Issu de Memphis, Jim Dickinson est un producteur notoire. Il a notamment bossé pour Ry Cooder, Bob Dylan et Rolling Stones, excusez du peu ! Ses deux fils, Cody et Luther, sont également devenus célèbres. Ils militent chez les North Mississippi All Stars depuis le début de l’aventure de ce groupe, soit en 1996. Ils sont originaires d’Hernando, un patelin sis quelque part dans les collines du Nord du Mississippi. Et si Cody sévit également au sein de Hill Country Revue, Luther double comme gratteur chez les Black Crowes.
Garry Burnside est le neveu du regretté R.L Burnside, le mythique bluesman (NDR : on est toujours dans le Mississippi) considéré comme l'âme du label Fat Possum. Cedric Burnside, le petit-fils de R.L s'est illustré dernièrement, notamment en compagnie de Lightnin' Malcolm. Ensemble, ils ont publié un excellent opus pour Delta Groove, en 2009, "The two men wrecking crew"
Si Alvin Youngblood Hart est né à Oakland, en Californie, il a passé beaucoup de temps dans l'état du Mississippi, c’est-à-dire le plus près possible des racines du blues!
Ian Siegal est un des meilleurs bluesmen anglais. Il s’était mis en tête de réunir tout ce beau monde pour enregistrer un album. Et il est parvenu à ses fins. Il s’est donc rendu à Memphis pour y mettre en boîte sa dernière œuvre, soutenu par toute cette équipe, baptisée pour la circonstance, The Mississippi Mudbloods. Et c’est Cody Dickison qui s’est chargé de la mise en forme, tout comme pour l’elpee précédent "Swaggy" ; ce dernier avait cependant été enregistré à Coldwater, encore et toujours dans le Mississippi!
Ian ouvre l’elpee par le "Bayou country" de Duke Bardwell et Doug Veitsch, une compo écrite il y a bien longtemps, lorsqu’ils accompagnaient Tom Rush. Les interventions de gratte dispensées par Luther Dickinson sont excellentes, mais acides. La lead vocal est enveloppé par un chœur féminin opulent. "Loose cannon" pénètre dans un univers poisseux. Celui des terres ancestrales du Mississippi. Ian chante de son timbre quelque peu ravagé, talonné par les cordes de Youngblood Hart. Embarquement immédiat ! Nous empruntons le chemin de fer. "I am the train" est imprimé sur le rythme endiablé des fûts martelés par Cody, pendant que Hart s'acharne sur son bottleneck. Lightnin' Malcolm se joint à Ian pour chanter son "So much trouble". Un hillbilly blues qui fleure bon les collines du Nord Mississippi, un parfum épicé par des guitares torturées et le sitar de Luther. "Kingfish" nous plonge au cœur du delta. Naturel, le chant est soutenu par des guitares parfaitement en symbiose. Authentique, cette musique suit les traces laissées par Charlie Patton, Son House et Robert Johnson. Particulièrement grave et autoritaire, la voix s’installe en avant-plan tout au long de "The fear". Un sentiment de peur causé par la rythmique menaçante et hypnotique nous envahit, tout au long de cette remarquable composition. La rythmique de Cody entre en transe sur "Earlie Grace jnr", alors que la slide s'enroule autour de la voix possédée de Siegal. Texan, H B Barnum est pianiste. Ce vétéran est un excellent arrangeur. "Green power" est une chanson issue de sa plume. Caractérisée par la voix sauvage, cette plage fait instantanément mouche. "Strong woman" trempe dans le Delta blues. Un morceau bien rythmé, au cours duquel Cedric donne la réplique vocale, alors que les cordes du maître restent bien en évidence. Nous nous approchons des marais étouffants du Sud. Le tempo commence à paresser et les vocaux se décontractent. Un sentiment de mélancolie et de langueur nous envahit tout au long de "Rodeo", un petit joyau dans le style, que Cody colore à l'orgue pour renforcer davantage cette douceur retrouvée. D’excellente facture, cet opus s’achève par "Hard pressed", une compo légèrement funkysante (cette rythmique !), balayée d’interventions à la slide vivifiantes, mais dont la voix rocailleuse émerge assez facilement de l’ensemble.

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