathétique. Hormis « 1985 » (NDR : un coup d’œil dans le rétroviseur ?), « Empty souls » (NDR : titre évocateur !) balayé par un piano sonore et le final « Cardiff afterlife » et ses superbes arrangements, le reste ressemble de plus en plus à du Stranglers post Cornwell, mais sans les claviers (NDR : encore que la bande à Jean-Jacques Burnel semble reprendre du poil de la bête). « Glasnost » semble même avoir piqué ses sonorités de guitare chez Mike Oldfield. Consternant !

Manic Street Preachers

Know your enemy

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Plusieurs écoutes ont été nécessaires pour réaliser une évaluation plus ou moins exacte du contenu de cet album. En fait, sur les dix-sept titres du nouvel opus de Manic Street Preachers, cinq sont franchement dispensables et un sixième, " Miss Europa disco dancer ", adopte un profil funk tellement guindé, qu'il en devient ridicule. M'enfin, lorsqu'on sait que le disque frise les 75 minutes, on a pas le droit de se plaindre. D'autant plus que le reste vaut son lot de surprises. Depuis le single rugissant, stoogien, " Found that soul ", au remarquable et ténébreux " My Guernica ", réminiscent du Velvet Underground, en passant par le douloureux et déchiqueté " Ocean spray ", le crépitant, presque noisecore " Intravenous agnostic ", le surf (Beach Boys ?) " So why so sad ", le morbide, fallien, " Wattsville blues ", caractérisé par le passage de Nicky Wire aux vocaux, la rencontre hypothétique et glamoureuse entre Slade et Roxy Music de " Dead martyrs ", les auriculaires (NDR : donc inspirés par les Stranglers) " Epicentre " et " His last painting " et un titre caché au parfum garage sixties particulièrement marqué. Sans quoi, l'idéologie de MSP circule toujours à gauche, et les lyrics continuent de s'écrire à l'encre rouge. Pas pour rien que le trio a été, tout récemment, reçu par Fidel Castro à Cuba. Dans ces conditions, " Know your enemy " est un titre lourd de sous-entendus…

 

Manic Street Preachers

This is my truth tell me yours

Sale blague pour le trio gallois, dont le single " If you tolerate this your children will be next " n’est pas sorti aux States, parce que son titre est trop long… Ce qui démontre, une nouvelle fois, que les Yankees sont vraiment gangrenés par leurs principes. Mais venons-en au cinquième elpee de Manic Street Preachers. Un disque très inspiré et profond, mais beaucoup moins dépressif que " The holy bible " ou " Everything must go ". D’abord, les textes ont été écrits, et ce pour la première fois, exclusivement par Nicky Wire. Ensuite, le groupe semble avoir fait (définitivement ?) son deuil de la disparition de Richey James. Les textes peuvent ainsi, à nouveau, aborder des thèmes plus engagés, à l’instar du tout premier elpee, " Generation terrorists ", traitant tantôt de la tragédie d’Hillsborough, de la perte d’identité de la culture galloise, de dépression clinique, etc., etc. ; sans oublier l’évocation historique, sur le single, de la participation de volontaires gallois dans la guerre civile espagnole, ainsi que l’inévitable hommage au regretté Richey, sur " Nobody loved you ".

 

Manic Street Preachers

Everything must go

Porté disparu depuis le 1er février 1995, Richey James n'a jamais été aussi présent dans l'esprit du groupe. Pourtant, cette disparition a failli porter un coup fatal à l'existence du combo. Pensez donc, en 94, la formation avait raflé la plupart des distinctions honorifiques accordées par la presse spécialisée britannique. Et se préparait tout naturellement à entrer dans la cour des grands. Depuis, l'ensemble a marqué le pas, et le mystère reste entier... Après presque un an et demi de silence, M.S.P. s'est quand même décidé à reprendre la route... sous la forme d'un trio. Et d'enregistrer cet "Everything must go". Sur lequel on retrouve trois chansons de Richey: "Kevin Carter", "Removables" et "Small black flowers that grow in the sky". Plus deux ébauches achevées par Nicky Wire: "Elvis impersonator: Blackpool pier" et "The girl who wanted to be God". En ajoutant " Enola/Alone ", composition dédiée directement à la disparition de leur guitariste, il est facile d'imaginer le climat qui règne tout au long de cette œuvre. Pourtant, elle ne reflète pas exclusivement les sentiments d'angoisse, d'amertume, de colère et de désespoir nés de cette expérience traumatisante. Elle laisse également une place à la dignité, au courage et à une certaine forme d'espoir. Un espoir sauvage, reflété avec solennité, détermination et violence dans une pop qui laisse libre cours aussi bien aux arrangements symphoniques ou cuivrés qu'aux envolées incisives de punk rock. Un disque qui justifie finalement cette volonté de faire face à son destin plutôt que d'écrire, par résignation, un quelconque épilogue ou tout simplement un testament...

 

Manic Street Preachers

The Holy Bible

A l'issue de la première écoute du troisième opus de cet ensemble gallois, nous étions interloqués. Nous ne connaissions pas encore les circonstances qui avaient entouré les séances d'enregistrement, mais nous ressentions un profond malaise. Pas que le disque soit décevant, au contraire! Mais il inocule une mélancolie presque maladive, glacée, bouleversante, alors que les deux premiers elpees des Manics affrontaient simultanément la vindicte, le glamour et le punk. Que s'est-il donc passé? D'abord le groupe a travaillé d'arrache-pied pendant cinq semaines pour concocter ce disque. Et pour se changer les idées, il n'a rien trouvé de mieux que de prendre, sous forme de vinyle, une overdose de Joy Division. Moralité Richey Edwards, le chanteur guitariste, s'est tapé une déprime. Enfin, cette histoire aurait pu arriver plus tôt. Les textes traduisent cet état d'esprit. En général autobiographiques, ils reflètent une vision hantée, incroyablement désolée de l'existence. On se croirait revenu, lyriquement parlant, aux thèmes ‘cold’ développés par Cure, Bauhaus et bien sûr Ian Curtis début des eighties : holocauste, contrôle des armes, anorexie, suicide, dictature. Sans quoi cet "Holy Bible" constitue un superbe album. Les hymnes mélodiques rampant sous le clapotis des vagues de cordes de guitare tantôt acoustiques, tantôt électriques, tantôt venimeuses (Jane's Addiction?) ; des hymnes qui s'agitent convulsivement sur une ligne de basse aux vertus P.I.L. . Bouleversant !

 

Manic Street Preachers

Seule une révolution changerait la société

Manic Street Preachers est actuellement un groupe qui déchaîne les passions tout en alimentant régulièrement les colonnes de la presse d'outre-Manche. Au centre de toutes les controverses : des rockers-terroristes gallois qu'on trouve délicieusement arrogants. Tandis que d'autres ne voient en eux que de lamentables marionnettes. James Dean (ça ne s'invente pas !), Richez, Nicky et Sean rejettent le capitalisme, luttent contre l'exploitation et détestent la plupart des autres musiciens. Ce qui ne les empêche pas d'avoir signé chez Columbia, de vouloir vendre plus de disques que Guns 'n 'Roses et d'exécuter des concerts de quarante minutes. Avouez que la suspicion dont ils sont l'objet est légitime. Alors, les M.S.P. sont-ils un produit préfabriqué ou les Stooges des années 90 ? A vous de juger ! C'est Nicky Wire qui répondra à nos questions, dans un hôtel bruxellois. Allions-nous être accueillis à coups d'extincteur ou de tessons de bouteilles ? Surprise : le manager nous sert la main et affirme que la finale de la coupe d'Angleterre opposera Liverpool à Norwich (il s'est trompé). Encore plus fort, le redoutable bassiste porte jogging et baskets, mange du chocolat blanc et sourit timidement. Les journaux racontent vraiment n’importe quoi

Rebel ! Rebel !

Les Manic Street Preachers véhiculent une idéologie sociale et politique rebelle. Les textes traitent de suicide, d’aliénation, de décadence et de rock’n’roll. Reflétez-vous un cliché ou vous nourrissez-vous de la littérature contestataire du XXème siècle ?

Nous sommes un cliché, dans la mesure où depuis le début, nous avons toujours voulu devenir un groupe de grande envergure. A une époque où la télé, les magazines, la littérature occupent ne place de plus en plus importante dans la culture moderne, nos réflexions, réactions deviennent forcément symptomatiques,

Dans la chanson « You need stars… », vous semblez détruire l'idéal punk. Est-ce une négation de vos idées ou une révolte délibérée ?

Une révolte délibérée ! Un jeune a besoin de vedettes, de modèles. Personnellement, j'étais autant influencé par les écrits de Jack Kerouac (NDR : guide spirituel du mouvement ‘beatnik’) que par le rock'n’roll. Aujourd’hui, les kids doivent terriblement souffrir de l’extinction de la bonne littérature. La musique est trop indulgente vis-à-vis d'elle-même. La politique nous casse les pieds. Les grands leaders ont disparu. Le commun des mortels pense que l'ouverture de l'Europe vers le capitalisme est un bien. Dorénavant, cette population fréquentera le Mc Donald et rencontrera une autre forme de pauvreté. Rien de bien réjouissant ne se profile pour eux à l’horizon.

Si les socialistes prennent le pouvoir en Grande-Bretagne, le labour party a raté un rendez-vous…

Aucun parti britannique n’offre la moindre alternative. Les socialistes copient de plus en plus les libéraux. L’idée de nationalisation ne les effleure même pas. Et puis il faudrait changer le système. La monarchie ne sert à rien, ne représente plus rien à notre époque. Seule une bonne révolution pourrait véritablement changer la société. Au Pays de Galles, les charbonnages ferment les uns après les autres, Il y a cinq ans, on y dénombrait encore 30 000 mineurs. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 2 000 ! La région est rongée par près de 55% de chômage. Si les femmes parviennent à dénicher un emploi, c'est parce que les employeurs peuvent se permettre de leur accorder des salaires de misère. Blackwood, notre ville natale, ressemble aujourd'hui à un musée vivant, les usines sont pratiquement toutes fermées. Il n'y a même pas de cinéma. Quant aux perspectives d'avenir, n'en parlons pas… Avant de fonder M.S.P. nous étions tous chômeurs. Ce n'était pas la joie. Pourtant, aujourd'hui, je reviens volontiers chez moi. Ce retour au bercail me permet de rester les pieds sur terre. Finalement, j'y suis mieux qu'à Londres. Dans cette ville, les gens sont tellement hypocrites ; ils ressemblent à des robots, des snobs qui ont perdu tout sens de la communication.

It’s only Rock’n’Roll

Quelle est la définition de la jeunesse ?

L’éclat, le sexe, la mort, la violence.

Vous dites que votre musique n’est pas punk. Avez-vous peur des fantômes ?

Non, mais les Sex Pistols et les Clash constituent les seuls groupes punk qui ont exercé une certaine influence sur nous. J’aime également les bons groupes de rock’n’roll tels que les Stones et les Who. Avec le recul, le punk n’était rien d’autre que du rock. Nous en avons conservé l’esprit, l’attitude, mais nous ne voulons pas être étiquetés ‘punk’. Le punk, c’était en 77. Aujourd’hui, c’est fini. Nous sommes un groupe de rock. C’est tout.

Est-il exact que vous détestez tous les autres groupes ?

Oui, à part Clash, Who, Stones et Pistols, les autres groupes ne nous intéressent pas.

Vous semblez ne pas apprécier l’avant-garde. L’originalité est-elle un mythe ?

Je le crois sincèrement. Dans ce siècle, rien ne peut être original. Tout est triste, y compris la musique. C’est prétentieux de vouloir expérimenter de nouveaux sons. Les nouveaux sons n’existent pas. La musique de My Bloody Valentine est comparable au bruit que produit le train. A quoi ça sert de reproduire ces sons sur un disque ? C’est de l’autosatisfaction ; d’autant plus que leurs paroles sont stériles. Ils me font penser à Emerson Lake & Palmer ou à Yes. Leur public est constitué d’étudiants issus de la classe moyenne qui n’ont rien d’autre à faire que d’écouter ce style de musique. Les gens de la rue n’aiment pas cette musique.

Etes-vous des ‘Working class heroes’ ?

Nous sommes de souche ouvrière, mais pas des héros ; pas encore…

Etes-vous attachés à la vielle imagerie du rock’n’roll, celle de la décadence, de l’autodestruction, incarnée par Bolan, Bowie et d’une manière plus contemporaine par Morrissey ?

Au cours de notre jeunesse, nous aimions bien Morrissey. Mais ses textes n'ont jamais évolué. Il est devenu de plus en plus décevant. Bolan, Bowie et Reed n'ont jamais vraiment véhiculé de message. Ce qu'ils racontaient est toujours demeuré vague. Il m'est impossible d'admirer quelqu'un, simplement parce qu'il se détruit à l'aide de drogues. La plupart de ces soi-disant héros sont des imposteurs. Par contre, Keith Richards est toujours resté authentique et sincère à mes yeux. Il a toujours respecté sa ligne de conduite. Lou Reed ne veut même plus se souvenir de son passé...

Croyez-vous à la doctrine autodidactique ?

Ritchey et moi avons fréquenté l’université pour y étudier la politique. Plus tu lis, plus tu apprends, mais plus tu te rends compte que tu as été manipulé, exploité. Les livres sont parfois plus enrichissants que les disques. Mais la conscience en prend un coup. Le gouvernement anglais a ruiné tout notre système d’éducation.

Parvenez-vous à établir des limites entre votre vie professionnelle et votre vie privée ?

Plus maintenant. Tout s’emmêle. Nous ne disposons plus de temps libre. Cette année a vraiment été folle. Nous ne sommes pas rentrés à la maison. Nous vivons dans un vase clos et perdons le sens des réalités. C’est le danger de faire partie d’un groupe rock. Partout où on va, on a l’impression d’être investi d’un droit divin ; on se croit tout permis et on fait des conneries. Tu ne peux pas t’imaginer les changements qui influent sur ta personnalité lorsque tu pénètres dans le monde du rock. C’est terrifiant !

En voulant changer le monde, ne pensez-vous pas reprendre les idées d’un certain Jim Morrison ?

Jim Morrison était un con, un alcoolique. Je n’ai aucun point commun avec lui. Ce n’est pas avec sa cervelle d’oiseau qu’il aurait pu changer le monde ! Lorsque l’aventure du groupe a commencé, nous aspirions naïvement à changer le monde. Nous y croyons toujours, mais notre idéal s’est quelque peu dilué. Lorsque tu appartiens à une firme de disques, il y a de réalités dont tu dois tenir compte.

Que peut-on encore attendre du rock’n’roll, alors ?

Plus grand-chose, malheureusement. Les Stones, au cours des sixties et les Pistols, fin des seventies, symbolisaient pour les teenagers, des groupes qui allaient changer le monde. De nos jours, la culture est tellement stylisée, indolente, que les gens attendent d’un artiste soit musicalement excellent plutôt qu’il ne manifeste une conscience sociale. C’est décevant ! Le message d’un groupe est aussi important que sa musique. Nous n’écrivons jamais des chansons romantiques, par exemple. C’est un choix que nous avons défini lors de la formation de M.S.P. Les groupes devraient davantage s’adresser à tous ces jeunes qui en ont marre de toutes les conneries qu’on leur bassine…

Vous avez déclaré vouloir vendre plus de disques que Guns’n Roses, pourquoi ?

Si 10 millions de personnes pouvaient écouter notre disque, et surtout le message qu'il véhicule, je pense que quelque chose de positif pourrait se produire. Nos paroles renferment autant d'alternatives à un autre mode de vie. Je suis encore assez naïf pour croire que le rock'n'roll peut améliorer l'existence des gens. Le but du rock'n'roll, c'est d'apporter un peu de chaleur à l'être humain, de le rendre moins solitaire...

L'album a coûté beaucoup d'argent. Est-ce une forme d'exploitation?

Une crasse! Tout est de notre faute. Nous avons consacré trop de temps à l'enregistrement. Il y avait trop de pression sur nous. Dès la signature, nous savions que nous allions être exploités. Mais nous allons récupérer l'argent ; alors on s'en fout!

Que répondez-vous à ceux qui prétendent que vous faites l'objet d'un coup médiatique ?

Ca m'est égal ! Ce qui est sûr, c'est que nous réalisons tout, nous-mêmes ; aussi bien la musique, les paroles que la pochette. Notre origine galloise fait rire pas mal de monde. Ceux qui pensent que nous ne sommes qu'un coup monté n'ont rien compris. Nous n'attachons pas d'importance à ce qui est raconté à notre sujet dans les journaux. On est toujours obligé de se prostituer face aux médias. Tous les groupes sont des produits de consommation, mais peu le reconnaissent.

Article paru dans le n°3 du magazine Mofo de mai 92.
 
 

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