En fondant son label blues, Randy Chortkoff a manifestement eu le nez creux. Au cours des dernières années, il a ainsi signé les Mannish Boys, Hollywood Blue Flames, Philip Walker, Mitch Kashmar, sans oublier les Mighty Flyers de Rod Piazza. Il a cependant décidé de lancer une nouvelle écurie : ElectroGroove / Delta Groove. Une initiative destinée à servir de rampe de lancement à Ana Popovic. A-t-il succombé au magnétisme (NDLR : ou aux charmes) de la belle et charmante Ana ? Une chose est sûre, tout semble aujourd’hui sourire à cette jeune fille blonde âgée de 31 ans à peine ; en outre, les Etats-Unis découvrent enfin le talent de cette guitariste slave. Elle avait déjà enregistré deux albums aux States. Tout d’abord "Hush". En 2001. Chez Ruf records. Un opus produit par Jim Gaines en personne. Puis "Comfort to the soul". En 2003. Gaines ayant ici reçu le soutien de David Z. « Still making history » a été concocté sous la houlette de John Porter, dont la carte de visite mentionne des collaborations auprès de Buddy Guy, Bonnie Raitt et Keb Mo.
La plaque ne s’ouvre pas sur des accents très blues, mais par une compo particulièrement hard : "U complete me". Dans un style qu’Ana irradie de sa guitare. Une plage très dense, largement funky et très électrique. Les musiciens sont irréprochables. Et pour cause, il s’agit des partenaires habituels du Phantom Blues Band de Taj Mahal : Mike Finnigan à l’orgue Hammond, Terry Wilson à la basse, Tony Braunagel aux drums, sans oublier le talentueux claviériste, John Cleary. La seconde plage "Hold on" est bien plus percutante. Elle s’attarde cependant dans le registre funk. L’attaque est vive et captivante. Ana est soutenue par de multiples voix ainsi que la trompette de Scott Thompson et le saxophone de Jim Spake. Un concours qui confère de l’épaisseur à la solution sonore. Miss Popovic confirme son ouverture musicale en abordant le reggae et ses rythmes exotiques sur "Between our worlds". Un titre enrichi par les cuivres de Joe Sublet et Darrell Leonard des Texicali Horns et dynamisé par les percussions de Lenny Castro. Tout en puissance, "Is this eveything there is ?" est taillé dans le rock pur et dur. L’instrumentation est bien en place. La guitare n’attend guère pour se libérer face à la section rythmique. Opulente et solide, elle réunit Dave Smith à la basse et Steve Potts à la batterie. "Hungry" constitue le premier véritable sommet de l’œuvre. Toujours aussi puissant, ce morceau invite à la danse. Un fragment nourri de chœurs luxuriants. Bien en rythme et très mélodique l’intervention d’Ana à la slide s’y révèle très poignante. "Doubt evryone but me" baigne au sein d’un climat cabaret. L’approche jazzyfiante est délicatement entretenue par le piano de John Cleary. La maîtresse de cérémonie y révèle beaucoup de clarté dans son jeu. Et le blues tant attendu fait enfin son apparition. Une cover saignante et excellente du "You don’t move me" de Big Mama Thornton. Traitée à la BB King, cette reprise met en exergue le doigté et le feeling de Popovic. Elégants et atmosphériques, "Still making history" et "Calendars" sont bercés par une jolie mélodie. Et même si le blues ne coule pas en abondance, il opère son retour en rythme sur le « How'd You Learn to Shake It Like That ? » de Snooky Pryor, un titre entretenu par le piano et la slide. L’elpee recèle un bonus track : une version blues, ralentie au maximum de "U complete me", compo qui ouvrait le disque. Et franchement, cette adaptation est bien meilleure…

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