Le talent ne s’improvise pas. La voix grave, le verbe acerbe, Rich Terfry, alias Buck 65, revient sur les planches, un septième flingue chargé dans sa gaine. Certes, le disque est sorti aux premières lueurs de l’été mais qui en a parlé ? Personne. Cette insoutenable sentence résonne à nos oreilles comme la plus terrible injustice de l’année. Buck 65, lien ultime entre le blues et le hip hop, sort « Secret House Against The World », pièce monumentale des grands jours, rassemblement exhaustif de la musique populaire américaine. Mise en boîte par un Canadien, cette chronique de cinquante ans de musique vaut bien une ruée vers l’or : l’indien ne se paiera pas le scalp des ricains. Non, un simple blanc-bec, un Canadien. Esprit tortueux, planté devant la porte de Tom Waits, clope au bec, Buck 65 s’échappe de la chapelle postmoderniste dans laquelle certains puritains avaient essayé de l’enfermer. Le cow-boy à la feuille d’érable s’est barré de ces recoins abstraits pour livrer une œuvre totale, chantée, bourrée de dynamite, de mélopées et de tabac. Le jour où les chercheurs d’or retrouveront sa trace, ils rencontreront l’auteur d’un classique, chantre ignoré d’une époque convulsée. Mais ils ne sont pas près de le retrouver : le chemin emprunté par Buck 65 est long, tortueux. Il traverse des paysages désertiques où des figures mythiques se posent sur la route : John Henry, personnage légendaire enfoui au plus profond de l’histoire américaine, dans les vieux rêves de John et Alan Lomax. La guitare croise les samples, les scratches se lovent dans les bras d’un spoken words mirifique, Buck 65 installe le décor d’une pop moderne, musique belle, violente et romancée d’un avenir chantant Les textes s’égrènent en français ou en anglais et peu importe, du moment que cet instant perdure.